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Full text of "Etude sur les préciux reliquaire phylactère du XIIe siècle [microform], provenant du prieuré de sart-les-moines, a gosselies. Et probablement originaire de l'abbaye de lobbes émail et dorure sur guivre bronzé"

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Mautin a. Ryerson 
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ÉTUDE SUR UN PRÉCIEUX 

RELIQUAIRE PHYLACTÈRE 



DU XIlo SIÈCLE. 



SUR LES PRECIEUX 



iLIflllAISE PHÏL 




DU XIP SIÈCLE 

PROVENANT DU PRIEURÉ DE SART-LES-ÏOINES , A GOSSELIES. 
ETPROBABLEMENT ORIGINAIRE DE L'ABBAYE DE LOBBES 

ÉMAIL ET DORURE SUR CUIVRE BRONZÉ 

PAR 

D. A. VAN BASTELAER , 

(> 

Président de la Société Archéologique de l'arrondissement de Gharleroi , 

Membre correspondant de l'Académie Royale de Médecine 

de Belgique, de l'Académie d'Archéologie de Belgique, de la Commission 

Royale des Monuments de Belgique, etc., etc. 



ANAyï^ns, 

ÉTABLISSEMENT TYPOoRAPllIQUE J. PLASltY. 
•1880. 



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ETUDE 



SUR UN 



RELIQUAIRE PHYLACTERE 

DU XIP SIÈCLE 



PRÉLIMINAIRES. 

I^e propriétaire d'un superbe reliquaire pliylactère du 
XIP siècle, l'a exposé pendant quelque temps dans le mu- 
sée archéologique de Charleroi K C'est une œuvre d'art 
nationaL J'ai vu, même au musée de la porte de liai, très 
peu d'émaux et surtout de travaux de dorure spéciale de 
ce genre, d'une exécution aussi parfaite et d'une aussi ad- 
mirable conservation ; voilà ce qui m'engage à le décrire, 
convaincu que ce travail ne peut manquer d'exciter l'inté- 
rêt de tout amateur. 

Phijladère signifie proprement préservatif. Ce fut d'abord 

' Cet objet appartient aujourd'hui à l'évéché de Tournay. 



— 6 -- 

le nom donné aux amulettes que la superstition inventa et 
que les hommes portaient sur leur corps dans le but de se 
préserver de divers maux. On les tenait surtout pendues 
au cou. Par une coutume, qui existe encore, les chrétiens 
de l'église primitive y substituèrent des objets religieux, 
des images et des reliques de saints, dans de petites 
boîtes ou reliquaires cachés qui prirent le . même nom. 
Plus tard ce nom passa aux grands reliquaires que les offi- 
ciants tenaient suspendus sur la poitrine pendant les pro- 
cessions et d'autres cérémonies du culte. Ces mêmes phy- 
lactères furent, dans la suite, munis parfois d'une douille 
et portés au bout d'un bâton ou hampe , à la manière mo- 
derne. C'est ce qui se fit en effet pour l'objet qui nous 
occupe. Il était orné de quatre boutons aux quatre som- 
mets ; le bouton inférieur fut supprimé à un certain mo- 
ment , (vers le XV" siècle semble-t-il) , et remplacé par une 
douille. 



Description générale. 

Ce phylactère, comme beaucoup d'objets analogues de 
la même époque, est en dernière analyse une planchette 
en chêne recouverte de deux feuilles épaisses de cuivre 
rouge, dont l'antérieure, qui fait la face, est émaillée et la 
postérieure, qui forme le dos ouïe revers, est bronzée et dorée. 

Il affecte la forme d'une quarte-feuilles et a 0^21 de haut, y 
compris le carré central dont les côtés soutdaû™!! et servent 
de bases aux quatre lobes. Chacun de ces lobes ligure la 
moitié d'un cercle ou plutôt d'une ellipse dont le grand dia- 
mètre mesure 0"il5etle petit 0"'10. 

Quatre petits lobes presque circulaires , d'environ 0"'05 



— 7 — 

de diamètre, se trouvienl intercalés entre les lobes principaux 
et sont attachés aux angles du carré central, ce qui donne 
au diamètre diagonal de l'objet une longueur de 0"'22. 

Le chanlrein est recouvert par le rebord de la feuille de 
cuivre repliée et ornée d'une suite de rosettes et de feuil- 
lages repoussés et dorés. 



* 



Les grands lobes offrent à l'avers une œuvre admirable 
d'émail en champ levé dont nous nous occuperons longue- 
ment ci-après. Ils sont terminés chacun par un bouton en 
forme de mignonne pomme de pin joliment ciselée. Celle du 
sommet du reliquaire porte un anneau qui servait de belière. 
Le tout est bordé d'un collier de minces perles étampées 
et dorées. 

Quant aux petits lobes, ils n'ont pas cette bordure 
de perles ; mais on y voit la tête des clous qui fixent le 
cuivre au bois. On croirait qu'ils sont bien plus modernes 
que le reste et qu'ils ont été ajoutés ou renouvelés après 
coup. Ils sont d'or pleins, ne portent aucun ornement, 
n'ont aucune grâce et paraissent seulement destinés à en- 
cadrer quatre gros cabochons ovales de 0"^(M) à 0"'022 sur 
0'"028 à 0?"030, dont deux imitant l'éméraude et deux imi- 
tant le rubis! 

Le carré du centre, formant la boîte du reliquaire, est 
encadré de quatre bandes de cuivre plusieurs fois enlevées 
et remises et qui semblent être de longtemps postérieures ' 
aux ornements voisins. Elles servent à maintenir le verre 
qui recouvrait les reliques. Ces bandes ou lamelles de cuivre 
ont perdu presque complètement leur dorure et portent 
une guirlande élampée de jolis fleurons encadrés par d'élé- 



— 8 - 



gants et sinueux rameaux repliés en volutes et se joignant 
en cœur, semblables mais non identiques dans les quatre 
côtés. 



* 



Pour les accessoirs qui entourent la relique même, ils 
sont de la fin du XVII® siècle et n'offrent aucune impor- 
tance artistique. Ce sont quelques dessins grossiers, enlu- 
minés de vermillon et d'indigo , et au milieu une croix avec 
deux banderoles, le tout tracé sur gros papier, découpé et 
collé sur soie rouge, encadré et fixé par un ovale de cuivre 
et portant les inscriptions suivantes : 

« Fragmenta sactissimse crucis. » 

« De prœsepib Dni » 

« De sepulchro et vestimento Mariœ. î 

« De sepulchro Domininostri. » 

Sous cette croix, on voit les objets suivants: 

Une bannelette de vieux papier portant les mots suivants : 

« E sepulchro Domini. » 
« E vestimentis Maria. » 
« De presipio Salvatoris. » 

Un autre papier rosé, plié et d'une écriture plus an- 
cienne : 

« De S«ia Cruce Christi. » 

Une autre bandelette avec : 

« De ligno. » 

Et à côté deux grumeaux de pierre blanc sale , un gru- 



meau de bois brunâtre de Qf^OO^ à 0'"003 cubes el deux 
petits éclats de bois noir de 0'"015 sur O'^OOl. 

Voilà ce qui, n'olîrant qu'un intérêt purement religieux, 
importe peu dans un article archéologique et ce que je n'ai 
pas cru devoir faire reproduire sur la planche jointe à ce 
travail. 

Le sujet historique et légendaire. 

Il me reste maintenant à expliquer les admirables émaux 
qui couvrent les grands lobes ou médaillons de la quarte- 
feuilles. 

L'auteur a pris pour sujet l'invention de la Sainte-Croix 
et en a peint une histoire mêlée de légende, à laquelle on 
ne' peut refuser la qualité d'être dramatique. 

Quelques détails historiques doivent nécessairement ac- 
compagner la description de l'œuvre. 






Les payons, restés maîtres pendant de longs siècles, 
du tombeau du Sauveur, y avaient accumulé d'im- 
menses remblais et l'empereur Adrien avait fait construire 
au-dessus un temple consacré à Vénus. Il voulait rendre im- 
possible le culte du St-Sépulcre « et faire que , si quelqu'un y 
venait pour adorer , il parût adorer Vénus », dit un auteur 
dont nous allons parler, et il ajoute : « à cause de ça l'en- 
droit avait cessé d'être fréquenté et était tombé dans 
l'oubU. » 

La tradition en conservait le souvenir, et l'on savait 
même que les trois croix du calvaire avaient été , selon la 
coutume des juifs , jetées au bas de la montagne et enter- 



— 10 — 

rées avec les autres instruments du supplice, pendant que 
les cadavres des suppliciés restaient sur le Golgotha , ex- 
posés à toutes les intempéries , au milieu des ossements 
blanchis qui recouvraient ce lieu de supplice, et de sépul- 
ture ou plutôt de pourriture de la dépouille mortelle des 
coupables atteints par la justice. 

On sait que le corps du Christ échappa seul au sort 
commun , parce qu'il fut donné à Joseph d'Arimathie , qui 
alla l'ensevelir au pied de la montagne , dans une grotte 
entourée d'un jardin parlicuUer entre le Calvaire et les 
murs de Jérusalem. 

Après plus de deux siècles l'empereur Constantin fit 
abattre le temple de Vénus et transporter les décombres au 
loin. Ce travail mit à déi;ouvert le tombeau du vSeigneur. 
L'évoque de Jérusalem était alors St-Macaire. Aussitôt fut 
bâtie, en six ans, par Constantin, l'immense, belle et 
luxueuse église du St-Sépulcre , autour du tombeau sacré. 



* 



Ste-Hélène, mère de l'empereur Constantin, était venue 
à Jérusalem à la fin de ses jours, à soixante-dix-neuf ans, 
dans le seul but de retrouver la Ste-Croix. Elle fit faire des 
recherches sur la partie orientale du Calvaire , et donna 
elle-même ses instructions après avoir profondément mé- 
dité sous l'inspiration du ciel , après avoir fait étudier la 
question et surtout après avoir recueilli sur les heux tous 
les renseignements possibles relativement à l'endroit précis 
où il fallait chercher. 



* 



Les BoLLAKDigTEs, {3 mai : Invenimi de la Ste-Croix 



- 41 - 

— 4 mai : St-Judas le Cyriaque) , discutent une ancienne 
légende où St-Judas le Cyriaque, intervient activement 
dans la découverte de la vraie croix. Le texte grec de cette 
légende, reproduite par Jacques Gretser (1600) et par 
FjiANÇOis CoMBEFiLS (XVIP siècle) est emprunté par ces 
deux auteurs à André, archevêque de Crète (700). Les 
BoLLANDiSTES pensent aussi que ce récit a une origine 
grecque; ils en ont même vu le texte à Rome, disent- 
ils, in Codice Vaticano 866. D'après des manuscrits 
fort anciens de Mombritius, et des monastères de St- 
Martin et de St-Maximin à Trêves , ils reproduisent un texte 
latin qu'ils regardent comme une traduction du grec, mais 
ils nous apprennent que ce récit est aprocryphe , bien qu'il 
date de la plus haute antiquité et ils semblent le regarder 
comme symbolique; Judas y représentant le peuple juif 
dans i-on intervention pour la découverte. Ils nous font con- 
naître que le synode de septante évoques , réuni en 494 par 
le pape St-Gelase J.^% considéra cette légende comme une 
fable et la rejeta du Catalogue des écritures saintes arrêté 
par ce synode. 

Cette légende , quelle qu'en soit l'origine , a été répétée 
encore par Sï- Grégoire DE Tours (VP siècle), St-Notker 
(VHP siècle) , Magnenge Raban ^ (IX« siècle) , Drepanius 
Florus de LyOxN (IX" siècle) , St-Maximin Abbé (XI1° 
siècle), Jacques de Voragine (X1II« siècle), ^ etc. etc. Il 

' Raban Mauu ou Hrabanus Magnentius. 

' GiACOMO DA Varaggio (Jaqlies DE Varacin ouVoRAGiNE OU Varazk) liagio- 
graphe italien , né à Varagglo près de Gènes vers 1298, mort en 1298, entra chez 
les Dominicains, fut pendant 18 ans provincial de la Lombardie , puis archevêque 
de Gènes en 1292* Il doit sa célébrité à une vie des saints, devenue populaire 
sous le titre'de Z,ege?îrfe dorée, composée en latin et intitulée : Historia lombar- 
dica seu Legeiida sanc/ori/m. Cette histoire fut reçue iivec enthousiasme par les 
contemporains qui lui donnèrent son nom de £e5fendaaMrea. Ce Uvre fut crili- 
que, avec passion, surtout par les protestants. Jl a été traduit plusieurs fois, 



— 12, - 

n'y a aucun cloute qu'elle ne fut vulgaire au moyen âge, et 
connue de l'arstiste qui a fait le reliquaire que nous dé- 
crivons, puisqu'il l'a suivie dans le développement du sujet 
qu'il a traité. Nous ne saurions mieux faire que de rapporter 
textuellement certains passages de cette légende d'après 
Jacques de Voragine dans sa Légende dorée. 



« Lorsque Hélène fut arrivée à Jérusalem , elle ordonna 
de réunir auteur d'elle tous les docteurs juifs qui purent 
se trouver dans le pays entier 

« Les Juifs, saisis de crainte, se disaient les uns aux 
autres : «quel est., selon vous, le motif qu'a eu la reine en 
« nous faisant réunir ? » L'un d'eux , nommé Judas , dit : « Je 
« sais qu'elle veut apprendre de nous où est le bois de la 
« croix sur lequel Jésus-Christ a été crucifié. Faites donc 
« attention à ce que personne ne le lui révèle. Sinon , vous 
« avez la certitude que notre loi sera anéantie , et que nos 
« anciennes traditions seront détruites de fond en comble. 
« Mon aïeul Zachée a annoncé à mon père Simon , et mon 
« père Simon en mourant m'a dit : » Observe, mon tils, 
« si l'on te dernande où est la croix du Christ, de ne pas 
« le révéler , quels que soient les tourments auxquels tu 
« t'exposes; car depuis ce moment, ce ne sera plus la 
« nation juive qui régnera ^ , mais ceux qui adorent le cruci- 



* Cette idée domine dans une autre partie du récit où. Jacques de Varagike 
expose l'origine légendaire de l'arbre qui servit pour la construction de la croix. 
Ce récit est assez curieux pour que nous en fassions un extrait. Le lecteur nous 
pardonnera cette digression. 

(I On lit dans l'évangile de Nicodème qu'Adam étant très vieux et infirme, 
son fils Setli s'approcha des portes du paradis et demanda de l'huile du bois de 
miséricorde pour frotter le corps de son père, Et l'archange Michel lui apparut et 



- 13 - 

« fié ; car le Christ était le fils de Dieu. » Et je répondis : «Mon 
« père, si nos pères ont su que Jésus-Christ était réelle- 
ce ment le fils de Dieu , pourquoi l'ont-ils attaché au gibet 
(( de la croix? » et il répondit : «Le Seigneur le sait, car 
(( jamais il n'a inspiré leur conseil. Les Pharisiens firent 
« crucifier Jésus-Christ , parce qu'il les reprenait de leurs 
« vices. Le troisième jour «. il est ressuscité et il est monté 
(( au ciel, comme ses disciples l'ont vu. Mon frère Etienne a 
« cru en lui et il a été lapidé par les Juifs remplis de rage in- 



lui dit : (( Ne pleure point et ne supplie point pour obtenir de ce bois de miséri- 
» corde; car tu ne pourras en avoir que lorsque cinq mille cinq cents ans auront 
» été accompli ». On voit ailleurs qu'un ange apporta à Seth un petit rameau de 
l'arbre divin et lui ordonna de le planter sur le mont Liban. Il est dit aussi dans 
une histoire qu'ont les Grecs, mais elle est apocryphe, qu'un ange remit à Seth du 
bois de l'arbre qui avait été la cause du péclré d'Adam , en lui disant que lors- 
qu'il porterait du fruit , son père serait guéri. Il revint et trouva son père mort , 
et il planta cette branche sur son tombeau. Et cette branche crût, et elle forma 
uu grand et bel arbre qui dura jusqu'au temps Je Salomon. Il faut laisser au ju- 
gement du lecteur de décider si ces choses sont vraies, elles ne se lisent dans 
aucune chronique ni histoiie authentique. Salomon, voyant un si bel arbre, or- 
donna de le couper et de le placer dans le temple du Seigneur. 

(c Mais, comme le dit Jean Beleth, on ne put trouver aucun endroit où l'on 
pût le placer convenablement, car tantôt, il était trop long . et tantôt , au con- 
traire , il était trop court. Et si , à cause de l'exigence du local , on le raccour- 
cissait convenablement, il paraissait aussitôt avoir si peu de longueur qu'il ne 
pouvait plus servir. Les ouvriers se fâchèrent et le laissèrent de côté, et le pla- 
cèrent sur un étang pour qu'il servit de pont aux passants. Lorsque vint la reine 
de Saba , attirée par la renommée de la sagesse de Salomon, et qu'elle voulut 
passer sur cet étang, elle vit en esprit que le Sauveur du monde devait être sus- 
pendu sur ce bois , et , par respect , elle ne voulut point passer dessus , mais elle 
l'adora. On lit cependant dans l'Histoire scolasLiqiie que la reine de Saba vit ce 
bois dans le temple , et lorsqu'elle fut retournée au palais, elle dit à Salomon 
que celui, qui devait être suspendu sur ce bois occasionnerait par sa mort la des- 
truction de l'empire juif. Salomon fil alors enlever ce bois et il ordonna qu'on 
l'ensevelit au fond des entrailles de la terre. Ce fut ensuite à l'endroit où il avait 
été enterré que fut creusé la Piscine probalitjue , et ce n'était pas seulement à 
cause de la descente de l'ange, mais aussi à cause de la vertu du bois, que se 
faisait la commotion des eaux qui rendaient la sanléaux malades; Quand appro- 
cha le moment de la passion de Jésus-Christ, ce bois vint surnager sur les eaux, 
et les Juifs, le voyant, le prirent et en façonnèrent la croix du Seigneur. » 



— 14 - 

« sensée. Prends donc garde, mon fils , de ne pas t'aviser de 

« blasphémer le Christ ou ses disciples » « Les Juifs 

« dirent donc à Judas : Nous n'avons jamais entendu choses 
« semblables ; mais si la reine s'informe auprès de nous à 
« cet égard , veille à ne rien lui révéler de ce que tu nous as 
« dit ». 

Tel est le sujet du premier médaillon , ou compartiment 
semi-circulaire qui forme la branche droite du reliquaire. 

Ce médaillon représente Ste-Hélène assise et interro- 
geant les Juifs sur le lieu où la sainte croix fut enterrée. 

L'inscription : 

« ELENA. REGINA. » 

ne laisse aucun doute sur ce point. 

La seconde inscription précise la nationalité des person- 
nages , coiffés d'ailleurs déjà du bonnet pointu Juif : 



« IVDEI. » 



et le nom de leur chef 



CV. IVDA. » 



Ce dernier nom appartient à la légende, comme nous 
l'avons vu. 

Judas avait vendu le Christ son maître, un autre Judas 
fut l'instrument que la providence choisit, après la mort 
du Messie , pour aider à sa glorification et à la preuve de sa. 
divinité. Telle semble être la signification mystique de ce 
récit légendaire ; mettant en opposition le premier Judas 
chargé de son horrible forfait, avec le second Judas chargé 
de réparer ce crime ici bas par la découverte et l'exalta- 



— 15 - 

tion de la sainte Croix , la glorification du Christ, de son sup- 
plice et de sa divinité. 

Hélène ne réussit pas d'abord ni par la persuasion , ni par 
la menace, que semble indiquer son bras levé. Elle ne put 
rien tirer des compagnons de Judas, pas plus que de celui- 
ci et pour leur délier la langue il fallut employer les grands 
moyens. Elle donna l'ordre de les jeter au feu , dit la lé- 
gende. 

C'est le sujet du second médaillon, ou branche gauche. 
L'inscription est : 

« .IVDAS. TERRITS'. » 

et plus bas l'indication naïve de la fournaise : 

« IGNIS. » 

Nous continuons à citer la légende antique. 

« Saisis de crainte alors, les Juifs livrèrent Judas, disant: 
« Voici un juste et le tils d'un prophète qui a une parfaite 
cormaissance de la loi, et il t'indiquera tout ce que tu de- 
mandes. » 

« Alors Hélène les renvoya tous, et elle garda seulement 
« Judas et elle lui dit : Je te propose la mort ou la vie : 
« choisis ce que tu préfères. Montre-moi l'endroit qui s'ap- 
« pelle Golgotha, où le Seigneur a été crucifié, afin que je 
(( puisse trouver la Croix. » Judas répondit : « Comment 
(( puis-je connaître cet endroit, puisque deux cents ans et 
« plus se sont écoulés et je n'étais pas encore né ? » La 
reine répliqua : « De par Jésus-Christ je te promets que je 



— iQ — 

» le ferai mourir de faim, si tu ne me dis pas la vérité. » 
Elle ordonna donc qu'il fut jelé dans un puits desséché, et 
qu'il y fut livré aux angoisses de la faim. Et après qu'il y 
fat resté six jours sans prendre de nourriture , il demanda 
le septième jour qu'on le délivrât, et il promit d'indiquer 
où était la Croix. Il fat donc retiré et conduit à l'endroit 
qu'il désigna ; et lorsqu'il eut prié, la terre trembla soudai- 
nement, et une odeur de parfum admirable se répandit 
si bien que Judas, étonné, se mit à applaudir des deux 
mains, et à s'écrier ; «En vérité, Jésus-Christ, tu es le 
« Sauveur du monde. » 



* 



« Ensuite Judas se ceignant le corps, poursuit la légende, 
se mit à creuser vigoureusement ; et quand il eut creusé 
dans un espace de vingt pieds, il trouva trois croix enfouies 
sous terre, et il les porta aussitôt à la reine )>. 

On trouva aussi, dit la tradition, le titre de la vraie croix , 
la lance et les clous. 

Notre légende dit que plus tard, « comme la bienheu- 
reuse Hélène n'avait pas les clous qui avaient attaché le 
Sauveur, elle pria Judas, (qui avait été baptisé, sous le 
nom de Gyriaque, et était, à cette époque, devenu évoque 
de Jérusalem, après St-Macaire), d'aller à l'endroit où avait 
été la Croix et de chercher les clous. Quand il fut venu, et 
qu'il se fut mis en oraison , les clous lui apparurent aussitôt 
sur la terre, resplendissant comme de l'or. Et il les prit et 
les porta à la reine, to ' 

« Sl-Ambroise dit que l'on reconnut la vraie croix à 
l'inscription qu'y avait fait placer Pilate. » 

Mais on croit généralement que le titre était détaché et 



- 17 - 

fut trouvé en terre à côté de trois croix sans qu'on pût 
dire à laquelle il avait appartenu ; détail que notre artiste 
a perdu de vue et méconnu ne rennarqnant pas, dans sa 
naïveté, qu'en maintenant le titre attaché à la sainte croix , 
il rendait inutiles les miracles terminant ki légende qu'il 
continue â suivre dans son œuvre. 

La découverte fait le sujet du troisième médaillon ou 
lobe inférieur de la quarte-feuilles. Il représente la fouille 
et la découverte des trois croix. 

Judas , indiqué par l'inscription : 

« IVDAS » 

est occupé à déterrer la troisième croix entouré de curieux 
et d'ouvriers juifs , dont l'un tient déjà sur son épaule les 
deux autres croix exhumées, on 'y lit l'inscription : 

« CRVX. INVENTA » 



« Mais, continue la légende, comme on ne savait pas 
distinguer la croix de Jésus-Christ de celle des deux larrons, 
on les mit au milieu de la ville , et voilà qu'alors vers 
l'heure de none , il vint à passer un jeune homme que 
l'on portait au cimetière. Judas fit arrêter le cercueil, et il 
mit la première et la seconde croix sur le corps du défunt , 
mais il ne bougea pas ; et lorsqu'on posa la troisième croix, 
il ressuscita aussitôt. » 

Ce miracle est représenté au quatrième et dernier mé- 
dailloaou lobe supérieur, on y ht Tinscription : 

« sel CRVX » 

et plus bas : 



« .DEFVNCTVS. SVSCITATVS » 



^^ 



- 18 - 

La légende ajoute : « On lit dans les histoires ecclésias- 
tiques qu'une femme du premier rang , dans la ville , gisait 
à demi morte, et Macaire, évoque de Jérusalem, apporta 
la première et la deuxième croix, mais il n'en retira 
aucun effet ; il apporta la troisième , et la femme se leva 
aussitôt complètement guérie » \ 



Nous terminons par une dernière citation de la légende, 
qui semble en quelque sorte en exprimer la moralité ou 
plutôt la signification mystique , et qui lui donne la portée 
même que nous lui avons donnée en la commençant: 

« Et le diable vociférait dans l'air disant: « Oh Judas 
« qu'as tu fait? Judas que tu m'as fait de mal ! Un autre 
« Judas, écoutant mes conseils avait accompli la perdition , 
ft et toi, tu me renies et lu as fait découvrir la croix du 
« Christ. 11 m'avait fait gagner beaucoup d'àraes, et tu vas me 
« faire perdre tout ce que j'avais gagné. Grâce à lui, je 
« régnais sur le peuple , et tu es cause que mon empire 
« va être détruit. Mais je me vengerai de toi et je sus- 
ce citerai contre toi, un roi qui, abandonnant le culte de la 
« Ciroix, te fera à force de tourments abandonner la loi du 
« crucifié. » Ce qui désignait l'empereur Julien, qui plus 
tard se saisit de Judas, devenu évêque de Jérusalem, 
et lui fit endurer de grands supplices et enfin le fit 
périr martyr, Judas entendant le diable qui hurlait ainsi, 
n'eut aucun etfroi, mais il maudit le diable et lui dit: « Que 
« Jésus-Christ te condamne à l'abime du feu éternel. » 



^ La croix , renreirnée dans une eliasse en argent fui donnée à l'évêque de Jéru- 
salem , qui ne la montrait au peuple que le vendredi. Saint-Hélène en emporta 
cependant une portion pour Constantin qui voulut bien la partager avec Piome. 



- 19 - 

Ensuite Judas fut baptisé ; il reçut le nom de Cyriaque ; et 
l'évêque de Jérusalem étant mort, il fut ordonné à su 
place. » 

L'œuvre d'émail. 



Quand on étudie de près le travail de l'artiste, on con- 
state qu'il est de bonne main. Les figures ont du caractère; 
celle de Judas est marquée d'un cachet d'originalité et d'iden- 
tité qui la fait reconnaître partout. Les poses sont bonnes en 
général et le geste est naturel. Les draperies et surtout les 
vêtements sont bien traités. Toutefois le dessin, les orne- 
ments, l'ensemble enfin, porte le cachet artistique du XI"' 
et XIP siècles et est entaché de certaines difficultés inhé- 
rentes au travail diémaillure. 

Les défauts de l'artiste sont les défauts de son siècle. 

Voici à ce point de vue quelques remarques qui, sans, 
ôter du mérite du travail, sont intéressantes à noter. 



* 



Ou sent que dans cette œuvre naïve., l'artiste voulant en- 
fermer son sujet dans quatre petits médaillons d'une dimen- 
sion déterminée et exigiïe, s'est trouvé mal à l'aise. Jl n'a 
su se décider à diminuer la proportion de ses figures et à 
les mesurer h son cadre, souvent son œuvre déborde ; c'est 
ainsi que diverses parties et notamment la tête de la reine 
Hélène, et l'auréole qui l'entoure dépassent le bord. Dans 
tous les médaillons , l'un ou l'autre personnage appuie son 
pied ou sa main sur le cadre. 

Il en est ainsi dans le médaillon inférieur du bras et du 



— 20 — 

pied de deux croix qu'un Juif doit porter sur son épaule et 
qu'il porte réellement derrière sou dos , parce que l'artiste, 
ne pouvant présenter ces objets de profil , les a placés de 
face. Pour montrer la tête des personnages qui ne tra- 
vaillent pas à côté de celui qui fouille et dont par consé- 
quent , il fallait faire voir les pieds et la bêche , l'artiste , 
se trouvant embarrassé , s'est décidé à mettre le dernier à 
un niveau beaucoup plus élevé, c'est-à-dire à une hauteur 
de plus de la moitié de son coi'ps au-dessus du niveau de 
ses compagnons. 

Dans le médaillon supérieur, le personnage qui porte la 
croix semble juché sur quelque chose , pour être à portée 
du ressuscité assis sur une civière à dos d'hommes ; et 
ayant trop peu de place pour se placer à l'aise entre la 
civière et le bord du cadre, il se tient courbé, se trouvant 
à la gêne et serré sous le cercle de la bordure. 

Mais une naïveté admirable et d'une force qu'on rencon- 
tre rarement, même au XIP siècle, le siècle des naïvetés 
artistiques, c'est le Juif qu'on jette dans la fournaise, au 
médaillon de gauche. On le pousse , on le tire par la tête et 
les cheveux , il résiste de toutes ses forces avec désespoir , 
et n'ayant rien autre sous la main, il se cramponne forte- 
ment au bord du cadre pour ne pas tomber au feu. 

On remarquera que l'artiste du XIP siècle a déjà coiffé 
ses personnages de bonnet juif pointu si commun dans les 
œuvres datant de deux ou trois siècles plus tard. 

* 

Quant au travail d'émaillure proprement dit, il est par- 
fait. C'est l'émail incrusté en taille d'épargne du XIP siècle, 
connu plus tard sous le mom de champ levé. 



- 21 - 

Toutes les figures des personnages sont épargnées et res- 
sortent en belle dorure sur fond vitrifié. Les traits et la che- 
velure se détachent en fine gravure dont les entailles sont 
remplies d'émail bleu. En un mot tous les contours de per- 
sonnages, de figures, de draperies, de flammes, etc., etc., 
sont en cuivre épargné par l'artiste et doré pour séparer les 
émaux, ou en fine gravure niellée d'émail bleu pour séparer 
les parties dorées. 

Les inscriptions sont aussi traitées en émail bleu. On sait 
qu'elles caractérisent les émaux rhénans et maestrichtois 
des XII« et XI1I° siècles. 



L'étude qui précède ne laisse aucun doute et il s'agit 
ici d'une œuvre remarquable de l'école dite liégeoise ou 
maestrich toise. 

Ce qui caractérise nos émaux nationaux de fépoque, ce 
qui leur donne leur brillant et distingue sûrement ces 
œuvres des produits français, limousins et autres, c'est 
l'emploi de l'émail purpurain très-vif, la profusion de bleu 
lazulite, de vert foncé et blanc pur, le tout se nuançant et 
s'harmonisant pour donner diverses teintes, dessiner et draper 
gracieusement les tissus et les vêlements, etc., donner enfin 
des transitions du blanc aux teintes pâles qui sont du plus 
bel effet. 

On peut joindre à ces caractères le grand soin et la net-. 
teté du coup de burin pour dégager les lignes de taillf:; de 
garde dorées^ qui délimitent les formes et les ti'ails des 
ligures niellées ; ou émaillées de bleu puis l'abondance 
même des personnages aussi nombreux et aussi grands 
que possible, et enfin l'importance, la complication des 



— 22 — 

sujets dans cliuque médaillon, le tout traité en émail sauf les 
figures des personnages qui ne sont que niellées d'émail. 

Il s'agit ici d'un ouvrage du pays ; car il porte tous les 
caractères que nous venons de détailler. 

La Dorure. 

I.e revers du reliquaire ne porte pas d'émail; c'est un 
travail de dorure spéciale avec fond de cuivre bronzé, sur 
la nature duquel je reviendrai plus loin. La bordure est très 
simple et sans relief ni ornement, ni collier de perles, 
comme à l'avers. 

Les quatre grands lobes sont eux-mêmes plats et sans re- 
liefs. Ils portent une ornementation identique, abondante 
et riche. C'est une arborescence soutenant une pomme au 
sommet et se ramifiant en quatre volutes latérales qui se 
subdivisent de cent façons et vont projeter de toutes parts 
des feuillages légers, des fleurons élégants, des veiles tor- 
tueuses , etc. 

Les quatre petits lobes circulaires qui séparent les pré- 
cédents, que nous avons dit dater probablement d'une 
époque postérieure, portent chacun, sur fond de bronze 
foncé ou plutôt noir, une grande et élégante fleur de lys 
étampée et dorée, entourée de fleurons , pommes, épis et 
feuillage, de mêmes motifs que les ornements des grands 
lobes, mais portant un autre style et un autre cachet. 

Le compartiment carré qui forme le centre est tout tra- 
vaillé en relief, et présente, sur un champ quadrillé, le 
symbole mystique de Dieu le Père : la main divine éten- 
due, ou la droite du Très-Haut, sortant d'une large 



— 23 - 

manche de vêtement et entourée d'un nimbe lobé cruci- 
fère, l.es ombres sont formées par le cuivre épari^mé par 
le doreur et passé au bronze foncé. 

Ce genre de dorure, comme l'émail qui précède, est 
tout à fait spécial aux XIP et Xin** siècles. Plus que cet 
émail encore , il caractérise un genre d'orfèvrerie propre 
à nos contrées. 



Archéologie. 

Le moyen-âge et surtout -le néo-moyen-âge, ont laissé 
dans le pays wallon belge un grand nombre d' œuvres 
d'orfèvrerie artistique et surtout d'objets d'église, reli- 
quaires , chasses , etc. 

Ceux qui sont en cuivre ou en or émaillé , et surtout en 
cuivre doré, ont attiré l'attention. C'est qu'en effet cette 
catégorie d'objets dont je veux parler portent d'ordinaire 
un cachet propre, qui empêche de les confondre avec les 
produits de l'orfèvrerie étrangère. 

Ce sont des œuvres dues aux mains d'artistes des mo- 
nastères qui longeaient le Rhin, la Meuse, la Sambre, 
etc. Maestrlcht est surtout renommé pour la production 
d'objets d'émaux spéciaux à nos contrées et leur a donné 
son nom. 

Ce qui distingue spécialement ces objets d'orfèvrerie , 
c'est une dorure en dessins d'un genre spécial et caracté- 
ristique sur champ épargné de cuivre rouge brun, teinté de 
bronze, plus ou moins noirâtre. C'étaient des branchages 



— 24 - 

on spirales, feuillages, grappes, vrilles, épis, fleurs de 
lys, etc. etc. 

Ce genre de dorure , est tout à fait propre aux bords du 
Rhin et de la Meuse , et est limitée à la dernière moitié 
du XIP siècle et à la première du XIIP. M. Becquet 
appelle avec raison l'attention des orfèvres sur ce procédé, 
aujourd'hui abandonné et même peu connu , qui semble 
avoir réuni les qualités de solidité et de beauté. 



* 



Cette dorure se faisait par un procédé particulier que 
le moine Théophile fait connaître. Voici comment cet au- 
teur en décrit l'application à la pièce de cuivre rouge, 
préalablement mise en état, martelée et polie ou ciselée. 
Il décrit d'abord la manière de communiquer au métal une 
teinte rouge brun ou bronze sombre, et même noire dans 
quelques compartiments, sur laquelle la dorure l'essort 
admirablement : 

«Prenez, dit l'auteur, de l'huile de semences de lin, et 
du bout du doigt, imbibez légèrement, mais complètement 
la pièce; rendez alors la couche parfaitement égale au 
moyen d'une plume d'oie. Tenez l'objet sur des charbons 
ardents, au moyen d'une pince, jusqu'à ce qu'elle s'échauffe 
modérément et que Thuile soit liquifiée ; égalisez-en de 
nouveau la couche au moyen de la plume et remettez au 
feu. Il faut renouveler cette manœuvre jusqu'à dessication 
et durcissement complet de l'enduit. 

D Quand la pièce sera refroidie spontanément, sans 
qu'on l'ait surtout trempée à l'eau , on y dessinera en grat- 
tant et comme en rasant avec soin les fleurons et les or- 



- 25 — 

nemenls désirés, au moyen de lames d'acier fort aiguës, 

tout en épargnant les champs qui doivent rester noirs 

» Aussitôt que la plaque métallique aura été convenable- 
ment ornée par ce rattissage artistique , on la décapera 
aussitôt au moyen d'une composition de pierre de vin ^ et 
de vif argent et l'on procédera sans retard à la dorure. 
Lorsque celle-ci sera exécutée , on laissera refroidir spon- 
tanément l'objet sans le tremper à l'eau; puis on le polira 
et on le colorera comme nous l'avons indiqué. » ^ 

* 

Nous venons de voir que ce procédé artistique appartient 
à peu près à la même patrie et au même âge que rémail 
dont nous venons aussi de parler.' Ces deux genres d'orne- 
mentation se rencontrent du reste assez souvent sur un 
même objet. 

L'émail spécial qui nous occupe a été nommé émail de 
Maestricht et il a été admis assez longtemps que tous les 
objets de ce travail étaient originaires des ateliers de cette 
ville, mais comme on Fa prouvé, on rencontre certaines va- 



1 Crème de tartre brute. 

2 « Quomodo denigralur cuprum. — « Deinde toile oleum, quod fit de semine 
Uni , et cum digito superlinles per omnia tenue , atque cum penna anseris œqua- 
bis; et tenens cum forcipe, pones super prunas ardentes. Cumque modicurn 
incaluerit , et oleum liquefactum fuerit, denuo cum penna œquabis, rursumque 
impones prunis , sicque faciès donnée exsiccetur 

» Cum refrigeratum fuerit non in aqua sed per se , cum ferreis rasoriis valde 
acutis rade diligenter llosculos, ità ut campi remaneant nigri..... Cum vero 
lamina diligenter rasa fuerit , statim invivabis eam cum confectione vinieii lapi- 
dis et vivo argento , et mox deaurabis ; deauratamque non exslingues in aqua , 
sed perse refrigerabitur/poliesque sicut supra dictum est, et eodem moda 
colorabis. » 

iHEOPHiLipresbyteriet monachi libri III seii diversorum arlium scliedula , 
m. m cap. LXXl. 



- 26 — 

riétés dé ces prdduUs qui proviennent d'autres sources; 
MiBecquet, le savant àrcihêologuë qui a fait une étude Fë- 
itiarquable de reliquaires analogues a celui qui nous Occupe * 
àittribue une partie de cette production artistique d'émaux 
et siinout ie dorure spéciale, aux moines de Waulsortsur 
Meuse , près Cinant. Cet auteur fait remarquer éii effet qlié 
le musée clé ÎSlilmûr renferme plusieurs de ses objets pré- 
cieux qui viennent dé Dinant et des énviroris. 

J'ai des raisons de croire que l'exécution de ce genre 
d'orfèvrerie artistique , chargée d'émail et surtout de cette 
dorure sur cuivre bronzé que l'on dit spéciale à la haute 
Meuse n'était pas seulement originaire de cette source, 
mais qu'elle fleurissait aussi sur lès rives de la Sambré. 

La Sambre , comme la Meuse et le Rhin , avait ses rnb- 
nastères où plusieurs artistes travaillaient avec ardeur et 
talent et parfois même avec génie 

A Oignies on s'occupait beaucoup d'orfèvrerie et le frère 
Hugo y a créé un grand nombre d'œuvres artistiques de 
haut prix et qui sont appréciées à leur juste valeur et dont 
beaucoup sont réunies dans le trésor du couvent des soeurs 
de Notre-Dame de Namur. Dans les abbayes de Lobbès, 
d'Aulne etc. , on pratiquait aussi les arts avec grand succès. 

J'ai connu plusieurs de ces pièces d'orfèvrerie enéniàilet 
'dorure sur cuivre i'ouge bronzé 5 qui devaient avoir cette 
origine , non seulement parce qu'on les a rétirouvées à proxi- 
mité de ces monastères ; mais surtout parce qu'elles appar- 
tenaient à des établissements qiii avaient directement dé- 
pendu de ces grandes communautés. 

Le musée royal de la porte dé Hal renferme plusieurs 

1 Voir Ànnalci du Cercle àrchcolorjïqvc di: Namur, T. Xll, p. 151. 



•- 27 - 

pièces d'orfèvrerie de cette nature qui viennent des bords 
de la Sambre et entre autres de l'abbaye de Floreffe. 

Le phylactère qui a fait l'objet de ce travail est dans ce 
cas. Il appartenait au prieuré de Sart-les-raoines à Cour- 
celles, et selon toute probabilité venait de l'abbaye de 
Lobbes. 11 resta dans les archives du prieuré lors de sa 
suppression et il tomba aux mains des successeurs à qui 
revint légitimement l'héritage des derniers moines. 

Marcinelle, ce 17 décembre 4878. 



{Extrait des Annales de l'Académie d' Archéologie 
de Belgique). 



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