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Full text of "Blaise de Monluc historien; étude critique sur le texte et la valeur historique des Commentaires"

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THE  UNIVERSITY 

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RIVERSIDE 


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University  of  Ottawa 


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BLAISE  DE  MONEUC  HISTORIEN 


KTIDE  CI!  ri' I  OU  E 


SUR  LE  TEXTE  ET  LA  VALEUR  HISTORIQUE  DES  COMMENTAIRES 


IIISÏIIIIIE^ 


ET  111) F.    CRITIQUE 


SUR    LE    TEXTE    ET    LA    VALEUR    HISTORIQUE    DES    COMMEMM liES 


THESE 

IMIKSK.NTKI';  A  LA  FArULTK  DES  LETTIil':S  W.  Ll  NiVEliSlTK  i)l':  l'AKIS 


PAR 


Paul  GOURTEAULT 

ANCIEN     ÉLÈVE     DK     1,'KCOLK    NOUMALK    SUPÉHIEURI 
PHOFKSSKUR   DK   TREMIÈRK  AU   LYCÉK   DE  BORDEAUX 


Or,  sfiirneurs  et  cappilaines,  qui  me  fairés  cesle 
liontieiir  de  lire  ma  vie,  je  suys  certain  (lu'il  en  y 
aura  beaucoup  qui  mectront  en  (iispulle  mim 
escripl  veoir  si  je  y  auray  couché  aucune  men- 
songe. 

Commentaires,  livre  Vil. 


PARIS 

LIBKAIIUE    ALPHONSK    l'ICAHD    V/V    l'II,S 

Libraire  des  Archives  nationales  et  de  la  Société  de  l'Ecole  des  Chartes 

82,  ki:k  honapautk,  82 

1907 


M.  Camille   JULLIAN 

PROFESSEUR    d'aN TiyL'lTÉS    NATIONALES    AU    COLLÈGE    DE    FRANCE, 
CORRESPONDANT    DE    l'iNSTITUT 


AVANT-PROPOS 


L'étude  critique  des  sources  uarralivcs  de  l'Iiisloire  au 
seizième  siècle  est  eucore  très  imparfaite  ^  On  le  comprend 
sans  peine  :  l'historiographie  est  une  science  modeste  et 
sans  éclat,  qui  exige  un  long  et  patient  labeur.  Il  est  plus 
agréable,  et  il  semble  plus  aisé,  d'aborder  directement  l'his- 
toire. Le  malheur  est  que  souvent,  même  aujourd'hui  et 
dans  les  travaux  les  meilleurs,  on  oublie  un  peu  trop  que 
les  sources  narratives  sont  très  inférieures  aux  documents 
d'archives;  on  les  cite,  on  les  utilise  au  même  rang-,  sans  en 
avoir  fait  une  sévère  critique.  La  trame  du  récit  se  trouve 
ainsi  formée  d'un  bizarre  amalg-ame  de  renseignements  pré- 
cis et  sûrs  et  d'anecdotes  suspectes,  de  faits  mal  établis, 
d'affirmations  dont  le  seul  garant  est  la  valeur  d'un  témoi- 
gnage qu'on  a  négligé  de  contrôler.  Les  jugements,  les 
idées  générales,  l'œuvre  historique  entière  reposent  sur  des 
fondements  dont  les  matériaux  sont  d'espèce  et  de  (|MaIité 


I.  Voir,  sur  la  question,  P.  Caron  et  Pu.  S.\(;n.vc,  L'èlal  (iclucl  (h's  éludes 
(l'Iiisloire  inoilernt'  en  Frnnrc  (|)ul)lir,itiou  de  la  Reoiic  d'histoire  moderne  et 
cofile/n/)o/-(ii/ir,  Paris,  i()i)i^);  Henri  IIauskm,  Histoire  île  In  Frtince  an  seiciènie 
siècle,  dans  la  Renne  de  Si/nllièae  hislorii/iie,  H)0-2,  pp.  •.>i>n-:>''i2,  cl  Les  Soiirres 
de  l'histoire  de  Friin<-e,  seizième  siècle  (///<fj-ffi/o),  I,  a\aiil-pi'(ipns  (P.iris, 
A.  Picard,  ii)!)."»,  iu-<S'i).  pour  le  rèyiie  île  François  Ii''',  \-oir  V.-L.  IJoi  ulul.l.^ ,  Le 
rèf/ne  de  François  /''',  étal  des  Iraoauj'  et  i/uestinns  à  traiter,  dans  la  lieiuie 
d'histoire  nioderne  et  ciinte/n/xirdira'y   n)oi>-i ()(>.''»,  I.  I\',  pp.  .") i ,'{-!');? i ,   .')S."i-()o;i. 


AVANT-PROPOS. 


1res  inégales,  où  le  ciiiienl  esl  trop  souvent  remplacé  par  un 
simple  blocage,  et  dont  la  solidité  n'est  qu'apparente. 

Le  nombre,  la  richesse  d'information,  souvent  la  valeur 
littéraire  des  Mémoires  du  seizième  siècle  expliquent  que  les 
liistoriens  de  cette  époque  aient,  plus  que  d'autres,  cédé  à  la 
tentation.  Vax  particulier,  riilsloire  militaire  des  règnes  de 
François  U'*"  et  de  Henri  11,  celle  des  g-uerres  civiles  ont  sur- 
tout été  écrites  juscprici  à  l'aide  de  ces  sources  narratives, 
dont  il  serait  puéril  de  nier  la  valeur,  mais  dont  il  eut  été 
d'abord  indispensable  de  procurer  des  éditions  critiques. 
Nous  n'en  possédons  pas  encore  pour  la  plupart.  Le  dix- 
se[»tièine  et  le  dlx-liuitième  siècles  nous  ont  donné  de  ces 
Mémoires  des  éditions  très  imparfaites,  que  les  collections 
entreprises,  de  1780  a  i84o,  par  les  Roucher,  les  Petitot, 
les  liuclion,  les  Michaud  et  Poujoulat  n'ont  fait  que  repro- 
duire en  y  ajoutant  des  fautes  nouvelles.  Depuis  i85o,  la 
Société  de  l'iiistoire  de  France,  tout  récemment  la  Collection 
(le  Irdies  pniii-  serrir  à  l'enseignement  de  lliistoire\  ont 
(iil repris  de  substituer  à  ces  réimpressions  insuffisantes  des 
textes  établis  (ra|)rès  les  règles  de  la  critique,  accompagnés 
des  noies  et  des  éclaircissements  nécessaires.  Mais  la  tTicbe 
est  immense  et  les  travailleurs  ont  été,  jusqu'ici,  peu  nom- 
breux. Si  nous  avons  une  édition  sérieuse  du  Loyal  servi- 
li'in\  nous  attendons  encore  un  texte  authentique  des 
Mémoires  de  l'icuianges"^.  Lhie  édition  critique  des  Mé- 
moires de  (iuillaiime  et  de  Martin  du  Bellay  est  en  préj>ara- 
lion':  mais  1rs  auteurs  de  mémoires  militaires  relatifs  au 
irgnc  de  llemi  11,  13oyvin  du  N'illars,  llabutin,  n'ont  pas 
encore  trouvé  d'éditeurs.  Nous  croyons  avoir  un  Brantôme^ 


r.    I.lliniiric  Alplionsc  l'irard  ot  fils. 

.'..   .M.  Il(il»erl  (i()iil).-(ii.\,  mort  en  i8f)8,  devait  le  donner  à  la  Société  de  l'His- 
toire de  France  ;  M.  I\-A.  Lenioisne  s'est  charade  de  continuer  le  travail. 
3.   Klle  a  été  entreprise  |i;ii'  MM.  \'.-L.  {{oiirrilly  et  Fieurv  Vindrv. 


AVANT-PROPOS.  XI 

(^1  si  nous  en  possédions  une  édition  vérilaljlcniciil  critique, 
elle  {)Ourrait,  dans  une  certaine  mesure,  su[)|)léer  à  ces 
lacunes.  x\lais  si  Ludovic  Lalanne  a  eu  le  mérite  de  retrou- 
v(;r  plusieurs  sources  de  Brantôme,  si  d'un  commerce  long-  et 
intime  avec  son  auteur  il  a  su  tirer  un  livre  i'ort  agréable 
et  d'une  réelle  valeur  littéraire,  il  a,  par  contre,  trop 
négligé  de  contnMer  la  valeui-  des  commérages  du  fécond 
compilateur,  et  l'on  sait  qu'il  n'a  pas  coniui  les  mamiscrits 
originaux  et  autographes  ^  C'est  un  beau  travail  à  reprendre 
par  un  érudit  jeune  et  robuste. 

Une  lecture  attentive  m'a  convaincu  (pi'il  en  était  de 
même  de  l'édilion  des  Commentaires  de  Biaise  de  Monliic, 
donnée  en  1864-18O7  par  le  baron  Alphonse  de  Ruble  dans 
la  collection  de  la  Société  de  l'histoire  de  France.  J'avais 
entrepris  cette  lecture  dans  le  dessein  d'écrire  une  l)iogra- 
phie  de  Monluc'^.  A  mesure  que  j'avançais,  il  m'a  paru  qu'il 
était  d'abord  indispensable  d'étudier  la  valeur  historique  de 
Fœuvre  (pii  devait  eu  Ibi-nier  la  trame.  J'ai  ri'duil  mes 
ambitions  à  des  proportions  plus  modestes  et  j'ai  cru  que  je 
ferais  un  travail  utile  en  démontrant  simplement  la  nécessilé 
d'une  édition  des  Commentai/'Q.s.  C'est  l'objet  propre  et  la 
conclusion  de  la  présente  étude.  Mais  en  instituant  sur 
Tcï'uvre  de  Moulue  une  enquête  aussi  consciencieuse  et 
aussi  ap|)r()IV)ii(lic  (juc  uir  le  pcrtuellau'ul  les  inoveus  doul 
je  disposais,  en  contrôlant  le  récit  par  les  docuuiruls  origi- 
naux, en  le  conq)arant  avec  les  autres  ténKjignages ,  en  en 
sigiudant  les  erreurs  et  les  lacunes,  j'ai  été  amené,  sinon  à 
écrire  la  biogi'aphie  complète  du  persomuige,   du  moins  à 


1.  Noir  Henri  O.mont,  Notice  sur  /fs  nidiiiiscri/s  (H'i(jimni.i'  ri  aii/(»/rii/t/irs 
(les  œuvres  de  lii'dninme  ronservés  à  la  Hihliothèiiue  mitioïKile.  {lithliollir- 
que  de  V École  des  Charles,  1904,  t.  XL\',  pp.  5-5/|.) 

2.  M.  Hauseu  annonçait  mon  travail  sous  celle  forme  dans  rarticlc  dcjà  cil»' 
de  la  Revue  de  Si/uthèse  hislorir/ue,  1902,  p.  22/1,  n.  7. 


XII  AVANT-PROPOS. 

éclairei'  (riin  jour  nouveau  les  nombreux  événements  aux- 
quels il  l'ut  mêlé  et  dont  beaucoup  ne  sont  guère  connus  que 
sur  sa  foi,  à  dégager  aussi  certains  traits  de  sa  physionomie 
laissés  jusqu'à  présent  dans  l'ombre.  Par  là,  mon  travail  est 
une  contribution  à  l'histoire  politique,  diplomatique  et  mili- 
ta ire  des  règnes  de  François  I*^""  et  de  Henri  II  et  à  celle  des 
trois  premières  guerres  civiles  dans  le  Midi  de  la  France, 
en  même  temps  qu'une  étude  sur  le  témoignage  de  Monluc. 

Je  l'ai  fondé,  en  premier  lieu,  sur  un  examen  attentif  de 
deux  copies  manuscrites  des  Commentaires  conservées  à  la 
Bibliothèque  Nationale  (f.  fr.,  ms.  ôoii).  Il  m'a  paru  néces- 
saire de  reprendre  à  la  base  l'édition  donnée  par  de  Huble. 
•l'ai  lait  une  collation  complète  de  son  texte  avec  celui  du 
premier  manuscrit,  qu'il  a  systématiquement  négligé,  à 
tort,  selon  moi.  Cette  collation  m'a  permis  de  redresser  bon 
noiiibrr  (rericiirs  cl  surMoul  de  mettre  en  lumière  la  façon 
dont  Monluc  composa  son  livre.  En  second  lieu,  je  me  suis 
efforcé  d'éclainM-  |)ar'  Ions  les  moyens  le  texte  des  Commen- 
iaireii  ;  sur  ce  point  encore,  le  dernier  éditeur  avait  laissé 
beaucoup  à  faire.  J'ai  pour  cela  utilisé  les  documents  fran- 
çais et  étrangers  déjà  [)ubliés,  les  histoires  générales  et  les 
iioiiibr'cuses  monogTa|)hies  dont  on  trouvera  plus  loin  la 
liste.  Mais  j'ai  complété  ces  renseig-nements  par  des  ï-echer- 
clies  j)ersonnelles  dans  les  dépots  d'archives  de  F'rance  et 
d'Italie. 

A  la  Bibh()lliè(|ue  Nationale,  j'ai  retrouvé  les  premiers 
documents  authentiques  de  la  carrière  militaire  de  Monluc 
d;ms  les  nioiilrcs  conservées  dans  les  vol.  2  i5i  1-2  15x5  de 
r;ui(i('ii  fonds  Itjinçais,  SOnS  et  8(m  ()  des  iionvelles  acquisi- 
lioiis  rt;mr;iis('s,  :)J\f\,  2/|(),  2/17,  2/48,  200,  aai  du  fonds 
(  ;i;iit;iiiili;iiill.  Les  volumes  .'iooS,  .'^lOiO,  .'^o55,  3o5()  du  fonds 
hanç.iis  rn'oiil  l'oiir'iii  les  originaux  de  nond)reuses  lettres 
écrites  |>;ii-   l'i;mrois   I  "^  (»u   relatives  à  son  règne,  que  j'ai 


XVANT-PROPOS.  XIII 

complélées  au  moyen  des  co|)ies  coiilenues  dans  les  volumes 
335,  ',VM\,  33(),  3()()  du  fonds  (îlairamhault.  J'ai,  de  pins, 
utilisé,  pour  le  récil  du  sièi»e  de  Marseille  par  ('JiaF'Ies-Oiiinl 
en  i53(),  V Histoitu'  jouriKilirn'  (T Honoré  de  \'(i/h('//(',  con- 
servée dans  Ir  ins.  ^n)'j:i  dn  fonds  IVançais.  Pour  le  rèi«ne  de 
Henri  11,  onh'c  les  Icllr^îs  des  ducs  de  (uiise  cl  (TAurnale  se 
rapportant  à  l'année  1558,  qui  se  trouvent  dans  le  ms.  3 128 
du  même  fonds,  j'ai  amplement  puisé  dans  l'ancien  fonds 
Gaigiiières  el  dcj){)uillé  les  vol.  2o44y-2o443  (ali'aires  d'ilalic, 
1 548-1 5()o),  ao/|/|7-«o/|/|8  (correspondance  du  cardinal  du 
Bellay  et  des  ai^'cnls  IVancais  à  Komc  de  1 553  à  i555j, 
2o/\l^L)-20^î^\ ,  2()(">/|'4  (Icllres  de  lîi'issac  ou  à  Bi'issac), 
20452-20453  (lettres  de  capitaines  fran(;ais  servant  en  l*ié- 
mont  de  i54()  à  i55()),  2o455  (alFaires  d'Italie,  i55()-i557), 
2o4('2  (pièces  concernant  la  famille  de  Monluc,  1547-1570), 
2o5o7  (pièces  concernant  les  Montmorency),  2o5ii-2o5f2, 
20537,  2  )543-2o545,  2o548-2o54<)  (lellr-cs  adressées  aux 
duc  de  Guise  et  d'Aiimale,  i  5/17-1  51)0),  y()(>2o  flelire  in(''dile 
de  Monluc  au  duc  de  Guise).  J'ai  complété  ces  reclierclies 
en  dépouillant  les  volumes  344?  'M5,  348,  i)(VA  du  fonds 
Clairainhaiill.  Pour  les  guerres  civiles  de  i5()oà  1570,  j'ai 
utilisé  les  analyses  données  par  de  Ruhie  à  la  lin  de  son 
Antoine  de  lionrhon  et  Jeanne  (tAlbi'et  el  dti  loiiie  I  de 
Jeanne  d'A//)rei  ;  elles  ne  m'ont  pas  dispensé  de  recourir 
aux  documents  eux-mêmes  contenus  dans  les  vol.  3i8(), 
3i8y,  32  10,  i5548,  i5558,  1 5878-1 5877  du  fonds  français. 
J'ai,  de  plus,  dépouillé  les  copies  et  extraits,  dus  à  Gustave 
Bertrand,  des  autographes  conservés  à  la  Bil)liotliè([ue 
impériale  de  Saint-Pétersbourg-  (n.  acq.  fr.  iy33-T234)  et 
les  copies  intégrales  des  mêmes  documents  faites  dans  ces 
dernières  années  :  nouvelles  acquisitions  françaises,  volumes 
6001 -()oo2  (lettres  de  Charles  IX  et  de  Catherine  de 
MéJicis),  6003  (lettres  du  duc   d'Anjou),  G007  (lettres  de 


XIV  AVANT-PROPOS. 

Cliarlos  IX),  6008  (lettres  de  Condé),  O009  Hetlres  du  duc 
de  Moutpeusier),  ()OT  i  (lettres  du  cardinal  de  Lorraine), 
6oi3  (lettres  de  Daniville),  aorxjc)  (lettres  de  Burie,  d'Es- 
cars,  Lanssac,  Jean  de  Moulue).  Le  vol.  8224  de  rancien 
fonds  français,  le  vol.  3."».")  du  fonds  Clairambanlt  m'ont  aussi 
louini  (juelques  documents  pour  cette  période. 

Les  autres  fonds  de  la  Bibliothèque  Nationale  m'ont  per- 
mis utilement  de  compléter  ces  recherches.  Le  volume  11 34 
du  fonds  italien  m'a  donné  la  correspondance  de  Pietro 
Strozzi  pendant  les  trois  derniers  mois  du  siège  de  Sienne, 
les  volumes  1720-172.")  du  même  fonds  les  dépêches  des 
ambassadeurs  vénitiens  à  la  cour  de  France  sous  Henri  II, 
François  II  et  Charles  L\.  —  fJu  fonds  Dupuy,  j'ai  tiré  un 
((  discours  »  de  Strozzi  sur  les  causes  de  la  défaite  de  Mar- 
ciano  (vol.  ooo),  quelques  lettres  d'Odet  de  Selve,  du  car- 
dinal (Parafa,  de  (Charles  IX  (vol.  44  5  ^M)7  ?  <^<*0?  'i'i<* 
harangue  de  CJiarles  IX  à  la  noblesse  (vol.  -ji^^)).  .l'ai 
aussi  consulté,  pour  le  siège  de  Thionville,  la  relation  des 
Mémoires  sur  les  aj/'aires  de  France  soubj:  la  fin  du  règne 
de  Henri  II  (vol.  ofn),  que  j'ai  retrouvée  dans  le  vol.  2() 
des  Cinq-Cents  Coll)ert.  Dans  ce  dernier  fonds,  j'ai  utilisé 
encore  les  vol.  7,  24  et  i4o,  (|ui  m'ont  fourni  des  lettres  de 
(-liailcs  IX,  du  duc  d'Anjou  et  du  (\\\c  de  Montpensier.  Enfin 
dn  \itl.  718  du  fonds  Moreau  j'ai  tiré  une  lettre,  d'ailleurs 
uMililtM',  du  carrHual  de  CJullillon  relative  à  la  rupture  du 
pont  de  bateaux  de  Port-Sainte-Marie. 

Aux  Archives  Nationales  je  ne  pouvais  que  glaner  après 
(le  I initie,  (|ui  a\;iil  déjà  donné  dans  son  édition  les  docu- 
ments, signalés  par  Forneron,  relatifs  aux  rapports  secrets 
de  Monluc  et  de  Philippe  il.  J'ai  publié  une  lettre  de  Monluc 
à  Fourquevaux  qui  avait  échappé  à  ses  recherches^;  j'ai,  de 

I.  Dans  l)ouzp  leUics  inédilcs  de  Biaise  de  Monluc,  Toulouse,  i8yH, 
|)|i.  :^'>-;{.'{  (f\U;iil  (les  Annuler  ilii  i]/idi\  {.  X). 


AVANT-PROPOS.  XV 

plus,  dépouillé  les  cartons  i/|()i,  looi,  i5io,  1027  de  la 
série  K  ;  j'y  ai  copié  les  dépêches  des  deux  Bardaxi  el  aussi 
une  lettre  du  duc  de  Montpeusier. 

La  collection  Godefroy,  à  la  Hihiiotlièqne  de  rinslilul,  ne 
m'a  fourni,  en  dclioi's  de  documents  déjà  connus,  (|irime 
lettre  intéressante  d'Antoine  de  (iramoni  à  Galherine  de 
Médicis.  —  La  colleclion  des  aut()i>rapiies  léguée  par 
M.  le  baron  de  Sciiickler  à  la  Bil)liolliè([ue  d(;  la  vSociété  du 
Protestantisme  français  m'a  donné  une  grande  lettre  inédite 
de  Monluc  à  Charles  IX. 

La  l)ibliotlièqne  uumicipale  de  (^arpentras  possède,  sous  le 
n"  li\)o,  un  important  volume  manuscrit,  (pii  a  été  signalé  par 
M.  l'abbé  Marchand.  H  contient  un  g-rand  nombre  de  dépê- 
ches de  Brissac  et  des  pièces  diverses  relatives  a»i  seizième 
siècle,  entre  autres  une  curieuse  lettre  de  (Charles  IX  à  Mon- 
luc ^  Ce  manuscrit  m'a  permis  de  compléter  et  de  rectifier 
sur  beaucoup  de  points  le  l'écit  (pie  Moulue  a  do?mé  de  ses 
campagnes  de  Piémont  de  lO^o  à  155,^. 

J'ai  déjà  publié  en  1898  un  certain  nombre  de  lettres  iné- 
dites de  Monluc  retrouvées  dans  les  archives  départementales 
et  numicipales  du  Sud-Ouest,  .l'ai,  de  plus,  tiré  de  ces  divers 
dé[)ots  de  précieux  renseignements  pour  la  période  des  guer- 
res civiles.  A  Bordeaux,  j'ai  consulté  les  volumes  d'enregis- 
treuuMit  des  édits  royaux  (B.  'M)  et  38)  conservés  aux  Archi- 
ves départementales  de  la  Gironde,  ainsi  que  les  registres  de 
jurade  de  la  ville  de  Sainte-Foy  {K  supplément,  BB,  1,  /j<)87 
et  4y88);  j'ai  dépouillé  les  diverses  collections  des  registres 
secrets  du  Parlement  cpie  possède  la  Bibliothèque  municipale 
(mss.  .'^('>7,  .'^)("»8,  'M)i.),  2,  ',)  et  /|,  .'^>7())  et  tiré  (pielques  documents 
du  riche  fonds  légué  par  Léo  Drouyn  aux  Aicliives  munici- 
pales. —  A  Agen,  mes  recherches  dans  le  dépôt,  si  remanjiia- 

I.  Noir,  pour  plus  de  ilt'liiils,  l;i  uotr^  i  do  la  payT  iSti. 


XVI  AVANT-PROPOS. 


I»l«'  pour  le  selziômo  sl('cle,  clos  Archives  municipales  et  dans 
les  jurades  de  Francescas  el  de  Gasteljaloux,  ont  été  rendues 
très  rapides  et  très  sûres  par  le  dépouillement  minutieux  qu  Vu 
avait  lail  avant  moi  M.  (leorges  Tholin,  aujourd'hui  archi- 
viste honoraire  de  Lot-et-Garonne,  et  dont  il  me  fit  profiter 
avec  cette  bonne  grâce  que  les  travailleurs  du  Sud-Ouest 
sont  heureux  de  se  rappeler.  —  Je  n'ai  pas  trouvé  un  moins 
aimable  accueil  à  Toulouse  :  M.  Félix  Pasquier  aux  archives 
de  la  Haute-Garonne,  M.  Roschach  à  la  tour  du  Capitole  ont 
mis  à  ma  disposition  leur  connaissance  approfondie  des 
dépôts  toulousains;  je  dois  en  particulier  au  second  de  pré- 
cieux documents  sur  les  événements  de  mai  i5(J2.  —  A 
Auch,  j'ai  dé|)Ouillé  le  registre  trop  peu  connu  des  délibéra- 
tions consulaires  (13ii,  5;  et  trouvé  quelques  commissions 
dans  le  chartrier  de  l'ancien  grand  séminaire.  —  A  Lectoure, 
j'ai  ulihsé  le  livre  des  records  des  consuls  (BB,  3).  —  De  Gon- 
dom,  .M.  Gat(i(M(%  archiviste  et  bibliothécaire  municipal,  a 
bien  voulu  me  communiquer  d'intéressants  extraits  des  comp- 
tes des  consuls.  —  M.  ral)l)é  ,1.  Lestrade,  auteur  d'une  très 
curieuse  pul)lication  sur  les  Huguenots  en  CommingeSy  m'a 
fait  également  bénéficier  de  ses  heureuses  recherches  dans 
les  archives  de  Muret.  —  Gomment  oublierais-je  enfin  l'ami- 
cale conq)laisance  avec  laquelle  le  regretté  Maurice  Lanore 
transcrivit  pour  moi  quelques  documents  relatifs  à  l'organi- 
sation de  la  légion  de  Languedoc  en  io3/|,  retrouvés  par  lui 
dans  le  dépôt  des  Basses-Pyrénées"? 

Les  archives  italiennes  m'ont  permis,  avec  les  nombreuses 
correspondances  de  la  Bibliothèque  Nationale,  d'étudier  une 
partie  ciicorr  très  mal  connue  de  la  cai'rière  de  Monluc  :  la 
période  qui  s'étend  de  i543  à  1558.  L'Archive  d'Etat  de 
Mantoue  m'a  fourni  les  dépêches  de  trois  agents  qui  suivaient 
les  armées  impériales.  Gelles  de  N'espasiano  Bobba,  attaché 
à   l'ainiée  de  Dd  Vasto,  m'ont  servi  à  contrôler  le  récit  des 


AVANT-l'ROPOS.  XVII 


Conimriifairc.s  j)our  la  campagne  de  Boiitlères  en  Piémont  de 
novemlti-e  \;)f\-2  à  mars  i  r)/|y>  ;  <'elles  d'Annlbale  LiloKi,  alla- 
clié  à  l'aimée  de  D.  Feiranle  de  Gonzague,  ont  i.ililemenl 
complété  la  correspondance  de  Brissac  ponr  les  campagnes 
de  ir)5i-i553  ;  celles  de  Ludovico  Tridapali,  allaclié  à  l'ar- 
mée du  duc  d'Alhe,  m'ont  lourni  des  renseig-nemenls  très 
précis  ponr  la  deiiiiéi-e  campagne  de  Monluc  en  Piémont 
(septembre  lof);"))  '.  —  A  l'Arcliivi^  d'Klat  de  Sienne,  j'ai 
dépouillé  les  documents  essentiels  (jui  se  i-apportent  au  siège 
de  1554-1.^)55  et  au  séjour  de  Monluc  à  xMontalcino  en  i557  : 
registres  des  délibérations  des  Huit  de  la  guerre  (vol.  I  et  II), 
reg"islre  du  Consig/io  (jencrnle  fn"  246),  lettres  des  Huit,  let- 
tres adressées  auxlluil,  lettres  de  Pietro  Strozzi,  registres 
des  délibérations  pour  les  années  i55()  et  i55y  (vol.  y,  \\,  4 5 
f*  et  f)),  registre  de  lettres  et  de  baiidi  pour  l'année  155^, 
de  la  ré|)ubli(pie  retirée  à  Montalcino.  J'ai  tiré  aussi  (juel- 
ques  renseignements  et  qnelcpies  lettres  de  Henri  II  et  de 
Strozzi  des  manuscrits  de  la  Bil)li()lliè(]uç  communale  de 
Sienne.  —  Enfin  trois  séries  de  l'Archive  d'Etat  de  Modène 
(Carteggio  e  document i  di  ixirlicolari,  lettera  M,  busia  78; 
Carteggio  fra  principi  Esiensi,  busta  1 5  ;  Jirftori  d(d/o 
stato,  Brescello  et  Modr/tn)  m'ont  fourni  plusieurs  lettres 
inédites  de  Monluc  et  nTonl  permis  de  reconstituer  d'une 
façon  précise  son  séjour  à  l^'crratc  en  janvier-mars  i55H. 

( '^es  recliei'clies  à  ti'a\<M's  l<'s  docnnienls  cl  les  livres  m  ont 
été,  du  commencement  à  la  lin,  r-cndiies  légères  |)ai-  les 
encouragements,  par  les  conseils,  par  les  nomljrenses  mar- 
ques d'intérêt  et  d'amitié  (jne  j'ai  reçus,  on  l'a  (l('*jà  vu,  un 


I.  Les  dépèches  de  Tridapali  ont  été  utilisées  avant  moi  par  M.  A.  Soore. 
Fr.  Molard  en  avait  fait  copier  un  certain  noniljrc,  conservées  aujourd'liui  à  la 
l)il)liotliè(iuc  municipale  d'Auxcrrc  (ms.  3CG).  J'en  ai  eu  communication,  mais 
j'ai  tiré  moi-même  de  l'Archive  d'Etat  de  Mantouc  d'autres  dépêches  du  même 
a^enl  qui  n'avaient  pas  encore  été  signalées. 


XVHI  AVANT-PKOPOS. 


peu  de  tous  les  cotés.  Au  lernie  de  ce  long-  travail,  il  m'est 
très  agréable  de  les  rappeler.  Je  remercie  M.  (Camille  Jul- 
lian,  à  (pii  je  dois  la  première  idée  de  cette  étude  critique  ; 
M.  Euiile  Picot,  membre  de  l'Institut,  qui  a  mis  à  ma  dispo- 
sition, avec  cette  générosité  qu'ont  éprouvée  tous  les  amis 
du  seizième  siècle,  les  trésors  de  sou  érudition  bibliographi- 
({iie  et  de  sa  bibliothèque;  M.  Léon-(j.  Pélissier,  dont  les 
livres  aussi  sont  souvent  devenus  les  miens;  M.  Chr.  l*fister, 
qui  a  bien  voulu  se  souvenir  (pie  Moulue  prit  Tliionville  ; 
M.  (^li.  Samaran,  qui  m'a  fait  en  particulier  profiter  do 
ses  recherches  aux  archives  du  Vatican,  où  il  a  retrouvé 
une  g-rande  lettre  de  Moulue  an  j)ape  Pie  IV,  et  à  rArchive 
d'Ktat  de  Naples  ;  M.  II.  Palrv,  à  (pii  je  dois  plusieurs  très 
obligeantes  communicalions  ;  .M.M.  Henri  Stein,  Gh.  de  la 
Roncière,  P.  de  Vaissière,  Jean  de  Jaurgain,  P.  Vidal,  archi- 
viste municipal  de  Pcrpii>nan,  Josepli  Fournier,  archiviste- 
adjoint  des  Bouches-du-Hh(Hie,  l'abbé  F.  lîamant,  l'abbé 
\  .  Dnbaral.  Je  ne  puis  oublier  aussi  l'accueil  (|ue  j'ai  1rou^■é 
en  llalir,  la  lianle  coui'loisie  de  M.  A.  Lisini,  directeur  de 
rArcliivr  (KFlal  de  Sienne,  et  l'iidaligalile  complaisance  de 
son  adjoint  M.  Francesco  Bandini-Piccolomini ,  qui  a  bien 
A'oulu  se  dessaisir  en  ma  Faveur  de  plusieurs  documents 
tirés  de  l'Arcliivio  Mediceo  de  Florence;  l'obligeance  par- 
r.ulc  des  directeurs  des  Archives  de  Manloue  et  de  Modène, 
-MM.  Lnzio  e(  Oi^nilx'iie  ;  les  renseig-nemenis  enfin  (pi'oul 
bien  voulu  nie  liausnictlr-e  M.M.  les  professeurs  Arlui'o  Seg're 
et  F.  (iabollo.  Je  dois  un  remerciement  tout  spécial  à 
M'"'  (ieorgcs  Salles,  (pii  a  consenti,  avec  une  bonne  grâce 
dont  je  lui  exprime  ma  respectueuse  g-ratitude,  à  me  commu- 
ni<|uiM-  le  numuscrit  de  la  thèse  d'Ecole  des  Chartes  que  son 
ma  ci  a  laissée  sur  Lu  tiucrre  et  les  négociations  entre 
Fra/irois  /"  et  llriirl  VIII  du  traité  de  Crépy  au  traité 
dWrdri'i^i^epti'iulïr,'  i.ljj-jinu  \,')jC,).  Ce  travail  très  soig-né, 


AVANT-I'ROPOS.  XIX 

composé  surtout  d'après  les  documents  du  British  Muséum, 
m'a  1res  heureusement  |)ermis  de  combler  une  lacune  (pii 
eùl  élr  i»rav('  cl  de  conhvMer  le  r/'cil  de  Moulue  pour  les  caui- 
pagnes  du  Hoiiloiuuiis.  Tous  ceux  euiiu  (pii  savrui  couilticu 
le  Iravall  (rc'rudilion  eu  pi'oNince  est  souvent  i^èné  par  un 
livre  (pii  nian([ue,  un  docunieni  à.  Iranscrire,  une  lecture  ou 
une  réFér'cnce  à  vériiier,  trouveront  que  je  nracrpiitte  bien 
mal  en  rappelant  sèchement  ici  deux  concours  (|ui  me  sont 
particulièrement  chers  :  l'amitié  si  dévoïK'C  de  M.  Louis 
Batcave  et  l'afFection  d'un  frère  (jui  fui  pour  moi  comme  une 
vivante  conscience  du  priMnier  jour  jus(ju'au  dcrnirr. 


BIBLIOGRAPHIE' 


A)  Répertoires  généraux — Ouvrages  de  bibliographie. 

Anselme  (le  P.),  Histoire  c/énénlogiqiie  et  chronolofjifum  de  la 
mnison  roijale  de  France.  Paris,  1726,  iii-fo!.,  9  vol. 

BouKRiLLY  (\\-L.),  Le  règne  de  François  /"',  étal  des  Iranaii.r  et 
questions  à  traiter,  iii-8"  (extrait  de  la  Revue  d'histoire  mo- 
derne et  contemporaine,  1 902-1  goi^,  t.  IV,  pp.  5i3-53i,  585-6o3). 

Bkière  et  Cahon,  Répertoire  méthodique  d'histoire  moderne  et  con- 
temjioralne.  Paris,  1899  et  suiv.,  in-8"  (actuellement  G  vol.). 

Bulletin  et  Annuaire-Bulletin  de  la  Société  de  l'histoire  de  France 
(années  i84i,  1862,  i863).  Paris,  Renouard,  in-S",  3  vol. 

Caron  (P.)  et  Sagnac  (Ph.),  L'état  actuel  des  études  d'Iiistoire  mo- 
derne eu  France  (publication  de  la  Revue  d'histoire  moderne  et 
contemporaine^.  Paris,  1902,  in-S". 

Castellane  (De).  Fssai  de  catalogue  c/tro/iolo;/ique  de  l'imprimerie 
à  Toulouse  dans  le  seizième  siècle,  dans  les  Mémoires  de  la 
Société  archéohxjiqae  du  Midi  de  la  France,  t.  V,  année  1847. 

(latalotjue  des  Actes  de  François  F''  (publié  par  l'Académie  des  scien- 
ces morales  et  politiques).  Paris.  1887-1900,  iii-4",  8  vol. 

Delisle  (Léopold),  Le  cal-iinet  des  manuscrits  de  la  Rildiothèque 
impériale.  Paris,  imprimerie  Nationale,  i8()8-i874,  in-4'',  3  vol. 

Franklin  (Alfred),  Les  sources  de  l'histoire  de  France.  Paris,  Fir- 
min  Didot,  1877,  in-S». 

I.  J'iii  nioiUidniK'  soulcmcut  dans  celte  liste  les  ouvrages  (|iii  se  i-appoiMeiit 
direclenicnl  à  iiion  sujet.  Je  n'y  ai  pas  compris  les  livres  d'un  usasse  constant, 
tels  que  la  (laltiu,  le  Mor-cn \  le  ('.(ildtfxjitc  ilc  tliislairc  de  Fcuitci',  la  lillilio- 
(jriipliii'  ili-s  Sociétés  scnuni/rs  de  M.  de  I.asleyrie,  etc.  —  Wnir  l'iMude  îles 
i^iu'iTes  (l'Italie,  je  nie  suis  servi  des  cai'tes  de  iMayr  [Mai/r's  Allas  ili-i-  Al/ifi- 
Idndi'r   iukI   Mith'l-lhitien,   Gotha,    Justus    l'ertlies);    poin-  la    i'oscaue,   tic  la 

Cdclii  l(ij)()(ji'(i /ira  (ti'lla  prarincia  ili  Sii'iia  au  . 


XXII  HIBMOGriAPilIK. 

G.VBOTTO  (F.\  liuH'ntdi'io  ('  retjcslo  delV  (irrhivio  ro//i/nn/uile  di 
Moncalieri  fino  (dV  nuno  i  ji8.  dans  lc;s  Misccllanea  di  aloria 
italiana.  sér.  .H.  t.  XXXVI,  1900,  in-S". 

GoiJEï  (Cl. -Pierre),  Bibliollièqne  fvanvoii^p  ou  Hii^loirc  littéraire,  de 
la  France.  Amsterdam  et  Paris,  172.'^  et  ann.  suiv.,  iii-S»,  42  vol. 

H.vAG  (Eug-.  et  Em.).  La  France  protestante.  Paris,  1840-1859, 
in-S",  10  vol.;  2"  éd.  (par  Henri  Bordien,  1877-1888,  in-80,  6  vol. 
(inachevée). 

Haiser  (Henri),  Histoire  de  la  France  au  seizième  siècle,  dans  la 
Revue  de  Synthèse  historique,  1902,  pp.  2oo-2;^2. 

Langlois  (Cil  -V.)  et  Seignouos  (Ch.),  latroduclion  aux  études  histo- 
riques. Paris,  Hachette,  1898,  in-12. 

Lelo.ng  (le  P.).  Bibliothèque  historique  de  la  France,  nouvelle  édi- 
tion revue  jnr  Fevret  de  Fontette.  Paris,  1 768-1 778,  5  vol. 
in- loi. 

LisiM  (A.),  Inveiilario  del  H.  Archivio  di  Stalo  in  Siena,  parte 
prima  (  Di[)loni;itico-Statuti-(]apiloli).  Siena,  lip.  e  lit.  Sordo-Muti 
(li  L.  Lazzeri.  1899.  in-S*'. 

Man.no  (A.)  et  \ .  Promis,  Bibliorjra fia  storica  degli  stati  délia  /no- 
nnrchia  di  Savoia.  Torino,  in-8",  4  vol. 

PiNAHu.  (Jhronolo;/ie  historique  militai re...  Paris,  (Claude  Hérissant, 
17G0,  in-4",  8  vol. 

Ranke  (Léopold),  Zur  Kritilx  neuerer  Geschichtschreiber.  Leipzig- et 
Berlin.  182^^.  in-8». 

Belacione  e  indici  /)ubblicati  per  il  congresso  internazionale  di 
science  sloriche  da  tenersi  in  Roma  Tpar  la  Commissione  .senese 
di  storia  pahia  in-lla  \\.  Accadcmia  (Ici  BozziJ,  Siena,  lip.  e  lit- 
Sordo-Mnti  di  L.  Lazzeri,  1902,  in-8". 

SAI^TE-^LM\TnK  (Scévole  et  Louis  de).  Histoire  (/énéaloqiqiie  de  la 
maison  do  France,  avec  les  illustres  familles  qui  en  sont  des- 
cendues. Paiis,  A.  Pacaril,  iCn(),  \n-l\0,  2  vol. 

Vi.NDiiY  fKleiirv),  Dictionnaire  de  rEtat-major  français  au  seizième 
siècle,  première  partie,  t.  I,  Gendarmei-ie  (seul  paru).  Paris, 
Cahinet  de  riiisti»riog'ra|t!ie.  \{yV.\,  iii-8". 


P>)  Recueils  de  documents. 

.\i,i!i,Ki  I  Eiii^cino),  !.<■  lirl//:i(,i,i  dci/fi  A  mbascif/tori  \'eneti  al  Senato 
durante  il  sernlo  derimo  sesto.  ("'ireiizc,   i8.'^9-)8G.'i ,  iu-8'>,    i^vdi. 

Archives  historiques  du  département  de  la  Gironde.  Bordeaux. 
i8.)8-i9(ir),  in-/)",  /|  I   VI )|. 


IÎII!M()(iItAI'IIIK.  XXIII 

Archives  //ii//ii<:i/j(i/e.s  de  Bdijoiinc.  Délibcnilions  du  curps  de  ville. 
Registres  (jascoiis.  lîavonue,  i8()G-i8()8,  :>.  vol.  111-/4"  (l-  H)  iôi/(- 
i53o). 

Archivio  storico  italiano.  Juiiddlo  du  (i.  P.  Vieiisseit.c  e  contiiiiiato 
a  ciii-d  delln  H.  depuliizioue  di  slorni,  jxilrid  jier  le  provincie 
délia  Toscana,  delT  U/nùrin  e  délie  Marche.  Kiienze,  Vicusscux, 
1841-1907  (divisé  en  5  séries),  in-H". 

Alti  e  Memorie  délie  l\l\.  Depntazioiii  di  storia  palria  pei-  le  pro- 
vincie Mode/iesi  et  Pari/ieiisi,  t  IV.  .Modriia,  pcr  (^ailo  Viiicnizi, 
i8G3,  111-4". 

AuBAis  (marquis  d').  Pièces  fiifiltives  pour  servir  à  l'histoire  de 
France.  Paris,  i7r)(),  in-4°,  t-  I- 

Behgi:u  ]je  Xivrkv  el  (Juadkt,  Jiec/icil  des  lettres  missives  de 
Henri  IV.  Paris,  Didol ,  i8/i3-i858,  iii-4'\  7  vol.  (Coll.  des  Doc. 
iiK'd.) 

lioiuiiiKsi  (S.)  et  L.  Banchi,  Nnovi  dociuncidi  per  la  storia  drll'  arte 
senese.  Siciia,  i8(j8,  iii-K". 

liuEAVEu  (J.  S.),  J.  Gaiudneu  aiul  U.  H.  Bhodie,  Letters  and  Pajiers 
foi'eiyn.  and  dont  est  ic  of  the  reign  of  Henri  \  Ifl,  preseroed  in 
the  Public  Record  ofjice,  the  British  Muséum  and.  elsewhere 
in  England.  Loiidon,  18G2-1905,  in-8'J  (tomes  I  à  XIX). 

BiiowN  (Hawdon)  et  Cavendish  BexNtinck  ((î.),  Calendar  oj' State  pa- 
pers  and  nainiiscript  relatintj  ta  english.  aj/'aires  exisling  in 
tiie  ai-chives  and  collections  of  Venice  and  in  othern  libraries 
of  northern  Italy .  London,  18G8-1873,  in-8°,  7  vol.,  t.  V  (années 
1 534-1  •»-^4))  1H73,  et  t.  VII  (années  i558-i58o),  1890. 

Bulletin  du  (loniité  de  la  langue,  de  l'histoire  et  des  arts  de  la 
France,  t.  I,  |i[).  /)G3-/|7S.  Paris,  imprimerie  Impériale,  i854, 
in-8'>. 

(JajîiÉ  (Edmond),  .ambassade  eu  FspiUfue  de  .Jean  hbi'ard,  se/gneur 
de  Saint-Sid picc.  Allii.  impr.  Noni^iiiès,  i()o3,  in-8". 

—  (luerres  de  religion  dans  le  Sud-Ouest  de  la  France  et  principa- 
le nu'nt  dans  le  (Juercy,  d'après  les  papiers  des  seigneurs  de 
Saiut-Sidpice,  documents  transcrits,  classés  et  annotés.  Paris, 
Cliampioii  ;  Tonlouse,  Privât;  (lahors,  Girma,  190G,  iii-V- 

(Jalm.n.  —  Joan/iis  Calvini  opéra  guœ  supersunt  omniu.  cdidci  uni 
(îuiriclmus  Baum,  Eduardus  Cunitz,  Eduardus  lleuss.  I>iiiiis\  iyac, 
Schwetschke,  i8(»3-iS()r».  iii/|".  fx)  lomeseii  18  vol.  i^doi-pus  lîcj'or- 
matoruni). 

Cako  (  Aiiiiihal  I.  —  Lettere  d  A  n/nijal  daro  scrilte  n  uouii'  del  rar- 
din(d  Atcssandro  Farnese.  Padoxa,  i7<">.">,  111-8",  3  xol. 

Castki.-NAi;  (iMieliel  de».  Ses  Mémoires,  illustrez  et  augmentez  de  plu- 


XXIV  BIBLIOGRAPHIE. 

siedrs  ro/nmenfain's  et  maniiscrifs,  lanl  lettres,  inatrnrtions, 
traitée,  qu'autres  pièces  secretles  et  oritjinales  seroans  à  don- 
ner la  vérité  de  !' histoire  des  règnes  de  François  IF,  Char- 
les IX  et  Henri/  Ilf,  et  de  la  réfjenre  et  du  gouvernement  de 
Catherine  de  Médicis,  par  Jean  Le  Laboureur,  édition  aug-men- 
tée  Fpar  Jean  Godefrovl.  Bruxelles,  J.  Léonard,  1781,  in-fol.,  3  vol. 

Cavalcanti  (Barlolomeo).  —  Lettere  di  Bartolonieo  Cavalcanti  traite 
dagli  orir/inali  che  si  conservano  neli  Arrhivio  Governativo  di 
Parma.  Bologna,  presse  Gaelano  Romagnoli,  1869,  pet.  in-12. 

Champollion  FiGEAG  (A.),  Captivité  du  roi  François  /«''.  Paris,  18^7, 
in-4°.  (Coll.  des  Doc.  inéd.) 

CiiAimiF.RE  (V..),  Xégoriatinns  de  la  P^rance  avec  le  Levant.  Paris, 
i848-iS()o,  in-V'.  h  vol.  (Coll.  des  Doc.  inéd.) 

CiBRARio  (L.).  Meniorie  slnriche.  Torino,  18G8,  in-i6. 

Coleccion  de  dorunientos  inéditos  para  la  historia  de  Espaûa,  por 
Don  INLirlin  Fernandez  Xavarrele,  Don  Miguel  Salvâ  y  Don  Pedro 
Saniz  de  Baranda,  individuos  de  la  Academia  de  la  Historia. 
Madrid,  imprenta  de  la  viuda  de  Calero,  1842  et  suiv.,  in-4°. 

Co.M.Mu.NAY  (A.),  Les  Huguenots  dans  le  Béarn  et  la  Navarre,  docu^ 
ments  inédits  publiés  par  la  Société  historique  de  Gascog-ne.  Paris, 
(Champion;  Auch,  Cocharaux,  i885,  in-8°  (Archives  historiques  de 
la  Gascogne,  fasc.  VI). 

ConiTEAULT  (Paul),  Douze  lettres  inédites  de  Biaise  de  Monluc, 
publiées  et  annotées.  Toulouse,  Privât,  1898,  in-8'\ 

—  Deux  lettres  inédites  d'Isabeau  de  Beauville,  seconde  Jeanne  de 

B.  de  Monluc.  Auch,  G.  Foix,  i8()8,  iii-8". 

—  et  Ch.  Samaran,  Deux  lettres  inédites  de  Biaise  de  Monluc  au 

cardinal   Carlo  Carafa,  dans  le  Bulletin  italien,  t.  111,  1908, 
in -8". 

—  et  Pamhhun,   L'ne  ordonnance  inédite  de  Biaise  de  Monluc,  dans 

la  lievue  des  Hautes-Pgrénées,  1906,  t.  1. 
Dast  Le  Vaguer  de  Boisville,  Inventaire  des  registres  de  la  Jurade 
de  Bordeaux,  i52o  à  iyH3,   t.  I,  Bordeaux,  189O,  in-4".  (Archi- 
ves municipales  de  Bordeaux,  t.  VI.) 

Desjardins  (Abel)  et  G.  Cane.strini,  Négociations  diplomatiques  de 
la  France  avec  la  Toscane.  Paris,  1809-1886,  in-4",  G  vol.  (Coll. 
des  Doc.  inéd.) 

DoiMs  (abbé).  Dépèches  de  M.  de  Fourquevaux,  ambassadeur  du  roi 
Charles  f\  en  Espagne  ( clOô-i^ys).  Paris,  t.  I,  i89(),  Leroux, 
in-H";  I.  il,   hjhi  .  IMdii,  in-8". 

i>i  iui;n  (Ch.)  ct.l.  DE  (Jaksaladi;  di  Pont,  Les  ///n/uenofs  en  liigorre, 
ddciiMiriiis  inédits  publiés  |iar  la  Société  historique  de  Gascog-nc. 


BiBrjor;u.vFMiiK.  xxv 

Paris,  Champion;  Auch,  Cocharaiix,  iHHfi,  in-8"  (  Archives  histori- 
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Kerrark  (rardinal  Ippolito  de).  —  Nf^f/orinfio/is  nu  Lettres...  écrites 
au  pape  Pie  IV  et  au  cardin(tl  lior rainée  par  le  carduial  de 
Ferrare.  Paris,  iC)5o,  in-4''- 

Gail  (J.-H.),  Lettres  inédites  de  Henri  If,  Diane  de  Poitiers.  .]farie 
Stuart,  François  roi-daiip/iin,  adressées  au  mnnétaljle  .\nne 
de  Montmorency.  Paris,  1818,  iii-8'\ 

Gayangos  (I^ascual  de),  Calendar  of  tetters.  despatclies  and  State 
papers  relatni;/  to  the  neijotlatloiis  hetateen  Fia/htnd  and  Spain 
preserned  in  the  Archives  of  Siinancas  and  e/seiohere  (vol.  111, 
part.  Il  :  Henrij   Vllf,  iÔ2-]-iÔ2()),  Londoii,   1877,  iii-8'\ 

(îioviû  (Paolo).  —  Lettere  oolfjari  di  Mans.  Paolo  Glovio  da  Conio. 
vescouo  dl  Nocera,  raccolte  per  niesser  Lodoviro  Donieniclii 
et  novamente  sfampate  con  la  t/a>ola,  con  privl\e(fi().  In  NCnctia, 
appresso  (jio  Baltista  et  iMarcliion  l^essa  fVatelli,   i5()0,  pot.  in-80. 

GuiFFHEY  (G.),  Lettres  Inédites  de  Diane  de  Poi/tiers,  Paris,  1886, 
in-80. 

La  CnASTRE  (Claude  de),  Mémoire  du  voi/ar/e  de  M.  le  duc  de  Guise 

en  Italie,    son    retour,    la    prise    de    dalals   et   de    Thionville 

(t.  XXXI 1  de  la  coll.  Petitot). 
La  Perrière  (Hector  do)  et  G.   Baguenault  de  PrcnESiiE,  Lettres  de 

Catherine  de  Médicis.  Paris,    1880- 1906,  9  vol.  in-8".  (Coll.  des 

Doc.  in  éd.) 
Lanz  (K.),  Correspondenz  des  Kaisers  Ktirl    V.  Lcipzii^-,   i8/|/i-i8/|r), 

in-80,  3  vol. 

Lauzun  (Philippe),  Lettres  inédites  de  la  reine  Mart/nerite  de  Valois 

(ioyg-1606).  Auch,  1886,  in-8". 
Lefèvre-Pontalis  (G.),   Correspondance  politique  d'Odel  de  Seine, 

arnbassadear  de  France  en  Angleterre  ( i')//6-i54g)-  Paris,  1888, 

in-8".  (Invontairo  analvti(|ue  des  archives  du  ministère  des  a  flaires 

étrangères.  ) 
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1900,  in-80. 
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i-'i44>  dans  Anzeiger  fur  schuiei zerische  Ceschichle .  m-nc  roljg;"e, 

IV  l.and,  i88:>-i885,  in-8". 
LouTcniT/.Ki   (^Jean),   Documents  inédits  sur  l'histoire  du   L/inguedoc 

et  de  La  Rochelle  après  la  Saint-liarthelemg .  i.ljn-i.'ijj,  dans 


XXVÎ  BIBLIOGRAPHIE. 

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septembre  1873. 

Mémoires  de  Condé,  servant  d'éclaircissement  et  de  preuves  à 
rilistoire  de  M.  de  Thon.  Uuvrag-e  enrichi  de  notes  historiques 
[par  Denys-François  Secousse],  avec  un  snpplément  [dcLenglet  du 
Fresnoy\  Londres  et  Paris,  La  Haye,  174^,  in-4'',  G  voL 

Mémoires-Journaux  de  François  de  Lorraine,  duc  d'Aumale  et  de 
Guise  (t.  VI  de  la  coll.  Michand  et  Poujoulat). 

Memorie  d'un  terrazzano  di  Rivoli  d(d  i535  al  i')86,  dans  les 
Miscellanea  di  storia  italiana,  t.  VI,  pp.  509-074.  Torino,  i805. 
in-80. 

Mu.ANEsi  ((iaëtano).  Documenti  riçjuardanti  la  Repuhblica  Senese 
ritirata  in  Montalcino,  dans  V Arcinvio  storico  ilaliano,  appen- 
dice, t.  \'1!I.  p[).  38()-488.  Fireuze,  ^"i('usseu.\■,  i85o.  in-8". 

MoLAHi)  (Fi'.),  Le  Cartet/ffio  des  ambassadeurs  de  Mantoue,  dans  le 
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fiislo/'if/ues.  Paris,  impr.  Nat.,  1896,  in-8"  (pp.  383-459). 

MoLi.M  ((ïiuseppe),  Documenti  di  storia  italiana  copiati  su  (jli  ori- 
(jinali  nutentici  e  per  copia  <iutofjrafi  esislenti  in  Pariiji... 
con  note.  Firenze,  tipografia  ail'  inse.gna  di  Dante,  1830,  in-8". 

Paius  (Louis),  Négociations  et  pièces  diverses  relatives  au  règne  de 
François  IL..  Paris,  impr.  Koyalc,  i84i,  in-4°.  (Coll.  des 
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(sic;  C0M-.  :  Àbbadia  San  Salvatore),  22  aoilt  1607,  dans  \q  Bul- 
letin /listorique  et  philologique  du  Comité  des  I ravau.r  histo- 
riques,  1894,  in-8°  (pp.  493-497). 

Procès-verbal  du  pillage  et  incendie  des  Eglises  cathédrale  cl  collé- 
giale Saint-Etienne  et  Saint-Caprais  et  autres  de  la  ville 
d'Ageii.  le  2  déceitdjre  f56i.  S.  1.  n.  d.,  in-V'. 

l'uiiiKii  i(iiiillaume).  Lettres  et  Mémoires  d  Estai  des  rogs,  jn-inces, 
ambassadeurs  cl  autres  ministres,  sous  les  règnes  de  Fran- 
çois /''',  Henri  11  et  François  II,  contenant  les  intelligences  de 
ces  rogs  avec  les  princes  de  l'Europe  contre  les  menées  de 
Charles-Quint.  Paris  et  Blois,  1G6O,  iu-t'ol.,  2  vol. 

PiociiAMHKAU  (marquis  de),  Lettres  d'Antoine  de  Bourbon  et  de  Jeanne 
d'Albret.  Paris,  Reiiouard,  1877,  in-8".  (Société  de  l'Histoire  de 
l''iaiice.) 

—  (ialerie  des  hommes  illustres  du  \  endômois.  Antoine  de  Bmir- 
bon,  deii.riènie  duc  de  Vendôme  et  roi  de  Navarre,  et  Jehan  ne 
d' .\  Ibre/ j    1IS79.  in-S". 

Hi!S(.;i;i.Li  ((îiiuljimn  ),  Leiterc  di  Friiicipi.  le  qiialli  à  si  scrivono  da 


RII5I>IO(iHAl'inK.  wvir 

pri iicipl ,  à  (i    prinripi,   à   rfig/oiinn    di  principi.    lu    N'oiielia, 
ap[)rc.sso  (îiordauo  Ziletti,  al  soi>no  de  la  Stolla,  1070,  iIl-4'^ 

PiYMER  (Tliornas)  cl  Iioltcrliis  Saxdekson,  Fd'dt'ra,  (•(j/inciifioiies, 
lil<'i'<e  et  ci/Jifsrti/if/ne  (jciieris  acla  jjublicd  inicr  rc<jes  Angliœ 
et  a/ios  (/nosius  iiiiperftlorcs,  rajes,  efc,  ab  nnno  iioi  ad  nos- 
tra  /is(///tt  /c/n/io/'d  h(d>il(i  cl  tractatn;  ad  orif/ina/rs  cliarttis 
collala  cl  ciiiciidald  sliid/o  Gcorr/ii  ITolincs.  Maya'  (iomitis, 
.1.  Noaiilme,  1747»  in-fol.,  10  vol. 

Saicf.  ((îustave),  Docuiiiciils  /iislo/'ir/i/cs  rc/iili/'s  à  ht  pri nci ikuiIc  de 
Afonaco  dcjuiis  le  (pu iizicmc  siècle,  fcc//cil/is  cl  pidjlics  par 
ordre  de  S.  A.  S.  le  prince  Charles  III.  Monaco,  1888-1891, 
in-4°,  3  vol. 

Samakan  (Ch.),  Lcllres  inédilcs  dit  cardiiud  (îeorfjes  d'A/-iiia(//iac, 
conservées  à  la  Bibliolhèqiie  BarberinI  à  Borne.  Rome,  1902, 
in-8".  (Extrait  des  MéhuKjes  d'arcliéolotjie  cl  d'hisloire  ptdiliés 
par  l'Ecole  française  de  Borne,  t.  XXII.  ) 

Sanuto  (Mariiio),  I  Diarii,  j)iiM)Iicali  pcr  cura  di  Rinaido  Fidiii,  l-'cde- 
rico  Stcf'ani,  Nicolo   Barozzi,   (iuglicliiio  Berchct,   Marco   Allcyri 
Venczia,   1879-1903,  in-4'\  58  vol.  (tomes  XLVI-LX'IH). 

Sauzé  de  Liioi'MEAr  (Ch.),  (jorrespoialaiice  polilnpic de  M.  de  /, ans- 
sac  (Louis  de  Sainl-(ielais),  lô/jS-i  ').')j ,  t.  1  (seul  paru).  Poitiers. 
Société  française  diinprimerie  el  de  li])i'airie,  190/1.  in-8'\ 

Segre  (Artiiro),  Docanienli  di  sloria  sidiatida  dal  /.>/o  id  i.')3l>. 
Torino,  1902,  in-S". 

Slale  pap)ers  Kinij  Ileiirij  Ihe  F/ujhlIi.  London.  icS/x».  in-V',  9  vol. 

Stevensox  (Joseph),  Caleudar  of  slidc  paj)ers,  J(a-eiijii  sc/'ies.  <>/'  Ihe 
reiifn  of  Elizabelh.  Loiidon,  i8(">2  el  siiiv.,  in-8".  [Les  années 
iijl"»o-i572  tornient  les  tomes  II  à  X,  (jui  ne  poitont  pas  de  lomai- 
son.j 

Tamizev  de  Larrootte  ('IMiilip|)e),  OueUpies  pinjes  inédiles  de  Biaise 
de  Monluc.  Paris,  Durand.   i8().'i.  in-8". 

—  La  re/)rise  de  la  l'ioride  par  l)(ani ni(pa'  de  (ionrt/ucs.  Uordcaiix. 

impr.  (îonnoiiilhoii,  181)7,  in-8". 

—  Lcllres   inédiles   de  Janus    Frét/ose,   éréipu'  d'At/en.   Bordeaux. 

Ch.  Lefehvre,  1878,  in-8". 

—  Lettres  inédiles  da  cardinal  d'Ar/nra/nac  (coIlectioM  m(''ridioii,ile, 

t.  V).  Paris  el  Bordeaux,  187/1.  in-80. 

—  Documents    inédits     relatifs    à    rinstoii-c   de    l' Aip'ians.     .Vi'cn. 

impi'.  P.  XomIicI,  187"),  in-S". 

—  Lettres  du  cai-di n<d  d' Arnai<fnia,A;\\\^  la  Berne  Insloriijuc .   i87('i, 

I"' année,  t.  Il,  pp.  ilid-ôCtô.  Paiis.  187I").  in-8". 
■ — Antoine  de  A'oailles  ii  Bordeau.r.  IJordeaux.    187(1.  iu-S". 


XXVIII  BIBLIOGRAPHIE. 

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appresso  Giacomo  Cornctti,  i585.  in-8". 

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Paris.  i()oo,  in-8'\  (Inventaire  analytique  du  ministère  des  affaires 
étrani!;ères.) 

Tholin  (Georges),  Le  Livre  de  raison  des  Daurée  d'Agen  {i4gi-i5yi), 
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de  la  Revue  de  l'Agenais,  t.  VII). 

ToLOMEi  ((Claudio).  —  Alcune  lettere  jtolitiche  di  (Jlaudio  Tolomei, 
vescovo  di  Tolone,  scritte  alla  repubblica  di  Siena,  publ.  par 
L.  Bancui  (per  nozze  Pia  Toloinei-Alessandro  Sansedoni).  Siena, 
18O8,  in-80. 

T0MMASE0  (N.),.  Relations  des  a/nbassadeurs  vénitiens  sur  les  affai- 
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2  vol.  (Coll.  des  Doc.  inéd.) 

TiRNBCLL  (William  B.),  Calendar  of  state  papers,  foreign  séries,  0/ 
t/ie  reign  of  Eduuird  VI  [lô/tj-JôdS).  London,  i8()i,  in-80. 

—  Calendar  of  state  papers.  foreign  séries,  of  the  reign  of  Mary 
{i553-i58j).  London,  1861,  in-80. 

Vertot.  —  Ambassades  de  MM.  de  Noailles  en  Angleterre,  rédigées 
par  feu  M.  l'abbé  de  Vertot.  Leyde,  1703,  in-8",  5  vol. 

N'iRAC,  Dégâts  coinmis  par  les  protestants  dans  les  églises  et  établis- 
sements religieu.r  de  Sainl-Macaire  et  de  ses  environs  en  ii')G2. 
Bordeaux,  18G7,  iii-80. 

N'iTALis  (.Mexandre),  Correspondance  politicpie  de  Dotni ni(pu'  du 
Gabre,  évè(fue  de  Lodève,  trésorier  des  arméesà  Ferrure  {i5')2- 
lô.')//),  a/nbassadeur  de  France  à  Venise  {i554-i55j).  Paris, 
Alcan,  i()o.3,  in-80. 

Weiss  (Cil.),  Pajtiers  d'Etat  du  cardinal  Granvelle  {i 5 16- 156.')). 
Paris,  impr.  royale,  1841-1852,  in-40,  (j  vol.  (^Coll.  des  Doc.  inéd.) 


C)  Sources  narratives. 

AmuAM  i(î.-|{.).  l'cosjirri  cardi iialis  Sdiiclacriicii  de  luta  alifue 
rébus  gesfis  abniiini  l\.  S.  M l )  \ l  V ad  a n num  iisr/iie  M/) LX\7f, 
cou  note  illustrai irt' —  dans  les  Miscella/iea  di  sloria  italiana, 
'•  ^'  !'!'■  ''177  '■'   '^"'^•;  1''^  notes  (rA<lriani  commencent  p.  555  et 

Vdiil  jusini";!  la  |i.  ()()•'.  'i'orino,   i8C)8,  in-8". 


BIBLIOGRAPHIE.  XXIX 

Antras   (Jean  d').  —  Mémoires  de  Jean  d'A/ilras  de  Saniazan..., 

publiés  pour  la  première  fois  par  M.  J.  de  Carsalade  du  Pont...  et 

M.    Pli.    Taniizcv    de    Lai'r(»(|iie. . .    Saiivetcii'c-dc-f  in  vcnric.     iSSo, 

iii-8". 
Akena  (A.),  Meijiini  enli-cpn za  (■(ilolniiii  inijii'i-dloi'is.,  ('-d.  liiiiialods. 

Ai.x,  1860,  iii-S"  (l)il»li()lh('(|iic  |iii)vcii(;al(' i. 
AiJBiGNÉ    (Agrippa    d),    llisloirc    ii/iitu'rsel/c,    ri\.    de    l'uihle.    l^iris, 

Reiiouard,  i88()-i8()7,  '"-8".  9  vol.  (Soc.  de  l'Hisl.  de  France.) 
BoNARDi  (A.),  L'Assedio  e  la    IxiltmilKi   dl  P(ini(t,    diario   inedito, 

Pavia,  i8()5,  in-80. 
lîoNGARs    (.lac(|iies).    —    Viri    illtislris   Jacohi    Hoinjdrsi   cpiMidiP    nd 

Jodcluiiiiim  (Ifiinerdriuni  sriùplœ,  hisloricis  <ic  polilii-is  docii- 

nieiilis  ins/riicfœ,  iiiinr  priniiiin  cdiUi'  (i  Frid.  Spdiilicniio.  Lug- 

diini  Batavoiiirn,  KIzevirii,   Ht/l'y,  iii-12. 
Bonnet  (.Iules),  Mémuires  de  la  vie  de  Jean  de  Parllienaij-Larehe- 

vè(fiie,  sieur  de   Sonbise,   avec  une  préface  et  des  noies.    Paris, 

N\  illeni,   i8'y(),  in-8''  (lire  à  3oo  exemplaires)'. 
BoYviN  DU  ViELARs,  Af('/noi res  (an iiées  i  '>,')() -i .')<>  1  ].  (T.  XXVIII-XXX 

de  la  coll.  Pelitot.) 
lÎRANTÔME,  Œuvres  Complètes  de  Pierre  de  Bourdeille,  seitjneur  de 

Brantôme,  publiées  parL.  Lalanne,  Paris,  i8()/j-i88r>,  in-8".  i  i  vol. 

(Soc.  de  l'Hist.  de  France.) 
Garloix  (Vincent),  Mémoires  de  la  vie  de  Fr.  de  Scepeaux,  sire  de 

Vieilleville  (t.  XXVII-XXVIII  de  la  coll.  Potilot). 
DiNO  (duc  de),  C/ironiqiies  Siennoises,  traduites  de  ninlicn ...  Paris, 

L.  (lui'mer,   18/40,  in-/j". 
Discours  sommaire  du  sucrés  du  siège  mis  au  devant  du  chàlcau  et 

cité  de  Nice  ptar   Françoijs,    roi/   de   France   et  pur  le    Tui-ch 

Barberosse  de    l'an    M DXLIIJ    publ.    par    I).    Promis  dans  les 

Monunienta  hislori(e  patriœ,  édita  J/tss/i  /{c(//s  daroli  A/fjcrti, 

Scj'iptorum ,    t.    1,    col.    QiS-gSo.    Aui^'Usta^   Taiiiiiioiiiin,   e   i"ei;io 

lypog'rapheo.  i8/|.o,  in-fol. 
Dit   Beeeay  (Marlinj,  Mémoires  (t.  X\'II-XIX  de  la  eoll.  Pelitot). 
I''a!!as  (Jean  de).  —  Mémoires  de  Jean  de  F(d>as.  preniiei-  vicomte  de 

(laslets-eu-Dorthe,  publiés  par  II.    Barckliausen.  Bordeaux,  (îou- 

nouilhou,  18G8,  in-S".  (^Société  des  Bibliopliiles  de  (Juienne.) 


I.  Je  n'ai  pu  consulter  que  tarilivonient  ce  volume.  Los  trois  lettres  de  Sou- 
liiflf"  au  roi,  Parme,  0  janvier  iïûi7>;  Civitaveechia,  \[\  juin  lâ,")."),  et  au  duc  de 
(iuise,  Hadicofani,  20  janvier  i550,  que  j'ai  citées,  p.  269,  n.  i,  p.  ^09,0.  â,  et 
|).  3io,  n.  3,  y  ont  été  ])ul)liécs  (pp.  io3-ioO,  117-118,  119- 120).  Par  contre, 
la  lettre  d;î  Soubise  au  roi,  Parme,  2G  décembre  i555,  citée  j).  2GG,  n.  5,  est 
int'dile. 


XXX  BIBLIOfiR.VPHIË, 

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en  i566.  Paris,  iSgô,  in-8°. 

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BAis,  Pièces  fugitives  pour  servir  <i  l'iustoir:'  de  France,  (.  III. 

Fhemy  (Ed.),  Mémoires  inédits  de  Henri  de  Mesnies,  seii/near  de 
lioissy  et  de  Malassise,  podestat  de  Sienne,  etc.,  suivis  de  ses 
pensées  inédites...  Paris,    i88()  ,  in-B". 

Gâches  (Jacques),  Mémoires  sur  les  guerres  de  religion  à  Castres  et 
dans  le  Languedoc  (i5ô5- lOio),  publiés  pour  la  première  fois, 
il 'après  les  meilleurs  manuscrits,  avec  notes  et  variantes,  par  Char- 
les Pradel.  Paris,  Fisclihaclier,  1879,  8"''-  i'^-^"- 

GuEiL  (Louis),  Le  Livre  de  main  des  du  Pouget.,  publié  dans  le  Bul- 
letin de  la  Société  d'études  du  Lot,  t.  XXI.  Caliors,  1897,  in-8". 

IIato.n  (Claude),  Mémoires  contenant  le  récit  des  événements  accom- 
f)lis  de  ïôiS  à  1082,  principcdement  dans  la  Champagne  et  la 
Brie,  publiés  par  Félix  Bourquelot.  Paris,  1857,  in-4°,  2  vol.  (Coll. 
des  Doc.  inéd.) 

JoLAN  (Abel),  Becueil  et  discours  du  roy  Charles,  IX  de  ce  nom..., 
dans  d'Aubais,  Pièces  fugitives  pour  servir  à  l'histoire  de  France, 
t.  I,  l'e  partie. 

Journal  autobiographique  du  cardinal  Jérôme  Aléandre,  1/480- 
i.j.'io,  pui)lié  d'après  les  manuscrits  de  Paris  et  Udinc  par 
Henri  Omoxt.  Imp.  Nat.],  C.  Klincksieck,  1896,  in-4"  avec  pi.  et 
portrait.  i^Extrait  des  «  Notices  et  Extraits  des  manuscrits  de  la 
Bibliothèque  Nationale  et  autres  bibliothèques  «.^ 

Journal  d'un  bourgeois  de  Paris  {i:jio-i536),  éd.  L.  Lalanne.  Paris, 
1854.  in-80  (Soc.  de  l'Hist.  de  France). 

T. A  Noie  (François  de),  Discours  politiques  et  militaires...  recueillis 
et  mis  en  lumière  par  le  sieur  de  Fresnes  et  dediec  au  Boij  très 
chrestien  Henry  IIH  de  ce  nom,  dernière  édition  enrichie  de 
deux  indices,  dont  le  premier  est  des  som//taires  et  argumens 
sur  chaque  discours.  Le  .second  des  choses  plus  notables  conte- 
nues en  toute  l'œuvre.  De  riinjirimerie  de  Jacob  StoeF,  1896, 
pet.  in-i2. 

Lettres  de  très  Iiaute,  très  vertueuse  et  t/-ès  chrétienne  Princesse 
Jane,  Boy  ne  de  Navarre  au  Boy,  à  la  Boyne  mère,  à  Monsieur, 
frère  du  Boy,  à  Monsieur  le  cardinal  de  Bourbon,  son  beau 
frère  et  à  la  Boyne  d'Angleterre,  contenant  les  Justes  occasions 
de  son  parlement  avec  Mgr.  le  Prince  et  Madame  Catherine, 
se.s  en  fans,  pour  se  venir  joindre  à  la  cause  générale  avec 
Mgr.  te  prince  (h'  Condé  son  frère.  S.  I.,  i568,  in-8'^  de  ()  IV.  n. 
.l.ilV. 


niBLior.HAPiriE.  xxi 

Loyal  Sekviteuk  (Le),  La  ffi's  Joi/e/isc,  /}ly//sanfe  et  rêcrénfive  /us- 

loire  (la  r/enf.fl  sc/f/nci//'  de.   liniinrt,  ('ni.  J.  I\om;iii.  Paris,   Rc- 

iioiianl,   iS-yS.  iii-S".  (Soc.    de  l'Ilisl.  de  l''i:iiiii>.  ) 
Maiua.v  |(  Jiiillaiinic  ).  Soniiiuii  rc  dcscrl ptioii  du  pni's  cl  romlr  de  lii- 

(joiTC,  cliroiiiiiiic  iiKMlitc  |mlili(''c  pour  la  Socirlr  his(()ri(|ii('  dcCîas- 

coi'iic  par  (Jastoii    lialcncic.   l'aiis.   (  iliaiiipioii  ;    Aiicli.   (  lucliaraii  \ . 

1887,  iii-8"  (Ai'cliivcs  liis(oii(|iics  de  (Jasco^iit',  l'asc.  \l\'i. 
MioLo  ((Jiaidicniardo),   iiolaio  di   Lomliiiasco,  Cronacft,  dans  les  ,l//.s-- 

cidldiicn  di  slofia  ilahiiiui,  l.  I,  pj).  \ !\')-'?J\-j .  'l'oi'iiio.   i8(t;>.  iii-8". 
Mo.Nr.rc  (Biaise  dci,  aoniiiicnhiircs  de  Mcssi/'e  lihiisc  de  Moiilnc  iiiit- 

rescluil  (le  Friture.  A  liovrdcdnvs.  Par  S.  Mil/aiif/es  ///iprinieiir 

ordi iKiiiw  du  /Util .  .MDXCII.   Iii-l'ol. 

—  doiii iiii'idai rcs    ri    Lidlrry.    de    Rlaisr    de    Mindiir,    inarcrlial    dr 

Fraiirr,  rdilion.  rrnnr  sur  /es  iiiiiniisrrils  cl  publier  inwr  les 
varia/lies  /)()u/-  la  Soriélé  de  l'Ilisloire  de  France,  pai'  M.  \\.- 
l'iroNsi;  DE  l\ii5LE.  A  Paris,  chez  M"'"  ¥1^=  Jules  Hciioiiard,  i8()4-i872, 
in-8'\  ;■)  vol. 

—  (  marcsciallo   di  ),    L'Assedio   di    Siena,    i55//-  iJ.'j.k    Firenze,    Ln- 

iiiachi,  190;'),  in-8"  (irad.  ital.  du  liv.  III  des  Comnienlai rrs\. 

Montai, vo.  —  liclaciaiw  drila  ijucrra  di  Siena  di  don  Anhaiio  di 
Moiilalvo,  Iradollo  dalla  spaijuola  da  don  Garcia  di  Munlalvo 
sua  Ji(jlio,  ora  per  la  prima  voila  puhlilicala  per  cura  e  con  iiolc  di 
(jCsare  Ricnmauni  c  di  l^'iaiicesco  (iroUaiiclli,  cou  l'af^-giuulo  di 
(locuinenti  inedili  e  di  apposita  jnclazioMc  di  l^iiciano  lîaiiclii. 
Toriiio,  rSO:^,  in-8". 

Noiiùic  (hdlii  rilloria  ri piu'tala  d'Kjl  liupcriali  pressa  Marriano, 
srrillc  da  un  auoniino,  dans  VArrh.iiuo  sto/'iro  ilaliauo,  i  "'  sr- 
ric,  I.  Il,  pp.  58!i-r)r)(j.  Firenze,  Vieusscux,  iSI\:>.,  in-S". 

NriMLOMo  ((Jesare),  Cronaca  di  Viçjevaiio,  dans  les  Misreltanea  di 
sloria  ilaliana,  t.  XXIX.  'Porino,   1890.  in-8". 

]\ai!i:ii\  (  l'raiicois  dr),  (ionuneiitai res  sur  le  Jairl  des  dernières 
(juerres  en  la  (laiille  lU-lijiipie  fl.  X.\XI-\.\.\II  de  la  cnll. 
Pclilol). 

lloi-i'iA  ((Mi'olanio),  lîaecunli  délie  prineipali  J'azioni  délia  ijuerra 
di  Siena,  puhl.  par  G.  Milanesi  dans  IM/'rA//'/o  .s/o/vro  ilaliano, 
I"'  srric,  L.  II,  p[).  525-582.  Firenze,  N'ieusscux,  18/12,  in-80. 

Sai.izzo  di  (Iastei.laiv  (Glo. -Andréa),  Mentoriale  dal  1/(82  al  i.')2S, 
|»id)l.  par  V.  Promis  dans  les  Miscellnnen  di  sloria  italiana, 
t.  \'III,  [)|).  409-625.  Torino,  1869,  in-80. 

S.u'lx-Ta VANNES  (Gaspard  de).   Mémoires  (t.  XXIII-XW  de  la  coll. 

Petitot). 
Le  sièi/e  el  priiise  de    Thionrille.   mise  en   l'oheissanee  du   lloij  par 


XXXII  BIBLIOGRAPHIE. 

mo?}Sf'i;//n'iir  If  duc  de  Guise...  Paris,  par  Rol)Oit  Ballard,  i558, 
in-8-'. 

SozziM.  —  //  .^iircesso  délie  rlruliizioiii  délia  rillà  di  Sieiia  d'impé- 
riale fi'fincese  e  di  fraiize.se  impériale,  scriifo  da  Alessandro  di 
Girolamo  Sozzini,  (jentiluomo  Sanese,  dans  VArchirio  sloriro 
ilalia/io,  i'''  série,  l.  II,  pp.  i-l^'^,  suivi  de  documents  jusqu'à  la 
p.  478.  Firenze,  Vieusseux.  1842,  in-8'^- 

T.«Gio  (Francesco),  Le  Siège  et  la  baUiille  de  Pavie,  traduil  du  latin 
en  Jrançais  par  Morillon,  réimpr.  par  Alfred  Cartier,  Genève, 
1893,  in-80. 

^'^.LK(;oMBl.AI^•.  —  Mémoires  des  troubles  arrivés  en  France  sous  les 
règnes  des  rois  Charles  IX,  Henri  III et  Henri  IV...,  jtar  M.  de 
Villegomblain,  Paris,  liillaine,  i(")(')7,  in-12. 


D)  Histoires  et  ouvrages  contemporains. 

AnuiAM  ((iio.-Bat.  ),  Isloria  de'  suoi  tempi,  dali  anno  1036  aW  anno 
i-'>j^,  lib.  XXII.  N'enise,  1587,  in-4°,  a  vol. 

•Albizzi,  Vita  di  Piero  Strozzi ,  dans  Vite  di  uomini  d'arme  e  d'af- 
fari  del  secolo  XVf  narrate  da  contemporanei.  Firenze,  i8tj0, 
"in-8°. 

Andréa  (Alessandro),  Délia  guerra  di  ra/npagna  di  Roma  e  del  ré- 
gna di  Xapoli  nel  ponti Jicato  di  Paolo  ////,  l'an/io  MDLVI  et 
L\  II.  Venise,  ^alvassori,  ifjOo,  in-4°. 

Angelio  di  Hau(;a  (Petro),  De  bello  Senensi  commentarius.  Firenze, 
1O09,  in-80. 

Babbi  (Antonio),  Sunimarii  délie  cose  noiahili  saccesse  dal  prineipio 
d'aprde  i.'),')()  a  tullo  giugno  lô-')/,  dans  V Arcltivio  storico  ita- 
liano,  t.  XII,  pp.  344-37^>.  Firenze,  Vieusseux,  1847,  iii-8". 

Beaicaire  (Péyiiillion  de).  — Rerum  dallicai-um  eommenlarii (d) 

anno  Christi  M CCCCLVI  ad  ann.  MDLXXX...  a  Philippo 
Dinel  editi.  Luyduni,  (^  Landry,  i(")25,  in-l'ol. 

Belleforest  (François  de),  Histoire  des  tteuf  rogs  Cliarles  de  France, 
contenant  la  fortune,  vertu  et  heur  fatal  des  rogs  qui,  sous  le 
nom  de  ('harles,  ont  nus  à  fin  des  c/ios  s  merveilleuses;  le  tout 
co/npris  en   di.r-neuf  livres.  Paris,  P.  L'Iluiiiiei-,  ir)()8,  in-l'oI. 

Bordenave  (Nicolas  dej,  Histoire  de  liéarn  et  Xavarre  i^i5i'j-i5'/2), 
éd.  Paul  Ravmond.  Paris,  Renouard,  1878,  in-8'^  (Soc.  de  l'Hist. 
de  France). 

BosoiET  (G.),  Histoire  des  troubles  advenus  en  la  ville  de  Tolose 
en  l'an  1Ô62.  Toulouse,  i5c)5,  in-12. 


Bini,10r;HAPHIF,.  XXXIII 

BocciiET  (Jcarn,  Les  A/inn/cs  (/'.\(/i/i/ni/ii',  /'aie/:  et  qc^trs  en  soni. 
iiKiirc  drs  roi/s  de  France  et  (/'A/ti//eterre,  et  poi/s  de  Aa/tles  et 
de  Milan,  corri(fées  jus(jnes  en  l'an  /J.Jj.  Poictiers,  par  Eiii^iiil- 
l)ei't  (le  INrainel",  i557,  iii-fol. 
IJicHAXAN.  —  Georcf.    Bnclianani  opéra  oninia,  historica,  rlirono- 
lof/ira,  Jiiridira,  /xjlitira,   sffti/rira  et  poetira,   curante  Tlioma 
Rudunanno,  ciiin  prœfatione  Peiri  linnnanui.  Lui;(luiii  Hatav., 
J.  A.  Langerak,  1725,  in-4",  2  vol. 
Camhiano  (Giuscppe),  de'sig'nori  di  Ruffia,  Uhiorico  dlscorsa,  dans  les 
Monumenta   Instoriœ  patrup,  Sci-ipioruni,   t.  I,  col.   {)\\\-\f\:>.:>.. 
Augiislae  Taurinorum,  e  regio  tjpograplieo,  18/^0,  in-l'ol. 
(Ientorio  dkoli  (Jutensi  (A.scanio),  La  seconda  parte  de'  (lonnncnlur'n 
délia  gnerra  et  de'successi  jni'i  not(d)ili  avvenu/i  cosi  in  Europa 
conie  m  lutte  le  parti  del  inoudo  daH'an/io  M  I)  IJIf  fino  a  tiilto 
il  MDLX.  In  Vinetia,  G.  (iiolito  di  l'^çriari,  lôOS,  iii-V'. 
CiiA.Mi'iEH  (Symphorien),  Les  Gestes  ensendjle  la  vie  du  preu.r   c.lie- 
nalier  Bayardr  avec  sa    rjénéahxjie,   dans   (h.MHEu    ot   Daxjoi", 
Archives    curieuses    de    l'/iisfoire    de    France  y    i'''    sri'ic.    t.    Il, 
années  i/i09  ^  i53o. 
Choses  not(d)les  et  qui  semblent  dignes  de  l'histoire  advenues  aux 
jireiniers  (sic)  troubles  et  cjui  peuvent  estre  adjoutées  aii.r  dis- 
cours qui  en  ont  esté  escrits,  "^parA.  d'Auhigné  (?),  1008-107")], 
dans  CiMBER  et  Daxjot,  Archives  curieuses,  t.  VIII. 
CoNTi  (Noël).  —  Viri  clarissi nii  A'((lalis  Gornitis  \  eneti  universrr  /tis- 
toriie  siii  teniporis  libri  AA.V,  reruni  loto  terraruni  orbe  (d)  an  no 
salut  is  nostrip  MDXLV  usque  (al  anmnn  M  DLXXXI  gesinruni 
expositioneni ,   gnomis   egregiis   refertain,    continentes.   Slias- 
boursT,  16 12,  in-fol. 
CoNTiLE  (Luca),  La  Ilistoria  dc'falli  di  (Jesare  Maggi  di  Xapati... 

Pavia,  Bai'toli,  lôO/j,  in-8". 
Cormier  (Thomas).  —  Thonar  (lorincrii    Alcnconii  reruni  gestariini 
Henrici   II,    régis    (iiilliir,    libri  (juinijiic.    Paiisiis,    S.    .Nivd- 
liu.s,  i584,  in-4". 
Darnal  (Joan).   Voq.  Likhe  ((îahiitd  de). 
Les  Faits  et  dicts  mémorables  de  plusieurs  grans  personiuiges    et 

seigneurs  françuis.  S.  I.,  lôC);),  in-8'\ 
Perron  (Arnaud  de).  — Arnoldi  Ferroni .. .  De  rébus  gestis  (ialbiriim 
libri    IX  ad    historiam     Paiili    .Eniglii    additi.    Paris.    N'asco- 
san,  i555,  in-Sf^. 
FouRQUEVAUX   (Raimond  de  Rouer,  sieur   de)    ?\   Instructions  sur  le 
faict  de  la  guerre,  extraictos  des  livres  de  Polybe,   Froutin^ 
Vegece,  Cornazan,  Machiavel  le  et  plusieurs  autres  bons  auteurs. 
Paris,  Yascosan,  i548.  iii-t'ol. 

III 


XXXrV  BIBLIOnUAPHIE, 

Fientes  (Diego  de).   Co/ujnisla  de  Afrirn.  Anvers,    1570.  prt.  .in-8'\ 

—  La  conquista  di  Sena  tracluzida  de  diversas  partes  de  le/u/iia 

toscana  en  nnesft'o  rulgar  casleUano  (à  la  suite  de  VHis/oria 
de/  /orfissi/no...  /nart/iies  de  Pesrara).  Anvers.  1570.  jx-l.  in-8". 

(îiovKt  (Paolo).  —  Pauli  Juvii  Historitp  siii  /e/iiporis.  Paris,  Vasco- 
san.   1553-5^,  2  vol.  in-fol. 

GosELLiM,  Coiiipendio  sfnriro  délia  ijuerra  di  Parina  e  del  Pie- 
nionle,  puhl.  par  A.  Ceriiti  dans  les  Misrella/iea  di  stovia  ita- 
liana,  t.  X^'II.  1877. 

GoiLART  (Simon),  Extraits  des  histoires  admirables  et  mémorables  de 
nostre  temps,  dans  Cimber  et  Danjoi;,  Arehives  curieuses,  t.  111. 

Gi'Azzo  (Marco),  Historia  di  tutti  i  fatti  degni  di  me  mari  a  nel 
mondo  successi  deW  anno  M D XXIIII  fiiio  a  ([uesto présente... 
^  eni.se.  Giolito  de'  Ferrari.  i540,  in-8'\ 

—  Cronica  di  M.  Marco  Guacco  ne  la  quale  ordinatamente  con- 

tiensi   l'essere   de   gli   huomini   anliqui   et  moderni...  prima 

editione.  lu  Vinetia,  appresso  Francesco  Bindoni,  i553.  in-t'ol. 
GuiCHAUDiN  (François], ///.ç/o/rÉ"  d'Italie,  traduite  d'italien  par  Hierome 

Ghomedev.  Paris,  J.  Orrv.  iC)i2,  in-fol. 
Histoire  ecclésiastique  des  églises  réformées  au  royaume  de  France, 

éd.  Baum,  Cunilz  et  Reuss.  Pai-is.  Fischbacher,   i883-i88(j,  in-4'\ 

8  vol. 
Histoire  de  nostre  temps.  S.  !..  ir)7o,  in-8'\ 
Histoire  des  guerres  du   comiaf    Venaissin,   dans  d'Aibais,    Pièces 

fiigi tires,  t.  I. 
Jou/'ual  de  ce  (jui  s'est  passé  en    France  durant  l'année   iJfh,  dans 

Va  Reçue  rétrospective,  t.  \'.  pj).  1G8-212. 
La  (îka.\(;e  (dlaude).  —  Claudi  (iranga'i  Biturigis  libri  très  de  se- 

cuudo  be/lo  cirili...  .Moiilauliaii.   1 .")('»(),  in-4". 
La   P(ii'i:ijNn";uE  (ijaneelot   Voisin  de).    La  vrage   et   entière   histoire 

des    frofd/les    et   choses   me//iorablcs,   avenues   tant  en    France 

(pi  cil    h'hi mires    cl    paijs   ci rconvoisi us,    depuis    l'an    i.'id:!,    eu 

Xl\' livres.  La  Boclicll.'.  P.  Davanles,  ir)7;-{,  iii-8". 

—  L'histoire  de    France,    enrichie    des  plus   notables  occurrances 

survenues  ec  /n-ovinces  de  l'Eutugie  et  pags  voisins,  .s-o/7  eu 
pni.v,  soit  en  guerre,  tant  pour  le  fait  séculier  qu'ecclesiastic, 
de/mis  l'an  l'j'/o  jusques  il  ces  temps.  ^La  Rochelle],  de  l'ini- 
priinciie  par  .Vhrahani  H   aultin],  i58i,  in-fol. ,  2  vol. 

—  Histoire  des  Histoires.  Paris,  Orry.  1099,  in-8'\ 

Li:  I-'hkhe  de  Laval  (Jean).  La  vrage  et  entière  histoire  des  troubles 
et  guerres  civiles  avenues  de  noslre  temps  jioiir  le   faict   de   la 


BIBLIOfJRAl'Hir..  XXXV 


religion,  hint  en  Fniiicc,  AllciiKiigne,  que  Pays-Bas  ;  recueillie 
de  plusieurs  discours  J'rançois  el  latins,  et  réduite  eu  riuf/tz 
livres.  Paris,  M.  Locquonculx,  1576,  in-8". 

L'IlospiTAL  (Michel  de).  —  Michaelis  Hospilalii ,  Gidliaruiu  caucol- 
larii ,  cariuina.  Editin  a  prioribus  dioersa  el  aiictior.  Amslc- 
locdaini,  a|)U(l  BaUliasaiem  Lakcinau.  i7.^>,  iii-iv. 

LruBE  ((lahriel  dci,  lh>  illustrihus  A(iuilmti(r  niris  a  (Jouslan/iiio 
/ncif/uo  usf/ue  ad  uostra  lempoiui  lihclliis.  Pmrdiyala'.  .MilLiii- 
t^ius,  lÔQi ,  in-8". 

—  (^ hrouKjuc  horrdi'loise  composée  cij  dei^uiit  in  /.tili/i  pur  (î(d)i-i(d 

de  Lurbe  Adoocat  en  la  Cour,  Procureur  et  Syndic  de  la  ville 
de  Bourdeaus.  Et  par  luy  de  nouveau  auy/nentée  et  traduitte 
en  Eranrois.  A  lîounicaiis,  j)ai'  S.  Millaiii^cs,  inipiiMii-iii'  ordiiiaiic 
du  Rov,  ïïi[)l\,  iii-/j". 

—  (Chronique  bourdidoise  composée  cq  dewint  en  latin  par  (ialiriel 

de  Lurbe...,  depuis  conli nuci-  cl  aiiq nn'ntce  par  Jean  l)arn(d. 
A  Bourdeaus,  par  Siuion  Miilang'es,  i(">i(),  iii-/i'\ 

Macuiavel.  —  I  selle  libri  delT  arle  délia  yuerra  di  Aiiolo  M<nliia- 
velli  cittadino  et  secretario  Jiorentino,  dans  les  Tulle  le  opère 
di  Nicolo  Machiavelli ...  divise  in  V  parti  et  di  nuovo  cou 
somma  accuratezza  ristampate,  lôfx),  \n-!\'^. 

INIalavolti  (Orlaiido),  Historia  de'  fatli  e  yuerre  de'  Sanesi  cosi 
esterne  corne  civili  ;  seyuile  dall'  origine  délia  lor  citfii  puo  (dl' 
anno  i')')5.  Venetia,  SalvesUo  Marehetli.  l'jrjf),  in-4°. 

Mani'zio  (Aldo),  Vita  di  (J(jsimo  de'  Medici ,  pi'imo  ijran  din-a  di  l'os- 
cana.  Bolot;na,  i58(),  in-fol. 

Mémoires  de  l'eslat  de  France  sous  C/iurlcs  ncu /îcsnir,  depuis  le 
troisiesme  edit  de  paci ficaliim  fait  au  mois  d'aoïist  i.'ijo  jus- 
qnes  an  règne  de  Henry  ti-oisiesmc  icciicillis  |)ai-  Simon  (îoii- 
lai't].  Mei(ielhouri>-,  II.  Woll",   \')-,^_).  iii-S".  W  vol. 

MissAGLiA,  Vita  di  (lio.  .lacomo  .\li'di(i.  inarcin'sc  di  .Mangnano. 
Milan,  iGoô,  in-4". 

Montaigne  (Michel).  —  Les  Essais  de  Miclwl  dr  Monfaigne,  publics 
d'après  l'exemplaire  de  Bordeauj\  avec  les  variantes  manus- 
crites el  les  leçons  des  plus  anciennes  impressions,  des  notes. 
des  notices  et  un  lexique,  par  h'orlunat  StroivsLi ....  sans  les 
auspices  de  la  Commission  des  archives  municipales,  t.  1  (seul 
paru).  Bordeaux,  inipr.  Nouvelle,  F.  Pech  et  C'«,  1907,  in-4". 

—  Essais,  publiés  d'après  l'édition  de  i588...  par  Mothcau  < i  .louausl. 

Paris,  librairie  des  Bibliophiles,  188G-1889,  in-iG,  .'^   vol. 
Mlnster  et  Bellefore.st,  La  Cosmographie   universellf   de   tout  le 
monde.  Paris,  N.  Chesneau,  1570,  in-fol.,  .'{  vol. 


XXXVI  BIBLIOGRAPHIE. 

XoRES  (Pietro),  Sfor/'n  de/la  (îiicr/ri  di  papa  Pao/o  IV,  somma  ponfi'- 
Jïce,  coiitro  f/li  S/iaf/zino// ,  dans  VArrhivio  storiro  itallano^ 
!■■«  série,  t.  XII.  Fireiizc,  Vieusseux,  1847.  in-8'\ 

Paradix  (  Giiillaumo  ) .  Memoriœ  nostrœ  Lihri  qaaiuov.  Lugduni, 
J.  Toriut'sius,  ir)48.  in-lol. 

—  Histoirr  de  nosliu-  temps.  J'ai  Ip  en  Lai  in  par  maisfre  Guillaume 

Paradiii  et  par  lui  mise  en  François.  A  Lvon.  par  Pierre  Mi- 
chel, i558,  iii-iCt. 

—  (Jont inuatioit  de  l'histoire  de  nostre  temps  Jusques  à  l'an   mille 

cinq  cens  cinquante  si.r,  par  M.  (iiiLLArME  Paradi.n,  doijen  de 
Beau-Jeu.  A  Lyon,  par  (iuillaume  Roville,  i550.  iii-fol. 

R^MOND  (Florimond  de).  Histoire  de  la  naissance,  progrez  et  déca- 
dence de  l'hérésie  de  ce  siècle,  publiée  par  son  fils,  'M  éd. 
Rouen,  .1.  Pain,  1618,  in-4°,  2  vol.  (avec  la  continuation  de  (Claude 
iMalinyre). 

I^KGMKH  i)i;  LA  Pla.ncuk  (Louis),  Histoire  de  C Estât  de  France,  tant 
de  la  république  que  de  la  religion,  sous  le  règne  de  François  H. 
S.  I.,  157O,  in-8û. 

Rosso  (Greg-orio) ,  Historia  délie  cose  di  Napoli  sotto  l'imperio 
di  Carlo  Quinto  cominciando  dallanno  1026  per  insino 
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Tiioi     (J.-A.    de),    Histoire   universelle   depuis  i5/i3  Jusqu'en    iGoj. 

Liiiidres,    17."^.'^.    iii-lol..  7   vol.  —  Tratluction   française,    Loniires, 

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niiujOGnAPUip:.  ,\x.\vii 


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Paris,   i7(')7,  \\\-\i>,  .'^  vol. 

AiîVKi.w  (Jean  (lu  (,'astro  d').  Les  \'ies  des  lloninies  illustres  de  la 
France  depuis  le  coininenceiuent  de  la  luonar'clae  jusiju  ii  pré- 
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\  Aiui.i.xs  I  Aiiloinei,   Histoire  (h'  Fi-ançois  l"  ...  Paris.   iJailtin,    i(')85. 

in-ZJ",  :>  vol. 
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HIHl.KKiHAI'llir;.  X.WI.V 

\  ELLV  (lahbr  l'iiiil-l'"r;iiir()is  ).  Ili:il()ii-c  de  Frunri'  drjuiis  /'r/iih/issc- 
mcnt  de  ht  inoïKii-clur,  coitllinu'c  pai-  VilUind  et  (idriiicr 
jnscjii'cn  /')(>//.  Palis,  i77<>-i'yS(»,  iii-/|",   i5  vol. 


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AKA(ioN  (\'.),   Les  iiiicietis  clit'tlettit.r-fofls  des  (Jof/j/i'fcs  fonssillo/i- 

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AiiCKHK   (L.-Kl.  ),    llisloifi'    de    la    lu'/lc    dr    In    Jioilu'llc   td    du   ikiijs 

d'Ai/ltiis,  cuttiposé  d'a/t/rs  les  ft/ilcitts  et   les  litres  (jrtt/iiuiii.r, 

et  enrichie  de  divers  p/niis.  La  Koilicllc,  J\.  J.  Desbordes,  175O- 
1757,  iii-4",  2  vol. 
AuMALE  ((lue  d'),  Histoire  des  princes  de  Condé  pendfint  les  XV t  et 

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licai'u  l'I  du  Pays  basijue.  t.  1,   i()o/(.  pp.   i(|3-i()5. 
Cm  su  ki:m     |. Nicolas i,     Vie    de    Louis    de   Ihuirbon,  premier  duc  de 
Montpensier,  depuis  l'an  i.'i.'HI  Jusi/u'eu  /■''/g,  mise  au  Jour  avec 
des  additions  et  de.;  pièces  semant  ii  l'histoire  [par  J(>an  du  Bou- 
clict  .  Rouen,  Cailloué,  i6/|2,  in-/(". 


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préjugés,  ses  briifandacfes.  ses  crimes,  où  l'on  prouve  (ju'elle  a 
été  le  fléau  de  la  liberté,  de  la  raison,  des  eoii nnissiuu'es  humai- 
nes, et  constamment  l' ennemie  du  peuple  et  des  rois.  Paris.  (îuil- 
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I.   Ces  deu.\  ouvrai>'cs  sont  respcctivLMiiciU  dcsii'nés  par  les  iiitlicaliuiis  aljrc- 
gécs  :  Anne  de  .Montutorenfi/,  t.  I,  t.  II. 


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Fali.ktti-Fossati  .  Pri/tci/iale  cause  délia  caduta  délia  repuhhlica 
senese,  dans  les  Atli  délia  R.  Acadeniia  dei  Fisiocrilici  di 
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FoHNERON  (H.),  Les  ducs  de  Guise  el  leur  époque  ;  étude  /u'storique 
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BLAISE  DE  MONLUC  HISTORIEN 


INTRODUCTION 
Les  Commentaires  devant  l'histoire. 


La  valeur  historique  des  Conimentfiires  fui  soupçonnée  bien 
avant  leur  publication.  Les  circonstances  qui  avaient  inspiré  le 
livre,  l'ampleur  de  la  matière,  l'amas  des  souvenirs  qui  y  étaient 
entassés,  l'intérêt  qui  s'attachait  à  des  événements  dont  les  plus 
récents  n'étaient  pas  les  moins  dramatiques,  dont  beaucoup  d'ac- 
teurs et  de  témoins  vivaient  encore,  enfin,  et  plus  peut-être  (jue 
le  reste,  la  ])ersonne  de  l'auteiii',  lout  s'accordait  poiii'  e.xcitei'  la 
curiosité  des  contemporains  aulour  de  l'œuvre  encore  inconnue. 
Avant  même  {pi'elle  lût  terminée,  quelques  copies  imparfaites 
furent  obtenues  de  l'indiscrétion  d'un  secrétaire,  ^^»nluc,  (jui 
n'était  pas  moins  jaloux  de  sa  g^loin»  litléraiie  (pie  d<;  l'autre, 
donna  l'ordre  de  les  «  retirer»'.  Mais  sa  vanité  se  plaisait  cer- 
tainement à  communi(pier  sou  manuscrit  à  ses  amis  et  à  ses  visi- 
teurs. Au  lerulemaiu  de  sa  mort  ",  lorsque  Jean  du  (Ihcmin, 
vicaii'e  ^l'uéral -de  Jean  de  Moulue,  (''\è(pie  de  Coudom,  courui  le 
dessein  de  lui  élever,  suivant  l'usaye  du  tenqjs,  un  tondieau 
poétique  2,  un  magistrat  bordelais,  Geoffroy  de  Malvyu,  célébra, 

I.   Anis  (III  Iccti'iir  i\c  l'édition  originale  des  Coniniciituires. 

■1.  Moulue  iMoiinil  le  26  août  1577.  La  date  exacte  a  été  élai)lie  d'une  faeon 
certaine  i)ar  (i.  Iiiki.in  et  Ph.  Lauzln,  dans  leur  étude  snr  I.c  ('Itâtedii  it'Es- 
tilldc,  Ayen,   189S,  pp.  26-28. 

3.  \o\r  snr  .Fean  dn  Chemin,  humaniste  et  poète,  le  travail  de  [>kon(;f.  Coi- 
TiiRE,  Trois  portes  randornois  (tu  seicii-inr  sit'cle  (Rer.  île  GdSdKjtic,  Xl\'.  1878, 
pp.  /io  et  suiv.). 


2  INTRODUCTION. 

on  vers  français  et  latins,  ces  Commentaires,  dont  il  avait  obtenu 
<le  faire  faire  une  co})ie  : 

Luy  seul  escrlre  a  peu,  digne  de  ceste  gloire, 
De  ses  divers  travaux  une  immortelle  histoire, 
Luy,  un  second  César,  le  sçavant  escrivain 
Des  exploicts  achevez  par  sa  vaillante  main. 

Et  il  faisait  déclarer  tièrenient  à  Monluc  qu'il  n'avait  pas  besoin, 
pour  se  survivre,  des  vers  des  poètes  : 

Nec  vatnm  script is  rnea  busta  incisa  Icf/antur; 

Funditus  extinctos  hic  tueatur  honos. 
Sic  scripsi,  ut possint  vafes  nihil  addere,  nobis 

Mtertiam  intjenio  suppeditante  decus\ 

La  prédiction  faillit  ne  pas  se  réaliser.  Le  maréchal  avait  lég-ué 
tous  ses  biens  à  son  petits-fils  Biaise,  premier-né  du  capitaine 
Peyrot,    Mais  ce   n'était  qu'un  enfant  ;  sa  mère,  Marguerite  de 


£.  Les  deux  pièces  d'où  sont  tirés  ces  vers  portent  la  date  de  ijy^  dans  le 
Tombeau  de  Monliic,  publié  par  Florimond  de  R;eniond  en  1692,  à  la  fin  de  l'édi- 
tion originale  des  Coîiirnenlaires.  Malvyn  coniaïuniqua  sa  copie  à  son  and  le 
poète  Pierre  de  Brach,  (jui  l'eut  sous  les  yeux  lorstpi'il  versifia  pour  le  Toml>euu 
la  longue  [)ièce  ([ui  a  pour  titre  :  Les  Md/ies  de  niessire  Biaise  de  Mordue,  nia- 
reschal  de  France.  De  Brach  a  tenté  de  retracer  la  carrière  de  Monluc;  il  fait 
aiii';!  parh-r  snii  ombre  aux  enfers  : 

Nous  fusmes  d'un  mallieur  suivi  à  la  Biquoque  : 
Là  où  comme  un  piéton,  tout  de  poudre  noircy. 
Je  vis  combattre  à  pied  le  grand  Mommorancy. 

C'est  la  re[)roduction  de  la  phrase  des  Corninentuires  :  «  Je  n'escripray  aussi 
de  la  bataille  de  la  Bicoque,  où  je  me  trouvay  combattant  à  pied,  comme  fist 
aussi  monsieur  de  Montmorency  despuis  connestable...  »  (éd.  de  Ruble,  I,  l^^). 
De  Brach  a,  d'ailleurs,  lu  d'une  façon  assez  nég^ligente  :  il  loue  son  héros  de  sa 
l)rillante  conduite  à  la  prise  de  Melfi,  à  laquelle  Monluc  dit  (pi'il  n'assista  pas. 
Il  écrit  qu'il  fut  «  çrand  maistre  de  cam|)  »  avant  Cérisoies.  C'est  inexact  : 
ce  ne  fut  qu'après,  en  octobre  ui!\t\.  Il  invente  que  Monluc,  malade  dans 
Sienne,  refusa  le  cony;é  que  lui  offrait  Henri  11,  (jue  ses  soldats  n'avaient 
rien  inanimé  depuis  huit  jours  quand  ils  sortirent  de  la  ville.  Il  omet  de  raconter 
les  canq)ai>;nes  de  Piémont  sous  Brissac  et  saute  du  combat  de  Vergt  à  la  prise 
de  Rabaslens.  La  pièce  de  Pierre  de  Brach  fut  certainement  écrite  en  1.^)77  : 
l'auteur  y  |)arlc,  comme  vivant  encore,  de  l'évéque  de  Valence  et  de  l'évèque  de 
Condom,  les  deux  Jean  de  .Monluc,  morts,  le  premier  en  lôyg,  le  second  en  i58i . 


LES     «     COMxMENTAIKKS     ))     DEVANT    l/lIISTOIKi; .  3 

Caupèiie,  t^éra  la  foitmie.  Deux  ans  ajuùs  la  mort  de  Moulue,  sa 
veuvt;  se  reuiaria'.  Eufiu,  l'évcMiue  de  Coudom,  Jeau,  le  dernier 
survivant  des  quatre  fils  de  Biaise,  mourut  le  (i  août  i58i^.  Le 
manuscrit  des  (Jo/fiment(ii/-es  fut  très  néi^ligé  :  la  «  nonchalance 
des  Moiducs  »  le  laissa  «  moisir  dans  la  poussière  n^.  Lorsciue 
André  Tlievet,  cosmographe  du  roi,  entreprit,  à  l'imitation  de 
PaulJove,  ses  Vrais  pourtraits  et  vies  des  hommes  illustres,  qu'il 
publia  en  i584,  c'est,  sans  doute,  à  Bordeaux,  peut-être  chez 
Geoffroy  de  Malvyn,  qu'il  se  procura  la  copie  dont  il  se  servit 
pour  rédiger  sa  notice.  11  fut  d'avis  (pie  l'd'uvre  «  meriteroit 
bien  d'estre  communicquée  au  pid)lic  »  '.  Vers  la  même  époque, 
un  érudit  plus  sérieux,  grand  amateur  de  livres  et  de  manus- 
crits, Jacques  Bongars,  en  vit  une  autre  copie  :  l'ouvrage  lui 
parut  remarquable  par  le  style  tout  militaire  et  aussi  par  la  pré- 
cision minutieuse  du  récita 

Au  moment  où  Bongars  portail  ce  jugement,  les  (lommeiildircs 
avaient  déjà  vu  le  jour.  Un  conseiller  au  Parlement  de  Bordeaux, 
Florimoud  de  Rjemond,  en  a\ail  eiilre[)ris  la  jxiblic  ation.  D'une 
famille  originaire  du  Uuercy,  comme  celle  des  Mansenconie,  éta- 
blie en  Agenais  depuis  le  règne  de  Henri  II,  il  était  né  vers  i54o 
et  élail  le  fds  d'un  conseiller  au  présidial  d'Agen.  Le  23  juil- 
let iSyo,  Michel  de  Montaigne  lui  avait  résigné  sa  charge  de 
conseiller  au  l^arlement.  Humaniste  et  érudit  dislinyué,  biblio- 
phile et  archéologue  passionné,  il  avait  publié  en  lôSy,  sans  nom 


1.  Par  contrat   du   23   novem!»ro    ir)7(),   ollo   épousa   l'rançois  de   IVyrusse 
comte  d'Escars. 

2.  Ph.  LAUZUiN,  Lettres  iiirdi/i'.s  de  M(ir(jiieril('  de  Valois,  dans  lcs.I/r/(. 
hist.  de  1(1  Gascogne,  ii'c  série,  XI,  p.  3i,  ii.  •>.. 

3.  I^ettre  de  Morimond  de  RaMUoud  au  duc  (ri'iiieruiiM,  pidd.  par  or.  I\iiu.e 
dans  les  pièces  justificatives  de  son  édition  (V,  3r>3-35/|). 

l\.  André  Tuevet,  Les  vrais pou/'i/'aits  et  ries  des  fujiniues  illustres  ijrecs, 
latins  et  paijens...  Paris,  i584,  in-fo,  fo  4^2  vo.  C'est  de  Bordeaux  que  Thevel 
dit  avoir  reçu  le  portrait  de  Monluc  qui  accompagne  sa  notice. 

5.  liongars  écrivait  de  Bàle,  le  20  mai  i5r)8,  à  son  ami  Joacliim  H  (iamera- 
rius,  (jui  lui  avait  demandé  son  o|)inion  sur  les  Contnieiitaires  :  «  l*2os  legi  olim 
scriplos  manu,  necduni  impressos.  Hodie  exslani,  sed  i^allici,  et  liaheo,  ni  fallor, 
Francofurti  aut  Ar^entinae  :  t'acundia  militari  et  nihilomiiuis  accurala  exposi- 
tione  rerum,  (piae  ad  l)ellum,  insignes.  Eos  ul  haheas  curalxi.  »  (17/7  illiistris 
Jacobi  Bonrjarsi  epistohte  ad  Joachiininn  Camerariiiin.  i.u'^-duni  iJalavorum, 
ex  offîcina  P^lzeviriorum,  1(1/17,  pp.  43o-/|3i.)  V(»ir  sur  Hon'^ars  l'introduclion 
d'ÂNouEz  en  titc  de  son  livre  Henri  IV  et  rAllc/nag/ie,  Paris,  i.SSy. 


4  INTRODUCTION. 

d'auteur,  chez  l'impiiineur  bordelais  Simon  Millaiiges,  son  pre- 
miei-ouvrag-e,  V Erreur  popuUiirc  de  la  papesse  Jeanne^ .  Il  avait 
sans  doute  connu  personnellement  le  maréchal;  il  était  resté  lié 
avec  sa  famille'.  Il  obtint  donc  sans  peine  la  remise  des  manus- 
crits, dont  l'existence  commençait  d'être  compromise  :  une  copie 
des  Commentaires  et  un  Dialogue  de  la  fortune  et  de  lui/, 
«  lequel,  dit-il,  m'a  esté  donné  si  mutilé  et  tronqué  que  je  ne 
l'ay  voulu  mettre  au  jour  sans  l'avoir  en  meilleur  estât  »,  et  dont 
on  a  complètement  perdu  la  trace. 

Il  paraît  certain  que  Florimond  de  Rœmond  eut  en  main  une 
copie  représentant  le  dernier  état  de  la  rédaction  des  Commen- 
taires, avec  les  retouches,  les  nombreuses  additions  et  les  rema- 
niements faits  par  l'auteur  lui-même  au  texte  primitif  en  vue 
de  la  publication.  Mais  cette  copie  était  loin  d'être  parfaite;  au 
début  du  livre  IV,  le  récit  du  siège  de  Volpiano  était  incom- 
plet et  la  lacune  visible.  L'éditeur  prit  soin  d'en  avertir  par 
une  note  marginale  \  Mais,  en  bien  d'autres  endroits,  le  texte 
présentait  des  omissions  dues  à  la  négligence  du  copiste;  il  ne 
put  naturellement  s'en  rendre  compte.  Il  le  publia  tel  quel,  avec 
les  fautes  de  transcription  très  nombreuses,  souvent  grossières, 
qui  en  dénaturaient  le  sens.  Le  dernier  éditeur  de  Monluc,  le 
baron  de  Ruble,  a  sig-nalé  ces  erreurs  en  comparant  le  texte  de 
l'édition  originale  avec  celui  des  copies  manuscrites  conservées 
à   la  Iiibliotliè(jue  nationale  et  donné  un  choix  des  lapsus  variés 


I.  Sur  l'"loriniiiii(l  ilc  Ka'iuoiul,  nous  no  |iossé(lons  qu'une  notice  de  Tamizey 
DE  Lai\i«ooii;,  Essai  sur  la  vie  et  les  ouvrages  de  Florimond  de  liaifinond, 
Paris,  18G7. 1-ie  personnaj^e  mériterait  davantage. — Sur  ses  goûts d'arcliéoloi^ue, 
voir  C.  JuLLi.vN,  Inscrij)tions  romaines  de  liordeaujc,  Bordeaux,  1 887-1 8(jo, 
I,  i5-iG;  II,  .■534-337.  Sur  ceux  de  ses  ouvrages  (jui  f'ureut  imprimés  à  Bordeaux, 
voir  l'^RNKST  Labadie,  Addi/ions  et  rectiji  rat  ions  à  la  ljiùlio;/raphie  de  i/uel- 
f/ucs  écrivains  afjenais,  Agen,  190O,  pp.  3-30. 

•2.  Le  17  février  1697,  agissant  comme  mandataire  de  Marguerite  de  Bala- 
guier,  veuve  de  Charles  de  Monluc,  sénéchal  d'Agenais,  il  passe  uu  contrai  avec 
deux  maîtres-macjons  de  liordeaux  pour  élever,  dans  l'église  des  Cordeiiers 
d'Agen,  un  monument  funèhre  à  la  mémoire  de  son  mai'i,  tué  au  siège  d'Ardres 
(.1/r/j.  hisl.  de  la  Gir.,  XIX,  287). 

3.  Voir  au  fo  117  vo  de  l'édit.  orig.:  «  Il  detaul  icy  beaucoup  de  particularitez 
de  ce  siège  cscrites  par  le  sieur  lie  Mont  lue,  comme  il  s'appelle  {sic  ;  corr.  : 
comme  il  a|)|)erl)  par  le  (Je  livre.  .>  l'Ioiiiiinrid  ilc  lla-niond  vise  un  passage  du 
livre  VI  où  Monluc  a,  en  ellet,  icpris  cerlains  détails  de  l'incident  d'Aumale- 
Tcrnies  (éd.  de  Kuble,  III,  12O-127). 


LES    «    COMMENTAIRES    ))    DEVANT    l'iIISTOIRE.  5 

qui  ont  échappé  à  Florimond  de  Rsemond'.  Ce  dernier  se  ren- 
dait, du  reste,  très  bien  com[)te  des  imperfections  de  son  travail. 
En  particulier,  il  ne  disposait  d'aucun  moyen  pour  identifier  les 
noms  propres  :  «  Ce  qui  me  f'aicl  supplier,  disait-il  dans  un  aver- 
tissement au  lecteur,  ceux  (pii  auront  et  l'honneur  de  leur  païs 
et  de  la  maison  des  Monlucs  en  quelque  recommandation,  de 
vouloir  remarquer  les  fautes  qui  peuvent  estre  survenues  sur  les 
noms  de  plusieurs  gentilshommes  et  soldats,  desquels  les  histo- 
riens ne  font  point  mention,  et  qui  nous  sont  par  ce  moyen 
incog-neus,  ensemble  de  plusieurs  petits  lieux  de  peu  d'importance, 
afin  qu'à  la  seconde  édition  (jui  s'en  fera  je  les  puisse  faire  voir 
à  la  France  sans  aucune  ride.  »  11  n'ajoute  pas  (pi'il  essaya  lui- 
même  de  résoudre  parfois  ces  délicats  problèmes  :  au  début  du 
récit  de  l'expédition  de  Naples,  il  a  délibérément  substitué  Plai- 
sdiiœ  à  Parme  et  transformé,  de  sa  propre  autorité,  Povcheanne 
en  Capistrano  '  ',  ailleurs,  il  a  identifie;  Boiii-lcurfue  (Verolen^'o) 
avec  Bnnlongne,  (Uiscllc  avec  CasaP  et,  dans  le  récit  de  la 
journée  de  Cérisoles,  c()nd)l(''  d'une  façon  ti'ès  ïnaleuconlreuse  un 
nom  de  lieu  laissé  en  blanc  par  l'auteur'.  Mais  le  plus  sou- 
vent son  ignorance  le  réduisit  à  l'cproduire,  au  pelil  bonlieur  de 
sa  lecture,  des  noms  ('\ideinment  déHi^urés  dans  la  Cdpie  mise 
à  sa  disposition. 

Il  avait,  d'ailleurs,  d'autres  préoccupations,  à  ses  yeux  plus 
graves.  Moulue  s'était  permis  de  porter  des  jugements  fort  libi-es 
sur  les  <»ens  de  robe,  en  particulier  sur  cei'Iains  ma^isli'ats  bor- 
delais ou  amenais,  avec  fpii  il  avait  eu  des  (h'mèlt's.  l'Iorimoiid  de 
Raenidnd,  en  bon  pailemcnlaire,  supprima  soigneusement  Ions 
les  passages  on  le  \ieux  soldat  avait  trop  crûment  exprimé  sa 
pensée.  A  la  tin  du  livre  W,  il  barra  la  violente  sortie  contre  le 
Parlement  de  Bordeaux,  dont  «  les  nouveaulx  Ncnns  (>l  (prehpres 
autres...  p(Miderrt  j)liis  dir  rosir  des  huguenot/  rpie  des  callioli- 
(jues  »,  et  contre  «  ce  borr  »  avocat  i'énér'al  On  Sanll,  ((  ipii  pense 


1.  Voir  l'Inlroduction  en  trie  du  t.  I  de  l'ôd.  de  Hnhlr,  [i[).  \-\iii. 

2.  Au  mémo  ondroil,  il  ;i  su|)|nimc  deux  tiioIs  (|iril  n'u  \>u  lire  aprôs  \c  mot 
Asru/fi/. 

3.  \id.  orit^-.,  fo  38  vo  (ô(\.  d(>  Rul)lc,  I.  22.')),  fos  Gf)  ro,  60  vo  (I,  363,  370). 

l\.  Monluc  n«"  s'était  pas  souvenu  du  nom  d'une  alibayc  voisine  de  Céiùsoles. 
Florimond  de  liaemond  a  imaginé  (ju'il  s'agissait  de  SlafFarde.  De  Rubic  a  laissé 
subsister  eette  addition  dans  son  texte. 


b  INTRODICTIOX, 

cslre  promier  président  de  Paris  après  la  mort  do  monsieur  de 
Thou,  pourvu  qu'il  se  monstre  mon  ennemy  en  toutes  ch(jses  »'. 
De  même,  il  enleva  deux  passages  injurieux  contre  Herman  de 
Sevin,  ju§'e-mage  et  président  dn  présidial  d'Agen,  dont  Moulue, 
qui  le  détestait  pour  sa  modération,  avait  sans  façon  rappelé  la 
fuite  suspecte  en  août  1662  ',  et  rimpoj)ularité  parmi  les  catho- 
liques amenais-''.  Sevin  était  allié  aux  Malvvn^,  et  Florimond  de 
RaMuond  entretenait  avec  les  deux  familles  d'amicales  relations 
qui  expliquent  ses  scrupules  et  ces  amputations.  Le  respect  de 
la  vérité  ou  simplement  le  souci  de  conserver  intacte  la  répu- 
tation de  catholicisme  intransigeant  que  le  Parlement  de  Bor- 
deaux s'était  acquise  lui  a  fait  de  même  corrig-er  une  affirmation 
concernant  les  opinions  religieuses  du  conseiller  Arnaud  de  Per- 
ron -.  Enfin,  il  connaissait  peut-être  ce  Guillet,  receveur  des  tailles 
à  Brouage,  qui  fut  pendu  en  juin  1070  par  ordre  de  la  reine  de 
Navarre  :  Moulue  avait  dit  qu'il  était  huguenot;  Florimond  de 
Rœmond  a  supprimé  ce  détail  ^. 

Annoncée  en  1591  dans  la  notice  que  de  Lurbe  avait  consa- 
crée à  Moulue  dans  son  De  illiistrihns  Arjuitaniae  viria'^ ,  l'édi- 
tion parut  l'année  suivante,  sous  ce  titre  :  Commentaires  [|  de 
Messire  BIAISE  [j  DE  MONLVC  MARES  \\  CHAL  DE 
EBANCE  II  —  Il  .1  Bonrdrans.  \\  Par  S.  Millanges  Imprimeur 
ordimiire  du  Boy  ||  MDXillI .  ||  In  folio,  i   feuillet  titre,   i  f.  .1 

1.  Cf.  l'éd.  oriff.,  fo  218  v,  avec  l'cd.  de  Rul)Ie,  III,  249-250. 

2.  Ed.  de  Rulile,  II,  4^0.  Le  texte  de  l'édit.  oria;'.  porte  simplement  :  «  sauf 
le  président  d'As^en,  auquel  ils  ne  vouloient  point  de  mal  »  (fo  172  ro). 

ii.  Ed.  de  Rul»le,  III,  87.').  Florimond  de  Ra'mond  a  supprimé  le  membre  de 
phrase  :  «  ...  et  aussi  (juc  toute  la  ville  et  païs  d'Agennois  luy  veullerit  mal 
mortel,  gentilhommes  et  autres.  » 

l\.  Jean  de  Malvyn,  sieur  de  Primet,  docteur  rri^ent  en  l'Université  de  Bor- 
deaux, frère  de  Geoffroy,  le  conseiller  au  Parlement,  avait  épouse  Charlotte  de 
Sevin,  sœur  de  noble  Guillaume  de  Sevin,  sieur  de  Lac^arde,  habitant  d'Agen 
(Acte  de  vente  du  22  novfMubre  i(lo8,  Arch.  muin'c.  de  Bordeaux,  fonds  Léo 
Drouyn,  VII,  20G). 

.').  Moulue  avait  dicté  :  «  Et  encores  que  M.  de  Ferron  feustdeleur  religion....» 
(II,  382).  L'éditeur  corrigea  :  «  El  encores  que  M.  de  Ferron  cusl  sa  fenuiic  et 
famille  de  la  religion...» 

(t.  Cf.  l'éd.  orig.,  fo  201  v",  avec  l'éd.  de  Ruble,  III,  iSG. 

7.  «  Seplem  aulem  libros  rerum  a  se  geslarum  reliquit,  quos  propediem  e 
tmcbris  iii  lucem  edueet  V\^^v.  Remundus,  doclissinuis  senator  Uurdigal.  »  {J)e. 
illiislrihiis  At/iiilduide  lu'ris...  libcllus,  tiurtore  Gab.  Luuueo,  Bordeaux, 
S.  .Milliiii^-es,  i'kji,   j).   i  kj.) 


LES    «    COMMENTAIRES    ))    nE\'AN'T    l'iIISTOIRE.  y 

la  Noblesse  de  (idscoiif/ne ,  •.y.-jW  II".  chifT.  au  recto  seuleniciit,  cl 
8  fF.  non  ('hill",  Tiiniiiliis.  Sur  le  tilre,  mu;  épëe  entourée  d'une 
banderole  portant  une  des  devises  de  Moiduc  :  Deo  duce,  ferra 
comité.  Floriniond  de  Ka'niond  avait  l'ail  prc'céder  le  texte  d'une 
brillante  épître  à  la  noblesse  de  Gascog-ne  et  l'avail  fait  suivre  du 
Tondjciui  po('ti(pie,  composé  devers  g-recs,  lalins  et  français  écrits 
au  lendemain  de  la  mort  du  maréchal  par  des  poètes  l)ordelais 
et  accru  de  pièces  nouvelles.  Ce  volume  in-folio,  de  format  majes- 
tueux, d'une  exécution  typographique  soig-née,  était  surloul  un 
beau  livre  de  bibliothèque.  Du  a  sup[)Osé  d'une  façon  très  vrai- 
send)lal)Ie  (pie  le  désir  de  rendre  {)lus  portatif  un  ouvrage  destiné 
surtout  aux  gens  de  g-uerre  a  conduit  Simon  Millang-es  à  donner 
la  même  année  une  seconde  édition,  de  format  petit  in-octavo, 
en  deux  volumes  de  3o2  et  243  feuillets,  considérée  à  tort  par  de 
Ruble  comme  une  contrefaçon  '.  L'ouvrage  eut  certainement  un 
g-rand  succès  ;  l'éflition  in-S"  est  reproduite,  probablement  con- 
trefaite, à  Lyon,  «  pour  Loys  Clesinet  »,  en  iBc).'^;  à  Paris,  par 
Sonnius,  en  un^^.  D'autres  rf'impressions  suivent  :  à  Paris,  chez 
Nicolas  Lescuyer,  1607,  in-8",  2  tomes  eu  i  \ol.  (le  deuxième 
chez  François  du  Garroy,  imprimeur");  à  Paris,  J.  Berjon,  1G17, 
in-8"-'';  à  Paris,  chez  Matthieu  Le  Blanc,  162(3,  in-8°,  a  tomes 
en  I  vol.  (le  deuxième  chez  la  veuve  Remy  Dallin)'^;  à  Paris, 
chez  Jean  Dehoury,  1661,  in-12,  2  vol.-'';  à  Paris,  imprimerie  de 
Cotinet,  1661,  in-r2,  2  vol.  ^  ;  à  Paris,  chez  Billaine,  1661,  in-12, 
2  vol.';  à  Paris,  Mancroy,  1661,  in-12^.  Le  P.  Lelong"  cite, 
de  plus,  deux  traductions  italiennes  :  de  Gug"lielmo  Ferrari,  Cré- 
mone, 1072  {sic),  in-4'',  et  de  Vincenzio  Pitti,  F'Iorence,  i63o, 
in-4";  et  une  ang-laise  :  Londres,  itiOC),  in-fol.^. 


1.  Une'  cxcollonfo  doscriplion  de  l'éd.  oritj^inale  a  été  donnée  par  .M.  Krnest 
Labadie  dans  son  travail  déjà  cité  (pp.  Zi-[\!\).  ]M.  r.ai)adie  a  établi  (pio  l'édition 
in-80  sort,  bien  des  presses  de  Miliant^'es. 

2.  B.  N.,  Jja^o  5  D.  I^'avis  de  l'imprimeur  manque. 

3.  Cité  par  Brunet,  III,  col.  18G9.  Le  Tond)eau  manque.  Brunel  a  attribué 
inexactement  à  l'éd.  oria^.  in-fo  le  titre  de  l'édition  in-S»  de  1592. 

4.  B.  N.,  La  205  E.  L'avis  de  l'imprimeur  manque  et  le  Tombeau  est  incomplet. 
.^).  B.  N.,  La  20  5  G.  Avec  l'avis  de  l'imprimeur  et  le  Tombeau  conq)let. 

6.  B.  N.,  La  20  ."j  ¥.  (Rés.) 

7.  B.  N.,  La 20  5  H. 

8.  B.  N.,  La2or,  ]. 

9.  Bibliothèque  /lisluz-it/iw  de  la  France,  éd.  de  1 7(t9,  II,  no  18. 1 1 7,  art.  Mont- 


O  INTRODUCTION. 

A  peine  mis  au  jour  par  un  éditeur  (jui  avait  plus  de  l)onne 
volonté  que  de  compétence,  Moulue  trouva  le  commentateur  dili- 
g-ent  qui  lui  avait  manqué  :  ce  fut  Brantôme.  On  sait  que,  réduit 
à  l'inaction  par  une  chute  de  cheval,  Brantôme  consacra  les  der- 
nières aimées  de  sa  vie  à  rédig-er  ses  souvenirs  et  à  compiler  ses 
lectures.  Il  avait  beaucoup  connu  Monluc,  s'était  souvent  entre- 
tenu avec  lui,  et  de  ces  conversations  il  avait  retenu  plus  d'un 
propos  utile  ou  piquant.  Il  lut  avec  passion  et  dévotion  les  Com- 
mentaires ;  le  livre  lui  parut  admirable  :  il  n'y  trouva  guère  à 
reprendre  qu'un  jugement  sur  son  oncle  La  Châtaigneraie;  encore 
aima-t-il  mieux,  plutôt  que  d'admettre  que  l'auteur  avait  pu  le 
porter,  supposer  une  erreur  d'impression'.  Souvent  il  renvoie 
son  lecteur  au  témoignage  de  Monluc;  plus  souvent,  il  le  com- 
plète par  des  souvenirs  personnels  ou  des  emprunts  à  d'autres 
ouvrages.  Sur  un  très  taraud  nombre  de  capitaines  cités  dans  les 
Commentdi/'eSj.  il  rédige  des  notes  biographiques  ou  donne  des 
renseignements  précieux  (pii  permettent  d'identifier  les  moins 
connus.  Il  serait  facile  d'annoter  le  livre  de  Monluc  d'un  bout  à 
l'autre  au  moyen  de  citations  tirées  de  Brantôme.  Le  texte  n'a 
pas  encore  bénélicié  de  ces  éclaircissements  et  l'auteur,  jusqu'à 
présent,  n'est  guère  redevable  à  Brant()me  que  de  sa  détestable 
réputation  :  le  dix-huitième  siècle,  en  effet,  n'a  retenu  que  la  com- 
paraison classique  avec  le  baron  des  Adrets". 

Tandis  que,  dans  sa  retraite,  Pierre  de  Bourdeille  s'occupait 
d'illustrer  ainsi  les  Commentaires,  un  autre  grand  curieux  en 
avait  la  primeur.  Florimond  de  RaMuond  dut  certainement  offrir 
un  exemplaire  de  son  édition  à  Montaigne.  L'auteur  des  Essais 
avait  connu   Monluc  ;   tout  le  monde  a  lu  la  belle   page  où  il 


lue.  La  tracliiclion  italienne,  datée  par  erreur  de  1072,  est,  en  réalité;  de  1G28 
(voir  l'errala  de  de  lluble,  V,  30 1).  Le  P.  I^elong  cite  aussi  une  réimpression 
de  1G09;  il  s'agit  proiiahlcment  de  celle  de  1607. 

I .  Monluc  avait  dit  que,  dans  le  duel  avec  Jarnac,  La  Châtaigneraie  «  coni- 
l)attit  contre  sa  conscience  et  perdit  l'honneur  et  la  vie.  »  (III,  iSg.)  Brantôme 
s'en  indit^ne  :  «  Si  ne  puis-je  croire  pourtant  que  ledict  M.  de  Montluc  aye 
franchi  ces  mots...  Mais  je  croy  que  (juel(|ue  ni.iihahile  de  correcteur  ou  animé 
(rinq)rimeur  ont  adjousté  à  la  lettre,  lesquels  je  donne  au  diable,  avec  leurs  im- 
postures, menteries  et  animositez  et  sottises  et  imprimeries.  »(Ld,  Lalanne,  \'I, 

A.  La  première  édition  de  Brantôme  ne  parut  qu'en  iGG5-iOGO  à  Leyde, 
9  vol.  iii-12;  la  seconde  en  1740  à  La  Haye,  i5  vol.  in-12. 


LES    «    COMMENTAIRES    ))    DEVANT    L  HISTOIRE.  9 

rappelle  la  plainte  «  bien  prise  et  raisonnable  »  que  lui  Ht  un  jour 
le  vieux  maréchal  sur  «  cette  humeur  d'une  i5ravité  et  grimace 
paternelle  »,  (jui  lui  avait  fait  perdre  «  la  commodité  de  {J'oûter 
et  bien  connaître  son  fils  »,  le  capitaine  Peyrot,  «  et  aussi  de  lui 
déclarer  l'extrême  amitié  qu'il  lui  portoit  et  le  digne  jug-emeut 
qu'il  faisoit  de  sa  vertu  »  '.  Montaigne  fut  certainement  désireux 
de  connaître  les  Comnientairea:  il  y  trouva  une  anecdote  qui  lui 
parut  digne  d'être  notée  :  comment  M.  d'Anguien,  à  Cérisoles, 
croyant  la  bataille  perdue,  se  donna  deux  fois  «  de  la  poincte 
de  res[)ée  dans  son  gorgerin  »  '.  11  la  fit  transciire  par  son  secrt*- 
taire  sur  un  «  brevet  »  pour  l'insérer  au  chapitre  m  du  livre  II 
des  Essais^. 

Le  premier  jug'ement  connu  sur  les  Commentaires  hit  porté  par 
un  écrivain  protestant,  La  Popelinière,- dans  son  Histoire  des 
Histoires  ^  La  modération  en  est  remarquable  :  «   Le  maréchal 

1.  Essais,  liv.  II,  chap.  viii  (éd.  Molheau  et  Jouaust,  t.  III,  pp.  qB-qç)). 

2.  I,  27."),  Cf.  Essais,  liv,  II,  chap.  m  (éd.  Mollieau  et  Jouaust,  lll,  'i^,n.  3). 

3.  Le  passasse  niancjue  dans  les  éditions  des  Essais  de  iSSo  et  iHSS.  Il  est 
dans  l'édition  de  iMp.  Sur  l'exemplaire  de  1588,  annoté  de  la  main  de  Monlaiiçne, 
que  conserve  la  liibliothèque  municipale  de  Bordeaux,  le  passade  man«jue,  mais 
UQ  renvoi  iudicpie  la  place  où  il  devait  être  inséré.  M.  F.  Slrowski  qui,  à  l'occa- 
sion de  r(''ditioii  des  Essais,  en  cours  de  publication,  entreprise  par  la  ville  de 
Bordeaux,  a  fait  une  étude  minutieuse  de  cet  exemplaire,  sup[)ose  avec  vrai- 
semblance que  le  «  brevet  «  sur  le([uel  il  fut  copié  a  disparu. 

/|.  Parmi  les  premiers  lecteurs  de  Monluc  faut-il  mentionner  Henii  l\  !  On 
trouve  partout  reproduit  le  mot  fameux  :  «  Les  Commenlaires  sont  la  Bible  du 
soldat  ».  Mais  ce  jugement  lapidaire  n'est  cité  ni  dans  L'Estoile,  (pii  a  pourtant 
collectionné  avec  grand  soin  les  mots  de  Henri  IV  et  qui  avait  lu  l'ouvrage  à 
son  apparition;  ni  dans  deThou,  ni  dans  Dupleix,  ni  dans  La  rie  des  (/raves  et 
illustres  personnar/es  qui  ont  (liversement  e.rcellé  en  ce  rnijanme  sous  les 
rèf/nes  de  Louis  XII,  François  I,  Henri/  IL  François  II,  Charles  IX,  Henri  III 
et  Henri  II II  heureusement  re;/nanf,  \\<mcn,  iGoy  [par  Jean  Le  Clerc],  ni  dans 
les  autres  conlenq)orains.  Inconnu  de  Moreri,  (pii  a  consacré  à  Monluc  une 
notice  bien  faite,  précise  et  com|)lète,  il  semble  ap|)araître  pour  la  première  fois 
dans  un  article  du  Dictionnaire  /lislorique,  littéraire  et  critii/ue.  contenant 
une  idée  abrégée  de  la  Vie  et  des  ÔiirriK/es  des  I/d/ii/iH's  illustres  en  tout 
genre,  de  tout  tenis  et  de  tout  /xnjs,  Avignon,  1759,  t.  IV,  art.  Charles  (sic)  de 
Montluc.  L'abbé  Gabriel  Brizard  ne  mancpia  pas  de  l'insérer  dans  son  petit  livre  : 
De  l'amour  de  Henri  IV  pour  les  lettres,  Paris,  Cazin,  178O,  in-12,  p.  (),  où 
l'on  peut  lire  aussi(p.  28)  cpie  Henri  IV  appelait  les  mémoiresdu  président  Jean- 
nin  ((  le  Bréviaire  des  rois  ».  Le  mot  a  été  religieusement  reproduit,  à  partir 
de  17G0,  dans  toutes  les  encycIoi)édies,  tous  les  dictionnaires  hisloricpies  ou 
biogra[)hi(pies,  tous  les  manuels  d'histoire  litti'i'aire.  Il  n'eu  est  pas  plus  authen- 
tique. 


lO  INTRODUCTION. 

de  Montluc,  dil-il,  s'est  rendu  autant  recommandable  par  l'his- 
toire en  latjuelle  il  a  compris  tant  de  choses  notables  advenues 
de  son  temps  que  par  les  armes...;  mais  il  a  écrit  son  histoire 
plus  à  la  soldatesque  qu'en  historien  »'.  Au  même  moment,  un 
véritable  historien  les  utilisait  pour  la  première  fois.  Jacques- 
Auguste  de  Thou  pul)lia,  en  i6o4,  les  dix-huit  premiers  livres 
de  l'Histoire  de  son  temps,  qui  embrassaient  les  années  i543- 
i56o,  et,  en  1606,  la  seconde  partie  (i 560-1572).  Les  Commen- 
taires y  étaient  largement  mis  à  contribution  pour  le  récit  des 
guerres  d'Italie  sous  Henri  II  et  des  guerres  civiles  sous  Char- 
les IX.  De  Thou  résume  le  plus  souvent  Monluc;  il  le  contrôle 
parfois  et  le  rectifie  à  l'aide  des  historiens  italiens  Adriani,  Ales- 
sandro  Andréa  et  de  V Histoire  ecclésiastique  :  il  ajoute  quelques 
dates  et  identifie  certains  capitaines  cités".  Deux  fois  seulement 
il  conteste  son  témoignage  ;  il  lui  reproche  d'avoir  mis  en  cause 
Del  Bene  à  l'occasion  du  combat  de  Marciano  et,  s'appuyant  sur 
V Histoire  ecclésiastique,  il  lui  donne  tort  pour  la  date  de  la  prise 
du  château  de  Caumont  pendant  la  première  guerre  civile.  Il 
accepte  le  récit  du  conseil  tenu  à  Mont-de-Marsan  en  mai  i565, 
où  Monluc  proposa  à  Charles  IX  de  faire  signer  à  tous  les  grands 
une  déclaration  de  fidélité;  mais  il  conjecture  que  le  roi  ne  dut 
pas  suivre  ce  conseil,  quoi  qu'en  disent  les  Commentaires.  Une 
ou  deux  fois  il  reproche  à  l'auteur  de  se  faire  trop  valoir  ;  en 
règle  générale,  il  lui  accorde  toute  confiance  et  le  suit  pas  à  pas. 
S'il  omet  de  lui  emprunter  une  anecdote  lorsqu'il  la  juge  trop 
insignifiante  pour  figurer  dans  son  ouvrage,  il  ne  manque  pas 
d'en  avertir  son  lecteur  et  de  remarquer  qu'elle  est  confirmée 
par  un  autre  té'moignage^. 

Avant  (pied(>  Thouei^t  commencé  de  publier  son  grand  ouvrage, 

1.  \j\  Poi'Ei.iMi;nr.,  Histoire  dis  Histoires,  irxjç),  in-8'3,  p.  4'">i- 

2.  Do  Thon  ne  comprcMid  pas  toujours  l)ien  Monluc.  (.0  dornior  raconte  que, 
rentrant  d'Italie  |)ar  mer,  en  mai  iSf);"),  il  passa  par  Bonitacio  pour  informer  La 
Molle  (pi'Andn'  Doria  avait  ([uitté  l^iond)ino  avec  cin(piante-deux  galères  (éd. 
de  Huhie,  M,  i2(»).  De  Thou  croit  que  c'est  La  Molle  qui  donna  le  rensei2;nenient 
à  .Moiduc  (éd.  de  lySS,  iu-fo,  T,  521). 

3.  Voir  la  mésaventure  de  Monluc  à  Marino  en  octobre  i556  (éd.  de  Ruble, 
II,  i77-i8()).  De  Thou  renvoie  son  lecteur  aux  (Jo/ti/nentaires,  non  sans  avoir 
nol(''  qu'ils  sont  confirmés  par  Alcssandro  Andréa,  l'auteur  d'une  histoire  De/fit 
(jiierrd  di  coiiifutijna  di  Romn  e  del  regno  di  Napoli  net  ponlijicato  di 
Pimio  un,  pultlii-ç  à  N'enise  en   i.")()o. 


LES     «     COMMENTAIRES     ))     DEVANT     L  HISTOIRE.  I  I 

la  renommée  des  Commentaires  avait  déjà  franchi  les  monts,  et 
en  Italie  des  historiens  n'hésitaient  j)as  à  les  utiliser  aussi.  Le 
Piémonlais  Giuseppe  Cambiano,  mort  vers  i()()2,  leur  em|)run- 
tait  plusieurs  épisodes  de  la  campa^^-ue  de  Boutières,  en  i543, 
qu'il  résumait  dans  son  Historien  diseorso  '.A  la  même  époque, 
un  secrétaire  de  Clément  VII,  Pietro  Nores,  rédigeait  une  histoire 
de  la  j^uerre  des  Espagnols  contre  le  pape  Paul  IV,  qu'il  ne  ter- 
mina qu'en  i()44  •  d  se  servit  aussi  ài^i>  (Jo//i/nenfaires~.  Si  Boy- 
viu  du  A'iilars,  dont  les  Mémoires  parurent  en  iGoy,  ne  les  a  pas 
connus,  d'Auhig-né  les  a  parcourus  avant  de  composer  son  /fis- 
toire  universelle  :  dans  l'avis  de  l'imprimeur  au  lecteur,  il  cite 
Monluc  à  côté  de  César  et  le  justifie  d'avoir  raconté  ses  actions 
lui-même-^.  Il  l'a  feuilleté,  du  reste,  avec  quelque  nét^ligence; 
c'est  ainsi  qu'il  dit  qu'Ostie  fut  repris  par  Strozzi  et  Monluc;  en 
réalité,  Monluc  n'assistait  pas  au  sièj^e;  c'est  son  fils  Marc-An- 
toine (jui  était  présent  et  qui  y  fut  même  tué  ^  Le  plus  souvent, 
c'est  à  travers  de  Thou,  qu'il  pille  sans  scrupule,  que  d'Aubi^né 
a  lu  les  Commentaires.  Ils  ont  été,  par  contre,  véritablement 
démarqués  par  Jean  de  Saulx-Tavannes,  qui  leur  a  emprunté,  en 
les  arrang-eant  à  sa  façon,  des  épisodes  des  sièges  de  Marseille 
eu  i536  et  de  Thionville  en  i558,  où  son  père  (Jaspard  joua  un 
riMe^.  La  rupture  du  pont  de  bateaux  de  Porl-Sainte-Marie,  eii 
décembre  i."J(3(),  a  été  aussi  racontée,  d'après  Monluc,  par  Ville- 
i^omblain,  auteur  de  Mémoires  des  troubles  arrivés  en  France 
sons  les  rèfjnes  des  rois  Charles  IX,  Henri  UI  et  Henri  IV^. 
Cité   par    les    frères  de    Sainte-Marthe    comme   historien   au 

1.  Cet  ouvrag'C  a  été  i)ublié  on  i8/jo  dans  les  Mounrn.  Iiistnr.  pntriae,  vol.  I, 
Scriptnres.  Caml)iano,  qui  a  aussi  utilisé  les  àfémnirrs  de  Martin  du  Bellay, 
avoue,  du  reste,  qu'il  s'est  servi  de  Monluc.  Après  avoir  résumé  l'histoire  d<'  la 
«  marchandise  »  de  Bar^^es,  il  ajoute  :  «  Chi  vole  più  minutamenfe  vedere  lai 
trattato,  che  i"u  mollo  indusirioso,  le<j^i);'a  i  Coniiiieiitarii  dcl  sii^iior  di  Monluc.  » 
(Col.   1078.) 

2.  Sur  la  date  de  la  composition  de  cet  ouvrae^e,  voir  la  préface  en  tète  de 
l'édit.  de  VArcliin.  slorl<-o  italiaiio,  t.  XII,  pp.  xxii-xxiii.  M.  G.  Duruy,  dans 
son  livre  sur  le  Cdi-diiud  Cai-ln  Cai-afa,  Paris,  1882,  a  cru  que  le  récit  de 
Nores  confirme  celui  de  Monluc.  C'est  l'inverse  qui  est  le  vrai. 

3.  m  si.  unir.,  éd.  de  Ruhle,  I,  20.  La  première  édition  AvVIIistoirc  imiot'r- 
selle  parut  eu  1C1G-1O20,  3  vol.  in-fu. 

4.  A/.,  I,  03. 

.5.   Publiés  H  Lyon  en  lOSy, 

6.  Paris,  Billaine,  1GG7,  in-12,  pp.  228-230. 


12  INTRODUCTION. 

même  ranç  que  de  Thon,  La  Popelinière,  Bolleforest ','Monluc 
a  été  l'une  des  sources  principales  de  Scipion  Dupleix  dans  son 
Histoire  générale  de  France'.  Le  Gascon  Dupleix  a  naturelle- 
ment accordé  une  grande  confiance  au  (iascon  Monluc  :  il  le 
trouve  trop  modeste  dans  son  récit  de  la  journée  de  Cérisoles, 
exalte  son  héroïsme  à  Boulogne,  à  Sienne,  à  Thionville;  pour  le 
règ'ne  de  Charles  IX,  il  le  suit  fidèlement,  le  défend  contre  les 
imputations  de  l'historien  ])i()testant  Jean  de  Serres,  et  ajoute 
aux  (lommentaires  cpielques  nouveaux  détails  et  quelques  éclair- 
cissements précieux  \  Davila,  Ihistorien  longtemps  fameux  des 
e^uerres  civiles  de  France,  s'est,  au  contraire,  peu  servi  de  Mon- 
luc; lorsqu'il  l'a  utilisé,  il  l'a  dénaturé  et  travesti.  C'est  ainsi  qu'il 
invente  que  le  projet  prêté  aux  huguenots,  au  début  des  seconds 
troubles,  de  faire  périr  le  roi  et  la  reine  fut  dénoncé  «  dans  la 
rigueur  des  supplices  par  quelques  (iascons,  qu'en  diverses  occa- 
sions le  sieur  de  Montluc  lit  prendre  et  exécuter  à  mort  »  ;  que 
Monluc  battit  les  vicomtes  en  tant  de  rencontres  qu'il  les  oblig-ea 
à  quitter  la  (îuienne;  qu'il  se  rendit  maître  de  ])resque  tout  le 
Béarn  avec  Terride  '.  Varillas,  l'historien  de  Henri  II,  ne  prend 
pas  de  moins  grandes  libertés  avec  le  texte  qu'il  a  sous  les  yeux  : 
si  le  capitaine  Saint-Auban,  au  sièg^e  de  Sienne,  ne  fut  pas  à  son 
poste  lorsque  les  Impériaux  attaquèrent  Camollia,  c'est  qu'il  était 
à  la  messe  de  miiniit;  le  récit  de  la  retirade  de  Tivoli  est  de  la 
plus  haute  fantaisie  :  Monluc  y  est  représenté  en  face  du  duc 
d'Albe  \  Le  P,  Daniel  semble,  au  premier  abord,  plus  réservé. 
Dans  la  préface  de  son  Histoire  de  France,  il  formule  très  judi- 
cieusement les  règles  de  la  critique  historique  :  «  C'est  contre  les 

1.  Ilist.  généul,  de  la  maison  de  France,  l'aris,  1O19,  p.  3/|6. 

2.  lie  éd.  1621-1628,  Paris,  Soniiius,  3  vol.  iu-fo;  éditions  en  1629,  i63o- 
iG3i,  i63/^-i6/|4,  1639. 

3.  Comme  de  Thon,  IJupleix  no  comprend  p;is  tonjonrs  bien  Monluc.  Les 
Com/nentaires  disenï  (pie  le  capitaine  Monluc,  envoyé  au  roi  par  son  père, 
«  l'usl  surprins  des  ennemys  »  et  perdit  les  lettres  dont  il  était  chargé,  de  sorte 
([u'il  ne  put  faire  connaître  au  roi  l'objet  de  sa  mission  (III,  337).  Dupleix  a 
compris  rpi'il  fut  pris  par  l'ennemi  (éd.  iG/4/1,  III,  711)- 

/[.  l)Avn.\,  Histoire  des  guerres  civiles  de  Fi'anre,  Amsterdam,  i7r)7, 
pp.  2/17,  275,329.  La  ire  édition  de  cet  ouvragée  parut  à  Venise,  en  i03o,  in-4'S 
il  Fut  traduit  pour  la  première  fois  en  français  j)ar  Baudoin  en  i()/|4.  L'abbé 
.Mallel,  auteur  de  la  traduction  de  I7">7,  a  l'ail  rcmaripier  (pie  Davila  dénature 
les  Co/nnicntaires  en  (îxa^'érant. 

.5.    N'aiui.las,  llisinirc  de  Henri/  II,  Paris,  ir»()2,  I,  /1O2  ;  II,  39. 


LES    «    COMMENTAIRES    ))    DEVANT    l'hISTÛIRE.  i3 

niénioires  qui  racontent  les  guerres  civiles,  dit-il^  que  l'historien 
qui  s'en  sert  doit  principalement  se  précautionner.  C'est  dans  ces 
sortes  de  mémoires  où  la  partialité  et  Tanimosité  règ'nent  le 
plus.  »  Les  Commentaires  sont  cités  parmi  les  sources  de  l'his- 
toire au  seizième  siècle.  Le  P.  Daniel  leur  emprunte  la  scène  du 
conseil  du  roi  avant  (à>risoles,  mais,  pour  le  récit  de  la  bataille, 
il  leur  préfère,  sans  dire  pourquoi,  Martin  du  Bellay.  Il  est,  du 
reste,  plein  d'indulgence  pour  la  vanité  de  Monluc;  ce  style 
<(  lég-er,  vif  et  naïf»  le  charme  et  lui  fait  oublier  ses  principes.  «  Ce 
succès,  dit-il  après  le  discours  aux  Siennois  la  veille  de  la  bat- 
terie, réjouit  Montluc  au-delà  de  tout  ce  qu'on  peut  dire,  et  mé- 
rite bien  qu'on  lui  pardonne  l'encens  qu'il  se  donne  à  luy  mesme 
dans  ses  Commentaires  à  cette  occasion.  »  Il  ne  peut,  à  son  tour, 
résister  à  la  tentation  de  broder  sur  le  récit  original  :  il  imagine 
que  Marignan  fit  venir  un  gentilhomme  de  la  chambre  de  l'Em- 
pereur pour  lui  faire  entendre  de  la  bouche  d'un  espion  la  façon 
formidable  dont  la  porte  Ovile  était  fortifiée  '.  Il  écrit  sans  sour- 
ciller :  ((  Le  peuple,  voyant  l'artillerie  retirée,  reconduisit  Mont- 
luc à  son  logis  avec  des  acclamations  et  des  applaudissements  '.  » 
Ces  belles  inventions  ne  sont  rien  à  côté  du  roman  de  d'Auvi- 
gny  :  dans  ses  Vies  des  hommes  illustres  de  la  France,  cet 
étonnant  biographe,  qui  a  la  prétention  de  donner  des  dates 
précises  et  qui  débute  en  plaçant  la  bataille  de  Pavie  en  lo.'^/i, 
entasse  mensonges  sur  mensonges  avec  une  admirable  etfronleiie. 
Après  le  siège  de  Perpignan,  Moulue  se  brouilla  avec  le  dauphin, 
puis  ils  se  raccommodèrent  ;  le  futur  Henri  II  lui  fit  des  excuses  et 
depuis  lors  l'aima  toujours.  Monluc  se  détacha  des  Montmo- 
rency et  se  rapprocha  des  Guise  par  conviction  catholique.  11 
assista  non  seulement  au  siège  de  Thionville,  mais  encore  à  celui 
de  Calais.  D'Auvigny  confond  le  Rincroc  avec  le  Rhingrave, 
donne  généreusement  aux  dames  de  Sienne  des  fiùles  et  des 
hautbois  pour  accompagner  leurs  chants;   il  fabrique  de  toutes 


1.  Histoire  de  France  depuis  l'élafdissement  de  la  monarrhie  franroise 
dans  les  Gaules,  ilcdicc  au  roy  par  le  1*.  G.  Daniel,  de  la  Compagnie  de 
Jésus,  Paris,  1718,  iii-f",  pp.  5/|5-r)40. 

2.  Avant  le  P.  Daniel,  un  autre  jésuite,  le  P.  Antoine  Girard,  avait  travesti 
Monluc  en  d'Arlagnau,  lui  faisant  dire  dans  le  discours  à  PVanyois  lo"  :  «  Cap 
de  dious,  nous  nous  battrons  bien.  »  [Les  mémorables  journées  des  François, 
Paris,  1O47,  1,  200-2 liî.) 


l4  INTRODUCTION. 

pièces  uii  discours  aux  Siennois  à  l'occasion  de  l'expulsion  des 
bouches  inutiles,  où  Moulue  s'exprime  eu  soudard  féroce  et 
exig-e  à  la  fin  qu'on  l'applaudisse.  Il  refait  la  fameuse  scène  de 
la  toilette,  ne  la  trouvant  pas  sans  doute  assez  dramatique. 
Lorsqu'il  est  las  d'inventer,  il  abrège  sans  scrupule  :  il  esca- 
mote, par  exemple,  la  sortie  de  Sienne,  qui  aurait  pu  pourtant 
fournir  à  son  imagination  une  belle  matière.  Tout  cela  serait 
parfaitemeut  négligeable,  si  le  roman  de  d'Auvig-ny  n'avait  contri- 
bué à  créer  la  légende  du  fanatisme  et  de  la  cruauté  de  Monluc  '. 
On  voit  avec  quel  mé{)ris  les  historiens  du  dix-septième  et  du 
dix-huitième  siècle  ont  traité  les  Commentaires.  Le  succès  du 
livre  n'était  pourtant  pas  épuisé  :  en  lyA^J,  il  fut  réimprimé  deux 
fois  à  Paris,  chez  Leclerc,  4  volumes  in-12^,  et  chez  Barois, 
4  volumes  in-12-;  en  1760,  une  autre  réimpression  fut  donnée 
par  Prault,  en  4  volumes  iu-12  aussi,  avec  une  table  des  matières 
et  un  vocabulaire  des  mots  hors  d'usag^e^.  La  même  année,  un 
simple  commis  au  bureau  de  la  guerre,  Pinard,  réunissait  les 
premiers  matériaux  d'une  étude  critique  des  Commentaires.  Dans 
sa  Chronologie  militaire,  il  donnait  une  biog^raphie  à  l'aide 
d'une  analyse  consciencieuse  du  livre  et  y  insérait  des  mentions 
de  pièces  orig-inales  tirées  des  comptes  de  l'extraordinaire  des 
guerres,  qui  fixaient  avec  certitude  plusieurs  dates  importantes  -\ 
L'histoire  provinciale  et  locale  témoignait  aussi  à  Monluc  plus  de 
respect  que  l'histoire  générale.  Les  historiens  provençaux  Bouche 


1.  D'ALVKiNY,  Les  Vies  des  hommes  illustres  de  lu  France,  Amstcrclani  et 
Paris,  1745,  t.  XII.  II  faut  être  juste  :  d'Auvigny  avait  été  dépassé  dans  l'in- 
vention par  La  Mothe  le  Vayer,  (jui  avait  écrit  :  c  L'histoire  nous  représente 
ce  vaillant  Monluc  monter  à  cheval,  tout  malade  qu'il  estoit,  donner  les  ordres 
du  combat  et  n'eslre  retenu  qu'à  ijfrand  peine  de  se  mcsier  parmy  les  ennemis 
et  de  donner  aux  siens  l'exemple  de  bien  l'aire.  Le  mal  le  pressant  et  se  sentant 
liiiir,  il  commande  qu'on  tienne  sa  mort  secrctte;  et  dans  ses  dernières  pas- 
moisons,  met  sa  main  sur  ses  lèvres  pour  sig-ne  du  silence  qu'il  vouloit  qu'on 
obscrvast,  afin  que  la  victoire  de  ses  trouppes  ne  fust  point  empeschée  par  sa 
|)er(e.  »  {De  l'instruclion  de  Monseigneur  te  Daupliin,  Paris,  S.  Oamoisy, 
1O40,  in-/|0,  p.  182.) 

2.  H.  N.,  La  205  J.  —  Voir,  sur  cette  édition,  une  annonce  du  Journal  des 
Savants,  février  1747- 

3.  IJ.  N.,  La  20  5  K.  — Avec  l'épître  àla  noblesse  de  Gascogne  et  le  Tombeau 
complet  ;  édition  soigniH'. 

4.  M.  N.,  La  205  L. 

').    Clironolofjie  liistiiriiitie  militaire...,  I';iris,   17O0,  II,  3:i(j-344- 


LES     «     f;OMMENTAIRKS     ))     DEVANT    î/ HISTOIRE.  10 

«t  Ruffi  lui  avaient  emprunté  son  récit  de  l'expédition  des  mou- 
lins d'Auriol,  épisode  du  siège  de  Marseille  de  i')'M)  ;  mais  le 
premier  avait  essayé  de  le  dater  en  s'aidant  d'un  document  de 
premier  ordre,  V Histoire  journalière  d'Honoré  de  Valbelle  '. 
Les  Bénédictins,  à  leur  tour,  lurent  les  Commentaires  avec  atten- 
tion. D.  Vaissete  fit  voir  que  la  chronologie,  en  apparence  si 
précise,  était  incertaine  pour  le  récit  des  événements  de  Toulouse 
(mai  iBOa)^.  D.  Devienne,  dans  son  Histoire  de  BordeauJ-, 
les  compléta  en  dépouillant  la  collection  des  registres  secrets  du 
Parlement,  d'où  il  tira  un  discours  inédit  de  Monluc^.  En  Italie, 
à  la  môme  époque,  l'historien  siennois  Pecci  leur  faisait  de  lar- 
ges emprunts,  mais  en  les  éclairant  au  moyen  de  documents  origi- 
naux ^  Enfin,  le  marquis  d'Aubais,  l'éditeur  des  Pièces  fugitives, 
avait  réuni  à  la  suite  d'un  résumé  des  Commentaires  des  notes 
historiques,  chronologiques  et  généalogiques  aujourd'hui  per- 
dues \ 

Au  début  du  dix-neuvième  siècle,  les  Commentaires  prirent 
naturellement  place  dans  les  collections  de  mémoires  relatifs  à 
l'histoire  de  France  :  collection  universelle  de  J. -Antoine  Kou- 
cher.  Antoine  Perrin,  Dussieux  et  Duchesnay  (1785-1806)^,  col- 
lection de  Petitot  et  Monmerqué  (1819-1827)'^,  collection  Buchon 
(i835-i839)^  collection  Michaud  et  Poujoulat  (  1 836- 1 8:38)  ^  Ces 

1.  Bouche,  La  chor(t(jraj)Iiie  ou  itesrri/jtian  de  Prorence,  Aix,  1G64,  H,  586. 
—  Ruffi,  Histoire  de  la  ville  de  Maiseille,  2<-"cdit.,  Marseille,  1696, 1,  Say-SSo. 

2.  Histoire  (jénérale  de  LaïKjuedoc,  Paris,  1745,  in-f'^,  V,  03 1-030. 

3.  //istoire  de  la  ville  de  Bordeau.r,  i^e  partie,  Paris,  1771,  in-4",  i.")r)-i.")0. 

4.  Meniorie  storico-ci-itiche  ilella  ciltà  di  Siena,  i-joo. 

5.  Sur  ce  travail  du  niar(juis  d'Aubais,  voir  l'introduction  de  l'éd.  de  Huble 
(I,  pp.  xxii-.xxiv).  D'Aubais  a  utilisé  certaines  de  ses  notes  dans  son  édition  de 
VHistoire  des  guerres  du  coiiilat  Veiutissin  (Pièc  J)i;/i/.,  I,  289).  Les  dates 
(|u'il  donne  pour  le  siège  de  Mont-de-iMarsan  et  pour  la  rupture  du  pont  de 
bateaux  de  Port-Sainte-Marie  sont ,  d'ailleurs,  inexactes. 

6.  (Jollection  universelle  des  Mémoires  part icidiers  relatifs  à  l'histoire  île 
France,  Londres  et  Paris,  1785-18(^0,  72  vol.  in-8'i,  t.  XXII-XXVI. 

7.  Collection  complète  de  Mémoires  relatifs  à  l'histoire  de  France  depuis 
le  règne  de  Phi lippe-Augusta  jusqu'au  commencement  du  di.r-septiéme  siè- 
cle, Paris,  1819-1827,  52  tomes  en  53  vol.  in-S^),  t.  XX-XXli. 

8.  Collection  de  Mémoires  pour  servir  à  l'histoire  de  France  depuis  le 
treizième  siècle  jusqu'à  la  Jin  du  di.r-huilième,  Paris,  i835-i839,  32  vol. 
HT.  in-80,  t.  XII. 

9.  .Yonvelte  collection  de  Mémoires  pniir  servir  à  l'/iis/oire  de  France, 
Paris,  i830-i838,  32  vol.  -^r.  in-8«,   t.  VII. 


l6  INTRODLGTIO.X. 

réimpressions  ne  sont,  sauf  la  première,  en  ce  qui  concerne 
Monlur,  (pie  de  1res  vulgaires  entreprises  de  librairie.  Roucher 
et  ses  collaborateurs  ont  sans  doute  pris  de  grandes  libertés 
avec  le  texte  de  l'édition  originale,  qu'ils  se  vantent  de  repro- 
duire :  les  Commentaires  sont  devenus  chez  eux  les  Mémoires 
de  Messire  Biaise  de  Montlnc  :  dans  leur  notice  biog'raphique, 
on  peut  lire  que  le  féroce  Monluc  apprenait  à  ses  enfants  à  se 
baigner  dans  le  sang  '.  Mais  ils  ont  fait  des  efforts  consciencieux 
pour  éclairer  le  texte  en  le  rapprochant  des  autres  historiens 
fran(;ais  du  seizième  siècle  :  Paradin,  La  Popelinière,  de  Thou; 
d'historiens  italiens,  comme  Ascanio  Centorio  deg-li  Ortensi, 
Luca  Contile,  Malavolti,  Adriani,  Pecci,  Giacomo  Marzani,  au- 
teur d'une  histoire  de  Vicenza.  Ils  ont  essavé,  à  l'aide  de  Boyvin 
du  Yillars  et  des  Mémoires  d^ Estât  de  Ribier,  de  fixer  la  chro- 
nologie des  campagnes  de  Brissac  en  Piémont.  Ils  ont  relevé, 
dans  les  Pièces  fugitives  du  marquis  d'Aubais,  le  passage  du 
Journal  de  F"aurin  sur  les  guerres  de  Castres  qui  confirme  ce  que 
dit  Monliic  de  la  prise  de  Lisle  par  les  compagnies  de  son  frère 
.loachim.  Ils  ont  identifié  certains  noms  de  capitaines,  à  l'aide  des 
grandes  publications  généalogiques  du  dix-huitième  siècle  (le 
P.  Anselme,  Chazot  de  Nantigny),  et  aussi  certains  noms  de 
lieux,  sur  lesquels  on  chercherait  en  vain  une  note  dans  l'édition 
de  Ruble.  Ces  efforts  ont  été  méconnus  par  suite  de  la  mauvaise 
foi  de  Pelitot,  qui  a  jugé  très  cavalièrement  l'œuvre  de  ses  de- 
vanciers et  l'a  pillée  avec  une  impudence  rare.  Les  notes  de  sa 
réimpression  ne  sont,  en  efïet,  (pie  la  repioduclion,  le  plus  sou- 
vent incomplète  et  inexacte,  des  notes  de  Roucher.  Petitot  sup- 
prime simplement  l'indication  des  sources'.  Son  édition  n'est 
qu'un  plagiat  malhonnête,  aggravé  de  quelques  erreurs ''.  Il  faut 
pourtant  lui  reconnaître  le  mérite  d'avoir  entrevu  que  les  (Com- 
mentaires ne  furent  pas  composés  «l'un  coup,  que  l'auteur  rema- 

1.  Iiraul.jiiic  uvail  dit  cela  tlu  liaïuii  des  Adrets.  Aluidiic  et  des  Adrets  se 
confondent  dans  l'esprit  des  écrivains  du  dix-huitième  siècle. 

2.  Al)usé  par  Pclitol,  Franklin  a  écrit  que  l'édition  Roucher  est  aujourd'hui 
devenue  «  absolument  inutile  »,  (|ue  «  les  notes,  rédigées  à  la  hâte,  sont  rem- 
plies d'erreurs  et  de  futiles  déclamations  ».  {Les  sources  de  l'histoiri'  de  France, 
l'aris,  1877,  p.  288.) 

3.  On  y  lil,  par  exemple,  <jue  Monluc  «  Ht  fies  prodiges  de  valeur  à  la  lia- 
taille  de  Marciano  »,  à  lacjueiie  il  n'assista  pas,  et  (ju'il  ne  se  trompe  presque 
jamais  «   sur  les  lenq)s  ». 


LES    «    COMMENTAIRES    ))    DEVANT    L  HISTOIRE.  I7 

nia  sa  rédaction  primitive.  Buclion  se  borne  à  déclarer  modes- 
tement qu'il  a  suivi  le  texte  de  Petitot,  «  plus  conforme  qu'aucun 
à  l'édition  de  1692  ».  Michaud  et  Poujoulat  font  de  même  sans 
l'avouer.  En  réalité,  toutes  ces  réimpressions  procèdent  de  la  col- 
lection Roucher.  Les  historiens  de  la  première  moitié  du  dix- 
neuvième  siècle  ont  travaillé  sur  ces  textes,  qui  ne  diffèrent  entre 
eux  que  par  les  fautes  d'impression.  Ils  les  ont  lus  avec  plus  ou 
moins  d'attention  et  ont  admis  sans  contrôle  l'opinion  unanime 
des  éditeurs,  affirmant  que  la  véracité  de  Monluc  ne  pouvait  être 
contestée  '. 

La  nécessité  d'une  étude  critique  des  sources  narratives  de 
l'histoire  au  seizième  siècle  était  apparue  à  Ranke  dès  1824. 
Dans  un  appendice  à  sa  Geschichte  der  romanischen  iind  ger- 
manischen  Vôlker  von  i  ^^4  f^is  i5i4,  il  avait  passé  en  revue 
quelques-unes  de  ces  sources,  mais  n'avait  pas  poussé  jusqu'aux 
Commentaires  de  JMonluc^.  Michelet  reprit  l'idée  de  Hanke  et, 
dans  la  préface  du  tome  IX  de  son  Ilisloire  de  France,  annonça 
l'intention  de  faire  la  critique  des  sources  du  seizième  siècle;  il 
ne  donna  pas  suite  à  ce  projet  et  s'en  excusa  à  la  fin  de  son 
volume  sur  les  guerres  de  religion -\  Le  travail  eût  été  considé- 
rable; il  ne  convenait  point,  d'ailleurs,  à  son  génie.  De  son  coté, 
dans  l'un  des  trois  articles  (ju'il  a  consacrés  à  Monluc  dans  ses 
Lundis,  Sainte-Beuve  avait  indiqué  qu'il  serait  nécessaire,  pour 
bien  connaître  le  siège  de  Sienne,  de  joindre  au  récit  des  Com- 
mentaires l'élude  des  documents  italiens,  et  signalé,  dans  le 
tome  II  de  VArchivio  storico  italiano,  la  chronique  de  Sozzini'** 

1.  Henri  Martin  a  signalé,  d'après  Monluc,  le  caractère  antimonarchique  du 
soulèvement  des.  Réformés  en  Guienno  [Ilisl.  de  France,  X,  lo/j).  Il  dit  des 
Commentaires  :  «  Ces  mémoires  ne  se  recommandent  pas  moins  par  la  solidité 
du  fond  que  par  la  vivacité  de  la  forme  »  (IX,  899,  note).  Il  les  a  lus,  du  reste, 
avec  quel(jue  négligence  :  il  croit  que  Monluc  fut  témoin  de  l'héroïsme  des 
(lames  do  Sienne. 

2.  Léoi'oi-d  Ranke,  Zur  Kritik  neiwrer  Gescliicfitsctireiber,  Lei|)zig  et  Lier- 
lin,  1824,  in-80.  Ranke  ne  parle  que  de  (iuichardin,  Beaucaire,  Paul  Jove,  du 
Bellay  et  Arnaud  de  Ferrou. 

3.  Michelet,  Histoire  de  France,  t.  IX,  p.  xii;  t.  X,  p.  4O1.  La  Xole  des 
guerres  de  religion,  où  Michelet  disait  que  son  essai  critique  était  devenu  un 
volume  «  qui  ne  peut  paraître  qu'à  part  »,  ne  se  retrouve  pas  dans  le  tome  IX 
de  l'édition  définitive,  revue  et  corrigée,  des  Guivres  complètes. 

l\.  Causei-ies  du  Lundi,  3«  édit.,  t.  XI,  p.  9G,  n.  i.  Ces  trois  articles  parais- 
sent avoir  été  écrits  à  l'occasion  d'un  livre  de  La  Bauhe-Dlpauco,  liiographie 


INTRODUCTION. 


L'observation  était  judicieuse,  mais  le  vœu  modeste  de  Sainte- 
Beuve  resta  lettre  moite,  comme  le  projet  grandiose  de  Michelet. 
En  i84i,  Guérard  avait  proposé  à  la  Société  de  l'Histoire  de 
France  de  donner  une  nouvelle  édition  des  Commentaires.  Ap- 
puyée par  Lenormant,  qui  rappela  la  notoire  insuffisance  des 
récentes  réimpressions,  la  proposition  fut  ajournée.  Elle  ne  fut 
reprise  qu'en  1862,  sur  le  rapport  de  J.  Desnoyers.  Le  baron 
Alphonse  de  Ruble  fut  charg^é  de  la  publication,  qui  devait  com- 
prendre, conformément  au  vœu  exprimé  par  Tamizey  de  Larro- 
que  ',  les  Commentaires  et  la  correspondance  inédite  de  Monluc^. 
Les  Commentaires  formèrent  trois  volumes,  qui  parurent  en 
1864,  1866  et  1867.  Pour  l'établissement  du  texte,  l'éditeur  dis- 
posait de  deux  copies  manuscrites  conservées  à  la  Bibliothèque 
Nationale,  qu'il  avait  eu  le  mérite  de  découvrir  et  dont  il  détermina 
l'orig^ine  et  l'authenticité.  Il  paraît  avoir  été  moins  heureux  dans 
l'usage  qu'il  en  a  fait.  Ces  deux  copies  lui  parurent  presque  iden- 
tiques et  ne  présenter  que  des  différences  d'orthog-raphe.  En  les 
rapprochant  de  l'édition  orig-inale.  il  constata  qu'elles  étaient 
incomplètes;  les  lacunes  lui  montrèrent  que  les  manuscrits  don- 
naient une  première  rédaction  du  livre,  tandis  que  l'édition  de 
1692  contenait  le  texte  définitif.  Il  se  borna  à  constater  l'exis- 
tence de  ces  lacunes  et  de  cette  double  rédaction,  mais  ne  poussa 
pas  plus  loin.  Avant  tout  préoccupé  de  donner  un  texte  complet, 
il  rétablit  les  passades  supprimés  par  Florimonrl  de  Ra*mond, 
substitua,  partout  où  ce  fut  possible,  à  sa  version  celle  du  manus- 
crit, et,  en  retour,  combla  les  lacunes  du  manuscrit  à  l'aide  de 
l'édition  originale.  A  ctM'taiiis  endroits,  il  rencontra  deux  rédac- 
tions différentes  :  il  adopta  pour  son  texte  celle  de  l'édition  ori- 
ginale, comme  plus  complète,  et  donna  celle  du  manuscrit  en 
variante.  Jusque-là  la  méthode  était  bonne  et  le  procédé  louable. 
Mais  l'éditeur  n'a  pas  toujours  fait  la  distinction  entre  la  pre- 


ft  maximes  de  Biaise  de.  MoUlu\  Paris,  i848,  in-So.  [^'auteur  de  ce  livre 
remarque  les  désaccords  entre  Monluc  et  Boyvin  du  Villars  et  constate  (p.  4o) 
que  «  la  lecture  des  Commenliires,  où  les  noms  sont  estropiés  et  les  dates 
bouleversées,  mais  dont  la  véracité  n'est  point  suspecte,  a  quelque  chose  de 
Fastidieux,  parce  que  tout  s'y  suit  sans  divisions,  sans  points  de  repaire  (sic)  ». 

1.  (Jnehfues  pages  inédiles  de  Bltiise  de  Monluc,  i8()3,  pp.   18-19. 

2.  Bulletin  de  ta   Suciélë  île   l' Histoire  de   France,    i8/|i,   p.   20O;    18G2, 
pp.  2(j3,  3ii,  827,  3(j4,  Sgy;  i803,  pp.  ii3-ii6. 


LES    «    COMMENTAIRES    »    DEVANT    L  HISTOIRE.  IQ 

mière  et  la  seconde  rédaction;  il  les  a  brouillées  ensemble  en  les 
juxtaposant.  S'il  a  noté  avec  soin  tous  les  passag-es,  phrases  ou 
membres  de  phrase  inédits,  il  s'en  faut  qu'il  ait  indiqué  toutes 
les  variantes  :  à  dire  vrai,  il  n'a  relevé  que  les  principales,  celles 
qui  portaient  sur  un  passag'e  entier  ou  sur  une  phrase.  Mais  il  a 
négligé  de  sig-naler  les  innombrables  différences  de  style  qui  exis- 
tent entre  les  manuscrits  et  le  texte  des  éditions.  Très  souvent, 
un  tour  incorrect  ou  obscur  de  la  première  rédaction  est  rendu 
clair  et  correct  dans  les  éditions  par  l'addition,  la  suppression  ou 
le  déplacement  d'un  mot.  L'éditeur,  qui  pourtant  a  pris  soin  de 
déclarer  que  Moulue  «  mérite  d'être  traité  comme  les  grands 
écrivains  »,  semble  avoir  dédaigné  ces  vétilles;  il  adopte  alors 
toujours  la  leçon  des  éditions.  Il  nous  donne,  en  somme,  le  texte 
de  Floriraond  de  Rœmond  accru  des  passages  supprimés  par  le 
premier  éditeur  ou  manquant  dans  la  copie  dont  il  se  servit, 
accompagné  des  principales  variantes  et  modifié  par  la  substitu- 
tion à  l'orthograpiie  du  correcteur  de  Millanges  de  la  graphie, 
assez  inutilement  compliquée,  du  copiste  du  second  manuscrit'. 
Le  texte  de  l'édition  de  Ruble  a  donc  surtout  le  mérite  d'être 
plus  complet  et  relativement  plus  pur  que  celui  des  éditions 
antérieures.  Quant  au  commentaire  qui  l'accompagne,  il  est  au- 
jourd'hui permis  de  le  trouver  insuffisant.  Sans  doute,  les  efforts 
de  l'éditeur  pour  établir  une  chronologie  précise  méritent  d'être 
loués;  mais  son  travail  est  très  incomplet,  surtout  pour  la  période 
italienne,  et  les  dates  proposées  ne  sont  pas  toujours  exactes. 
Sans  doute  aussi,  les  érudits  doivent  lui  être  reconnaissants  du 
grand  nombre  de  documents  inédits  qu'il  a  signalés;  ils  en  ont 
fait  leur  profit  et  les  notes  de  l'édition  de  Ruble  ont  suscité  d'uti- 
les publications.  Les  deux  volumes  de  lettres  de  Monluc,  qui 

I.  De  Ruble  a,  en  effet,  donné  la  préférence  à  la  seconde  copie,  d'ailleurs 
incomplète,  sans  doute  parce  (pi'elle  était  d'une  lecture  plus  aisée.  Il  en  a  re- 
produit des  sinjiçularités,  telles  que  les  finales  des  imparfaits  eu  oict,  oincl, 
iont,  qui  doivent  être  uniquement  attribuées  à  la  fantaisie  du  scribe.  L'ortho- 
graphe de  la  première  copie,  dont  les  formes  gasconnes  paraissent  avoir  effrayé 
l'éditeur,  est  beaucoup  plus  simple.  Une  collation  très  attentive  de  cette  copie 
m'a  convaincu  que,  pour  la  partie  où  elle  était  son  seul  guide,  qui  représente 
plus  de  la  moitié  des  Comitumtdires  (à  partir  de  la  page  196  du  tome  II),  l'édi- 
teur ne  s'est  que  fort  médiocrement  soucié  de  reproduire  la  ieron  du  manuscrit 
et  a  simplement  réimprimé  le  texte  des  éditions.  Je  n'affirmerai  même  pas  qu'il 
a  recouru  à  l'édition  originiUe.  Il  semble  bien  s'être  servi  de  Buchon. 


20  INTRODUCTION. 

forment  les  tomes  I\'  et  V  de  l'édition  de  la  Société  de  l'His- 
toire de  France,  sont  eux-mêmes  une  inestimable  contribution  à 
l'étude  critique  des  Commentaires;  mais  il  est  regrettable  que 
leur  publication  ait  suivi  celle  du  texte  au  lieu  de  la  précéder. 
Les  éclaircissements  historiques  joints  au  lexle  sont  rares, 
ou  vagues,  ou  parfois  erronés.  Pour  la  période  italienne,  en 
particulier,  l'éditeur  était  peu  préparé  à  sa  tâche.  Il  écrit,  par 
exemple,  que  Henii  II,  pendant  la  durée  de  son  règ"ne,  ne  quitta 
pas  la  France  et  explique  à  sa  façon  la  phrase  où  Monluc  fait 
allusion  au  voyage  officiel  du  roi  en  Piémont  en  mai-septem- 
bre i548  \  Telle  discussion  sur  la  date  de  l'arrivée  de  Monluc  à 
Sienne  repose  sur  un  simple  lapsus'.  Les  identifications  de  per- 
sonnages sont  nombreuses  et,  en  général,  précises;  elles  né  sont 
pourtant  pas  à  l'abri  de  toute  criti({ue.  Les  identifications  de  noms 
de  lieux  laissent  beaucoup  à  désirer  :  pour  la  période  italienne, 
elles  sont  très  souvent  hasardeuses  et  fautives;  pour  la  période 
française,  elles  sont  très  insuffisantes.  L'éditeur  a  trop  négligé  le 
premier  manuscrit,  où  il  aurait  trouvé  pour  plus  d'un  nom  des 
formes  moins  altérées  et  plus  reconnaissables.  Enfin,  l'index  qui 
termine  le  tome  V  n'est  pas  exempt  de  négligences  et  ne  contient 
pas  tous  les  noms  de  lieux  cités  dans  les  Commentaires^. 

En  dépit  de  ses  défauts,  l'édition  de  la  Société  de  l'Histoire  de 
France  a  fait  faire  un  pas  décisif  à  l'étude  critique  de  l'œuvre 
historique  de  Monluc.  Les  matériaux  essentiels  pour  l'entrepren- 
dre ont  été  pour  la  première  fois  réunis.  De  Ruble  a  dépouillé  à 
peu  près  complètement  tous  les  fonds  de  la  Bibliothèque  Natio- 
nale et  en  a  extrait  plus  de  120  lettres;  aux  Archives  Nationales, 
il  a  transcrit  les  documents  relatifs  aux  rapports  de  Monluc  avec 
Philippe  II;  les  archives  municipales  de  Bordeaux,  de  Toulouse, 
d'Agen,  de  Lectoure,  d'Auch,  de  Condom,  de  Périgiieux,  un  cer- 
tain nombre  de  collections  privées  lui  ont  fourni  des  lettres,  des 
ordonnances,  des  commissions.  A  Saint-Pétersbourg,  le  comte 
H.  de  La  Ferrière,  tout  en  recherchant  dans  la  fameuse  collection 
Dubrowski  conservée  à  la  bibliotlièijue  de  l'Ermitage  la  corres- 

1 .  I,  iiof),  n.   I . 

2.  I,  /(52,  u.  I.  —  Le  combat  de  Maroiiiiiu  fui  livré  le  2  août  et  non  le  12. 

3.  Le  Florentin  Bartolomeo  Cavalcanti  y  est  donné  comme  un  «  citoyen  sien- 
nois  »,  et  la  place  de  Savij^liano,  eu  Piémont,  connue  un  capitaine  français  qui 
amène  «  au  prince  («'f)  d'Lughieu  un  renfort  d'Italiens  w. 


LES    «    COMMENTAIRES    ))    DEVANT    L  HISTOIRE.  2  1 

pondance  de  Catherine  de  Médicis,  a  copié  74  lettres  ou  mé- 
moires de  Monluc,  qui  ont  pris  place  aussi  dans  la  publication 
de  de  Ruble  '.  Les  archives  de  Sienne  et  de  Florence,  explorées 
par  MM.  Gaffarel  et  Benoist,  lui  en  ont  donné  22.  Au  total, 
l'édition  de  la  Société  de  l'Histoire  de  France  a  fait  connaître 
275  documents,  presque  tous  inédits,  publiés  in  extenso,  3g  or- 
donnances, commissions  ou  lettres  patentes  analysées,  et  sig-nalé 
34  lettres  ou  ordonnances  imprimées  dans  d'autres  recueils. 
Depuis  1872,  époque  où  elle  fut  terminée,  de  nouvelles  décou- 
vertes ont  légèrement  grossi  cet  important  dossier".  De  Ruble 
n'en  a  pas  moins  le  mérite  d'avoir  réuni  et  fait  connaître  cette 
correspondance  où  Monluc  s'est  peint  lui-même,  non  plus  en  vue 
de  la  postérité,  mais  au  naturel  et  sans  apprêt,  où  sans  arrière- 
pensée  il  a  donné  parfois,  au  lendemain  même  des  événements, 
une  première  version  des  faits  racontés  dans  les  Commentaires, 
où  ses  exploits  enfin  apparaissent  non  plus  isolés,  simplifiés, 
idéalisés,  mais  confondus  dans  la  trame  infiniment  complexe 
que  l'historien  doit  reconstituer  pour  approcher  de  la  vérité. 

Depuis  l'apparition  de  l'é'dition  de  Ruble,  les  Commentaires 
n'ont  fait  l'objet  d'aucune  étude  critique  3.  On  s'est  borné  à  cons- 
tater les  désaccords  entre  le  témoignage  de  Monluc  et  celui  de 
Martin  du  Bellay  à  propos  de  la  journée  de  Cérisoles*.  L'auteur 
du  seul  travail  que  l'on  ait  spécialement  consacré  à  Monluc  de- 
puis les  trois  articles  de  Sainte-Beuve,  M.  Charles  Normand, 
dans  un  livre  très  agréable  et  très  savoureux,  s'est  demandé  ce 
qu'il  fallait  penser  de  sa  véracité  :  «  Elle  est  réelle,  dit-il,  en  cela 
({ue,  s'il  ne  dit  pas  tout,  au  moins  tout  ce  qu'il  dit  est  vrai.  Il  est 


1 .  Voir  comte  de  La  Perrière,  Deux  années  de  mission  à  Saint-Pélers- 
boiirg,  1867.  Ce  volume  se  termine  par  une  élude  sur  Biaise  de  Montluc 
d'après  sa  correspondance  inédile,  (jui  fut  pour  la  première  fois  imprimée  en 
i865  (ia-80  de  10  paçfes),  et  où  l'auteur  a  indiqué  certaines  lacunes  des  Com- 
mentaires que  comble  la  correspondance. 

2.  J'ai  dressé  le  bilan  de  ces  découvertes  en  tète  de  ma  publication  :  Douce 
lettres  inédites  de  Biaise  de  Mordue,  i8(j8  (extrait  des  Annales  du  Midi,  t.  X). 

3.  Us  ont  élé  simplement  utilisés  dans  les  travaux  de  Bouille  et  de  Forneron 
sur  les  ducs  de  Guise,  de  F.  Décrue  sur  Montmorency,  de  l'abbé  Marchand  sur 
le  maréchal  de  lîrissac,  de  G.  Duruy  sur  le  cardinal  Carlo  Carafa,  enfin  de 
de  Ruble  lui-même  sur  Antoine  de  Bourbon  et  Jeanne  d'Albrel. 

/(.  II.  I^EMONMER,  Histoire  de  France,  publiée  sous  la  direction  de  M.  i'>.  Ra- 
visse, V,  2,  p.  1 1 3,  n.  I. 


22  INTRODUCTION. 

rare  qu'on  puisse  le  surprendre  en  flagrant  délit  d'erreur  voulue. 
J'écarte,  bien  entendu,  l'optique  particulière  qui  lui  fait  toujours 
croire,  même  là  où  il  ne  commande  pas  en  chef^  que  c'est  lui  qui 
a  gag-né  la  bataille.  C'est  de  l'illusion  ou  du  grossissement  ;  ce 
n'est  pas  du  mensonge...  Il  n'invente  pas,  il  exagère;  et  puisqu'il 
est  de  bonne  foi,  il  y  aurait  mauvaise  grâce  à  lui  en  vouloir.  En 
réalité,  on  peut  le  consulter  avec  confiance  :  si  l'on  veut  faire 
abstraction  du  premier  rôle  qu'il  s'attribue  partout,  on  le  trou- 
vera rarement  en  défaut.  Les  faits  qu'il  cite  sont  exacts,  et  ses 
jugements  sur  les  personnes,  moins  passionnés  que  les  apprécia- 
tions de  ses  lettres,  contiennent  une  dose  suffisante  d'équité. 
C'est  tout  ce  qu'on  peut  demander  en  conscience  à  un  auteur  de 
mémoires  '.  »  Ce  jugement  très  modéré,  mais  aussi  très  flatteur, 
n'est-il  que  l'impression  d'un  lecteur  des  Commentaires  cédant, 
après  tant  d'autres,  au  charme  et  inclinant  à  l'indulgence?  Est-il 
possible  de  l'appuyer  sur  des  preuves  solides?  Pour  le  savoir,  il 
est  indispensable  d'établir  pourquoi  et  comment  Monluc  a  com- 
posé son  livre,  et  d'éprouver  son  récit,  par  une  enquête  minu- 
tieuse, au  contact  des  documents  originaux.  C'est  l'objet  propre 
de  cette  étude. 


1.  Ch.  Normand^  i)/o;j/HC  (classiques  populaires),  1892,  p.  212.  —  Voir,  sur 
ce  livre,  le  compte  rendu  enthousiaste,  mitigé  par  quelques  réserves,  de  Tami- 
zey  de  Larroque  dans  la  Revue  de  Gascogne,  1898,  p.  82. 


CFMPIÏRE    PREMIER 
L'occasion  des  Commentaires. 


La  blessure  que  Monluc  reçut  à  l'assaut  de  Ral)astens  lui  fit 
les  loisirs  auxquels  nous  devons  son  livre.  C'est  lui,  du  moins, 
qui  l'affirme  :  «  J'aj  cesle  oblig-ation  à  ceste  meschante  arque- 
busade  qui  m'a  percé  et  froissé  le  visaçe,  d'avoir  esté  cause  que 
j'ay  dicté  ces  Commentaires  »  '.  La  raison  qu'il  donne  n'est  pas 
contestable;  mais  ce  n'est  qu'une  raison  de  fait.  S'il  est  vrai  que 
l'inaction  de  la  retraite  lui  procura  le  temps  de  retracer  sa  lon- 
gue existence,  des  motifs  plus  pressants  lui  en  suç^-érèrent  l'idée. 
Il  convient  de  les  inditjuer  tout  d'al)ord  pour  expliquer  la  genèse 
de  l'œuvre  et  en  préciser  l'objet. 

Depuis  (ju'en  récompense  de  ses  services  pendant  les  premiers 
troubles,  il  avait  reçu  la  lieutenance  de  Guienne,  Monluc  entre- 
tenait avec  la  cour  des  rapports  que  son  caractère  «  fasclieux  », 
ses  intempérances  de  langage,  ses  maladresses,  ses  procédés 
administratifs  rendaient  fous  les  jours  plus  difficiles.  Sans  doute, 
il  avait  une  protectrice  puissante  :  c'était  la  reine.  Catherine  de 
Médicis  lui  avait  conservé  l'estime  particulière  que  Henri  II,  en 
dépit  de  l'animosité  du  connétable,  lui  témoigna  toujours.  Mon- 
luc lui  rappelait  sa  jeunesse  ;  il  avait  été  le  compagnon  d'armes 
et  l'ami  de  son  favori,  le  maréchal  Strozzi;  il  avait  gagné  le  plus 
pur  de  sa  renommée  dans  cette  entreprise  de  Sienne,  à  laquelle 
elle  s'était  si  passionnément  intéressée;  au  siège  de  Thionville,  il 
s'était  montré  le  digne  second  du  duc  François  de  Guise.  Elle 
avait   confiance  dans  son   loyalisme;    elle  jugeait  qu'un  simple 

I.  III,  5i8. 


24  L  OCCASION    DES    «    COMMENTAIRES    ». 

capitaine  tel  que  lui  pouvait  être,  en  dépit  de  ses  humeurs  de 
Gascog^ne,  plus  aisément  manié  que  ces  grands  seigneurs  qui, 
en  un  temps  où  le  prestig'e  monarchique  était  compromis,  ne 
songeaient  qu'à  s'érig-er  en  potentats  dans  leurs  gouvernements. 
Elle  pensait  aussi  qu'elle  avait  intérêt  à  se  servir  d'un  homme 
qui,  par  son  autorité  personnelle,  était  particulièrement  capable 
de  maintenir  dans  le  devoir  la  noblesse  de  Guienne,  qui  s'était 
acquis  une  grande  popularité  parmi  les  bourg-eois  et  le  petit 
peuple  des  villes,  d'ailleurs  ambitieux  et  cupide,  «  en  ses  plus 
g-rands  advancemens  d'estat  et  de  charge  autant  affamé  et  néces- 
siteux de  faveur  qu'un  autre  »  ',  et  que  l'on  pouvait  tenir  par 
des  promesses.  Aussi,  à  deux  reprises,  elle  avait  refusé  la  démis- 
sion qu'il  lui  offrait;  elle  l'avait  même  défendu  contre  les  accu- 
sations les  plus  graves,  parfois  les  plus  justifiées. 

En  dépit  de  cette  protection  constante,  le  crédit  de  Moulue 
n'avait  jamais  été  très  solide.  Les  raisons  mêmes  qui  lui  valaient 
la  confiance  de  la  reine  lui  avaient  attiré  des  haines  nombreuses 
et  puissantes.  Grands  seigneurs  et  courtisans  trouvaient  excessif 
qu'un  gentilhomme  d'aussi  chétive  naissance,  qu'un  petit  com- 
pagnon tel  que  lui,  bon  tout  au  plus  à  faire  un  sénéchal  ou  un 
gouverneur  de  place,  occupât  une  charge  considérable,  une  des 
plus  belles  lieutenances  du  royaume^.  Il  l'avait,  au  début,  par- 
tagée avec  Burie  et  l'on  aurait  pu,  à  la  rigueur,  admettre  qu'en 
temps  ordinaire  ces  deux  vétérans  des  guerres  d'Italie  eussent  de 
moitié  l'administration  de  la  Guienne,  sous  l'autorité  du  roi  de  Na- 
varre. Mais  lorsqu'on  vit,  à  la  mort  de  Burie,  en  juin  i565,  Mon- 
luc  se  faire  attribuer  la  lieutenance  entière  et  la  vice-amirauté  de 
Guienne,  sous  le  contrôle  dérisoire  d'un  enfant  de  douze  ans,  le 
scandale  fut  grand.  Jusque-là,  les  efforts  faits  par  ses  «  bons 
amys  »  les  huguenots   pour  ébranler  son   crédit,  pour  le  com- 

1.  Brantôme,  éd.  Lalanne,   VI,  271. 

2.  Une  lettre  d'Antoine  de  Gramontà  la  roinc,  datée  de  Bidache,  Sjuillet  i5G4, 
donne  une  idée  expressive  des  sentiments  que  la  vieille  noblesse  nourrissait  à 
l'égard  d'un  homme  qu'elle  regardait  comme  un  parvenu.  Faisant  allusion  à  une 
lettre  que  Monluc  lui  a  écrite,  Gramont  dit  qu'il  n'y  a  fait  une  réponse  «  gra- 
ticusp  et  doulce  »  que  par  égard  pour  l'autorité  dont  il  est  revêtu,  «  n'estant 
habillé,  ajoutait-il,  en  homme  (jui  puisse  endurer  chose  qui  parte  de  sa  main, 
et  me  touche  autrement  qu'il  n'appartient.  »  (Biblioth.  de  l'Institut,  coll.  Gode- 
f'roy,  portef.  207,  fo  nji5.)  —  Sur  Aiiloine  de  (îramont,  voir  une  note  biogra- 
phique (le  (loMMijNAv,  L/'s  IfiKjufnols  fldris  le  liéarn  et  In  Navarre,  p.  10,  n.  l\. 


CAUSES    DE    LA    DISGRACE    DE    MONLUC.  25 

promettre  aux  yeux  de  îa  reine,  av^aient  eu  peu  de  succès.  C'est 
du  côté  catholique  f{ue  lui  vint  le  premier  «  contrescarre  ».  En 
octobre  1067,  le  cûnnélal)le,  vouLint  assurer  un  état  .à  son 
g'endre,  Henri  de  Foix-Candale,  lui  fit  donner  le  î^ouvernement 
de  Bordeaux  et  la  lieutenance  g-énéraie  du  Bordelais.  Moulue, 
dépouillé  de  la  moitié  de  sa  charg-e,  dut  dévorer  ce  premier 
affront.  Ce  ne  fut  [)as  en  silence  :  il  cria;  ses  récriminations  furent 
si  bruyantes,  elles  parurent  si  importnnes  que,  ponr  ne  pas  tout 
perdre,  il  dut  très  humblement  les  rétracter.  La  mollesse  avec 
laquelle  il  dirii^ca  l'expédition  de  Saintonge,  en  février  1068;  son 
inaction  en  se[)tend)re  lorsque  Jeanne  d'Albret  et  son  fds,  cannant 
La  Rochelle,  traversèrent  «  à  son  nés  »  la  Gascogne,  l'Agenais  et 
le  Périgord,  la  lenteur  de  ses  mouvements  en  octobre,  qui  permit 
aux  Provençaux  de  franchir  sans  encombre  la  Dordogne  pour 
aller  rejoindre  l'armée  des  princes,  accrurent  le  mécontentement 
contre  lui.  Dans  ce  temporisateur  hésitant,  les  chefs  catholiques 
ne  reconnaissaient  plus  le  sauveur  de  Bordeaux  et  de  Toulouse,  le 
vainqueur  de  Targon  et  de  Vergt. 

Les  procédés  administratifs  de  Moulue  étaient  aussi  une  source 
perpétuelle  de  conflits.  Pour  faire  la  guerre,  il  estimait  qu'il  fal- 
lait beaucoup  d'argent  et  se  plaignait  avec  amertume  que  la  cour 
ne  lui  en  donnât  pas  assez.  Ses  doléances  sur  ce  [)oinl  étaient 
continuelles  et  ses  ennemis  avaient  beau  jeu  à  les  exploiter.  On 
colportait  les  propos  très  libres  (pi'il  laissait  échapper  lorsqu'on 
ne  faisait  pas  droit  à  ses  demandes  '.  Un  laissait  entendre  (pi'il 
était  expert  à  distraire  à  son  profit  personnel  les  deniers  du  roi. 
Il  avait  rapporté  d'Italie  des  idées  très  larges  en  matière  de  finan- 
ces ;  ses  démêlés  à  Montalcino  avec  Henri  de  Mesmes  lui  avaient 
fait  une  fâcheuse  réputation.  Jeanne  d'Albret  avait,  en  i564, 
dénoncé  avec  véhémence  ses  concussions.  Ses  rap{)orts  avec  les 
«  messieurs  des  finances  »  étaient  [)lulôt  aigres  :  à  la  suite  de  la 
grande  levée  qu'il  avait  faite,  au  début  des  secoiuls  troubles 
(octobre  1067),  en  vertu,  du  reste,  de  pouvoirs  réguliers,  pour 
envoyer  au  roi  les  tioupes  qu'il  lui  demandait,  ils  s'étaient  plaints 


I.  ((  Sir<>,  ('criv.iit-il  ;iii  idi  le  .H  lévrier  inCx),  iiumsieiir  de  .Mdurei'i'jiml  m'a 
(lit  ((lie  j'ay  de  bons  aiiijs  auprès  de  N'oslre  Majesli-,  ([iii  me  presleni  loiisjoiirs 
(]uel(iue  charité,  et  que  j'ay  (li)unc  au  diable  vous,  la  royne  et  l!)ut  vosire  con- 
seil. »  [V,  i/|6.)  Et  il  se  justifie,  mais  sans  désavouer  nettement  le  propos. 


26  l'occasion    des    «    COMMENTAIRES    )). 

qu'il  eût  tant  dépensé.  Il  refusa  net  de  donner  des  explications 
et  dénonça  son  collès'ue  Damville,  gouverneur  du  Languedoc, 
comme  ayant  g-aspillé  190,000  francs  «  sans  avoir  levé  plus  hault 
de  quatre  compaig-nies  ».  Il  ajoutait  :  «  Mais  si  lesditz  sieurs  des 
finances  veullent  mesnager  l'argent  du  roy,  qu'ils  le  facenl  à  l'en- 
droit de  ceulx  qui  le  despendent  en  vain,  s'il  en  y  a.  Car,  quant 
à  moy,  je  ne  suis  point  de  ce  nombre  »  '.  Le  langage  était  fier; 
était-il  justifié? 

Un  incident  grave  qui  survint  au  début  de  1669  permet 
d'en  douter.  Par  un  mandement  en  date  du  16  février.  Moulue 
s'était  permis  de  mettre  la  main  sur  une  somme  de  18,000  livres 
destinée  au  paiement  des  rentes  de  la  ville  de  Paris,  et  de  l'attri- 
buer sans  façon  au  trésorier  de  l'extraordinaire  pour  le  paiement 
des  gens  de  pied  levés  en  Guienne.  Ce  n'était  pas  la  première  fois 
qu'il  prenait  celte  liberté;  il  s'était  déjà  approprié  10,000  livres 
par  le  même  procédé.  Une  plainte  en  forme  fut  déposée  au  con- 
seil du  roi.  Charles  IX  lui  adressa  un  blâme  sévère  :  «  Je  ne 
puis,  lui  écrivait-il,  en  façon  que  se  soit  trouver  bon  que  vous 
uziez  de  telles  voyes,  ne  que  vous  touchiez  à  mes  finances  sans 
mon  exprès  commandement.  Je  vous  l'en  ay  jà  escript  et  faict 
plainement  entendre  mon  intention  ^,  ne  pouvant  estimer  que 
vous  ayez  cause  d'ainsy  rompre  l'ordre  et  toucher  au  fondz  de 
mesdictes  finances.  Je  [vous]  prie  donc  et  neantmoins  ordonne, 
en  tant  que  vous  desirez  le  bien  de  mon  service  et  l'avancement 
de  mes  affaires,  ne  donner  plus  d'occasion  à  telles  plaintes  et  vous 
comporler  selon  que  vous  sçavez  mon  intention  estre,  donnant 
ordre  que  ces  sommes  de  xviii"  livres  d'une  part  et  x"  d'autre  soit 
restituées  audict  Marcel,  et  qu'elles  soyent  seurement  portés  jus- 
ques  hors  les  limites  de  votre  gouvernement  avec  les  autres  deniers 
de  sa  charge,  laquelle  m'estant  de  très  grande  importance,  comme 
vous  pouvez  assez  juger,  se  prenant  là  le  principal  et  quasi  seul 
fondement  de  la  grande  despence  de  ceste  guerre,  je  vous  prie 
miii tenir  ledict  Marcel  et  le  favoriser,  ensemble  ceulx  qui  vien- 
dront de  sa  part,  en  tout  ce  (jue  vous  pourrez.  »  El  la  semonce 

1.  Monluc  à  lîcauclerc,  conseiller  du  roi  et  receveur  général  des  finances  en 
Picardie,  Atçen,  10  janvier  1508  (V,  io5-io6). 

2.  Aldnluc  fait,  en  effet,  allusion  à  une  défense  un  peu  antérieure  que  lui 
avait  faite  le  duc  d'Anjou,  au  nom  du  roi,  dans  son  «  Mémoire  à  monsieur  de 
Salyes  »,  Sainte-Foy,  i3  mars  1669  (V,  i5o-i5i). 


L  AFFAIRE    DAMVILLE.    PREMIERE    LETTRE    AU    ROI.  27 

royale  se  terminait  par  ces  lignes  sii^-niPicatives  :  «  Ce  faisant  me 
ferez  plaisir  et  service  très  agréable  et  effacerez  l'oppinion  de 
tant  de  plaintes  que  journellement  me  sont  faicles  de  vous  me 
pourroient  imprimer  »  \  Monluc,  tout  «  hault  à  la  main  »  qu'il 
fut,  savait  plier  le  dos  quand  il  le  fallait.  Il  subit  l'affront  sans 
mot  dire  et  se  veng-ea  maladroitement  sur  les  Bordelais  en  leur 
déclarant  que,  puisqu'on  lui  ôtait  tout  moyen  d'açir,  il  ne  les 
délivrerai!  pas  de  la  crainte  que  leur  inspiraient  les  huguenots  de 
Blaye".  Il  y  gagna  de  se  brouiller  avec  les  conseillers  au  Parle- 
ment de  Bordeaux,  qui  lui  reprochèrent  de  ne  rien  faire  pour  le 
salut  de  la  province. 

Les  affaires  de  Monluc  se  portaient,  on  le  voit,  assez  mal  lors- 
que ses  violents  démêlés  avec  Damville  achevèrent  de  les  gâter  3. 
Furieux  d'avoir  été  traité  de  la  façon  la  plus  dédaig-neuse  par  le 
g^ouverneur  du  Languedoc  qui,  pendant  toute  la  campagne  de 
juin-septembre  1069,  avait  refusé  de  le  considérer  comme  un  de 
ses  pairs,  il  dépêcha  à  la  cour  le  sénéchal  d'Ag-enais,  François  de 
Durfort,  baron  de  Bajamont,  avec  des  instructions,  où  il  se  per- 
mettait de  donner  son  avis  sur  la  façon  dont  il  fallait  mener  la 
g'uerre  en  Languedoc.  C'était  déjà  faire  preuve  d'un  zèle  qui 
pouvait  paraître  indiscret.  Il  agg-rava  sa  maladresse  et  satisfit  sa 
rancune  en  chargeant  verbalement  le  sénéchal  de  représenter  au 
roi  que  Narbonne   était  perdu  par   suite  des  complaisances  de 

1.  Charles  IX  à  Monluc,  Metz,  12  avril  lOGg  (Bibl.  de  Carpentras,  ms.  490» 
fo  241  v*'-242  yo,  coj)ie  du  temps).  Le  roi  faisait,  sans  doute,  allusion  aux 
démêlés  tout  récents  de  Monluc  avec  le  général  de  l'armée  de  mer  en  (iuienne 
Ottavio  Freiçoso,  qui  l'avait  accusé  formellement  d'avoir,  de  connivence  avec 
l'avocat  général  Du  Sault,  accaparé  tous  les  blés  de  la  province.  Voir  les  lettres 
de  Fregoso  dans  les  Arch.  hist.  de  laGir.,  VIII,  325;  X,  829,  33i,  334,  cl  une 
lettre  du  duc  d'Anjou  au  roi,  camp  de  Ghâtillon-sur-Indre,  27  juillet  1069  (B.  N., 
fr.  n.  acq.  6oo3,  fo  82,  copie  moderne),  qui  donne  raison  à  Fregoso. 

2.  Discours  de  Monluc  au  t^arlcuKMit  de  Bordeaux,  pronf)ncé  le  8  juin  lâOg 
(Bibl.  munie,  de  Bordeaux,  reg.  secr.  du  Parlement,  ms.  3O9,  3,  ft>  1O7).  —  Il 
est  piquant  de  constater  que  le  lendemain  même  du  jour  où  il  adressait  à  Mon- 
luc cette  lettre  sévère,  Charles  IX  écrivait  au  président  de  Thou  pour  lui  recom- 
mander un  procès  pendant  entre  le  vidame  de  Chartres  et  l'auteur  des  Com- 
mentaires à  l'occasion  de  la  terre  de  Chabanais,  et  le  priait  d'en  presser  l'issue, 
«  ayant,  disait-il,  d'icelluy  de  Montluc  son  bon  droit  en  justice  \wuv  recom- 
mandé, ainsi  que  ses  bons  et  fidelles  services  le  merittent.  »  Charles  IX  au 
président  de  Thou,  Metz,  i3  avril  iSGg  (B.  N.,  Dupuy,  8oi,  fo  i[\,  orig.  sign. 
autogr.) 

3.  Pour  le  détail  de  ces  démêlés,  voir  plus  loin,  chapitre  xi. 


28  l'occasion    des    «    COMMENTAIRES    )) . 

Damville  pour  le  i^ouverneur  de  la  place,  qui  était  hug-iienot  ; 
c'était,  du  moins,  ce  qu'affirmait  l'évèque  d'A§"ea  \  L'insinuation 
était  grave.  Damville  y  répondit  par  un  démenti  violent,  où  il 
traitait  Monluc  de  menteur  et,  ramassant  contre  lui  les  accusa- 
tions portées  depuis  long-temps,  l'accusait  d'avoir  été  un  déloyal 
serviteur  du  roi,  d'avoir  dilapidé  ses  finances,  pillé  son  peuple, 
enfin  «  d'estre  un  forceur  de  filles  »  ".  Monluc  bondit  sous  l'in- 
sulle  :  il  écrivit  au  roi  une  grande  lettre  où  il  présentait  point 
par  point  sa  défense.  Il  y  rappelait  ses  services  depuis  le  com- 
mencement des  troubles,  sa  résistance  aux  tentatives  de  corrup- 
tion des  huguenots,  Toulouse  conservé  en  mai  i562,  Bordeaux 
préservé  de  la  famine,  en  juillet,  par  la  victoire  de  Targ-on,  la 
Guienne  reconquise  et  tout  récemment  Agen  défendu  avec  succès 
contre  l'armée  des  princes".  Le  plaidoyer  était  habile,  digne, 
mesuré,  éloquent  même;  dans  les  dernières  hg-nes,  Monluc  dénon- 
çait avec  un  accent  quasi  {)léb('icn  la  cause  originelle  de  sa  mésin- 
telligence avec  Damville,  le  mépris  du  grand  seigneur  pour  le 
simple  capitaine  :  «  Je  porteray  honneur  à  Testât  qu'il  lient 
comme  mareschal  de  France,  mais  non  comme  sieur  de  Damp- 
villc.  Il  n'est  filz  que  d'uni;- gentilhomme  non  plus  que  moy,  sauf 


1.  Monluc  a  lui-iiiènu>  analysé  ses  instructions  à  Bajaniont  dans  sa  lettre  au 
roi  en  réponse  aux  accusations  de  Damville  (V,  269-270)  et  dans  son  livre 
(ill,  390-3()4).  Le  25  janvier  i^yo,  Bajaniont  passait  à  Civray,  où  se  trouvait  le 
duc  de  Montpensier.  Le  duc  de  Montpensier  à  Charles  IX,  camp  de  Civray, 
25  janvier  1670  (B.  N.,  Ir.  n.  acq.  6009,  fo  28,  copie  moderne). 

2.  La  leUre  de  Damville  est  datée  du  27  février  1570.  L'orisçinal  se  trouve  à 
la  liihliothèrpie  de  riustilut,  coll.  Godefroy,  portef.  207,  fo  35.  De  nombreuses 
copies  en  furent  faites.  Elle  a  été  imprimée  dans  les  Mémoires  de  Castelnau, 
II,  i3o,  et  reproduite  dans  V Histoire  de  Ijingiiedoc,  éd.  Privât,  XII,  935.  — 
Damville  écrivit  aussi  au  duc  d'Alençon  et  sollicita  son  gouverneur  Jean 
Hébrard  de  Saint-Sulpice  de  le  bien  disposer  en  sa  faveur  (Damville  à  Saint- 
Sulpice,  Toulouse,  i^r  mars  1070,  dans  Cabié,  Guerres  de  religion  dans  le 
Sud-Ouest,  190G,  pp.   i32-i33). 

3.  Monluc  au  roi  (V,  2O9-277).  La  copie  d'après  laquelle  cette  lettre  a  été 
publiée  ne  porte  pas  de  date.  Ce  document  fut  rédii^^é  à  Agen,  au  début 
d'avril  1570.  Il  dut  être  |)orté  à  la  cour  par  l'un  des  fils  de  Monluc.  Le  i5  avril, 
l'andtassadeur  tlorentin  Petrucci  écrivait  d'.\ngers  :  «  ConM.de  Riron  c  venuto 
un  fi<;;lio  di  Monluc;  slimasi  per  le  diff'erenze  sono  fra  suc  padre  e  il  marescia] 
Danville.  »  {Xéyuc.  de  la  Fr.  av.  la  Tosc,  III,  G22.)  Le  27  mai,  l'ambassadeur 
an'^lais  Norris  écrivait  que  la  querelle  entre  Damville  et  Monluc  s'est  encore 
plus  aii^rie  en  raison  de  la  réponse  du  second.  [State  papers,  lôGg-iSji, 
no  958.) 


LA    REVOCATION    DE    MONLUC.  29 

qu'il  soit  d'un  baron  de  l'isie  de  France,  et  moy  d'un^  povre 
genlilliunime  d'aussy  bonne  race  ([u'il  y  en  ayt...»  11  ne  disait 
pas,  d'ailleurs,  toute  sa  pensée;  mais  dans  un  billet  à  un  capi- 
taine toulousain,  qui  espionnait  pour  son  compte  le  gouverneur 
du  Lanyuedoc,  il  l'exprimait  sans  réticences  et  en  termes  de  sou- 
dard :  «  Quelque  chose  qu'il  die  ou  sache  faire  ny  l'autre  mares- 
clial,  son  frère,  qui  est  j)ar  delà,  je  ne  les  crains  de  rien;  car  je 
soustiendray  devant  le  roy  à  cestuy-ci  qu'il  est  traistre  à  Sa 
Majesté  ou  le  plus  couart  homme  qu'il  feut  jamais.  »  Et  il  invi- 
tait son  correspondant  à  assurer  de  sa  part  le  premier  président 
Daffis  que  le  Toulousain  n'eût  pas  souffert  des  ravai^es  de  l'ar- 
mée des  princes  si  Damville  n'avait  pas  été  d'intelli^i^ence  avec 
son  cousin  l'amiral.  Le  papier  tomba,  du  reste,  aux  mains  de  son 
ennemi,  qui  sans  doute  en  fit  usa^e'. 

Monluc  était  perspicace  en  soupçonnant  que  des  intérêts  de 
famille  n'avaient  pas  été  étrangers  à  l'inaction  de  Damville  en 
face  de  l'armée  huguenote.  Le  parti  des  politiques,  à  la  tête  du- 
quel était  François  de  Montmorency,  frère  aîné  de  Damville,  tra- 
vaillait dès  ce  moment  à  préparer  entre  le  roi  et  Coligny  le  rap- 
prochement qui  devait  aboutir  en  septembre  lôyi.  Il  avait 
obtenu,  en  février  1570^  que  deux  de  ses  adhérents  les  plus  dis- 
tingués, Armand  de  Gontaut-Biron,  grand-maître  de  l'artillerie, 
et  Henri  de  Mesmes,  seigneur  de  Roissy  et  de  Malassise,  mem- 
bre du  Conseil  des  finances,  fussent  députés  auprès  de  l'amiral 
pour  lui  proposer  de  négocier'.  Il  est  donc  permis  de  croire  que  la 
lettre  de  Monluc  fut  accueillie  froidement  à  la  cour  3,  Il  y  parlait 
de  guerre  et  l'on  commençait  à  être  tout  à  la  paix.  La  situation 
était  pourtant  encore  trop  incertaine  pour  que  l'on  pût  songer  à 
donner  satisfaction  à  Damville  et  à  sacrifier  son  rival.  Lorsqu'au 
début  de  juin,  les  conférences  ouvertes  à  Saint-Etienne  entre  les 

1.  Moulue  à...  (V,  277-278.) 

2.  Comte  H.  Delaborde,  Gaspard  de  C(ili(jiiij,  [[I,  18/}. 

3.  Au  niDUicnt  où  elh^  y  fut  re«;ue,  .'u-rivail  l'avocat  tj^coéral  Du  Sault,  député 
le  28  avril  au  roi  j)ar  le  Parlement  «  pour  luy  renionstrer  l'cslat  de  la  province  » 
(A.  CoMMUNAV,  Le  Parlement  de  Bordeaux,  1886,  p.  220,  n.  i).  Déjà,  la  cour 
avait  été  saisie  des  plaintes  de  Charles  de  Monferrand,  maire  de  Bordeaux, 
et  des  jurats  à  l'occasion  de  la  (juerclle  fie  Monluc  et  de  Damville  (voir  leurs 
Icllres  au  roi  et  à  la  reine,  des  28  et  2()  sc|)loml)rc  i^Gij,  dans  les  Arc/i.  hist. 
de  la  Gironde,  X,  338-34 1).  t^u  Sault  était  certainement  charité  des  doléances 
du  Parlement  sur  le  même  sujet.  Monluc  en  courut  contre  lui  une  haine  violente. 


3o  l'occasion    des    «    COM.MËN'TAIRËS    ». 

deux  députés  et  Colig-ny  eurent  échoué  et  que  l'amiral  guéri  se 
fut  mis  en  marche  sur  Paris,  Charles  IX,  très  inquiet,  voulut 
punir  Jeanne  d'Albret  de  la  mauvaise  volonté  qu'elle  opposait 
de  La  Rochelle  aux  tentatives  de  conciliation  ;  sur  son  ordre 
Monluc  envahit  le  Béarn '.  Mais  au  moment  où  il  était  blessé 
devant  Rahastens,  le  28  juillet,  les  nég-ocialions  entre  Coligny 
et  le  maréchal  de  Cossé  avaient  abouti,  le  i4,  à  un  armistice. 
Deux  semaines  plus  tard,  la  paix  était  sig'née  à  Saint-Germain". 
Les  politiques  triomphaient.  La  destitution  de  Monluc  fut  l'une 
des  conséquences  de  leur  victoire;  il  fut  sacrifié  à  la  rancune  de 
Damville  et  de  la  maison  de  Montmorency,  sa  vieille  ennemie,  et 
aussi  aux  tendances  nouvelles  qui  prévalaient  dans  le  Conseil 
du  roi  3.  La  paix  de  Saint-Germain  et  l'édit  du  8  août  qui  la 
suivit  accordaient  aux  Réformés,  avec  des  places  de  sûreté, 
la  liberté  de  conscience  et,  sous  certaines  conditions,  la  liberté 
du  culte.  Un  effort  était  fait  par  la  royauté,  le  plus  sérieux  de- 
puis la  paix  d'Amboise,  pour  faire  vivre  côte  à  côte  les  deux  reli- 
gions. La  révocation  de  l'homme  qui  avait  jadis  manifesté 
bruyamment  ses  préférences  pour  une  politique  d'intransig-eance 
et  d'extermination  en  était  comme  la  sanction  naturelle. 

Monluc  était  encore  malade  lorsque  le  roi  lui  fit  savoir  qu'il  lui 
ôtait  sa  charge.  Son  frère  Jean,  l'évêque  de  Valence,  et  sa 
femme,  Isabeau  de  Beauville,  lui  cachèient  la  nouvelle  jusqu'à  ce 
qu'il  fut  un  peu  rétabli  ^  Il  apprit  en  même  temps  que  le  Conseil 
avait  décidé  d'envoyer  en  Guienne  des  commissaires  pour  assis- 
ter le  nouveau  lieutenant  du  roi..  Honorât  de  Savoie,  marquis  de 

1.  La  commission  royale  est  datée  d'Argentan,  iG  juin  1670.  Elle  débute 
ainsi  :  «  Comme  voians  l'occasion  et  inteligence  que  la  reyne  de  Navarre  a 
avec  noz  ennemis  et  rebelles,  les  aidant  et  favorisant  de  tous  ses  moiens...  » 
(Arch.  Nat.,  K  1627,  no  42,  copie). 

2.  Delaborde,  op.  cit.,  III,  219-220. 

3.  II  est  à  remarquer  que  les  deux  négociateurs  de  la  paix  de  Saint-Germain 
avaient  eu,  l'un  et  l'autre,  des  démêles  assez  vifs  avec  Monluc  :  Henri  de  Mes- 
mes  à  Montalcinu  (voir  plus  loin,  chap.  vu),  Biron  pendant  les  premiers  troubles 
{ibid.,  chap.  ix). 

4.  L'ordre  de  suspendre  les  hostilités  fut  porté  à  Moulue  par  le  sieur  de 
Beaumont.  Jean  de  Monluc,  suppléant  son  frère  malade,  le  fit  exécuter  en 
Guienne  (Jean  de  Monluc  au  roi,  Cassaigne,  17  août  1070,  publié  par  T.  de 
Larroque,  Lelt.  inéd.  de  quelques  membres  de  la  famille  de  Monluc,  p.  20-22  ; 
la  cote  exacte  du  document,  omise  par  l'éditeur,  est  :  B.  N.,  V*-'  Colbert,  24, 
fos  241-242). 


Seconde  lettre  au  roi.  3i 

Villars,  et  veiller  à  rexéciition  de  l'édit,  du  8  août  '.  Par  com- 
mission en  date  du  3  octobre,  Charles  IX  députait,  en  effet,  Jean 
de  Tanibonneau,  président  en  la  Chambre  des  comptes,  pour 
vérifier  l'emploi  fait,  pendant  les  derniers  troubles,  des  deniers, 
vivres  et  meubles  «  par  cpielques  personnes  et  pour  ([uehpn;  cause 
et  occasion  que  ce  soict  ».  Deux  autres  personna^"es,  du  Gast, 
maître  des  requêtes  oïdinaii'es  de  l'hotcl,  et  Robert  de  Mon- 
doulcet,  conseiller  au  Parlement  de  Bretagne  et  au  (îrand-Conseil, 
étaient  chargés  de  la  même  mission  et  aussi  de  faire  le  procès  à 
tous  ceux  qui  contreviendraient  à  ledit,  «  ouyr  les  plainctes  et 
doléances  d'ung-  chacun,  pourveoir  aux  plaintifz  et  leur  faire 
prompte  et  briefve  justice  »".  Ces  mesures  étaieut  les  {)remiers 
effets  de  la  politique  nouvelle.  Elles  iiupiiétèrent  vivement  Mou- 
lue, qui  pouvait  redouter  pour  lui-même  les  résultats  d'une 
pareille  enquête.  Avant  même  que  les  commissaires  fussent  arri- 
vés en  Guienne,  le  lo  novembre  1670,  il  dicta  une  nouvelle  lettre 
justificative  au  roi,  beaucoup  plus  ample  que  la  première. 

Après  avoir  laissé  entendre  qu'il  avait  l'intention,  sitôt  la  paix 
conclue,  de  remettre  sa  démission  à  cause  de  sa  vieillesse  et  de 
sa  «  grande  blesseure  »,  et  s'être  plaint  que  la  décision  royale  eût 
devancé  sa  détermination,  il  protestait  contre  tout  reproche 
d'avoir  «  touché  aux  finances  »,  puis,  comme  il  l'avait  déjà 
fait  dans  sa  précédente  lettre,  rappelait  ses  services  durant 
les  troubles  :  Toulouse  et  Bordeaux  conservés  au  roi,  la  vic- 
toire de  Targ-on,  les  sièg-es  de  Monség-ur  et  de  Penne,  la  prise 
de  Lecloure,  la  journée  de  Vergt  et  l'envoi  des  compagnies  gas- 
connes de  Charry  qui  prirent  part  à  la  l)ataille  de  Dreux;  au  dé- 
but des  seconds  troubles,  l'occupation  de  Lectoure  enlevé  aux 
huguenots  par  une  démarche  hardie,  un  second  envoi  en  France 
d'un  fort  conting'ent,  l'expédition  de  Saintong^e  et  l'entreprise 
commencée  contre  La  Rochelle;  lors  des  troisièmes  troubles,  la 
surveillance  exercée  sur  l'armée  des  Provençaux  et  des  vicomtes, 
la  défaite;  de  Piles,  la  prise  de  Mont-doMarsan,  la  défense  d'Agen 
contre  rarméi3  des  princes  et  la  rupture  du  pont  de  bateaux  à 

1.  I^es  lettres  de  lieiiteaant  t^énéral  en  Guienne  pour  le  marquis  de  Villars 
sont  du  3  septend)re  1570  (Arch.  dép.  de  la  Gironde,  B  38,  i'^'^  207  v''-2io  vo). 

2.  (joniniissiou  à  Jean  de  TaiiilDuncau,  l^aris ,  3  octobre  ir)70  {Arch.  hist. 
tte  la  Gif.,  X.KIX,  8t).  —  Goniniission  à  du  Gast  et  à  Mondoulcet,  même 
date  (Arch.  dép.  de  la  Gironde,  B  38,  fos  216-218). 


32  l'occasion    des    ((    COMMENTAIRES    ». 

Porl-Sainte-Marie,  l'expédition  de  Béani  et  la  prise  de  Rabas- 
tens.  Donnant  alors  libre  cours  à  ses  souvenirs  et  remontant  dans 
son  plus  lointain  passé,  il  évoquait  ses  anciennes  prouesses, 
Pavie,  La  Bicoque,  Cérisoles,  l'escarmouche  de  Saint-Jean-de- 
Luz,  le  voyage  de  Naples  sous  M.  de  Lautrec,  la  conquête  de  la 
terre  d'Ove,  les  campagnes  de  Piémont  sous  Brissac,  la  camisade 
de  Boulogne,  le  siège  de  Thionville,  enfin  Sienne  et  Monlalcino. 
Charles  IX  répondit  à  ce  mémoire  justificatif  par  une  lettre  de 
pure  foime,  destinée  à  calmer  le  méconlentenient  du  vieux  capi- 
taine. Il  s'excusait  sur  les  circonstances  de  n'avoir  pas  accepté  à 
temps  la  démission  qu'il  avait  olFerle  au  lendemain  de  la  prise 
de  Mont-de-Marsan  (septembre  iSGg),  et  s'efforçait  de  pallier 
l'affront  fait  à  son  amour-propre;  il  lui  promettait  d'avoir 
«  toute  souvenance  »  de  ses  longs  services  et  d'en  récompenser 
ses  enfants  '.  Moulue  dut  se  contenter  de  ces  belles  paroles. 
Ses  amis  firent  imprimer,  «  à  son  dL'sceu  »,  prétend-il,  sa  let- 
tre et  la  réponse  du  roi  ".  Il  se  consola  de  sa  disgrâce  en  se 
les  faisant  relire,  puis  en  dictant  le  récit  complet  de  ses 
«  faicts  »,  qu'il  n'avait  encore  eu  le  temps  que  d'esquisser  som- 
mairement. 

Mais  les  mêmes  préoccupations  qui  lui  avaient  inspiré  sa  lettre 
le  hantèrent  tandis  qu'il  faisait  coucher  sur  le  papier  la  première 
rédaction  de  son  livre.  Le  président  Tambonneau  était  arrivé  à 
Bordeaux  à  la  fin  de  janvier  1671,  pour  constater  qu'il  ne  restait 


1.  Charles  IX  à  Monluc,  VilIers-CoUerets,  3  décembre  1070  (III,  HSc)).  Sur  la 
date  de  cette  lettre,  voir  plus  loin,  chap.  xi. 

2.  Dès  1570  et  non,  comme  le  dit  de  Ruble,  en  1571.  Wnci  le  titre  exact  de 
la  première  impression  «pie  l'on  trouve  à  la  Bibl.  Nat.  (L  1)33  ^22)  :  Reinous- 
trances  \  de  Monsieur  de  Monluc  \  à  la  Maiesté  du  Roij  sur  son  gon  \  uerne- 
ment  de  Guienne  \  où  est  contenu  une  grande  partie  de  ses  faicts  \  et  de  plu- 
sieurs autres  seigneurs  et  capitaines  de  ce  Royaume.  |  Enuoyées  [comme  il 
appert  par  la  \  lecture  d'icelles)  un  peu  après  les  derniers  troubles.  1670, 
in-80  de  II  ff.  n.  chifF.  Un  autre  exemj)laire  est  à  la  Bibl.  de  Montpellier,  dans 
un  recueil  factice  de  pièces  relatives  au  reçue  de  Charles  IX,  en  2  vol.  in-80, 
II,  no  II  [Histoire,  u"  33()3).  l.'n  autre  a  été  mentionné  par  M.  E.  Picot,  dans 
son  Catalogue  des  livres  composant  la  hibliothèiiue  de  feu  M.  le  baron  James 
de  Roischild,  iSqS,  t.  III,  no  21G9.  ^"^  '^7'»  fi't  laite  une  réimpression  avec 
le  titre  suivant  :  Lettre  \  envoyée  au  Roy  par  \  Monsieur  de  |  Montluc  en  \ 
forini-  df  cnmidaincle  \  conlcniint  plusieurs  actes  et  proues  \  ses  faites  par 
ledit  sieur  de  Mont  \  lue  su/'  le  fait  des  armes,  MDLXXI,  in-80,  8  fF.  n.  chiff. 
(B.  N.,  L  n27  ,/,007). 


l'enquête  sur  l'administration  de  monluc.  33 

pas  un  denier  à  loucher  en  (iuieiine'.  Nous  n'avons  pas  de 
détails  sur  son  euquète,  mais  Monluc  nous  laisse  entendre  qu'il 
n'eut  qu'à  s'en  hjuer'.  Elle  n'avait  sans  doute  pas  été  bien  sé- 
rieuse. Il  n'en  lu!  j>as  de  même  de  celle  de  du  Gast  et  de  Mon- 
doulcet.  Le  Parlement  de  Bordeaux  voulut  essayer  de  l'entraver; 
mais  le  roi,  (jui  avait  lait  bon  accueil  aux  réclamations  et  aux 
plaintes  présentées  par  les  Kélormés,  était  de  plus  en  [)lus  ferme- 
ment résolu  à  passer  outre;  à  ces  oppositions  3.  Des  lettres  j)a- 
tentes  du  7  mars  précisèrent  les  pouvoirs  des  deux  commissaires 
et  les  étendirent,  leur  attribuant  la  connaissance  «  en  souverai- 
neté et  dernier  ressort  »  de  toutes  les  matières  relatives  à  l'édit^. 
L'enquête  paraît  avoir  été  conduite  avec  un  grand  zèle;  du  fond 
de  sa  retraite,  Moulue  dut  la  suivre  assez  anxieusement ^  Quand 
elle  fut  terminée,  en  décembre  iHyi  seulement,  il  adressa  au  roi 
une  lettre  où  se  trahissaient  ses  iiupiiétudes;  il  se  plaignait  très 
vivement  des  «  procédures  »  de  Mondoulcet,  qui  avait  suscité  en 
(luienne  «  plus  de  deux  mil  procès  pour  le  moings  et  le  tout  con- 
tre les  catholiques  »  ^,  et  (pii  n'avait  pas   hésité   à  le  mettre  en 

1.  Le  président  Tambonneau  à  Charles  IX,  Bordeaux,  ?>o  janvier  iH^i 
{Arch.  Iiisf.  de  la  (iir.,  X,  563). 

2.  Monluc  au  roi,  Estillac,  25  décembre  1571  (V,  28;)).  Cï.  le  Prccinihitl  à 
Monseigneur  :  «  Or  le  président  Tambonneau  a  faict  rendre  compte  à  toute 
manière  de  gens  (jui  ont  levé  deniers  cl  aura  peu  veoir  s'il  en  est  jamais  venu 
uni>-  denier  en  ma  bource.  »  (I,  .5-0.) 

3.  Dki.vuouui:,  Colignij.  III,  aOti.  —  Le  9  janvier  1571,  du  Gast  et  Mon- 
doulcet viiu'ent  avec  le  marquis  de  \'illars  à  l'audience  du  Parlement  de  lior- 
deaux.  Ils  y  parlèrent  de  leur  conmiission,  mais  ne  consentirent  à  en  commu- 
nifjuer  le  texte  que  le  i5,  après  réquisition  de  l'avocat  g'énéral  Du  Sault  (Bibl. 
Muuiic.  de  Bordeaux,  ms.  Sôy,  fos  217  ro-218  r"). 

4.  Lettres  patentes  de  Charles  IX,  Faubourg-Saint-Honoré-lès-l^aris,  7  mars 
1571  (Arch.  dép.  de  la  Gironde,  B  38,  fos  224-225). 

5.  Charles  IX  écrivait,  le  3o  novembre,  au  manjuis  de  N'illars  :  a  Je  vous  ay 
mandé  laisser  le  s''  de  Mondoulcet  par  delà  pour  achever  d'y  establir  toutes 
choses,  attendant  ung  autre  commissaire  ([ue  j'ay  délibéré  y  envoler  dedans  peu 
de  jours.  »  (B.  N.,  fr.  322^,  f°  29,  orig.) 

(■).  Le  nialheurcu.x  Mondoulcet  fut  victime  de  son  zèle.  Il  fut  assassiné  |)rès 
de  Clairac  en  avril  1573.  Le  Parlement  de  Bordeaux  délégua  Charles  de  Malvyn 
et  Joseph  d'Kymar  pour  ouïr  deux  prisonniers  accusés  de  ce  meurtre  (Bibl. 
munie,  de  Bordeaux,  ms.  30<) ,  3,  fos  3o5  vo,  3i6  ro-vo).  —  L'abbé  Alis,  His- 
toire (le  1(1  ville  (l'Aiguillon,  i8()5,  p.  227,  cite  un  arrêt  rendu  le  11  mai  1571 
à  Agen,  par  Robert  de  .Mandossa  {sic),  assisté  de  la  cour  du  présidial  d".\gen, 
dans  une  instance  enli'c  les  anciens  consuls  d'Aiguillon  et  divers  parliculicrs, 
(jui  ilcmandiiiont   à   être  remboursés  tles  marchandises  (|u'on   les  a\ait  (.ibligés 


34  l'occasion    des    «    COMMENTAIRES    ». 

cause,  ainsi  que  les  capitaines  auxquels  il  avait  trop  libéralement 
réparti  des  commissions  et  distribué  les  biens  saisis  des  Réfor- 
més. L'enquête  des  commissaires  royaux  lui  avait  donc  été,  défa- 
vorable. Des  plaintes  avaient  été  déposées  contre  lui;  les  procès 
qu'il  eut  à  soutenir  furent  soumis  au  Parlement  de  Bordeaux.  Il 
en  fut  peu  satisfait.  Le  tem[)S  n'était  plus  où  les  magistrats  bor- 
delais l'acclamaient  comme  leur  sauveur,  l'admettaient  à  leurs 
audiences  l'épée  au  coté  et  écoulaient  avec  respect  ses  remon- 
trances les  moins  aimables.  Le  vent  avait  tourné;  de  nouveaux 
conseillers  siégeaient,  qui  ne  le  connaissaient  pas;  parmi  les 
anciens,  quelques-uns  «  pendoient  »  de  préférence  du  côté  des 
huguenots;  l'avocat  général  Charles  Du  Sault,  naguère  son  ami, 
peut-être  même  son  comjdice,  l'abandonnait,  passait  à  l'ennemi 
et  le  dénonçait  avec  viMuMucnce '.  Péniblement  il  obtint,  par  let- 
tres patentes  du  23  mai,  (|ue  ses  affaires  fussent  évoquées  au 
Parlement  de  Toulouse,  où  il  espérait  trouver  des  juges  moins 
oublieux  et  plus  complaisants".  Mais  là  encore  il  n'eut  pas  con- 
fiance; de  nouvelles  lettres  patentes  du  7  juin  le  renvoyèrent  de- 
vant une  jui'idictioii  exlraordiiuiire,  celle  du  duc  d'Anjou  \  Le 
futur  Henri  III  lui  accorda  une  absolution  générale,  dont  il  lui 
resta  reconnaissant  jusqu'à  la  mort.  Charles  IX  la  ratifia  par  des 
lettres  d'abolition,  données  à  Blois  le  8  avril  1072^;  il  y  joignit 
même  une  pension-. 


fie  vendre  pour  parfaire  une  raneon  de  8,000  livres  payée  en  décembre  1070 
par  la  ville  pour  se  préserver  du  pillat>e  de  Tarniée  des  princes.  —  Eu  i582- 
i583,  la  Chambre  de  justice  de  Guiennc  eut  à  connaître  d'un  appel  contre  un 
arrêt  donné  par  feu  M''  Robert  de  Mondoulcet  (E.  IJrives-Cazes,  Lu  Chambre 
(le  justice  de  Guyenne  en  i5HH-i')H/i,  dans  les  Actes  de  l'Acid.  de  /iordeau.r, 
1872-1878,  p.  352). 

1.  III,   248-200. 

2.  Lettres  patentes  de  Charles  IX,  Gaillon,  ■>[]  mai  (Arch.  du  Parlement  de 
Toulouse,  édits,  reç.  no  9,  f'>  284). 

3.  Lettres  patentes  de  Charles  IX,  Lyon,  7  juin  {i/)id.,  fos  284-28.")).  Ce  do- 
cument a  été  vai^uement  indiqué  par  S.vmazel'u.h,  Ilisloire  de  l'A  (jenais,  II,  1 70. 

4.  Lettres  d'abolition  en  faveur  de  Moulue,  Hlois,  8  avril  1572  (V,  35o). 
L'uni(|ue  héritier  de  Monluc,  Jean-Biaise  de  Moulue,  les  fit  confirmer  par 
Henri  III,  le  3  mai  ir)83,  et,  p.ir  s.ipplique  du  <)  août  de  la  même  année,  en 
demanda  l'eurciçistrement  au  Parlement  de  Bordeaux  (B.  N.,  Dupuy,  .^)oo, 
fy^  i3()  ro-i4i  rù,  143  ro). 

.").  Monluc  y  fait  allusion  dans  une  lettre  au  roi,  du  4  "'Ji'  '•'»7'^i  pour  se 
plaindre  qu'elle  ne  lui  a  pas  encore  été  payée  (V,  298). 


blCTÉE    bu    LIVRE.    l'RKOCflUl'ATIONS    DE    L*AUTEUR.  35 

L'histoire  de  la  disgrâce  de  Monluc  explique  comment  il  fui 
amené  à  composer  les  Comnu'iitdu-ca  et  dans  quel  état  d'ànie  il 
les  dicta.  La  première  id('e  du  livre  lui  était  venue,  au  lendemain 
de  sa  destitution,  du  besoin  de  se  justitiei'.  Exposer  sa  vie,  rap- 
peler les  services  qu'il  avait  rendus  à  quatre  rois,  conter  ses 
prouesses,  lui  parut  être  le  meilleur  moyen  de  répondre  à  ses 
accusateurs  :  tel  ce  vieux  Romain  —  la  comparaison  n'aurait  pas 
été  pour  lui  (lé{)laire  —  (pii,  traduit  devant  le  préteui-,  étalait 
pour  sa  délense  les  inuond)ral)les  blessures  dont  son  corps  était 
couvert.  L'idée  se  fait  joui'  poui-  la  |)remière  fois  dans  sa  ré[)onse 
à  la  lettre  de  Damville;  elle  se  précise  dans  le  mémoire  au  roi. 
(^gtte  énumération  toute  sèche,  où  les  faits  sont  jetés  un  peu 
pêle-mêle,  sans  souci  de  la  chronologie,  était  comme  la  table  des 
matières,  dressée  à  l'avance,  des  Commentaires  futurs.  Les  amis 
de  Monluc  ne  s'y  trompèrent  pas;  et  lorsqu'ils  publièrent  sa 
lettre,  ils  en  tirent  lessortir  l'inlthèt  historique  dans  le  titre  qu'ils 
lui  donnèrent  :  IleinoiislraiiceK  de  M.  de  Monluc...  ouest  contenu 
une  (/ ronde  partie  de  ses  foicts  et  de  plusieurs  autres  seigneurs 
et  capitaines  de  ce  lioyaunie.  La  curiosité  du  public  était  piquée; 
Monluc  dut  être  invité  à  la  satisfaire  plus  amplement. 

Mais,  tandis  qu'il  dictait  le  «  discours  de  sa  vie  »,  il  lui  fut  im- 
possible d'oublier  ses  préoccupations  cpiotidiennes;  elles  apparais- 
sent eu  trois  endroits  de  la  façon  la  plus  claire.  Après  avoir  rappelé 
la  mort  de  Henri  II,  il  fait  cette  réflexion  amère  :  «  Despuis  je  n'ay 
eu  que  traverses,  qu'il  a  seml)lé  que  je  feiisse  cause  d'icelle,  et 
t[ue  Dieu  m'en  voulcist  punir.  »  Il  j)art  de  là  pour  énumérer  ses 
d('l)oires  depuis  le  commencement  des  troubles  civils.  Les  calho- 
licjues  lui  ont  reproché  d'être  huguenot,  les  hug-uenots  d'avoir 
nud  administré  sa  province,  d'avoir  voulu  la  livrer  au  roi  d'Es- 
pagne, de  s'être  «Mirichi  par  ses  concussions;  il  se  justifie  de  ces 
accusalions  et,  au  milieu  de  son  plaidoyer,  il  insère  cette  phrase, 
écho  de  ses  in(juiétud('s  inuni'diates  :  «  El  espère  qu'au  retour 
des  commissaires  qui  sont  par  deçà  se  verra  la  vérité'.  »  De 
même  la  mesure  imprévue  qui,  en  novembre  ^'^^(^'],  le  dépouilla 
d'une  partie  de  son  gouvernement,  lui  inspiie  une  longue  et 
curieuse  digi'ession,  où  il  j)asse  en  revue  les  «  charités  »  prêtées 
de  son  tem|)s  à  d'autres  capitaines;  et,  comme  s'il   voulait  ajou- 

..  ii,;527-;«/i. 


36  l'occasion  des  «   commentaires   ». 

1er  un  chapitre  au  De  casibiis  viroi-nin  iUiisti-iiun  de  Boccace', 
il  évoque  les  figures  de  ces  victimes  plus  ou  moins  fameuses  de 
la  fortune,  qu'il  a  connues  :  Lautrec  et  Samblançaj,  le  connéta- 
ble de  Bourbon  et  Philibert  de  Chàlon,  prince  d'Orange,  André 
Doria  et  Leone  Strozzi,  le  maréchal  du  Biez,  sans  oublier  la  tra- 
verse qui  fut  donnée  à  Poissy  au  cardinal  de  Lorraine  et  r«  es- 
corne  »  que  reçut  M.  de  Taix.  Il  va  même  chercher  des  exemples 
dans  riiistoire  romaine,  dans  Tite-Live  qp.il  a  lu  jadis;  et  il  re- 
trou\e  dans  sa  mémoire  deux  épisodes  qu'il  raconte  à  sa  manière  : 
celui  de  Camille  qui  se  vengea  de  l'ingratitude  de  ses  concitoyens 
en  les  délivrant  des  Gaulois,  et  celui  de  Livius  Marcius,  le  «  nou- 
veau cappitaine  »  que  l'armée  romaine  d'Espagne  élut  pour  chef 
après  la  mort  des  deux  Scipions  et  qui  fut  blâmé  par  le  Sénat 
pour  avoir  vaincu  Hasdrubal  sans  avoir  reçu  des  pouvoirs 
légaux'.  La  digression  se  termine,  de  la  façon  la  plus  imprévue, 
par  un  vœu  en  faveur  d'une  réforme  de  la  justice  en  France, 
«  pour  que  les  procès  ne  puissent  durer  plus  de  deux  ans  ».  En 
le  formulant,  Monluc  songeait  certainement  à  ses  compagnons  et 
à  lui-même.,  tombés  entre  les  griffes  des  gens  de  justice  à  la  suite 
de  l'enquête  du  commissaire  Mondoulcet  -''.  Il  revient  sur  ce  sujet 
brûlant  au  cours  des  rétlexions  (pie  lui  inspire  l'édit  de  pacifica- 
tion du  -ïi  mars  i.jGS;  il  se  plaint  avec  amertume  que  Charles  IX 
ait  une  troisième  fois  commis  la  même  faute  :  «  Et  de  présent, 
dit-il  au  roi,  vous  a  on  encores  fait  signer  une  ordonnance  d'en- 
voyer des  commissaires  par  toute  la  France  pour  faire  rendre 
aux  Huguenotz  ce  que  nous  leur  avons  prins,  et  non  pas  à  nous 
ce  qu'ilz  nous  ont  volé...  »  Et  il  dénonce  l'iniquité  de  cette  jus- 
tice; et  il  énumère  les  capitaines  catholiques  que  les  derniers 


1.  .Monluc  se  fit-il  lire  ce  livre,  qui  convenait  si  bien  à  son  état?  On  sait  que 
le  De  cdsihiis  de  Boccace,  traduit  par  Laurent  de  Preniierfait,  eut  un  très 
grand  succès  en  France  au  quinziciuc  cl  ;iu  seizième  siècle.  M.  Henri  Hau- 
vetle  cite  de  nombreux  exemplaires  manuscrits  de  cet  ouvrai^e,  que  beaucoup 
de  «grands  pcrsonnaiics  voulurent  posséder  (H.  Hauvetti:,  Dr  Latirentio  de 
l*rirn<)fato,  i(jo!-5,  pp.  .")0-.")8).  Il  n'est  pas  impossible  rpic  Moulue  en  ait  eu  con- 
naissance. 

2.  Son  récit  est  très  fantaisiste.  Il  a  cert:nnement  reconstitué  de  mémoire  et 
d'après  une  lointaine  lecture  la  narration  de  Tite-Live.  Il  ima<çinc  que  Livius 
Marcius  fut  amené  à  Rome  et  mis  en  jun<-m('nl  ;  il  ri-dil  même  qu'on  le  fit 
mourir. 

:L   III,  12.1-1/18. 


DATE  DE  LA  PREMIERE  REDACTION.  87 

troubles  ont  ruinés  et  qui  ne  savent  encore  aujourd'hui  «  où  met- 
tre leurs  testes  soul)z  couverture  »  '. 

Ces  allusions  permettent  d'affirmer  (juc  le  livre  fut  rédij^é,  au 
moins  sous  sa  première  forme,  tandis  que  renr[uète  des  com- 
missaires royaux  se  poursuivait  en  Guienne,  c'est-à-dire  pendant 
l'année  iGyr.  De  Ruble  pense  que  la  rédaction  est  antérieure  au 
24  août  1572.  Il  s'appuie  sur  ce  fait  qu'on  y  trouve  mentionnés 
«  comme  vivants,  à  l'heure  où  JMonluc  écrivait,  Ta  vannes,  mort 
en  1573,  et  plusieurs  personna^-es  :  Coliyny,  Larochefoucauld, 
Gaumont  la  Force,  de  Piles,  etc.,  victimes  du  massacre  de  la 
Saint-Barthélémy^  ».  La  première  rédaction  (Hait,  en  fait,  achevée 
avant  cette  date.  Jeanne  d'Alhret  vivait  encore  lorsque  Moulue 
racontait  qu'il  la  laissa  g'a^ner  La  Rochelle  sans  eiic()nd)re  ^.  (^e 
passade  fui  donc  dicté  avant  le  ()  juin  1572.  l'n  document  ori- 
ginal nous  apprend,  d'autre  part,  que  l'édc'ric  de  Foi.\-(^audale, 
cité  comme  vivant  dans  le  récit  de  la  bataille  de  V(;nJt,  mourut 
avant  le  20  août  1571  ^  Il  faudrait  donc  avancer  la  rédaction  de 
ce  passag-e  à  une  époque  antérieure.  Mais  il  est  possible  de  déter- 
miner d'une  façon  plus  précise  le  temps  que  l'autcMir  mit  à  dicter 
son  récit.  La  première  rédaction  des  (Jommr/i/aircs  fut  com- 
mencée postérieurement  à  la  lettre  au  roi,  qui  porte  la  date  du 
10  novembre  1070;  elle  était  achevée  avant  le  mois  de  juin  1571, 
époque  où  les  procès  intentés  à  Moulue  furent  évo(jués  devant  le 
duc  d'Anjou. 

En  effet,  lorsqu'il  eut  fini  de  dicter  le  «  discours  de  sa  vie  », 
Moulue,  sans  prendre  haleine,  composa  un  Preambiil  à  Alonsei- 
ffnear-.  G'était   une  dédicace  au  duc  d'Anjou;  il  lui  offrait  «  ce 


1.  Ul,    2  13-210. 

2.  fntradartion,  p.  xvii-xvm. 

3.  «  Toutes  ces  choses  considt'n'es  el  lii  parentelie  (|irell<'  <i  avec  le  rov » 

(III,  .73.) 

4.  «  Monsieur  de  Montpensier,  messieurs  de  Cnnd(dle,  (ihavit'-ny  et  île  la 
Vau^'uyon  sont  encores  en  vye.  »  (III,  53.)  —  Le  Parlement  désiii^na,  le 
3  août,  les  députés  chargés  d'assister  aux  obsèques  à  Cadillac  (Bihl.  munie, 
de  Bordeaux,  nis.  867,  fo  225  r").  Klies  eurent  lieu  le  20  (De  Lirbe,  Chro- 
nif/iic  hoi/nle/oise,  i5()/|,  p.  33).  Les  conseillei's  ilélénués  en  rendirent  compte 
le  23. 

5.  Trois  allusions  permettent  de  dater  exactement  le  Pi-ranihid .  ("olii^-ny  y 
est  cité  connue  A'ivant  :  «  (Jue  l'on  demande  à  monsieur  l'amirail  (pi'il  monstre 
ce  (pie  son  prédécesseur,  (jui  ii;'ouvernoict  tout,  a  ac(piis...  »  (I,  12.)  L'auteur 


38  l'occasion  des  «  commentaires  ». 

[)i'tit  escripl  »  en  le  priant  de  le  lire.  Il  précisait  de  la  façon  la  plus 
explicite  rintention  qnil  avait  eue  en  le  composant  :  «  Et  pour  ce 
que  vous  me  pourrés  demander  qui  m'a  esmeu  d'escripre  ma  vie, 
ou  soit  que  je  m'aye  voullu  vanter  dens  mon  livre,  ou  bien 
qu'après  l'avoir  veu,  me  fere  fere  au  Roj  quelque  récompense 
des  services  que  j'ay  faiclz,  je  proteste  devant  Dieu  et  l'en  appelle 
en  tesmoin  si  c'est  uy  l'ung-  ny  l'aultre  :  mais  c'est  pour  la  def- 
fense  de  mon  honneur  et  réputtalion,  lecjuel  lionneur  et  réputta- 
tion  j'ay  acquize  dens  la  France  et  aux  païs  estrangiers...  Et 
pour  ce  qu'il  a  coureu  ung'  bruict  à  la  court,  lequel  je  m'asseure 
qu'il  s'est  estandu  jusques  à  Rome  et  en  Espaigne  et  par  tout  où 
Sa  Majesté  a  ambassadeurs  ',  ne  m'ayant  mis  sus  aultre  choze 
sinon  (pie  j'ay  eu  intelligence  avec  les  ennemis  de  mon  Roy,  pilhé 
ses  finnances,  mis  impozitions  sur  son  peuple  pour  m'enricliir; 
aultres  que  je  n'avois  point  voullu  combatre,  et  tout  ce  qui  oste 
entièrement  la  bonne  famé  et  renommée  d'ung  homme  de  l)ien, 
et  puisque  ce  bruict  a  coureu  par  tout,  je  n'ay  pu  fere  de  moingz 
que  de  rendre  compte  de  ma  vie  et  de  toutes  chozes  qui  sont 
passées  par  mes  mains,  et  par  le  meou  et  à  la  véritté,  affin  d'ous- 
ter  la  mauvaize  oppinion  que  dens  le  royaulme  et  hors  icelluy 
l'on  pouri'oict  avoir  prins  de  moy  "  ».  C'est  donc  le  souci  de 
répondre  de  nouveau  à  la  lettre  de  Damville  (jui  a  inspiré  à  Mou- 
lue ce  Prpambul.  véritable  mémoire  d'avocat,  confus  et  prolixe, 
très  inférieur  pour  la  netteté  et  la  véhémence  à  la  première  lettre 
au  roi,  mais  plus  ample  et  plus  détaillé.  On  y  trouve  péle-mèle 
des  flatteries  à  l'adresse  de  Charles   IX,  auquel   il   n'osait  plus 


parle  des  commissaires  chargés  de  i'eiKjuèle  sur  sa  gestion  Hnancière  et  de 
SCS  procès  pendants  devant  le  Parlement  de  Bordeaux  :  «  Et  quant  aux  tinnan- 
ces,  les  recepveurs  et  trésoriers  sont  en  vie,  les  commissaires  pour  enquérir 
(jui  y  aura  louché.  »  (I,  5.)  «  Et  si  le  parlement  de  Bordeaux  et  senneschaucés 
deppendentes  d'icelluy  fussent  esté  aussy  curieux  à  les  prendre  pour  le  prot'tit 
du  Roy  et  pour  s'en  ayder  en  ses  guerres  comme  ilz  sont  curieux  ast'iieurc  à 
ruyner  et  destruire  ceux  à  qui  j'en  ay  donné,  le  Koy  se  fut  aydé  d'ung  million 
de  franx.  »  (I,  7.) 

1.  Monluc  était  l)icii  infoniié.  ITnc  cojjie  de  la  lettre  de  Damville  se  trouve 
dans  les  Stdle  papprs. 

2.  I,  2-3.  —  Le  Preanibid  à  Monseigneur  n'est  pas  dans  l'édition  originale 
des  Commentaires.  De  Ruhle  l'a  publié  en  tèle  de  son  édition,  d'après  la  copie 
(jn'il  a  trouvée  dans  le  ms.  .Joii  du  fonds  français  î\  la  Bil)liolhè(]ue  Nationale 
(fis  417  r»-424  vo),  dont  il  sera  parlé  plus  loin. 


LE    ((    PREAMBUF.    A    MONSEIGNEUR    ».  3q 

s'adresser  directonienl,  des  coiisidéralions  morales  sur  l'honneur 
et  la   çloire,   un   réquisiloire  contre   ceux  qui    se    plaignent   de 
n'avoir  pas  reçu  de  suffisantes  récompenses  pour  leurs  services, 
l'affirmai  ion  rt'pétée  que  l'auteur,   (juoi  (ju'on   en  dise,  est  au- 
jourd'hui <(  le  plus  conten!   homme  de   France,   de  Dieu  et  du 
Roy  »,  et,  parmi  ces  (h'veloppements  oratoires,  des  détails  précis 
sur  sa  fortune,  sui'  les  sommes  d'ai'^ent  qu'il  a  l'eçues  des  rois 
ses  maîtres,  sur  l'emjjloi  ([u'il  en  a  fait  j)Our  établir  ses  enfants, 
g'ratifier  sa  femme  des  bons  soins  (pi'elle  lui  a  donnés  «  en  ses 
g^randes  malladies  et  principalement  en  sa  l)lesseure  »,  enfin  une 
énumération  de  dons  de  «  unze  chevaulx  d'Espaig-ne  et  deux  cor- 
ciers  »  qu'il  a  faits  à  divers  capitaines  de|)uis  le  commencement 
des  derniers  troubles  et  qui  h;  justifient  suffisammenl  du  repi-oche 
d'avarice.  Le  mémoire  se  termine  ainsi  :  «  Et  \()illà,  monseigneur, 
les  tnjis  cens  mil  escuz  ([iie  j'ay  ^•uai^■nés.  Oi',  monseigneur,  puis- 
que vous  estes  le  chef  des  armées  a[)rès  le  Roy,  doncques  deb^és- 
vous  estre  protecteur  de   l'honneur  des  gens  de  bien,   qui  ont 
fidellement  et  loyaulment  servy  le  Roy  envers  tous  et  contre  tous. 
h]t  vous  supplie  très  humblemeni   doncques,  soies  protecteur  de 
la  mienne,  qu'on  ne  me  peult  nier  (pie  je  ne  sois  tel;  mes  bles- 
seures  en  portent  bon  (esmoeignage  ;  et  que  si  l'on  a  voullu  fere 
entendre   au   Uoy,   à   la   Reyne  et    à    vous   choze   indigne   d'ung 
homme  de  bien,   fere  en   sorte  que  leurs  Majest('s   n'en  croient 
rien,  à  tout  h;  moin^z  (ju'ilz  ne  m'ayent  ouy,  et  (jue  ce  rpie  l'on 
m'auroict  ou  voudroict    charger  ne  soit   bien   clariffit'.   Et  vous 
siq)plie   très  humblement    m'en   donner   toujours   advis,   comme 
nostre  vray  protecteur,  affin  que,  poiii-  ne  l'entendre,  je  ne  puisse 
cslre  sni|)iins  de  ce  (pi'on  me  [)ourroict  accuzer  '.  »  Le  duc  d'An- 
jou fit  bon   accueil  à  la   re(piète  :  fut-il  convaincu   par  la  lectui'e 
du  P/'ca/nbiil  de  l'innocence  de  Moulue?  ou  le  fut-il  [)lutôt  par 
celle   de  quelques-uns   des   beaux    récits  (jui    l'accompagnaient? 
CJiarles  IX,  à  son  tour,  se  les  fit-il  lire  et  fut-il  conquis  par  la 
verve  gasconne  de  l'auteur?  11  est  permis  de  le  penser.  Désormais 
incapable   de   gagner  grades   et    dignités  à   cheval  et   l'épée  au 
poing,  comme   il    l'avait   si   souvent   fait,  Moulue  sut    du  moins, 
par  le  simple  récit  de  sa  vie,  recoufpuMii'  la  fa\('ur  rovale  et  fer- 
mer la  bouche  à  s(.'S  ennemis. 

I.     I,    22-23. 


.'|0  L  OCCASION    DES    «    COMMENTAIRES    ». 

La  première  réilactioii  des  Cornmentdit'es  fut  donc  achevée 
dans  l'espace  de  sept  mois.  Au  cours  de  sa  carrière,  Monliic 
avait  fait  maintes  fois  des  «  corvées  »  et  des  «  diligences  »,  qui 
lui  avaient  valu  de  surprendre  l'ennemi  et  de  le  battre  avant 
qu'il  fût  averti  de  sa  présence.  Il  en  Ht  une,  non  moins  remar- 
quable, en  dictant  tout  d'une  haleine  le  discours  de  sa  vie.  Tan- 
dis qu'assis  dans  sa  chaire,  au  coin  de  son  feu,  le  bonhomme 
évoquait  son  passé  dans  les  tristes  journées  d'hiver  de  1870-1 671, 
il  s'imaginait  tMre  encore  en  selle,  sur  les  routes  de  Piémont,  de 
Toscane,  de  France  et  de  (Jascoçne.  Le  récit  coulait,  abondant 
et  tumultueux,  minutieux  et  pourtant  rapide,  et  le  narrateur 
infatigable  surmenait  ses  secrétaires  émerveillés,  comme  jadis  il 
lassait  hommes  d'armes  et  cens  de  pied  en  les  entraînant  à  sa 
suite.  Il  n'avait  d'ailleurs  pas  çrand'peine  à  ramasser  et  à  rédig^er 
ses  souvenirs.  Si  l'âge  et  les  infirmités  avaient  affaibli  ses  forces, 
son  esprit  était  encore  alerte  et  sa  langue  agile.  Son  successeur  à 
la  lieutenance  de  Guienne,  le  marquis  de  Villars,  le  constatait 
dans  une  lettre  du  10  octobre  lôya  au  duc  d'Anjou  :  «  Je  voy 
aussi  souvent  M.  de  Montluc,  qui  dict  à  la  coustume  et  me  semble 
qu'il  se  porte  fort  bien  selon  l'aag-e  qu'il  a  »  '.  Sa  mémoire  était 
excellente  et  l'on  eût  pu  dire  de  lui  ce  ([ue  Brantôme  devait  écrire 
de  M.  de  Biron,  qu'il  connaissait  «  mieux  des  pays  et  contrées 
rjue  j)lusieurs  autres  genlilzhommes  mesmes  de  la  contrée,  jusqu'à 
nommer  des  petis  ruysseaux  qu'ilz  ne  sçavoient  ny  ne  cognois- 
soient  pas  »^.  Enfin,  depuis  long-temps  il  portait  en  lui  la  riche 
matière  que  les  circonstances  l'obligeaient  maintenant  à  mettre 
en  œuvre. 

La  passion  des  récits  de  guerre  était  très  commune  au  seizième 
siècle,  A  cette  époque  si  féconde  en  événements  extraordinaires, 
le  plus  grand  plaisir  des  hommes  d'action  était,  api'ès  avoir  ag-i, 
de  raconter  leurs  exploits,  et  pour  les  écouter  ils  trouvaient  tou- 
jours des  auditeurs  avides.  Ce  g^oùt  particulier  à  noire  race  avait 
engendré  la  littérature  chevaleresque  du  moj^eii  àg-e;  il  produisit 
alors  la  litléi'ature  des  Mrnioir-rs.   Mais  ceux  qui,  comme  Mon- 


1.  LouTciiiTZKi,  Dur.  inéil.  sur  l'Iiisl.  du  LdiKjuciloc  et  i/r  L(i  lioclielle 
après  la  Sdint-Iiiirthélpinif,  i5j2-i')jj  (Ihill.  du  Prntesf.  fran<,-.,  juin-sep- 
leniljre  187^). 

2.  lii\ANTÔME,  ('■(].  Lalaiinc,  V,  iD'i-iôO. 


LES    CONTEURS    MILITAIRES    AU    XVl"    SIÈCLE.  4l 

lue,  eurent  roccasioii  ou  prirent  la  peine  d'écrire  ce  qu'ils  avaient 
fait  ou  ce  qu'ils  avaient  vu  étaient  l'exception.  Que  d'histoires, 
contées  avec  verve,  (écoutées  avec  une  curiosili;  passioniK'e,  ne 
furent  pas  recueillies!  Il  se,  trouva  pourtant  un  liounue  (pii,  j»eu- 
dant  toute  sa  vie,  toujours  aux  écoules,  collectionna  avec  soin 
tout  ce  qu'il  pouvait  apprendre  et  le  fixa  pour  la  postérité  : 
c'est  Brantôme.  H  suffit  d(;  feuilleter  son  œuvre  pour  se  faire 
une  idée  de  la  faveur  dont  jouissaient  au  seizième  siècle  les  con- 
teui'S  militaires.  La  cour  de  France  ne  pouvait  se  lasser  de  les 
entendre.  Sous  Henri  11,  on  y  attendait  avec  impatience  les  cour- 
licrs  (pii  a{)portaienl  d'Italie  les  dernières  nouvelles;  on  écoutait 
avidement  leurs  rapports  et  l'on  épilo^iiait  sans  fin  sur  les  choses 
mer\eilleuses  qu'ils  débitaient.  Les  faits  de  i^uerre  devenaient 
ainsi  une  des  principales  matières  de  la  conveisation.  tlatherine 
de  Médicis  se  plaisait  à  entendre  M.  de  la  Chapelle  des  Ursins 
l'entretenir  «  en  sa  table  »  de  la  camisade  de  Camollia,  l'un 
des  plus  fameux  épisodes  du  siè^e  de  Sienne.  Le  récit  ter- 
miné, on  discutait  sui'  l'idée  singulière  (pi'avait  eue  le  marquis 
de  Mar'ii^nan  de  se  munir,  j)Our  son  attaque  noclurne,  de 
«  torches,  flambeaux,  lanternes  et  fallotz,  de  mesriie  que  les  Juifz 
quand  ils  allarenf  prendre  Nostre  Seigneur  Jésus-Christ  ».  La 
reine  donnait  son  opinion  '.  Après  la  bataille  de  Dreux,  dont 
l'issue  incertaine  avait  causé  tant  d'angoisses  à  Catherine,  le  duc 
dc!  Guise  vainqueur  vint  la  trouver  à  Blois,  lui  demanda  au- 
dience. «  Après  lui  avoir  faict  une  yiande  révérence,  comme  il 
sçavoit  très  bien  son  devoir,  il  luy  alla  discourir  tout  le  succez  de 
son  voyage  despuis  son  partement  de  Paris,  et,  venant  sur  la 
battaille  de  Dreux,  il  la  discourut  et  la  représenta  si  bien  et  si  au 
vif  (pie  vous  eussiez  dict  que  Ion  y  estoit  encore.  Sa  harangue 
dura  assez  longtemps,  qu'un  chacun  oyoit  fort  attentivement, 
sans  le  moindre  bruict  du  monde,  et  aussi  (pi'il  disoil  si  bien 
(pi'il  n'y  eust  nul  qu'il  n'eu  fust  ia\i  '.  »  Brantôme,  on  le  sent,  est 
pr(''sent,  bouche  Ix'e,  écoutant  avec  délices. 

L'enragé  (juestionneur  ([ui  se  faisait  conter,  à  (<apoue,  le  sac 
de  Bome  par  un  trompette  du  connétable  de  Bourbon  et  qui,  à 
Novare,  s'attardait  auprès  d'un  maître  de  poste  de  cjuatre-viui^t- 


I  .     iillANTÙ.ME,    I,    ■>-{)']■ 
■2.    1(1.,    IV,    2/(8-250. 


l\2  l'occasion    des    «    COMMENTAIRES    )) . 

dix  ans,  «  qu'il  faisoil  hoii  ouyr  parler  et  de  M.  de  Chaumont  et 
de  tous  ses  capitaines,  braves  François  cpi'il  avoit  tout  cogneuz  »  ', 
pratiqua  soigneusement  les  «  gentilz  discoureurs  »  les  plus  célè- 
bres de  son  temps.  Il  cite  «  le  petit  capitaine  Valfrenière  »,  qui 
avait  si  bien  vu  et  retenu  «  qu'il  faisoit  beau  l'ouïr  discourir  »  "; 
le  vieux  Sansac,  le  héros  de  La  Mirandole,  qui,  lorsqu'il  se  met- 
tait «  en  ses  l'esveries  et  discours  de  guerre  »,  évoquait  Tristan 
el  Lancelot  et  les  chevaliers  errants  de  la  Table-Ronde,  les  com- 
parant à  Jarnac  et  à  La  Châtaigneraie-'';  le  baron  de  la  Garde, 
qui  lui  contait,  après  d'autres  vieux  capitaines,  «  tout  le  mystère  » 
de  la  campagne  de  Provence  et  du  siège  de  Nice  en  i543,  et 
«  la  peyne  qu'il  y  eut  »,  et  aussi  ses  voyages  chez  le  Grand  Sei- 
gneur, duquel  il  avait  obtenu  «  par  «rand  speciauté  »  de  voir 
le  «  pennache  de  plumes  de  phœnix  »  ^. 

Moulue  brillait  au  premier  rang  parmi  ces  couleurs.  11  laisse 
entendre  lui-même  que  François  P'"  aimait  à  lui  demander  «  le 
discours  de  la  bataille  de  Sérizolles  »  ;  il  se  plaint  que,  dans  les 
dernières  semaines  de  sa  vie,  le  roi-chevalier  ne  prît  plus  plaisir 
à  l'écouter.  Devenu  vieux,  il  trouva  dans  Brantôme  un  audi- 
teur de  choix,  d'une  inaltérable  patience,  d'une  insatiable  curio- 
sité. Ces!  au  siège  de  La  Rochelle,  en  ir)73,que  Brant(')me,  qui 
connaissait  d'ailleurs  déjà  Monluc  ^,  le  pratiqua  plus  particuliè- 
rement. «  Lou  nas  de  Rabastain  »,  réduit  depuis  trois  ans  à 
l'inaction,  avait  été  «  appelle  au  festin  comme  les  autres  ».  Quoi 
qu'il  en  dise,  il  en  avait  été  flatté  ;  il  apportait  au  duc  d'Anjou 
l'appui  de  son  expérience  et  les  conseils  d'un  des  plus  vieux 
capitaines  de  l'Europe.  Il  ne  se  m«Miagea  pas,  se  répandit  en 
remontrances,  où  il  rappelait  des  souvenirs  des  sièges  de  Pavie, 
de  Boulogne,  de  Thionville,  de  l'expédition  de  Naples  sous  Lau- 
trec,  dont  il  tirait    des  leçons  ".  Il   l'elrouva   là   un    de   ses   com- 

1.  liu.VNTÙME,    I,    !i2("). 

2.  Id.,  III,  5. 

3.  Ici.,  VI,  277. 
/,.  Id.,  IV,  i/|2. 

5.  Il  l'avait  certaincinciil  vu  «'ii  inCtr),  à  Bayounc,  lors  do  l'entrevue  deCatlic- 
rine  et  de  sa  fille  Elisabeth. 

6.  Voir  le  mémoire  au  duc  d'Anjou  publié  par  T.  ni.  L.ahhoouk,  Otiph/nes 
pagps  inédites  de  lilaisp  de  Mon/iic,  i8G3.  On  y  pcul  lire  en  |)articuliep  l'Iiis- 
loire  du  capitaine  La<>uo  à  Tliiiim  ille,  (|uc  l'on  reli'ou\(>  dans  les  Comincii- 
tiiires  (II,  2O9-271). 


MONLUC    CONTEUR  *  4'^ 

pagnons  de  Sieiiiic,  (jaloazzo  do  San  Scveiiiio,  comte  de  Gayazzo, 
qui  servait  coiniiie  maréchal  de  camp.  Il  aimait  à  causer  avec  ce 
vétéran  des  guerres  d'Italie,  qui  «  estoil  fort  entendu  et  sage 
capitaine,  et  paraissoit  bien  qu'il  avoit  bien  veu  et  retenu,  et  si 
avec  cela  ne  s'espargiioit  point  aux  coups,  encor  qu'il  fut  estro- 
piât d'un  bras  ».  Brantôme  assistait  à  ces  conversations,  écou- 
tant avec  déférence  ces  deux  débris.  Ils  évoquaient  les  souveniis 
du  fameux  siège  :  «  Et  les  faisoit  on  beau  oujr  en  parler  et  se 
remémorer  des  exploictz  qui  se  firent  là  »'.  Une  autre  fois,  «  de 
nuict  »,  dans  la  tranchée,  Monluc,  étant  «  en  ses  causeries  »,  con- 
tait à  Brantôme  lui-même  un  de  ses  plus  anciens  souvenirs  de 
jeunesse,  les  amours  de  Lescun  et  de  la  marquise  d'Escaldasol '. 
Il  lui  avait  aussi  donné  son  opinion  sur  Pedro  Navarro,  le  capi- 
taine g-énéral  de  Lautrec  dans  la  désastreuse  expédition  de  Xa 
pies -^,  et  il  fut  sans  iloute  de  ceux  qui  lui  attestèrent  la  bonté  de 
Uenée  de  Ferrare  à  l'égard  des  soldats  du  duc  de  Guise  rentrant 
en  France  après  la  défaite  de  Saint-Quentin +.  Des  liens  furent 
vite  noués  entre  deux  personnages  si  bien  faits  pour  s'entendre  : 
le  premier,  flatté,  ouvrit  sans  se  faire  prier  le  vaste  trésor  de  sa 
mémoire;  le  second  y  puisa  sans  se  lasser.  Lorsqu'en  septem- 
bre 1074^  ils  se  retrouvèrent  à  Lyon,  ils  resserrèrent  encore  leur 
amitié  et  Bi-antôme  se  glorifie  d'être  devenu  a  sur  la  fin  de  ses 
jours  »  un  des  «  g-rands  gouverneurs  »  du  nouveau  maréchal  de 
France  :  «  J'estois,  dit-il,  fort  souvant  avec  luy  et  m'aymoit  fort, 
et  prenoit  grand  plaisir  quand  je  le  mettois  <mi  propos  et  en 
train,  et  luy  faisois  quehpjes  demandes  de  guerre  ou  autres 
choses;  car  je  ne  suis  jamais  esté  si  jeune  que  je  n'aye  tous- 
jours  esté  fort  curieux  d'a{)prendre;  et  luy,  me  voyant  en  cesle 
voulonté,  il  me  respondoit  de  bon  cœur  et  en  bons  termes,  car 
il  avoit  une  fort  belle  éloquance  militaire,  et  m'en  estimoit  da- 
vantage-^  » 

Des   curieux    aussi   passionnés  que    Brantôme   étaient    rares, 
sans  doute;  Monluc,  en  tout  cas,  ne  les  laissait  jamais  échapper 


1.  Brantôme,  VI,  21 3. 

2.  /(L,  IX,  i3o. 
^    3.  Id.,  I,  157. 

B    4-  /rf.,  VIII,  iio-iii. 

■    5.  /cL,  IV,  -Hj. 


44  '  l'occasion    des     «     COMMENTAIRES     )) . 

lorsqu'il  en  rencontrait.  A  Cadillac,  chez  le  comte  de  Candale, 
on  lui  présenta  un  jour  André  Thevet,  le  cosmog"raphe  ;  aussitôt 
il  lui  conta  «  qu'il  s'estoit  trouvé  à  cinq  batailles  rang-ées,  à  dix- 
sept  assaux  de  villes  et  onze  sièg"es,  où  il  avoit  esté  assiégé,  et  à 
plus  de  deux  cens  escarmouches,  où  il  avoit  fait  devoir  de  vray 
et  hardy  soldat,  n'ayant  jamais  esté  rué  par  terre  que  deux  fois  »; 
et  il  le  réyala  du  récit  d'un  exploit  (|u'on  ne  retrouve  pas  dans 
les  Co/nnirnf(iirrs\  A  combien  d'autres  Monluc  dut-il  faire  de 
semblables  contitleuces  !  Avant  de  les  coucher  par  écrit,  il  avait 
dû  cent  fois  raconter  ses  prouesses.  Lorsqu'il  entreprit  de  dicter 
«  le  discours  de  sa  vie  »,  il  le  savait  déjà  par  cœur  ;  il  n'eut  qu'à 
relier  entre  eux  les  épisodes. 

Un  des  premiers  lecteurs  des  Commentaires,  Etienne  Pasquier, 
écrivait  dans  une  lettre  spécialement  consacrée  à  l'œuvre  de 
Monluc  :  «  D'une  chose  m'ébahis-je,  nou  ([u'il  se  soit  rendu  épou- 
vantable au  fait  des  armes  (cela  lui  peut  avoir  été  familier  avec 
quelques  autres  guerriers),  mais  que,  voulant  rédiger  l'histoire 
de  sa  vie  par  écrit,  il  l'ait  pu  circonstancier  des  lieux,  des  per- 
sonnes, de  leurs  noms,  tant  d'un  parti  que  d'autre,  des  obstacles 
qui  se  présentèrent;  bref,  qu'il  n'y  ait  rien  mis  en  oubli,  comme 
s'il  eut  encore  combattu  en  plein  champ.  Eu  quoi  il  faut  néces- 
sairement de  deux  choses  l'une  :  ou  que,  pendant  qu'il  jouait  des 
mains  aux  champs,  il  se  donnât  le  loisir  en  sa  chambre,  après 
son  retour,  de  faire  de  fidèles  mémoires  de  ce  qui  s'était  passé, 
puis  s'en  aider  à  l'avenir,  chose  qui  outre-passe  d'un  loug  trait 
la  patience  du  Français;  ou  bien  que,  ne  l'ayant  fait,  lorsque  sur 
son  vieil  âge  il  voulut  mettre  la  main  à  la  plume,  toutes  les  parti- 
cularités de  cin(piaute-(leux  ans  se  re[)résentasseut  à  lui  :  mé- 
moire, certes,  (pii  de  nulle  mémoire  n'eut  jamais  sa  semblable. 
El  j)ar'  ainsi,  soit  l'un  ou  l'autre,  il  semble  (pie  par  un  signalé 
miracle  nature  ait  en  ceci  voulu  faire  en  lui  un  chef  d'œuvre  :  cela 
soit  par  moi  dit  en  passant...'  »  De  Thon  va  plus  loin  :  il  affirme 
que  Monluc  «  écrivit  assez  au  lony  les  Commentaires  de  sa  vie, 
partie  de  mémoire   et    partie   sur  (piehpu's  écrits    qu'il   en    avoit 


1.   TiiKVET,   Vies  (les  hoinnics  illiisires,  l'"  /((iavf. 

;^.  Va.  PAsyuiEn,  Œuvres  complrles,  \j:>^,  II,  col.  f)!!).  l.,i  Icttro  consjicrce  à 
l'éloiçc  lie  Moulue  est  l.i  deuxièiiit'  du  livre  W'III  cl  l'iiil  |);iilic  du  socoud  recueil 
de  Lcllfcs  de  Pascjuier,  [lublié  eu  iGuj. 


PART    DE    LA    MEMOIRE    DANS    LA    REDACTION    DU    LIVRE.  /jB 

fait  dans  le  tems  »  '.  De  Ruhie  a  réfuté  l'hypolfièse  de  Fas(|uier 
et  l'assertion  de  de  Thou  par  le  témoig'nag'e  de  Monlnc  lui-même, 
par  les  aveux  fréquents  (ju'il  fait  de  ses  défaillances  de  mémoire 
et  par  cette  déclaration  qu'il  a  placée  en  tète  de  son  livre  : 
«  Pour  le  moinyz  [)uis-je  dire  que  j'ay  escri])t  la  véritté,  ayant 
aussi  bonne  mémoire  à  présent  que  j'eus  jamais,  me  ressouvenant 
et  des  lieu.v  et  des  noms,  combien  que  je  n'eusse  jamais  rien 
escript.  Je  ne  pensais  pas  en  cest  aage  me  mesler  d'un^  tel  mes- 
tier".  »  L'exposé  des  circonstances  qui  amenèrent  Moulue  à 
composer  son  livre,  la  détermination  précise  du  temps  très  court 
qu'il  mit  à  le  dicter  permettent  de  croire  que  la  première  rédac- 
tion fut  faite  de  mémoire  et  que  l'auteur  n'a  pas  travailU;  sur  des 
notes  préparées  d'avance.  Mais  s'il  est  très  vraisemblable (ju'  «  en- 
registrer chaque  année  les  événements  dont  il  était  le  témoin, 
marquer  les  noms  des  principaux  acteurs,  coordonner  les  faits  et 
les  dates  avec  l'intention  arrêtée  d'écrire  plus  tard  un  livre,  sont 
des  précautions  minutieuses  peu  conciliables  avec  le  caractère 
bien  connu  de  l'écrivain  »  3,  si  l'on  peut,  par  suite,  admettre  (jue 
pour  la  [)lus  grande  [)artie  de  sa  vie  il  n'a  fait  appel  cpi'à  ses 
souvenirs,  en  a-t-il  été  de  même  pour  la  période  la  plus  récente? 
N'avait-il  pas  à  sa  disposition  de  nombreux  documents,  les  mi- 
nutes de  ses  lettres,  les  originaux  de  celles  qu'il  avait  reçues,  et 
n'aurait-il  pas  eu  l'idée  de  les  utiliser  pour  rendre  son  plaidoyer 
plus  fort?  S'il  l'a  fait,  dans  quelle  mesure?  Un  examen  critique 
du  texte  des  Commentaires  permet  seul  de  ré[)ondre  à  ces  ques- 
tions. Mais  avant  de  l'entreprendre,  il  est  nécessaire  d'étudier 
de  près  les  remaniements  que  Moulue  a  fait  subir  à  sa  première 
rédaction  et  de  suivre  le  curieux  ti'avail  par  le([uel  il  transforma 
l'ouvrage  primitif  dédié  au  duc  d'Aujcju. 

1.  De  Tiiol',  Hist.  uiiio.,  trad.  fr.,  lyS/i,  NI,  58. 

2.  I,  28.  —  I^a  phrase  Fait  partie  d'une  addition  à  la  première  rédaelinn. 
On  en  peut  rapprocher  cède  antre,  (jui  appartient  an  premier  jet  :  «  Hz  nie 
tlirent  (pie  monsieur  de  (li-aniont  vouloil  mal  à  (pickpies-uniïs  de  leur  con- 
seil, on  bien  enix  Inv  en  voulloieni  à  Inv  {\v  ne  si;ay  lequel  ('"estoil,  (•(//■  jr  nr 
/'(II/  point  mis  en  nwnujii'e,  pour  rv  y'"'  l''^^  hmjiu's  des  iin'js  et  des  duli-es  ne 
m'avaient  jxis  iidniené  là.   »  (III,  271). ) 

3.  De  Ruhle,  Introduction  (I,  p.  v). 


CHAPITRE  II. 
La  composition  des  Commentaires. 


Nous  ne  possédons  pas  dans  son  texte  original  le  «  pelit 
escript  »  que  Mordue  dédia  au  duc  d'Anjou  et  qui  constitue  la 
première  rédaction  des  Comnieiitaires.  Xons  n'avons  que  les  deux 
copies  conservées  dans  le  manuscrit  ooii  du  fonds  français  de 
la  Bibliothèque  Nationale.  Elles  ont  été  signalées  pour  la  pre- 
mière fois  par  de  Ruble  et  utilisées  par  lui  dans  son  édition.  Ce 
manuscrit  est  un  volume  in-folio  de  741  feuillets;  il  mesure 
3oo  millimètres  sur  200;  il  est  sur  papier;  le  dos,  qui  est  du 
dix-septième  siècle,  porte  le  titre  :  Mémoires  de  Moiilvc ;  les  plats 
ont  disparu,  il  ne  reste  que  le  carti)n.  Il  a  fait  partie  de  la  riche 
bibliothèque  du  président  Jean-Jac(pies  de  Mesmes,  formée  au 
seizième  siècle  par  son  grand-père  et  accrue  par  son  père,  Henri  île 
Mesmes,  celui  qui  négocia,  en  juillet-août  1670,  à  Saint-Germain, 
la  paix  «  malassise  ».  En  avril  1725,  les  filles  et  héritières  de  Jean- 
Antoine  de  Mesmes,  comte  d'Avanx,  M'"*^  de  Lorge  et  M"""  d'Ambre, 
firent  mettre  en  vente  une  grande  partie  de  ses  manuscrits.  Il  en 
resta  642,  (ju'elles  cédèrent  en  1781  pour  12,000  livres  à  la 
bibliothèque  du  roi.  Deux  cent  vin:;t-neuf  volumes  se  rap{)orlant 
principalement  aux  négociations  du  comte  d'Avaux  furent  attri- 
bués au  dépôt  des  Affaires  étrang-ères;  le  reste,  soit  4i3  volumes, 
resta  à  la  bibliothèque  du  roi'.  Les  Mémoires  de  Monluc  furent 
du  nombre.  Ils  portaient  dans  le  cabinet  de  de  Mesmes  le  mi- 
méro  3o(3;  ils  reçurent  alors  la  cote  Q-ôGg»^,  puis  devinrent  le 
volume  5<)ii  du  fonds  français. 


I.   LKoroi.D  nr:Lisi,E,  Le  Cabinet  des   iiutnitsi-rils  de  ht  liil)lio(hè<nie  imjx'"- 
ri'de,  F,  I^(j7-4u(). 


LES    MANUSCRITS    IJKS    «    COMMENTAIRES    )) .  4? 

De  Riible  a  établi  d'une  faroii  très  plausible  comment  ce  ma- 
nuscrit vint  au  dix-septième  siècle  en  la  possession  de  Jean- 
Jacques  de  Mesmes'.  Il  avait  épousé,  en  1628,  la  fille  de  Jean 
de  Monluc  de  Balai^ny,  maréchal  de  France.  C'est  à  la  suite  de 
ce  mariage,  et  sans  doute  à  la  mort  de  son  beau-père,  que  le 
président  de  Mesmes  devint  possesseur  du  manuscrit,  qui  vint 
grossir  la  collection  des  soixante  volumes  in-folio  contenant 
((  toutes  les  particularités  de  l'histoire  de  b'rance  depuis  les  trou- 
bles »  qu'il  {)ossé(lail  déjà  (;tquc  Peiresc  admirait,  le  9  mars  i(3(jG, 
l()rs({u'il  lui  fit  les  honneurs  de  sa  librairie",  lialagny  avait  ce 
manuscrit  avec  lui  lorsqu'en  ioqo  il  défendait  Cambi-ai  contre 
les  Espagnols  :  on  rencontre,  en  effet,  entre  les  feuillets,  une 
série  de  notes  volantes  relatives  à  celte  défense  et  écrites  de  sa 
main.  Il  tenait  sans  doute  le  volume  de  son  père,  Jean  de  Mon- 
luc, évè([ue  de  Valence.  Il  est  très  naturel  d'admettre,  avec  de 
lluble,  que  ce  dernier  avait  fait  tirer  une  copie  de  l'oeuvre  de  son 
frère.  L'hypothèse  est  d'autant  plus  vraisemblable  (pie  Jean  se 
trouvait  en  Guieuiie  pendant  les  années  loGç)  à  iSya.  Il  avait  été 
investi,,  le  24  ncnembre  i5()8,  avec  le  titre  d'intendant  des  finan- 
ces de  France,  d'une  mission  extraordinaire  analogue  à  celle 
(pi  il  avait  remplie  en  i5(36  à  Toulouse  :  il  était  chargé  de  pres- 
ser la  levée  des  subsides  dus  [)ar  la  province  et  d'en  surveiller 
la  perception  ^.  Il  suivit  certainement  de  très  près  l'enquête  des 
commissaires  royaux  en  (niienne,  à  (pii  leins  poiixoirs  donnaient 
le  droit  d'examiner  aussi  sa  gestion +.  Il  s'intéressa  aux  affaires 
de  Biaise,  contribua  peut-être  par  son  industrie  à  les  débrouil- 
ler. Il  fut  un  des  premiers  à  connaître  une  œuvre  (ju'il  avait  cer- 


1.  Diiii.s  rtntroduclion  en  tête  du  premier  volume  de  son  édition  (pp.  x\-.\xii). 

2.  Note  de  I^eiresc  (li.  N.,  Dupuy,  O67,  f"  i6/|)  citée  par  L.  Delisijc. 

3.  Darnai  mentionne  sa  présence  à  Bord(;au.\  en  juin  loGg  (Chi'onit/ue  hoiir- 
(Irloisf,  p.  7()).  I^es  rciçistres  secrets  du  l'arleinent  la  si^iialenl  dès  le  mois  de 
mars,  ilonnent  la  date  exacte  de  sa  commission  (liihlioth.  munie,  de  lîordeaux, 
ms.  30(j,  3,  fu«  i4(j-ir)i,  ir)4  ro)  et  contiennent  des  détails  nombreux  sur  celte 
mission,  encore  très  mal  connue,  de  Jean  de  .Monluc.  l  ne  co|)ie  de  celle  com- 
mission, datée  d'Orléans,  24  novembre  lôOS,  se  trouve  aux  Archives  (lé|)arlc- 
menlales  de  la  Gironde  (B,  38,  f"s  iiç)  ru-iai  r"). 

4.  Dans  une  lettre  au  roi,  datt'c  de  (londoni,  22  octobre  lôyo,  il  annonce 
(ju'il  va  remettre  la  véritication  des  comptes  aux  conunissaires  désie^nés  (T.  ue 
\^\nRoovE,  JVu/es  et  duc.  inéd.pour  servir  à  la  bixKjraphic  de  Jeun  de  Monluc, 
p.  6.). 


48  LA    COMPOSITION    DES    «    COMMENTAIRES    ». 

tainement  approuvée  et  euconrag^ée.  Il  est  donc  permis  de  croire 
que  le  manuscrit  ooii  du  fonds  fran(;ais  de  la  Bibliothèque 
Nationale  a  appartenu  à  Jean  de  Monluc. 

Ce  manuscrit  contient  :  i*  du  folio  i  r"  au  folio  4o>^  i"?  "ne 
copie  intég-rale  d'une  première  rédaction  des  Commentairps  : 
2"  du  folio  417  r°  au  folio  424  V^,  le  Preambul  à  Mojiseignenr 
par  le  sei(jneur  de  Monluc:  3"  du  folio  426  r"  au  folio  433  r**, 
les  Remonstrances  au  Roy;  4"  du  folio  4^4  i"°  au  folio  4^7  v", 
la  Remonslrance  à  Monseigneur  :  5°  du  folio  439  r°  au  folio  44 1  v°, 
les  Remonstrances  du  seigneur  de  Monluc  aux  gouverneurs  des 
places;  6°  du  folio  443  r°  au  folio  448  1°,  la  Remonslrance  du 
seigneur  de  Monluc  aux  cappitaines  des  gens  de  pied  ;  70  du 
folio  4^2  r°  au  folio  741  v",  une  copie  inachevée  de  la  première 
rédaction,  interrompue  après  ces  mois  :  Et  ainsi  nous  eusmes  li- 
berté de  sortir  ung  peu  à  la  garde  Jusf/ues  à  l'Altesse,  ung 
chasteau  asscs...  '  Les  folios  4o3  v°  à  4i6  inclus,  420,  438,  442, 
448  v''-4r)i  v°,  sont  blancs.  La  première  copie  est  d'une  écriture 
cursive  du  seizième  siècle;  le  reste  du  manuscrit  est  d'une  autre 
écriture,  plus  ou  moins  serrée,  d'une  lecture  plus  facile.  La  copie 
intég'rale  paraît  être  la  plus  ancienne;  elle  est  l'œuvre  d'un  scribe 
gascon".  La  copie  incomplète,  due  à  un  scribe  français,  n'en  est 
pas  la  transcription;  elle  offre  des  différences  orthoi^raphitjues 
nombreuses  et  aussi  des  leçons  nouvelles.  Mais  les  deux  copies 
procèdent  d'un  même  texte  et  représentent  une  première  rédac- 
tion du  livre.  Si  l'on  ne  peut  affirmer  avec  une  certitude  absolue 
que  l'on  est  en  présence  du  premier  jet,  du  «  petit  escript  »  que 
Monluc  offrit  au  duc  d'Anjou,  si  l'on  peut  soutenir  que  ces  copies 
en  fournissent  un  texte;  déjà  complété,  elles  permettent  du  moins 
de  se  faire  une  idée  de  ce  cpie  fut  le  livie  dans  sa  foi'me  [uimi- 
tive,  tel  qu'il  sortit  de  la  fiévreuse  improvisation  et  de  la  dictée 
à  bride  abattue  de  l'auteur. 

De  novembre  1670  à  juin  lô-i,  Monluc  a  d'abord  rédig-é  le 
«  discours  de  sa  vie  »  —  c'est  ainsi  (pi'il  appelle  son  ouvrage  — 
d'une  seule  teneur,  sans  aucune  division,  sans  aucun  repos  des- 
tini'  à  ménager  rattenlion  du  Icclcui'.  Après  avoir,  dans  un  court 


1.  \ù\.  de  I\ul)le,  II,  igr». 

2.  (iVsl  (l'ii|)r«'".sccU(' copir,  non  utilisée  p.irdc  l\ul)lt\  (jiic  scrcitil  laites  loulos 
les  citations  empruntées  à  la  pirniière  rédaction. 


LA    PREMIKRE    REDACTION.  [[() 

[)i(';iiiil)iil<',  coiistalé  (]ue  1;»  inaliidie  l'a  conlraiiit  de  renieHre 
entre  les  mains  du  roi  la  charge  (juii  lui  avait  j)lu  de  lui  coulier 
et  s'être,  en  deux  phrases,  justifié,  par  l'exemple  de  César,  de 
raconter  lui  même  sa  vie,  il  coinnuMice  en  rappelant  brièvement 
son  enfance,  son  départ  pour  l'Italie  et  la  campagne  de  Laulrec 
qui  aboutit  au  désastre  de  la  Bicoque.  Puis,  il  entame  son  pre- 
mier grand  récit  :  l'escarmouche  de  Sainl-Jean-de-Luz.  Il  évoque 
ensuite  quelques  souvenirs  personnels  se  rattachant  à  la  journée 
de  Pavie  et  à  son  retour  en  France,  et  s'étend  de  nouveau  avec 
complaisance  sur  deux  épisodes  de  l'expédition  de  Naples.  La 
narration  se  déroulera  jus(pi'au  bout  d'après  cette  méthode  :  elle 
est  formée  de  grands  récits  reliés  entre  eux  par  des  transitions 
plus  ou  moins  vagues,  rajustés  [)ar  un  fil  plus  ou  moins  lâche. 
L'auteur  a  fait  un  effort  pour  classer  ses  plus  anciens  souvenirs, 
en  s'aidant  de  sa  seule  mémoire.  Mais  il  a  surtout  pris  plaisir  à 
fixer  les  belles  histoires  (ju'il  avait  déjà  tant  de  fois  contées  avec 
les  plus  minutieux  détails.  A  mesui'e  (pj'il  avance,  la  trame  se 
resserre;  le  récit  devient  continu;  les  lacunes  se  font  rares;  elles 
sont  pour  la  plupart  volontaires.  Lorsqu'il  arrive  à  la  dernière 
partie  de  sa  carrière,  Monluc,  plus  sur  de  lui,  choisit  dans  ses 
souvenirs.  Il  écarte  ceux  qu'il  juge  importuns;  il  retient  soigneu- 
sement ceux  qui  sont  à  sa  gloire.  L'intention  apologétique,  par- 
tout visible,  apparaît  de  plus  en  plus  nette.  Les  fautes  commises, 
les  maladresses,  les  mésaventures  sont  passées  sous  silence;  en 
revanche,  les  faits  les  plus  miiniscules  sont  grossis  et  amplifiés 
sans  mesure  loi-sque  l'auteur  y  voit  des  arguments  bons  pour 
plaider"  sa  cause.  Il  est  tout  préoccupé  de  répondre  à  ses  accu- 
sateurs; il  en  appelle  aux  acteurs  et  aux  témoins  des  événements 
qu'il  l'aconle  '  ;  il  s'oublie  en  des  digressions  où  tour  à  tour  il  se 

I.  S'il  a  rappelé  eu  si  ^raïul  (l('-tail  son  o  voiai^c  de  Aaintonne  »  eu  l'é\  riei'- 
niars  i568,  «  c'est,  dit-il,  pour  ce  cpi'ou  m'a  reprcjclié  ipi'il  y  avoit  trois  aus 
•pie  je  n'a/ois  rien  faict  qui  vaillie.  »  (l>.  .\.,  IV.  Hoii,  I'd  3o2  ro.  —  Ed.  de  Ku- 
lilc,  III,  i58.)  S'il  a  uarré  si  iiiiiuilicusenieiit  la  (h'Iaite  de  Piles  en  mars  iTjOy, 
c'est  (pi'il  y  a  été  contraiul,  assure-t-il,  «  pource  tjue  on  m'a  dict  qu'aucuns 
avoient  f'aicl  rapp(jrtz  au  roy,  à  la  royne  et  à  Monsieur,  qu'il  n'avoil  tenu  (jue  à 
inoy  <pie  je  n'avois  comhatu  Pilles  :  et  (pii  lira  ceste  faction,  il  trouvera  la  vé- 
rité connue  fout  est  passé,  au  tesiuoniait!,c  de  tous  les  capjjilaines  (pii  y  esloient, 
dont  il  n'y  en  a  (|ue  deux  de  ninriz...  .Monsieur  de  (Ihaniarault,  <pii  Mrau\()il 
{sic)  pourlé  les  leUres  de  Monsieur,  particippa  à  toutes  mes  despèclies...  et  ne 
m'abandonna   de  quinze  jours  :  je  m'asseure  (piil   pourlera  lousjours  lesmo- 


5o 


LA    COMPOSITION    DES    «    COMMENTAIRES    )) . 


défend  et  il  attaque.  Le  récit  tourne  de  plus  en  plus  au  mémoire 
justiticatif. 

Les  considérations  morales,  les  leçons,  les  remontrances,  qui 
tiendront  une  si  grande  place  dans  le  texte  définitif,  existent 
déjà  dans  la  première  rédaction,  mais  elles  sont  beaucoup  plus 
rares,  toujours  courtes,  le  plus  souvent  à  peine  indiquées  '. 
L'idée  de  faire  servir  le  récit  de  ses  actions  à  l'instruction  des 
capitaines  et  de.  perpétuer  son  nom  s'est  fait  jour  dans  l'esprit 
de  Monluc  au  moment  où  il  commença  son  livre  '  ;  mais  ses 
préoccupations  personnelles  l'emportent;  il  est  avant  tout  pressé 
de  terminer  sa  dictée;  il  sacrifie  tout  ce  qui  n'est  pas  indispen- 
sable et  refrène  son  g"OÙt  naturel  pour  les  développements  ora- 
toires. Les  discours  aussi,  que  conformément  à  l'usag-e  des  his- 
toriens il  a  insérés  dans  son  œuvre,  sont  beaucoup  plus  réduits  : 
certains  manquent  comjjlèteinent^;  la  plupart  ne  sont  qu'indi- 
qués ou  amorcés;  ils  ont  été  développés  après  coup'^.  Le  stjle, 


niaige  que  ce  que  j'escrips  d'esté  faction  est  véritable.  »  [Ibid.,  fo  327  r».  ^ 
III,  229). 

1.  Voir,  par  exemple,  les  réflexions  qui  suivent  le  récit  de  la  «  marchandise  » 
de  Barètes  (I,  2o5-2o()),  la  remontrance  qui  termine  le  récit  de  la  marche  forcée 
de  Saviçliano  à  Piiçnerol  (I,  228),  les  conseils  aux  capitaines  après  celui  de  la 
rupture  du  pont  de  Cari<>nan  (t,  287),  etc.  On  pourrait  multiplier  ces  exemples 
de  réflexions  ou  de  considérations  lée,èrement  ébauchées  dans  la  première  ré- 
daction, puis  amplifiées. 

2.  «  Je  ne  suys  poinct  historien,  ny  ir('scri|)s  ce  libre  par  manière  d'histoire, 
sinon  pour  ce  que  chacun  recognoisse  que  je  n'ay  pas  porté  les  armes  si  lonj»'- 
temps  inutillement,  et  aussi  pour  que  mes  compaignons  et  amis  prenent  exem- 
ple en  mes  faictz  ;  il  en  y  a  prou  de  quoy  ilz  se  pourroient  bien  ayder,  quand  ilz 
se  Irouveroient  en  telz  affaires;  et  aussi  que  mon  cscrij)ture  sera  cause  que  ma 
mémoire  ne  mourra  pas  si  tost,  qui  est  tout  ce  (pie  les  hommes,  qui  ont  vescu 
en  ce  monde,  portant  les  armes  en  gens  de  bien  et  sans  reproche,  [doivent] 
désirer...  »  (texte  du  premier  ms.,  f"  202  vo.  —  Ed.  de  Kuble,  II,  334-88.')). 

8.  Le  discours  aux  chefs  de  la  noblesse  gasconne  envoyée  en  France  au  dé- 
but des  seconds  troubles  (III,  1 21-128),  la  courte  harangue  au  Parlement  de 
Bordeaux  (III,  2o4)  ont  été  ajoutés. 

4.  Les  mss.  ne  donnent  (pie  ramorcc  el  coinnu-  la  matière,  rédigée  eu  style 
indirect,  des  deux  harangues  aux  Espagnols  et  aux  (Jascons  avant  le  combat 
de  Vergt  (III,  4'-*-4*j)'  '--es  cinq  discours  aux  Siennois  (II,  11-18,  38-48,  70-72, 
79-82,  97-9()),  la  remontrance  aux  officiers  de  l'armée  pontificale  (II,  1OG-170) 
nian(]uent  complèlemenl  dans  les  mss.;  la  place  a  été  laissée  en  blanc.  Ces  dé- 
veloppements oratoires  n'étaient  aussi  sans  doute  qu'amorcés  dans  la  première 
rédaction.  Le  discours  aux  Agenais  (III,  352-3.55)  a  été  accru  d'une  longue 
addition. 


LA    PREMIERE    REDACTION.  01 


enfin,  est  loin  d'avoir,  dans  la  première  rédaction,  l'allure  qu'il 
présente  dans  le  texte  définitif:  il  est  beaucoup  plus  naïf  et  plus 
rude,  tantôt  haché  et  saccadé,  tantôt  traînant  et  filandreux;  la 
[)hrase  est  incorrecte,  enchevêtrée,  obscure;  les  pronoms  per- 
sonnels sont  volontiers  supprimés  devant  les  \erbes,  les  articles 
devant  les  substantifs;  les  ellipses  sont  fréquentes.  Le  texte  des 
manuscrits  paraît  bien  ètie  la  reproduction  fidèle  du  premier  jet, 
tel  qu'il  sortit,  fiusle  et  hàtif,  de  l'impi'ovisation  initiale.  C'e  sont 
vraiment  les  fJo/ii/nrnfni/'es  tels  que  les  a  définis  l'auteur,  «  mal 
{)olis,  comme  sortans  de  la  main  d'ung"  soldat  et  encore  d'nng' 
(iascon,  qui  s'est  tousjours  plus  soucié  de  bien  faire  que  de  bien 
dire  »  \  On  a  tlit  du  livre  de  Moulue  :  «  Ce  qui  marque  l'ouvrage 
d'un  tiait  ineffaçable,  c'est  justement  qu'on  n'y  sent  point  l'aj)- 
prêl  :  il  est  riislique,  il  est  sain,  il  est  savoureux  comme  du  pain 
bis;  les  hommes  de  lettres,  avec  leurs  petites  balances  à  peser 
les  mots,  n'ont  point  passé  par  là".  »  La  remarque  est  excellente 
et  l'appréciation  très  juste,  à  comlition  de  ra[)[)liquer  au  texte 
des  manuscrits.  Celui  de  Florimond  de  Ua'mond  et  celui  de  de 
Ruble  nous  donnent  un  Moulue  soiy;'neusement  revisé,  corrig-é, 
redressé;  ces  retouches  sont-elles  toutes  l'œuvre  de  l'auteur 
lui-même?  11  es!  perjuis  d'en  douter.  Aurail-il  eu  la  patience  de 
reprendre  son  texte  ligne  à  ligne,  de  su[)pléer  les  mots  nécessai- 
res pour  éclairer  la  pensée,  pour  rendre  la  [)hrase  correcte?  Une 
telle  hypothèse  paraît  peu  conciliable  avec  ce  ([ue  l'on  sait  de  son 
tempérament  et  de  sa  culture.  Un  travail  de  ce  genre  suppose 
un  écrivain  de  métier  relisant  à  loisir,  la  plume  à  la  main,  son 
manuscrit.  Monluc  n'a  pu  le  faire  :  son  âge,  la  fatigue  de  sa  vue, 
son  inca[)acilé  ne  le  lui  permettaient  [)as.  Ces  raisons  et  le  dédain 
(pi'il  professa  toujours  pour  les  «  escriptures  »  donnent  lieu  de 
croiri;  ([ue,  soucieux  de  rendre  son  œuvre  plus  j)arfaite  et  de 
répondre  sans  doute  aussi  au  \œu  des  amis  (pii  avaient  j)u  la 
lire  dans  sa  première  forme,  il  a  confié  ce  soin  à  quelqu'un  de 
ses  secrétaires.  Il  n'est  pas  non  plus  impossil)le  que  son  frère  ait 
surveillé  ce  travail  de  correction,  y  ait  lui-même  parfois  mis  la 
main. 

Son  livre  lermim'',  Monluc  a  senti  naître  en  lui  rand)iliou  litté- 


1.  I,  28.  —  l.c  piissa^c  csl  nue  adilitioii. 

2.  C.u.    N(iKMANi),  Moulue,    p.    KjO. 


52  LA    COMPOSITION    DES    «    COMMENTAIRES    ». 

raire.  Les  circonstances  ont  fait  de  lui  un  écrivain;  autour  de  lui 
on  l'encourag'e,  on  l'assure  qu'il  est  capable  de  faire  une  œuvre 
qui  conser^era  son  souvenir.  Il  regrelte  alors  de  n'avoir  pas  été 
((  nourri  aux  lettres  »  ;  il  se  reproche  d'avoir  adopté  le  préjugé 
courant  du  temps  de  sa  jeunesse,  où  les  g-ens  de  guerre  se  fai- 
saient jJJoire  de  leur  i^^norance  '  ;  il  porte  envie  à  son  frère, 
<(  ung-  homme  sçavant,  comme  on  dict  qu'il  est  »';  il  se  rappelle 
ces  capitaines,  qu'il  a  bien  connus,  un  Strozzi,  un  Brissac,  un 
Guise,  qui  ne  croyaient  pas  qu'il  fiU  «  malséant  à  un  g-uerrier 
de  savoir  »  ^,  qui  s'entouraient  d'humanistes,  se  délassaient  des 
fatigues  de  la  guerre  et  a  modéraient  Mars  par  Apollon  »  ^,  le 
premier  en  traduisant  du  latin  en  grec  les  Commentaires  de 
César  \  le  second  en  lisant  la  tragédie  de  Jep/ité  ou  l'ode  sur  la 
prise  de  Vercelli  que  lui  dédiait  Buchanan,  le  précepteur  de  son 
fils^,  le  dernier  en  composant,  à  l'occasion,  «  une  épitaphe  à  la 
mode  antique  »  sur  la  mort  d'un  compag"non  regretté'.  Il  se 
compare  à  eux  et  il  est  humilié;  pour  tout  bagage  littéraire,  il 
n'a  que  des  lectures  faites  au  hasard  de  la  vie  de  garnison  en 
Piémont  ou  en  Toscane,  et  tlonl  il  n'a  gardé  que  des  souvenirs 
incertains.  Il  en  vient  à  penser,  comme  aimera  à  le  répéter 
Brantôme,  a  qu'il  n'y  avoit  au  monde  si  bon  esmery  pour  bien 
faire  reluire  les  armes  que  les  lettres  et  que,  mariées  ensemble, 
elles  faisoient  un  beau  lit  de  noces  »^.  Et  il  s'écrie  :  «  Je  vous 

1.  Tel  Lescuii,  If  pi'oniicr  capitaine  sous  ([ui  servit  Moulue  (Brantôme, 
III,  48). 

2.  1,  14:5. 

3.  Beroalue  de  V'erville,  Lr  Mni/t'i}  dr  parrciiir,  éd.  de  i'6t\\ ,  p.  207  (cité 
par  L.  Lalanne,  Bt-antà/ne,  p.  11,  n.  1). 

4.  L'expression  est  de  Buchanan  dans  sa  dédicace  de  ,/cp/i/é  : 

Gelicuni  modereris  Apolline  Marteni. 
(Georg.  Buchanam  Opéra  Omnia,  II,  177-) 

5.  Cette  traductioQ  resta  manuscrite.  Strozzi  lavait  entreprise  à  la  t'ois  pour 
satisfaire  sa  passion  du  grec  et  son  admiration  pour  César,  (ju'il  avait  pris  pour 
modèle.  Il  se  vantait  d'avoir  és;'alé  la  rapidité  de  ses  marches  et  la  mobilité  de 
ses  mouvements.  Il  fut  aussi  un  bibliophile  et  un  collectionneur  distinu^né 
(Albizzi,   Vita  di  Piero  St/'occi,  5i4-^i'"»,  ô'^S,  et  Brantôme,  II,  242-243). 

G.  Ad  Carolnm  Cossaeu/n  Brixiaci  dipinsfam  posl  captas  Vercellas 
(Georg.  BL'cnANA.M  Opéra  omnia.  11,  421).  —  Sur  les  ju^oùts  littéraires  de  Timo- 
léon  de  Cossé-Brissac,  voir  Brantôme,  VI,  12O,  et  Montaigne,  Essais,  éd.  mu- 
nicipale, I,  22O. 

7.  Bu ANT('»ME,  \'I,   172.  \'i)ir  aussi  \'[,  33. 

8.  Itl.,  \',   188. 


LES    ADDITIONS    A     LA     PREMlÈHE    REDACTION.  53 

conseille,  seigneurs,  qui  avés  le  moyen  et  qui  voulés  advancer 
voz  enfants  par  les  armes,  de  leur  donner  plustost  les  lettres  : 
bien  souvent,  s'ilz  sont  appelles  aux  charjs^es,  ilz  en  ont  hesoin^- 
et  leur  servent  beaucoup '.  »  Puisque,  sans  presque  en  avoir 
conscience,  il  a  lait,  lui  aussi,  un  livi-*;,  il  veiil  du  moins  le  rendre 
plus  dii^ne  du  g-rand  pul)lic  aucpiel  il  le  sent  à  présent  destiné. 
II  emploie  donc  ses  loisirs  à  l'enrichir  d'addilions  nombreuses. 
Dans  ces  cinq  dernières  années  de  sa  vie,  où  les  circonstances 
l'oblig-èrent  assez  rarement  à  sortir  de  son  inaction,  il  se  fait  relire 
son  œuvre  et  ne  se  l)orne  pas  à  l'écouter  avec  complaisance.  Il 
la  retouche,  la  remanie,  la  grossit  surtout,  à  la  façon  de  Mon- 
taii^ne  révisant,  complétant  et  corrig-eant  dans  sa  retraite  l'édi- 
tion qu'il  avait  donnée  de  son  livre  en  1588.  Le  rap|)rocliement 
s'impose;  les  intentions  des  deux  auteurs  sont  les  mêmes.  Le 
texte  de  Florimond  de  Ra'mond  nous  donne  ce  dernier  état  des 
(U)nimentairps,  comme  l'exemplaire  de  Bordeaux  nous  révèle  la 
rédaction  définitive  des  Essais^.  Loin  de  nous,  d'ailleurs,  la 
pensée  de  comparer  le  minutieux  et  délicat  travail  du  philo- 
sophe et  de  l'artiste  attentif  à  fixer  les  nuances  infinies  de  sa 
pensée,  à  découvrir  l'expression  juste,  le  mot  rare,  au  procédé 
grossier  et  sommaire  d'un  vieux  soldat  «  destitué  de  la  faveur 
des  lettres  ».  Moulue  modifie  peu  sa  rédaction  primitive;  il  ne 
fait  guère  qn'y  ajouter.  Mainleiumt  qu'il  en  a  le  loisir,  il  précise 
son  intention  de  faire  servir  le  discours  de  sa  vie  à  l'instruction 
des  capitaines  :  «  Je  n'escris  à  moy  mesmes  et  veux  instruire 
ceux  qui  viendront  après  moy  :  car  n'estre  né  que  pour  soy, 
c'est  à  dire  en  bon  françois  estre  né  une  beste  ^  »  Il  multiplie 
les  réflexions  personnelles  à  l'occasion  des  faits  (pr'il  raconte,  les 
préceptes  techniques,  les  maximes  morales;  il  amplifie  les  consi- 
dérations à  peine  ébauchées,  les  enrichit  de  remarcpies  et  d'aper- 
çus nouveaux.  Il  modifie  ainsi  le  caractère  de  son  livre  :  la  ma- 
tière historique  en  avait  étt'  d'abortl  l'essentiel;  elle  en  demeure 


1.  III,  206-207  (fidd.  à  la  premièrp  rcd.). 

2.  Voir  l'introduction  placée  par  M.  V.  Strowski  en  tète  du  tome  I  de  l't'-di- 
tion  municipale  des  Essiiis  (pp.  .\i-.\i\)  et  sa  heiie  ("tiide  sur  .\/()/i/aii//ii\  i()o("), 
pp.   I2-l3,  2rj-2(),  Àg. 

3.  II,  48  (add.  à  la  première  réd.).  —  Le  texte  de  Florimond  de  Hiemond 
porte  :  «  Je  //('eseris  à  moy  mesmes...  »  qui  n'a  pas  de  sens.  De  Hultle  a  né- 
gligée de  corrin<"r  ce  lapsus. 


54  LA    COMPOSITION    DES    «    COMMENTAIRES     )) . 

le  fond  et  continue  d'occuper  la  plus  grande  place.  Mais  les 
observations  morales  et  techniques  lui  disputent  désormais  l'at- 
tention du  lecteur,  plus  curieux  de  goûter  ces  réflexions  où 
l'homme  apparaît  que  ces  rt'cits  surchargés  de  menus  détails, 
souvent  obscurs  et  confus,  prolixes  el  traînants.  La  valeur  litté- 
raire du  livre  en  est  singulièrement  accrue  :  en  se  pei^iuint  lui- 
même,  Monluc  a  plus  fait  pour  sa  renommée  qu'en  retraçant  ses 
prouesses  '. 

Il  a,  du  reste,  d'autres  moyens  d'enrichir  son  œuvre.  Orateur 
de  race,  il  avait  cultivé  ce  don  de  la  parole  qu'il  tenait  de  sa  terre 
de  Gascogne.  Les  occasions  ne  lui  avaient  pas  manqué  en  un  siè- 
cle où  l'éloquence  était  une  des  j)arties  maîtresses  du  bon  capi- 
taine". Cette  faculté  qu'il  avait  de  {)ouvoir  exprimer  «  en  ternie 
de  soldat  »  ce  qu'il  avait  à  dire  «  avec  assés  de  véhémence,  qui 
sentoit  le  païs  »  d'où  il  était  sorti,  contribua  pour  beaucoup  à  le 
tirer  de  pair-'.  Elle  lui  valut,  en  particulier,  l'admiration  et  la 
tendresse  des  Siennois  ;  elle  explique  l'autorité  réelle  qu'il  eut 
sur  ce  peuple  mobile  et  fantasque,  mais  avant  tout  sensible  au 
charme  des  l)eaux  discours.  Ses  fonctions  de  lieutenant  de  roi 
en  Guienne  lui  fournirent  ensuite  des  occasions  fréquentes  d'exer- 
cer sa  faconde;  pour  calmer  les  transes  des  Agenais,  pour  modé- 
rer le  zèle  catholique  des  Etats  de  la  province,  pour  stimuler  la 
bonne  volonté  un  peu  indolente  des  jurats  de  Bordeaux,  pour 
justifier  ses  actes  devant  le  Parlement,  il  fallait  haranguer,  «  re- 
montrer «>,  et  Monluc  y  faisait  merveille.  Il  y  g"agna  une  réputa- 
tion d'orateur  attestée  par  de  nombreux  témoignages ''^.  Lorsqu'il 
dut  se  résigner  à  la  retraite,  son  éloquence  lui  fut  une  ressource 


I.  Sur  la  valeur  technique  de  i'(euvre,  voir  les  pages  excellentes  de 
Cii.  Normand  dans  son  Morilit<\  liv.  Il,  chap.  i,  ii,  in;  sur  son  intérêt  humain, 
voir  le  rap|)ri)eliement  très  juste  étahli  par  M.  I^anson  entre  Monluc  et  Mon- 
taigne [flisl.  (le  la  litt.  franc.,  p.  3oi). 

■1.  Voir  ce  qu'en  disent  Machiavel,  DfW  (irle  délia  gnerra,  lib.  IV,  pp.  1 13- 
ii'i,  et,  seinl)le-t-il,  d'après  lui,  les  Jnslriiclions  sur  le  faict  de  la  (jiierve, 
Paris,  i.VjS,  !''•  /|3  v»,  Faussement  attribuées  à  Guillaume  du  IJellay. 

3.  III,  2oO. 

4.  Voiries  vers  d'Ennuamiel  du  Miiail,  Jean  du  Clieiiun,  Pierre  de  Termes, 
Jean  Guijon  dans  le  Totnheau  de  Mordue;  Klorimond  de  Ra'mond  dans  son 
Epitre  à  la  noblesse  de  (iasror/ne ;  Tiievkt,  \'ies  des  Itn/nnies  illustres, 
fo  /jOa  r";  De  I^uiuu:,  De  lltiis/rihus  Aiiiiilaiiiae  riris,  p.  1  nj  ;  Brantôme, 
IV,  5.). 


LES    ADDITIONS    A     LA     PRRiMIKHK    HKDACTION.  55 

précieuse  pour  fi'oniper  son  eiiimi.  ]l  ne  lui  restait  plus  ri(Mi  à 
raconter;  il  discourut.  Dans  la  i^raiide  salle  du  château  d'Estillac, 
évoquant  de  nouveau  le  passé,  il  haranj^ua  les  Siennois,  les  offi- 
ciers des  milices  de  Paul  IV,  les  handouliers  espagnols  et  les 
g-ens  de  pied  de  Charry  marchant  à  Verj^t  contre  les  troupes  de 
Duras,  les  t>(Mitilslu)mines  gascons  partant  en  novembre  iSôy 
pour  la  F'rance,  ses  hons  amis  les  ma^istiats  bordelais.  II  rema- 
nia ses  autres  discours  eti  les  amplifiant.  C'est  alors  cpie^  pour 
embellir  son  (cuvre,  il  y  insère  le  te.xtcï  entier  d'une  des  plus 
célèbres  harani^ues  de  son  frère.  Puis  il  dicte  ses  belles  remon- 
trances aux  capitaines  des  ^ens  de  pied,  aux  gouverneurs  de 
places,  au  roi,  au  duc  d'Anjou  et  les  introduit  à  leur  tour  dans 
son  rrni  :  la  [)ieniièi'e,  après  le  début  curiensenient  reinani*';  la 
seconde,  à  la  fin  de  la  défense  de  Sienne;  les  deux  dernières, 
pour  servir  de  conclusion  à  tout  rouvra^e'.  Ce  n'est  pas  tout. 
En  1573,  il  compose  un  j^i'and  Discours  an  l'oij  sur  le  fit  ici  de  la 
paix;  il  y  conte  un  trait  qui  prouve  l'estime  particulière  qu'avait 
pour  lui  la  reincvmère;  il  le  transporte  dans  son  livre  et  par 
m('<ï'arde  l'y  reproduit  en  deux  endroits,  en  termes,  du  reste,  un 
peu  différents".  Le  Pi'cainhiil  à  Mo/iseif/nei/r  est  utilisé  de  même  : 
deux  passag'es,  l'un  sur  les  dilapidations  dont  il  avait  été  accusé, 
l'autre  sur  ceux  qui  se  ])laiqnent  d'avoir  (Mé  mal  récompensés  de 
leurs  services,  se  retrouvent,  avec  (piehjues  chansi'ements,  dans 
les  considérations  ajoutées  après  coup  à  la  fin  de  l'ouvrag^e^.  La 
réflaction  primitive  s'accroît  ainsi  d'un  nouvel  ap[)ort  considc'- 
rable;  le  caractère  de  l'œuvre  en  est  encore  modifié.  \  l'oii^ine, 


1 .  De  Uiil)l('  |)('ns('  (lue  ces  l'cinoiilr'juicfs  ont  t'oniu''  priiiiitivciiiciit  iiii  ouvrage 
i't  |);irl  (I,  xx).  Jjîi  place  (juClIcs  occupent  dans  le  iiiaïuiscril  ne  laisse  à  cet 
("Hard  aucun  doute.  Mais  il  faut  ajouter  (jue  Mordue  les  a  ensuite  incorporées  à 
son  livre. 

2.  Cf.  éd.  de  l\ul)le,  V,  i^oy,  avec  It,  IV^i-Xi?.,  et  lit,  79. 

3.  i'A'.  I,  0-7,  avec  111,  /|.").^)-/| .")(>,  el  I,  lo-i^,  avec  IIF,  .5or)-.^)07.  —  Ces  rappro- 
chements ont  été  indi(jués  par  de  Huhie  qui  croit,  d'ailleurs,  que  Florimond  de 
Ha'inond  n'a  pas  donné  le  Preanthiil  parce  (ju'il  en  a  jugé  la  publication  inop- 
|)ortune  «  trois  ans  à  peine  après  la  mort  de  Henri  111,  sdus  le  rèoiie  d'iui  prince 
de  la  maison  de  Navarre,  propre  neveu  de  Condé  et  l'héritier  de  sa  cause, 
ipiand  les  passions  soulevées  |)ar  la  Ligue  étaient  arrivées  au  plus  haut  point 
d'exaltation  »  (I,  xix).  En  fait,  l'éditeur  des  Corninnifuires  n'a  pas  pulilii-  ce 
morceau  parce  qu'il  ne  l'a  ])as  connu;  dans  la  c(i|)ie  doril  il  s'esl  servi,  il  élail 
fondu  dans  l'ouvrage. 


56  L\    COMPOSITION    DES    «    COMMENTAIRES     ». 

elle  avait  été  surtout  narrative;  elle  est  maintenant  didactique  et 
oratoire. 

A  travers  tous  ces  reinanienuMits,  l'auteur  n'a  pourtant  pas 
perdu  de  vue  qu'il  a  voulu,  bien  qu'il  s'en  défende,  être  historien. 
Il  se  préoccupe  aussi  de  rendre,  à  ce  point  de  vue,  son  livre  plus 
parfait.  Il  ne  lui  suffit  pas  de  ])rol()n§er  son  récit  en  y  ajoutant 
le  texte  de  la  lettre  qu'il  écrivit  au  roi  au  lendemain  de  sa  dis- 
g-ràce  et  en  dictant  un  supplément.  L'idée  lui  vient  de  contrôler 
son  témoig"nage  par  d'autres  témoig'nages,  de  rechercher  ce  que 
d'autres  ont  dit  avant  lui  des  événements  qu'il  raconte.  Il  ne 
songe  pas  à  le  faire  pour  la  dernière  période  de  sa  carrière  ;  il 
prétendait  la  mieux  connaître  que  personne  et  était  sur  de  sa 
mémoire  ;  n'avait-il  pas  d'ailleurs  devancé  les  historiens  de  pro- 
fession ?  11  n'en  était  pas  de  ujcine  pour  les  époques  lointaines 
correspor>dant  aux  règnes  de  François  I*^^  et  de  Henri  II.  Là,  il 
avait  intérêt  à  s'assurer  de  l'exactitufle  de  ses  souvenirs.  D'autres 
avaient  déjà  fixé  pour  la  postérité  l'histoire  des  guerres  aux- 
quelles il  avait  pris  part.  Il  existait  des  livres  ovi  l'on  parlait  de 
Pavie,  de  Gérisolles,  de  Sienne,  de  Thionville.  Il  se  les  procura 
et  se  les  fit  lire.  Une  comparaison  attentive  de  la  première  rédac- 
tion et  du  texte  définitif  permet  de  découvrir  quels  furent  ces 
livres  et  (|uel  usage  il  en  fit. 

En  1569,  René  du  Bellay,  baron  de  la  L-.inde,  avait  publié  les 
Mémoires  rédigés  en  i555-i556  par  son  beau-père  Martin  du 
Bellay'.  L'ouvrage,  dédié  à  Charles  IX,  eut  un  vif  succès;  en 
ciiHj  ans,  il  en  fut  donné  trois  éditions  nouvelles  et  une  traduction 
latine^.  Ces  iMémoires.  où  l'auteur  avait  ajouté  ses  souvenirs  per- 
sonnels à  une  traducliiui  abrégc'e  des  Ogdoades  latines  que  son 


I.  Les  Mi'rnoires  de  inestiire  Martin  du  lipUaii,  seigneur  de  Langeij,  con- 
tenant le  discniirs  de  plusieurs  choses  adri'nws  au  roijaunie  de  France,  de- 
puis l'anné:;  MDXflI  Jusques  au  trespas  du  Roi/  François  premier,  ausqwls 
itiuthfur  a  inséré  trois  lirres  et  quelques  frarj ni" nts  des  otjdoades  de  Mes- 
sire  Guillaume  du  Bellay,  seigneur  de  Lnngey,  son  frère.  Œuvre  nouvelle- 
ment mise  en  lumière  et  présentée  au  Roy  pur  messire  René  du  Bellay,  che- 
valier de  l'ordre  de  Sa  Majesté,  baron  de  la  Lande,  héritier  d'iceluy  mes- 
sire Martin  du  Bellay.  A  P;uis,  à  l'olivici'  dr  P.  I/FIuilicr,  rue  Saint-J;ic(juos, 
l'ir»),  in-l'i. 

:>.  Editions  de  L'Miiilicr,  in-8i>,  on  ifiyi  et  lôyS;  éd.  de  J.  Maroschal,  in-80, 
en  i.')^!;  h-ad.  lalino  de  llniro  Siiracus,  in-fo,  en  \^y]l\.  Voir  V.-L.  liouHniixv, 
duithiuini'  du  lii'llay,  seigneur  de  Iji/igeq,   i^of),  pp.  3()8-399. 


LES    EMPRUNTS    A    MARTIN    DU    BELLAY.  67 

frère  Guillaunie,  seigneur  de  Langey,  avait  laissées  inachevées, 
embrassaient  le  rè^ne  entier  de  Franrois  ^'^  On  comprend  que 
Moiduc  ait  désiré  les  connaîti'e.  II  se  les  fit  lire  et  il  en  fui  vive- 
ment frappé'.  Il  l'a  lui-même  noté  :  «  Lises,  dit-il,  ou  faictes  vous 
lire  souvent  les  livres  (pii  parlent  de  l'honneur  des  grands  capi- 
taines, mesmes  ceux  qui  ont  escript  de  iioslrc  temps,  comme 
Lan^ey  '...  »  Les  Mênioireii  de  du  Bellay  lui  parurent  donc  utiles 
à  l'instruction  des  futnis  capitaines.  Mais  il  en  avait  aussi  com- 
pris la  valeur-  documentaii'e  et  il  résolut  de  s'en  aider  [)Our  ré- 
viser- son  propr'e  ouvr'a^e.  Pour-  r'ecoustiluer  sa  jeunesse  et  cette 
loii'^ue  [)ér'iode  de  sa  carrière,  antérieure  à  rSôo,  où  il  avait  con- 
quis laborieusement  ses  i^rades,  il  avait  eu  seulement  les  ressour- 
ces de  sa  mémoire,  c'est-à-dire  des  souvenir-s  fragmentaires,  des 
faits  isolés  ou  des  i;i"oupes  de  faits  sans  lien  entre  eux.  C'était 
pour  Moulue  une  bonne  fortune  que  d'avoir  mis  la  main  sur  un 
livre  où  revivait  pour  lui,  coordonné  avec  art  par  un  véritable 
historien,  ce  hjintain  passe''.  11  allait  poirvoir,  g-ràce  à  du  IJellay, 
comph'ter  et  encharner  son  récit,  le  rectifier  peut-èd'e.  II  n'était 
pas  assez  sot  pour  dédaigner  le  moyen  qui  s'offrait  à  lui  de  ren- 
dre son  œuvre  plus  parfaite. 

La  lecture  des  Mémoires  de  du  Bellay  fut,  à  d'autres  égards, 
siug-ulièi'emenl  profitable  à  l'auteur  des  Commentaires.  Elle  lui 
l'évéla  ce  qu'il  n'avait  pas  encore  soupçonné,  (ju'il  existe  des  pro- 
cédés pour  faire  un  livre,  qu'un  auteur-  qui  veut  èlrc  lir  doit  cer- 
tains ég^ards  à  ses  lecteurs;  que,  poin*  ménager"  leur  atleritiorr,  il 
est  nécessaire  d'arrêter  parfois  le  récit,  de  le  diviser-  en  parties 
distinctes;  en  un  mot,  de  composer  son  œuvre,  de  lui  donner 
l'ag-i'ément  et  la  beauté  littér-aires.  C'est  au  contact  des  Mémoires 
de  du  Bellay  (pie  Moulue  apprit  tout  cela.  Après  les  avoir  lus, 
il  se  rendit  compte  (pie  le  nuMier  d'(''cr-ivain  était  un  métier  comme 
celui  de  soldat,  et  il  s'elforra  bravement  de  l'apprendre.  Il  eut 
l'ambition,  liri  ([ui  jirsipre-là  avait  affiché  le  (h'dain  des  «  escrip- 
tures  »,  d'égaler  le  modèle  qu'il  avait  sous  les  yeux  ou,  du 
moins,  de  l'imiter.  Il  voulut  non  seulement  préciser  et  coordonner 
ses  souvenirs,  mais  encore  donner  à  son  ceuvre  la  forme  qui  lui 
manquait. 

La  comparaison  des  manuscrits  des  (Jo/n/ncntaires  et  du  texte 

I.   Il,  ii8  (reniontranco  aux  i^-ouvcriu'iii's  de  jtlaces). 


58  LA    COMPOSITION    DES    ((    COMMENTAIRES    )) . 

des  éditions  permet  de  se  rendre  un  compte  très  net  de  ce  curieux 
travail.  Les  additions  et  les  remaniements  faits  à  l'aide  de  du 
Bellay  apparaissent  alors  de  la  façon  la  plus  évidente.  Dès  les 
premières  pages  du  livre,  le  procédé  se  fait  jour.  Après  avoir 
brièvement  rappelé  ses  débuts,  Monluc,  voulant  raconter  sa 
première  campag-ne  —  la  perte  du  Milanais  en  i52  2  —  avait 
d'abord  dicté  : 

La  guerre  se  commenra  uns;  an  après.  Et  pour  ce  (jiie  je  ne  me  reii/.v 
occupper  à  escripre  les  f ai  et  z  des  autres,  nij  les  faultes  par  euLv  commises, 
comme  je  pourrois  bien  faire,  ayant  aussi  bonne  mémoire  à  présent  que 
jamais  et  que  tout  ce  que  je  Jeiz  en  ceste  guerre  là,  je  le  j'aisois  estant 
commandé  et  non  commandant,  je  m'en  arresteraj/  là,  encores  que  en  ceste 
guerre  qui  dura  vingt-deux  mois,  cincj  chevaulx  me  feussent  thués  soubz  moy 
et  ung  sur  (jui  je  fcuz  prisonnier,  estant  si  fort  aymé  en  la  conipanye  que  tous 
ni'aydoient  à  me  remonter,  mesme  ung  cousin  germain  de  ma  mère,  nommé 
monsr  de  Rocquelaure,  m'en  donna  deux  en  dix  jours  qui  ne  me  durarent  plus. 
Or  nous  perdismes  en  ce  voiaifje  la  duché  de  Millan,  que  si  je  vouUois  estre 
historien  et  que  le  Roi/  me  com/nandast  d'escrire  la  vérité,  je  oouldrois  bien 
asseurer  que  je  le  j'airois  aussi  bien  que  homme  de  France,  j'entens  des  lieux 
là  où  j'estois  et  non  des  autres.  Car  je  ne  vouldrois point  escrire  chose  aucune 
pour  oijr  dire.  Estant  douci]  toutes  les  companyes,  etc.' 

De  cette  première  rédaction,  Monluc  a  conservé  les  passag^es 
en  italique,  qu'il  a  d'ailleurs  modifiés  en  surcharg-eant  le  texte 
primitif  d'additions  de  style.  Mais  le  morceau  a  été  remanié, 
amplifié  et  complété  au  moyen  de  du  Bellay.  L'auteur  lui  a  em- 
prunté d'abord  des  considérations  morales,  dans  le  goût  des  his- 
toriens du  temps,  sur  la  rivalité  de  François  P''  et  de  Charles- 
Quint.  Le  récit  de  du  Bellay  commence  d'une  façon  analogue  : 

Or,  messieurs,  pour  vous  faire  entendre  la  source  et  origine  de  la  guerre 
d'entre  deux  si  grands  princes  (|ue  l'Iùnpereur  et  le  Roy,  par  laciuelle  sont 
adveimes  tant  d'eversionsde  villes,  oppressions  de  peuples,  ruines  de  provinces, 
et  la  mort  de  tant  de  gens  de  bien  et  de  vertu,  je  le  vous  diray  sonunairemenl; 
et  jugerez,  par  adventure,  que  le  commencement  fut  pour  peu  d'occasion  ;  mais 
Dieu,  (pii  est  là  liault,  l'avoit  (comme  j'estime)  ainsi  délibéré,  soit  pour  punir 
les  péchez  des  subjets  et  les  attirer  à  le  recognoisire,  ou  se  venger  des  grandz 
de  la  terre,  i\u\  peu  souvent  le  recognoissent  comme  ils  doivent,  etc.^ 

Moiihic    a  cnijjiiinl»''    l'idée   géni'ialc    cl    le   mouvement    de    ce 

1.  Texte  du  ler  ms  ,  fo  2  r». 

2.  Dl-  Beixay,  coll.  Petilol,  XVII,  288. 


LES    EMPRUNTS    A    MARTIN    1)11    BELLAY.  69 

pompeux  exorde  ;  il  a  lenlé  de  se  liausser  au  (on  de  son  modèle, 
tout  en  restant  orit^inal.  L'idée  que  François  r'""  et  Charles-Quint 
réunis  auraient  détruit  les  Turcs  était  courante  au  seizième  siè- 
cle '  ;  mais  l'évocation  de  la  retraite  de  l'empereur  au  monastère 
de  Yuste  apj)ailient  en  jtr(»[)re  à  IVlonluc.  S'il  a  lu  du  liellav  — 
et  il  le  laisse  clairement  entendre"  —  il  ne  lui  emprunte  d'ailleurs 
que  peu  :  la  mention  de  la  bataille  de  la  Bicoque  et  de  l'opiniâ- 
treté des  Suisses,  cause  du  désastre  3.  Mais  la  lecture  de  du  Bel- 
lay a  réveillé  en  lui  de  vieux  souvenirs  et  il  note  avec  orj^ueil 
qu'il  combattit  à  pied,  à  la  Bicoque,  «  comme  fist  aussi  monsieur 
de  Montmorency,  despuis  connestable  »  '^. 

Api'ès  le  r(''cil  de  l'escarmourlie  de  Saint-.Iean-de-Luz  —  le  pre- 
mier i^rand  récit  des  Conunenfaires — ,  Moulue,  à  propos  de  la 
capitulation  de  Fontarabie,  due  à  la  traliison  du  capitaine  Fran- 
get,  soudoyé  par  don  Pedro  de  Navarre,  a  fait  une  addition  qui 
n'est  qu'un(;  transcrij)lion  presrpie  textuelle  d'un  passa^^e  de  du 
Bellay  : 

Du  lÎEI.LVY,    XVII,   42O.  MONLUC,    I,    05. 

Vray  est  (|ii"il  [Franoetjdisoil  avoir  Et  parce  que  je  n'y  estois  pas  et  (jue 

esié  contrainct  à  ce  faire    parce   que  je  ne  veux  ])arler  pour  ouir  dire,  je 

(loin   Petre,  fils  du  feu    inarechal   de  n'eu  diray  aullre  choze  si  ce  n'est  que 

Navarre,  avoit  intelligence  aux  enue-  le  cappitaine  Franget,  qui  la  rendit  et 

mis.  Toulesfois  leditFraniJet  fut  à  Lion,  (pii  s'en    deschargeoit  sur  ledicl  doin 

sur  un    cschaffault,    dégradé    de    no-  I^eilro,  fust  desgradé  à  Lyon. 
blesse. 

Cet  emprunt  a  induit  Moulue  en  des  réflexions  morales  sin-  le 
danger  qu'il  y  a  {)our  un  princ-e  à  confier  à  un  transfuge  la  garde 

1.  Le  développeineni  de  cette  idée  a  pu  être  suggéré  à  Monluc  par  un  |)assage 
de  du  Heliay  où  l'auteur  montre  le  sieur  de  La  Roche  du  Maine  déclarant,  en 
août  iTjiU),  à  Charlcs-Ouinl  lui-même,  ([ui  lui  faisait  passer  son  armée  en  revue 
devant  Fossano,  «  (pie  si  (ous  deux  estoient  bien  conseillez,  ilz  s"aj)poinctcroient 
et  tiendroient  eux  deux  et  Turc  et  tous  autres  en  subjection  ».  (XVIII,  A*)'-)  La 
scène  est  frappante  dans  du  Bellay;  elle  a  très  bien  pu  se  fixer  dans  la  mémoire 
de  Monluc,  qui  s'en  est  souvenu  ici. 

2.  «  Je  m'en  arresteray  là  sur  ce  subject  assés  triste,  f/tri  a  eslê  li-airlé  pur 
aullre.  » 

3.  Du  Bellay,  XVII,  W-iiS-W-^i. 

4.  «  Le  seigneur  de  Montmoi-ency,  avec<pies  les  Imict  mille  Suisses  desquels  il 
avoit  la  charge,  estant  à  pied  au  premier  rang...»  (Du  Bellw,  .Wll,  ^78.)  Cf.. 
Brantôme,  III,  333. 


6o  LA    COMPOSITION    DES    ((    COMMENTAIRES    )) . 

d'une  place,   au  cours  desquelles  il  évoque  la   belle  défense  de 
Fontarabie  par  du  Lude,  qu'il  a  lue  aussi  dans  du  Bellav  '. 

Même  procédé  pour  le  sièi^e  de  Marseille  par  les  Impériaux  en 
juillet-octobre  i524.  Monluc  ajoute  à  sa  première  rédaction, 
d'après  du  Bellay,  que  Bourbon  était  accompagné  de  Pescara, 
que  le  siège  dura  six  semaines,  que  le  connétable  n'attendit  pas 
le  roi  ;  il  transcrit  de  plus,  en  la  résumant,  la  phrase  où  du  Bellay 
parlait  de  Renzo  da  Geri  et  de  Brion  : 

Dl-  Bellay,  XVII,  4r)4.  Monluc,  I,  07-68. 

Le   Roy,   advcrty   lUi    chemin    que  Le  seigneur  Rance  de  Cere,  içentil- 

prenoil  ledit  Bourbon,  depesche  le  sei-       homme    romain   des    plus   agueris  et 
gneur  Rence  de  Gère,  homme  fort  ex-       expérimentés,  et  le  sieur  de  Brion   y 
pert  au  faict  des  armes,  et  avecques       estoint    dedens,    avec    bonnes    forces 
luy  le  seigneur  de  Brion,  et  environ       que  le  Roy  y  avoit  envoyées, 
deux  cens  hommes  d'armes  et   trois 
mille  hommes  de  pied,  pour  se  mettre 
dedans  Marseille. 

Pour  la  bataille  de  Pavie,  Monluc  n'a  tiré  de  du  Bellay  (pie 
deux  détails  :  une  allusion  à  l'arjgent  [)rèté  par  le  duc  de  Savoie 
à  Bourbon  pour  lever  des  troupes  en  Allemas;ne  "  et  une  liste 
abrégée  des  morts  et  des  prisonniers  notables 3.  Il  laisse  entendre, 
du  reste,  de  nouveau  qu'il  a  lu  du  Bellay  :  «  Le  discours  de  cesie 
bataille  est  publié  en  tant  de  lieux  que  ce  seroicl  perdre  temps  à 
moy  d'y  employer  le  papier.  » 

Le  récit  de  l'expédition  de  Naples  est  précédé,  comme  celui  de 
la  campayne  de  i^aa,  d'un  exorde  b(\uicoiq)  moins  amj)le  dans 
la  première  rédaction'^.   Ce  développemenl  sur  la  délivrance  du 

1.  Dv  Bellay,  XVII,  ^1-^2. 

2.  Du  Bellay  avait  parlé  des  trnui)es  <i  (juavoit  promis  le  duc  de  Bourbon 
amener  d'Allemagne  des  deniers  qu'il  avoit  recouverts  sur  les  bagues  que  mon- 
sieur de  Savoye  lui  avoit  preste  ».  (XVII,  462.)  Voir  sur  cet  emprunt  une 
lettre  de  la  duchesse  de  Montpensier  à  Charles-Quint,  Champigny,  28  octo- 
bre 1544  (B.  N.,  Clairand).,  33g,  fo  iio,  copie),  publiée  avec  la  date  du  22,  à  la 
suite  de  la  Vie  fie  Louis  de  lioiirhon,  premier  dur  de  Montpensier...  par  Ni- 
colas Coustlkeau,  1642,  p.  187. 

3.  Du  Bei^lav,  XVII,  487. 

4.  Voici  le  texte  du  ms.:  <>  (Cependant  on  prochassa  tant  la  délivrance  du  Roy 
(pi'il  revint  en  France,  et,  estant  de  retour,  envoya  ung  an  après  monsieur  de 
Lîmtrec  au  royaume  de  Naples,  lequel  s'",  comme  desja  j'ay  dit,  me  manda  une 
commission  d'une  com|)anye  de  gens  de  pied,  (pie  je  lui  aienay  de  sept  à  huit 
cens  hommes...»  (f»  8  v'>). 


LES    EMPRUNTS    A    MARTIN    DU    RELLAY. 


6l 


roi,  les  alliances  qu'il  noua,  ses  efforls  pour  «  l'elirer  in('sseiij;iieurs 
ses  eufaus  »  n*;  sont  (ju'uu  bref  et  fort  vai;iie  résumé  du  début  du 
livre  III  de  du  Bellay  '.  Mais  Moulue  lui  erii[)iiiiite  aussi  des  faits 
précis  :  la  nieuliou  de  la  prise  de  Pavie,  <(  laquelle  feusl  «'mportée 
et  demy-bruslé<;  »  ";  celle  de  la  défaite  du  priuce  d'Oranj^e  à  Troia 
et  de  la  prise  de  Melfi  par  Pedro  Navarro-^;  celle  de  la  bataille  de 
Salerue  et  de  la  défection  d'André  Doria,  avec  une  pluase  où  du 
Bellay  est  simplement  démarqué  : 


Du  Bellay,  XVIII,  04. 

Le  seig'neur  de  Laulrec,  averty  de 
ladite  victoire,  inaada  que  l'on  envoyast 
(Ml  France  les  prisonniers  ;  ce  ijui  t'ul 
t'aict,  et  furent  baillez  à  Philippin  l)o- 
rie  avec  deux  gallères  pour  les  con- 
duire; mais  passant  à  Gènes,  le  sei- 
gneur André  Dorie  les  retint,  mettant 
en  avant  que  le  Hoy  ne  luy  avoit  satis- 
fait de  la  rançon  du  prince  d'Orange...; 
dont  tlepuis  avinl  la  ruine  de  nostre 
armée  de  Naples,  parce  que  ce  fut  le 
motif  de  la  révolte  d'André  Dorie;  et 
le  niar(juis  de  Guast  estant  son  pri- 
sonnier, le  prati(pia  pour  l'attirer  au 
service  de  l'Empereur. 


MONLLC,    1,    88. 

De  cette  victoire  vint  nostre  ruine. 
Philippin  ayant  envoyé  les  prisonniers 
à  Gènes  à  son  oncle  et  le  Koy  les  vou- 
lant avoir,  le  sieur  André  Doria  ne  les 
vûidut  rendre,  se  plaii>nant  qu'il  avoicl 
délivré  le  prince  d'Orange  sans  re- 
compense. F^e  marquis  de  Gouast, 
homme  fin  et  ruzé  s'il  en  feust  jamais, 
et  (jui  a  esté  grand  guerrier,  sçeut  si 
bien  esbranler  l'espi'il  mal  content 
d'André  Doria  (preidin  il  tourna  sa 
robe  et  se  rendit  à  l'Empereur  avec 
douze  aralères  *. 


1.  Du  Bellay,  XVIII,  3-i8. 

2.  Jd.,  XMII,  49-  — \'oir,  sur  la  prise  de  Pavie  (5  octobre  1027),  Saluzzo  ui 
Castellar,  Memoria/e  {Misrcll.  di  stor.  it(d.,  VIII,  ()22),  une  lettre  de  Laulrec 
au  roi,  du  camp  devant  Pavie,  i^r  octobre  1527,  publiée  sous  la  dale  inexacte 
de  i524  par  Guami'ollion-Fkjeac,  Captirité,  pp.  22-2O;  une  plaipiette  contempo- 
raine :  La  pi-insc  et  asscinlt  de  Pdrie  f dicte  par  monsieur  de  Ldtistret ,  lieute- 
nant gênerai  du  lioij  iiustre  sire  delà  les  nions  aiwcrfues  la  fuijte  des  Espai- 
fjnoh,  imprimé  par  conr/é  de  justice  l'an  de  tjrace  mil  cinq  cens  oinf/t  sept, 
in-80  de  4  ff-  Hon  chiffrés(B.  N.,  Lb30  48,  Rés.);  et  surtout  les  nombreux  docu- 
ments contenus  dans  Sanuto,  Diarii,  XLVl,  col.  i48-i49,  i5i,  iWi,  ir>7-i('K>, 
1O2,  1O4,  1O7,  170,  172,  178-174,  18.^),  18G,  188. 

3.  Du  Bellay,  XVIII,  53-5().  —  Monluc  a  iléniar(iué  le  membre  de  phrase  : 
«  ...  prince  d'Orange,  lerpiel,  depuis  la  mort  de  feu  M.  de  Bourbon,  estoil 
deniouré  lieutenant  de  l'Empereur  en  son  armée.  «  Voir,  sur  la  rencontre  de 
Troia  (i5  mars  1628)  et  la  prise  de  Melh  {-ïi  mars),  Sanuto,  XLN'II,  col.  i37-i4«> 
i83,  212;  BiiEWEH,  no  409^;  et   une  plaquette  contemporaine  :  La  prinse  du 

prince  et  duc  de  Melplie,  faicte  par  monsieur  de  Lautret ,  aoec ])lusieurs  villes 
et  chasteau.r.  Escript  à  Verse  de  par  le  tout  rostre  cousin  et  ami  Jehan  de 
Goullefrar,  \i'rz><,\,  iii-80,  4  ff.  non  chiffrés  (B.  N.,  Lb3n4,,,  B^s.). 

4.  Sur  la  bataille  de  Salerue  ou  du  caj)  d'Orso  (28  avril  IJ28),  voir  La  Bon- 


62  LA    COMPOSITION    DES    ((    COMMENTAIRES    )) . 

les  détails  sur  la  mort  du  prince  de  Navarre,  le  fait  qu'il  appor- 
tait de  l'aro-ent  et  qu'il  n'était  accompagné  que  «  de  sa  maison 
et  quelques  gentilliommes  volontaires  »',  enfin  la  mention  de  la 
prise  de  Pedro  Xavarro,  «  mené  prisonnier  dans  la  roque  de 
Naples,  où  on  le  fit  mourir  »".  Ces  emprunts  sont  soulignés, 
comme  précédemment,  par  une  allusion  discrète  :  «  Plusieurs  en 
ont  escript.  »  Remarquons  aussi  —  le  fait  est  exceptionnel  — 
que  Monluc,  après  avoir  lu  du  Bellay,  a  atténué  une  affirmation  : 
il  avait  écrit  d'abord  que  le  royaume  de  Naples,  avant  d'être 
perdu,  fut  çaij^né;  il  a  corrigé  :  «  pj-esque  gaigné  ». 

Le  début  du  récit  de  la  campag-ne  de  i536  (invasion  de  la 
Provence  par  [Cliarles-Ouinl)  a  été  également  renianié.  La  pre- 
mière rédaction  portait  simplement  la  mention  d(  la  création  des 
légionnaires.  La  seconde  contient  une  transcription,  d'ailleurs 
originale,  d'une  phrase  de  du  Bellay  : 

;Du  liELLAY,  XVIII,  268-269.  Monluc,  I,  106. 

Et  afin  que  soudain  [il  [le  roi]  eusl  Au  premier  remuement  de  guerre, 

les    hommes  à    sou    premier  mande-  le  Roy    Fran(;ois    dressa    les    légion- 

ment,  ordonna  avec  ceux  de  son  con-  naires...  C'est  le  vray  moyen  d'avoir 

seil  de  dressera  l'exemple  des  anciens  tousjours  une  bonne  armée  sur  pied, 

Romains  en  cha([ue  province  de    son  comme  faisoint  les  Romains, 
royaume  une  léiiion  de  six  mille  hom- 
mes de  pied. 

Monluc  a  ensuite  l'ait  un  exorde  (pii  rappelle  le  début  pom- 
peux du  vi^"  livre  des  Mémoires^.  Il  a  contrôlé  dans  du  Bellay 
l'énumération  des  capitaines  qu'il  se  souvient  avoir  vus  au  siège 
de  Marseille  '.  La  lecture  de   la   «    pralicque    »   du    marcpùs   de 

(;n';uK,  Ilialoire  de  la  Marine  frdiiçaise,  III,  220-228,  cpii  donne  une  bibliogra- 
phie complète  du  sujet. 

I.   DuBeix.vy,  XVIII,  69-70. 

■2.  Itl.,  X\'III,  76  :  «  Et  lut  mené  Petre  de  Navarre  à  Naples,  où  il  mourut.  » 
Muuluc  a  ajouté  de  son  cru  (jue  l'Empereur  avait  «  mandé  qu'on  luy  Ht  coupper 
la  teste  ».  Cf.  Brantôme,  I,  iSg-iôo. 

3.  Di:  Bem.ay,  XV^III,  395-396, — La  rédaction  primitive  portait  simplement  : 
«  Et  au  boult  lie  (juehpie  temps  (jue  rEm|)ereur  Charles  venoit  |)our  entrer  en 
Provence,  nostrc  companyc  feusl  la  première  qui  arriva  à  Marseilhe...  » 

/|.  11  a  ajouté,  d'après  du  Bellay,  le  nom  du  baron  d'Auliigeoux,  mais  tandis 
(pie  (lu  Bellay  aftirmc  (pie  les  compagnies  de  Bouliéres  et  de  Villebon  furent  à 
Marseille,  Monluc  maintient,  comme  il  l'avait  d'abord  dicté,  (|u'il  n'en  est  pas 
sûr. 


LES    EMPRUNTS    A    MARTIN    DU    BELLAY. 


63 


Saluées  avee  Antonio  de  Loyva  lui  a  inspiré  une  eourte  addition 
à  la  mention  du  sièi^e  de  Fossano  '.  Le  réeit  de  l'invasion  de  la 
Provence  se  termine  par  une  addition  où  lauleur,  après  du  Bel- 
lay, rend  hommage  à  Montmorency  et  mentionne  la  mort  d'An- 
tonio de  Leyva".  Plus  loin,  le  récit  très  bref  de  la  campas^ne 
d'Artois  (nuits-juillet  lô.'^y)  a  été  de  même  allongé  de  quelques 
lignes  où  sont  rappelés  le  ravilailN^nent  de  Tliérouanne  par 
d'Annel)auIt  et  rim[)rudence  dont  il  ("ut  \  ictime^.  Une  brève  addi- 
tion à  la  mention  du  forcement  tlu  pas  de  Suse,  rappelant  la 
brillante  conduite  de  Moutnioiencv,  prouve  (jue  Moulue  a  lu 
l'ample  récit  de  cette  opération  dans  du  Bellay  ^,  à  (jui  il  fait 
encore  un  em[)runt  transparent  pour  noter  la  trêve  tle  dix  ans^. 
Le  paragraphe  où  est  rappelée  l'élévation  de  Montmorency  à  la 
dig-nité  de  connétable  est  une  simple  mise  au  point  des  Mémoi- 
res : 


Dv   lÎKLLAV,  XIX,   290. 


.Mdnluc,  I,  i3i. 


Le  Koy,  voulant   honorer  ceux  ((ui  Sur  la  tin  de  ceste  guerre,   le  f\oy 

aux   guerres  précédentes  avoient  Ira-  honnora    monsieur  le  grand    maisU-e 

vaille  pour  lui  faire  service,  cl,  enlr'au-  de  Testai  de  connestable,  lequel  avoict 

1res,  messire  Anne,  seigneur  de  Mont-  tousjours  vacqué,  comme  a/uict/tis- 

niurency...,  l'honora  de  Testât  de  con-  f/ties  ici/,(les/)iiis  Idin'jrl  du  seifjncur 

nestable,  auquel  n'avoit  esté  pourveu  de  Moiifmoi'encij. 
depuis  le  [)artemenl  de   niousieur  de 
Bourbon. 

Les   provisions    d(ï    létat   de   coiuiétable    (mi    faveur    d'Anne    de 


1.  Voir  ce  récit  dans  Du  Bellvy,  X,VIII,  p.  402  et  suiv.  —  Monluc  dit  (|ue 
la  trahison  du  inan|uis  fut  «  énorme  et  peult  eslre  inouye  ».  Du  Bellay  avait 
écrit  :  «  Et  cerlainemcnt  il  ne  tut  encores  jamais  veu,  ouy  ne  leu  (pTun  chef 
d'armée  feisl  une  t'aulte  si  orde  et  si  infâme.  »  (XV'tlI,  ^yr.)  Sur  la  défection  de 
Franccsco,  maiNpiis  de  Saluées,  voir  A.  Tallone,  (ili  iillinii  iiuti-chesi  di 
Saliicco,  njoi,  pp.  f\{)-')3. 

2.  Du  Bellay  a  longuemeni  insisté,  dans  son  \'ll''  livre,  sur  Torganisalinn 
de  la  défense  par  le  grand-maUrc.  Il  avait  aussi  mentionné  la  mort  de  Leyva 
(XIX,  158).  M.  de  Montmor  annonçait  cette  mort  à  M.  de  I lumières  le  (j  sep- 
tembre i530,  du  cam[)  près  Avignon  (B.  .\.,  C.lairandj.,  335,  f'J2«j8). 

3.  Du  Bki.i.av,  XIX,  243-2/(5.  —  Les  Mémoires  racontent  eu  grand  détail 
cette  campagne, 

4.  Du  liEi.uAY,  XIX,  275-278. 

5.  Du  Bellay,  après  avoir  raconté  Tcnlicvue  de  .Nice,  avait  dit  cdnunenl  le 
pape,  «  voyant  n'y  avoir  moyen  d'y  trouver  une  paix  tinalle,  proposa  une  Irefve 
de  dix  ans  ».  (XIX,  293.)  .Monluc  transcrit  :  «  Aussi  fit-on  une  Ircfvc  pt)ur  dix 
ans,  voyant  (ju'on  n'avoict  peu  fere  la  paix.  » 


64  LA    COMPOSITION    DES    ((    COMMENTAIRES    ». 

Montmorency  sont  du  lo  février  lôSy.  Moulue,  sans  souci  d'une 
exacte  chronologie,  a  inséré  son  addition  aj)rès  la  mention  de 
l'invasion  du  Piémont,  qui  eut   lieu  en  octobre. 

Le  récit  du  sièg^e de  Perpignau  (août-septembre  1042)  débutait, 
dans  la  rédaction  primitive,  par  celte  simple  plirase  :  «  Quelque 
temps  après,  le  Roy  dressa  uni;;  camp  pour  veuir  assiéger  Per- 
pignan, où  il  envoya  mous'"  le  dauphiu  et  mous'  le  mareschal  de 
Hanebaull,  qui  despuis  a  esté  admirai  »  '.  Après  avoir  lu  du 
Bellay,  Moulue  a  jn^é  nécessaire  de  rappeler  d'un  mot  le  pré- 
texte de  la  réouverture  des  hostilités  (le  «  vilain  et  sale  assas- 
sinat »  de  Freg-oso  et  de  Rincon  ")  et  la  mise  en  campag-ne  de 
deux  armées  :  l'une  en  Luxembourj:;-,  sous  les  ordres  du  duc  d'Or- 
léans ;  l'autre  en  Roussillon,  so.is  le  dau[)hin  et  d'Annebault  ^\ 
II  lui  a  aussi  emprunté,  sans  y  rien  changer,  les  chiffres  de  l'ar- 
mée *  ;  il  rappelle,  d'après  lui,  que  Monpezal  fut  l'auteur  de  l'en- 
treprise-''; que  l'Espagne  en  était  «  toute  abreuvée  » '^';  que  le 
duc  d'Orléans,  plus  heureux  que  le  dauphiu,  prit  Luxembourg  '^  ; 
enfin  que  l'approche  de  la  saison  des  pluies  obligea  à  lever  le 
siège  et  que  la  reti'aite  ne  se  fit  pas  sans  peine,  «  tant  ce  pays 
esloict  mauvais  pour  se  tenir  là  »^. 

Le  morceau  qui  suit  le  récit  de  la  campagne  de  Roussillon  est 
très  différent  —  de  Ruble  l'a  noté  —  dans  les  manuscrits  et  dans 
les  éditions.  La  première  rédaction  ne  contenait  pas  la  harangue 

1.  Texte  (lu  ler  nis.,  f»  22  lo. 

2.  Raconté  par  Du  Bellay,  XIX,  3i  i-3i2. 

3.  «  Doncques  de  premier  sault  il  envoya  un  chef  de  ceste  entreprise,  son  tils 
puisné  Charles,  duc  d'Orléans...  [^'endroit  du  Luxeinbours^  choisit  il  pour  avoir 
plus  aisé  moyen  de  recueillir...  les  Alleniaiuls  venans  à  sa  suuldc...  lui  Rous- 
sillon envoya  nionseitfueur  le  dauphin...  clan  mareschal  d'Annchaull...  ordonna 
d'estre  auprès  dudit  seiu^neur  pour  la  principale  ct)nduitte  de  la  guerre.  »  (Du 
Bellay,  XIX,  3CG-367.) 

4.  Du  Bellay,  XIX,  378. 

5.  a  Monsieur  de  Monj)ezat,  pmii-  Tadv  is  (hupicl  avoit  este  dressée  ceste  entre- 
prise...  »  (XIX,  379.) 

t).  ('  il  est  apparent  (pi'ils  estoiciil  aïKcrlis,  veu  (pie  le  sieur  (rAiinehaiiIl 
avoit  séjourné  en  Piémont  un  mois  ou  ciiK]  semaines  et  (pi'il  estoil  comniuii, 
dès  Piémont,  (ju'on  alloit  à  Perpignan.  »  (XIX,  37(j.) 

7.  Du  Bellay,  XIX,  374-370. 

8.  /(/.,  XIX,  38o  :  ((  Approchant  l'hiver  (aiii|uel  on  alloit  entrer)  le  pais  esloit 
de  telle  nature  ([u'aux  premières  pluies  (pii  viendroient,  il  n'y  auroit  ordre  de 
retirer  l'armée...  Noslre  camp  deslogea  à  telle  heure  (|ue,  s'il  eust  cncores 
attendu  trois  jours,  ce  (ju'on  craiguoil  des  inuudalions  luy  fust  advenu...   » 


LES    EMPRUNTS    A    MARTIN    DU    BELLAY.  65 

prononcée,  dans  les  premiers  jours  de  déceml)re  i542,  [)ar  Jean 
de  Monluc  devant  le  sénat  de  Venise,  à  propos  de  l'affaire  des 
révélateurs,  pour  justifier  François  I®'"  de  s'être  allié  avec  les 
Turcs.  L'auteur  des  Commentaires,  en  l'insérant  dans  son  livre, 
a  voulu  le  rendre  plus  semblable  au  modèle  cju'il  avait  sous  les 
yeux.  Martin  du  Bellav  n'avait-il  pas  de  même  inséré  dans  ses 
Mémoires  le  discours  (|ue  son  frère  (iuillaume  ])rononra,  le 
10  déceml)re  iWXi,  à  Au^sbourg,  devant  h's  Etals  d'Alleniaii;-ne, 
en  faveur  du  duc  Christophe  de  Wurtemberg  '  ?  La  préoccupation 
liKéraire  est  ici  remarquable.  Monluc  voidaif  certainement  ac- 
croître la  beauté  de  son  livre  en  y  introduisant  ce  grand  morceau 
d'éloquence,  œuvre  d'un  humaniste  et  d'un  écrivain  plus  expéri- 
menté que  lui-même.  La  traduction  française  de  la  harangue  ita- 
lienne avait  été  faite  sans  doute  par  Jean  en  personne;  de  Rnble 
l'ail  justement  remarquer  que  le  style  n'esl  pas  celui  de  Biaise. 
M.  Emile  Picot  confirme  cette  opinion  en  notant  (jue  la  traduc- 
tion n'est  nullement  littérale  et  ([ue  l'orateur  paraît  avoir  retou- 
ché son  discours  ". 

Après  cette  importante  addition,  Monluc  a  dû  faire  un  raccord. 
C'est  sa  seconde  rédaction ,  pour  laquelle  il  a  encon;  utilisé 
du  Bellay.  Il  lui  emprunte,  en  le  modifiant  à  peine,  le  chiffre 
des  g-alères  de  Barl)erousse  qui  vinrent  assiéger  Nice  ^  et  aussi  ce 
détail  que  la  \ille  fut  prise,  mais  non  le  château ''^.  Il  anqilifie, 
d'après  lui,  ce  qu'il  avait  dit  du  siège  de  Coni  par  d'Annebaull, 
en  ajoutant  qu'on  fut  bien  «  frotté  »  à  l'assaut  pour  avoir  mal 
reconnu  la  brèche  et  en  notant  la  belle  conduite  de  Sampiero 
Corso,   «  qui  feust  presque  assommé  »5.  Il  ajoute  que  d'Anne- 


1.  De  Bellay,  XVtll,  224-203.  —  Voir,  sur  ce  discours,  BounniLLv,  op.  cit., 
|)|).  156-157. 

2.  E.  Picoï,  Les  Franrais  i/dliani.saiils  an  seizième  siècle,  iyo(),  p.  22/),  n.  :>.. 
Le  texte  italien,  dont  plusieurs  copies  sont  conservées  à  la  B.  N.,  a  été  publié 
par  Weiss,  Papiers  d'Elatdu  cardinal  Graiwelle,  III,  1-12. 

3.  Du  Bellay  avait  dit  :  «  cent  et  dix  «çallères  »  (XIX,  477);  -^I^JûIuc  :  u  cent 
ou  six-vingts  ». 

4.  Du  Bkllay,  XIX,  477-478. 

5.  Voir  le  récit  détaillé  du  siège  de  Coni  dans  ni'  Bi;llvv,  XIX,  3i)0.  3().")- 
3(j()  :  (i  Va  après  (pie  la  brèche  fut  faicte,  on  donna  l'assault;  nos  gens  arrivés 
sur  le  hault  trouvèrent  un  rempart  derrière  la  brèche,  pourveu  de  bons  hommes, 
(le  sorte  (ju'après  avoir  combatu  une  heure  sur  le  hault  de  la  brèche,  ils  furent 
contraincls  de  se  retirer.  Il  y  mourut  des  noslres  beaucoup  de  gens  de  bien, 


66  LA    COMPOSITION    DES    «    COMMENTAIRES    ». 

bault,  avant  de  rentrer  en  France,  au  début  de  janvier  i543, 
prit  quelques  petites  places,  qui  sont  nommées  dans  du  Bellay  : 
Villanova  d'Asti,  Poirino,  Cambiauo  et  Riva  di  Chieri.  Le  rac- 
cord se  termine  par  une  allusion  très  claire  à  plusieurs  histoires 
lonsi^uement  contées  par  du  Bellay  et  contemporaines  du  séjour 
de  Moulue  à  Savigliano  :  l'iiistoire  du  juge  de  Turin,  la  tentative 
de  deux  caporaux  du  capitaine  La  Molle  pour  livrer  Turin  à 
César  de  Naples,  la  «  praticque  »  enfin  de  César  de  Naples  pour 
faire  entrer  dans  la  ville  des  soldats  cachés  dans  des  chariots  de 
foin'.  Par  cette  allusion  à  des  histoires  où  il  n'y  avait  rien  «  de 
sou  particidier  n.  Moulue  semble  avoir  voulu  laisser  dans  son 
livre  une  trace  du  plaisir  ([u'il  éprouva  en  les  entendant  lire  dans 
du  Bellay. 

Deux  additions  tirées  des  Mémoires  apparaissent  encore  dans 
le  récit  du  siège  de  Mondovi.  Du  Bellay  avait  dit,  à  propos  des 
Suisses  qui  composaient  la  g-arnison,  que  ce  sont  «  ^ens  mal 
aguerris  pour  la  garde  d'une  place,  car  c'est  leur  naturel  de 
combattre  en  campagne  »".  Moulue,  parlant  des  mêmes  Suisses, 
ajoute  à  sa  première  rédaction  :  «  Encores  que  ce  ne  soict  leur 
mestier  de  garder  places.  »  Il  décerne  aussi  au  gouverneur  de 
Mondovi,  de  Dros,  une  épithète  que  lui  avait  déjà  donnée 
du  Bellay  3.  Il  lui  emprunte  enfin,  aux  dernières  lignes  du  pre- 
mier livre  des  Commentaires,  l'un  des  motifs  pour  lesquels  le 
comte  d'Anguien  fut  envoyé  à  la  place  de  Boutières  pour  com- 
mander en  Piémont.  Du  Bellay  en  avait  donné  deux  :  «  Le  Boy, 
dit-il,  adverly  que  ledit  de  Boutières  n'estoit  bien  obey  en  son 
armée,  depescha  monseigneur  François  de  Bourbon,  sieur  d'An- 


entrc  auU'es...  le  lieuteQuiit  et  enseigne  du  capitaine  Saincl  Petre  Corse,  et  luy 
fut  fort  foullé  de  couj)s  de  pierre.  » 

I.  Du  Bellay,  XIX,  /|()4-4o8,  l\oS-[\io,  l\io-l\\i.  —  Sur  la  dernière  de  ces 
histoires,  voir  la  confirmation  par  les  documents  dans  Segre,  Carlo  //  di 
Sanoia...  [Memorie  délia  R.  Accad.  d.  Science  di  Torino,  1908,  t.  LU, 
pp.  169  et  218-219).  ^ï-  Scg'i'c  remarque  ([ue  le  récit  des  documents  concorde 
avec  celui  de  Cambiano,  Historien  discorso  [Monnin.  hist.  pair.,  vol.  I,  Scrip- 
lor.,  col.  10OO-G7).  Il  est  juste  d'ajouter  (jue  Cand)iano  a  simplement  traduit 
du  lîellay. 

:>.   \)v  Hkllay,  XIX,  ^78. 

3.  Du  iJellay  avait  qualitié  de  Dros  d'à  homme  de  guerre  et  bon  esprit  », 
Moulue,  après  avoir  dit  que  «  c'cstoict  ung  des  vaillans  hommes  (jui  sourtit 
jamais  du  Piedmonl  »,  ajoute  :  «  et  des  meilleurs  esprits  ». 


I 
I 


LES    EMPRUNTS    A    MARTIN    DU    BELLAY.  67 

g-iiien,  pour  aller,  en  lieu  d'iceluy  sieur  de  Boutières,  estre  sou 
lieutenant  gênerai  en  Piémont.  13'autre  part,  le  Roy  n'avoit 
trouvé  bon  que  ledit  de  Boutières  eust  permis  l'ennemy  si  légè- 
rement fortifier  et  envitailler  Cariçnan,  sans  l'en  avoir  empes- 
ché  '.  »  Monluc  transcrit  la  seconde  raison  et  ajoute  simj)lement  : 
«  avec  d'aultres  occasions  particulières  ».  Mais  en  deux  aulres 
endroits,  se  souvenant  de  du  Bellay,  il  ajoute  après  coup  que  la 
discipline  laissait  à  désirer  dans  l'armée  de  Boutières. 

Le  récit  de  la  journée  de  Cérisoles  est  fort  dillerent  dans 
du  Bellay  et  dans  Monluc.  Le  second  doit  pourtant  un  certain 
nombre  de  détails  au  premier  :  les  noms  des  gentilshommes  qui 
vinrent  de  la  cour  ^  ;  la  mention  du  blocus  de  Carignan  par  le  comte 
d'Anguien-^;  l'ordre  de  bataille  de  l'armée  française,  résumé  avec 
une  lég-ère  variante  due  peut-être  à  une  simple  négligence  '  ;  enfin 
et  surtout  l'important  détail  relatif  à  la  paye  des  troupes,  (jui  tient 
une  si  grande  place  dans  le  récit  de  du  Bellay,  que  Moiduc  avait 
primitivement  oublié  et  ([u'il  a,  dans  sa  seconde  rédaction,  rap- 
pelé en  deux  endroits,  en  l'adaptant  adroitement  à  sa  propre  nar- 
ration. Il  avait,  en  effet,  d'abord  écrit  :  «  Je  trouvay,  à  mon  arrivée, 
tous  les  cappitaines  de  nosfre  régiment  mutinés,  jusques  aux  sol- 
da tz -\  »  Après  avoir  lu  du  Bellay,  il  ajoute  :  «  lesquelz  deman- 
doinct  paye;  mais  on  les  amuza  sur  l'arrivée  de  monsieur  de 
Langey^  qui  portoict  quelque  argent  ».  Après  avoir  raconté  le 
conseil  où  l'on  décida  de  combattre  le  lendemain,  il  dit  dans  sa 


1.  Du  Bellay,  XIX,  485. 

2.  Moulue  u'a  pris  ({ue  <}uatre  noms  à  la  liste  plus  complète  de  du  Bellay 

(XIX,  490). 

3.  Du  Bellay,  XIX,  486  :  «  Et  pour  autant  ({ue  la  place  de  Carignan  estoit 
eu  plaiu  pais...,  fut  advisé,  selon  l'opinion  de  tous  les  capitaines,  n'estre  raison- 
nable d'enlrei)rendre  de  la  forcer...  mais  la  conclusion  fut  prise  de  l'afFamer. 
Kt  j)our  cest  effecl  s'en  alla  ledit  sieur  d'Anguien  camper  à  Vimeu.  >>  Monluc  : 
«  Pendant  mon  séjour,  M.  d'Anguicn  boucla  Carigium,  ne  le  pouvant  emporter 
de  vive  force  sans  beaucoup  de  perte,  campant  cependant  à  ^  imeus  et  à  f!ar- 
inagnolle.  » 

4.  Du  Bellay,  XIX,  496-497,  parle  de  3. 000  Gruyériens;  Monluc  A'ii  4-oou. 
La  première  rédaction  était  très  vague  et  très  incomplète  :  «  Feust  ordonné  ipie 
les  Suisses  et  nous  condjatrions  ensemble  à  l'avant-garde.  Et  les  Gruriens,  les 
companyes  de  mons''  des  Gros,  les  troys  de  monsieur  de  Dros  et  troysou  (jualre 
aulres  companyes  d'Ytaliens  se  reunyroient  en  uni;-  b;ilaillon  et  scroieni  près 
des  Gruriens  »  (f"  56  ro). 

5.  Te.xte  du  i''''  ms.,  fo  54  v'J. 


68  LA    COMPOSITION    DES    «    COMMENTAIRES    ». 

première  rédaction  que  l'on  prit  rendez-vous  pour  une  heure 
avant  le  jour.  Il  a  ajouté  dans  la  seconde  :  «  remonstrant  cepen- 
dant aux  cappitaines  et  soldatz  que  le  payement  se  feroict  mal  à 
propos  à  la  teste  de  l'enneniv,  et  qu'il  failloict  attendre.  Ce  feust 
une  ruse  pour  amuser  ceux  qui  demanderoinct  de  l'arg-ent.  » 
Souvenir  de  du  Bellav,  qui  avait  raconté  un  peu  différemment 
ce  subterfug'e  '.  Monluc  lui  doit  encore  la  mention  du  désespoir 
du  comte  d'Anguien  en  voyant  la  fuite  de  ses  gens  de  pied  et 
«  qu'à  peine  luy  restoit-il  cent  chevaux  pour  soustenir  le 
chocq  »  '  ;  le  mot  sur  la  lâcheté  des  Gruyériens  :  «  Ils  sont  voi- 
sins des  Suisses,  mais  il  n'y  a  non  plus  de  comparaison  que  d'uni? 
asne  à  un  cheval  d'Espaiçne  »-";  enfin  le  tableau  des  Suisses 
«  tuant  et  ruant  leurs  grandes  coutillades  en  criant  :  Mondovi! 
Mondovi!  là  où  on  leur  avoit  t'aict  mauvaise  guerre  »  '^.  Le 
chiff're  des  morts  est  transcrit  de  du  Bellay  \  d'après  qui  Monluc 
fait  encore  allusion  à  la  richesse  du  butin  ^,  à  la  prise  des  places 
voisines  et  en  particulier  de  Ciarig nan  ",  aux  conséquences  qu'au- 
rait pu  avoir  la  journée  si  l'on  avait  su  tirer  parti  de  la  victoire  '*, 
enfin  au  rappel  en  France  de  la  plus  g-rande  partie  des  troupes 


1.  Du  Bellay  avait  clil  qu'on  décida  de  tloniior  ralarme  pendant  la  nuit  : 
«  Puis,  souIjs  couleur  qu'on  n'auroil  le  loisir,  eu  esa;ard  à  la  proximité  de  l'en- 
nemy,  de  faire  le  payement  des  gens  de  pied  à  la  banque,  fut  ordonné  à  chaque 
enseigne  son  trésorier;  car  nous  avions  espérance  que,  devant  que  l'argent 
qu'on  avoit  apporté  fust  distribué  aux  soldats,  nous  serions  à  la  bataille.  » 
(XIX,  4y5.) 

2.  Du  Bkll.vy,  XIX,  5 10. 

3.  Du  Bellay  avait  dit  énergiqucmeut  :  «  J'ay  ouy  dire  qu'il  est  malaisé  de 
déguiser  un  asne  en  coursier.  »  (XIX,  482.) 

4.  «  Lesquels  estoient  irrités  pour  la  mauvaise  i>ucrre  (jue  les  Im|)eriaux  leur 
avoient  faitte  au  Monldevis...  en  souvenance  de  laquelle  ils  crioiut  Monl- 
denis...  »  (Du  Bkllay,  XIX,  ûw.) 

5.  «  De  douze  à  (juinze  mille  lioiniucs  de  toutes  nations  »,  dit  du  Bellay 
(XIX,  5i3).  —  «  De  douze  à  quinze  mille  hommes  des  ennemis  »,  dit  Monluc. 

6.  Du  Bellay,  XIX,  5i2  :  «  Il  se  trouva  bien  pour  trois  cens  mille  francs 
tant  en  argent  monnoié  qu'en  vaisselle  d'argent  et  autres  richesses.  » 

7.  /d.,  XIX,  5 16-5 18. 

8.  Du  Bellay  (XIX,  f)!;"))  crilicpie  l'ordre  donné  au  comte  d'Anguien  d'affa- 
mer simplement  Carignan  :  «  Oui  fui,  ce  me  semble,  chose  assez  mal  digérée, 
car  si  l'IOmpereur  eusl  senty  le  duché  de  Milan  csbranlé  et  en  danger  de  perdi- 
tion,... il  eust  esté  contraint  d'y  convertir  ses  forces.  »  VA'.  .Monluu  :  «  Si  on 
cusl  sceu  fere  |)rnHct  de  ceste  bataille,  .Milancstoiet  bien  esbranlé.  » 


LES    EMPRUNTS    A    MARTIN    DU    BELLAY.  fif) 

du  Piémonl  on  j)i'évision  rriine  invasion  simultanée  du  roi  d'An- 
i^leterre  et  de  l'Emperenr  '. 

Le  récit  de  la  camisade  de  Bonloi^iie  s'ouvre  dans  les  éditions 
par  un  exorde  qui  manque  dans  les  manuscrits.  Celte  addition 
a  été  faite  partie  de  réflexions  personnelles,  partie  d'emprunts  à 
du  Bella\',  que  Moulue  clierclie  encore  nue  fois  à  imiter. 
Du  Bellay  avait  dit,  avant  lui,  que  Cliarles-Quint  fit  alliance  avec 
Henri  VIII,  «  contre  la  foy  j)roiuise  au  pape  »  ",  qu'il  avait  ('t<' 
décid«';  que  l'Einpei-eur  entrerait  en  Fr'ance  par  la  Champayiie  et 
que  les  deux  alliés  devaient  marcher  droit  sur  Paris.  Il  lui  em- 
prunte aussi  les  chiffres  de  leurs  armées,  qui  «  estoinl  de  quatre 
vinglz  mil  hommes  de  pied,  vin^-t  mil  chevaux,  avec  ung-  nombre 
infiny  d'artillerie  »  ^.  C'est  encore  d'après  lui  qu'il  mcntionru' 
la  reddition  par  le  sieur  de  Vervins  de  Boulo^ne  aux  Aiii^lais, 
contée  dans  les  Mémoires'^.  Enfin  il  termine  le  récit  de  la  cami- 
sade en  rc'sumant  le  passag-e  où  du  Bellay  explicpie  que  le  dau- 
phin, «  voyant  les  pluies  si  continuelles,.,,  se  retira,  par*  Tadvis 
des  capitaines,  vers  Monstreul,...  laissant,  pour  faire  teste  à  ceux 
de  Boulongne,  monsieur  le  mareschal  du  Biez,  avecques  les  ban- 
des tant  françoises  qu'italiennes  venues  de  Piémont,  et  puis  se 
relira  devers  le  Koy,  qu'il  trouva  à  Sainct  Germain  en  Laye  »  -. 

Entre  la  camisade  de  Bouloî^ne  et  la  coucpiète  de  la  teric  d'Oye, 

1.  IJu  Biii.i.Av,  XIX,  521  :  «  Le  Wny  Feil  ro.s|)()iise  audit  sieur  trAiiii,ui(Mi  (im-, 
pour  se  fortifier  à  l'encontre  de  l'Empereur  et  du  roy  d'Angleterre,...  il  lny 
renvoyast  de  Piémont  six  mille  soldats  fVaiirois  des  vieilles  bandes  et  six  niillc 
Italiens,  jxiur  résister  à  l'Empereur.  " 

2.  Du  Hki.i.vv,  XIX,  521  :  a  ('.ond)ien  (ju'il  eut  asseuré  le  Pape  (jue  jamais  il 
ne  traitteroil  alliaiiee  avec  ledit  roy  d'An<>leterre...  d'autant  (pi'il  s'estoit  inti- 
tulé chef"  inniie<liat,  après  Dieu,  de  rEi>-lise  ana^licane.  » 

3.  Du  Mkllay,  ihid.  :  «  Pour  l'exécution  de  la(pielle  lii^ue,  ledit  Empereur 
devoit  entrer  par  la  Champaa^ne...  VA  estoil  leur  intention  de  laisser  les  villes 
fortes  derrière  eux  et  marctier  droit  à  Paris;  puis,  cstans  les  forces  de  l'Em- 
pereur et  les  leurs  ensemble  (qui  j)ouvoient  estre,  tant  d'une  part  que  d'autre, 
de  soixante  et  dix  ou  quatre  vin^^t  mille  hommes  de  pied  et  dix  huiet  ou  vina^l 
mille  chevaux,  et  un  nombre  infiny  d'artillerie,  pouldres  et  autres  muni- 
tions), etc.  )) 

4.  Du    lilU.LAY,   XIX,   553-554. 

5.  Du  Bkllav,  XIX,  558.  —  Voici  le  «  résumé  »  de  Monluc  :  «  Voyant  l'hiver 
sur  les  bras,  monsieur  le  daulphin,  ayant  laisse  monsieur  le  mareschal  du  liiez 
à  Montrueil  pour  harasser  Bouloa^ne,  alla  trouver  le  Roy,  lequel  avoict  aussi 
appoinclé  avec  l'Empereur.  »  l^e  dernier  membre  de  phrase  est  une  allusion 
aux  négociations  de  la  paix  de  Crespy,  racontées  par  du  Bellay  (XIX,  55i-553). 


yO  LA    COMPOSITION    DES    «    COMMENTAIRES   », 

Monluc  a  inséré  après  coup  un  bref"  récit  de  l'expédition  navale 
et  de  la  tentative  de  descente  en  Ang-leterre  de  d'Annebault,  en 
juillet  i54o,  simplement  mentionnées  dans  la  première  rédaction. 
('<elte  addition  n'est  qu'un  résumé  du  récit  plus  détaillé  de 
du  Bellay  :  Monluc  fait  simplement  allusion  au  débarquement 
dans  l'île  de  Wi^iit,  aux  combats  sur  mer  du  i8  et  du  19  juillet, 
à  l'incendie  du  Carracon  avant  le  départ'.  Il  ajoute  qu'il  n'en 
dira  pas  plus  long-,  «  parce  que,  pour  mon  particulier,  je  ne  fiz 
rien  qui  feust  digne  d'estre  escript  et  que  le  général  est  assés 
discouru  par  d'aultres  »  ^.  Le  renvoi  à  du  Bellay  est  encore  ici 
très  clair.  Il  a  enfin  trouvé,  rapportées  dans  les  Mémoires,  la  for- 
tification d'Outreau,  dont  il  avait  lui-même  conté  un  épisode,  et  la 
prise  d'un  fort  dans  la  terre  d'Oye  par  les  bandes  de  M.  de  Taix; 
et,  tout  en  conservant  son  propre  récit,  il  a  cru  bon  d'y  ajouter 
quelques  détails  tirés  de  du  Bellay  :  que  le  roi  sollicitait  le  maré- 
chal du  Biez  «  de  mettre  ce  fort  en  deffence  pour  blocquer  Bou- 
logne »  ^,  que  du  Biez  tenta  sans  succès  d'amener  les  Anglais  à 
une  bataille,  «  ce  qui  attira  plusieurs  princes  et  seigneurs  à 
venir  de  la  cour  »  ^. 

Ces  emprunts  à  du  Bellay,  qui  prennent  fin  avec  le  règne  de 
François  P'",  se  terminent  par  un  trait  qui  montre  que  Monluc 
n'a  pas  trouvé  seulement  à  prendre  et  à  louer  dans  les  Mémoires. 
A  propos  d'un  acte  de  bravoure  du  vieux  du  Biez,  (ju'il  rap- 
porte, il  s'écrie  :  «  Les  historiens  sont  bien  desloyaulx  de  taire 
de  si  beaux  actes.  »  Le  repioche  vise  du  Bellay,  à  qui  Monluc 
n'a  certainement  pas  pardonné  de  n'avoir  cité  qu'une  fois  son 
nom,  et  en  passant,  dans  tout  son  ouvrage  :  «  Celuy  qui  a  escript 
la  bataille  de  Cerizolles,  encores  qu'il  me  nomme,  en  parle  tou- 


1.  Du  Bellay,  XIX,  564-582. 

2.  Voir,  sur  la  tentative  de  desceute  en  Angleterre,  l'excellenl  chapitre  (1(> 
L\  RoNciKRE,  Histoire  de  la  Marine  //■ani-aise,  III,  409-431. 

,'>.  l)v  Bellay,  XIX,  563  :  «  Ayant  le  Roy  cest  advertissement  de  la  venue 
desdits  lansquenets...  manda  au  mares chaldu  Biez  (jue...  il  eusl  à  marcher  à 
Boulongne  cl  conuiiencer  le  fort  dont  j'ay  parlé  cy-dessus.  » 

4.  /d.,  XIX,  585  :  «  Les  nouvelles  entendues  à  la  cour  que  le  mareschal 
du  Biez  alloit  donner  bataille,  toute  la  jeunesse  qu'estoit  auprès  du  Roy,  espé- 
rant estre  à  ceste  journée,  deslotj;'ea  pour  s'y  trouver.  >>  L'addition  inspirée  par 
cette  phrase  de  du  Bellay  n'est  pas  à  sa  place  dans  le  texte  des  éditions  des 
Coiiirnenlaires;  ellt;  devrait  être  (piehpies  li^^nes  phis  liaul.  Le  passai;*'  porte 
des  traces  d'un  double  remaniement. 


LES    EMPRUNTS    A    MARTIN    DU    lîELLAY.  7I 

tesfois  en  passant  :  si  me  puis-je  vanter  que  j'euz  bonne  part 
en  la  victoire  '...  »  Lorsqu'il  se  fit  lire  ces  Mémoires,  où  revivait 
toute  une  époque  qu'il  avait  si  bien  connue,  il  ressentit  [)lus 
d'une  fois  de  la  surprise  et  de  la  colère.  Bien  des  faits  intéres- 
sants lui  parurent  avoir  été  oubliés;  pourcpioi  lui-niènie  lenaif-il 
si  peu  de  place  dans  ce  livre?  Du  Bellay  s'était  surtout  attaché  à 
mettre  en  lumière  les  actions  des  rois  et  des  princes  ;  quant  à  la 
foule  anonyme  des  soldats  et  des  simples  capitaines,  de  ces  héros 
obscurs  qui  pourtant  font  l'histoire,  il  l'avait  néglig-ée.  Le  vieux 
Monluc,  qui  était  de  ceux-là,  lui  en  voulut  de  ce  qu'il  regardait 
comme  une  injustice.  On  retrouve  comme  un  écho  de  sa  mau- 
vaise humeur  dans  le  jugement  sévère  que  Montaigne  a  porté  sur 
les  Mémoires  de  du  Bellay  :  «  Somme,  disait  l'auteur  àcs  Essais, 
pour  avoir  l'entière  connaissance  du  roi  François  et  des  choses 
advenues  de  son  temps,  qu'on  s'adresse  ailleurs,  si  on  m'en 
croit  ".  »  C'était  aussi  l'avis  de  Monluc,  et  peut-être  Montaigne 
l'avait-il  recueilli  de  sa  bouche. 

En  reproduisant  presque  toujours  fidèlement,  parfois  textu<'l- 
lement,  ce  que  du  Bellay  avait  dit  a\ant  lui,  l'auteur  des  (Umi- 
mentaires  a,  du  reste  rendu,  sans  le  vouloir,  un  bel  hommage  à 
son  devancier.  En  un  seul  endroit,  il  semble  ne  pas  partager  son 
oj)inion.  C'est  à  propos  du  rap|)el  des  troupes  de  Piémont,  après 
C(''risoles,  au  moment  de  l'invasion  des  Impériaux  :  il  l'approuve, 
«  encores,  dit-il,  qu'il  en  ayt  qui  disent  que  Testât  de  Milan  estoit 
perdu  et  que  l'Empeieur  eusl  rappelé  ses  forces  pour  le  sauver  w^. 
(î'étail  l'opinion  de  du  lîellay.  Mais  Monluc  oublie  qu'il  a  lui- 
même,  quatre  pages  plus  haut,  fait  cette  opinion  sienne  et  qu'il 
se  contredit  formellement.  Nulle  part  ailleurs  il  n'a  contesté  les 
affirmations  de  du  Bellay.  Une  fois  seulement,  il  a  dénaturé  un 
lenseignement  qu'il  en  a  tiré  :  du  Bellay  avait  dit  qu'il  y  eut  à 

1.  m,  5i/|. 

2.  MoNTAiCiNE,  Essais,  liv.  II,  cliaj).  \  (éd.  Motheau  et  Jouaust,  III,  i43-i44)- 
— -  Montaigne  reproche  à  Guillaume  et  Martin  du  Bellay  «  un  içrand  déchet  de 
la  franchise  et  liherlé  d'écrire  (jui  reluit  es  anciens  de  leur  sorte  ».  Cf.  ce  que 
dil  Moulue  à  propos  de  la  [)erte  de  Naples  :  «  t'Iusieurs  en  ont  escript  :  et  est 
H'rand  d()nunaii>e  que  les  escrivains  ne  veullent  escri[)re  la  vérilté  et  ([u'ilz  ne 
mettent  en  arrière  toute  la  craincte  (pi'ilz  ont;  car  les  Hoys  et  j)riuces  y  pour- 
roinct  prendre  tel  exemple  que  peult  estre  seroict  cause  qu'ilz  ne  se  laisseroinct 
pas  pipper,  comme  ilz  fout  bien  souvent.  »  (I,  87.)  I^a  phrase  est  une  addition. 

3.  I,  291. 


72  LA    COMPOSITION    DES    ((    COMMENTAIRES    )) . 

Cérisoles  de  douze  à  quinze  mille  morts  <(  de  foutes  nations  », 
dont  deux  cents  Français  seulement.  Monluc  a  bravement  écrit 
qu'il  y  périt  de  douze  à  ([ninze  mille  hommes  «  des  ennemis  ». 
L'exagération  gasconne,  ou  plutôt  l'altération  volontaire,  est 
flagrante.  C'est,  du  moins,  la  seule  que  l'on  puisse  relever'. 

Les  Mémoires  de  du  Bellay  sont  la  principale  source  utilisée 
par  Monluc  pour  le  règne  de  François  P^  Il  connaissait  aussi 
Guichardin  :  il  se  l'était  fait  lire  jadis;  il  y  avait  pris  plaisir  et  il 
en  recommande  la  lecture.  Mais  il  ne  l'a  pas  eu  sous  la  main 
lorsqu'il  a  revisé  son  livre.  Il  avoue  même  qu'il  a  oublié  son  nom  ". 
En  revanche,  il  a  connu  Paul  Jove  et  il  lui  a  fait  un  petit  nombre 
d'emprunts.  Dans  le  passasse  où  il  rappelle  la  bataille  de  Salerne, 
il  a  ajouté  au  ri'cit  de  du  Bellay,  dont  on  a  vu  qu'il  s'est  inspiré, 
le  nom  précis  du  lieu  du  cond)at  :  Capo  d'Orso.  Il  est  possible 
qu'il  l'ait  tiré  de  Paul  Jove-.  Il  lui  a  certainement  emprunté  ce 
qu'il  a  dit,  à  propos  du  siège  de  Nice,  des  démêlés  de  Barberousse 
et  du  baron  de  La  Garde  :  «  Barberousse  se  faschoit  fort  et  ten- 
noit  des  propos  aigres  et  picquans,  mesmement  lorsqu'on  feust 
constrainci  luy  emprunter  des  poudres  et  des  balles  ».  Cette  ad- 


1.  Du  Bellay  a  lui-même  exagéré,  comme  aussi  Paul  Jove,  qui  donne  comme 
chiffre  «  ad  duodecim  millia  hominum  ».  L'agent  maatouan  qui  suivait  l'armée 
impériale  écrivait,  le  i6  avril  i544>  qu'un  trompeUe  venant  de  Carmagnola 
annonce  qu'il  a  péri  dans  la  bataille  «  circa  dece"  persone,  fra  de  l'una  parte 
et  de  l'allra,  cioè  circa  otto»  de  Imperiali  et  doa"  de  Francesi  ».  Le  21  avril,  il 
précisait  :  a  Francesi  hanno  fatfo  numerare  H  corpi  niorti  nella  battaijflia,  et 
dicono  essere  8"  et  trenla  et  quatro,  o  siano  trente  sei,  fra  de  l'una  parte  et  di 
l'altra.  »  (Vespasiano  liobba  aux  régents  de  Mantoue,  publ.  par  Fr.  Mol.vrd, 
Le  cafle(jgi(j  des  (unhiissddeiirs  de  Muntoue,  dans  le  Bail,  du  Coin,  des  frnv. 
hisL,  1896,  pp.  45i,  453.) 

2.  «  Lises  ou  faictes  vous  lire  souvent  les  livres  (jui  parlent  de  l'honneur  des 
grandz  cappitaines,  mesme  ceux  qui  ont  cscript  de  nostre  temps,  comme  Lan- 
gey,  et  ung  aullre  qui  a  escript  en  ylalien,  je  ne  sray  comme  il  s'appelle,  (|ui 
a  si  bien  escript  despuis  le  roy  Charles  huictiesme;  souvent  je  me  le  suis  faict 
lire,  c'est  ung  bon  autheur.  »  (II,  118.) 

ii.  «  Erat  tum  Philippus  oram  legens  Salernilani  litoris  ad  Coucham  statio- 
nem,  quam  promontorium  tenue,  (Jrsi  capiit  a  nantis  appellatum,  suo  objectu 
efKcil.  »  (Pacu  Jovii  Histor.  sut  lemporib,  lib.  XXV,  ifjoo,  H,  fo  19  C.)  Le 
récit  de  Paul  Jove  est  à  rapprocher  de  la  lettre  (|ue  l'auteur  écrivait  au  pape 
Clément  Vil,  «  di  galera  sopra  Fonte  di  Sal(>rno,  in  calonde  de  magio  1028  « 
(Samto,  Difini,  XI^V'I,  col.  06^1-670),  imprimée  dans  les  Lfflere  vnlgdvi  di 
mous.  Pnrtlo  Gionio,  publ.  pai- Domenichi,  Venise,  i56o,et  traduite  fort  inexac- 
tement dans  le  Joiirndl  d'un  Ijnii/v/pnis  de  Paris,  pp.  352-3Go. 


LES    EMPRUNTS    A    PAUL    JOVE.  78 

dition  paraît  bien  inspirée  par  le  passajçe  de  Paul  Jove  :  »(  Verum 
lot  ictibns  ad  tanlam  deveiitiim  erat  tormentarii  puiveris  et  pila- 
'  rum  iuopiain,  iil  liaec  Poliniis  aiit  mutuo  aut  {)reti()  a  Barharossa 
petere  coçorelur,  freniejite  atque  objurg-ante  barbaro...  '  »  Enfin 
le  récit  de  l'évasion  de  Carlo  Vaçnone,  sieur  de  Dros,  y;-ouv«u- 
neur  de  Mondovi,  après  la  prise  de  cette  place  par  del  Vasto 
(4  novembre  i543),  présente  une  double  rédaction.  Monluc  avait 
d'abord  raconté  que  de  Dros  se  sauva  dég'uisé  en  moine  ou  en 
prêtre  et  qu'il  échappa  aux  soldats  du  duc  de  Savoie,  qui  cher- 
chaient à  le  reconnaître,  g;^râce  à  la  complicité  de  l'un  d'eux  ^.  En 
revisant  son  texte,  à  cette  version  il  en  a  substitut;  uiuî  autre, 
tirée  de  Paul  Jove  :  de  Dros,  trompé  par  une  ruse  de  del  Vasto, 
capitula  et  se  rendit  «  vies  et  bagues  sauves  ».  «  Toutesfois, 
ajoute-t-il,  la  composition,  à  la  grand  honte  de  du  Gouast,  feust 
mal  gardée,  et  le  seigniMir  de  Droz  poursuivy,  lequel  se  sauva  sur 
urig  cheval  d'Espaign(\  »  Pour  comprendre  cette  phrase,  il  faut 
se  reporter  au  texte  de  Paul  Jove,  qui  conte  que  de  Dros  avait 
promis  à  del  V^islo  de  lui  remettre,  outre  la  |)lace  de  Mondovi, 
un  château  v(jisin;  mais  le  capitaine  du  château,  à  (pii  de  Dros 
avait  confié  la  g-arde  de  son  jeune  fils,  refusa  de  le  rendre;  de 
Dros,  pendant  ce  temps,  s'enfuit,  a  pernici  equo  vectus  »,  et  del 
Vasto,  furieux,  le  fit  en  vain  poursuivre  •'^.  La  phrase  de  la  se- 
conde rédaction  montre  bien  qiu3  Monluc  a  eu  connaissance  de 
cette  version.  Dans  li  copie  dont  s'est  servi  Florimond  de  Ray- 
mond, la  version  de  Paul  Jove  a  |U"is  la  place  de  la  pi'emière 
rédaction.  Celle-ci  n'a  pourtant  [)as  tout  à  fait  disparu;  Moiduc 
l'a  résumée  ainsi  :  <(  Ofi  disoil  qu'il  s'esloil  sauvé  habilh'  eu  pres- 
tr(!,  par  le  moyeu  d'un  soldat  italien  qui  avoit  esté'  à  luy.  Je  croy 
toutesfois  que  ce  fiist  comme  j'ay  dict.  »  Cette  dernière  phrase 
montre  tpie  Monluc  donnait,  en  fin  de  compte,  la  |)i-('f('rence  à  la 
version  de  Paul  Jove  '. 

1.  Paum  Jovii  op.  cit.,  lil).  XXXXIIII,  t"  'iu)  1°.  —  Camiiiand  a  liailuil 
Paul  Jove  [FJi.'itorico  discoi-so,  col.   1073). 

2.  Le  texte  du  nis.  (fo  20  ro)  a  été  donné  par  de  llutile,  I,  lOC». 

3.  Pauli  Jovii  o/>.  cit.,  fo  320  v».  —  Le  récit  de  P.  Jove,  traduit  par  (lain- 
biano  (col.  107.^)),  est  confirmé  en  partie  par  les  documents.  Voir  A.  SiaiUE, 
(]arlo  II  (li  Soroia...,  |)p.  180-1K1,  (jui  remar(|ue  (jue  les  dépêches  de  Ves- 
pasiano  Hohba  sont  muettes  sur  le  slratao-ème  prèle  à  del  Vasto  par  Paul  Jove. 

4-  De  lluble  croit  à  tort  à  une  lacune  dans  le  texte.  On  est  simplement  en 
présence  d'un  remaniement  resté  im[)arfait  :  la  mention  de  la  iiaine  «pie  le  duc 


74  LA    COMPOSITION    DES    ((    COMMENTAIRES    ». 

Il  u  eu  connaissance  aussi  du  récit  qu'a  fait  cet  historien 
d'un  autre  événement  qu'il  avait  lui-inème  conté,  la  «  routte  » 
et  la  prise  de  d'Ossun ,  devant  Cari^-nan ,  par  la  cavalerie  du 
nuirquis  del  Vasto,  et  il  a  ainsi  complété  l'allusion  qu'il  avait 
faite,  dans  sa  première  rédaction,  à  la  dispute  qui  s'ensuivit 
entre  d'Ossun  et  Francesco  Bernardino  Vimercati  :  «  Le  Hoy, 
après  la  délivrance  dudict  seigneur  d'Aussun,  les  appoincta, 
parce  que  le  seig-neur  Franciscou  le  fit  appeller  pour  luy  réparer 
le  tort  qu'il  luy  avoict  faict,  ayant  dict  au  marquis  de  Gouast  et 
ailleurs  qu'il  l'avoict  abandonné  au  besoini^',  Ledict  seigneur 
d'Aussun  le  rendit  satisfaict...  »  Voici  le  passage  de  Paul  Jove  qui 
a  inspiré  cette  addition  :  «  Apud  Vastium  se  a  Vicomercato  per 
ignaviam  deseitum  [Ossumius]  queritur.  Ouibus  ex  verbis  superbe 
irateque  prolatis  delatisque  ad  Vicomercatum,  orta  est  capitalis 
odii  controversia,  usque  adeo  accensa  simultate  ut  Vicomercalus 
Ossumium,  tanquam  improbe  mentientem  et  inique  contumelio- 
sum,  ad  singulare  certamen  provocaret.  Sed  rex,  multorum  testi- 
inoniis  conqjerto  ejus  bellici  incursus  eventu,  litem  autlK)ritale 
sua  diremit,  decusque  praecipiti  conlumelia  ereptum  Ossumius 
Vicomercato  restituit  '.  »  Comment  Moulue  a-t-il  connu  Paul 
Jove?  Je  ne  pense  pas  qu'il  ait  eu  sous  la  main  la  traduction  que 
Denis  Sauvage  en  avait  donnée  en  i56i  ^.  Je  croirais  plutôt  qu'un 
ami  de  Moulue,  (juelque  docte  conseiller  au  Parlement  de  Bor- 
deaux, peut-être  Malvyn,  lui  communiqua,  après  les  avoir  traduits 
lui-même,  les  passages  de  l'édilioii  latine  -\  1^'ailleurs,  si  Moulue 
n'a  pasdirectement  consulté,  lorsqu'il  a  revisé  son  texte,  la  tra- 
duction française  de  Paul  Jove,  il  n'en  est  pas  moins  certain  (pi'il 
la  connaissait  avant  d'entreprendre  son  ouvrage.  Il  s'était  fait  lire 
le  récit  de  la  journée  de  Cérisoles  et,  comme  on  le  verra,  il  s'est 

do  Savoie  portait  à  rie  Dros  est  répétée  deux  fois,  dans  la  première  rédaction 
et  dans  l'addition. 

1.  I^AUM  Jovii  op.  cit.,  fo  321  vo.  —  Ce  récil  suit  innnrdialeuient,  dans 
l'aul  Jove,  celui  de  la  prise  de  Mondovi. 

2.  A  Lyon,  par  Guillaume  Roville,  MDLXI,  in-t'<\ 

3.  Pâli,  Jove  avait  écrit  :  «  Ouamohrem  litcras  Butcrii  noininc  tiallica  con- 
scriptas  linii^ua  effingit...  Eae  erant  in  hanc  senlontiam,  ut  sibi  consiileret  ncqiie 
opern  erspectarpt.  »  Cf.  Monixc  :  «  Pour  luy  osier  toute  espérance  de  secours, 
le  niarctpiis  de  Gouast...  Ht  contrefaire  des  lettres  de  monsieur  de  Boutières, 
par  les(pielles  il  luy  escripvoiet  (iii' il  priai  parti ,  n't/  (ii/(iiil  iikh/i'h  de  le  .'H'con- 
rir.  »  La  traduction  est  plus  exacte  que  celle  de  Sauvage. 


LES    EMPRUNTS    A    PARADIN.  7,5 

souvenu  de  cette  lecture.  Une  addition  sig'niHcalive  permet  de 
conjecturer  qu'il  se  reporta  au  texte  de  riiistorien  italien  lorsfju'il 
compléta  sa  propre  narration". 

Pour  reviser  la  parti(;  des  Commenta l'rfs  (jui  se  rapporte  au 
règne  de  Henri  II,  Monlnc  a  en  recours  au  nnwne  piocédc  «l'em- 
prunts  et  d'additions.  La  comparaison  du  texte  des  manuscrits  et 
de  celui  de  l'édition  orii^inale  le  fait  enc(jre  très  nettement  appa- 
raître. Il  s'est  servi  de  trois  ouviages  :  V Histoire  de  nostre  temps 
et  la  Continuation  de  l'/iistoire  de  nostre  temps,  de  Pa radin,  et 
les  Commentaires  de  François  de  Rabutin. 

Guillaume  Paradin,  lyonnais,  a\ai(  publié,,  en  i54H,  ses  Memo- 
riae  nostrae  Libri  qnaliKtr,  (jui  racontaient  le  rèi:;rie  de  l'i'an- 
çois  I''"  et  la  première  année  du  rèi^ne  de  H(Miri  II  ".  Deux  ans 
après,  il  en  fit  paraître  une  traduction  française,  (pii  fut  plusieurs 
fois  réimprimée,  avec  des  additions,  suivant  l'usaye  du  temps  3. 
Moulue  a  connu  une  de  ces  réimpressions,  sans  doute  celle  de 
1558.  En  i556,  Paradin  publia  un  nouveau  livre,  la  Continuation 
de  riiistoire  de  nostre  temps,  spécialement  consacré  aux  ('véne- 
nemenls  de  i55o  à  la  fin  de  i555,  d(;puis  le  commencement  de  la 
guerre  de  Parme  juscpi'à  l'abdication  de  Cliarles-QuinI  '.  C'est 
surtout  de  cet  ouvrage  (pie  l'auteur  des  Commentaires  s'est  servi. 


1.  Parlant  do  la  situation  sint>uliôre  du  comte  d'Anguien  et  du  marquis  de! 
Vasto  au  moment  le  |)lus  eriti({ue  de  la  bataille,  il  avait  écrit  :  «  Tout  ainsi 
comme  monsieur  d'Ang'uien  alloict  voyant  ses  s^cna  massacrer,  le  marcquis  de 
Gouast  en  voyoict  fere  de  mesme  aux  siens...  »  Il  a  ajouté  ;  «  ...  par  une  pa- 
reille fortune.  Voyés  comme  elle  se  mocquoit  de  ces  deux  chefs  d'armée.  » 
Paul  Jove  avait  dit  :  «  At  in  altero  cornu  t'ortuni,  ludo  quodam  proelii  even- 
lum  allernare  solita,  Hispanis  et  veterihus  Germanis  arridere  visa  est.  »  {Op, 
cit.,  fo  33 1  ro.) 

2.  GuiLLKLMi  Pahadini  Mcniovidi'  nosirtœ  Liliri  (iiiatuor,  IjUgduni,  J.  Tor- 
naesius,  in-fo. 

3.  IJisfoiff  (le  nostre  temps,  fdile  en  Latin  pur  imiistre  (liiillaiitne  Para- 
din et  par  lai  mise  en  François,  à  Lyon,  par  Jean  de  Tournes,  i55o,  in-fo.  — 
Réimpressions  :  à  Lyon,  par  Jean  de  Tournes  et  Guill.  Gazeau,  i552,  in-i6;  à 
Paris,  par  Fr.  Regnault,  i555,  in-iO;  à  Paris,  à  l'enseigne  des  trois  I*iliers, 
ifjnô,  in-iG;  à  Lyon,  par  Jean  de  Tournes  et  Guill.  Gazeau,  15.^)8,  in-it)  (avec 
une  continuation);  à  I^yon,  par  Pierre  Michel,  1558,  in-iO;  à  Paris,  par 
J.  rouelle,  i5()8,  in-iC)  (avec  une  continuation);   1570,  s.  1.,  in-80. 

4-  Continnatiitn  de  l'histoire  de  nostre  temps  j'iisf/aes  à  l'an  mille  cinr/ 
cens  cinquante  si.i;,  par  M.  Guillaume  I^ahadin,  doyen  de  Beau-Jeu,  à  Lyon, 
par  Guillaume  Roville,  i556,  in-fo.  —  Réimpressions  :  à  Lyon,  par  Michel 
Sonnius,  1675,  in-8i>;  à  Paris,  par  Guill.  de  la  Noue,  1576,  io-So. 


76  LA    COMPOSITION    DES    ((    COMMENTAIRES    ». 

Il  se  le  fit  lire  :  il  espérait  y  trouver  le  récit  des  campag^nes  rie 
Brissac  en  Piémont  et  du  siège  de  Sienne.  11  fui  déçu.  Ses  impres- 
sions, en  écoutant  la  lecture  de  Paradin,  durent  être  analogues  à 
celles  que  lui  avait  fait  éprouver  déjà  du  Bellay.  Et  d'abord,  son 
nom  n'était  cité  là-dedans  qu'une  fois,  et  en  passant,  d'une  façon 
qui  dut  lui  paraître  terriblement  dédainneiise  :  l'historien,  racon- 
tant le  siège  de  Sienne,  avait  simplement  noté  que  Lanssac  tenta 
de  pénétrer  dans  la  ville,  «  au  lieu  du  seigneur  de  Monluc,  lors 
extrêmement  malade  »  '.  C'était  peu.  Rien  ou  presque  rien  sur  la 
résistance  héroïque  de  Sienne;  aucun  des  incidents  du  siège 
n'était  mentionné,  sauf  une  allusion  à  la  camisade  de  Camollia, 
la  nuil  de  XoiM  lôâ.^.  Paradin,  après  avoir  amplement  développé 
les  j)réliminaires  du  siège  et  la  campagne  de  Pietro  Strozzi  dans 
le  Val  di  Nie  vole  jusqu'au  désastre  de  Marciano,  avait  soudain 
tourné  court,  faute  de  renseignements.  De  même,  le  récit  des  cani- 
pag"nes  de  Brissac  en  Piémont  était  très  vaguement  indiqué;  et 
l'on  comprend  que  Monluc,  après  avoir  cherché  en  vain  dans 
Paradin  le  siène  de  Lanzo  et  d'autres  épisodes  qu'il  avait  lonçfue- 
menl  contés,  ait  constaté  que  «  les  historiens  en  parlent  mai- 
grement »  ". 

Tout  ne  lui  parut  pourtant  pas  à  mépriser  dans  ces  deux  livres. 
Ils  contenaient  de  bonnes  choses,  dont  il  n'hésita  pas  à  faire  son 
profit.  L'Histoire  de  nostre  temps  lui  a  fourni  la  mention  de  la 
reddition  de  Bouloy^ne  par  Edouard  VI  à  Henri  II,  qui  précéda  la 
paix  du  24  mars  loôo  entre  la  France  et  lAngleterre.  Paradin 
avait  raconté  ces  faits  et  cité  les  articles  du  traité,  entre  autres 
((  que  le  roy  Edouard  d'Angleterre  ofiroil  de  rendre  et  restituer 
la  ville  et  chatCciu  de  Boulongne...,  moyennant  quatre  cens  mille 
escus  d'or  que  le  Roy  de  France  luy  promettoit  payer ^  ». 
«  Moyennant  quelque  argent  »,  dira  Monluc,  qui  note,  dans  cette 
addition  à  sa  |)remière  rédaction,  que  le  fait  se  place  après  l'avè- 
nenient  de  Henri  H.  Il  s'est  fait  lire  aussi,  sans  doute  dans  le 
même  ouviage,  les  causes  de  la  nouvelle  g'uerre  enire   Henri  H, 


1.  l*Ai\Ai)iN,  Coiiliiiiiiitifin...,  |).  385. 

2.  I,  34;-). 

W.  Pahadin,  Histoire  de  nostre  temps,  Lvon,  l'icrro  Michel,  [558,  pp.  03o- 
682.  —  Siir  la  reddition  de  Moulo^ne  el  la  paix  du  :>'|  mars  i.")5o,  voir  Décrie, 
Anne  de  Moiitinorenri/,  It,  80-yo. 


LES    EMPRUNTS    A    l'AKADIX.  'J'J 

le  pape  et  l'Empereur  à  roccasiou  du  duché  de  Paiiue  ',  et  il 
a  remanié,  pour  le  rendre  plus  clair,  ce  que  lui-même  en  avait 
d'abord  dit,  sans  y  rien  ajouter  d'ailleurs". 

Les  emprunts  à  la  Continuation  de  l'histoire  de  noslre  temps 
sont  plus  noml)reMX  et  plus  sig-nificatifs.  C'est  de  ce  livre  que 
Monluc  a  lire  (|iie  Ferrand  de  Gonzag'ue,  se  dirigeant  vers  Asti 
à  la  nouvelle  (jue  Brissac  avait  pris  Cliieri  et  San  Damiano  et 
tenté  de  surprendre  Cherasco  (septembre  loF)!),  laissa  «  au  Par- 
mesan le  seigneur  Caries  et  le  mar({nis  de  V'ins  (sic)  »  -'.  Le  pas- 
sag-e  de  Paradin  permet  de  corriger  ce  dernier  nom,  défiguré 
dans  le  texte  de  Horimond  de  Rœmond  :  il  s'agit  du  marquis  de 
Musso  [Mus],  Gianjacomo  Medici,  plus  connu  sous  le  nom  de 
marquis  de  Marignan '^.  Notons  en  j)assaut  rpie  Monliu-,  en  fai- 
sant cette  addition,  n'a  pas  pris  la  peine  d'identifier  le  j)erson- 
nage,  rpi'il  connaissait  si  bien  pourtant.  Ce  court  membre  de 
phrase  est  le  seul  détail  nouveau  que  Paradin  ait  fourni  à  Monluc 
pour  le  récit  des  campagnes  de  Piénujut  de  i55i-i553.  En  re- 
vanche, la  Continuation  lui  a  donné  les  éléments  du  début  du 
livrj  III,  ajouté  après  coup  :  l'allusion  à  la  défense  de  Metz  par 
le  duc  de  Guise  est  un  souvenir  du  récit  qu'en  a  fait  Paradin,  en 
suivant  d'ailleurs  la  relation  de  Salignac-Fénelon  5.  L'allusion 
aux  «  pralic(pies  et  meiuk^s  »  des  cardinaux  français,  agents  de 
Henri  II  à  Rome,  et  de  M.  de  Termes  pour  faire  révolter  Sienne 
contr<'  l'Empereur  est,  de  même,  un  écho  de  la  lecture  du  cha^- 
[)itre  intitulé  :  Restitution  de  la  liberté  de  Sienne^.  Monluc  a  tiré 


1.  I'auvuin,  op.  cit.,  pp.  7i3-7i4-  —  L'auteur  a  repris  le  récit  de  ces  évéue- 
ments  au  début  de  sa  Continuation. 

2.  IJe  I\uble  a  juxtaposé  simplement  la  j)remière  et  la  seconde  rédaction, 
sans  s'apercevoir  du  remaniement. 

3.  Pakvdin,  Conliiination...,  i5.^0,  |).  22  :  «  F'ar  (juoy  prenant  la  plus  part  et 
la  meilleure  de  son  armée,  [dom  Ferrand]  [)rend  le  chemin  devers  .Milan,  (iijaiil 
laissé  le  scirjneur  Charles  et  le  mar/jnis  de  Mas,  avec  (pieitpies  gens  de  guerre 
pour  tenir  siège.  »  —  «  Joannem  Medicium  Musium  marchionem  cum  reliqua 
parte  cxercitus  Parmenseni  oppugnationem  jubet  curare.  »  (Thomak  Cormekii 
Alenroiiii  reriun  geslariini  TIenriri  1I\  retjis  CitUiae,  libri  quimiue,  i584, 
f"  .^)8  ro.) 

4.  MissvciUA ,  Vitd  di  (lio.  Jm-oino  Medici,  inarchese  di  Muritjnnno, 
iGo5,  p.  149. 

5.  Pauadin,  oj).  cil.,  |)p.   187-239. 

6.  Id.f  pp.  149-1  Jâ.  —  Voir,  sur  ces  événements,  duc  de  Di.no,  C/ir(j/ut/iu's 


I 


yS  LA    COMPOSITION    DES    «    COMMENTAIRES    >). 

les  noms  de  Cornelio  Bentivog;lio  et  d'Aurelio  Fregoso  de  la  lon^ 
giie  liste  des  seigneurs  et  capitaines  italiens  qui  vinrent  avec 
Strozzi  au  secours  de  Sienne,  que  Ton  peut  lire  dans  Paradin', 
d'après  (pii  il  a  résnmé,  en  quelques  lignes,  le  récit  de  l'invasion 
du  Siennois  par  le  marcjuis  de  Marisnan  et  de  la  campagne  de 
Strozzi  dans  le  Val  di  Nievole",  Je  note  que  l'expression  «  à  toute 
outrance  »,  employée  par  Monluc  pour  qualifier  la  façon  dont 
Marignan  faisait  la  guerre,  se  trouve  dans  Paradin,  qui  s'en  sert 
aussi  en  parlant  du  marquis  :  ce  menu  détail  souligne  l'emprunt. 
L'auteur  des  Commentaires  ne  cherche  pas,  du  reste,  à  dissi- 
muler son  procédé.  A  propos  de  la  mort  de  Leone  Strozzi  à  Scar- 
lino,  il  ajoute  à  sa  première  rédaction  :  «  11  estoict  frère  de 
monsieur  de  Strossy.  Et  me  dict-ou  qu'il  feust  thué  de  la  main 
d'ung  paysan  qui  luy  tira  une  harcquebusade  de  derrière  ung  buis- 
son. »  L'addition  n'est  que  l'écho  fidèle  de  la  lecture  que  Monluc 
vient  d'entendre '.  On  lui  a  lu  aussi  que  Strozzi  fut  trahi  à  Mar- 
ciano,  et  il  enregistre  cette  opinion,  sans  du  reste  la  prendre  à 
son  conq)te  :  <(  Aultres  disent  et  asseurenl  qui!  y  eust  de  la  tra- 
hison '.  »  Il  emprunte  à  Paradin,  comme  nous  l'avons  déjà  vu 
faire  avec  du  Bellay,  le  chiffre  des  morts  à  Marciano  et  le  nom 
du  capitaine  Valleron,  colonel  de  l'infanterie  française,  tué  dans 
le  combat^.  Il  ajoute  :  «  On  me  dict  que  de  sa  personne,  le  dict 

siennoisf's,  184O,  pp.  iï>-]-2q/\ ,  et  le  Diai-io  de  Sozzini,  au  t.   II  de  VArchivio 
s/orico  italiaiio. 

1.  Paradin,  op.  cit.,  p.  3G7. 

2.  Id.,  pp.  3G4-37G.  —  \'oir,  sur  ces  faits,  A.  Copimm,  Piero  Strozzi  neW 
assedio  di  Siena,  1902,  pp.  aO-gS. 

3.  «  En  ce  mesnie  temps  eurent  aussi  les  ennemys  argument  de  rejouissance 
à  leur  tour,  tant  à  raison  de  l'arrivée  du  secours  impérial...  (|ue  de  la  mort  du 
prieur  de  Capoue,  y/v'/r  dti  sdfjnciir  Pieri-c  Sli'ozzi...  Cesluy  avoit  esté  tué 
en  recongnoissant  la  ville  de  Scarliiio,  d'un  coup  d'itniuelmzc,  tiré  par  un 
païsant  qui  se  cachoil  dernier  un  hiii/s.son  »  (p.  37G).  Brantôme,  I,  l\li2,  a 
citpié  Monluc  sans  soupçonner  (ju'ii  transcrivait  Paradin. 

4.  C'est  ce  que  prétend  Paradin,  op.  cit.,  p.  38i. 

T).  Paradin,  p.  382  :  «  Les  morts  en  ceste  bataille,  (pii  tuiciil  de  cpialre  à 
cin(|  mille  hommes,  gens  de  nom  furent  le  capitaine  Valeron,  colonne!  de  la 
fanlerie  françoise,  le  colonel  des  Grisons...  »  Moniac  :  «  ...  et  le  cappitaine  \'el- 
li;ron,  colonel  de  l'enfanteric  françoise,  et  plusieurs  aullres,  de  quatre  à  cinci 
mille.  »  (l,  /4G().)  —  Le  capitaine  Valeron  était  en  Piémont  en  janvier  i55i  ;  il 
servait  de  courrier  entre  lirissac  et  la  cour.  (Mibl.  de  Carpentras,  ms.  l\()0, 
f»'^  G8  V",  Gij  r'>,  70  r<i-vi>,  etc.)  Huant  au  nondjre  des  morts  de  Marciano,  le 
canliiijil  Farnèse  écrivait,  le  4  ««JÙt   i5ô4,  au  connétable,  que  le  marquis  de 


LÉS    EMPRUNTS    A    PARADIN.  79 

sieur  de  Slrossi  fist  acte  d'ung  preux  et  vaillant  cappitaine,  »  En 
revanche,  la  préoccupation  de  dissimuler  son  procédé  apparaît 
dans  reiMpriiiil  le  plus  considérable  (pi'il  ait  fait  à  son  devancier. 
Il  lui  doit,  en  etï'ct,  la  fameuse  paye  sur  l'héroïsme  d<*s  dames  de 
Sienne,  ajoutée  après  coup  au  passage  où  il  [)arle  lui-même  du 
zèle  des  habitants  à  (lavailler  au  terrassement  de  Porta  Ovile, 
la  veille  de  la  batterie  (janvier  i555).  Il  est  nécessaire,  pour  faire 
toucher  du  doigt  le  [)lagiat,  de  citer  les  deux  textes  cote  à  côte  : 


Pak.vdin,  op.  ci/.,  |).  iCxj. 

Les  daines  de  la  ville,  voulans  por- 
ter leur  part  du  labeur  et  travail  pour 
la  défense  de  la  liberté,  se  re|)arlirent 
aussi  en  trois  bandes...  La  première 
estoit  la  sit^nora  Fortei>'uerra,  vestue 
de  violet,  son  enseigne  et  sa  bande  de 
mesme  parure,  avec  une  devise  en  ces 
mots  :  Par  ch'el  sia  il  vero;  et  estoit 
ceste  dame  vestue  à  la  nymphale  d'un 
assés  court  accoustrement  et  nions- 
trant  la  belle  i^rève.  La  seconde  estoit 
la  sii^nora  Fausta  Piccoihuomini,  ves- 
tue toute  de  routée  ou  incarnat,  avec 
l'enseigne  et  bande  de  mesme,  et  la 
devise  en  ces  mots  :  Pur  clie  non  lo 
biitto.  La  troisième  estoit  la  signora 
Livia  I^austa,  vestue  toute  à  blanc 
avec  la  bande  et  enseigne  blanche;  en 
lac|uellc  estoit  une  palme  et  la  devise 
en  ces  mots  :  Pur  clie  l'habia.  A 
l'alenlour  de  ces  trois  dames  (qui  sem- 
bloyeut  trois  déesses)  s'estoyent  bien 
serré  trois  mille  dames,  que  gentilz 
femmes,  bourgeoises  que  autres  d'ap- 
parence '... 


MoNLuc,  II,  55-56. 

Au  commencement  de  la  belle  rézo- 
lution  (|ue  ce  peuple  fist  de  deffendre 
sa  liberté,  toutes  les  dames  de  la  ville 
de  Sienne  se  despartirent  en  trois 
bandes  :  la  première  esloict  conduicte 
par  la  signora  b'orteguerra,  qui  estoict 
vestue  de  violet,  et  toutes  celles  qui  la 
suivoinct  aussi,  ayant  son  accoustre- 
ment en  façon  (Tuiic  iiynq^he,  court 
et  monstrant  le  i)rod('([uiu;  la  seconde 
estoict  la  signora  Picc^oUomini,  vestue 
de  salin  incarnadin,  et  sa  troupe  de 
mesnu;  livrée;  la  troisiesme  estoict  la 
signora  Livia  Fausta,  vestue  toute  de 
blanc,  comme  aussi  estoict  sa  suitte 
avec  son  enseigne  blanche.  Dans  leurs 
enseignes  elles  avoincf  de  belles  de- 
vises :  je  voiidrois  avoir  donné  beau- 
coup et  m'en  ressouvenir.  Ces  trois 
escadrons  estoinct  composés  de  trois 
mil  dames,  gentilz  femmes  ou  bour- 
geoises... 


Marignan  en  avait  compté  2.400,  «  tant  lansqucnetz,  Suysses  que  Grisons  ». 
(B.  N.,  fr.  2044^5  f'^  '3  vo,  orig.) 

I.  Le  passage  de  F*aradin  est  à  peu  près  textuellement  traduit  de  Marco 
GuAzzo,  qui  est  le  premier  à  avoir  fait  mentiou  de  l'héroïsme  des  dames  de 
Sienne.  Cf.  Cronica  di  M.  Marco  (iuazzo  ne  la  quale  ordiiuitanienle  contiensi 
l'essere  de  gli  huo/nini  antiqni  et  inoderni...  Prima  edi/ione,  in  V'euelia, 
appresso  Francesco  Bindoni,  i553,  in-fo,  f'  /\i'i  v".  Avant  .Monluc,  Jean  Bou- 
chet  avait  copié  le  passage  de  Paratlin.  Cf.  A/mules  d'Af/iii/aine,  Poitiers, 
par  Enguilbert  de  Marnef,  iSSy,  in-4",  f'J  3O9  vo.  Les  historiens  italiens  de  la 
fin  (lu  seizième  siècle  ont  reproduit  le  passage  de  Marco  Guazzo  :  voir  Ascamo 


8o  LA    COMPOSITION    DES    «    COMMENTAIRES    )) . 

Monluc,  on  le  voit,  ne  s'eng-ageait  guère  en  promettant  beau- 
coup pour  se  ressouvenir  de  devises  qu'il  avait  sous  les  yeux. 
L'omission  est  volontaire  et  l'intention  de  masquer  le  plag-iat 
évidente.  La  lecture  de  Paradin  a  d'ailleurs  eu  ici  cet  avantage 
de  stimuler  la  mémoire  de  Monluc  et  d'en  faire  jaillir  des  souve- 
nirs nouveaux.  Ce  qui  lui  appartient  aussi  en  propre,  c'est  le 
beau  mouvement  qui  ouvre  le  morceau  :  «  11  ne  sera  jamais, 
dames  siennoises,  que  je  n'immortalize  vosire  nom,  tant  que  le 
livre  de  Monluc  vivra...  »  La  page  des  (Jomnienfaircs  est  deve- 
nue classique;  on  voit  dans  quelle  mesure  elle  mérite  cet  hon- 
neur ' . 

Le  récit  du  siège  de  Sienne  dans  Paradin  est  très  sommaire 
et  écourté;  il  tient  deux  pag-es  à  peine.  Monluc  l'a  pourtant  lu 
et  y  a  fait  son  butin.  Parlant  de  la  résolution  qu'avaient  prise  les 
habitants  de  sortir  contre  les  Impériaux  «  à  la  désespérée  »,  il  a 
ajouté  à  sa  première  rédaction  :  «  Comme  autrefois  avoint  faict 
les  Siennois  es  guerres  qu'ilz  avoinct  eu,  comme  eux  mesmes 
racomploinct.  »  Cette  addition  est  un  simple  souvenir  d'une 
phrase  de  Paradin  :  «  Car  c'estoit  leur  délibération  ou  de  voir  la 
fin  de  leurs  calamités  ou  le  bout  de  leurs  vies.  Ce  que  sachans 
les  ennemys  ne  voulurent  combatre  plus  avant  ce  desespoir, 
ains  se  retirèrent  au  loing,  se  souvenans  de  la  sortie  faicte  sur  les 
forusciz  par  les  citoyens  de  Siene  le  vingt-cinqième  de  juillet 
l'an  mil  cinq  cens  ving-t  et  six  '.  » 

.Monluc  n'a  pas  fait  d'autre  emprunt  à  la  Continuation  de 
l'histoire  de  nostre  temps.  Pour  reviser  le  récit  de  sa  dernière 
campag-ne  en  Piémont  de  septembre-octobre  i555,  il  a  eu  recours 
à  un  autre  livre,  les  Commentaires  sur  le  faict  des  dernières 
guerres  en  la  Gaule  Belgique,  de  François  de  Rabutin.  C'est 
en  i555  qu'avait  paru  la  première  édition  de  cet  ouvrage,  conte- 
nant les   six  premiers  livres-^;   une  continuation  jusqu'en  i558 

CKNTonio  DEfiLi  Ohtensi,  [ji  serotidd  parle  de'  (kjininenlaïu'i  ilella  (jiierre  et 
lie'  siirre.ssi pin  /lofa/ji'/i  (irrennii  cosi  in  Eiifopd  corne  in  iutte  le  parti  del 
inondo  diilV  (inmt  MDLlll  Jino  a  tiifto  il  MDLX ,  in  Vinetia,  G.  Giolito  di 
l'^errari,  iHOS,  iii-/|",  p.  0.  (liibl.  Nat.,  M,  /191,  liés.) 

I.  C'est  d'après  Moulue  que  l'iiislorieu  siennois  l'ccci,  au  dix-huilicnic  siècle, 
rappelait  l'héroïsme  des  dames  de  Sienne  {A/e/norie  storico-critiche,  IV, 
1H8,  noie  a). 

:>..    Paradin,  op.  cit.,  380-380. 

li.   (lonuncnlaires  sur  le  faict  des  dernières  tjuerres  en  la  Gaulle  Belgique, 


LES    EMPRUNTS    A    RABUTIN.  8l 

fut  publiée  en  iS^q,  contenant  cinq  nouveaux  livres'.  Dans  une 
curieuse  épître  dédicatoire  au  duc  de  Nevers,  l'auteur  explique 
comment  il  a  composé  son  ouvrage.  Il  commença  à  l'écrire  pen- 
dant ses  campaci^nes  ;  puis,  étant  venu  s'établir  à  Paris,  il  communi- 
qua à  M.  Barthélémy,  maître  des  requêtes,  ses  «  brouillards  et 
mémoires  ».  Celui-ci  l'engaî^ea  vivement  à  les  publier,  a])rès  les 
avoir  soumis  à  des  personnes  doctes.  Rabutin  les  montra  à 
riiistorioyraplie  officiel  de  Henri  II,  Pierre  de  Paschal,  «  (jui, 
dit-il,  voyant  mon  œuvre  mal  digéré  et  le  stile  mal  limé  et  poli, 
ce  que  moy  mesme  je  cog^noissois,  tant  à  cause  du  peu  de  temps 
qui  m'estoit  resté  à  les  disposer  eu  bonne  forme,  que  pour  le 
default  que  je  puis  avoir  des  lettres,  s'offrit  de  bon  cœur  à  m'y 
vouloir  ayder;  et  ne  pouvant  satisfaire  à  ce  labeur,  pour  estre 
continuellement  occupé  à  escrire  nos  histoires  françoises  en 
latin,...  il  pria  un  gentilhomme  sien  amy,  nonnné  Guy  de  Brués, 
de  Languedoc,  prouveu  de  grand  sa\oir  et  humanité,  vouloir 
m'ayder  de  son  opinion.  Lequel,  pour  divers  empeschemens  qui 
lui  ostoient  le  moyen  de  veoir  les  autres,  retint  seulement  le 
sixième  livre.  Or  desjà  prévoyant,  par  grandes  apparences,  que 
sur  la  nouvelle  saison  nous  faudroit  retourner  à  la  guerre,  ne 
voulant  laisser  mon  œuvr<'  manque  et  imparfait,  je  priay  un 
mien  aniv,  nommé  lîernard  du  Poey,  de  Luc  en  Béarn,  (pi'il  dai- 
gnast  tant  piendre  de  peine  pour  moy,  que  de  me  secourir  en  ce 
qu'il  cognoistroit  y  défaillir  de  propriété  de  lang-age,  liaison  de 
sentiments  et  autres  choses.  En  quoy,  comme  il  est  homme  non 
seulement  amateur  de  toutes  sciences,  ains  qui  est  gracieux  et 
secourant  à  ceux  qui  les  suyvent,  m'y  a  aydé  et  en  tout  esté 
amv".  »  l\al)ulin  eut  donc,  de  son  propre  aveu,  un  collaborateur 
pour  les  cinq  derniers  livres  de  ses  Commentaires.  Ce  Bernard  du 

enli-c  llriii-i/  srco/it/  l/'t's  r/i/-ex/ii'ii  /■ni/  i/f  Fiuince  et  CIku'Ics  vinqiiit'ini'  lùiipr- 
reiir,  deilir  (iti  duc  de  Xinertiois  par  I-'hançois  Habutin,  BoiirfjiiigiKtn,  gen- 
til hoiniiic  de  1(1  compagnie  du  duc  de  Nivernais.  Paris,  V'ascosan,  ir)").'),  in-/r'. 

I.  ('.(inlinudtion  des  Commentaires  des  dernières  gnerres  en  la  Gaule  Bel- 
gique entre  Henry  II  du  nom  et  Charles  V empereur  et  Philippe  sonjil:,  par 
Fhan(^;ois  de  Kabutin.  t*aris,  Vascosan,  iGoq,  in-S'».  —  Les  onze  livres  furent 
réunis  en  lây/j  :  Paris,  M.  Loqueneulx,  in-S";  Paris,  G.  de  La  Noiie,  in-8<>, 
avec  (les  addilicjns  jus(ju'en  lâO'i.  I^cs  Commentaires  de  Rabutin  ont  été  réim- 
primés au  dix-neuvième  siècle  dans  toutes  les  collections  de  mémoires.  Il  n'en 
existe  pas  d'iulition  eriticpie. 

•1.   \\\Hv\is,  Commentaires,  CiM.  Pelitot,  XXXI,  lo-ii. 

U 


82  LA    COMPOSITION    DKS    «    COMMENTAIRES     ». 

Poey,  natif  de  Lucq-de-Béani,  qui  l'aida,  était  un  humble  régent 
de  collèg-e;  il  fut  professeur  à  Lectoure,  puis  à  Aucli,  et  il  avait 
en  i55i  et  i554  publié  des  vers  français  et  latins'.  C'était  des 
titres  insuffisants  pour  écrire  l'histoire.  Il  ne  craignit  pas  cependant 
(le  prendre  la  plume  des  mains  de  Rabutin.  Parmi  les  historiens 
contemporains,  il  en  était  un  au  moins  qu'il  connaissait  bien  : 
c'était  précisément  Paradin.  Il  avait  dû  lui  emprunter  beaucoup 
pour  écrire  ce  poème  sur  les  malheurs  de  Bordeaux,  Deploratio 
Burdirjnhie,  où  il  avait  retracé  la  terrible  émeute  de  la  gabelle 
de  i548".  Du  Poey  n'hésita  pas  :  à  la  tin  du  septième  livre  des 
Commentaires,  il  inséra  un  récit  de  la  campagne  de  Piémont 
de  155."),  à  laquelle  Rabutin  n'avait  nullement  pris  part,  et  ce 
récit  n'est  qu'un  démarquage  de  celui  qu'en  avait  donné  Paradin 
dans  sa  Continuation.  Monluc,  qui  a  eu  sous  les  yeux  ce  dernier 
ouvrage,  ne  s'est  pas  aperçu  de  cette  supercherie  littéraire.  Mé- 
content peut-être  de  la  maigre  provende  qu'il  avait  faite  dans 
Paradin  pour  les  premières  campag-nes  de  Brissac  et  le  récit  du 
siège  de  Sienne,  il  a  rejeté  avec  dédain  cette  œuvre  d'un  historien 
de  profession  et  pensé  qu'il  trouverait  plus  à  g-laner  dans  un 
livre  écrit,  comme  le  sien,  par  un  homme  d'action,  par  un  soldat. 
Il  ne  s'est  pas  douté  que  les  Commentaires  de  Rabutin  étaient 
(Ml  partie  «  fabriqués  »,  et  il  a  donné  dans  le  piège  où  il  devait 
faire  tomber  les  historiens  (pii  n'ont  pas  soupçonné  les  emprunts 
(pi'il  a  faits  lui-même  à  ses  devanciers. 

L'étude  du  texte  de  Monluc  ne  permet  aucun  doute  :  c'est  bien 


I.  ode  ilii  Gare,  /leiioe  du  Béarn.  du  fleure  de  Garonne,  avec  les  tristes 
rlianls  de  la  caranite,  Tolosc,  par  Guyoïi  Houilcvillc,  i55i,  in-8o  de  56  j)p.  — 
lieriiardi  Podii  Lucensis  odae  très,  prima  cijgnus  in  laude/n  Tholosae,  se- 
cundo (sic)  ad  Petruni  Ronsarduin,  ierliu  Venus,  excus.  Tholosae,  i55i, 
G.  Boudevilleuin.  V.  Duverdier,  1554.  —  Poésies  en  diverses  langues  sur  fa 
naissance  de  Henri  de  Bourbon,  fils  d'Antoine  de  Bourbon,  duc  de  Ven- 
tlosme,  comte  d'Armaifjnar,  et  Jeanne  d'Attjref,  Tolose,  i554,  par  Jacques 
(iolomiès,  in-8o  (lincNET,  5"^  êdit.,  l.  IV,  col.  768.  —  FJr  Cxstell^-se,  Essai  de 
ralalof/ue  c/ironotof/if/ne  de  l'imprimerie  à  Toulouse  dans  le  seizième  siècle, 
dans  Afém.  de  lu  Sfic.  arr/tèof.  du  Midi  de  la  France,  V,  42).  —  Voir,  sur 
1)1  PoKv,  (iouKT,  Biblioth.  françoise,  1702,  XIII,  106,  338-34o,  un  sonnet  et 
une  épitre  de  lui  donnés  par  T.  de  LAuuoyuE  {Rev.  de  Gascogne,  XIII,  1872, 
|ip.  477-/180)  cl  un  article  de  Léonce  Coutuhe  dans  la  même  revue  (188C,  p.  570). 

::.  Paradin  en  avait  donné  un  récit  très  délaillé  dans  son  Histoire  de  nostre 
Irmfis.  L.  (loiilure  pense  que  ce  pocnic  <\(-  B.  du  Pocv  n'a  prohablenieul  jamais 
paru. 


LES    EMl»hlJStS    A    RABUTIN.  9>S 

de  l^abiilin  copiant  Paradiii  et  non  de  Paradin  Ini-mèine  qn'il  a 
tiré  certains  détails  de  son  r(*cit  do  la  campagne  de  seplembi'e- 
oclohre  1555,  au  début  (hi  li\i-e  1\'  des  Commentaires.  Il  lui 
doit  les  chiffres  de  l'arniée  de  Brissac  qui  assiéj^ea  Volpiano  ; 
il  les  a,  du  reste,  transcrits  bien  à  la  légère,  s'il  faut  lui  attri- 
buer l'erreur,  imputable  peut-être  à  un  copiste,  qu'il  a  coni- 
niise;  il  parle,  en  effet,  de  ciiKj  mille  hommes  de  pied,  chiffre 
évidemment  inexact,  tandis  que  Ral)utin  avait  écrit  :  vingt  ou 
vingt-deiw  mille  hommes  de  [)ied  '.  Jl  a  lu  dans  llabulin  aussi 
comment  le  duc  d'Albe,  après  avoir  mis  le  siège  devant  Santhia, 
«  commença  à  abbaisser  ses  grands  coups  et  à  modérer  et  re("rf»idir 
sa  première  furie  »,  si  bien  cpi'il  se  retira  piteusement".  11  lui  a 
emprunté  encore  quelques  noms  de  seigneurs  qui  vinrent  au  siège 
de  Volpiano  3  et  la  mention  de  la  perte  que  subirent  les  Espa- 
gnols de  D.  Emanuel  di  Luna  lorsqu'ils  tentèrent  de  péiuMrer 
dans  la  place  ^.  Après  avoir  raconte''  Tassant  du  bastion  qui  cou- 
vrait le  château,  il  a  transcrit  presque  textuellement  une  phrase 
de  Uabutin  :  «  Là  feust  thué  ung  neveu  du  duc  d'Albe-^;  entre 

1.  MoNLUc,  II,  145  :  «  ...  laquelle  cstoict,  composée  de  cinq  mille  hommes  de 
pied,  mil  hommes  d'armes  et  douze  cens  chevaux  lég-ers  ».  Rabutin  :  «  ...  mon- 
tant au  nombre  de  vingt  ou  vingt  deux  mille  hommes  de  pied,  françjois,  suisses, 
allemans  et  italiens,  de  huict  cens  ou  mille  hommes  d'armes  et  mille  ou  douze 
cens  chevaux  légers  ».  (Coll.  Petitot,  XXXI,  38i.)  Paradin  indique  pour  la 
cavalerie  un  chiffre  global  de  quatre  mille  chevaux.  L'ambassadeur  mantouan 
Lodovico  Tridapali,  dans  une  dépêche  datée  de  Pontestura,  2  septembre  lôôô, 
(lit  ipie  Brissac  avait  «  xv"  fanti  et  duo  millia  trecento  cavalli  ».  (Bibl. 
d'Auxerre,  ms.  300,  f"  7G,  co[)ie  moderne.) 

2.  Voici  l'addition  de  iMonluc  :  0  Car  le  duc  d'Albe  ayant  mal  faici  ses  beson- 
gnes  avoict  cpiitté  Saint  lago.  »  —  Cl".  Rabutin,  XXXI,  38o,  et  Pabadin,  Dp. 
cif.,  424-42G. 

3.  La  liste  de  Rabutin,  copiée  prescpie  textuellement  sur  cel'e  de  Paradin. 
est  plus  conqdète  (pie  celle  de  iMonluc. 

[\.   Rabitin,  XXXI,  38i,  résume  Pauadin,  op.  cit.,  /|ô8. 

5.  Après  ce  mendjre  de  |)hrase,  on  lit  dans  l'éd.  originale  :  «  César  de 
Naples  ».  V\.  de  Ra'mond  paraît  avoir  cru  que  c'était  le  nom  du  neveu  du  duc 
d'Albe.  L'erreur  est  grossière.  Le  neveu  du  duc  d'Albe  tué  là  s'appelait  darci- 
lasso  de  Vega.  (Cf.  A.  Segre,  La  cdinpagna  del  dura  d'Atfm  in  Piciunnte 
net  i555,  Rome,  igoS,  p.  38.)  —  Je  crois  que  «  César  de  Naples  »  est  une 
addition  postérieure  introduite  à  tort  dans  le  texte.  Monluc  a  dû  lire  dans 
V Histoire  de  nostre  temps  de  Paradin,  cpi'il  a  connue,  comme  on  l'a  vu  plus 
haut,  (pie  le  fils  de  César  de  Naples  fut  aussi  tué  à  cet  assaut.  11  n'a  pas  eu  le 
temps  de  mettre  au  point  cette  nouvelle  addition.  (Cf.  Pauauin,  //is/otrc  de 
nostre  temps,  \^.  792.) 


84  LA    COMPOSITION'    DES    «    COMMENTAIRES    ». 

les  prisoniers  le  sieur  Sit;isniond  de  Gonzag-ue  et  le  capitaine 
Lazare,  lieutenant  de  la  g^arde  du  duc  d'Albe,  et  plusieurs  autres 
desquelz  je  n'ai  pas  reteneu  le  nom  '.  »  Le  dernier  membre  de 
plirase  accuse,  une  fois  de  plus,  le  souci  de  masquer  le  plagiat.  Il 
apparaît  très  visiblement  pourtant  à  la  pag-e  suivante,  où  Moulue 
emprunte  à  Rabutin  le  récit  du  dernier  épisode  de  la  batterie, 
avec  la  mention  de  la  mort  du  comte  de  Créance;  ici,  du  reste,  il 
arrange  un  peu  le  texte  de  son  devancier  et  s'attribue  un  rôle 
personnel  dans  la  mise  en  batterie,  dont  le  «  jeu  »  décida  les 
assiégés  «  à  penser  à  leur  conscience  et  à  parlementer  »  ^.  Cette 
addition  après  coup  est  faite  pour  nous  rendre  un  peu  sceptiques 
sur  le  rôle  joué  par  Moulue  dans  l'atTaire;  il  est  permis  de 
s'étonner  qu'il  l'ait  oublié  d'abord,  s'il  a  été  aussi  décisif  qu'il 
semble  le  dire.  Il  copie  encore  dans  Rabutin,  qui  l'avait  copié 
dans  Paradin,  que  le  capitaine  du  château  obtint,  pour  sauver 
son  honneur,  qu'on  tirât  contre  lui  cinquante  coups  de  canon  3. 
A  la  fin  du  récit  suivant  (prise  de  Moncalvo),  il  lui  emprunte, 
de  même,  au  sujet  du  châtiment  infligé  par  le  duc  d'Albe  au 
g-ouverneur,  pour  avoir  capitulé  sans  attendre  l'assaut,  un  détail 
nouveau  ',  et  aussi  dans  les  réilexions  qu'il  a  ajoutées  à  sa  pre- 
mière rédaction,  des  considérations  sur  l'importance  stratégique 
de  Moncalvo,  transcrites  textuellement.  Rabutin  avait  dit,  en 
effet,  d'après  Paradin  :  a  Lacpielle  prise  bridoit  et  tenoict  subjecl, 


1.  K;il)iilin  avait  écrit  :  a  Entre  Icsijuelz,  des  hommes  de  nom,  se  trouva  le 
nepvcu  du  duc  d'Allie,  et  les  autres  lurent  retenus  prisonniers,  comme  le  sei- 
gneur Sigismond  de  Gonzague,  et  le  cappilaine  Lazare,  lieutenant  de  la  garde 
du  duc  d'Albe,  et  beaucoup  d'autres  seigneurs  et  vaillans  soldats.  »  (Coll.  Pe- 
titot,  XXXI,  382-383.)  Voir  la  phrase  de  Paradin,  op.  cit.,  !\[\o,. 

2.  Rabutin,  XXXI,  383,  d'après  Paradin,  op.  cit.,  4oo. 

3.  Haiutin,  XXXI,  38/(,  d'après  Paradin,  op.  ci/.,  4^'- 

/).  Moulue  avait  dit  d'abord  ([ue  le  duc  d'Albe  le  fit  pendre.  Il  ajoute,  d'après 
Kabutin  :  «  et  eslrangler  ».  Paradin,  Jlabutin  et  Moulue  paraissent  s'être  trom- 
|)és;  un  document  cité  par  A.  Se(;re  {op.  cit.,  p.  5o,  u.  3)  laisse  entendre  que 
le  gouverneur  de  Moncalvo  eut  la  tète  tranchée.  Brantôme,  parlant  de  cette  cam- 
pagne (I,  3io-3i3),  a  tout  brouillé  :  il  imagine  que  César  de  Naples  était  gou- 
verneur de  Volpiano  pendant  le  siège  de  cette  place.  En  fait  il  était  resté  avec 
le,  duc  d'Albe  à  Pontestura.  Il  confond  ensuite  le  siège  de  Volpiano  et  celui  de 
Moncalvo  cl  raconte  (]ue  César  de  Naples  fut  pendu,  pour  sa  «  naltreté  »,  sur 
l'ordre  de  don  Alvaro  di  Saiidez.  Pres((ue  autant  d'erreurs  (pic  de  mots.  Dans 
un  autre  passage  (IV,  2.'j),  il  rapporte  le  fait  plus  sommairement,  mais  plus 
exactement. 


LES    EMPRUNTS    A    R.VHr TIN.  85 

non  seulement  la  forteresse  fie  Pont  de  Sliire,  mais  toutes  les 
autres  le  loue;-  de  la  rive  du  Pau  et  de  la  jilaine  du  niar(|uisat  de 
Monferrat  ;  mais  encore  seroit  un  yrand  [)arenient  et  allVancliis- 
sement  des  appartenances  de  Casai  '.  »  Monluc  a  copi«''  :  «  Geste 
prinse  importa  fort;  car  Moncalvo  bridoicl  et  teuoict  subject 
non  seullement  le  Pont-d'Asteure,  mais  toutes  les  places  le  lonî^' 
du  Pau  et  de  la  plaine  du  marcfjuisat  de  Montferrat  et  avec  cela 
asseuroit  fort  Gazai.  » 

Il  a  encore  trouvé  dans  les  (Jonimpuhiii'cs  de  l<i  (iaiilc  Beh/i- 
qiie  un  important  récit  du  siè^e  de  Thionville,  aufjuel  Kahutiu 
assista  comme  homme  d'armes  du  duc  de  Nevers  et  qu'il  a  raconté 
d'après  ses  souvenirs  personnels.  Monluc  n'en  a  tiré  (pie  deux  addi- 
tions. Au  début  de  la  campag-ne,  il  avait  d'abord  simplement  écrit 
que  le  duc  de  Guise  quitta  la  cour  pour  s'en  aller  à  Metz  et  de 
là  assiéger  Thionville.  Après  s'être  fait  lire  le  X®  livre  de  Rabutin 
où  sont  racontés  en  détail  le  siège  de  Galais  et  la  prise  de  Gui- 
nes,  il  a  cru  bon  de  rappeler  ces  deux  faits  d'armes,  et  aussi 
qu'à  son  retour  d'Italie  le  duc  avait  été  nommé  lieutenant  :;éuéral 
du  royaume'.  Dans  le  récit  de  la  mort  fie  Strozzi,  il  a  ajouté  un 
petit  détail  également  emprunté  à  Rabutin 3.  G'est  tout  ce  qu^l  a 
trouvé  à  glaner  chez  son  devancier.  Sa  lecture,  une  fois  de  plus, 
lui  avait  causé  une  amère  déception.  Rabutin  avait  oublié  de  le 
citer,  lui,  colonel  général  de  l'infanterie,  dans  son  récit  du  faux 
assaut,  alors  qu'il  avait  mentionné  de  simples  capitaines.  De  [dus, 

1.  Rabutin,  XXXI,  38ô.  —  Paradiii  avait  dit  :  «  E.slaut  le  chaslcau...  bien 
suffisant  pour  réprimer  les  cnl reprises  des  ennemys  et  du  Pont  de  Slure  et 
autres  plus  voysines,  lesquelles  pourroyent  grandement  endommager  Casai,  sans 
la  crainte  et  subiection  dont  elles  sont  bridées  par  le  moyen  de  Moncalvo.  » 
{Op.  cit.,  t\')l\.)  Cette  citation  montre  le  «  démanpiai^e  »  opéré  par  le  collabora- 
teur de  Rabutin,  et  aussi  (jue  Monluc  a  copie  Rabutin  et  non  Paradin. 

2.  MoNi.ic,  II,  2r)5  :  «  Le  roy  l'a  voit  choisi  pour  cstre  sou  lieutenent  général 
en  tout  son  royaume,  dès  qu'il  feust  arrivé  d'Ytalie.  Avant  mon  arrivée,  je 
trouvay  qu^il  avoit  prins  la  ville  de  Calais  et  renvoyé  les  Anglois  delà  la  mer, 
ensemble  Guines...»  Rabutin,  XXXII,  i3(>  :  «  Et  estoit  M.  de  Guise  desjà  quel- 
ques jours  de  retour  d'Italie,  et  arrivé  à  Sainct-Germain-eu-Laye,  où  il  vint 
trouver  le  roy;  lequel,  après  y  avoir  quelque  temps  séjourné,  le  feist  son  lieu- 
tenant général  sur  tout  son  royaume.  »  Pour  les  j)rises  de  Calais  et  de  Guines, 
voir  XXXII,  i37-i5y. 

3.  Raiujtin  avait  écrit  :  «  M.  le  maresebal  de  Sli'ossy  fut  atteint  d'inie  liar- 
quebusade  au-dessus  du  tetin  gauche,  M.  de  Guise  parlant  à  luy  et  ayant  l'une 
des  deux  mains  sur  son  espaule.  »  (XXXII,  187.)  Monluc  ajcjute  à  sa  phrase  : 
«  Estant  monsieur  de  Guyse  près  de  luy.  »  (II,  275.) 


86  LA    COMPOSITION    DES    «    COMMENTAIRES    )) . 

il  n'avait  insisté  que  sur  le  rôle  des  grands  chefs,  du  duc  de 
Guise  et  du  duc  de  Nevers,  auxquels  il  avait  attribué  tout  l'hon- 
neur de  la  prise.  Monluc  fut  mécontent,  comme  il  l'avait  été  en 
lisant  du  Bellav  et,  à  la  fin  de  son  récit,  il  exhala  sa  mauvaise 
humeur  dans  cette  addition  significative  :  «  Je  ne  veulx  pas  des- 
rober  l'honneur  des  autres,  contant  ce  que  je  feiz.  Je  crov  que 
les  historiens,  qui  n'escripvent  que  des  princes  et  g-randz,  en 
parlent  assés  et  passent  soubz  silence  ceulx  qui  ne  sont  pas  d'une 
si  grande  taille  '.  »  Puis  il  rejeta  le  livre  sans  prendre  garde  qu'il 
v  eut  trouvé  des  détails  nouveaux  sur  la  prise  d'Arlon  et  la  revue 
de  Pierrepont. 

Martin  du  Bellay,  Paul  Jove,  Guillaume  Paradin  et  François 
de  Rabutin  sont  les  seuls  auteurs  dont  Monluc  s'est  servi  pour 
reviser  sa  première  rédaction.  On  voit  quel  usage  il  en  a  fait. 
Ils  lui  ont  permis  de  mieux  enchaîner  son  récit,  de  rattacher  à 
l'ensemble  des  événements  les  faits  particuliers  qu'il  avait  racon- 
tés. Ils  lui  ont  fourni  des  transitions  et  un  exorde  pour  le  livre  III; 
du  Bellay  lui  a  suggéré  (juelques  considérations  générales;  à 
Paradin,  il  a  pris  une  page  qu'il  a  presque  textuellement  trans- 
crife.  Mais  il  leur  a  surtout  emprunté  de  menus  détails,  des  chif- 
fres, des  noms  propres.  In  seul  cas  mis  à  part,  où,  s'inclinant 
devant  l'autorité  de  Paul  Jove,  il  a  rectifié  sa  version,  partout  il 
a  maintenu  son  texte  primitif.  Ses  récits  de  la  journée  de  Céri- 
soles,  de  la  camisade  de  Botdogne  diffèrent  sensiblement  de  ceux 
de  du  Bellay;  sauf  un  détail,  d'ailleurs  essentiel,  pour  le  premier, 
il  n'en  a  rien  modifié.  Le  travail  de  contrôle  auquel  il  s'était 
astreint  lui  donna  les  résultats  (jue  sa  vanité  en  espérait.  Il  fut 
convaincu  que  presque  partout  il  avait  été  mieux  informé  que  ses- 
devanciers;  il  en  ressentit  un  piofond  dédain  pour  les  historiens 
de  profession  et  aussi  un  certain  orgueil.  Il  dicta  sans  doute  alors 
cette  phrase  :  «  Que  si  je  voulois  estrc  historien  et  que  le  Roy 
me  commandast  d'escripre  la  véritté,  je  vouldrois  bien  asseurer 
(|iit'  jf  le  fcrois  aussi  bien  (jue  homme  de  France,  encores  que  je 
ne  sois  pas  grand  clerc...,  j'entendz  des  lieux  où  j'estois,  et  non 
des  aullres.  (lar  je  ne  vouldrois  escripre  choze  aulcune  pour  ouir 
dire'.  »    Au  contact  des   livres,    il  avait   pris  conscience  de  la 


1.  II,  :i<)Q-:>.i)\ . 

2.  I,  /|/|'(aild.  il  la  II"  réel.). 


NÉCESSITÉ    d'une    ETUDE    CRITIQUE.  87 

valeur  documontaire  de  l'œuvre  que  les  circonstances  l'avaient 
amené  à  composer.  Une  étude  critique  des  Commenlaires,  une 
perpétuelle  confrontation  du  texte,  non  seulement  avec  les  histo- 
riens rju'il  n'a  pas  connus,  mais  surtout  avec  les  documents  d'ar- 
chives, peuvent  seules  démontrer  jus(pj'à  (piel  point  sa  confiance 
était  justifiée. 


CHAPITRE  III. 
Les  premières  campagnes  d'Italie  et  de  France. 

(1021 -septembre   i542.) 


De  son  enfance  et  de  sa  jeunesse,  Monluc  a  retenu  deux  faits, 
qui  lui  ont  paru  seuls  dig^nes  d'être  notés  :  son  séjour  à  la  cour 
de  Lorraine  comme  pag'e  et  ses  déijuts  militaires  en  qualité  d'ar- 
cher dans  la  compag-nie  de  Bayard.  Il  se  plaisait  plus  tard  à 
rappeler  à  François  de  Guise  qu'il  avait  été  «  nourri  »  par  son 
oncle,  le  duc  Antoine  '.  Le  titre  était  bon  à  invoquer  pour  gagner 
la  faveur  des  princes  lorrains,  et  Monluc  n'était  pas  homme  à 
dédaigner  cet  arg-ument.  Nous  ig-norons  tout,  d'ailleurs,  de  son 
séjour  à  Nancy,  la  date  de  son  arrivée  comme  celle  de  sa  sortie 
de  page.  Il  est  permis  de  conjecturer  qu  il  entra  au  service  du  duc 
antérieurement  à  i5i5,  puisqu'il  dit  qu'il  fut  page  d' Antoine 
avant  d'être  attaché  à  la  duchesse  Renée  de  Bourbon,  que  ce 
prince  épousa  le  lâ  mai  de  cette  année.  Mais  le  nom  de  Monluc 
n'a  pu  être  retrouvé  nulle  part  dans  les  comptes  de  la  maison 
ducale".  Il  ne  Ta  pas  été  non   j)lus  dans  les  documents  relatifs  à 


1 .  «  (  Jultrc  ce  que  je  vous  denieuro  redcljvahlc  de  ruiailic  que.  lousjours  m'avez 
porté,  suis  esté  norri  en  la  maison  de  là  où  vous  sortez,  et  toutes  ces  deux  cho- 
ses m'ohliiçent  à  vous  estre  très  humble  et  fidelle  serviteur.  »  (Monluc  au  duc 
de  Guise,  iMoncalieri,  ler  novembre  loôi,  IV,  4-)  H  ;<  rappelé  le  fait  dans  un 
autre  endroit  de  son  livre   (récit  de  la  revue  de  Pierrepont,  II,  307). 

2.  «  J'ai  vainement  cherché  son  nom  parmi  ceux  des  tj,enlilshommes  de  tout 
ram,"-  (pii  sont  menliomiés  dans  les  comptes  des  trésoriers  ;,cnéraux  comme 
avant  tait  partie  de  la  maison  du  duc  ;  je  ne  l'y  ai  pas  trouvé.  »  Henri  Lepage, 
linifdnt  tienlenunt  de  la  compagnie  de  lances  du  duc  Antoine.  Son  séjour  à 
.\(incij  {Journal  de  la  Soc.  d'archéol.  lorraine  et  du  Musée  histor.  lorrain, 
1881,  p.  .'iy).  Les  récentes  recherches  de  M.  l'abbé  F.  Ilamant  ont  été  un  peu 


MONLUC    PAGE    DU    DUC    ANTOINE    DE    LORRAINE.  89 

la  compat5"iiie  de  cent  lances  du  duc  Antoine,  créée  par  lettres  du 
roi  Louis  XII,  du  3i  juillet  i5ii,  et  dont  Bayard  fui  lieutenant. 
Du  moins,  ce  dernier  fait  est  confirmé  par  les  biographes  du 
chevalier  sans  peur  et  sans  reproche,  le  Loyal  Serviteur  et  Sym- 
phorien  Ghampier,  et  aussi  par  Brantôme  ".  La  compagnie  du  duc 
Antoine  servait  en  Italie  ;  elle  prit  part  aux  campa^-nes  du  règ'nc 
de  Louis  XII,  aux  batailles  de  Ravenne  et  de  Marii^-nan.  Mais  une 
(juittance  non  datée  nous  apprend  (pie  siii-  les  cent  lances  qui  la 
composaient,  ving-t  hommes  d'armes  et  quarante  archers  res- 
taient dans  les  Etats  du  duc  «  pour  la  garde,  seurelé  et  deffense 
d'iceulx  )).  Monluc  fut  de  ceux-là.  11  ne  connut  donc  Bayard  que 
de  loin  et  ne  servit  pas  sous  ses  ordres.  D'après  Ghampier,  le  bon 
chevalier  serait  venu  à  Nancy  au  retour  de  sa  captivité  d'Alle- 
magne, vers  la  fin  de  ioi3;  Monluc  le  vit  peut-être  alors  qu'il 
était  encore  pag-e". 

De  son  séjour  en  Lorraine,  il  garda  (pielques  souvenirs,  dont 
on  retrouve  la  trace  dans  son  livre.  Il  y  entendit  certainement 
parler  de  la  g-rande  lutte  où  avait  sombré  la  fortune  de  Gharles 
le  Téméraire.  Les  héros  du  sièg-e  de  Nancy  vivaient  encore.  Le 
souvenir  des  souffrances  endurées  {)ar  les  habitants  n'était  pas 
non  plus  perdu.  G'est  pendant  le  séjour  de  Monluc  en  Lorraine 
que  Pierre  de  Blarru  [)ublia  sa  Nancrulf,  dont  le  duc  Antoine  fit 
les  frais.  G'est  en  \~)-n)  que  se  produisit  une  demande  de  resti- 
tution du  coips  du  Téméraire,  comme  réponse  aux  menées  du 
duc  en  faveur  de  la  candidature  de  François  1*^'  à  l'empire.  Aussi 
n'est-on  pas  surpiis  de  voir  Monluc,  à  la  lin  de  ses  Commentaires, 
dans  sa  Hemonstrance  au  roij,  invoquer  en  première  lig^ue  le 
siège  de  r/177  pour  montrer  «  combien  importe  ung  bon  chef 
dans  une  j)lace  »  '.  Il  exaile  dans  cette  page  l'héroïsme  des  Gas- 
cons au  service  de  la    Lorraine.  Ses  connaissances    historiques 

plus  fructueuses  :  dans  les  comptes  de  l;t  maison  ducale,  il  a  relevé  u  le  pasfc 
Blaizot  0,  ((  le  pat;"e  yaseon  ».  (ies  dénominations  vai^'ues  cachent  peut-être  le 
petit  Monluc. 

1.  L(i  tr('s-i(jijfas(',  itlaifidiitc.  et  récrédiioc  hisUjirc  ilu  fjcnlil  s('i<fm'iir  de 
Bai/di'f,  composée  pur  le  Loipil  Serviteur,  éd.  J.  Roman,  1878,  p.  2^9.  — 
Chamimiîr,  Les  gestes  eiisenihle  Ui  vie  du  preux  rhevnlier  B<ii/(/rd ,  dans  i'.iMRFM 
et  Danjou,  Archives  curieuses  de  /'histoire  de  France,  i^c  série,  I.  II,  p.   lôo. 

lÎKANTÙMIi,  ni,   223-2:>/|. 

2.  n.  I^iiPA(;E,  op.  cit.,  p.  77. 

3.  III,  404-/,C5. 


90  PREMIÈRES    CAMPAGNES    d'iTALIE    ET    DE    FRANCE. 

sont,  du  reste,  sur  certains  points  très  insuffisantes;  il  confond 
le  duc  René  de  Vaudémont  (i473-i5o8)  avec  son  grand-père 
René  d'Anjou,  roi  de  Sicile.  Il  affirme  sans  preuves  que  le  duc 
de  Lorraine  ne  pensait  pas  que  le  Téméraire  viendrait  assiési'er 
sa  capitale'.  Il  imag-ine  que  sa  victoire  sous  les  murs  de  Nancy 
fut  due  aux  Suisses  et  à  un  renfort  de  «piatre  cents  g-ens  d'armes 
envoyés  par  Louis  XI,  qui  «  soubz  main  le  favorisoit  »  ^.  Mais  il 
note  avec  raison  (pie  le  roi  de  France  était  lié  par  un  traité  au 
duc  de  Bourgog-ne  (trêve  de  Soleure,  i3  septembre  147^);  il 
fait  une  juste  allusion  à  l'héroïsme  des  Nancéiens;  enfin,  il  rend 
hommage  aux  capitaines  gascons  au  service  du  duc  René.  Il 
cite,  parmi  les  défenseurs  de  Nancy,  Gracian  d'Aguerre,  qui, 
d'ailleurs,  était  basque.  La  brillante  fortune  de  ce  soldat,  qui  sut 
mériter  par  ses  services  la  faveur  du  duc  René  et  du  roi  Char- 
les VIIL  qui  se  distingua  tour  à  tour  dans  les  guerres  de  Lor- 
raine et  dans  celles  d'Italie,  dut  frapper  la  jeune  imagination  de 
Monluc  qui  le  connut  peut-être  à  Nancy 3.  Il  oublie  Menaud 
d'Aguerre,  frère  de  Gracian,  mort  dès  i5oi,  et  aussi  Jehannol 
d'Abidos,  celui  qui  avait  capturé  à  la  bataille  de  Nancy  le  bâtard 

1.  Il  s'y  aUendait  parfaitement  :  dès  son  entrée  triomphale  dans  Nancy,  le 
1  octobre  1/17O,  il  savait  que  Charles  était  en  route  et  que  bientôt  il  fondrait  sur 
la  Lorraine  avec  des  troupes  fraîches.  Aussi  il  se  hâta  de  mettre  Nancy  en  état 
de  défense  et  s'éloiç^na  ensuite  pour  essayer  de  battre  les  troupes  de  Camj)o- 
liasso  avant  qu'elles  eussent  rejoint  le  Téméraire.  Il  n'y  réussit  pas.  Son  armée 
se  débanda  et  il  se  retira  avec  les  débris  chez  ses  alliés  les  Suisses.  —  Cf.  Chr. 
Pfister,  Histoire  de  Nancy,  \,  432-437. 

2.  Louis  XI,  en  fait,  ne  fournit  pas  de  troupes  au  due  de  Lorraine.  Il  se 
borna  à  attendre  le  résidtat  de  la  lutte  eno'as^ée  entre  les  deux  adversaires. 
.Monluc  fait  sans  doute  allusion  au.\  si.\  cents  lances  de  Louis  de  La  Trémoille 
(jui,  |)endant  la  bataille  de  Nancy,  étaient  en  observation  à  Tout,  avec  ordre  de 
ne  pas  bout;;er,  et  à  (jui  le  traître  Canqjo-Basso  alla  offrir  ses  services.  Il  se 
trompe,  en  tout  cas,  en  affirmant  que  les  troupes  françaises  vinrent  jusqu'à 
I*ont-Sainl-Vincent.  —  Cf.  Chr.  Pfister,  op.  cil.,  chap.  xni-xvi. 

3.  Gracian  d'Aguerre  mourut  gouverneur  de  Mouzon  en  mars  ou  avril  i.")i5. 
Monluc  avait  connu  plusieurs  membres  de  cette  famille  :  un  Gracian  d'Aguerre 
se  trouvait,  le  22  juin  i.")22,  à  liayonne,  dans  la  bande  de  Jean  II,  baron  de 
Gramont,  et  |)rit  part  avec  lui  à  l'escarmouche  de  Saint-.lean-de-Luz.  Un  autre 
d'A^-iierre  fut  de  l'expédition  de  Naples  en  i.")28.  Un  antre,  Martin,  était  en  i52i 
honnne  d'armes  à  (Crémone  dans  la  compagnie  de  Lescuii ,  où  Monluc  servait 
connue  archer;  il  fut  ensuite  chevau-léger  dans  la  compagnie  de  Pierre  d'Ossun, 
avec  Marc-Antoine,  le  fils  aîné  de  Biaise  (J.  i>i:  Jaurgain,  Projils  basques, 
Menaiid  et  (irarian  d'Aguerre^  dans  la  /{l'riii'  di's  /hisse.s-Pi/rénées  et  de.s  Lan- 
des,  juin  i88ti- février  1887). 


LA  CAMPAGNE  DE  l;)2I-i;)22.  QI 

de  Bouri^oyiu",  .leliannot  le  Bas(jiie,  Pied-de-Fer,  le  capitaine 
Fortune.  11  cite,  en  revanche,  Pons,  Gajan  et  Rocjucpine,  sur 
lesquels  les  documents  lorrains  sont  muets'. 

Le  départ  du  jeune  Gascon  pour  l'Italie,  où  il  voulait  rejoindre 
la  compagnie  de  Bavard,  rappelle  celui  de  Montmorencv  passant 
les  monts  avec  cinq  cents  francs  seulement,  de  l)onnes  armes  et 
de  bons  chevaux,  que  lui  a\ait  donnés  son  père".  Comme  le 
connétable,  Monluc  devait  se  plaire  à  évoquer  ce  souvenir.  Il  a 
tenu  aussi  à  consigner  dans  son  livre  les  noms  de  ceux  qui  fu- 
rent ses  conseillers  et  ses  g-uides  dans  le  dur  apprentissag'e  de 
la  g-uerre  :  Bernard  de  Monlault,  coselg-neur  de  Castelnau, 
«  l'homme  vieux  »  qu'il  rencontra  prés  de  Lectoure,  à  une  jour- 
née de  Saint-Puy  ^,  et  ses  deux  oncles  maternels,  les  Eslillac, 
Garcie  ou  Gaixiot  et  François  de  Mondenard  ^  qui  l'accueillirent 
à  Milan  et  lui  procurèrent  une  place  d'archer  dans  la  compag-nie 
de  M.  de  Lescun. 

On  a  vu  plus  haut  que  Moiduc  a  remanié,  en  s'aidant  de  du 
Bellaj,  la  première  rédaction  du  passage  suivant,  où  il  rappelle 
la  désastreuse  campagne  de  1 52 1- 1622,  qui  aboutit  à  la  perte  du 
Milanais.  Bien  (ju'il  se  vante  d'être  capable,  s'il  le  xoulait,  de 
conter  en  détail  tout  ce  «  voiaige  »,  il  paraît  bien  qu'il  n'eu  avait 
conservé  que  des  souvenirs  assez  indistincts.  Il  affirme  que  la 
guerre  dura  vingt-deux  mois  :  en  fait,  les  hostilités  s'ouvrirent  <'n 
avril  1021,  par  l'invasion  du  Luxembourg  et  de  la  Navarre,  et 
Lautrec,  battu  à  la  Bicoque  le  29  aviil  1022,  rentra  en  France 
au  mois  de  mai.  Mais  Monluc  dut  rester  en  Italie  avec  le  frère 
de  Lautrec,  le  maréchal  Thomas  de  Foix,  sieur  de  Lescun,  qui 

1.  Lepage  ne  dit  rien  de  ces  capitaines  dans  son  (Jommenlaire  sur  la 
chronif/ue  de  Lorraine.  Noulens  a  identifié,  sans  autre  preuve  que  le  témoi- 
gnage de  Monluc,  Ro([uepino  avec  Jean  (I  du  Bouzet,  seigneur  de  Cots  et  de 
Lagraulel,  devenu,  le  27  seplend)re  1/172,  seigneur  de  Kocpiepine  par  son 
mariage  avec  (Catherine  de  Hordes (.l/«/,vo//,s-  /lis/o/'it/zics  de  (jascor/ne,  l,  20-24). 
Dans  un  tableau  de  l'armée  de  Lautrec  pendant  l'expédition  de  Naples  en  ir)27- 
1028,  ou  trouve  «  t*on  el  maestro  di  campe  »  comme  lieutenant  de  la  com- 
pagnie du  duc  de  I^orraine  (Sanuto,  Diarii,  XLVI,  col.  4'^')- 

2.  BuANTÔME,  III,  341-342. 

3.  Identifié  par  Tamizey  de   Lakuooie  (^Reriie  de   Gascogne,  i80f),  p.  528). 

4-  Ils  étaient  fils  de  Jean  de  Mondenard  et  de  Marguerite  de  Galard  de  Bras- 
sac.  Us  eurent  deux  sœurs  :  Frani;oise,  qui  épousa  François  de  Lasseran  de 
Mansencome  et  (pii  Fut  la  mère  de  Biaise  de  Monluc;  Catherine,  (jui  épousa  un 
Verduzan  ((î.  Tiiolin  et  Pu.  I^auzun,  Le  (Uiàleaii  d'Eslillar,  pp.  iy-20). 


92  PREMIÈRES    CAMPAGNES    D  ITALIE    ET    DE    FRANCE. 

capitula  dans  Crémone  le  i4  mai,  sous  conditions,  et  évacua  la 
place  le  26  juin'.  Il  ajoute  qu'il  eut  dans  cette  campagne  cinq 
chevaux  tués  sous  lui,  qu'il  en  perdit  en  dix  jours  deux  que  lui 
avait  donnés  un  cousin  germain  de  sa  mère,  le  seigneur  de  Ro- 
quelaure",  et  qu'il  l'ut  fait  prisonnier'.  Dans  sa  seconde  rédac- 
tion, il  a  ajouté  de  son  cru  une  appréciation  de  la  conduite  de 
Lautrec,  qui  nous  paraît  terril)loment  indulgente^.  De  retour  en 
France,  la  compagnie  du  maréchal  de  Foix  tint  garnison  à  Mau- 
vezin  et  Beaumont-de-Lomagne,  villes  de  Gascogne  désignées  en 
effet  comme  résidences  de  gens  d'armes  -''.  Une  montre  de  cette 
compagnie,  passée  à  Mirande  le  18  février  i523,  cite  Moulue 
parmi  les  archers '5.  C'est  le  moment  où,  dit-il,  il  fut  promu 
homme  d'armes;  il  paraît  donc  se  tromper  en  affirmant  qu'il  ne 
se  trouva  pas  à  la  montre,  «  pour  ce  que  la  fièvre  quarte  l'avoict 
prins  ». 

Ici  se  place  le  premier  grand  récit  des  Commentaires  :  l'escar- 
mouche de  Saint-Jean-de-Luz.  C'est  un  épisode  de  l'invasion  du 
Labourd  par  les  hnpériaux,  en  septembre  i523.  Deux  ans  avant, 

1 .  Sur  le  siège  de  Crémone  par  Prospero  Colonna  et  le  retour  de  Lescun  en 
France  au  début  de  juillet,  voir  Sanlto,  Diai'ii,  XXXIII,  col.  24/1,  247-248, 
273,  3i3,  327,  346. 

2.  D'après  La  Cuesnaye  des  Bois,  Dictionnaire  de  Ui  Noblesse,  XIV,  i3-i4, 
ce  sei2:neur  de  Roquelaure  serait  Jean  III  de  Mondenard,  quatrième  fils  de 
Garcie,  frère  de  Françoise  de  Mondenard,  la  mère  de  Monluc.  Il  serait  donc  le 
neveu  propre  de  cette  dernière  et  le  cousin  germain  de  Biaise. 

3.  Je  suis  le  texte  des  manuscrits.  Celui  de  FI.  de  Ramiond,  ad()|)té  par  de 
Ruhle,  porte  :  «  Aussi  feut-il  ihué  soubz  moy  cinq  chevaux  en  dix  jours,  et  en 
deux  jours  deux  (jue  monsieur  do  Boquelaure,  cousin  germain  de  ma  mère, 
me  donna.  » 

4.  Cf.  le  jugement  sévère  de  Mignet,  Rivalité  de  François  /'?'•  et  de  Char- 
les-Quint, I,  342-343.  Un  livre  sur  Lautrec  reste  d'ailleurs  à  écrire,  comme  le 
reman[ue  V.-L.  Bourrilly,  Le  règne  de  François  /«'",  état  des  travaux  et 
questions  à  traiter  (extrait  de   la   Rev.  dliist.  mod.,  et  rontemp.,   IV,   588). 

.").  De  Kuble  a  signalé  un  document  qui  confirme  Alonluc  :  Liste  des  lieux 
destinés  pour  faire  les  assemljlées  et  recrues  des  troupes  en  chacune  pro 
vince  (B.  N.,  fr.  i8r)87,  f»  23).  Le  7  décembre  1022,  une  montre  de  la  com- 
pagnie de  Lescun  eut  lieu  à  «  Mauvoysin  en  Armagnac  »  (B.  N.,  fr.  2i5i2, 
n'>  104.')).  Le  nom  de  Monluc  n'y  figure  pas.  On  ue  le  trouve  pas  davantage 
dans  (|uatre  montres  conservées  de  celle  compagnie,  qui  furent  passées  à  Ba- 
giiacavailo  le  iH  août  i5i7  (B.  N.,  Glairand)ault,  244,  n"  785),  à  Crémone  le 
28  juillet  ifjiH  (B.  N.,  fr.  2i5io,  n»  9U0),  le  17  septembre  i520  (B.  N.,  fr. 
2i5ii,  n"  1002)  et  le  27  janvier  i52i  {ibid.,    no  1009). 

•1.   H.  .\.,  Clairand^ault,  24O,  no  f)o3. 


l'escarmouche  de  saint-jean-de-luz  (sept.    i523).         9.3 

tiindls  que  François  I"  déi^açeiiit  Mézières  et  refoulait  sur  Valen- 
cieunes  l'armée  de  Gharles-Ouiul,  Bonriivet  avait  assiég-é  et  pris 
Foritarabie  (18  octobre  lo^i)'.  L'aiiiu'c  suivanic,  les  Itnpériaux 
avaient  tenté  de  reprendre  la  j)lace  ;  di'femlue  par  Jarcpies  de 
Daillon,  baron  du  Lude,  elle  résista.  Le  maréchal  de  Cliaban- 
nes  la  ravitailla  et  y  mit  un  nouveau  g-ouverneur,  le  capitaine 
Franget.  En  sejitembre  lôaS,  PhililxHl  de  Châlon,  [)rince 
d'Orange,  envahit  le  Labourd  :  il  avait  ordre  de  prendre  Bayonne^, 
Le  gouverneur  de  Guienne,  Odet  de  Foix.  sieur  de  Lautn^c, 
organisa  la  défense  de  la  ville.  D'après  du  Bellay,  c'est  le  16  sep- 
tembre que  les  Impériaux  arrivèrent  à  Sainl-Jean-de-Luz,  et  c'est 
le  lendemain  (pi'ils  marchèrent  sur  Bayonne -\  C'est  donc  le  16 
(pi'il  conviendrait  de  placer  l'escarmouche  contée  par  Moulue. 
Son  récit  est  riche  en  détails  minutieux.  Cette  preniière  prouess»; 
s'était  naturellement  fixée  dans  sa  mémoire,  et  plus  d'une  fois  il 
avait  dû  la  rappeler*.  Il  serait  particulièrement  intéressant 
d'éprouver  ici  la  fidélité  de  ses  plus  ancien"  souvenirs.  On  le 
peut  pour  certains  détails,  par  exenq)le  pour*  les  noms  d'hommes 
d'armes  cités.  M.  de  Lignac  était  bien  lieutenant  de  la  compa- 
gnie de  Lescun -.  Le  capitaine  Carbon,  le  capitaine  Sayas,  le 
capitaine  Compay   ap[)arfeuaient  tous  trois  à  cette  compag-nie '^, 


I .  Voir,  sur  ce  siège,  le  récit  de  Bohoenavi;,  Ilisloire  de  lièiirn  ci  S<i- 
Pdvve,  éfl.  Paul  Ilaymoutl,  pp.  17-22,  et  Th.  liEGUAND,  Essai  sui'  les  différpuds 
de  F<mt(ii'(d>ii'  avec  Ir  Lahnurd  du  quinzième  an  diœ-huilième  siècle  {Rerue 
du  liéarn  el  du  Pai/s  basque,  iijo/(,  p.  i55).  Lors  des  négociations  ouver- 
tes à  Calais  en  septembre-novembre  i52i,  entre  Franrois  1er  et  Charles-Ouinl, 
la  reddition  de  Konlarabic  fut  proposée  par  l'Empereur  comme  une  coiidilion 
de  paix  {IVégor.  e/i//-e  la  France  el  l'AutricIie,  II,  .")2G-527). 

■>.   l_J.  lioBKUT,  Philibert  de  Chàlon,  prince  d'Oranc/e,  I,  48-02. 

3.  Du  ïiEhhXY,  coll.  Pclitot,  XVII,  l\2l\.  La  date  donnée  j)ar  du  Bellay  a 
été  adoptée  par  liordenave,  qui  ne  parle  pas  de  l'escarmouche  contée  par  Mou- 
lue. Bordenave,  chargé  par  Jeanne  d'Albret  d'écrire  VHisloire  de  liéarn  el 
Navai're,  y  travaillait  dès  1.572;  en  i.5()i,  il  ('lait  arrive-  aux  trois  (piarts  de  sa 
tâche  (voir  la  préface  de  Paul  Rayindiid,  pp.  11  cl  v).  Il  n'a  cerlainemeni  pas 
connu  les  Commentaires. 

4.  Uaus  un  autre  endroit  de  son  livre,  il  n'a  pas  craiiil  de  comparer  sa  pru- 
dence de  jeune  homme  de  «  dix-huict  ou  dix-ncuC  ans  »  à  la  taule  (|ui  causa  le 
désastre  de  Saint-Huentin  (I,  471). 

5.  Il  s'appelait  Gabriel  de  Lignac,  sieur  de  Savignac.  (Munln;  passi'-e  à 
Castres  le  21  juillet  i525,  B.  N.,  fr.  2101;'),  n'i  1098;  Clairand)aull ,  248, 
no  973). 

0.   Le  caj)itaine  Carbon  est  cité  connue  honune  d'armes  de  cette  compagnie 


94  PREMIÈRES    CAMPAGNES    D*ITALIE    ET    DE    FRANCE. 

ainsi  que  M.  de  Poygreffy  '  et  le  chevalier  Diomedes,  qui  n'était 
pas  italien,  comme  le  dit  Monluc,  mais  grec".  Les  capitaines 
Artiguelouve  et  Jehannot  d'Andoins,  le  sieur  de  la  Faye,  Ray- 
mond de  Luppé^  étaient  de  la  compag-nie  de  Lautrec,  ainsi  que 
Jean  de  Gramont  ^  Ce  dernier  n'est  du  reste  cité  que  comme 
homme  d'armes  dans  une  montre  du  i6  juillet  I523^  Monluc 
dit  qu'il  était  lieutenant  de  la  compagnie  au  moment  du  sièg-e  de 
Bavonne  :  peut-être  s'est-il  trompé.  Quant  au  «  sieur  de  Mai- 
Sfnauld  »,  c'est  sans  doute  François  ou  Odet  de  Maig-nault,  hom- 
mes d'armes  aussi  de  la  compagnie  de  Lautrec^.  Enfin  le  «  bas- 


dans  les  montres  de  Bagnacavallo,  i8  août  i.'ny  (B.  N.,  Clairamb.,  244> 
n"-j8')):  Crémone,  17  sept.  ir)2o  (fr.  2i5ii,  no  1002);  .Mirande,  18  fév.  i523 
(Clairaml).,  2^0,  no  908);  Crémone,  27  janv.  1621  (fr.  2i5ii,  n»  1009);  Mau- 
vezin,  7  déc.  1.^22  (fr.  21  .")i2,  n»  104^));  Saniadef,  28  00t.  i>")23  (Clairamb.,  247, 
no  940;  Castres,  21  juill.  i525  (fr.  2i5i3,  no  1098;  Clairamb.,  248,  no  978). 
—  Le  capitaine  Sayas  (Jehan  de  Sagas)  est  cité  dans  les  montres  de  la  même 
compagnie  de  Crémone,  27  janv.  i52i,  et  de  Castres,  21  juill.  i525. 

1.  Cité  dans  les  montres  de  Mauvezin,  7  déc.  1622;  Samadet,  28  oct.  1023; 
Castres,  21  juill.  i,Ô2.").  —  Voir,  sur  ce  personnage,  la  note  de  de  Ruble, 
I,  .5o,  n.  8. 

2.  «  Dyomedes,  Grec  »,  est  cité  dans  la  montre  de  Mirande  du  18  fév.  i.")23. 
Le  29  mai  1025  et  le  11  février  j526,  on  le  retrouve  à  Monlélimar  et  à  Va- 
lence, dans  la  compagnie  du  marquis  de  Saluées  (B.  N.,  fr.  21  5i3,  nos  io8g  et 
1121).  En  1.^82,  il  fut  cassé  comme  homme  d'armes  de  la  compagnie  du  comte 
de  Tende  {Cnlnlojiie  des  actes  de  François  /<?'•,  II,  no  O870). 

8.  Montres  de  Grossoles  en  Condomois ,  29  novembre  1022  (  B.  N.,  fr. 
21.012,  no  io44);  Béziers,  i<'r  juillet  i525  (fr.  2i5i3,  no  1092);  Béziers,  it  fé- 
vrier ii)26  {ibid.,  no  11 19);  Bayonne,  ler  mars  i523  (fr.  21.012,  no  io4o); 
...  en  Agenais,  aO  septembre  i526  (fr.  2i5i4,  no  ii52);  Budrio-lès-Bologne, 
9  janvier  1.028  {ihid.,  no  1 181);  au  camp  devant  Naples,  6  mai  1628  (Clairamb., 
2JO,  no  1081);  Mirande,  16  juillet  1.523  {ibid.,  24O,  no  92;')).  —  Jehannot  d'An- 
doins était  lieutenant  à  la  garde  de  la  ville  et  du  château  de  Saint-Malo  en  i586 
et  i538  {Cafator/iir,  Vlll,  nos  80498  et  81G87). 

4.  Voir,  sur  Jean  II,  baron  de  Gramonl,  que  nous  retrouverons  dans  l'expé- 
ditinri  de  Xaples  et  qui  mourut,  connue  le  dit  Monluc,  au  siège  de  cette  ville, 
la  notice  de  J.  de  JAimiAiN,  Menaiid  et  Gracian  <l'Agiierre  [Rev.  des  B.-Pi/r. 
et  des  Landes,  i^  aoùt-ic  octobre  1886,  p.  i54,  no  i).  Il  est  cité  comme 
honmie  il'armes  de  la  compagnie  de  Lautrec  dans  les  montres  de  Bayonne, 
i'"'  mars  1.028;  Grossoles  en  Condomois,  29  iK)vend)re  1.522;  Mirande,  0  juil- 
let 1528. 

.).  A  cette  date,  c'est  Jaymc  de  Saiiite-ColoiMiiii'  (pii  est  lieutenant.  Jean  tle 
(iranunont  a  ce  titre  dans  la  montre  de  Béziers  du  pi  jinllet  1.52.5. 

0.  Krantj'ois  de  .Maignault  est  cité  dans  les  montres  de  Grossoles,  29  novem- 
bre i522;  Bayonne,  icr  mars  i523;  Béziers,  icr  février  1626;  Budrio,  9  janvier 


FIDELITE    DES    PLUS    ANCIENS    SOUVENIRS    DE    MONLUC.  90 

lard  (l'Aiissan  »,  qui  «  fit  épaule  »  à  Monliic  j)()iir  assurer  la 
retraite  par  échelons,  peut  èlre  identifie''  avec  un  archer  de  celte 
même  compag-nie  cité  dans  une  uKuilre  deC-rémone,  2  juillet  i^iH', 
ou  avec  un  Aussan,  homme  d'armes  de  la  compagnie  d'André  de 
Foix,  sieur  d'Asparros,  en  juillet  i52.V'.  Ou  le  voit  par  cette 
expérience,  (ju'il  sérail  fastidieux  de  renouveler  pour  tous  les 
épisodes  des  Cnniinenhiires  :  le  récit  de  Moiduc  supporte  très 
honorahlemeut  la  confrontation  des  docunietils.  Les  souvenirs  les 
plus  anciens  lui  re\enaient  très  nets  quand  il  dictait  son  livre,  et 
l'on  peut  affirmer  qu'il  avait  la  mémoire  des  noms  jiropres. 

La  narration  de  l'escarmouche  de  Saint-Jean-de-Luz  peut  être 
soumise  à  une  autre  épreuve.  La  précisi(m  topoyrajdiique  en  est 
fiap[)ante.  L'étude  du  terrain  permet  d'en  contrejler  l'exactitude. 
Les  deux  compagnies  de  g'ens  d'armes  de  Lautrec  et  de  Lescun 
et  les  deux  bandes  de  gens  de  j)ied  de  Megi'in  et  La  Clotl(;, 
parties  de  Bajonne,  durent  (piilter  la  route  d  L^staritz  un 
[)eu  avant  le  bois  de  Berriotz ,  poui'  [jreridie  celle  de  Saint- 
Pée.  Elles  traversèrent  ensuite  le  l)ois  de  Saint-Pée,  attei- 
gnirent la  hauteur  de  Fagossou,  franchirent  sur  le  pont  d(^ 
l'ancienne  route  de  Saint-Pée  l'affluent  de  la  Nivelle  qui  passe  au 
pied  de  cette  hauleiu'  et  arrivèrent  enfin  sur  le  monticule  dv 
Baïlerenea  (la  maison  du  bavie),  —  aiijonrd'liui  villa  l'Oucpiier, 
—  d'où  Ion  (lécouNre  Saint-.Iean-de-Luz.  Le  capitaine  (  laibon  et 
les  gens  d'armes  descendirent  j)ar  le  \ersant  en  jxMile  douce 
allant  à  la  Nivelle  et  franchirent  le  ptïtit  ruisseau,  sur  lequel 
passe  la  nouvelle  route  de  Saint-Pée^.  L'escarmouche  entre  ca- 
valiers fiançais  et  impériaux  eut  lieu  dans  la  plaine  formée  par 
la  boucle  de  la  Nivelle,  devant  Saint-Jean-de-Luz.  Quand  Monluc 
et  les  capitaines  de  gens  de  pied  virent  les  gens  d'armes  repous- 
sés par  rennemi,  ils  descendirent  de  Baïlerenea  avec  leurs  arba- 

1528;  Napics,  0  mai  ifisS;  —  Odet  de  Mai^nault,  dans  les  moalres  du  2g  novem- 
bre ir)22,  iC)  juillet   1523,  i<""  juillet   1025,  i't  février  i526,  2()  septembre  iï\-2('). 

1.  B.  X.,  fr.  2i5io,  no  961  :  <<  le  baslard  d'Aussy  ». 

2.  Montre  passée  à  Fronton,  ])rès  Montauban,  20  juillet  1^23  (15.  .N.,  Clai- 
ramb.,  246,  n"  927). 

3.  Ce  ruisseau  (en  basque  ert-ek-fi),  «  de  (piinzc  ou  vintft  pas  de  larçeur, 
profond  jus(pics  ii  la  braye  »,  dit  iMonlue,  11  "a  pas,  en  effet,  plus  de  1  mètre  à 
1  m.  5o  de  lari>e  et  i  mètre  de  |)rofondeur  à  marée  haute,  au  |iied  de  iiaderc- 
nea.  A  marée  basse,  il  est  presijue  à  see.  On  voit  encore  les  marais  dont  parle 
Monluc. 


96  PREMIÈRES    CAMPAGNES    d'iTALIE    ET    DE    FRANCE. 

lélriers  et  leurs  six  arquebusiers  pour  couvrir  la  retraite.  Elle  se 
fit  par  le  y)()nt  de  l'ancienne  route  de  Saint-Pée,  puis  par  la  vallée 
de  l'affluent  de  l'Ouhahia  <]ui  passe  à  Ahetze  ',  où  Moulue  retrouva 
la  route  de  Bayonne.  Il  s'étend  coinplaisamment  sur  l'accueil 
(pie  Lautrec  lui  fit  le  soir  et  ne  dit  qu'un  mot  de  la  retraite  des 
Impériaux,  qui  eut  lieu  quelques  jours  après,  puisque,  le  27  sep- 
tembre, Louise  de  Savoie  félicitait  les  Bayonnais  de  la  brillante 
fa<;on  dont  ils  avaient  défendu  leur  ville  ^. 

Après  avoir  noté  la  retraite  des  Impériaux,  les  Commentaires 
mentionnent  la  prise  de  Fontarabie  par  Philibert  de  Chàlon 
(27  février  i524)^.  Monluc  attribue  la  chute  de  la  place  à  la  tra- 
hison de  don  Pedro  de  Navarre,  neveu  non  pas,  comme  il  le  dit, 
du  connétable  de  Navarre,  mais  de  D.  Inigo  Fernandez  de  Ve- 
lasco,  connétable  de  Castille.  Don  Pedro,  en  effet,  à  la  suite  de 
cette  capitulation,  se  fixa  en  Navarre,  fut  fait  maréchal  du 
royaume,  marquis  de  Cortra  et  î^rand  chambellan ''^.  Cette  cause 
est  aussi  donnée  par  du  Bellay,  qu'ont  suivi  Bordenave  et 
Favyu  '>. 

La  première  rédaction  contient  ensuite  une  brève  mention  du 


1.  I^'éditioii  oriiçinale  porte  Hnitéc.  De  lUible  a  lu  Aiffe  sur  le  premier  ins., 
Ilditt'-e  sur  le  second.  En  réalité,  le  premier  ms.  portait  Sai/trc  :  on  a  sur- 
chargé le  mot,  effacé  VS  initial  et  transformé  fc  en  deux  s  Ioniques  (.1  y.s'.sv). 
(Juaul  au  deuxième  ms.,  il  porte  très  lisiblement  Ilaitvc,  qu'il  faut  idoutitier 
avec  Ahetze,  Basses-Pyrénées,  canton  dTstaritz,  arrondissement  de  Bayonne 
(i4  kilom.). 

2.  Archives  municipales  de  Bayonne,  Registres  gascons,  II,  .Sgo-Sgi.  — 
Sur  le  siège  de  Bayonne,  voir  du  Bellay,  coll.  Petitot,  XVII,  /^24-420,  et  Bor- 
denave, pp.  24-25;  sur  les  démolitions  d'églises,  hôpitaux  et  maisons  situes 
hors  les  murs,  qu'onlonna  Lautrec,  voir  Arc/t.  munie,  de  Bai/onne,  Reg.  Gas- 
cons, II,  r)63,  r)G4,  r)0(»,  5(38;  E.  DucÉRÉ,  Les  Fortifications  du  vieu.r  Bayonne, 
p|).  27-28;  conmiandant  de  Blay  di;  Gaïx,  Histoire  militaire  de  Bc/yonne,  I, 
1 ,38-1 42.  —  Il  est  curieux  de  rapprocher  ce  (|ue  dit  Monluc  de  la  situation  de 
Saint-Jean-de-Luz  et  de  la  pomade,  ou  cidre  basque,  des  impressions  du  Véni- 
tien André  Navagero,  qui  traversa  le  pays  en  i528  (Tommaseo,  Relations  des 
ambassadeurs  rénitiens,  I,  10). 

?).  Le  .'?  mars,  Philibert  de  Chàlon  écrivait  à  l'archiduchesse  Marguerite  : 
"  .l'avons  prius  Kontarabier,  ([ui  n'est  |)as  jjctit  service  à  l'Empereur.  »  (l'.  l\o- 
HEHT,  op.  cit.,  \l,  48.) 

/).  U.  RoiJEHT ,  op.  cil.,  I,  5;^.  Après  la  mori  de  son  père,  en  i523,  il 
hérita  de  sa  dignité. 

5.  Du  Bellay,  coll.  Petitot,  XVIi,  4^-t'»-  —  Bohuenave,  p.  v.O.  —  Kavy.n, 
Histoire  de  Navarre,  p.  728. 


LE    SIEGE    ET    LA    BATAILLE    DE    PAVIE.  Oy 

siège  de  Marseille  par  le  connétable  de  Bourbon,  suivie  d'un 
détail  inexact  sur  la  retraite  des  Impériaux.  Moulue  dit  qu'elle  se 
fit  par  Saluces,  Pignerol  «  et  aultres  vallées  ».  En  réalité,  l'en- 
nemi prit  le  chemin  de  Nice  et  de  Monaco,  poursuivi  par  Mont- 
morency, qui  franchit  à  sa  suite  le  col  de  Tende  '.  Autres  inexac- 
titudes :  Moulue  note  (pi'Autonio  de  Leyva,  laissé  dans  Pa\i(' 
«  avecques  quelque  trouppe  d'Aleinaus  »,  y  soutint  le  siège  pen- 
dant «  sept  ou  liuict  mois  ».  11  est  revenu  sur  le  siège  de  Pavie, 
dans  la  Remonstrance  au  roij  :  il  y  dit  qu'Antonio  de  Leyva 
«  n'avoit  que  trois  enseignes  d'Italiens  et  trois  mil  Alemans  »  et 
que  le  siège  dura  «  envyrou  sept  mois  »  ",  Fran(;ois  P'  arriva 
devant  Pavie  le  27  ou  le  28  octobre;  dès  le  26,  «  l'avanl-garde 
des  Frauçois  estoit  desjà  espauchée  par  les  champs  de  Pavie  », 
dit  Francesco  Tiegio,  témoin  oculaire-^.  La  bataille  eut  lieu  le 
24  février  i525;  le  siège  dura  donc  (pialre  mois  seulement.  L'er- 
reur est  grossière;  notons  que  Moulue  a  dédaigné  de  la  corriger, 
bien  que  du  Bellay  lui  fournit  des  dates  pour  cela''^.  Sur  le  chifire 
de  la  garnison,  les  historiens  varient.  Du  Bellav  parle  de  «  mille 
ou  douze  cens  Espagnols  et  six  mille  lansquenets  »  -''  ;  Saluzzo 
di  Castellar  dit  rpi'il  y  avait  en  tout  environ  huit  mille  hommes, 
tant  Espagnols  que  laus(pieuels  et  Lombai'ds*^;  Ta'gio,  qui  était 
dans  Pavie  et  dont  le  lémoiguage  a  une  a  aleur  de  premier  ordre, 
donne  des  chiffres  plus  précis  :  deux  cents  hommes  d'armes, 
autant  de  coustilliers,  quatre  cents  aventuriers  espagnols  et 
cinq  mille  Allemauds,  qui  avaient  pour  chef  Eitel  Frédéric  IV, 
comte  de  Hohenzolleru,  auquel   succéda,  après  sa  mort  (17  jan- 

1.  François  I*""  à  Montmorency,  Aix,  4  et  5  octobre  i524.  (Cnp/ii'ifé  du  rai 
/''/•finçois  /«'",  pp.  i4-i8.)  Ta*y;io  dit  :  «  lin  ce  temps  l'exercite  de  l'empereur, 
(pii  estoit  chose  merveilleuse,  par  les  /•ires  de  Ici  mer...  arriva  en  Ylalie.  » 
[Le  siècje  et  la  bataille  de  Pavie,  par  Francesco  Taecjio,  traduit  du  latin  en 
français  par  Morillon,  réimpr.  |)ar  Ai.i  hku  Cautucr,  Genève,  1898,  p.  /|5.)  — 
Voir  MuiNET,  Rivalité,  \,  55o,  II,  '\,  et  Deckuic,  Anne  de  Montmorency,  1,  48. 

2.  m,  465-460. 

3.  T.Eciio,  op.  cit.,  pp.  8-9.  François  I*"''  à  Montmorency  [Captivité,  p.  30). 

4.  Du  Bellay  dit  (pie  l'Vanrois  lei"  mit  le  siège  devant  Pavie  le  27  ou  le 
28  octobre,  renseig'iiciiicnt  (]ui  concorde  avec  les  dociuiients  nrii;inau.\.  ((".oll. 
Petitot,  XVll,  4.59.) 

5.  Du  Bkllay,  coll.  Petitot,  XVll,  /(."iy. 

6.  u  Deutro  la  lera  gliera  in  varnig'one  che  espagnoli  clie  !ance(]U('nec  et  clic 
loubardi  circa  oto  milia...  »  (Saluzzo  di  Castellar,  Memoriale,  dans  Miscel. 
di  star,  ital.,  VIII,  595.) 

7 


98  PREMIÈRES    CAMPAGNES    d'iTALIE    ET    DE    FRANCE. 

vier  1520),  le  comte  Lodrone  '.  Le  chiffre  de  Monluc  est  de  toute 
façon  va§"ue  et  inexact. 

Sur  la  bataille  de  Pavie,  les  Coniincntaires.  dans  leur  première 
rédaction,  renferment  quelques  détails  qui  méritent  d'être 
examinés.  Ils  font  d'abord  allusion  aux  troupes  de  renfort  que 
Bourbon  amena  d'Allemaii;ne.  Monluc  avait  d'abord  écrit 
que  ce  secours  était  de  six  ou  sept  mille  hommes;  il  a  ensuite 
élevé  le  chiffre  à  dix  mille.  En  fait,  Bourbon  avait  levé  dix 
mille  Allemands,  mais  il  nt^w  amena  que  sept  mille".  Le  pre- 
mier chiffre  donné  par  Monluc  était  donc  plus  exact  que  le 
second.  L'indication  de  la  date  de  la  bataille  «  un^  jour  de  Sainct 
Mathias  »,  très  caractéristique,  se  retrouve  dans  les  documents 
originaux,  dans  Guichardin  et  dans  du  Bellay  ;  elle  devait  être 
passée  en  usage  parmi  les  contemporains-'.  Après  avoir  noté  jus- 
tement que  l'armée  française  était  affaiblie  par  le  long-  siège  et 
les  maladies  ^,  Monluc  indi([ue  deux  causes  de  la  défaite  :  la 
défection  des  Grisons  et  l'envoi  à  Naples  du  corps  de  Jacques 
Stuart,  duc  d'Albany.  Le  second  fait  est  attesté  par  tous  les  his- 
toriens -.  Le  premier  l'est  par  nombre  de  documents  originaux, 
mais  aucun  n'indique  la  raison  donnée  par  Monluc.  Le  dataire 
Matteo  Giberti  écrivait  de  Rome,  le  i^""  mars  i525,  que,  outre 
deux  mille  Valaisans,  quatre  mille  Grisons,  las  des  incommodités 


1.  T.Eciio,  pj).  7-8.  Cf.  tv.  IIabllk,  Die  Schlachl  hei  Pavia  [ForschniKjeii 
ciir  ih'utschen  Geschichte,  i885,  p.  5 16).  Ce  que  dit  Monluc  (III,  4^6)  de  la 
hi'èche  et  de  l'.assaut  est  confirmé  par  du  Bellay  (coll.  Petitot,XVII,  4^0)  et  par 
Ta'^io  ([ui  donne  la  date  :  8  novembre  (op.  cit.,  pp.  1O-19).  —  Cf.  Mic.net,  Riva- 
lilé,  11,  14-1"). 

2.  Lannoy  écrivait  à  Charles-Ouint  le  2  décembre  i524  :  «  Sire,  des  dix 
mille  Allemands  que  avoie  mandés  sont  venus  les  six  mille.  Le  reste  vient.  » 
(Cité  par  Mignet,  II,  3i,  note  i.)  T.egio  (p.  3i)  dit  que  l'armée  de  Bourbon 
comptait  sept  mille  Allemands  qui  vinrent  «  en  tacite  de  Laudes  ». 

;').  Lannoy  à  Charles-Quint,  Pavie,  20  février  i525  :  «  Sire,  la  victoire  que 
Dieu  vous  a  donné  a  été  le  jour  de  Saint-Mal hias,  qui  est  jour  de  votre  nati- 
vité. ))  (L.vNz,  Correspondt'iiz  des  Kaisers  Karl  V,  I,  162.)  Le  manjuis  de 
l'escara  à  Charles-(_)uint,  Bavie,  24  février  1,525.  {Colcœion  de  documentos 
ineditos  para  la  hisloria  de  Kspaha,  XXWlll,  4'^-) —  Ta\^io  a  conmiis  une 
iiiadverlance  élram^'-e  :  il  a  placé  la  i)ataill('  le  2O.  Son  traducteur  français  a  cor- 
rigé :  «  le  matin  de  Sainct  Malhias  )>  (p.  ôy). 

4-  MiifUet  a  néijii'jé  ce  détail  important,  confirmé  ,par  la  lettre,  citée  plus 
loin,  du  dalaire  Giberti. 

ij.  MuiNET,  Hivalilé,  II,  24-2ti.  Monluc,  revenant  sui'  ce  fail,  dil  (I,  ijo)  par 
inadvcriance  (|ue  le  duc  d'Albany  fut  envoyé  à  Borne. 


LES    CAUSES    DE    LA    DEFAITE    DE    PAVIE.  Qû 

dont  ils  pàtissaioiit,  s'en  sont  allés  du  service  du  Uoi  Tiès- 
Clirétieu  '.  L'archiduc  Ferdinand  disait,  le  12  avril  lo^f),  dans 
une  instruction  à  Martin  de  Salinas,  que  le  dé[)art  des  cinq  mille 
Grisons,  trois  jours  avant  la  l)ataille,  fnt  une  des  causes  de  la 
victoire  ".  Sc'hastien  Moreau,  dans  sa  Rehillon,  dil  (|ue  six  cents 
Grisons,  qui  étaient  à  Milan,  se  nnilinèrent,  ([uoirju'ils  fussent 
bien  payés,  et  s'éloignèrent  du  camp  français,  malgré  les  démar- 
ches (pie  le  roi  fit  faire  par  La  Trémoille  pour  les  retenir^.  Re- 
marquons (jue  le  chiffre  de  trois  mille,  donné  par  Monluc,  s'ac- 
corde mieux  avec  les  documents  qtie  celui  de  Séhaslien  Moreau. 
Mais  il  n'en  est  pas  moins  certain  (pu'  l'auleur  des  (hjmninitiiircs 
a  imaginé  que  François  1'''  cassa  les  (irisons  {)ar  ('conomie  ou 
(pi'on  lui  conseilla  de  les  renvoyer'^.  11  faut  noier  (pi'après  avoir 
dicté  ce  passade,  il  a  pu  lire  l'explication  fort  différente  que 
donne  du  Jiellay  du  départ  des  Grisons  et  qu'il  n'a  pas  modifié 
sa  première  rédaction  ^  L'erreur  commise  par  Monluc  a  été  re- 
levée par  les  éditeurs  de  1785;  elle  n'a  fail,  à  ma  connaissance, 
qu'une  dupe,  l'historien  piémontais  C^ambiano  ''. 

Une  troisième  cause  de  la  défaite,  acceptée  par  tous  les  histo- 
riens, a  été  indiquée  un  [)eu  plus  loin  par  Monluc.  C'est  la  mort 
de  Jean  de  Médicis,  le  fameux  condottiere,  le  chef  des  Bandes- 


1.  «  Dapoi  che  io  scrissi  a  Vostre  Sii»nori(',  oitre  i  duo  niila  \'allesani,  che 
furono  svali^iati,  ancor  i  quattro  mila  (iriij;ioni  si  partirono  dal  scrvilio  riel 
Chrisfianissinio,  senza  molli  alfri,  i  qiiali  siraccandosi  <lci  molli  disayi,  che 
palivaiio,  se  ne  andavano  alla  slilata.  Anche  più  di  duc  mila  |K'rsone  amiiialale 
s'erano  ritirate  a  Vinfcvano.  »  [Leltere  di  Principi,  i.l'yo,  f"  Hi  ru.) 

2.  «  Item  mas  asi  con  Suycos  como  Grîsones  a  tenlo  todas  las  praticas  posi- 
hlcs  al  principio  para  los  retener,  que  no  fuessen  en  servicio  de  Franceses,  y 
despues  para  retirarlos,  como  en  efecto  lo  hizo  en  es|)ecial  con  Grisones,  los 
quales  très  dias  antcs  de  la  halalla  se  retiraron  en  canlilad  de  cinco  mil,  y  con 
ellos  otros  très  mil  lans(pienecls*y  Suycos,  (pic  dcspnes  de  Dios  lue  causa  del 
vencimiento  de  la  batalla...  »  (I^anz,  I,  68/|.) 

3.  Captivité,  pp.  71-74-  —  L,a  relation  de  Sébastien  Moreau  donne,  déliïfuré, 
le  nom  du  capitaine  des  Grisons  :  Tlwsgnes.  C'était  Dieling'en  de  Salis.  .Monluc 
dit  qu'on  l'appelait  «  le  grand  Diau  n  (le  grand  diable). 

4.  Il  donne  cette  autre  explication  un  peu  plus  loin  (I,  (jo). 

5.  Du  liellay  raconte  (pie  les  six  mille  Grisons  furent  éloignés  di-  l'armée  |)ar 
une  ruse  de  (îianjacopo  de  Medici,  le  lutui'  manpiis  de  Marignan  (coll.  Petitot, 
XVII,  /179-481).  Le  récit  de  du  Bellay  a  été  adopté  par  Micnk.t  {Riiuilité,  M, 
4o-4i).  Brantôme  l'avait  déjà  suivi  (1,  292). 

6.  GvMBiANo,  Histnricu  discurso  {Monuni.  hislor.  pntr.,  vol.  I,  Srripl., 
col.   1012). 


100  PREMIÈRES    CAMPAGNES    d'iTALIE    ET    DE    FRANCE. 

Noii-es.  Il  tut  Idessé  d'un  coup  d'escopette,  eu  revenant  d'une 
escarmouche,  le  samedi  i8  février".  Le  24,  il  tut  apporté  à  Plai- 
sance, où  il  fut  soiyiié  par  Abraham  de  Mautoue  et  Jacques  de 
(larpi;  mais  on  ne  lui  coupa  pas  la  jaudje  et  il  ne  mourut  pas 
quelques  jours  après,  comme  le  disent  les  Commentaires.  Guéri 
de  sa  blessure,  Jean  de  Médicis  fut  blessé  mortellement  d'un 
coup  de  fauconneau,  le  2l\  novembre  1626  seulement,  dans  une 
escarmouche  près  de  Mantoue.  Transporté  dans  cette  ville,  il  y 
mourut  dans  la  nuit  du  29  au  3o  novembre  '.  Relevons  une  autre 
défaillance  de  mémoire  :  Moulue  dit  que  les  Bandes-Noires  s'ap- 
pelaient ainsi  parce  qu'elles  portaient  le  deuil  de  Jean  de  Médicis. 
C'est  à  la  suite  de  la  mort  du  pape  Léon  X  que  son  neveu  subs- 
titua les  couleurs  noires  aux  couleurs  blanche  et  pourpre  des 
cadets  de  Médicis  sur  les  drapeaux  et  les  baudriers  de  ses  sol- 
dats 3.  Monluc  paraît  encore  faire  erreur  en  disant  que  Jean  avait 
sous  sa  charge  à  Pavie  «  trois  mil  hommes  de  pied  »  et  «  trois 
cornettes  de  yens  de  cheval  )>.  Sa  charge  était,  d'après  les  Diarii 
de  SaiHito,  de  cinquante  hommes  d'armes  sans  archers,  deux 
cents  chevau-lég-ers  et  deux  mille  fantassins  '.  On  comprend,  du 
reste,  l'admiration  cju'inspi raient  à  Monluc  les  terribles  Bandes- 
Noires.  Il  les  avait  vues  à  l'œuvre  devant  Pavie;  il  les  retrouva 
au  sièg-e  de  Naples  ^ 

Monluc  n'a  guère  insisté  sur  la  journée  de  Pavie  elle-même. 


1.  T.EOio  (p.  54)  i)lace  à  tort  te  fait  le  20.  Une  tcUro  du  cardinal  Jean  Satviali, 
l)cau-frcre  de  Jean  de  Médicis,  à  sa  sœur  Mai'ie,  une  lettre  de  Lannoy  et  une 
autre  de  Jean  lui-même  le  placent  le  i8.  M.  Piiîrke  Gauthiez,  (jui  a  publié  ces 
lettres  dans  son  beau  livre  :  Jean  des  Bandes-Xoires,  1901,  pp.  256,  267,  260, 
place  lui-même,  par  inadvertance,  la  blessure  le  17,  d'après  Viugili,  Ollo  giorni 
avanli  alla  haltiKjlia  di  Pavia  {Arrhir.  stor.  !(ai.,5<i  série,  1889,  fV,  i83), 
qui  s'est  évidemment  trompé  d'un  jour. 

2.  l*.  Gacthiez,  op.  cit.,  pp.  2G2-270,  3 1 3-824. 

3.  Cf.  BuA.NTÙ.ME,  II,  8,  ([ui  n'a  pas  relevé  l'erreur  cominise  par  .Monluc  et 
(pi'oii  retrouve,  d'ailleurs,  chez  I'uilu'pk  Tomasini,  llitiuitli  di  ce/ito  rapihuii 
illuslri. 

4.  Sanuto,  Diarii,  XXXVII,  col.  286. 

5.  L'éloge  qu'en  fait  Monluc  est  à  rapprocher  de  ce  que  disait  Strozzi,  qu'il 
était  fier  de  recueillir  «  ces  vieux  capitaines  et  soldats,  bien  aguerris  sous  les 
bannières  et  ordonnances  de  ce  grand  capitaine  Jeannin  de  Médicis  ».  (Bi\an- 
rÙMi:,  II,  2tM).)  Moiduc  avait  U'ès  bien  connu  Jean  de  Turin  et  Sanq)iero  Corso, 
les  deux  (•aj)ilaines  des  Bandes-Noires  (jue  Jean  de  Médicis  til  se  battre  dans 
un  duel  fameux.  (P.  Gautuucz,  op.  rit.,  pp.  282-288,) 


DETAILS    SUR    LA    BATAILLE    DE    PAVIE.  10 1 

Il  note  qu'il  y  comhaltiî  parmi  les  ciifants  perdus,  qu'il  fut  fait 
prisonnier,  puis  remis  en  liberté  le  lendemain,  samedi  25  février. 
Il  affirme  qu'on  aurait  pu  g-a^ner  la  bataille  et  fait  une  allusion 
d'un  vag-uc  prudent  aux  fautes  commises.  II  ajoute  qu'il  a  gardé 
le  souvenir  très  net  d'une  conversation  qui  eut  lieu  sur  ce  propos 
entre  le  capitaine  inq)érial  Sucre  '  et  Federico  da  Bozzolo,  de  la 
famille  des  (lonzague,  ([ui,  d'après  Ttegio,  commandait,  le  jour 
de  la  bataille,  l'avant-garde  française  avec  le  maréchal  de  Foix  et 
le  sieur  de  Brion  ".  Cette  conversation,  qui  fait  songer  à  un 
entretien  analogue  entre  le  nuuvpiis  del  Vaslo  et  Lescun,  rap- 
porté ou  imaginé  par  Pedro  Vallès,  dans  son  Hintoivc  du  imw- 
qiiis  de  Pescnra,  et  de  là  passée  dans  Brantôme  ',  eut  lieu  dans 
Pavie,  au  logis  d'Hippolyte  Malasjjina,  mai'cpiise  d'Escaldasol, 
dont  Ta'gio  vante  l'héroïsme  pendant  le  siège '^.  Cette  dame  est 
celle-là  même  dont  Monluc  entretenait  Branlc'tme  dans  la  ti'auchée 
de  La  Rochelle,  en  évoquant  le  souvenir  de  la  mort  de  Lescun  et 
de  la  passion  qu'il  avait  su  inspirer  à  son  hôtesse.  Les  Commen- 
taires ne  font  qu'une  discrète  allusion  au  ronuin  de  Lescun  ; 
Monluc  devait  être  plus  bavard  avec  Brantôme,  bien  qu'il  ne  l'ait 
pas  assez  été  au  gré  de  l'infatigable  et  impertinent  (juestionneur -^ 
Un  autre  témoin  oculaire  vint  chez  la  marquise  d'Escaldasol.  Le 
luiuli   27   février,   Monluc   s'y    rencontra    peut-être  avec  J('r('»me 

1.  Pendant  la  (•ii[)tivit(' de  l''ranr()is  l'^i',  Louis  île  Pracl  ('crivait  à  l'I"]nipci'piir, 
le  i4  novembre  i525,  de  prendre  à  coeur  la  délivranee  du  cajjitaine  Sucre, 
sans  doute  alors  prisonnier  des  Français,  et  lui  transmettait  des  renseio-nements 
confidentiels  sur  les  menées  des  Vénitiens,  qu'il  tenait  de  ce  ca|)itaine.  (.\<''(jnc. 
en/rr  fa  France  et  l'Aiilriche,  tl,  ()4i.) 

2.  T^fiio,  p.  58.  Monluc  appelle  l'ederico  da  Bozzolo  «  le  seigneur  l'rédéric 
de  lîogé  ».  (^est  le  nom  que  lui  donnent  aussi  les  documents  qui  l'appellent 
de  Banrjè  ou  de  liàcjé,  détiguration  évidente  du  nom  italien.  Cf.  Catalogne  des 
actes  de  Fra/u^-ois  /«'',  I,  n»  2/1G0,  ^^  no  18O42,  VII,  nos  23832,  238^7,  et,  sur 
le  personnage,  E.  Picot,  Les  Italiens  en  France  an  seizième  siècle,  1902,  p.  3i. 
—  Pederieo  da  Hozzolo  mourut  à  Todi  le  27  décembre  1627.  (Sanuto,  Diarii, 
XLVI,  col.  447-449-)  Voir  trois  documents  concernant  sa  veuve,  Jeanne  des 
Ursins,  dans  le  Catalogne,  VII,  nos  26C87,  28985,  29085. 

.  3.  liR.VNTÔMK,  lit,  53.  — Vallès,  Histoire  du  mai'r/nis  de  Pescara,  éd.  1570, 
fo  173  V». 

4.  T.EG10,  p.  i5  :  «  Aussi  ne  faulf-il  pas  oublier  que  Ypolite  Malaspine,  mar- 
quise de  Scaldassoles,  pleine  de  toutes  vertus,  ne  desdainiçnoit  |)as  avec  ses 
blanches  mains  ajiporler  saigleaulv  rem|>lizde  terre  aux  dodanes,  voire  exhor- 
toit  les  hai)itans  et  les  gensdarmes  de  belles  paroles  estre  en  la  bataille.  » 

5.  BuANTÔMi;,   IX,    i3o. 


102  PREMIÈRES    CAMPAGNES    d'iTALIE    ET    DE    FRANCE. 

Aléandre,  qui  y  vit,  comme  lui,  a  daus  uny  i^raud  lict  »,  le  comte 
de  Saint-Pol  et  Lescun  l)lessés,  ainsi  que  le  capitaine  Sucre.  Le 
témoi^nai^e  d'Aléandie,  consii^né  le  jour  même,  confirme  d'une 
façon  très  remarquable  celui  de  Monluc  '. 

Son  récit  nous  fournit  un  renseignement  précis  :  la  date  de  la 
mort  de  Lescun,  Il  la  place  le  vendredi  qui  suivit  la  bataille,  c'est- 
à-dire  le  3  mars",  (iuichardin  est  beaucoup  plus  vat;ue;  il  dit  que 
le  maréchal  de  Foix  fut  «  pris  tout  blecé  par  les  ennemis  »  et 
mourut  «  incontinent  »  \  Du  Bellay  est  inexact  :  il  dit  qu'il  fut 
tué  dans  la  bataille"^.  Les  témoignages  contemporains  affirment 
(ju'il  mourut,  prisonnier,  de  ses  blessures  ^.  Quant  à  la  date,  ils 
ne  sont  pas  d'accord  avec  Monluc  :  Saluzzo  di  Castellar  dit  que 
Lescun  mourut  à  Pavie  cinq  jours  après  la  bataille'';  Pedro  Vallès 
dit  neuf  jours'.  L'indication  précise  du  jour  de  la  semaine  donne 
une  valeur  particulière  à  la  date  fixée  par  Monluc;  elle  a  été 
adoptt'e  par  les  historiens^,  sauf  pourtant  par  Brantôme,  qui  a 
suivi  aveuglément,  comme  il  fait  toujours,  Vallès  qu'il  avait  sous 
les  yeux  ^. 

Au  sujet  du  comte  de  Saint-Pol,  Monluc  a  conté  qu'il  fut  laissé 


1.  «  27.  Visifavi  comilem  S.  Pauli  et  Lescu  iii  domo  marchionissae  de  Scal- 
dasol,  ubi  iaveui  Floran^ium  captivum.  Vidi  item  Millault  et  Zuccreni...  » 
{Journal  (inlohiographiqne  du  rardiiKil  Jéi-à/nc  Al<^<in(lre,  i4^o-i5^io,  pul)!. 
par  Henri  Omont,  1895,  p.  4^-) 

2.  Monluc  dit  qu'il  fut  blesse  «  d'une  harquebuzade  dans  la  cuisse,  qui  luy 
entroit  dans  le  petit  ventre  ».  Brantôme,  d'après  Vallès,  parle  d'une  «  ç^rande 
haripiebusade  dans  le  bras  ». 

3.  GuiCH.vRDiN,  trad.  Chomedey,  in-f»,  1612,  p.  371. 

4.  Di;  Bellay,  coll.  Petitot,  XVII,  489. 

.').  «  Monsitçnor  di  Scu,  il  (pialc  dappoi  e  morto  per  le  g'ran  feritte...  » 
{L'Assedio  e  la  balfajlia  di  Pulhu,  diario  incdito,  publ.  par  le  prof.  A.  Bo- 
N.vHDi,  Pavie,  189.^,  in-80,  p.  25.) 

0.  «  Ancora  in  dita  bataglia  fu  ferito  monse^a^nor  de  lo  Esqu,  de  la  cassa  de 
l'ois,  iiiarcifia!  de  Fransa,  et  morite  in  Pavia  quindes  iorni  apresso  la  bata- 
içiia...  .)  (S.vLLzzo  DI  Castellar,  Meinoricde,  dans  Miscell.  di  sfor.  ifdl., 
VIII,  599.) 

7.  (I  Kl  capitan  Lescu,  teniendo  passado  el  muflo  con  un  arcabuzzazo,.... 
miirio  al  novcno  dia  in  Pavia  en  poder  de  los  enemigos.  »  (Vallès,  op.  cit., 
f"   173  V'>.) 

8.  Depuis  le  P.  Anselme,  Ilisl.  généal.,  éd.  de  171 2,  I,  622.  —  Fleury 
ViNDRY,  Dirlionnaire  de  l'Etat  major  français,  i'<'  |)artie,  Gendarmerie, 
1903,  p.  210,  a  inqjrimé  par  erreur  que  Lescun  mourut  le  3  mai. 

9.  Brantôme,  III,  52. 


l'anecdote  du  comte  de  saint-pol.  io3 

pour  mort  «  au  camp  et  despoillié  tout  eu  cliemise  ;  mais  ung- 
Espaiguol  luy  coppaut  ung'  doit  pour  avoir  une  bay^ue  qu'il  ne 
pouvoict  arracher,  le  fisl  crier,  et  eust  la  force  de  lever  la  voix 
et  parler.  Et,  estant  recogneu,  pria  l'Espai^nol  de  le  fere  appourter 
chez  la  marquise  d'Escaldasoul  dans  Pavie  ».  Cette  macabre 
anecdote  a  eu  une  singulière  fortune.  Jiranlôme  l'a  reprise  en 
l'amplifiant';  Varillas,  le  P.  Daniel,  (iaillard,  Garnier  ont  à  leur 
tour  amplifié  et  dénalnr*'  Brantôme".  L'Espagnol  qui  voulait  se 
faire  le  bourreau  de  Saint-Pol  devient  son  sauveur,  facilite  son 
évasion  et  le  suit  en  France.  Champollion-Figeac  s'est  élevé  avec 
indig-nation  contre  ce  roman  ;  il  a,  d'ailleurs,  été  injuste  eu  l'at- 
tribuant au  P.  DanieP.  Le  premier  coupable  est  Ijel  et  bien  Bran- 
tôme ;  ses  successeurs  n'ont  eu  le  tort  que  de  le  copier  et  de 
H'péter  api'ès  lui  ([ue  Saint-Pol  se  sauva  '.  Sur  ce  point,  les  docu- 
ments sont  formels  :  le  17  mars,  Saint-Pol  ('crivait  de  Pavie  à 
Montmorency  :  «  De  toutes  nouvelles  je  suis  encores  malade  en 
ce  lieu  de  Pavie,  où  je  ne  vois  nulle  ordre  d'en  povoyr  sortir;  et 
sy  je  suys  en  la  plus  g^rande  nécessité  du  monde,  comme  ung- 
homme  qui  demeure  tout  seul,  et  sans  argent  du  monde,  nv  per- 
sonne à  (pii  on  puisse  recourir-.  »  Branl('>me  s'est  donc  trompé. 
Reste  l'anecdote  de  la  bague;  aucun  document  ne  la  confirme 
ni  ne  l'infirme.  Elle  n'a  d'autre  autorité  que  le  ténioigiiage  de 
Moulue.  Ce  n'est  pas  suffisant  et  ce  peut  être  une  de  ces  légen- 
des, nées  autour  d'un  çrand  événement  historique,  facilement 
propag-ées  et  auxquelles  un  témoin  oculaire  finit  lui-même  par 
croire*^.  Mais  il  importe  de  réduire  dans  la  fabrication  du  roman 

1.  Hn.vNTÙME  dit  (ju'il  a  (Mitendu  conter  ranecdote  par  «  une  dame  de  la  cour 
de  ce  temps-là  ».  Il  .ijoute  que  Saiiit-Pol  g'a^•na  ses  g'ardes  et  se  sauva  (lit, 
2o3). 

2.  Varillas,  Hisloife  de  François  !''>',  Il,  222-223.  —  P.  Daniel,  Hist.  de 
France,  2e  éd.,  1722,  X,  175.  —  Gaillaud,  Ilist.  de  François  /'"'•,  éd.  de  1769, 
III,  2O0-261.  — Garnikr,  Histoire  de  France,  177^,  XXIV,  129. 

3.  (Uiptivité,  Introd.,  p.  lxvi. 

4.  Cette  inexactitude  est  tout  ce  cpii  reste  de  ranecdote  dans  An^iltil,  Hist. 
de  France,  V,  3i4. 

5.  (Uiptivité,  |).  137. 

G.   I^'anecdote  a  disparu  des  histoires  depuis  Sismondi.  Elle  était  déjà  avant 

lui  passée  dans  la  littérature.  Népomucène  Lemercier  l'avait  mise  en  vers  dans 

sa  Panlu/pocrisiade  : 

Làclie-inoi  cet  annenu...  morJieu  !  comme  il  résiste! 
Avec  un  doigt  do  moins  un  mort  n'est  pas  plus  triste.., 

La  Pan/iypocrisiade,  chant  IV,  Paris,  1819,  p.  82. 


I04  PREMIÈRES    CAMPAGNES    d'iTALIE    ET    DE    FRANCE. 

la  responsabilité  de  l'auteur  des  Commentaires  et  de  noter,  en 
premier  lieu,  (ju'il  ua  jamais  écrit  que  Saint-Pol  se  sauva;  en 
second  lieu,  que  les  documents  concordent  avec  ce  qu'il  dit  de  la 
gravité  de  ses  blessures  '. 

Les  détails  qui  suivent  sur  l'état  lamentable  des  vaincus  de 
Pavie  revenant  en  France  sont  amplement  justifiés  par  les  lettres 
de  la  rég-ente  Louise  de  Savoie  et  du  duc  de  Vendôme,  qui  expo- 
sent les  mesures  à  prendre  pour  héberger  ces  «  pouvres  gens 
de  guerre,  tant  de  pyé  que  de  cheval,  qui  venoient  du  camp  pres- 
que tous  en  chemise  »,  «en  grande  pouvreté  et  misère,  sans 
denier  ni  maille  » '.  Plus  heureux  que  les  camarades,  Monluc 
retrouva  ses  grands  chevaux  et  ses  armes  ainsi  (jue  quelques 
accoutrements  qu'il  avait  laissés  à  la  Redorte,  «  en  Languedoc, 
près  Lesignan  »  \  C'est  à  Castres  qu'eut  lieu,  le  21  juillet  i525, 
la  montre,  dont  il  parle,  de  la  compagnie  de  Lescun,  lorsqu'elle 
fut  divisée  en  trois  parties  :  quarante  lances  furent  attribuées  à 
M.  de  Lignac,  qui  en  était  lieutenant;  cinquante  furent  données 
à  M.  de  Xegrepelisse,  qui  les  avait  déjà  reçues  par  don  daté  de 
Lyon,  16  mai  i525^;  enfin  dix  lances  furent  données  au  capitaine 
Bonneval  pour  augmenter  l'effectif  de  sa  compagnie ^  Monluc 
s'est  trompé  sur  un  nom  :  il  a  substitué  le  capitaine  Carbon  au 
capitaine  Bonneval*'.  Il  oublie  aussi  de  dire  qu'il   fit  désormais 

1.  «  Au  regard  du  comte  de  Saint-Pol,  il  ne  se  pourra  jamais  ayder,  à  cause 
des  playes  qu'il  cuit  à  la  journée,  dont  il  est  du  tout  impotent.  »  Avis  donné  en 
Angleterre  de  ce  qui  se  passait  en  b'rance  pendant  la  captivité  du  roi  {Capti- 
vité, p.  3/3).  Un  mandement  au  trésorier  de  l'épargne,  daté  de  la  Fère, 
26  juillet  1.J29,  ordonne  de  payer  au  comte  de  Saint-Pol  1,000  ,écus  pour  son 
entretien  et  celui  de  ses  compagnons  de  captivité,  prisonniers  des  Espagnols  au 
château  de  Milan  (B.  N.,  Pièces  orig.,  Saint-Pol,  vol.  2778,  p.  22.  —  Cf.  Cata- 
logue, VI,  no  19,827). 

2.  Captivité,  pp.  82  et  84. 

3.  La  Redorte  (Aude),  canton  de  Peyriac-Minervqis,  arr.  de  Carcassonne,  à 
20  kil.  environ  de  Lézignan,  ch.-l.  de  cant.,  arr.  de  Narhonne. 

4.  Don  à  -M.  de  Xegrepelisse  de  la  charge  de  capitaine  de  cinquante  lances 
fournies  provenantde  la  compagniedu  feu  maréchal  deFoix,  I^yon,  i6  mai  i.T25. 
(B.  N.,  fr.  5779,  fo  9/,  v°,  mention). —  Cf.  Catalogue,  V,  no  iSSif). 

5.  B.  .\.,  fr.  21  .^iiS,  no  1098;  Clairamh.,  2^8,  no  978.  Monhic  est  cité  parmi 
les  hommes  d'armes.  —  Jean  de  Bonneval,  seigneur  du  Teil,  était  déjà  capitaine 
d'une  compagnie  en  i.^i8. 

(■).  Mordue  dit  que  le  capitaine  Caihon  fut  tu(''  hieiiliit  après,  par  derrière, 
près  de  Liuiel.  De  Huhie  fait  remanpier  qu'tme  lettre  de  Marguerite  d'Angou- 
ième  mentionne  le  capitaine  Carbon  connue  vivant  encore  en  ir»30.  Le  reproche 


LE    «    VOYAGE    DE    NAPLES    »    Cl  627-1 5  28).  To5 

partie,    comme   homme  d'armes,  de  la  compagnie  d'Antoine  de 
Carmaing-,  sieur  de  Negrepelisse  '. 

Le  récit  du  «  voyag'e  de  Napies  »  débutait  dans  la  première 
r('daction  par  une  allusion  aux  nég-ociations  qui  amenèrent  la 
délivrance  de  François  I'"'.  Monluc  plaçait  «  ung-  an  après  »  le 
retour  du  roi  en  France  l'envoi  de  Lautrec  en  Italie.  Fi'ancois  F'' 
franchit  la  Bidassoa  après  avoir  été  échang-é  contre  le  dauphin 
et  le  duc  d'Orléans,  le  17  mars  i526.  Les  provisions  en  faveur 
de  Lautrec  de  la  charg-e  de  lieutenant  i^énéral  du  roi  en  Italie 
sont  du  28  juin  1627  seulement^.  D'ailleurs,  dans  sa  seconde 
rédaction,  Monluc  a  biffé  cette  indication  légèrement  inexacte, 
(pii  prouve  pourtant  un  certain  souci  de  la  chronologie.  Il  était 
bien  en  Gascog-ne -^  lorsque  Lautrec,  se  souvenant  des  qualités 
supérieures  de  fantassin  dont  il  avait  fait  preuve  à  Saint-.lean-de- 
Luz,  lui  envoya  l'ordre  de  dresser  une  compag'nie  de  g-ens  de 
pied,  «  de  sept  à  huict  cens  hommes  »,  qui  se  trouva  si  forte 
qu'il  put  la  partag-er  avec  Pierre  d'Ossun.  Monluc  et  d'Ossun 
firent,  en  effet,  le  «  voyag-e  de  Napies  »  en  qualité  de  capitaines 
de  deux  des  douze  compagnies  gasconnes  de  l'armée  de  Lautrec. 
On  trouve  leurs  noms,  passablement  d('figur('s,  dans  un  dénom- 
brement qui  nous  en  a  été  conservé  :  Monluc  commandait  à  trois 
cents  hommes,   d'Ossun  à  quatre  cents  ^.   Le  partage  avait  été 


d'inexactitude  ([u'il  adresse  à  Monluc  ne  me  |)araît  pas  fondé.  Il  faudrait,  en 
effet,  prouver  ([ue  le  cai)itaine  Carbon  dont  parlent  ici  les  (Jonimenfaires  est 
bien  .lean  de  Monpezat.  Ce  dernier  était,  en  elfet,  lieutenant  de  la  conipaiçnie 
du  roi  de  Navarre  en  1029  et  ifjSi)  (montres d'Ai>en,  2  mai  1529,  B.N.,fr.  2i5i5, 
no  1217,  et  3 1  octobre  i.^So,  ihi(l.,i\^  i2iO,  Clairamb.,  25i,no  riSf)).  Mais  il  faut 
le  dislini>uer  du  capitaine  Carbon  cité  dans  les  montres  de  la  compa^'nie  du 
maréchal  de  Foix.  On  les  trouve  tous  les  deux  dans  la  montre  île  Samadel, 
28  octobre  i523,  l'un  ainsi  désiiçné  :  «  le  cappitaine  Carbon  »,  l'autre  :  «  Jehan 
de  Carbon,  homme  d'armes.  »  (B.  N.,  Clairamb.,  247,  no  g/ji.) 

1.  Montres  de  la  compasçnie  de  Louis  de  Carmaing,  sieur  de  Negrepelisse, 
(>astelnaudary,  i3  février  i52G(B.  N.,  fr.  n.  ac(i.  8618,  fo  12);  Cahorsen  Quercy, 
5  octobre  1026  (B.  N.,  fr.  2ir)i4,  n"  \\W.\,  fr.  n.  acq.  8t)i8,  fo  2())  ;  Mnntauban, 
8  mars  1527  (B.  N.,  fr.  2i.'")i/|,  n»  iit)2). 

2.  Arch.  d'État  de  Modène,  Archiv.  dnndc  secrcto.  —  Cf.  (Jdid/o'jii''.  \'l, 
n"  19281. 

3.  On  le  trouve  à  Monfauban  le  8  mars  r.'Î27  (voir  la  montre  citée  plus 
haut,  n.  I  ). 

4.  Sanuto,  XLVI,  col.  4'^L)-434  :  <■<  Numei-o  de  la  !j;ente  del  campo  ilel  re 
christianissimo  in  Lombardia.  »  Outre  Monluc  {M un/eu)  et  d'Ossuu  (Ansiino), 


Io6       PREMIÈRES  CAMPAGNES  DITALIE  ET  DE  FRANCE. 

fait  après  la  prise  d'Alexandrie,  qui  eut  lieu  le  12  septembre  1627'. 
Puis  il  note  le  sièg-e  du  château  de  Vigevaiio  par  Gramont  et 
Monpezat',  que  Lautrec  envoya  prendre  cette  place  avec  cinq 
mille  hommes  de  pied,  trois  cents  lances  et  trois  cents  chevau- 
lég"ers.  Les  Français  parurent  devant  Vig-evano  avant  le  20  sep- 
tembre. Ils  trouvèrent  de  la  résistance  et  durent  faire  venir  de 
l'artillerie  pour  battre  le  château  5.  Le  souvenir  de  ce  siège  était 
lui  pour  Moulue  à  celui  d'une  arquebusade  qu'il  reçut  à  la  jambe 
droite  «  en  faisant  les  approches  et  les  tranchées  pour  mettre 
l'artillerie  ».  II  ajoute  avec  raison  qu'il  en  demeura  boiteux  fort 
longtemps,  puisqu'il  ne  commença  à  «  cheminer  »  que  lorsque 
l'armée  quitta  Parme  pour  marcher  vers  Bologne.  On  sait,  en 
effet,  avec  quelle  lenteur  Lautrec  avança  vers  l'Italie  centrale. 
Arrivé  à  Parme  le  9  novembre^,  il  fut  oblig-é  d'y  rester  près  d'iui 
mois  dans  l'iiuiction  ;  il  manquait  d'argent  et  l'attitude  des  Véni- 
tiens et  du  pape  était  à  ce  moment  des  plus  incertaines  \  C'est 
le  i4  déceudjre  seulement  qu'il  quitta  Parme  et  se  mit  en  marche 
vers  Modène;  il  y  était  le    17  et  arriva  à  Bologne  le  19*^.  Il  en 

je  relève  parmi  les  noms  des  capitaines  gascons  ceux  du  baron  de  Béarn  {el 
baron  de  Bier)  et  de  La  Glotte  {La  Flofa),  cités  dans  les  Commentaires . 

1.  Sanuto,  XL VI,  col.  57,  Gf),  67.  Le  siège  avait  commencé  le  29  août.  Voir 
les  documents  dans  S.vnlto,  XLVl,  col.  9,  i5,  18,  27,  28,  29,  89,  l\o,  5i,  5/|  el 
aussi  S.vixzzo  m  Castellar,  Memoriale  [Miscel.  dt  s  for.  if  al.,  VIII,  620),  qui 
donne  une  date  vague  et  inexacte  {a  iorni  XÀ'X  de  osf). 

2.  «  Il  baron  di  (Jracimon  »  était  lieutenant  de  la  compagnie  de  Lautrec 
(Co  lances  et  120  archers).  «  Monsignor  Mon])essato  »  commandait  une  com- 
pagnie de  3o  lances  et  60  archers  (Sanuto,  XLVI,  col.  ^'ài). 

3.  Sanuto,  XLVI,  col.  92,  106,  107,  109,  iio.  On  amena  60  pièces  d'artil- 
lerie «  per  batterla  e  spianarla  »  (Cesare  Nubilonio,  (Jronaca  di  Vigevano,  dans 
Miscel.  di  sfor.  ifal.,  XXIX,  298).  Vigevano  se  rendit  à  discrétion  le  28  sep- 
tembre. Lautrec  fit  pendre  le  capitaine,  son  lieutenant  et  son  enseigne.  Voir 
aussi  une  lettre  de  [Lautrec]  à  François  1er,  Ottobiano,  21  septembre  1527,  dans 
HuKWE»,  Leffer  and  papers...  of  Henrij  VIII,  vol.  IV,  part.  II,  no3/i42),  et  ce 
que  dit  de  la  prise  le  Journal  d'un  bourgeois  de  Paris,  p.  83ô,  qui  reproduit, 
d'ailleurs,  textuellement  un  passage  d'une  plaquette  contemporaine  :  Lettre  du 
sieur  de  Porges,  écrite  de  Pavie  le  18  octobre  1627  (B.  N.,  Lb30/,6). 

4.  Sanuto,  XLVI,  col.  291. 

.5.  Les  andiassadcurs  anglais  se  plaignaient  vivement  de  cette  lenteur,  que 
François  I't  et  le  connétable  cherchaient  à  excuser  comme  ils  pouvaient  (("lerk 
à  W'olsey,  Senlis,  10  octobre  1.^)27;  Montmorency  à  Wolsey,  81  décembre  1527» 
dans  BaicwER,  vol.  I\',  part.  Il,  n^s  8485,  8717). —  Noir  V.-L.  Bourrili.y,  Guil- 
laume du  Bellay,  pp.  49-59. 

6.  Sanuto,  XLVI,  col".  881,  891,  898. 


I 


PRISE    DE    FORCHA    DI    PEN.NK     (FEVRIER     l528).  IO7 

repartit  le  9  janvier  et,  par  Imola,  Faenza,  Forli,  Cesena,  Sant' 
Arcant^elo,  Rimini,  i^at^na  Aiicone,  où  il  était  le  24'.  Le  3o,  il 
alla  de  Recanali  en  [)èlerinage  à  Lorette";  le  fameux  sanctuaire 
était  en  réputation  dans  le  camp  français,  car  Monluc  fit  quel- 
ques jours  après  un  vœu  à  Notre-Dame,  qui  montre  au  moins 
qu'il  réprouvait  à  l'occasion  les  horreurs  commises  par  ses  com- 
pag-nons  partout  où  ils  passaient  3.  Il  y  fait  allusion  au  cours  de 
son  second  ^rand  récit. 

C'est  la  prise  d'une  rofjuette,  qu'il  a  contée  avec  un  yrand  luxe 
de  détails.  Sa  mémoire  a  encore  ici  été  rafraîchie  par  le  sou- 
venir d'une  arquebusade  reçue  à  la  jointure  de  l'épaule  et  du  bras 
et  ag"çravée  d'une  chute  du  haut  de  la  muraille  jusqu'au  fond  du 
fossé.  Le  nom  du  lieu  avait  arrêté  Florimond  de  Rœmond,  qui, 
ne  pouvant  identifier  Porchianne,  leçon  du  manuscrit,  l'avait 
remplacé  par  Capisfrarif).  nom  d'une  ville  des  Abruzzes.  Il  nous 
est  plus  facile  qu'au  premier  éditeur  de  rétablir  le  nom  défiguré 
par  le  copiste.  Le  8  février,  Laulrec  arrivait  à  Ascoli,  sur  les 
bords  du  Tronto  '^,  à  la  frontière  du  royaume  de  Naples.  Sa  mar- 
che fut  à  ce  moment  de  nouveau  ralentie  par  le  mauvais  état 
des  routes,  qui  rendait  très  pénible  la  traction  des  soixante  piè- 
ces d'artillerie  et  des  six  cents  charrettes  (ju'il  traînait  après  lui\ 
Il  décida  d'envoyer  en  avant  Pedro  Xavairo,  son  capitaine  g-éné- 

1.  Sanuto,  XL\'I,  col.  47'^>  478,  4^9»  4'.)9>  ^o3,  5o4,  007,  5i3,  532,  L'itiné- 
raire de  Lautrec  peut  être  établi  de  la  façon  la  plus  précise  par  les  dépêches  de 
l'agent  vénitien  Pesaro  qui  l'escortait. 

2.  Pesaro  écrit  le  3i  janvier  de  Recanati  :  d  C-onie  heri  fo  con  nionsiiifnor  di 
Lulrech  a  Santa  Maria  di  Loreto  a  luor  il  perdon...  »  (Sanuto,  XL\'I,  col.  ïk)'2; 
cl",  aussi  col.  55/),  et  lini:\vKa,  o/>.  cif.,  iv>  3()4o,  Gret»orio  Casale  à  Wolsey, 
Orvieto,  22  février  i528). 

3.  (1  J 'en vojay  prier  le  ca])pilaiue  La  Bastide  ([u'il  me  gardast  tant  de  femmes 
et  Hlhes  (ju'il  pourroict,  affia  que  ne  feussent  violées;  ayant  cella  en  dévotion, 
pour  le  vueu  que  j'avois  faict  à  .\ostre-Danie  de  Lorette,  espérant  ([ue  Dieu  pour 
ce  respect  m'aideroyt.  »  Voir  les  atrocités  commises  par  les  Gascons  à  Pavie 
dans  Sanuto,  XLVI,  col.   172,  17.3-174. 

4.  Le  icr  nis.  précise  ainsi  la  position  de  l*ofclii<iniie  :  «  Or  auprès  d'As- 
couly  de  Tione...  »  Dans  le  second,  on  lit  très  nettement  :  «  ...  Ascouly  de 
Tronc.  »  Monluc  avait  évidenunent  dicté  :  «  Ascoidy  de  Troiit.  »  Florimond  de 
Raymond  a  supprimé  de  Tione  ou  de  Tronc,  ({u'il  n'a  pas  compris.  De  Ruble, 
a\-ant  à  choisir  entre  les  deux  textes,  a  préféré,  contrairement  à  son  habitude, 
celui  du  icr  nis.  C'est  avoir  la  main  malheureuse.  La  meilleure  leçon  est,  on 
le  voit,  celle  du  second  ms. 

5.  Lettre  de  Pesaro,  Ganzano,  9  février  (Sanuto,  XLVI,  col.  694). 


I08  PREMIÈRES    CAMPAGNES    d'iTALIE     ET    DE    FRANCE. 

rai,  qui,  avec  six  mille  hommes  de  pied,  franchit  le  Tronto  et 
marcha  vers  Aquila  '.  Il  s'empara  de  Chieti,  de  Pepoli,  d'Aquila, 
qui  fut  occupé  le  i5  sans  coup  férir,  et  de  Sulmona.  En  six 
jours,  tout  IWbruzze  était  conquis'.  Parmi  les  châteaux  qui 
furent  pris,  un  seul  résista  :  ce  fut  Forcha  di  Penne.  Il  fallut 
l'emporter  de  force;  on  y  trouva  de  la  poudre  et  de  l'artillerie-^. 
C'est  le  château  dont  Monluc  a  raconté  l'escalade  et  dont  il  a 
gardé  un  si  mauvais  souvenir.  Le  fait  se  place  donc  vers  le 
i5  février.  Il  est,  par  suite,  impossible  d'admettre  que  Monluc 
blessé  ait  pu  être  transporté  à  Ascoli,  près  de  Lautrec.  Ce  dernier 
avait,  à  cette  date,  quitté  cette  ville  et  était  à  Atri.  C'est  là, 
sans  doute,  que  l'on  porta  Monluc,  qui  fut  ensuite  soig-né  à  Ter- 
mini  (Termes  de  Brousse),  où  le  quartier  g-énéral  français  arriva 
vers  le  27**.  Il  y  resta  tandis  que  l'armée  continuait  sa  marche. 
Aussi  ne  peut-il  affirmer  si  c'est  à  Troia  ou  à  Nocera  que  les 
Bandes-Noires  la  rejoig-nirent.  Le  4  niars,  Lautrec  était  à  San 
Severo,  où  il  attendait  le  marquis  Michel-Antoine  de  Saluées  et 
les  fameuses  bandes-''  que  commandait,  comme  le  dit  Monluc, 
dej)uis  \a.  mort  de  Jean  de  Médicis  Orazio  Baglione  et  que  Flo- 
rence avait  envoyées  pour  le  renforcer  *'.    Le  8,  il  en  partait  et 

1.  Lettres  de  Pesaro,  11  et  i3  février  (//j/V/.,  col.  Cio),  i3  février  (col.  6i3). — 
Robert  Jerniugham  à  Henri  VIII,  Ascoli,  10  février  (Brewer,  no  8890). 

2.  Pesaro  accompae^nait  Pedro  Navarro.  Voir  ses  dépêches  des  i4,  i5, 
16  février  (Sanlto,  XLVI,  col.  OiG-Giy). —  Sur  la  prise  d'A(iuila,  voir  une  lettre 
datée  d'Atri,  17  février  [ihid.,  col.  635),  des  nouvelles  d'Italie  et  une  lettre  de 
(ireçorio  Casaie  à  Wolsey,  du  22,  dans  Brkwer,  nos  3947,  3949. 

3.  Sanuto,  XLVI,  col.  617-618  :  «  Ex  lilteris  datis  Atri,  diei  i5  supivi- 
scripti.  — Che  Pielro  iNavarro  havea  preso  pcr  forzauncastelioluutanda  l'Aquila 
25  miglia,  noniinato  Forcha  da  Pena;  che  se  teneva  solamente  la  rocheta  et  che 
sperava  de  haver  (juella  con  mine.  —  De  Atri,  alli  16  febraro  :  Il  conte  Pietro 
Navarro  prese  in  quel  de  l'Aquila  circa  i5  castelle,  tra  le  quale  prese  Forcha  di 
Pêne  per  forza,  dove  ha  riirovato  polvere  et  artelaria  assai.  »  —  Brewer, 
no  3934  :  Jerning-hani  à  Henri  VIII,  Atri,  17  février  :  «  On  our  arrivai  on  this 
side  the  Trout,  which  séparâtes  Naples  from  the  Pop's  territory,  Lautrec  sent 
cdunt  Pier  de  Naver  with  the  Frenchmen,  Gascons  and  Italians  against  Laquyla, 
ihc  chief  town  of  La  Browce;  who,  after  passing  great  rnountains  and  straits, 
took  by  force  a  strong  castle,  within  12  miles  of  the  said  town.  » 

4.  Lettres  de  Pesaro  et  de  Ceresara,  Teriuini,  27  février  (Sanuto,  XLVII, 
col.  35-37). 

5.  Lettre  de  Ceresara,  San  Severo,  4  mars  (Sanuto,  XLVII,  col.  88).  ^ 
(i.  Sancto,   XLVI,   col.  622    :   «    fJa    Fiorenzn,  di    VIII   depiitali ...   Come 

haveano   nel    suo   conscio  deliberato,    per  aiutar  monsignor   de  Lutrech,    far 
4ooo  fanti  con  Iloralio  Baion,  loro  capitanio,  et   mandarlo  da  lui.  » 


LA    DÉFECTION    d'aNDRÉ    DORIA.  I0(J 

arrivait  à  Nocera,  où  il  s'arrêtait  pour  attendre  encore  ces  ren- 
forts'. Les  Bandes-Noires  (paient  à  Aqnila  le  lo';  elles  diinMit 
rejoindre  à  Nocera  le  12  ou  le  i3  et  elles  prirent  part  le  i5  à 
l'escarmouche,  devant  Troia,  entre  les  forces  réunies  de  Lautrec 
et  les  Ini{)ériaux  commandés  par  Philibert  de  Ghâlon,  prince 
d'Oranv^e  - . 

Monluc  est  muet  sur  l'arrivée  de  Lautrec  devant  Naples  ^  et 
sur  le  siège.  Il  dut  y  prendre  peu  de  part  :  sa  blessure  lui  enle- 
vait l'usage  du  bras  droit.  Il  se  borne  à  noter  très  justement  que 
la  ville  était  parfaitement  bloquée  du  côté  de  la  mer  par  Filip- 
pino  Doria  et  qu'elle  eût  été  certainement  prise  par  famine  sans 
la  défection  d'André  Doria,  (jui  manda  à  son  neveu  «  qu'il  s'en 
revint  avecques  ses  galères  à  Gènes  » -\  L'attitude  du  vainqueur 
de  Salerne  commença  à  devenir  incertaine  au  début  de  juin, 
quand  les  galères  vénitiennes  arrivèrent  devant  Naples  pour  ren- 
forcer sa  Hotte '^.  Le  4  juillet,  Filippino  Doria,  qui  s'était  depuis 
quel([iies  jours  retiré  à  Vico  avec  trois  galères,  prétextant  son 
mauvais  état  de  santé  ^,  levait  l'ancre  et  s'éloignait  de  Naples*^. 
Monluc  est  d'accord  avec  du  Bellay  et  tous  les  historiens  pour 
attribuer  à  cette  défection  le  désastre  de  Lautrec  ".  Il  note  aussi 
avec  raison  le  retard  des  galères  françaises,  dont  l'arrivée  devant 

1.  Lettre  de  Ceresara,  San  Severo,  8  mars  (Sanuto,  XL VII,  col.  loG). 

2.  Lettre  de  Pisaui,  Aquila,  i3  mars  {Ibid.,  coL  io5). 

3.  Lettre  de  Ceresara,  Troia,  if)  mars  [Ibid.,  coL  iSg).  Cf.  Brewkr,  n»  4o86; 
la  date  donnée  dans  ce  document  (21  mars)  ne  concorde  pas;  peut-être  faut-il 
corriger  :  //  mars.  La  date  du  20  donnée  par  le  cardinal  .Morone  dans  une 
lettre  à  Cliarles-(Juint  {Miscell.  di  stor.  ital.,  HI,  COS-tiOcj)  est  manifestement 
inexacte. 

4.  Vers  le  25  avril  (Sanuto,  XLVII,  col.  309;  Brewer,  no  4207  :  Jernin- 
gham  à  Henri  Vlll,  du  camp  devant  Naples,  26  avril). 

5.  Sur  le  blocus  île  Naples  par  Filippino  Doria  et  sur  la  famine  qui  régnait 
dans  la  ville,  les  docuincnls  conlirmanl  .Monluc  aboudenl  dans  Sanuto,  XLVl, 
col.  ()()."'.-(l7o;  XLVII,  col.  328,  309,  383-384,  38;,  390,  391,  493,  .')o8,  .")40; 
.XLVllI,  col.  22-23,  3o,  74,  80,  108. 

0.  Lettres  de  Pisani  et  Fesaro,  du  12  juin,  et  de  Gerardo  Cademosto,  du  11 
(Sanuto,  XLVIII,  col.  iiô-iiy). 

7.  Lettres  de  Pesaro,  17  et  18  juin  [ibid.,  col.  i*).")),  et  de  Zuan  .Moro, 
3  juillet  [ibid.,  col.  2.5 1).  —  Sur  la  défection  des  Doria,  voir  La  Honcière, 
Histoire  de  la  Marine  fraiiraise,  111,  228-231. 

8.  Lettre  de  l'orateur  Horcntin,  Naples,  .5  juillet  (Sanuto,  XLVllI,  col.  223). 

9.  Du  Bellay  avait  dit  avant  lui  :  «  De  t|uoy  arriva  despuis  l'entière  ruine  de 
nostre  armée  de  Naples.  »  (Ooll.  Petilot,,  X\lll,  GO.) 


110  PREMIERES    CAMPAGNES    D  ITALIE    ET    DE    FRANCE. 

Naples  aurait  pu  atténuer  dans  une  certaine  mesure  les  consé- 
quences fâcheuses  du  départ  de  l'amiral  génois.  La  Hotte  de 
Renzo  da  Ceri,  qui  avait  pris  part  en  décembre  1027  à  la  lamen- 
table expédition  de  Sardaig-ne  '  et  dont  Antoine  de  La  Roche- 
foucauld, sieur  de  Barbezieux,  avait  été  nommé  lieutenant 
g-énéral  à  la  place  d'André  Doria",  s'attarda  à  prendre  Civita- 
vecchia  pour  faire  plaisir  au  pape,  malgré  les  appels  de  Lautrec^, 
et  le  blocus  de  Naples  se  trouva,  de  ce  fait,  relâché  du  côté  de 
la  mer. 

C'est  le  18  juillet  seulement  que  Zuan  Moro,  capitaine  g-énois 
laissé  en  observation  par  Filippino  Doria  avec  cinq  galères  à  la 
Maddalena,  vit  arriver,  en  assez  mauvais  étal,  les  treize  içalères 
françaises  seulement'',  sur  les  dix-neuf  galères,  deux  fustes  et 
quatre  brig-antins  qui  composaient  la  flotte  de  Barbezieux  ^.  Elles 
apportaient,  comme  le  dit  Monluc,  le  prince  de  Navarre,  Charles 
d'Albret,  accompagné  non  pas  seulement  «  de  sa  maison  et  de 
quekjues  gentilshommes  volontaires  »,  et  de  «  l'argent  pour 
payer  l'armée  »,  mais  aussi  d'un  corps  de  sept  à  huit  cents  hom- 
mes de  pied  (pi'amenait  Renzo  da  Ceri  ^.  «  A  la  descente  »  se 
produisit  une  «  petite  faction  »,  à  laquelle  il  eut  j)art  et  qu'il  a  pour 
cela  complaisamment  racontée.  C'est  l'escarmouche  de  la  Madda- 
lena, qui  eut  lieu,  comme  on  le  voit,  le  18  juillet.  Ce  fait  d'ar- 
mes nous  est  connu  par  divers  documents  et  récits.  En  première 
ligne,  il  faut  citer  la  lettre  écrite  le  jour  même  du  camp  français 
par  Va  orateur  »  florentin  Marco  dal  Nero  à  Bartolomeo  Gualte- 
roti,  ambassadeur  de  Florence  à  Venise.  Elle  confirme  Monluc 
sui"  plusieurs  points  :  l'envoi  d'une  g^rosse  troupe  à  la  «  marine  » 
pour  proléger  la  descente,  la  sortie  de  Naples  des  Impériaux  en 

1.  V.-L.  BoLuniLLY,  o/>.  cif.,  pp.  ')i-')'6. 

2.  Lettres  données  à  Saint-Cîcrniiùn-en-L.iyo  le  /(  mai  iTjsS  [(Uttalogiie,  I, 
no  29O1J. 

3.  I^ettres  de  Gas])ar(i  (;()nlariiii,  Viterhc,  1  i  cl  12  juillet;  de  t'esaro,  Sor- 
rento,  i3  juillet;  de  Marclio  dal  Nero,  Naj)les,  19  juillet  (S.vnlto,  XLVllI, 
col.  277,  3oi,  323). 

f\.  Lettres  de  Zuan  Moro,  Naples,  17  et  18  juillet  {ibid.,  col.  32o). 

5.  Lettre  de  l'orateur  florentin,  Naples,  5  juillet  {ibid.,  col.  223). 

0.  "  Heri  venuto  sopra  il  principe  di  Navara,  el  signor  Renzo  con  zercha  700 
in  8(K)  faiiti  el  molli  zcnlillioiiiini  IVancesi,  el  hozi,  per  far  scorlo  a  loro  e  bona 
siimnia  di  danari  chi-  haniio  porlato,  andîi  una  ij^rossa  scorla  a  marina.  » 
Marclio  dal  .Nero  à  IJarloloiufo  (iuallcidli,  oraleur  norciitiii  à  N'enise,  |Na|)les, 
ly  juillet  [ibid.,  col.  323). 


\ 


L*ESGARMOUCIIE    DE    LA    MADDALENA    (l8    JUILLET     l528).        III 

forces,  la  déroute  des  hommes  d'armes  français  (Monluc  précise  : 
de  la  coinpa^^nie  de  M.  de  Laval),  la  prise  du  comte  Ug-o  Pepoli, 
les  {)ertes  s('rieuses  des  Français,  l'offensive  vigoureuse  enfin  qui 
amena  la  retraite  de  l'ennemi'.  Une  lettre  de  Lope  de  Soria  à 
Charles-Ouint,  écrite  de  La  Mirandole,  i3  août  1528,  donne  la 
date  et  une  relation  beaucoup  plus  vague  et  moins  exacte  :  l'atta- 
que des  Impériaux  est  représentée  comme  ayant  eu  plein  succès  ; 
très  peu  de  Français  auraient  échappé  à  la  mort  ou  à  la  captivité. 
11  y  a  là  des  exag^éra lions  évidentes.  Le  document  confirme 
Monluc  sui"  un  point  important  :  la  prise,  avec  \Jgo  Pepoli,  du 
jeune  comte  de  Candale^.  Après  ces  documents  originaux  se 
place  le  riîcit  de  Guichardin,  très  remarquable  |)ar  sa  précision  : 
il  mentionne  la  date  exacte,  concorde  sur  fous  les  points  avec 
eux,  cite  la  prise  de  Candale  et  d'Ug-o  Pepoli,  «  lequel  après  la 
mort  d'Horace  Bâillon  estoit  succédé  au  g-ouvernement  des  com- 
pagnies des  Florentins  w^,  et  enfin  dit,  comme  Monluc,  que  les 
tr()U[)es  françaises  étaient  sous  les  ordres  du  marquis  de  Saluées''. 
Guichardin  attribue  l'échec  des  Impériaux  à  la  résistance  des 
Bandes-Noires,  dont  Monluc  ne  {)récise  par  le  rôle.  La  narration 
de  Paul  Jove  est  plus  ample  et  plus  riche  en  détails,  moins 
exacte  aussi  que  celle  de  Guichardin.  On  y  trouve,  transformé  en 
fait  positif,  le  bruit  rapporté  par  Lope  de  Soria,  qu'une  partie  de 
l'argent  français  tomba  aux  mains  des  Impériaux.  Plusieurs 
détails  donnés  par  Monluc  sont,  d'ailleurs,  dans  Paul  Jove  :  il 
dit  comnie  hii  que  les  Impériaux  étaient  commandés  par  Ferrante 
(îonzaga,  dont  il  fait  le  héros  de  l'affaire;  il  parle  du  tir  des 
galères  françaises  et  vénitiennes  5,  de  l'arquebusade  que  reçut  au 

1.  S.vNUTO,  XLVIII,  col.  323. 

2.  G.VYANGOs,  Cah'iulnrs  of  Leticrs,  (/rs/)ii/c/ies  and  sfalc  paper.s  rehiliiKj 
II)  tlw  ni'fjDtidtinns  hetinren  England  and  Spain,  vol.  ill,  part.  Il,  7O8. 

3.  .Monluc  (lil  de  même  :  «  Les  bandes  noires  ytalicnnes  que  le  conte  lluiçucs 
de  Gènes  cominandoicl  despuis  la  mort  du  seigneur  Orasse  tJaillon.  »  Orazio 
Baglione  était  mort  le  23  mai  (lettre  de  Zorzi  Ardizino,  du  camp  de  Naples, 
2')  mai,  S.VNUTO,  XLVIII,  23)  et  non  le  20  juin,  comme  le  dit  Mignet,  liivalilé, 

II,    /,42. 

4.  Gui(;ii.viU)i.N,  trad.  Chomedey,  l'o  3g3  vo. 

5.  «  Terrcbant  (^aesarianos  tardal)anl([ue  ipsa  tormenta  Gallicis  et  Venetis 
triremibus  in  advei'suni  litus  (Muissa.  »  .Mitsi.uc  :  «  Ceste  galère  connneuea  à 
tirer  force  couj)/  de  caaoïi,  dont  me  lliuarenl  deu.x  hommes  de  ma  Iroujjpe... 
car  tous  les  boullctz  vennoinct  là  où  j'estois,  tant  de  cestc  galère  que  des  aul- 
Ires,  lesquelles  Hrcnt  le  mesme...  » 


112  PREMIERES    CAMPAGNES    D  ITALIE    ET    DE    FRANCE. 

bras  le  comte  de  Caudale  et  qui  causa  sa  mort  quelques  jours 
après';  il  insiste  sur  les  renforts  envoyés  par  Lautrec  et  que 
commandait  Valerio  Orsino';  enfin,  il  est  d'accord  avec  Moulue 
pour  noter  que  la  venue  du  prince  de  Navarre  fut  sans  avantag^e 
appréciable  pour  les  Français^.  Le  récit  de  Paul  Jove  a  été 
adopté  sans  aucun  chang-ement  par  deux  historiens  napolitains, 
(iregorio  Rosso  (pii  l'a  résumé,  Leonardo  Santoro  da  Caserta 
qui  l'a  à  peu  piès  traduit^.  Le  récit  de  du  Bellay  est  beaucoup 
plus  vague  et  moins  exact  que  ceux  de  Guichardin,  de  Jove  et  de 
Moulue  :  il  place  la  descente  du  prince  de  Xavarre  à  Xola,  fait 
du  comte  de  Candale  le  principal  chef  des  Français  et  imag-ine 
que  la  troupe  envoyée  par  Lautrec  à  Nola  fut  surprise  au  retour 
en  passant  devant  Naples.  Du  Bellay  concorde,  du  reste,  avec 
Moulue  et  Paul  Jove  en  ce  qui  concerne  la  prise  d'Ug^o  Pepoli  et 
de  Candale  et  la  mort  de  ce  dernier  ^  L'historien  des  princes 
d'Orange,  Joseph  de  la  Pise,  a  fabriqué,  à  l'aide  de  Guichardin, 
de  Paul  Jove  et  de  du  Bellay,  un  récit  assez  fantaisiste  :  il  v 
attribue  tout  le  succès  des  Impériaux  à  Philibert  de  Chàlon  qui, 
dit  formellement  Lope  de  Soria,  était  à  ce  moment  malade^. 
La  narration  des  Commentairps.  touffue,  mal  ordonnée,  cou- 


1.  «  Candalius...  glandes  luiuicruin  trajicilur...  Hi  très  postea  acqua  pernm- 
tatione  cuni  U^'one  atque  Candalio,  vel  tuni  ex  vulnere  moribundo,  utrinque 
restituti  sunt.  »  Monluc  :  «  Le  coule  Hugues  fusl  prins  prisonnier  et  monsieur 
de  Candaile  aussi,  estant  blessé  d'une  harcquebusade  en  ung  bras.  Trois  jours 
après  les  ennemis  le  renvoyarent  à  monsieur  de  Lautrec,  voyans  qu'il  s'en 
alloict  mourir,  comme  de  faict  trespassa  l'endemain  qu'il  leust  appourté  au 
camp...  » 

2.  Monluc  dit  vaguement  :  «  Nous  tusmes  suyvis  des  troupes  que  le  seiti^'iiour 
marcquis  envoyoit.  » 

3.  Pauli  Jovn  Hislor.  sut  tempuris  lib.  AA'17,  l^aris,  \  ascosau,  ijOo,  11, 
fo  24  C-H. 

4-  Leonardo  Santoro  da  Caserta,  Dei  successi  del  Sdcco  di  Rorna  e  guerra 
(Ici  refjiio  di  Napoli  sotto  Lotrech ,  j)ublié  par  Scipione  Volpicella,  i858, 
pp.  'jy-'jS.  —  Gre(;orio  Rosso,  flistoria  délie  cose  di  Xapoli  sotto  l'imperio 
d'  Carlo  (Juinto  corninciando  dall'  uiino  i526  pev  insino  ail'  an/ta  i53y, 
scritla  per  modo  di  rjioriudi,  lOSô,  p.  35. 

5.  Du  Bellay,  coll.  Petitot,  XVIII,  O9-70. 

fi.  Joseph  de  la  Pise,  Tableau  de  V  histoire  des  princes  et  principauté 
d'OriuKje,  iC38,  p.  173.  (Cf.  U.  Robert,  Philibert  de  Chàlon,  I,  21O,  cpii  ne 
cite  pas  le  récit  de  Monluc.)  Brantôme,  I,  244,  parle  aussi  inexactement  du 
brillant  rôle  du  prince  d'Orange  en  celte  altairc,  d'a|irès  Vl/istoria  del  /narques 
de  Pescura,  de  Pedro  V^allès. 


LE  RETOUR  DU  «  VOYAGE  DE  NAPLES  ».  Il3 

j)ée  [>ar  des  digressions',  tiès  inférieure  pour  la  netteté  et  la 
composition  à  celles  de  Guicliardin  et  de  Paul  Jove,  mérite  d'être 
placée  au  même  rang'  pour  l'exactitude  des  détails.  C/est  l'im- 
[)ression  d'un  témoin  oculaire,  qui,  grâce  à  une  mémoire  locale 
très  puissante,  a  reconstitué  le  lieu  du  combat  a\ec  une  précision 
(|u'on  ne  trouve  dans  aucun  autre  récit,  et  en  a,  en  somme,  fait 
un  rapport  lidèle.  On  peut  lui  reprocher,  sans  doute,  de  s'être 
trop  fait  le  centre  de  l'action  ;  mais  c'est  le  défaut  commun  à 
tous  les  auteurs  de  Mémoires.  «  Je  ne  veux  fere  l'historien,  dit-il 
ici;  j'y  serois  bien  empesché  et  ne  sçaurois  par  cpiel  bout  m'y 
prendre.  »  Le  récit  de  l'escarmouche  de  la  Maddalena  fait,  on  le 
voit,  pourtant  bonne  figure  à  côté  des  documents  et  des  naria- 
tions  écrites  par  les  hommes  du  métier. 

Moulue  est  bref  sur  la  fin  de  l'expédition  de  Naples.  11  note 
simplement  la  mort  de  Lautrec,  survenue  le  17  août',  et  la  levée 
(lu  siège.  11  attribue  le  désastre  de  l'expédition  au  maïujue  d'ar- 
gent, et  les  documents  ne  lui  donnent  pas  tort  sur  ce  point  : 
du  début  à  la  fin  de  la  campag-ne,  Lautrec  fit  presque  chaque 
jour  des  appels  inutiles  à  la  bourse  du  roi  et  des  Vénitiens  \ 
Monluc  ne  dit  rien  des  dernières  convulsions  de  l'armée,  après 
que,  privée  de  son  chef,  commandée  par  Michel-Antoine  de  Sa- 
luées, Guido  Rang-one,  Pedro  Navarro,  tous  trois  malades,  har- 
celée par  les  Impériaux,  (pii  d'assiéi^és  étaient  devenus  assié- 
geants, elle  battit  [)éuiblement  en  retraite  sur  Aversa  où,  bientôt 
cernée,  elle  capitula  le  ?)0  août.  Le  texte  de  la  capitulation  por- 
tait, entre  autres  conditions,  que  les  gens  du  Roi  Très  Chrétien, 
les  Vénitiens  et  autres  de  la  Ligue  rendraient  toutes  les  places, 
terres,  lieux  et  forteresses  qu'ils  se  trouveraient  avoir  dans  le 
royaume  de  Naples,  l'Abruzze,  la  Calabre,  la  Terre  de  Labour  et 
la  Pouille'^.  Et  c'est  ainsi  que  Monluc,  gratifié  naguère  [)ar  Lau- 

1.  l'ar  cxcinplc,  ri'-limc  de  (lliiirlcs  de  t^'oix-Cjuidalc,  noyé  d'al)i)r(i  dans  la 
proniièrc!  rt'-daolion,  déplacé  et  déiçai-é  dans  la  seconde.  Monluc  a  lui-nièmc 
senti  le  besoin  de  rendre  son  récit  plus  clair. 

2.  Lettre  de  Cîuido  Rana^ouc,  Naples,  17  août  (Sanlh),  XLVIll,  col.  ^o^).  — 
BiiKWEK,  no  4003. 

'.^.  Les  lettres  des  agents  étrangers  placés  auprès  de  Lautrec  sont  pleines 
dallusions  à  cette  détresse  financière.  Cf.  le  jugement  de  Brantôme  (III,  i>8-3o) 
sur  la  mauvaise  fortune  de  Lautrec,  plus  sévère  et  moins  équitable  (jue  celui  <le 
Monluc. 

4.   «  Capitoli  et  couveutione  atirniati  Ira  lo  illustrissimo  signor  Filibcrto  de 

8 


Il/i  PREMIÈRES    CAMPAGNES    D  ITALIE    ET    DE    FRANCE. 

trec  d'une  confiscation  «  vaillant  douze  cens  ducquatz  de  rente, 
nommée  la  Tour  de  la  Nonciade,  près  la  Tour  du  Grec,  un  des 
plus  beaux  chasteaux  qui  feust  en  la  terre  de  Labour  et  la  pre- 
mière baronje  de  Naples  »,  après  s'être  cru  le  plus  g-rand  sei- 
g-neur  de  France,  à  la  fin  se  trouva  «  le  plus  cocquin  ».  Ce  qu'il 
dit  de  son  retour  «  à  pied  la  plus  part  du  chemin  »  (il  ne  restait, 
en  effet,  pour  ainsi  dire  pas  de  chevaux  dans  le  camp  français)  ' 
est  illustré  d'une  façon  saisissante  par  une  lettre  du  capitaine 
florentin  (jiuliano  Strozzi,  qui  vit  partir  d'A versa,  sans  armes  et 
en  guenilles,  les  derniers  soldats  de  Lautrec,  escortés  par  les 
Impériaux  jusqu'aux  frontières  du  royaume  de  Naples,  où  ils  se 
dispersèrent,  «  s'en  allant  chacun  chercher  son  aventure  »^. 

Le  lamentable  échec  de  cette  expédition  fut  aussi  pour  Mojiluc 
un  désastre  personnel.  De  retour  en  Gascogne,  malade,  sans  res- 
sources, il  fut  à  la  charg-e  de  son  père,  qui  n'avait  pas  «  grandz 
moyens  »  de  l'aider;  une  fois  g-uéri,  il  lui  fallut,  a  comme  per- 
sonne incogneue  »,  chercher  de  nouveau  fortune  et  recommencer 
sa  carrière.  On  le  retrouve,  en  effet,  simple  homme  d'armes  dans 
la  compagnie  du  roi  de  Navarre  :  son  nom  est  cité  dans  quatre 
montres,  passées  le  12  mars  1029  à  Condom'',  le  3i  octo- 
bre i53<»  à  Agen''^,  le  2  et  le  12  septembre  i53i  à  Valence-en- 
Ag"enois  ^  Il  n'attendit  pas,  on  le  voit,  trois  ans,  comme  il  le  dit, 
pour  reprendre  du  service.  Il  fallait  vivre,  et  la  paye  d'homme 

Chialon,  |)riiici|)e  di  Orani^ie  et  capilanio  c^encrale  de  la  (]csarea  Maestà  in 
Itaiia,  pcr  una  parle;  et  lo  illuslrissinio  siii^nor  marchexe  di  Saluzo,  capitanio 
içenerale  del  re  Christianissimo,  per  l'allra  parte.  »  Aversa,  3o  août  i528 
(S.vNUTO,  XLVIII,  col.  478-480).  Sur  la  prise  d'Aversa,  voir  col.  4y3-494  cl 
Brewei\,  no  47i>^' 

1.  Lettre  au  nianfuis  de  Mantoue,  Viterbc,  7  septembre  :  «  Che  è  cosa  incre- 
dibile  la  inortalilà  che  era  seguita  de'  cavalli  iicl  ditlo  canipo,  prima  che  succe- 
desse  il  caso,  affermando  che  non  vc  ne  erano  in  tutte  60  che  fussero  sani.  » 

(S.VNLTO,  XLVIII,    col.    487.)    lÎREWER,    H»  4679. 

2.  Lettre  de  l'iorence,  12  septembre  (Sanuto,  XLVIII,  col.  40''l)-  —  Clerk  et 
Taylor  écrivaient  de  Paris  à  Wolsey  le  17  :  «  Niillae  sunt  rcliquiae  exercilus 
^allici.  »  (Bkkweu,  no  474'"^-)  —  Voir  aussi  deux  (locuiuciits  dans  le  Cahilogue 
des  actes  de  François  /'■'•,  II,  n<i  8867,  cl  \'l,  11"  i((838,  et  l'anecdote  de  la 
duchesse  de  Savoie  reijulant  les  «  pauvres  soldats  devallisez  »  revenant  de 
Naples,  qu'a  contée  Brantôme  (II,  i42-i43). 

3.  B.  N.,  Clairamb.,  ■.>5\,  n"  1129.  —  Biaise  de  Monluc  est  le  premier  nom 
cité. 

4.  B.  N.,  Clairandj,,  25i,  n^  ii,')5. 
ô.   B.  N.,  fr.  n.  acq.  8G19,  l'os  2O  et  28. 


MONLUC    LIEUTENANT    DE    LA    LEGION    DE    LANGUEDOC    (l5'M\).        IIO 

d'armes  ne  lui  parut  pas ,  sans  doute ,  alors  à  dédaigner. 
La  première  rédaction  des  (^Jo/tu/icriffiires.  amplifiée  j)lus  lard, 
on  l'a  vu,  à  l'aide  de  du  Bellay,  portail  ensuite  :  «  Et  comme  le 
Roy  François  dressa  ses  leg^ionnaires,  il  en  donna  mil  au  sen- 
neschal  de  Tholoze,...  seigneur  de  Faudoas,  leijuel  me  feist  son 
lieutennanl  » '.  C'est,  on  le  sail,  le  24  juillet  lô.'i/j  (|ue  Fran- 
çois P""  signa,  h  Saint-(îermain-en-Laye,  redit  eti  ciiupianle-six 
articles  porlanl  inslilulioii  de  sept  li'gioiis  d'iiiranlerie,  ar(juel)U- 
siers  et  liallehardiers,  de  six  mille  hommes  cliacune'.  Le  i?)  oc- 
tobre suivant,  il  nommait  colonel  de  la  légion  de  Languedoc 
Antoine  de  Rochechouart,  seigneur  de  Saint-Amand,  sénéchal 
de  Toulouse,  avec  charge  de  recruter  mille  hommes  «  en  iceulx 
g-ouvernement,  province  et  pays  de  Languedoc,  savoir  est  es  ville 
et  viguerie  de  Thoulouze,  cappitainerye  de  Buzet  et  tout  ce  qu'est 
de  la  seneschaucée  de  Thoulouze,  du  cousté  de  la  (iuvenne  »  ^. 
Line  permission  spéciale  du  roi  de  Navarre,  datée  de  Pau, 
II  novend)re  i53/i,  autorisa  le  nouveau  colonel  à  faire  une  partie 
de  sa  levée  en  ces  pays  de  Gascog-ne,  qui  étaient  par  excellence 
a  un  magazin  de  soldats  »  ^,  tandis  que  le  Languedoc  passait  pour 
fournir  des  hommes  de   qualité   ti'ès  inf("rieure -'';  et  c'est  ainsi 


1.  11  N.,  fr.  ôoii,  f'i  iT)  v'K 

2.  Voir,  dans  le  Catalogue,  II,  no  7252,  la  biI)li()ii;Ta|jliie  de  cet  édit.  —  Sur 
l'org'anisalion  des  légionnaires,  imitée  de  celle  de  la  milice  florenlinc,  doni  la 
première  idée  fut  due  à  Machiavel,  voir  Dupleix,  Hist.  de  France,  i^l\l\,  in-lVi, 
m,  37G,  .1.  Gebkmn,  Quid  rei  inilitaris  doclrina  rendscentihiis  lilteris  aitfi- 
i/ititaU'  dchuerit,  1881,  pp.  55-56,  et  surtout  Lemonnieh,  llistnire  de  France 
j)ul)liée  sous  la  direction  de  M.  E.  Lavisse,  t.  V,  II,  p|).  8/|-88. 

',\.  Lettres  de  François  l"'",  And)oise,  i3  octobre  i53/(  (Arcli.  des  Basses-Py- 
rénées, B,  2070,  copie  collât,  sur  l'orig.  le  kj  décembre  i;)3/|). 

4.  Lettre  du  roi  de  Navarre  au  sénéchal  de  Toulouse,  suivie  di'  lettres  à 
Tarchevêfjue  de  Bordeaux  autorisant  ledit  sénéchal  à  lever  i.ooo  hommes  de 
|)ied  en  Guienne,  «  pourveu  que  ce  soit  dans  sadicte  seneschaucée  ».  —  Le  roi 
de  Navarre  autorisa,  par  contre,  le  sieur  de  Oradea,  nonmié  colonel  de  la  légion 
(le  Guienne  par  lettres  datées  de  Blois,  21  septend)re,  à  Faire  sa  levée  en  Coni- 
iiiinge  et  Rivière- Verdun  (Henri  H  d'Albret  au  sénéchal  de  Toulouse,  Nay, 
12  décend)re  iW.M\,  Arch.  des  Basses-l'yr.,  li,  2070). 

5.  L'and)assadeiu"  vénitien  Marino  (îiustiniano  écrivait,  dans  sa  Hchitutu  de 
i535  :  «  Ha  sette  legioni  de'  suoi  paesani,  di  sei  niila  lauti  l'una,  che  tanno 
fanti  quaranta  due  mila;  parte  buoni,  conie  quelli  che  sono  aile  frontière  di 
Borgogna,  di  Guascogna,  del  DelHnato,  Cbanipagna  c  Piccardia;  e  parie  ihmi 
sono  prattichi,  corne  (|uelli   di  Norinandia,  lîretayiia  e   Lin^iiailoca.  »  ('Iom.i;\- 

SEO,   1,  (J2.) 


Il6  PREMIÈRES    CAMPAGNES    d'iTALIE    ET    DE    FRANCE. 

que  Biaise  de  Moulue,  homme  d'armes  de  la  compag-nie  du  roi 
de  Navarre,  devint  lieutenant  du  sénéchal  de  Toulouse  et,  de 
nouveau  fantassin,  participa  à  cette  tentative  de  création  d'une 
année  nationale,  dont  il  voyait  les  avantages,  mais  dont  il  cons- 
tate avec  raison  le  médiocre  succès,  attesté  par  le  témoig-nage  de 
rand)assadenr  vénitien  Francesco  (iiustiniano  en  lôSy  '. 

Les  Comnientaii'cs  sont  muets  sur  rarinée  i535  et  la  première 
moitit'  de  i536.  Moulue  ne  dit  rien  de  cette  période  d'inaction  : 
à  su{)poser  qu'il  en  eût  gardé  le  souvenir,  aurait-il  d'ailleurs 
daigné  rappeler  ici  que  les  légionnaires  de  Languedoc  commirent 
plus  d'un  méfait  dans  la  province  où  ils  tenaient  garnison  et 
(pi'il  V  eut,  à  ce  propos,  des  conflits  de  juridiction  entre  leur 
colonel  et  les  capitouls  de  Toulouse'?  C'était  là  chose  commune 
et  peu  digne  de  passer  à  la  postéi'ité.  Moulue  dédaigne  ces  détails 
et  entame  un  nouveau  récit  :  l'expédition  des  moulins  d'Auriol, 
épisode  du  sièye  de  Marseilh'  {)ar  l'Empei'eur  en  août  i536.  Dans 
la  première  rédaction  du  livre,  la  transition  était  faite  par  un 
mend)re  de  phrase  très  vague  :  «  Et  au  boult  de  quelque  temps 
que  l'Empereur  Charles  venoit  pour  entrer  en  France...  ^  »  On  a 
vu  que  Moulue  avait  ensuite  fait  un  raccord  au  moyen  des  Mé- 
moires de  du  Bellay.  Il  y  a  trouvé  la  couhruuîtiou  de  ce  qu'il 
avait  dit  lui-même,  plus  brièvement,  de  la  capitulation  de  Fos- 
sano  ^.  La  clause  qui  obligeait  les  assiégés  à  abandonner  leurs 
grands  chevaux  à  la  sortie  était  consignée  dans  du  Bellay -\  Les 
documents  originaux  concordent  avec  le  texte  de  la  capitulation 
qu'il  reproduit  et  confirment  ce  que  Moulue  en  avait  dit  de  mé- 
moire. C'est  une  lettre  de  l'agent  mantouan  Carlo  da  Fano,  datée 
du  camp  impérial  sous  Fossano,  le  7  juillet  i53G,  qui  raconte  de 


1.  Voir  les  raisons  (jiiil  ou  (loiiiic  :  iiicxpérieucc  de  ces  nouvelles  troupes, 
indiscipline  el  surtout  opposition  de  la  noblesse,  qui  se  crut  menacée  dans  son 
privilèii^e  militaire  {ihid.,  I,   i8/|-i80). 

2.  l^e  i»j  janvier  i53G,  les  capitouls  de  Toulouse  décidaient  d'informer  le  roi 
d'un  ditl'érend  survenu  entre  eux  et  le  sénéchal  à  l'occasion  des  «  crimes  et 
maléfices  w  des  lég'ionnaires  (Arch.  de  la  llaute-Ciaronne,  13,  29,  fo  y3). 

3.  B.  N.,  fr.  5oi  I,  fo  i5  r". 

4.  I^e  sièçc  de  Fossano  par  Antonio  de  l^evva  est  le  principal  é])isode  de  l'ol- 
fensive  des  Impériaux  en  Piémont,  à  la  suite  de  l'invasion  française  de  mars 
i53G.  Voir,  sur  ces  faits,  A.  StGKE,  Dncumenli  di  storiu  subauda  dal  i5io 
(il  i.'j.'iO.  MJ02,  pp.  iiy-i38. 

5.  Dl  Bellay,  coll.  l'elitot,  XVlll,  488. 


INVASION   DE    LA   PROVENCE    PAR   CHARLES-QUINT   TaOUT    i536).        II7 

la  fa(;on  la  plus  minutieuse  et  la  |)lus  vivante  la  sortie  de  Mon- 
pezat  et  de  ses  liérok|ues  conipa^-nons.  Les  Français  avaient  été 
obligés,  le  5,  de  renietire  aux  mains  des  Imjx'riaux  [)lus  de  trois 
cents  chevaux  dé[)assaril  la  taille  de  ciiK]  j)almes  et  demie.  Sur  ce 
nond)re,  ci?i(pianle  ou  soixante  an  [tins  étaient  en  bon  étal  ;  le  reste 
n'était  que  haridelles  efllanfjuées  et  hors  d'usage.  Les  assiégés 
avaient  mutilé  les  chevaux  d'Espagne  en  leur  coupant  la  queue 
et  la  crinière.  Antonio  de  Levva,  furieux,  exécuta  la  capitulation 
avec  une  extrême  rigueur  :  rendu  impotent  par  sa  goutte,  il  se 
fit  porter  le  7  juillet,  à  six  heui<'s  du  matin,  à  l'exti'émité  du  fau- 
bourg' de  Fossano  pour  assistcM-  au  défilé  de  la  garnison,  et  il 
retint  inq)iloyablement  tous  ceux  des  chevaux  laissés  aux  Fran- 
çais dont  la  taille  dé{)assait  la  mesure  fixée'.  Moiduc,  on  l'a  vu, 
a  pu  contrôler  aussi  dans  du  liidlay  l'énumération  qu'il  fait  des 
capitaines  qu'il  se  souvient  avoir  vus  au  siège  de  Marseille". 

De  l'invasion  de  la  Provence  par  les  Impériaux,  il  avait  gardé 
le  souvenir  d'un  fait  mémorable,  la  déroute  et  la  prise  de  Monl- 
jehan  et  de  Boisy  à  Brig-noles  j)ar  les  Impériaux;  il  y  a  fait 
allusion  en  un  autre  endroit  des  (UjniDicntairPs,  dans  la  lettre 
qu'il  dit  avoir  écrite  à  Strozzi  pour  le  dissuader  de  faire  sa  re- 
traite de  nuit  à  Marciauo^.  Il  mentionne  simplement,  et  d'ailleurs 
exactement,  la  situation  précaire  de  l'armée  impériale  alfami'e 
près  d'Aix  \  pour  en  v(;nir  à  cette  destruction  des  moulins  d'Au- 
riol,  (pi'il  exécuta  au  refus  de  deu\  caj)ilaines  et  qui,  à  l'entendre, 

1.  C.nrln  dii  l'";mo  au  duc  de  Maiitoue,  «  dal  cxcrcilo  impie  sotto  Fossano, 
alli  vil  di  liilio  i n.iCi  ».  (t'ulil.  par  V .  Molard,  Le  Cartegrfio  des  amhassa- 
ilenrs  de  M<iiil(iiie,  dans  le  liiill.  Iiislor.  et  [ihilal.  du  Coin,  des  Iran,  histor., 
i8()0,  pp.  /|!">3-/|3r).) 

2.  Bramômic,  III,  221,  dit  (pie  iîarl)ezi(>ux  et  Monpezat  étaient  tous  deux 
lieutenants  de  roi  dans  Marseille;  «  mais  M.  de  lioutières  leur  disoit  leur  le(;on, 
comme  plus  grand  capitaine  (ju'eux,  et  comme  l'on  le  disoit  pour  lors  «.  Bran- 
tôme ra|)])orle  peut-être  ici  un  propos  de  Monluc.  —  \J llisloire  l'niirudlièi-e 
d'Houorc  de  Valbelle  confirme  les  (Jo/ti;nenfaires  (13.  N.,  fr.  5072,  fi"<  i()i  v" 
et  198  vo). 

3.  1^  /jn-j.  —  I,,.  fjiit  est  conte-  cil  détail  |iar  du  Bellay  et,  d'après  lui,  repro- 
duit par  tous  les  historiens.  Pour  les  documents,  voir  une  lettre  de  b'ram^ois  1er 
à  M.  de  Ilumicres,  \'alcnce,  8  août  1530  (B.  N.,  Clairamb.,  335,  l'i  241);  ""^ 
lettre  de  Charles-Ouint  à  Ilannart,  Brignoles,  9  août  {Papiers  d'Efal  de  (Inm- 
nelle,  II,  /)77);  Molim,  iJocnmenti  di  storin  italiniui,  M,  /|oo.  et  le  Jourmil 
de  Valbelle  (B.  N.,  fr.  5072,  f"  199  ro). 

l\.  ^'oir  la  lettre  de  Montmorency  citée  par  Di;<;i\ue,  Anne  de  Mmihnoreiiri/, 
b  ^-7'.»- 


Il8  PREMIÈRES    CAMPAGNES    d'iTALIE    ET    DE    FRANCE. 

fut  une  dos  causes  de  la  retraite  de  Gharles-Ouint.  Il  oublie  de 
dire  que  Marseille  était  bien  «  reniparé,  fortifié  et  pourveu  », 
comme  l'écrivait  l'Euipereur  lui-même,  que  Montmorency  avait 
admirablement  organisé  la  défense  à  Arles,  à  Tarascoii  et  au 
camp  retranché  d'Avignon,  que  les  passages  vers  le  Languedoc 
étaient  fermés  aux  Impériaux,  enfin  que  Charles-Ouint  était  très 
préoccupé  par  les  agissements  de  Guido  Rangone  et  de  Francesco 
de  Gonzag-ue,  qui,  ayant  levé  dix  mille  hommes  à  la  Mirandole, 
tentaient,  sans  succès  d'ailleurs,  un  couj)  de  main  sur  Gènes, 
mais  faisaient  en  Piémont  une  active  proj)agande  en  faveur  de 
la  France'.  L'unique  raison  que  donne  Monluc,  la  destruction 
des  moulins,  est  invoquée  d'ailleurs  par  l'Empereur  lui-même, 
qui,  au  moment  où  il  résolut  de  lever  sou  camp,  décrivait  ainsi 
les  souffrances  de  son  armée  :  «  ...  La  difficulté  dudit  chemin  n'a 
esté  moindre  jusques  eu  ce  lieu,  mesmement  pour  cause  des  vic- 
tuailles, desquelles  l'on  ne  s'est  peu  servir  ne  assister  de  la  mer.,. 
Et  venant  icy  à  la  vérité  en  y  a  eu  pour  aucuns  jours  très  grande 
disette,  tant  pour  la  cause  susdite  que  aussi  lesdits  François 
avoient  rompu  les  moulins,  et  a  faillu  aller  chercher  les  victuail- 
les loing-  et  avec  g^rosses  escortes'.  » 

Le  récit  de  l'expédition  du  moulin  d'Auriol  appartient  en 
propre  à  Monluc.  11  en  avait  g-ardé  le  souvenir  comme  d'une 
tentative  qu'il  fit  pour  se  j)()usser,  sortir  de  l'obscurité  où 
l'avait  rejeté  le  désastre  de  Naples  et  se  faire  connaître  du  roi. 
Il  se  plaint  amèrement  que  Barbezieux,  loin  de  le  présenter  à 
François  I'-""  lorsqu'il  vint  à  Marseille,  se  soit  attribué  tout  l'hon- 
neur de  l'entreprise;  il  ajoute  qu'il  en  fut  informé  par  le  roi  de 
Navarre,  qui  le  connaissait,  en  effet,  on  l'a  vu,  pour  l'avoir 
eu  dans  sa  compag-nie.  Son  récit  est,  comme  à  l'ordinaire,  re- 
mai<pial)le  par  la  précision  des  détails  topographi({ues.  Après 
être  sorti  de  Marseille  par  la  porte  Réale  et  avoir  partag-é  ses 
hommes  en  trois  troupes  sur  le  «  plan  Sainct-Michel  »  («  el  palan  de 

1.  iJiiCHCE,  I,  2O8-282.  —  Segre,  Docninciiti  di  storia  sabdiula,  i;^9-i43. — 
Charles-yuint  a  très  bien  exposé  lui-même  les  causes  de  sa  retraite  dans  une 
leltre  à  Henri  de  Nassau,  écrite  do  son  camp,  près  d'Aix,  le  /\  soptcnd)ro  1536 
(Lanz,  II,  25o), 

2.  I/Kmpcreur  à  Henri  de  Nassau  (I^anz,  II,  2/J9).  —  (".f.  A.  Ahena,  M('i/(ira 
enfrepi-isu  cdlolifiui  iinpernlnris,  éd.  Bonafous,  p.  28  : 

Atque  fracassarunt  fiirnos  et  cuncta  molina. 
Restât  et  in  payso  tune  mola  nulla  virans. 


L  EXPEDITION    DU    MOULIN    D  AUUIOL,  IIQ 

Sanct-Micliel  »  de  Valbelle)  —  aujourd'hui  la  fraude  place  Saint- 
Michel,  englobée  dans  la  ville,  —  il  suivit  la  route  de  Marseille 
à  Aubaine,  puis,  par  des  sentiers  de  chè\res,  à  trav(;rs  la  mon- 
tagne de  Roussargue,  marcha  vers  Auriol,  où  il  j)arvint  après  une 
halte  faite  j)r<)bal)lemrnl  au-delà  du  quartier  de  Joux.  Le  moulin 
qu'il  fallait  délruiie,  mù  par  les  eaux  d'un  b(';al  dérivé  de  l'Hu- 
veaune,  appartenait  à  l'abljaye  de  Saint-Victor  de  Marseille'.  Il 
se  trouvait  alors,  comme  le  dit  Monluc,  dans  le  bourg-,  en  dehors 
de  la  ville,  qui  était  ceinte  de  murailles.  Il  porte  aujourd'hui  le 
nom  de  moulin  de  la  Paroisse,  à  cause  de  sa  contii^uïté  avec 
l'éi^lise  paroissiale,  derrière  hupielle  s'abritèrent  Tavannes  et  Cas- 
telpers.  La  a  i^rand  rue  ])ar  le  milieu  »  du  bourg',  oîi  «  les  arcjue- 
buzades  toid^oint  fort  espaisses  comme  de  phiye  »,  est  la  rue  de 
la  Paroisse,  au  centre  de  l'Auriol  moderne.  Ouant  au  château, 
dont  il  ne  reste  que  des  ruines,  il  est  tout  voisin  du  bours^, 
sur  une  éminence,  dans  la  ligne  occupée  autrefois  par  l'enceinte". 
Le  retour  d'Auriol  à  Aubagne  se  lit  par  la  montagne  de  Kous- 
sargue,  «  car  tous  ces  cartiers  là  sont  collines  ».  A  Aubagne,  la 
troupe  de  Moiduc  laissa  la  route  qu'elle  avait  suivie  à  l'aller  et, 
«  avec(jues  le  grand  chault,  de  montaigne  en  monlaigne,  sans 
trouver  goutte  d'eaue  »,  suivit  les  croupes  arides  du  massif  de 
Car{)iagne  et  de  Marseille-Veyre,  pour  aboutir,  après  plusieurs 
péripéties,  derrière  Notre-Dame-de-la-Garde.  La  mémoire  de 
Moulue  l'a  mal  servi  pour  le  calcul  des  distances  :  il  dit  que  de 
Marseille  à  Aubagne  il  y  a  moins  cpie  d'Aubagne  à  Auriol  ^. 
\J Histoire  jonriKilirrr  d'Honoré  de  Valbelle  confirme  et  com- 

1.  Cette  al)l)aye  était  au  cardinal  Trivulzio.  IjC  roi  licinandait  en  son  nom, 
le  2()  juillet,  au  <»ran(l-niaîtrc,  qu'elle  fùl  épart^née  par  les  t!,Tns  de  guerre 
(Kianrois  l''''  au  grand-maître,   Lvon,  29  juillet    if)!^*),  15.  N.,  Clairand).,  335, 

2.  \'oici  la  description  de  .Monluc  :  «  Il  me  dit  que  Auriole  estoil  une  petite 
ville  fermée  de  haultes  murailles  là  où  il  y  avoit  ung  chasteau  bien  meure,  et 
nng  bourc  où  il  y  avoit  force  maisons,  une  a^rand  rue  par  le  milieu;  et  au  boult 
du  bourg  esloyt  le  molin  à  main  gauche,  qui  vennoit  rie  la  ville,  et  la  dernière 
maison  dudict  bourc;  et  que  à  la  porte  de  ladicte  ville  avoict  une  tour  (pii  vc- 
noil  [sir;  corr.  :  voyoit)  tout  au  \oQ<r  de  la  grand  rue  du  molin,  et  (jue  honune 
ne  s'auseroict  venir  devant  le  molin  ny  au  long  de  la  rue;  et  de  là  le  molin  y 
avoit  une  petite  église  à  plus  de  trente  ou  (piaranle  pas...  »  (Texte  du  i''''  ms., 
r»  16  ro.) 

3.  Il  y  a,  en  réalité,  17  kilomètres  clWahagne  à  Marseille  et  12  d'Aubagne  à 
Auriol. 


I20  PREMIERES    CAMPAGNES    D  ITALIE    ET    DE    FRANCE. 

plète  ce  que  dit  Moulue  de  son  séjour  à  Marseille.  Elle  mentionne 
l'arrivée  de  la  lésion  de  Lang-uedoc,  commandée  par  le  sénéchal 
de  Toulouse.  Elle  fut  log-ée  dans  le  quartier  de  la  Blancarie,  et 
pendant  tout  le  sièg-e  les  habitants  n'eurent  qu'à  s'en  louer'.  Le 
chroniqueur  marseillais  ne  tarit  pas  d'éloges  sur  la  vaillance  et  la 
prudence  du  «  cap  des  Gascons  » ,  sur  l'exacte  discipline  qui 
rég-nait  dans  sa  troupe.  On  avait  plus  de  confiance  en  lui  qu'en 
Barbezieux  ;  on  fit  même  à  ce  dernier  l'affront  de  lui  enlever  les 
clés  de  la  ville  pour  les  confier  au  sénéchal  de  Toulouse'.  Ce 
que  Moulue  a  oublié  de  dire,  c'est  qu'après  la  retraite  de  l'Em- 
pereur, les  lég-ionnaires  de  Lang-uedoc  sortirent  de  Marseille  pour 
poursuivre  les  Impériaux;  le  dimanche  24  septembre,  rentrant 
dans  la  ville,  ils  se  heurtèrent  à  une  bande  d'Italiens  à  la  porte 
Réale.  Sous  un  prétexte  quelconque,  les  deux  troupes  en  vinrent 
aux  mains;  il  y  eut  des  morts,  et  plus  de  Gascons  que  d'Italiens''. 
Les  capitaines  apaisèrent  leurs  hommes,  mais  les  désordres  conti- 
nuèrent plusieurs  jours.  Cela  n'empêcha  pas  Barbezieux  defpiitter 
Marseille  le  mardi  2().  Le  sénéchal  de  Toulouse  le  suppléa  et 
rétablit  le  calme.  A  son  tour,  il  partit  le  20  octobre  avec  sa  bande. 
A  en  croire  Valbelle,  les  Gascons  furent  pleures  des  Marseillais, 
qui,  en  revanche,  virent  s'éloig-ner  sans  reg'ret  les  Italiens  de 
Christophe  Guasco  ^ 

Le  récit  des  Commentaires  a  été  utilisé  par  Jean  de  Saulx- 
Tavannes,  qui  rédigea  les  Mémoires  de  son  père  Gaspard,  le 
fameux  gouverneur  de  Bour^og-ne.  Dans  son  récit  du  sièg^e  de 
Marseille,  fabriqué  à  l'aide  de  du  Bellay  et  de  Moulue,  il  se  borne 
à  dire  :  «  L'Empereur  arrivé   à   Aix,  incommodé   de  vivres,  les 


1.  (;  l*lus,  petit  lenps  aprôs  lo  senechal  de  Tholoso  ainbe  iiono  hando  cl  feu 
loiçat  a  la  maison  de  Juliaii  Sepedo  et  lui  feu  .doaat  per  son  allno-iament  lo  Car- 
tier de  la  lilancarie...  »  (B.  N.,  fr.  0072,  fo  198  vo.)  —  Valbelle  mentionne 
aussi  l'arrivée  en  juin  de  «  moss.  de  Calvission,  de  Lengadoc  [Monluc  parle  des 
compaîçnies  de  «  Cobisson  de  Languedoc  »  ]  ambe  sa  bando,  que  eron  mille,  tos 
anpiibuliers,  pi(]uies  et  alabardies,  et  tos  foren  loias  per  fories  et  pagavan  so 
que  prenian  »  (fo  191  yo). 

2.  Ibid.,  fo  207  r°. 

3.  Ihid.,  fo  200  vo, 

l\.  «  Lo  20  de  octobre  partit  lo  senechal  de  ïolosso  ambetoto  sa  bando  et  s'en 
anet  en  son  pais.  Dieu  lo  conduso,  car  vos  promcti  que  el  ero  de  amar  et  de 
presar,  el  si  toto  la  garnison  fosso  stado  de  scmblablos  gens,  non  aguerot  patit 
tant  de  malx  que  aven  fach.  »  (^Ihid.,  fo  208  yo.) 


l'expédition    du    moulin    d'aURIOL.  12  1 

sieurs  de  Moiilluc  et  de  Tavaniies  bruslèrenl  les  moulins  de  son 
armée,  défont  les  g-ardes  d'iceux;  de  quoy  fait  g-loire  le  dit  Moul- 
ine en  ses  Commentaires  de  l'assistance  du  sieur  de  Tavannes, 
lequel  estoit  déjà  pins  favorisé  des  armes  ({ue  le  dit  Montlnc  »'. 
La  muivaise  humeur  (jui  perce  dans  c(Mte  phrase  doit-elle  être 
attribuée,  comme  l'a  pensé  M.  L.  Pinj^and,  à  ce  que  Moulue  n'a 
pas  nommé  Tavannes  dans  son  récit  de  la  bataille  de  Cériso- 
les^?  C'est  possible.  En  tout  cas,  Jean  de  Tavannes  a  nég^li^é 
de  justifier  son  reproche,  et  son  livre  est  trop  une  apolo^^ie  ins- 
pirée par  l'amour  filial  et  l'orgueil  de  famille  pour  qu'il  faille  en 
faire  grand  cas. 

Les  historiens  provençaux  Bouche  et  Ruffi  ont  aussi  adopté  le 
récit  de  Moulue ^  :  le  premier,  s'appuyani  sur  VHistoife  joiiriid- 
liêre  d'Honoré  de  Valbelle,  place  l'entreprise  du  moulin  d'Auriol 
dans  la  nuit  du  19  août.  C'est  à  cette  date,  dit-il,  que  l'Empereur, 
d'après  le  manuscrit  de  Valbelle,  (piitta  Aix  pour  venir  recon- 
naître Marseille.  Bouche  s'est  trompé  :  Valbelle  place  le  .'ii  aoùl 
l'apjjarition  de  Charles-Quint  devant  la  ville ''^.  Elle  eut  lieu,  en 
fait,  avant  le  29  août''.  Monlnc  raconte  qn'en  revenant  d'Auriol 
à  Aubagne,  il  apprit  que  les  Impériaux  étaient  devant  Marseille; 
({ue,  pour  ce  motif,  il  (piitla  la  route  et  se  jeta  dans  la  montagne; 
que  les  blessés  de  sa  troupe  qui  continuèrent  à  suivre  le  grand 
chemin  furent  arrêtés  par  un  parti  de  cavaliers  ennemis,  et  qu'ar- 
rivé à  Notre-Dame-de-la-Garde  il  put  voir  l'Empereur  se  retirant 
devant  Christophe  Guasco,  «  qui  avoicl  tenu  tout  le  jour  l'escar- 
mouche ».  Charles-Quint  ne  vint  [)as  en  personne  devant  Mar- 
seille; il  envoya  le  mar([uis  del  Vasto,  mais  ce  fut  bien,  d'après 
(iaufridi,  Christophe  (iiiasco  <pii  fut  chargé  par  Barbezieux  de 
repousser  les   Impériaux  et    qui,    aidi'   de   Saint-Blancard,  ballil 


r.  Tavannes,  coll.  Petitot,  XXIII,  287. 

2.   I^KONCE  PiNGAUD,  Les  Sciul .l'-Tcwunni's ,  iH^ii,  p.  !\. 

'^.  Bjuchi;,  L'Histoire  chronologique  de  Prooence,  1664,  II,  586.  —  Rikh, 
Histoire  de  la  ville  de  Marseille,  2e  éd.,  1O96,  I,  829-330.  —  Gaukriui,  dans 
son  Histoire  de  Provence,  1728,  I,  454,  ne  s'est  pas  servi  de  Monluc. 

4.  B.  N.,  fr.  5072,  fo  201  v'>. 

5.  Villandry  à  M.  de  Humièrcs,  \'alet)ce,  29  août  :  «  Vous  aurez  l)ien  sceu 
comiao  ri'vtnpereur  a  esté  visiter  Marseille  et  comme  il  a  esté  salué  de  coups  de 
canon,  dont  les  brisées  sont  demourées  auprès  de  sa  personne.  »  (B.  N.,  (Uai- 
rand).,  335,  fo  282,  copie.) 


122  PREMIERES    CAMPAGNES    D  ITALIE    ET    DE    FRANCE. 

leur  chef,  Adolphe  de  Honi  '.  L'expédition  du  moulin  d'Auiiol 
se  place  donc  dans  les  derniers  jours  d'août.  \  oici,  du  reste,  en 
cpnds  termes  le  grand-maître  en  informait,  le  -i  septembre,  M.  de 
Humières  :  a  Ayant  ces  jours  icy  entendu  qu'ils  avoient  relevé 
quelques  moulins  de  la  Durance  et  à  deux  lieues  de  leur  dict  camp, 
lesquels  auparavant  j'avois  fait  démolir,  je  y  envoyay  bon  nom- 
bre de  £;"ens  de  cheval  et  de  pied  qui  les  ont  derechef  démolis  et 
bruslez  entièrement,  outre  cela  mis  en  pièces  cent  ou  six  vini;t 
Espagnols  qui  les  yardoient,  qui  leur  est  une  grande  defl'aveur, 
car  attendeu  qu'ils  ne  pouvoieni  avoir  des  farines  que  par  là,  et 
maintenant  reg^ardez  qu'ils  peuvent  faire,  leur  ayant  fait  cesser  ce 
moyen..."  »  Au  lendemain  de  l'affaire,  Montmorency  ne  s'expri- 
mait pas  autrement  que  Monluc  dans  son  livre.  Il  ne  nommait, 
d'ailleurs,  personne;  l'exploit  restait  anonyme.  Barbezieux  avait 
néglig-é  de  transmettre  les  noms  des  capitaines  et  il  ne  présenta 
pas  Moiduc  au  roi  lorsque  le  mercredi  20  septembre  celui-ci  fil 
son  entrée  dans  Marseille.  Ce  que  les  Commentaires  disent  sur  ce 
point  est  très  vraisemblable.  L'incapable  Barbezieux  se  souciait 
plus  alors  de  ménag^er  sa  faveur  compromise  et  de  masquer  aux 
yeux  du  roi  son  impéritie  que  de  faire  valoir  le  mérite  d'obscurs 
soldats  3. 

Le  récit  du  sièg-e  de  Marseille  et  de  l'invasion  de  la  Provence 
se  termine  par  quelques  mots  sur  la  famine  et  la  dysenterie  qui 
régnaient  dans  l'armée  de  Charles-Quint.  Monluc  parle  du  blé 
«  pisté  à  la  turque  »  que  l'on  y  était  réduit  à  employer  :  le  pain 
qu'on  en  faisait  excitait  la  curiosité  et  la  risée  dans  le  camp 
français;  Montmorency  en  envoyait  un  spécimen  au  cardinal 
du  Bellay'.  Les  historiens  sont  d'accord  avec  Monluc  sur  ce 
jxiint  ;  Areiia  cl  Paul  Jove,  en  particulier,  parlent  des  raisins 
qui    mirent    l'armée   impériale    «   en    ung  si  grand  dezordre  de 


1.  Gaukuidi,  I,  4->3.  —  Sur  Christophe  Guasco  au  sièa^e  de  Marseille,  voir 
deux  lettres  de  François  I«r  à  M.  de  Humières,  2/4  et  25  juillet  (B.  N.,  Clairamb., 
335,  fos  210-21 1),  cl  un  document  analysé  dans  le  Cataloffiie,  VII,  n»  2801O. 

2.  Montmorency  à  M.  de  Humières,  du  camp,  2  septembre  (B.  N.,  (Uairand)., 
73,  fo  \l\f\,  oriu^.;  335,  fo  287,  copie). 

3.  Voir  sur  la  conduite  de  Barbezieux  pendant  le  sièi^e  les  jugements  sévères 
(le  N'.dbclle  dans  son  journal. 

f\.  Montmorency  au  cardinal  du  Bellay,  3i  aoill  (cité  par  Dkcrlk,  I,  279).  — 
Le  même  à  M.  de  Humières,  2  seplcnd)re. 


CAiMPAGNE    d'aRTOIS    (.MAUS-JUILLKT     iS^y).  123 

maladies  et  morfailles,  mesmemenl  parmy  les  AUemandz  »'. 
La  première  rédaclioii  des  Comniputairps  mentionne  ensnile 
très  brièvement  la  cam{)a^ne  de  Monlmorency  en  Ai'lois  (mars- 
juillet  i537j.  L'évacuation  de  la  Provence  par  les  Impériaux  a\ait 
eu  lien  en  septembre  i536;  an  mois  de  mars  suivant,  Moiduc  avait 
rejoint  l'armée  royale  en  Picardie.  11  est  impossible  d'admettre, 
comme  il  le  dit,  (pie,  dans  cet  intervalle,  il  revint  en  Gascogne, 
pnis  séjourna  «  six  ou  sept  mois  »  à  Marseille,  auprès  du  comte  de 
Tende.  Sa  chronologie  est  encore  une  fois  en  d('faut.  Il  se  trompe 
aussi  en  donnant  le  titre  de  lieutenant  du  roi  en  Piémont  à  Bou- 
tières,  sous  (pii  il  songea  nn  instant  à  aller-  servir;  c'était  M.  de 
Humières,  jus([ne-Ià  lieutenant  génér'al  en  Daupliiné,  qui  com- 
mandait alors  en  Piémont,  et  Guignes  Guillrey,  sieur  de  Bou- 
lières,  g-entilhomme  de  la  chambre  du  roi,  qui  avait  reçu,  le 
II  août  i536,  la  charg-e  de  capitaine  des  cin(piante  lances  du  duc 
d'Orléans^,  était,  depuis  novembre,  simplement  gouverneur  de 
Turin  à  la  place  de  Burie,  fait  prisonnier  à  Casale'.  M.  de 
Humières,  en  avril,  demanda,  en  effet,  d'être  renforcé  et  le  loi 
lui  promit  de  lui  envoyer  des  troupes  «  devant  ([u'il  soit  peu  de 
temps  »  ^.  Mais  ce  fut  dix  mille  lansquenets  du  duc  de  Wirs- 
temberg  (pi'on  lui  annonça  fin  mai^.  Enfin,  si  le  premier  effet 
de  la  campagne  d'Artois,  en  mars  iS^y,  fut  de  ravitailler  le 
poste  avancé  d(^  Thérouanne,  objet  constant  des  préoccupations 
de  Montmorency,  il  n'est  pas  vrai  de  dire  que  l'Empereur  son- 

1.  Akicna,  op.  cit.,  p.  38  : 

Nil  praeter  panem  deficiebat  eis... 

Et  banqiielabant  tantum  roygando  racemos... 

Paum  Jovii  Flistor.  lib.  A'XA't',  laOo,  II,  177  GH  :  «  Quihiis  de  caiisis  fiel)at  ut 
(icrinani  praoscrliin  niorl)os  oonci|)crent,  at([uo  en  peslileiitif)r(!.s  (juod  inusto  ex 
iivis  non  j)Iane  nialuris  expresso  e  j^-alcis  avide  biherent,  ipiae  ventres  facile 
contaniinahanl,  sic  ut  iuterneciva  protluvia  passim  orirentur  et  funeribus  castra 
complerentur.  »  —  Sur  cette  retraite,  voir  les  lettres  de  François  lu""  à  La  Ro- 
chepot,  7,  if),  2O  septembre,  et  de  Vendôme  au  même  i3  octobre  (B.  N.,  Clai- 
raml).,  335,  fus  ^^3,  3o8,  3i(),  32o).  Neuf  mille  lansquenets,  laissés  à  Fréjus  par 
l'Empereur,  se  rendirent  au  roi,  cpii  leur  accorda  le  libn;  |)assage  à  travers  la 
France  et  leur  Ht  remettre  à  chacun  deux  écus. 

2.  li.  N.,  fr.  10390,  fo  55  (cf.  CnlaUujui',  III,  no  80o5). 

3.  \^-L.  BouRHiM-Y,  (Uullauine  du  liclhtij,  236-237. 

4.  François  \cr  à  M.  de  Humières,  camp  de  Perne,  :>8  avril  i537  (l{.  N.,  Cdai- 
ramb.,  33G,  fo  96). 

5.  Montmorency  à  M.  de  llumièies,  20  mai  (/'/>/>/.,  f"  iiG). 


124  PREMIERES    CAMPAGNES    D  ITALIE    ET    DE    FRANCE. 

geait  à  ce  moment  à  assiéger  celte  place.  Monluc  a  évidemment 
confondn  avec  le  sièe:e  que  Philippe  d'E^mont,  comte  de  Biiren, 
et  le  comte  de  Rœulx  mirent,  en  juin  seulement,  devant  Thé- 
rouanne.  De  la  campag'ue  de  mars-mai,  où  il  servit  avec  le  capi- 
taine Guerre  à  la  tète  d'une  compagnie  de  t;ens  de  pied*,  il 
n'avait  retenu,  dans  sa  première  rédaction,  que  le  souvenir  très 
vasque  d'Auxv-le-Ghàteau  et  de  Hesdin,  dont  il  intervertit  l'ordre 
de  prise,  et  du  sièg^e  de  Thérouanne  par  les  Impériaux^.  On  a  vu 
qu'il  a  remanié  le  passage,  complété  et  précisé  en  s'aidant  du 
récit  de  cette  campagne  qu'il  a  trouvé  dans  du  Bellay. 

.Moulue  a  consigné  ici  le  souvenir  d'une  mésaventure  person- 
nelle. A  son  retour  de  la  campagne  d'Artois,  il  fut  appelé  à 
prendre  part  à  l'expédition  organisée,  en  août  lôSj,  pour  aller 
rétablir  en  Piémont  notre  situation  gravement  compromise  par  le 
manque  d'argent  pour  payer  les  troupes,  les  opérations  malheu- 
reuses du  lieutenant  général  M.  de  Humières  et  les  progrès  du 
maïquis  del  Vasto.  lue  armée  fut  rassemblée  à  Lyon  :  Fran- 
çois P""  en  personne  voulut  se  mettre  à  sa  tête;  Montmorency  fut 
cliaryé  de  préparer  l'expédition-^.  Par  son  ordre,  Monluc  s'en  alla 

1.  l^e  capitaine  Guerre  serait-il  Christophe  Guerre,  dit  «  le  Basco  »,  natit'dc 
Biscaye,  qui  s'établit  plus  tard  à  Bri^noles,  en  Provence,  et  à  qui  François  Ut 
accorda,  en  août  lij/ji,  des  lettres  de  naturalifé?  {Catalogue,  VU,  no    24717) 

2.  Voir  sur  cette  campag-ne  Decrik,  Anne  de  Montmorenrij,  1,  298-808.  — 
Sur  la  prise  d'Auxy  et  de  Hesdin,  voir  aussi  deux  lettres  de  Charles-Ouiiit  à  la 
reine  Marie,  des  2.5  et  26  avril  1587,  qui  placent  le  premier  fait  le  16  mars,  le 
second  le  i3  avril  (Lanz,  II,  671-672).  —  De  Ruble  a  imprimé  Couchy  le  Clias- 
teaii,  d'après  le  icr  ms.  et  les  éd.;  en  fait,  la  leçon  du  2e  ms.  :  Aiichi/  (de  Ruble 
a  mal  lu  :  Ancbij)  est  la  bonne.  —  La  nouvelle  de  la  prise  de  Hesdin  fut  portée 
au  cardinal  de  Tournon  par  Jean  de  Monluc,  qui  s'en  allait  à  Venise  et  de  là  à 
Rome  (François  1er  au  cardinal  de  Tournon,  camp  de  Mouchy,  20  avril  1587, 
B.  N.,  (]lairamb.,  836,  fo  84).  —  Sur  le  ravitaillement  de  Thérouanne  et  la  prise 
de  d'Annebault,  mentionnés  par  Monluc  d'après  du  lîeilay,  voir  les  lettres  île 
la  reine  Marie  à  Charles-Quint  et  au  duc  d'Arsohol,  du  9  juillet  (Lanz,  II,  676- 
677);  de  Villandry  à  Montmorency,  Chailly,  8  juillet,  annonçant  la  prise;  de 
François  1er  à  M.  de  Humières,  Meudon,  i3  juillet,  la  racontant  (B.  N.,  Clai- 
ramb.,  886,  f'»-*  200,  208).  —  Sur  la  prise  de  Saint-Venant  [^Ti  avril),  voir  une 
lettre  de  Montmorency  à  La  Rochepot,  du  27  [ihid.,  fo  90). 

3.  Sur  cette  campaîjne,  voir  de  Leva,  Storia  documentata  di  Carlo  V,  III, 
i7r»-284;  CiiiEsi,  La  giierra  in  Piemonte  Ira  Carlo  V  e(  Francesco  I  dal 
lô.'iO  al  trattalo  di  Mon:one  {16  norenibre  i53y),  1889;  Décrue,  op.  cit., 
I,  812-886,  et  \'.-L.  B01.RHILLY,  op.  cit.,  2r)o-2r)7.  —  Décrue  cite  à  tort 
Monluc  (p.  3 16)  |)armi  les  capitaines  qui  étaient  en  Piémont  sous  les  ordres 
de  M.  de  Humières.  —  Sur  les  préliminaires,  voir  les  lettres  de  M.  de  Turenne 


LES    COMPAGNIES    DE    MONLUC    EN    ALBIGEOIS    (OCT.     iBSy).        125 

en  Gascogne  pour  y  lever  deux  bandes.  Mais  il  couiniil  l'impru- 
dence, pour  rejoindre  plus  vite  le  roi  cl  le  grand-maître  et  se 
trouver  aux  bonnes  occasions  de  se  sig-naler,  de  les  laisser  près 
de  Toulouse,  sous  les  ordres  de  sou  lieutenant,  l(>  capitaine 
Mérenx.  Celui-ci,  malg-ré  la  promesse  qu'il  lui  avait  faite  «  de  fere 
cinq  lieues  le  jour  »  pour  le  rejoindre,  s'attarda  pour  attendre 
.loacliim  de  Monluc,  frère  cadet  de  Biaise,  qui  voulait  aussi  lever 
une  couq^agnie  [)()ui'  aller  eu  Piémont.  Quand  ces  troupes  furent 
réunies,  leurs  chefs  ne  purent  sans  doute  les  payer  :  aussi  elles 
se  mirent  à  ravager  le  pays.  «  El  comme  mondict  lieutennant 
eusl  laissé  le  grand  chemyn  et  tourné  devers  Albig-eoys  pour  tem- 
poriser, se  rendist  devant  une  ville  nommée  l'Isle,  où  les  habi- 
laus  luy  reffuzarent  les  portes;  que  feust  cause  qu'il  y  donna 
l'assault  et  l'empoi'ta.  Mon  frère,  qui  esloil  à  une  journée  de  luv 
avec(pies  sa  Iroiqipe,  ny  senst  arriver  que  cela  ne  feusl  faici  '.  » 
Le  fail  ainsi  rapporté  par  les  Co/n/zienùiircs  est  contirm*'  et 
éclairé  [)ar  les  documents.  C'est  le  4  octobre  lô.'^j  (pu'  la  comj)a- 
gnie  de  Joachim  de  Monluc  entra  dans  Lisle".  Les  soldats  pillè- 
rent les  églises,  violèrent  les  femmes  et  les  filles,  saccagèrent  les 
maisons,  brûlèrent  les  archives  sur  la  place.  Certains  d'entre  eux 
allaient  jusqu'à  crier  :  «  Viun  Espanhiaî  »  De  Lisle,  ils  se  ren- 
dirent à  Gaillac,  qui  résista,  mais  dut  enfin  capituler  et  conqjoser 
pour  200  écus.  Ils  ravagèrent  alors  le  pays,  tentèrent  d'enlever 
d'assaut  lléalmont  ^.  lii  certain  nombre  revint  vers  AIbi;  on  les 
prit,  on  leur  lit  leur  procès  et  on  en  condamna  (piarante-trois  à 
être  décapités,  pendus,  fustigés  et  bannis  ^  Une  chronique  rimée 
rapporte  en  ces  termes  leurs  exploits  : 

En  ce  temps  là  courut  sur  champs 
Grand  troupe  de  maulvais  garc'ons, 
Pcrigordius  et  de  Gascons, 

au  connétable,  Reims,  i5o  juin  ;  du  cardinal  de  Tournon  à  M.  de  Humières, 
Ly(m,  I  et  a  septembre;  du  roi  au  même,  (Ihàtillon,  12  septembre;  du  cardinal 
de  Tournon  au  même,  Lyon,  20  septembre;  du  roi  à  la  Rocliepot,  Lyon,  20  oc- 
tobre (LJ.  N.,  Clairamb.,  300,  fos  12g,  209,  278,  283,  289,  292).  Le  0  octobre, 
François  ler  signa  à  Lyon  une  ordonnance  sur  la  discipline  dans  les  bandes  de 
gens  de  pied  t'rançjais  et  italiens  {ihid.,  f"  2()r)). 

1.  li.  N.,  fr.  5oi  I,  fo  21  vo.  —  I,  129. 

2.  Lisle  (Tarn),  sur  leTarn,  ch.-l.de  cant.,  arr.  de  (îaillac  {9  kil.),à  32  kil.  d'Albi. 

3.  Iléalmont  (Tarn),  sur  le  Blima,  ch.-l.  de  cant.,  arr.  d'Albi  (18  kil.). 

4.  «  .Memoria  los  que  toron  jusliciatz  estans  à  la  companhia  tle  Monsieur  de 


126  PREMIÈRES    CAMPAGNES    d'iTALIE    ET    DE    FRANCE. 

Joueurs  d'harpe  au  rebours  du  lue, 
Dessouhz  la  charge  de  Moulue , 
Galafîre,  Brui>el  et  Merains, 
D'Ag'CQ,  Marmande  et  de  Tonnains, 
Avecq  un  tas  de  Xaintone^eois, 
Oui  prindrent  Lisle  d'Albigeois, 
Comme  gens  de  corde  et  de  sac. 
Et  si  la  mirent  toute  à  sacq, 
Ayant  assault  ville  g-aii»-née'. 

Le  fait  est  aussi  relaie  dans  le  Journal  de  Fauriu  sur  les  guer- 
res de  Gasires,  (|ui  le  place  en  octobre  loSy'.  Il  eut  un  certain 
retenlissenient.  .loacliiin  de  Moulue  et  son  heau-père  Jean  de 
Goul,  sieur  de  Lioux,  rendus  responsahles,  furent  traduits  devant 
la  justice  :  un  arrêt  du  Parlement  de  Toulouse  adjugea  leurs 
biens  au  roi  «  pour  plusieurs  crimes  par  eux  commis  »,  et  ces 
biens  furent  donnés,  le  i*"'"  janvier  i538,  à  Jean  d'Escoubleau, 
sieur  de  Sourdis '.  Joacliim  de  Moulue  obtint  des  lettres  de  ré- 
mission, le  i4  juillet  i538,  au  nu)ment  de  l'entrevue  de  Fran- 
çois P'"'  et  de  Charles-Quint  à  Aigues-Mortes^.  Avant  même  que 
M(udnc  eût  consigiu*  dans  son  livre  cette  désai;réal)le  aventure, 
riiistorien  bordelais  Arnaud  de  Ferron  l'avait  mentioniu'e  dans 
ses  additions  à  l'ouvrage  de  Paul-Emile  5.  Ce  que  les  Comnien- 

Montluc  en  Agianés  dedins  la  cieutat  d'Alby.  »  (Arch.  munie.  d'Albi,  BB.  22.  — 
Pli  1)1.  par  Emile  Jolibois,  Dévasladon  de  l'Alhigcois  par  les  compagnies  de 
Mordue  en  i.'>3y,  1872.) 

1.  Chroni([ue  rimée  publ.  par  Joijbois,  (pii  l'allribue  à  Pierre  Bordet,  poète 
et  peintre  [scriplor)  des  consuls,  (pii  traduisait  n  du  vieux  i)arl)are  »  en  fran- 
çais les  chartes  de  la  commune. 

2.  «  Monlluc,  dont  la  compai>nie  ravagea  les  environs  de  risle-lez-(iaillao  en 
octobre  lôHy,  ayant  pris  la  Cliartreuse  de  Saix  et  voulant  se  sauver,  passa  heu- 
reusement cette  rivière,  mais  sa  troupe  s'y  noya.  »  [Journal  de  Faurin,  dans 
d'Albvis,  Pièces  /uf/itires,  Ul,  2.) 

3.  Don  à  Jean  d'Escoubleau,  sieur  de  Sounlis,  yentilhonune  de  la  rhandtre,  de 
la  confiscation  des  biens  de  feu  Jean  de  Goût,  sieur  de  Loux,  et  de  Joaehim  de 
Massancoyne,  dit  Monluc,  son  gendre,  adjugés  au  roi  par  arrêt  du  Parlement  de 
Toulouse,  pour  plusieurs  crimes  par  eux  commis,  Montpellier,  ic  janvier  i538 
{(Uilalognc,  III,  no  9.')2o).  —  Voir  aussi  Lettres  de  jussion  pour  l'entérinement 
du  don  fait  à  Jean  d'Escoubleau  de  Sourdis  des  biens  de  Jean  de  Goût  et  de 
Joaehim  de  Massancoyne,  son  gendre,  s.  I.  n.  d.  {ihid..  VII,  n"  27o()2).  —  Je 
n'ai  |)u  retrouver  l'arrêt  du  Parlement  de  Toulouse. 

4.  Arch.  munie.  d'Albi,  FF.  r)/(.  —  Publ.  i>ar  Jolibois,  op.  cil.,  p.  12. 

.'').  AuNoi.nr  Fi;iii\om  ...  De  rehus  r/es/is  (iallorum  lihri  IX,  ad  hisloriani 
/'iiu/i  ./'J/ni/tii  iidili/i,  \'}7)7>,  ï<>  2/1.")  r"  :   «  Principio  hujus  belli,  cum  Georgius 


CAMPAGNE    DES    HAUTES-ALPES    (NOVEMBRE     iSSy).  I27 

taircs  ont  oublié  de  nous  apprcudn?,  c'est  (jiie  Joachiin  de  Moulue 
était  un  véritable  brig'aud.  Taudis  que  sou  aîné  guerroyait  au 
loin,  il  terrorisait  l'Amenais,  pillant  le  villag-e  de  Gimbrède  pour 
en  tuer  le  cun'',  attaquant  un  seii,'-neur  du  pays  sur  la  grande 
route  et  le  laissant  mort  sur  la  place,  assommant  le  serg-ent  qui 
l'invitait  à  comparaître  devant  le  ju^e-niage  d'Ag-enais,  transper- 
çant d'un  coup  d'épée  le  nommé  Laguiraude,  de  Layrac.  Les 
lettres  de  rémission,  entérinées  malgré;  l'c'uergique  [)rotestation 
d(;s  rousuls  de  Lisle,  l'avaient  al)sous  de  tons  ces  crimes  de  di'oit 
commun,  et  il  en  avait  ét<''  (piitte  pour  un  ou  deux  jours  de  [)ri- 
son  volontaire.  Les  documents  éclairent,  on  le  voit,  d'un  jour 
assez  nouveau  celte  physionomie  de  jeune  Gascon  de  vingt  ans 
s'ent rainant  par  le  brigandage  au  métier  des  armes  en  attendant 
qu'il  rejoignît  sou  frère  en  Piémont. 

Moulue  a  ensuite  consacr.';  une  [)ig"e  à  la  [X'tite  campa^tK;  à 
laquelle  il  prit  part  dans  les  vallées  des  Hautes-Alpi's.  Taudis  (pie 
Montmorency,  à  la  tête  des  aventuriers  de  Montjeliau,  l'orrait 
brillamment  le  pis  de  Suse  ',  François  I'"''  pressait  de  Grenoble 
la  marche  du  g"ros  de  son  armée,  qui  arrivait  de  Lyon  vers  les 
Alpes'.  Le  28  octobre,  le  roi  était  à  Chorges^,  où  Moulue  dit 
qu'après  avoir  imprudemment  laissé  ses  hommes  en  arrière,  il  le 
rejoignit.  «  Sa  Majesté  me  commanda  m'en  retourner  au-devant 
de  mes  companyes  et  que  je  me  rendisse  avec([U(;s  Ambres  et 
Dampons,  qui  en  adinenoient  chescun  autres  deux,  et  cpie  mon- 
sieur de  Chavigny  nous  commanderoiL,  et  ([ue  allissious  mectre 
le  siège   devant   Barsalonete   et   prendre    toutes   ses    valées  ^   » 

[sic)  Monlucus  scripsisset  pedites,  eiiuctnrus  eos  in  hosles,  fratricjue  ettiiceiKlos 
cominisisset,  ii  in  op|)i(luni  Albigiorum,  cui  Insula  nomen,  |)ervenientes,  cum 
moleste  ferrent  adilu  se  oppidi  a  civibus  arceri,  in  oppidum  pervenere,  libidine 
matronas  vii"i>ines([iie  poUuerc.  Unde  proscripti  omnes  poslca  a  rcg'C,  cum  et 
junioris  Monluci  prccil)Ms  riullis  adduci  potuissent,  (piin  secus  atcpie  in  hostico 
praeilarentur.  » 

1.  IjC  conii(Hal)le  à  l'i-arirois  l'i',  du  caini)  |)rôs  de  Suse,  aC»  ()ctol)re  (ii.  N., 
Clairaml}.,  300,  t'o  3iG,  copie). 

2.  François  1er  au  connétable,  Grenoble,  21  octobre  :  u  l'ar  ce  que  l'on  m'a 
faict  sçavoir  de  Lyon  du  jour  d'hier,  il  ne  s'en  fault  plus  que  la  bende  de  Dam- 
pont,  que  l'on  attendoit  de  jour  en  jour,  (jue  fout  ne  soit  passé  ledit  Lvon.  » 
(B.  N.,  fr.  iioiO,  fo  5i,  orii>-.;  Clairamb.,  30(),  fo  807,  copie.) 

3.  Chorg-es  (Hautes-Alpes),  cant.  et  arr.  (rtvnbrnii.  —  X'oir  litinéraire  de 
François  t«'"  dans  le  f'nldloffup,  VI H,  /(()(). 

[\.   Sur  François  de  Voisins,   baron  d'Ambres,   sénéchal   de   Iloueri;-ue,   voir 


128  PREMIERES    CAMPAGNES    D  ITALIE    ET    DE    FRANCE. 

François  P"",  arrivé  à  Briaiiçoii  le  3i  octobre,  surveillait  avec 
la  plus  minutieuse  att(Milion  la  marche  des  compagnies  qui  ne 
l'avaient  pas  encore  rejoint  '.  Le  2  novembre,  il  se  plaint  au  con- 
nétable «  que  les  bandes  de  Monluc  et  d'Ambres...  ne  sont  pas 
si  près  d'icy  comme  je  pensois  »,  ajoutant  qu'il  comptait  sur  elles 
pour  ((  faire  relleci  de  Barcellonne  »  "  ;  le  même  jour,  il  annonce 
(\\u'  les  ((  beudes  de  (îascons  »  arrivent  aujouid'iiui  à  Guillestre 
et  (pi'il  a  envové  «  uiin'  canon  et  une  grant  coullevrine  audict 
Barcellonnetle  et  deputlé  commissaires  pour,  après  qu'elle  sera 
réduite  en  mon  obéissance,  prendre  tous  les  vivres  qui  seront  au 
pays,  dont  il  y  a  grand  abondance,  ainsy  que  Ton  m'a  dict,  pour 
s'en  servir  tant  pour  l'advitaillement  de  Pinerol  cjue  pour  l'advi- 
laillement  de  mon  camp  w-^.  Ce  n'est  donc  pas,  comme  l'a  écrit 
M.  Décrue,  pour  ne  pas  être  tourné  ])endaut  (pi'il  forçait  le  pas 
de  Suse  (jue  Moiitnu»rency  avait  envoyé  Cliavigny  dans  les  vallées 
voisines  de  Barcelonnette^.  C'était  simplement  pour  assurer  la 
subsistance  de  l'armée  que  le  roi,  qui  avait  assumé  cette  charge 
peu  brillante,  mais  essentielle,  voulait  faire  occuper  ces  vallées. 
Cependant,  les  compagnies  annoncées  tous  les  jours  n'arrivaient 
pas.  Monluc  se  vante  d'avoir  «  dressé  »  si  vite  à  Villeneuve 
d'Avig-non  deux  nouvelles  bandes  pour  remplacer  celles  qui 
s'étaient  perdues  en  Albigeois  ([u'il  parvint  «  deux  jours  avant 
Ambres  ny  Dampons  es  dictes  vallées  ».  Le  9  novembre,  le  roi 
annonçait  que  la  bande  de  Dampons  devait  être  enfin  aujourd'hui 
à  (niillestre -\  «  (pie  celles  de  Monluc  et  d'Ambres  seront  diman- 
che prochain  sur  le  bort  de  Barcellonne  »  et  qu'il  a  décidé  de 


une  lettre  de  l'^raneois  1er  à  M.  de  Humières,  Lyon,  24  juillet  i530  (B.  N., 
Clairaiiili.,  33.^),  fo  210),  et  le  Catalogne,  II,  nos  384o,  3848;  Vil,  nos  27976, 
289OO.  —  Sur  le  capitaine  Dampons,  voir  deux  lettres  de  Vendôme  et  du  grand- 
niaitrc  à  La  Hochepot,  iG  septembre  i536  et  28  février  i537(B.  N.,  Clairamb., 
335,  f"  3ii,  et  330,  fo  46).  —  Sur  Chavigny,  cf.  le  Cuialixjiw,  III,  nos  7740, 
79O4,  8ofj5,  8097;  VII,  no  27588. 

1.  François  Je''  au  connétable,  Endjrun,  29  octobre;  Guillestre,  3o  octobre; 
Brianron,  3i  octobre  (B.  N.,  fr.  3o55,  fos  i4i,  i55,  et  3o5C,  f"  5,  orig.). 

2.  Krançois  lei'  au  connétable,  Briançon ,  2  novembre  (B.  N.,  fr.  3o5C,  fo  i, 
orijsj.;  Clairamb.,  366,  fo  333,  copie). 

3.  François  ler  au  connétable,  Briançon,  2  novembre  (B.  N.,  fr.  3o50,  fo  loi, 
orig.;  Clairamb.,  306,  fo  335,  copie). 

4.  I)e(:i\l'k,  Anne  de  Montinori'ncij,  \,  322. 

5.  Guillestre  (Hautes-Alpes),  ch.-l.  de  canton,  air.  irEudjiun. 


CAMPAGXF.    DES    IIATTTES-ALPES    (NOVEMBRE     ïSS'J).  \  9.() 

(•((tiHcr  If  sirye  de  celte  ville  à  M.  de  Cliaviyiiy,  ca[)ilaiiie  de  ses 
i^aides.  Les  trois  bandes  avaient  ordre  de  lui  obéir,  de  «  razzier  o 
tous  les  vivres  pour  les  mener  à  Pignerol,  puis,  accrues  de  mille 
ou  douze  cents  hommes  tirés  de  cette  dernière  place  et  renfor- 
cées de  quelque  artillerie  (jue  devait  fournir  le  marquis  de  Salu- 
ées, d'alUn'  mettre  le  siège  devant  (^oni  '.  Le  lendemain,  le  roi, 
changeant  d'avis,  proposait  d'envoyei"  les  Gascons  à  Pignerol 
pour  V  icmplacer  les  Italiens  (jui  y  font  mille  «  maux  et  pille- 
ries  ))".  (Cependant  les  bandes  d'Andjres  et  de  Moulue  étaient 
arrivées  à  Embrun  :  celle  de  Dampons  restait  seule  en  arrière. 
Moulue  s'est  donc  lég-èrement  vanté  :  il  ne  devança  que  Dam- 
pons. Il  n'a  [)as  dit  non  plus  que  ses  deux  compagnies  ne  com[)- 
laient  (pie  trois  cents  hommes,  tandis  (jue  la  bande  d'Ambres 
était  ((  fort  belle  »,  écrivait  le  roi  au  connétable  3.  Les  documents 
sont  muets  sur  la  jtrise  du  château  et  de  la  ville  de  Meillon,  que 
Moulue  appelle  Mieulan  ;  mais  deux  mandements  du  trésorier  de 
l'épargne,  non  datés,  nous  apprennent  que  Barcelonnette  fut 
assiégé  par  Chavigny  et  les  capitaines  des  bandes  g^asconnes^,  et 
(pie,  la  ville  une  fois  prise,  le  roi,  fidèle  à  la  promesse  qu'il  avait 
laite,  ordonna  de  payer  à  d'Ambres  2,25o  livres  j)Our  les  répartir 
entre  ses  hommes,  de  fa<;on  que  cha(pie  «  compagnon  »  reçut  en 
l'écompense  ((  ung  cscu  sur  la  main  »  \  Ouant  au  projet  de  faire 
passer  les  Gascons  en  Piémont,  il  n'y  fut  pas  donné  suite  :  le 
siège  de  Barcelonnette  avait  duré  trois  semaines.  Monluc  dit  que, 
«  ayant  le  Roy  secoureu  Thuiin  »,  les  bandes  furent  licenciées. 
D'Ambres  obtint  seul  la  faveur  de  garder  une  compag-nie  ;  pour 
lui,  il  ramena  les  siennes  en  Provence  et,  renvoyant  les  soldats 
dans  leurs  maisons,  se  retira  lui-même  en  Gascogne''. 

1.  l''ranrois  l''i'  ;iii  i-oiiiK'tablc,  Hrianroii,  9  novembre  (B.  N.,  l'r.  SooO,  f''>  77, 
oi'itç.;  Clairaiiil).,  'MKt,  i'i»  3r»i,  copie). 

2.  l^e  nièine  au  même,  Brian(;on,  10  iiovemlire  (|{.  X.,  (ilairanib.,  30(5,  fo  'Sï)/\, 
copie). 

3.  l*raii(;ois  l''''  au  comu-taljle,  lîiiancjdu,  lu  ii()\embre  (13.  .N.,  l'r.  3o5t).  I"  K;>, 
oric;'.;  Clairamb.,  360,  t"  302,  copie). 

4.  Arcli.  \at.,  J.  <)0i",  no  3<)  {Ca(a/of/iie,  \1II,  n"  3oo55). 

5.  Arcli.  Nat.,  J.  90iii,  ii»  2/»  (Cota/of/iu-,  Vlil,  n"  29740).  —  l'"rauç;ois  I'' 
au  conuélaliie,  10  iiovcmiire. 

0.  Cette  petite  expédition  ([ni,  eoinme  on  le  V(*it,  se  rattache  à  l'invasion  du 
l'iémont  par  le  connétable,  n'a  jamais  été  étudiée.  M.  le  lieutenant  .Mourrat 
n  en  a  rien  dit  dans  un  travail  intitulé  :  (liiei-res  dans  les  Alpes,  (|u'a  publié  le 
Jdiirniil  (les  Sciences  militaires  en  1902. 

9 


l3o  PREMIÈRES    CAMPAGNES    u'iTALIE    ET    DE    FRANCE. 

Le  récit  des  Commentaires  àixns  la  première  rédaction  présente 
ici  une  lacune  :  Monluc,  fianchissant  cinq  années  écoulées  dans 
l'inaclion,  passe  sans  transition  à  Texpédilion  du  dauphin  en 
Roussillon  et  au  siè^e  de  Perpignan  (aoùl-septembre  i542). 

Ce  nouvel  épisode  a  réveillé  dans  sa  mémoire  le  souvenir  d'une 
plaisante  aventure.  Il  a  rappelé  comment  il  avait,  «  quelques 
années  auparavant,  «  reconnu  la  place,  déguisé  en  cuisinier,  en 
compagnie  du  président  Pojet  et  du  g-énéral  des  finances  Gilbert 
Bavard,  et  avait  failli  être  reconnu  par  un  capitaine  espag^nol,  ce 
qui  le  dég-oùta  pour  jamais  du  métier  d'espion.  Le  fait  se  place 
«Ml  décembre  lôSy,  date  de  l'entrevue  de  Leucate.  Monluc,  de 
retour  de  la  petite  expédition  du  Uauphiné,  se  trouva,  nous  igno- 
rons comment,  auprès  de  Montmorency  lorsque,  quittant  le  Pié- 
mont, le  grand-maître,  après  la  sig-nature  de  la  trêve  de  Monçon 
(i6  novembre),  vint  à  Narbonne  pour  conférer  de  la  paix  avec 
les  plénipotentiaires  de  l'Empereur.  Monluc  cite  exactement  les 
noms  des  représentants  de  Charles-Quint,  Perrenot  de  Granvelle 
et  le  grand  commandeur  de  Léon,  Los  Covos  (Cobes),  et  celui  de 
l'ambassadeur  de  France  en  Espagne,  Claude  Dodieu,  sieur  de 
\  ély,  le  signataire  de  la  trêve  de  Mon(;oii'.  Nous  savons  aussi 
que  Poyet  et  Bavard  prirent  part  aux  négociations  :  1b  premier 
servait  d'intermédiaire  entre  Leucate  et  Montpellier,  où  étaient 
restés  le  roi  et  la  cour";  le  second  toucha  en  juillet  i538  une 
somme  de  5oo  écus  d'or  soleil  «  en  récompense  des  services  qu'il 
a  rendus  à  Sa  Majesté  en  plusieurs  voyag^es,  tant  en  Piémont 
(pi'en  Languedoc  et  en  Provence  ))\ 

Monluc  a  rappelé  son  excursion  à  lV'r[)igiiaii  pour  se  plaindre 
que  les  conseils  qu'il  donna  en  i542  en  vue  de  battre  la  ville 
n'aient  pas  été  suivis.  Il  accuse  le  célèbre  ing'énieur  Girolamo 
Marini,  que  le  maréchal  d'Annebaull  avait  emmené  avec  lui '^, 

1.  Voir,  sur  les  conférences  de  Leucate,  Décrue,  op.  cit.,  I,  33o-335. 

2.  Ch.  PoRÉE,  i'n  parlementaire  sons  François  /«'",  Giiillanme  Poi/el  {ij/3- 
i5.jH),  1898,  p.  (j/|  (extrail  de  la  Revue  de  l'Anjou). 

3.  ('(ilahKjiie,  lil,  n»  ioi55. 

/|.  (iirolanio  .Marini  avait  collaboré,  en  i.Vjo,  jivec  (iiiillaunic  du  lieilay  à 
forlilicr  les  places  du  Piémont.  Les  docunionts  niaucpieut  pour  déterminer  les 
molit's  (pii  le  tirent  rentrer  en  P>ance  avant  1542.  (Cf.  Mouruilly,  op.  cil., 
2(j8-3oo.)  —  Le  27  février  i')[\i,  des  lettres  de  chevalerie  avalent  été  accordées 
au  capitaine  Jérôme  Marin,  de  Bologne,  commissaire  général  des  réparations  des 
jylaces  de  Piémont.  [Catalogue,  IV, n»  \2'iï)'t\  voir  aussi  \'II,n"S274i9  et  27/12.").) 


CAMPAGNE    DE    ROUSSILLON.    SIEGE    DE    PERPIGNAN    (l542).        l3l 

d'iiMtir'  Mllaqué  par  l'est  et  commencé  ses  tranchées  trop  loin, 
ce  qui  [)ermit  aux  assiégés  de  fortifier  la  place.  Le  reproche 
ne  paraît  pas  fondé.  En  réalité,  Perpignan  était  «  bien  muni  », 
plus  que  ne  le  dit  encore  Monluc.  Avec  sa  vieille  muraille  du 
treizième  siècle,  construite  par  les  rois  de  Majorque,  ses  deux 
lignes  de  défense  de  la  Tet  et  de  la  Basse,  son  Gastillet  et  sa 
porte  Notre-Dame,  son  «  Castell  Major  »  qui  servait  de  rt-duil, 
la  ville  était  déjà  très  forte;  les  Espagnols  venaient,  de  {)lus, 
d'y  construire  des  boulevards  qui  la  mettaient  à  l'abri  de  l'artil- 
lerie. Le  duc  d'Albe  avait  renforcé  le  Gastillet  d'un  bastion  élevé 
avec  les  débris  du  couvent  des  Aug-ustins  et  de  l'église  Notre- 
Dame-du-Pont,  qu'il  avait  fait  raser  '.  Bien  que  ces  travaux  ne 
fussent  pas  terminés,  Perpignan  était  bien  le  «  porc  espy,  qui  de 
tous  costez  estant  courroussé  monstre  ses  poinctes  »,  dont  parle 
du  Bellay-,  lorsque,  le  23  août,  l'avant-garde  de  l'armée  du 
dauphin  arriva  au  pont  de  la  Pierre.  En  second  lieu,  la  garnison 
espagnole  et  les  habitants  opposèrent  à  l'ennemi  la  plus  éner- 
gique résistance.  Les  canons  de  la  redoute  que  les  Français 
avaient  élevée  en  face  de  la  porte  d'Elne  furent  encloués  par 
deux  capitaines  qui  sortirent  audacieusement  de  la  ville.  Les  nou- 
velles l)atleries  placées  au  inoulin  de  l'Evèque,  entre  la  porte  de 
la  Mirande  et  la  porte  des  Juifs,  ne  (lient  pas  mieux.  Don  Juan 
de  la  Gueva  pouvait  écrire,  le  8  septendjre  :  «  Geux  de  Perpignan 
se  défendent  gaillardement 3.  »  Plus  l'artillerie  faisait  rage,  plus 
les  assiégés  remparaient  fiévreusement.  L'armée  du  dauphin  fut 
bientôt  éprouvée  par  la  maladie,  tandis  que  le  duc  d'Albe  rece- 
vait des  reidoris  ^.  Le  lo  septembre,  il  fallut  lever  le  siégea  II 


1.  1*.  ViDM.,  Ilisliliff  (li's  i-r/ii/x/r/s  dr  l'crpiijituit  el  des  ar/rafi(lissi'//it'/i/s 
(le  la  ville  {/{ei'iie  d'his/.  et  d'urcliéol.  du  lionssilloii,  i\)ol\,  pp.  97-143). 

2.  Du  Bk[.lay,  coll.  IVtitot,  XIX,  379. 

3.  li  Los  (le  Per[)iri;ni  se  (Ic.fienden  galinnlamcute,  y  oféndenlos  ruinmenfc 
los  oiieniigos.  »  (Culecc  de  doc.  ined.  pni-a  la  liist.  de  EspaTui,  X\A\\,  33y.) 

4.  tt  Avisos  ik'l  cainpo  tVancés.  —  De  Perpinan  dice  que  han  batido  miiy 
terrihleincntc,  y  los  dt;  d(>nli-o  han  reparado  taiilo,  que,  derribadas  las  casas  de 
cabe  la  luuralla,  han  heclio  iinos  ie|)arosy  bastiones  con  tbsos  in  niedio,  que  lo 
bail  pucsto  mas  fuerte  ([uc  cstaba  lodo  lo  batido.  Dice  tnâs,  (jue  nuicba  «ifente 
les  nialaban  los  de  dentro  a  los  de  riiera,y  (|ue  los  de  tuera  nuieren  t^uidiien  de 
inodorra.  Dice  nias,  (jik-  ;:I  diupie  de  Alba  se  le  viene  nnicba  u-enle...  »  [Ibid., 
Xi.lll,  38i.) 

5.  D»^s  le  i(),  'toiiiinaso   de'    Mafiiii  raniioneait    de   (iènes   au    duc   Cosrne  I'T 


1.32  PREMIÈRES    CAMPAGNES    d'iTALIE    ET    DE    FRANCE. 

ne  semble  pas  que  l'issue  en  eût  été  meilleure  si,  comme  le  pré- 
tend Monluc,  on  avait  attaqué  d'un  autre  côté.  Sans  doute,  on 
eût  rencontré  moins  de  difficultés  à  l'ouest  ou  au  nord;  mais 
qu'aurait-on  g^at^né  à  entrer  dans  la  ville  par  ces  deux  côtés, 
puisque  les  assiégés  restaient  maîtres  de  la  citadelle?  Girolamo 
Marini,  en  attaquant  par  le  sud-est,  voulait  s'emparer  de  la  cita- 
delle, réduit  et  clé  de  la  place.  Il  savait  sans  doute  qu'en  ili-j'i, 
I^ouis  XI,  pour  avoir  voulu  occuper  la  ville  sans  se  rendre  maître 
d'abord  du  Castell  Major,  ne  put  jamais  emporter  Perpignan  '. 
Il  est  donc  difficile  d'admettre  l'opinion  de  Monluc.  Celle  de 
du  Bellay,  (jui  attribue  la  lenteur  du  siège  à  la  nature  sablon- 
neuse du  terrain  où  l'on  faisait  les  tranchées,  paraît  plus  accep- 
table. Elle  explique  aussi  pourquoi  il  fallut  commencer  de  si  loin 
les  travaux  d'approche. 

Après  avoir  noté  très  exactement  que  le  roi  et  la  cour  étaient 
à  Sallèles  pendant  le  siège",  lorsqu'il  obtint,  avec  l'appui  de  son 
frère  Jean,  la  compagnie  vacante  de  M.  de  Golènes^,  Monluc  a 
raconté  une  escarmouche  qui  eut  lieu  sur  la  frontière  du  Rous- 
sillon  et  du  Languedoc.  Le  siège  de  Perpignan  levé,  l'armée 
du  (laiq)hin  avait  lepassé  la  Tet  et  l'Agly  et  était  venue  cam- 
per à   Clayra   et   à   Rivesaltes,   où   elle    resta   quelques   jours '^j 


(Négoc.  de  l(i  Fr.  avec  la  Tosc,  III,  3/j).  —  Voir,  sur  le  siège  de  l'erpiqnan, 
Jean  de  Gazanyûi.a,  Histoire  de  Roussi/Ion,  pp.  M^-i-'iliS,  qui  a  suivi  pas  à  pas 
une  relation  contemporaine,  le  Libre  de  Mernuries  de  Sant  Joan,  notes  rédiai'ées 
au  jour  le  jour  ()ar  un  prêtre  de  la  communauté  de  Saint-Jean.  —  P.  Vidal, 
Histoire  de  la  ville  de  Perpignan  depuis  les  origines  Jnsg/i'an  trailé  des 
Pyrénées,  1897,  pp.  l\ob-!\ii. 

I.  Voir,  sur  ce  siège,  J.  Calmette,  Louis  XL  Jeun  II  et  la  rérolution  cata- 
lane, 1902,  pp.  3G/|-3r),'").  Louis  XIII,  en  i(')4^,  altacpia  jiar  le  même  cô(é  (pie  le 
daupliin  en  i.^j^a. 

•2.  Le  texte  des  m.ss.  et  des  éditions  porte  Salères.  —  Sallèles-d'Aude,  cant. 
de  (iinestas,  arr.  de  Narhonne.  C'est  de  là  (jue  Fran(;ois  \<'r  data  le  10  sep- 
tembre une  ordonnance  «  pour  le  paiement  des  nouveaulx  enrôliez  pour  faire 
les  creues  des  compagnies  de  ses  ordonnances  estans  en  son  camp  devant  la 
ville  de  Perpignan.  »  (B.  N.,  fV.  .'ioi/j,  l"  .")i  l)is,  copie.  —  CA'.  ('<ital.,  \\, 
no  127/(0.) 

.'i.  Jean  dr  Muiiliic  sui\ail  aim-s  la  cdui';  il  clail  au  cuinhle  de  la  ra\('ui'  :  il 
allait  êtiT,  le  '.\o  octobre,  j)ar  lettres  datées  de  Nérac,  pourvu  de  la  charge 
d'audjassadeur  à  Venise.  {Catalogue,  IV,  no  12790.) 

/(.  Juan  Zapata  au  connétable  de  Castille,  2  octobre  :  <c  De  Perpiùan  110 
tencmos  mas  mieva  de  «pie  los  Franceses  se  hacen  l'iiertes  à  le^ua  y  média  de 
l'(i(ilri,iii   rn   iiiius   limai'cs  i|iic  ll,'iiii,'iii  Cl.niaii  v  Kibas  Allas,  v  (]ue  alli  hacen 


L  ESCARMOUCHE    DE    TAUTAVEL.  l33 

tandis  que  les  munitions  étaient  dirig-ées  sur  Turhan,  bourç  des 
Corbières,  au  sud-est  de  Carcassonne,  dans  la  vallée  du  Ver- 
double  et  sur  la  fVontièi'e  de  France.  Il  est  donc  vraisend)lable 
que  M,  de  Lort>-es,  colonel  des  légionnaires  ',  ail  été  mis  en  g-ar- 
nison  à  Tuchan,  mais  il  est  inq)ossil)le  d'admettre  (ju'après  la 
levée  du  siège,  Brissac  ait  logé  à  (Uibestaiiu/.  Cabeslany  est,  en 
effet,  au  sud-est  de  Perpig-nan;  Moulue  a  commis  une  erreur  ou 
une  confusion.  Par  contre,  il  tie  s'est  pas  mépris  sur  la  position 
géograplii(jue  de  Millas',  s'il  faut  identifier  ainsi  la  ville  (jui  est 
appelée  Milliaii  dans  le  j)!"emier  manuscrit,  MiUkih  dans  le  se- 
cond et  dans  les  ('dilions  :  Millas,  au  sud  de  Tuchan,  sur  la  Tel, 
est  bien,  en  venant  de  France,  à  main  droite  de  Tautavel. 

Il  est  possible  aussi  —  et  on  l'a  fait  —  de  reconstituer  le 
théâtre  de  l'escarmouche  racontée  dans  les  Commentaires.  Le 
château  dont  parle  Moulue,  à  une  lieue  de  Tuchan,  est  le  château 
d'Aguilar  :  «  Ses  ruines  encore  majestueuses  se  dr(;ssent  sur  un 
roc  isolé  et  inaccessible  de  divers  C(')t(''s.  C'est  le  Puv  d'Ayuilai-, 
qui  a  une  altitude  de  Sar  mètres  et  (pii  se  trouve  au  nord-est  de 
Tuchan,  dominant  toute  la  plaine  de  Tuchan  et  de  Paziols,  dé- 
fendant les  passages  du  col  d'Extrême,  de  la  garrigue  de  \  ingrau, 
de  Tautavel  et  de  la  vallée  de  Verdouble -\  »  Le  pays  a  conservé 
l'aspect  (pii  avait  frappé  Moulue  :   les   montagnes  sont  nues  et 

casas...  I^a  ai'tillcria  ^riiesa  diccn  passaroii  la  via  de  Nai-hima  en  salso.  v  con 
la  de  canipo  (|ucdan)ii.  »  —  L'Empereur  au  même,  (i  octol)r('  :  c  VA  duque 
d'Alba  nos  scriblo...  los  tranceses  se  relirabati  fie  Cdariaii,  dôiide  liaii  estado 
estos  dias.  «  {Colère,  de  doe.  ined.  para  la  liist.  de  KspdTui,  XLIII,  l\o[\- 
4o5,  4()().) 

1.  Bhantùmi:  a  cilc  à  e\)\('  de  Moiduc,  «  ce  vieux  routier  et  brave  advaiitui'ier 
M.  de  Lora^es,  qui  Kl  tant  de  preuves  de  sa  val(Mir  en  son  temps  »,  et  (jui  mou- 
rut à  quatre-vingts  ans  de  ehai>rin  de  ce  que  son  fils  avait  tué  Henri  II  (V,  822; 
111,  'i\)f\).  —  11  dit  encore  (|ue  Brissac  Fut  »  couronne!  d<'  l'intanterie  tVanc^aise 
devant  I'erpiij;nan  »  (IV,  03).  Son  titre  officiel  était  :  «  collonnel  et  cappitaine 
général  des  sept  enseignes  de  gens  de  guei-re  à  pied,  avanturiers  françoys  venuz 
de  Piedmont  au  conté  de  I\oussillon  ».  (Abbé  Mmicuand,  Chm-fes  /er  de  Cassé, 
p.  .^)(),  n.   I.) 

2.  Millas  (  Pyrénc'es-Orientales),  sur  la   'tet,  ch.-l.  de  canton,  ai'r.   de  l'erpi 
gnan  (17  kil.). 

3.  D''  I*.  (!oi  ivHKNT,  Tueluin,  Xoune/les,  Ditinneiire  et  Ser/tire,  notice  liistn- 
riqne,  dans  le  liidletin  de  Ui  Sociétf-  d'études  srienti/îf/iies  de  l'Aude,  Xl\', 
i»)o3,  p.  i:'i.  .l'ai  ciiipi  iint(''  .1  cet  iiilf'Tess.iril  travail,  r]ui  reproduit  deux  vues 
photOi;rapbi(pies  du  cliAtiaii  d  Aii'iili.ii-,  diverses  i(lentificatii>iis  top()t;rapbi(]ues. 
L'auteur  a  placé  par  ciM'rnr  rcscai'iiiniiclic  de  TaulaM'l  eu   i.').')(i. 


l34  PREMIÈRES    CAMPAGNES    d'iTAKIE    ET    DE    FRANCE, 

pelées  ;  il  y  paît  quelques  rares  troupeaux  de  chèvres  ;  dans  la 
plaine,  les  oliviers  se  marient  à  la  vigne'.  C'est  dans  cette  plaine, 
au  pied  de  ce  château  de  Tautavel  qui  formait,  sous  la  domina- 
tion espagnole,  l'un  des  points  stratégiques  de  la  frontière  du 
Roussillon  ",  que  les  deux  troupes  de  Moulue  et  du  Pelons  -\  dé- 
t-rinî^olaut  les  pentes  raides  du  Puy  d'Ag^uilar,  se  rejoignirent  et 
repoussèrent  rennemi  juscju'à  la  rivière  de  Domneuve.  Brissac  et 
de  Lor^es,  (pii  (Maient  allés  le  matin  entendre  la  messe  à  la  cha- 
pelle (le  Saint-Fructueux,  ((  à  un  ject  d'ai'baleste  de  là  »  ^,  assis- 
tèrent au  combat  du  château  de  Tautavel.  Monluc  laisse  entendre 
que  l'affaire  fut  chaude  :  «  Brief,  que  de  trente  ou  trente  cinq 
hommes  que  nous  estions,  il  n'en  demeura  que  cinq  ou  six  qui 
ne  feussent  blessés  et  seuUement  trois  mortz  sur  la  place.  »  Ce 
qu'il  ne  dit  pas,  c'est  que  cette  escarmouche  fut  le  signal  de  la 
retraite  définitive  des  Français.  Le  Livre  des  Mémoires  de  Sai/d- 
Jean  la  raconte  :  le  samedi  21  septiMubre,  quatre  compannies 
espagnoles,  une  de  cavalerie  et  trois  trinfanlerie,  partirent  de 
Perpignan  pour  Tuchan;  le  lendemain  dimanche  22,  au  point  du 
jour,  l'avant-g-arde,  formée  de  la  compagnie  des  galères,  poussa 
une  reconnaissance.  Les  Français  n'en  firent  d'abord  aucun  cas; 
mais  (piancl  ils  aperçurent,  reluisant  au  soleil,  les  corselets  de  la 
compagnie  d<^  Francesco  Lodrone,  ils  virent  ((  (pie  ce  n'était  pas 
une  plaisanterie  »  ^.  Brissac  et  de  Loiges  dui'enl  sans  doute  battre 
[)récipitanunent  eii  retraite,  car  le  lendemain  Tuchan  capitula. 

1.  «  Or  tout  cstoit  rociiicrs  coiivertz  d'un^-  pcd  do  taillis...  lis  so  rctirarcnl  à 
une  plaine  qu'est  au  dessoubz  de  Tautahel  et  s'acoucharenl  souhz  les  olyviers...  » 
(ttîxtc  du  icf  ms.,  fo  23  vo.) 

2.  Voir,  sur  Tautavel,  V.  Ai\A(ioN,  Les  anciens  cliàtedu.v-forts  des  Corbières 
roiissilloiuKiises,  fronlière  du  Languedoc,  1882. 

\\.  HiiANTÙ.Mi;,  confirmant  Monlue,  dil  qu'il  a  vu  le  Pelous  «  lieutennant  du 
inareschal  de  Brissac  en  sa  conqiag^uie  de  içens  d'armes,  qui  estoil  certes  un 
brave  et  vaillant  capitaine  ».  (I,  98.) 

4.  Il  ne  reste  de  cette  chapelle  {\\\v  les  tondcmcnts;  sur  l'eMqilaeement  est 
érigée  une  croix.  (Courhent,  hj).  >■//.,  p.   im.) 

5.  «  Lo  endama  (pie  era  diumenge  a  punta  de  alha  feren  alaya,  y  visi  per 
les  Franseses  l'avant-garde  que  era  la  companya  de  las  gâteras,  non  feren  nin- 
gun  cas,  dient  a  los  dormidos  :  «  \'enen  a  carrer.  »  Knqiero  descubihcrta  la 
r-ompanya  de  Fransisco  Ladron  ipie  venia  après  ah  los  cosselets  releisenis,  pen- 
saren  no  era  cossa  de  hurlas...  »  (Jvxliail  du  Lihre  ih:  ]/e/ti(iries  de  San/  Juan, 
publié  |)ar  CounuicNT,  op.  cit.,  p.  1  \;^.) 


CHAPITRE  IV. 


La  campagne  de   Piémont  sous  Boutières.  —  La 
journée    de     Gérisoles.    —    Les    campagnes    du 


Boulonnais. 

(Novembre   iS/ia-déccmltrc   i54o.) 


Tandis  que  le  daiiphiii  et  le  maréchal  (rAimehaiilt  écliouaienl 
miséral)lement  devani  Perpignan,  la  siluation  des  l'raiirais  en 
Italie  devenait  de  joue  en  jour  plus  eiiti(pie.  (  iuillaiime  du  Bellav, 
sieiii'  de  Lan^ev,  d'ahord  adj(jitit  à  d'Annehanh,  t'Mait,  en  t'ait,  de- 
puis la  lin  d'avril  i54o,  gouveineur  du  Piénionl.  Hi'sitant  entre 
la  dt'fensive  et  l'ofîensive,  sans  instructions  nettes,  avec  des  res- 
sources et  des  troupes  insuffisantes,  il  y  soutenait  péniblement 
la  lutte  conli'e  le  niar(piis  del  Vasto.  Après  avoir  surpris  C-he- 
rasco,  il  avait  dû,  faute  d'arg"ent,  faire  rentrer  ses  soldats  dans 
leurs  g-arnisons  et  laisser  les  Imp('riaux  s'emparer  de  Castiinlione 
et  de  (ïassino.  En  septendu'e,  il  a\ait  j)i()|>os('  sans  succès  à  del 
Vasto  une  trêve  de  six  mois  et  n'avait  |)u  l'empèclier  de  faire  de 
nouveaux  proi^^rès.  Au  début  de  novend)re,  profitant  de  ce  rpie  le 
marquis  était  rentré  dans  ses  quartiers  d  hiver,  il  avait  enlevé 
Moid)aruzzo;  mais  ce  poste  avancé  entre  la  Bormida  et  le  Tanaro, 
vers  Alexandrie,  avait  ('ti'  aussit»jt  repi'is  par  reiinemi.  Lani^ey, 
déjà  malade,  n'duit  à  une  peu  glorieuse  défensive,  demandait 
avec  instatice  d'être  secouru.  Ses  app<ds  furent  enfin  entendus. 
Le  Koussillon  (''\acu('',  vers  le  milieu  de  no\('nd)rt'  d  Annebaull 
i(q»assa  les  Alpes,  à  la  tête  de  trois  mille  hommes  de  pied  italiens 
et  de  nond)reux    chevau-légers '.  !\b)nluc  en  ('tait,  avec  sa   non- 

I.    V'oii-,  sur  CCS  ()|K''r;ili()iis,  les  «Iciix  l'ëcils  assez  diUiTcnls,  mais  i|ui  sr  com- 


l36  LA    CAMPAGNE    DE    PIEMONT    SOUS     BOUTIERES. 

velle  compagnie.  Il  a  noté  le  fait,  sans  l'expliquer  et  sans  insis- 
ter sur  les  premières  opérations  île  d'AnnebauIt  :  concentration 
(les  troupes  fran';aises  à  Poirino,  prise  de  Carmagnola  (21  no- 
vembre), échec  devant  Ghieri  (3o  novembre)'.  Il  a  simplement 
fait  allusion  au  sièçe  malheureux  de  Coni  (8-1 3  décembre)  et  au 
retour  de  d'AnnebauIt  en  France  dans  les  premiers  jours  de  jan- 
vier i7)!\3'.  De  cette  fâcheuse  campagne,  il  n'avait  conservé  qu'un 
faible  souvenir  ou  n'a  pas  jugé  utile  de  la  raconter  :  il  s'est  borné 
à  en  mentionner  les  plus  g-ros  faits. 

Son  récit  présente  ensuite  une  lacune  de  neuf  mois  :  il  ne  re- 
prend (pi'en  octobre  i543.  On  n'y  trouve  donc  rien  sur  les  pre- 
mières opt'rations  de  Boutières,  laissé  par  d'AnnebauIt  pour 
commander  comme  lieutenant  g-énéral  en  son  absence.  Moulue  a 
simplement  noté  qu'il  avait  été  envoyé,  avec  sa  compag^nie  et 
celle  du  capitaine  Gavarret,  pour-  tenir  garnison  à  Savig^liano, 
dont  nu  Gascon,  Paul  de  La  Bartlie ,  sieur  de  Termes,  était 
gcjuverneur  3.  G'est  d'après  du  Bellay,  on  l'a  vu,  qu'il  a  fait,  dans 
sa  seconde  rédaction,  alhisioii  aux  belles  «  j)raticques  »  tentées 
par  les  Impériaux  et  les  Français  pour  se  surprendre  mutuelle- 
ment. Les  opérations  traînèrent,  du  reste,  la  fin  de  l'hiver  e(  tout 
le  printemps.  Les  Français  demeuraient  sur  la  défensive.  De  son 
côté,  le  marquis  del  Vasto  était  occupé  à  recevoir  l'Empereur, 
rpii  traversait  l'Italie  pour  revenir  en  Allemagne,  où  l'appelaient 
les  affaires  de  Glèves  ^.   En  juin  seulement,  Boutières  sortit   de 

plèlent,  de  Seghe,  Cai-lu  II di  Savoia  [Memoric  délia  R.  Accad.  délie  Science 
di  Torino,  1908,  LU,  1O6-167),  fait  d'après  les  dépèches  de  l'agent  manlouan 
(jui  suivait  del  Vasto,  et  de  Boukrii.i.v,  Gailhuiinp  du  Bclhn/,  pp.  3j4-o58, 
lait  d'après  les  lettres  de  Langey. 

I.  Du  Bkllay,  XIX,  3(jo-392.  —  Miolo,  CrniKica  {Miscell.  di  s/or.  i/<d.,  I, 
177).  —  Cambiano,  Ilislor.  discorso  (col.  i  o(i/|).  a  sinipleinent  traduit  Martin 
du  Bellay. 

■2.  Dans  sa  secundo  rcdacliuri,  nù  il  ;un|)!itic,  d'aiirès  du  Bellay,  ce  qu'il  avait 
dit  du  sièsçe  de  (^loui,  Moiduc  counncl  une  inexactitude  en  donnant,  à  cette  date, 
à  d'AnnebauIt  le  titre  d'amiral.  I^es  provisions  de  l'office  d'amiral  de  France 
en  faveur  de  (Claude  d'Aimehault,  maréchal  de  France,  en  remplacement  de 
Philippe  Chaltot,  sont  datées  de  Fontainebleau,  5  février  io/|/|  [Cdtalofjiie,  \\\ 

3.  Du  Bellay  dit  aussi  (|ue  Termes  commandait  à  Savii^liano  (XIX,  390).  — 
ÏURLETTi,  dans  sa  Storia  di  Stwif/liano,  n'ap|)i)rlc  aucun  fait  nouveau  sur  le 
séjour  de  Moiduc.  Il  se  borne  à  citer  (I,  7(59)  (  lamliiaim,  ipil  a  n'-sumé,  cnnuue 
ou  le  verra  plus  loin,  les  Commentaires. 

4.  Seuke,  Carlo  II  di  Savoia...,  pp.  170-173. 


l'esgarmouciif:  d'andi:si:no  (9  juillkt   i543j.  i?)-j 

son  inaction  :  il  s'empara  de  Cliivasso,  sur  le  Po,  menarant 
Crescentino  et  Vercelli.  où  N;  duc  de  Savoie  dépossédé  (Iharles  II 
avait  établi  sa  résidence  '  ;  [)nis  il  occupa  lotit  le  pays  sur  la  l'ive 
droite  de  la  Dora  Ballea,  à  rexce[)li()n  de  Volpiano,  incendiant 
San  (liori^io  (îanavese  et,  de  l'autre  côté  du  P(>,  San  RidTaele, 
dans  le  Monferiat".  Ces  démonstrations  avaient  pour  elTet  d'im- 
mobiliser en  Piémont  les  forces  de  del  Vasto  et  de  l'empêcher  de 
secourir  Nice  menacé  [)ar  l'armée  du  comte  d'An^iiien,  par  la 
flotte  du  baron  de  La  (îaide  et  par  celle  de  BarbiM-ousse  3.  En 
juillet,  les  Impériaux,  à  leur  tour,  l'eprir-enl  l'olTensive  :  Pirro 
Colonna,  parli  de  (lliieri  av«'c  trois  mille  liommes  de  pi(;d,  Espa- 
ji5"nols.  Allemands  et  Italiens,  et  avec  de  l'artillerie  pour  surpren- 
dre Andeseno,  reiu;ontra  le  ç)  les  Français,  (jui  s'étaient  poilés 
de  Cari^nan  au  secours  de  cette  place.  Une  vive  escarmouche 
s'eujiJi'açea  ;  le  résultat  fut  indécis,  les  pertes  ég^ales  des  deux  côtés. 
Les  Impériaux  se  retirèrent  sur  Cliieri  et  les  Français  sur  Riva 
di  (lliiei'i,  puis  sur  C^iri^tian  ^  Le  i4,  Pirro  Colonna,  lenforcé 
de  i'iid'an(e[ie  ilalieune  <le  Ludovico  Vislai'ino,  (pii  se  lrou\ait 
siu'  la  i"ive  l'auc^lie  du  Pô  et  qui  avait  frarudii  le  lleuve  en  hâte 
entre  (h'escentino  et  V^erriui,  r<'{)arul  à  la  tète  de  sept  mille  fan- 
tassins et  de  quatre  à  cinq  cents  chevaux  devant  Andeseno,  battit 
le  château,  que  défendaient  quatorze  cents  Gascons,  donna  l'as- 
saut et,  le  16,  emporta  la  place  qui  fut  brûlée,  sans  que  de  Ca- 
rit^uan  elle  eut  reru  aucun  secoui's  ^  Moulue  avait  assisté  au 
condtal  du  ()  juillet  :  il  s'en  est  souvenu  aj>rès  coup  et,  dans  une 
addition  à  la  j)remièr'e  rédaction,  (jui  sert  de  conclusion  au  livre  II 
des  (Utninu'iildirfs,  il  a  par'lé  de  celte  escarmouche  «  d'Ande/au, 
qui  feusl,  dit-il,  la  plus  forte  et  la  plus  grande  escaramoche  (pie 
je  me  trouvoy  jamais;  car  c'estoinct  tous  les  i^ens  de  [lierl  des 
deux  cam])s,  entre  lestpielz  je  n'avois  (pie  trente  (juatre  soldat/ 
de  ma  compaij>-nie,  pource  (pie  j'estois  en  l'arnison  à  Savillan,  et 

1.  Arcli.  il'lOtat  de  Mantoue,  Vcspasiaiio  l)(ilil)a  aii\  n'uciils  (!<■  Maiilouc, 
Milan,  i5  juin  i543. 

2.  1(1.,  Milan,  24  et  29  juin  i5/i3. 

3.  SE(avK,  oj).  cil.,  p.   173. 

!\.  Arcli.  (l'l*]tat  de  Mantoue,  Vespa.siano  liobha,  Milan,  11  juillcl  \')f\'.^  : 
«  ...  Va  Iccero  una  ^rossa  scaraniuza,  nclle  tpiale  di  andte  [)arte  yli  soiki  n-slali 
pai'i'clii  solilali,  cl  li  liii|i('i'iali  se  sono  iflir'ati  a  (ilicro  cl  nli  l''i'aMcc>i  sono 
andali  a  l>i\a  di  (  liici'o,  Iciia  \'icina  a  (dici'o  doi  Mni>lia...   " 

T).   Arcli.  d'iMat  de  .Maiiloiic,  Vespasiano  liobba,  N'ereelli,  lâ  cl   17  juillel. 


l38  LA    CAMPAGNE    DE    PIEMONT    SOUS    ROUTIÈRES. 

monsieur  de  Termes  ne  volsisi  permettre  que  la  compaiguie  en 
sorlist  ».  II  ajoute  (jiie  rest  à  cette  occasion  qu'il  fit  couvrir  de 
talFetas  jaune  les  niorions  de  ses  trente-quatre  Gascons,  qui  tirent 
ce  jour-là  merveille'.  Les  documents  permettent,  on  le  voit, 
d'éclairer  cette  allusion  et  de  replacer  à  son  ordre  chronolog^ique 
le  fait  dont  parle  Monluc. 

Le  récit  re[)rend  par  une  l>iève  niciilion  du  siè^e  de  Nice  par 
les  Français  et  les  Turcs  (  i  1-22  août  i543).  Pour  la  première  t'ois 
infidèle  à  son  plan,  Moiduc  s'est  laisst^  aller  à  «  faire  l'historien  » 
en  rappcM'tant  un  fait  au(piel  il  n'eut  aucune  part.  H  n'y  a  là, 
d'ailleurs,  qu'un  simple»  caprice  de  mémoire.  On  a  vu  comment 
il  a  remanié  ce  passade.  Dans  la  première  rédaction,  il  avait 
simplement  fait  deux  allusions,  d'ailleurs  exactes,  Tune  à  l'assaut 
général  du  mercredi  i5  août,  qui  échoua  ",  l'autre  aux  démarches 
faites  par  le  duc  de  Savoie  pour  obtenir  que  del  Vasto  allât  se- 
courir Nice.  On  connaît  C(»s  démarches  ])ressantes  par  les  docu- 
ments que  l'historien  (liotTredo  a  insérés  dans  son  récit  du  sièg'e-^, 
et  par  ceux  qu'ont  mis  au  jour  l'écemment  MM.  Saig-e  et  A.  Segre^. 
Ils  nous  font  connaître  les  difficultés  d'arg-ent  (pie  rencontrè- 
rent le  duc  et  del  Vasto  et  qui  retardèrent  le  secours.  Monluc  ne 
dissimule  pas  non  plus  l'échec  total  du  futur  vainqueur  de  Géri- 
soles,  du  haion  de  La  Garde  et  de  «  l'armée  turcquesque  », 

ContinuanI  à  <(  faire  l'historien  »,  il  raconh»  ensuite  le  siè§(^  de 
Mondovi  j)ar  les  hnpi'iiaux  et  la  Ix'lle  di'fense  de  Carlo  Vajiçnone, 
sieur  de  Dros.  D(;l  V  asto,  après  être  allé  à  Nice  avec  le  duc  de 
Savoie,  en  était  reparti  avec  lui  le  i5  octobre  pour  rentrer  en 
Piémont  et  y  reprendre  les  opérations.  Il  mit  d'abord  le  siège 

1.  1,  428. 

2.  Voir,  sur  le  sièi>e  de  Nice,  le  Discoitrs  soininaire  du  siicct's  du  siègr  mis 
ait  dccrini  du  e/iàfenii  td  ri'/é  de  Nice  par  Françni/s,  roi/  de  France,  et  par  le 
Turch  liarherosse  de  l'an  M D XLI II ,  journal  du  siège  publié  à  la  suite  des 
Mémoires  sur  la  vie  de  Charles,  duc  de  Sanoi/e  neuvième,  de  Pierre  Lambert 
de  Sainte-Croix,  par  I).  Promis,  dans  les  Monum.  hist.  pair.,  vol.  1,  Scrip- 
ior.,  col.  912-930.  (îioi  1  uicDO,  Storia  délie  Al/ie  ///r//7V////?e  (même  coll.,  Il, 
col.  i37(»-i/|/p)  n'a  fait  que  le  démar(|uer.  —  Le  récit  de  du  Ik'llay  (XIX,  477- 
478)  est  très  sommaire.  —  Voir  aussi  les  passes  (|uo  M.  de  la  Honcièrc  a  con- 
sari'i'-es    au    sièi,''e  de    .Nice    dans    son    //isfoirr  de    la    M(u-inc    fra/i^-aisc,  III, 

.'>.    (iioFKr<i:no,  col.   i4ii-i44'- 

4-  S\i(ii:,  Docuineiils  sur  ta  liriniipanti-  <li'  Mouacn,  III,  iS-i().  - —  Skoki:, 
<^nrt<,  Il  ili  Savoia...,  \)\).  174-180. 


PRISE    DE    MONDOVI     l'AR    DZL    VASTO    ( l[     NOV.     l543j.  I  3() 

devant  Mondovi'.  Monluc,  d'accord  avec  Paul  Jove,  dit  que  la 
g^arnison  fit  une  belle  résistance';  comme  du  Bellav,  il  attribue 
la  capitulation  à  une  mtitineiic  des  Suisses,  qui  la  conq)()sai(Mit 
en  partie^.  Ponr  ce  qui  (;st  de  la  haine  niorlcllc  (pic  le  duc  de 
Savoie  avait  vouée  au  sieur  de  Uros,  je  croirais  volontiers  cpie 
Monluc  a  coniniis  une  confusion.  Carlo  Vaj^iione,  noble  piénion- 
tais  <pii  s'était  ranimé  du  parti  français,  devait  sans  doute  être  peu 
aimé  de  (Uiarles  II,  qui  voyait  en  lui  un  snjet  rebelle.  Mais 
Moiduc  ne  l'aurail-il  pas  confondu  avec  un  autre  révolté,  de  nom 
très  semblable,  qu'il  cite  lui-même  ailleurs  en  l'a[)pelant  «  M.  des 
Gros  »,  (jiio.  Battista  Grimaldi,  sieni-  d'Ascios,  orig-inaire  du  comté 
de  Nice?  Le  duc  de  Savoie  avait  de  nond)reux  et  puissants  motifs 
de  le  «  haïr  de  mort  »  :  le  sieur  d'Ascros  avait,  ipielques  mois 
auparavant,  essayé  de  soulever  en  faveur  du  roi  de  France  le 
pays  de  Nice,  tenté  d'assassiner  le  prince  hériliei-  de  Savoie, 
b^mmanuel-Philibert,  et  ses  menées  avaient  singulièrement  faci- 
lité h's  (h'buts  de  rentreprist*  des  Français  contre  Nice  ^  La  confu- 
sion, très  vénielle  d'ailliMirs,  (pi'a  faite  Monhu"  a[)paraît  dans 
un  antre  détail  :  il  se  trompe  en  disant  (pie  le  sieur  de  Dios 
mourut  à  Cérisoles;  c'est  le  sieur  d'Ascros  (pii  y  fut  tué-\  Uuant 
à  (lailo  Vag-none,  une  dépèche  de  l'aî^ent  tloi'entin  (Ihristiaiio 
Pagni,  datée  du  n)  avril  i544i  nous  a[)prend  (pi'il  périt  pendant 
le  siège  de  Carignan,  dans  une  sortie  de  la  garnison  commandée 
par  Pirro  Colonna".  On  a  vu  plus  haut  (|ue  INbjuluc,  après  avoir 


I.   SEcaiE, '>/>.  ri/.,\)\).   180-181. 

•A.  I*AULi  Jovii  Hislof.  lifj.  A'A'AYV,  fn  820  vo. 

3.  Du  Bellay,  XIX,  478-/Î80. 

4.  Voir,  sur  ce  ])ersonnaîi-(',  A.  Se<;ue,  L'oppra  polilico  niilihiri'  ili  Andr^ti 
Pi-niiima  di  Leijni  ucllo  sldlo  sdhinidn  dal  i'>.l.'i  al  i.l.'xj,  1898,  p.  ,")!  ;  ('.nrln  II 
(Il  Saïuiiii,  p.  i7*>;  />"  [ii)lilii-(i  si/fj(ii/d(i...,  p|i.  7>-j-'>i);  cl  Smi.e,  <i/).  cil.. 
Il,  y-K). 

5.  jj'cMTcur  a  ('lé  comiMisc  jiussi  |);ii'  Mvnco  Gcaz/o,  (pii  dil  :  c  l'i'ii  l;il 
rninl)aUiiaento  vi  inorii'oïKi  il  sii^iior  (iai'Io  Di-osso  et  inonsi^iKti'  di  Sci'ocli...  » 
(llislorie  di  tiilll  i  J'alli  dcjiti  di  nvmoriii  nel  mondo  siiccessi  dell'  anno 
M I) XXIIII  fi/to  a  (/iii'slo  pfcsenle,  Venise,  Giolito  île'  Ferrari,  i540,  t"t>  'ih%  r") 
cl  n'|)i'()(liiile  par  les  historiens  (|ui  l'ont  co|)ié  de  preini(>re  ou  de  seconde 
main  :  Paul  Jove  ((""  33o  r'>),  du  Bellay  (XIX,  ôi3),  ('.and)iano  el  (iiott'redo 
(Mou.  hisl.  pair.,  I,  col.  108O,  et  II.  col.  i/|/|.^)).  .Moulue,  qui  a  lu,  on  le  verra 
plus  loin,  le  récit  de  la  iounii'c  de  (iéi'isolcs  dans  Paul  .love,  seinlilc  liicii  lui 
avoir  emprunté  l'erreur. 

6.  Christiano  Pagni  à  Cosnie  de  Médicis,  (îèneS;,  19  avril   i.")44  '■  "  1'  iHori  in 


l4o  LA    CAMPAGNE    DC     PIÉMONT    SOUS    BOUTIÈRES. 

donné  nn  récit  de  l'évasion  du  sieur  de  Dros,  l'a  remplacé  par 
un  récit  ditïerenl  emprunté  à  Paul  .love.  Les  documents  connus 
ne  permettent  de  contrôler  ni  l'nn  ni  l'autre;  mais  la  préférence 
que  Moulue  donne  à  la  version  de  Paul  .love  prouve  qu'il  se  dé- 
fiait sur  ce  point  de  ses  propres  souvenirs. 

Mondovi  capitula  le /|  novembre'.  C'est  donc  postérieurement 
à  cette  date  que  se  place  un  groupe  compact  de  |)etits  faits  ([ui 
ont  afllné  à  la  mt'moire  de  Monluc  :  comment,  le  jour  de  la  prise 
de  Mondovi.  il  partit  de  Savigliano  avec  trente-cinq  homnu's 
pour  essayer  d'entrer  dans  la  place  et  défit  soixante  soldats  de 
la  garnison  de  Fossano  sur  la  route  de  Clierasco;  comment, 
arrivé  à  Cherasco,  il  y  apprit  la  perte  de  Mondovi  et  retourna  à 
Savigliano,  pour  en  avertir  Termes,  après  avoir  rencontré 
vingt  cavaliers  allant  vers  Fossano  qui,  devant  sa  ferme  attitude, 
se  retirèrent,  laissant  l'un  d'eux  sur  le  terrain,  vers  Santo  Al- 
hano";  comment,  à  l'ajjpel  de  Termes,  il  courut  à  Bene,  dont 
on  pensait  que  le  vainqueur  de  Mondovi  allait  faire  le  siège,  puis 
revint  en  hàtc  à  Savig^liano,  sur  le  bruit  que  del  Vasto  marchait 
dans  cette  direction;  comment,  ayant  eu  enfin  des  nouvelles  cer- 
taines de  la  marche  des  Impériaux,  qui,  laissant  Bene  et  Savi- 
gliano, s'en  allaient  droit  vers  Carignan  par  Monterone  et  Sanfré, 
il  se  mit  à  la  poursuite  de  leur  cavalerie,  faillit  s'enq)arer  du  duc 
de  Savoie  j)rès  tle  Cavallermaygiore  et  enleva  un  convoi  ennemi 
après  avoir  défait  la  conqjagiiie  de  gens  d'armes  de  M.  de  la  Tri- 
nità  et  les  deux  compag^nies  de  g-ens  de  pied  du  capitaine  Asca- 
nio  qui  l'escortaient;  comment  del  Vasto,  poursuivant  sa  marche 
vers  le  nord,  franchit  le  Pô  et  vint  occuper  Carig-nan,  a|)rès  avoir 

qucsta  fazione  un  nioiisiti;^iior  di  Dros,  ch"  era  governatore  del  Mondovi.  » 
{Néffoc.  fliplom.  de  la  Fr.  avec  la  Tosc,  III,  yy.)  —  Voir  aussi,  sur  celle 
affaire,  uae  lettic  de  N'cspasiano  Bobha,  Asii,  17  avril,  (jui  dil  que  Carlo  Va- 
jUfnone,  sieur  de  Dros,  somma  Pirro  (]ol(imi;i  de  si»  rendre,  mais  que  celui-ci 
sortit  à  l'improvisle  de  la  place  el  le  tailla  en  pièces  avec  cinq  cents  Français, 
cilée  par  Sii(;i\E,  Carlo  II  di  Saroia...,  p.  ibf),  n.  t\,  qui  sij^nale  encore, 
comme  docunienls  concordants,  deux  lettres  de  Girolamo  Lucchesini,  datées 
de  Florence,  n^  et  20  mai  \:^[\[\. 

1.  Arcli.  d'Ivtat  de  Mantoue,  Holil);!,  Mundovi,  f\  novembre  i5/|3.  —  Ct".  Sk- 
(iiiE,  (]avl<t  11  tli  Sai'oia...,  p.  iSi,  et  le  récil  de  Marco  (îlazzo,  <>/).  cil., 
t"  .3.56  ri'-v",  (|iii  |)lace  la  capitulation  le  ii. 

2.  Santo  Alhano,  au  sud  de  Fossano  et  à  l'ouesl  de  i.a  Trinità,  rive  droite  de 
la  Stiira.  —  De  Hulile,  tronq»é  par  le  nom  d'Alhe,  que  Monluc  donne  à  ce  lieu, 
la  idenlitic  avec  la  ville  d'Alha,  sur  le  Tanaro.  L'erreur  est  grossière. 


LES     ((     CORVKES     ))     1)1.     XKtNLCC    A    SAVIGIJANO.  I /}  I 

détait  et  [)ris  le  «^oincriieiii-  de  cette  phiee,  d'Ussiin,  (jiii  ircwl 
pas  l'adresse  de  se  retirer  à  temps. 

Ces  faits,  à  I  exception  du  dernier,  ne  sont  mentionnés  avec 
détail  par  aucun  historien'.  Du  Bellay  s'est  horné  à  noter  que 
del  Vasto,  dans  sa  marche  de  .Mondovi  sur  Carii^nan,  «  [)assa 
pai"  de\anl  l}e\  iic  cl  Sa\illaii,  les(pielles  il  (touva  si  bien  pour- 
veues  (pi'il  ne  les  voulut  assaillir  »  '.  Monluc  a  racont»'  avec  une 
minutie  complaisant»',  heure  j)ar  heure,  les  nondjreuses  et  péni- 
bles «  corvées  »  qu'il  ht  dans  ces  journées  d'alerte  perpétuelle 
(pii  suivirent  la  piise  de  .Mondovi  par  del  \  asio.  Il  est  naturel 
de  penser  ((lie  cet  événement  jeta  l'émoi  dans  toutes  les  villes 
voisines  occupées  par  des  g-arnisons  l'rançaises,  (pii  se  sentirent 
menacées  :  Bene,  Savigliano,  Cherasco,  Cari^nan,  et  jusfprà 
Tui'in.  Maîtres  de  Mondovi,  (pi'allaienl  faire,  en  elfet,  les  Inqx'- 
riaux?  Ils  j)ouvaient,  r<Miiontant  le  Tanaro^  s'eni[)arer  de  Bene, 
dont  le  comte,  (iiovanni  Ludovico  (.osta,  et  sa  mère,  la  comtesse 
Bonavilla,  étaient  des  partisans  ardents  de  la  France^;  ou  bien, 
prenant  |)our  base  d'opérations  la  forte  place  de  Fossano,  sur  la 
Slura,  qu'ils  t^ardaient  précieusement  depuis  qu'Antonio  de  Levva 
l'avait  fait  capituler  le  ô  juillet  i^.'iti,  marcher  à  leur-  ^ré  sur 
Savii^liano  ou  sur  Cherasc<».  Le  récit  des  (loinnifiitdirfs,  lu  avec 
l'aide  d'une  carte,  permet  de  voir  cond)ien  ci'itifpie  <''tait  la  situa- 
tion (le  ces  places.  Il  (;st  permis  de  douter  (|ue  Mordue  ait  soui^é 
sérieusement  à  entrer  dans  Mondovi  assié^^é  en  suivant  le  lit  de 
ri']|lei();  il  dit  hjrt  bien  lui-même  ([ue,  pour  s'v  rendre  de  Savi- 
yliaiio,  il  fallait  faire  un  j^rand  (h'tour  par  Marene  et  Cherasco, 
alin  d'c'vilei' Fossano.  Mais  ses  allées  et  venues  entre  Savii;liano, 
Cherasco  et  liene  sont  trt's  vraisemblables. 

Il  est  possible  d'aller  plus  loin  et  de  contr()ler  au  moins  cer- 
tains détails  (h;  son  récit.  Nous  avons,  en  effet,  deux  lettres  de 


I.  Cainijiano  les  a  rcprodiiils  (col.  loyO-io^y)  en  résuniaiil  .Moiiliu-  ot  imi 
idciititiaiit  (|iiclqiies  noms  de  lieux. 

■1.  I)i;  tiEi.i.vY,  XIX,  /|7(j. 

,'5.  (iiovanni  I^udovico  (losta,  conile  de  Bene,  ('lait  fr('i'e  de  (îiornio  Maria 
(iosia,  dit  M.  de  la  Trinilà,  ([ni  ('tail,  resl(!'  Hdèie  au  duc  de  Savoie.  (.Kduiani, 
.Xotea  à  ht  rir  du  citnlindl  Sanlu  Orove,  dans  les  Miscell.  di  s/nr.  liai..  V, 
038.)  (iuazzo  raj)|)orle  (]ue  la  eonilesse  de  Fienc,  (jui  re(;ut  si  i)ieu  Monluc,  as- 
siéiçea  et  prit,  en  juillel  i.>V|.  '"  place  de  la  Trinità,  (]ui  apparleuail  ."i  son  tils 
Giorii^io  .Maria. 


1^2  LA    CAMPAGNE    DE    PIEMONT    SOUS    BOUTIÈRES. 

l'am'ul  iiuniloiuiii  Vespasiano  Bohha.  qui  acconipayiiait  dcl  Vasto; 
elles  nous  itMiseigiieul  sur  lous  ces  mouvemeuts  des  Impériaux 
qui  iufjuitMaient  si  justement  les  capitaines  français  '.  Après  avoir 
reçu  la  capitulation  de  Mondovi,  del  Vasto  leva  son  camp  le 
vendredi  9  novendue,  se  dirigeant  vers  Fossano.  Pirro  Colonna 
fut  chargé  d'enlever,  au  passage,  Rocca  de'  Baldi,  petite  place 
sur  le  Pesio,  affluent  du  Tanaro;  mais  il  rencontra  de  la  résis- 
tance. Del  Vasto,  ne  voulant  pas  retarder  sa  marche,  lui  ordonna 
de  faire  occiq^er  simplement  trois  villages  voisins  et  de  le  re- 
joindre à  Santo  Alhano.  i.e  document  ne  dit  pas  que  les  Impé- 
riaux se  présentèrent  devant  Carrù  et  y  séjournèrent  trois  ou 
quatre  jours,  comme  le  prétend  Moulue  pour  expliquer  l'émoi 
qui  régnait  dans  Bene.  C'est  entre  le  vendredi  9  et  le  lundi 
12  novembre  qu'eurent  lieu  leurs  mouvements  de  Mondovi  à 
Fossano,  où  Monluc  dit  qu'ils  franchirent  la  Stura,  puis  vers 
Marene  et  Cavallei-maggiore,  où  Bobha  nous  apprend  que  del 
Vasto  et  le  duc  de  Savoie  arrivèrent  le  12.  Monluc  place  «  ung 
dimenche  »  son  départ  de  Savigliano  pour  Bene  et  il  ajoute 
que,  deiw  Jours  après  son  arrivée  dans  cette  ville,  l'ennemi 
marcha  de  Mondovi  à  Fossano  par  la  Trinità.  On  voit  que  ses 
souvenirs  sur  ce  dernier  point  l'ont  certainement  trompé.  Il 
est  plus  exact  lorsqu'il  fait  allusion  aux  compagnies  de  Suisses, 
que  leur  colonel  .lames  de  Saint-Julien  ne  put  retenir  à  Bene 
el  (pie,  l'evenant  à  Savigliano,  il  rencontra  [)rès  de  Cherasco, 
en  marche  vers  (larignan.  Bohha  raconte  que  tiel  Vasto,  arri- 
vant à  Cavallermaggiore,  apprit  que  trois  compagnies  de  Suisses 
y  étaient  [)assées  et  se  trouvaient  à  Racconigi,  venant  de  Che- 
rasco et  allant  vers  Carignan  ou  Pig-nerol.  Il  envoya  sa  cava- 
lerie et  une  partie  de  son  infanterie  espagnole,  avec  D.  Ramon 
de  Cardona,  à  leur  poursuite.  Les  lnq)ériaux  harcelèrent  les 
Suisses  juscpTà  Moretta,  mais  n'osèrent  les  attaquer  et  les  lais- 
sèrent Hier  vers  Villafianca.  Quant  à  e.\[)li(pier  chronoloyifpie- 
ment  la  succession  des  faits  racontés  par  Monluc,  il  y  faut  renon- 
cer. En  tout  cas,  si  c'est  le  dimanche  1 1  qu'il  était  à  Bene,  il  est 
Jiuitériellement  impossible  d'admettre  qu'il  y  resta  deux  jours, 
(pi'il  revint  à  Savigliano  el  cpi'il  y  Ht  revenir  S(Ui  lieutenant 
Favas   avant   le  nuirdi   nmtin,   où  Termes    dut  aj)prendre    (à    la 

I.   Arcli.  (rill.it  (lo  Mnntuiic,  Bohha,  12  et   i/j  novomhrc   15/(3. 


I 


LA     «     ROUTTE     ))     I)K    PrRRKE    d'oSSUN    A    CARIOXAN.  l  [[^ 

pi'cmière  liriirc,  (lit  Moulue)  (juc  de!   N'asio  cl  le  duc  ('liiiciil   airi- 
vés  à  Cavallenna^^-ioie  la  voillc. 

I^a  Iclli'c  (le  liohha,  ('ciitc  de  <  ",ariiiai;ii(»la  le  meirredi  r4,  per- 
met, du  iiioius,  de  supposer  (pie,  comme  le  raconleiil  les  (Com- 
mentaires, Moulue  se  mil  eu  l'oule  le  luacdi  lualiii  vers  (lavaller- 
magi^iore  pour  l'ccouuaflic  la  uiarclie  des  luip(''riau\.  Il  lou^^ea 
avec  sa  troupe,  ((  à  uiaiu  gauche  du  graud  cliemiu  »,  la  Maira, 
qu'il  appelle  «  ung  grand  ruisseau  (|ui  va  audicl  Cavelimour  », 
et  arriva  pour  constalci-  (pie  le  mar([uis  (Mait  déjà  vers  Racconigi, 
d'où  il  couliuua  sa  roule  jusqu'à  (.armagnola.  Le  document  que 
nous  suivons  esl  muet  sur  l'eidèvement  (\u  convoi,  que  Moulue 
place  le  nuMue  j<Hir.  Il  confirme,  pai"  conlre,  de  la  fa(;on  la  plus 
ju'i'cise  le  passage  du  P('),  «  à  la  miuuicl  »,  par  la  plus  yrande 
pariie  de  la  cavalerie  imp('riale  à  L(unbriasco.  IJobba  ajoute  (pi'au 
même  moment  Pirro  Colonna  recevait  l'ordre  de  francliii- le  lleuve 
avec  l'infanterie  espagnole  et  italienne  à  Gasalgrasso  '.  Del  Vasto 
dirigeait  tontes  ses  trouj)es  vers  Carignan. 

Pierre  d'Ossuu  et  Francesco  Bernardino  \  imercati  y  étaient 
accourus,  aussitôt  aprc's  la  prise  de  Mondovi,  avec  leurs  conqja- 
gnies,  augmentées  de  la  moitié  de  celle  de  Term(;s,  et  avec 
cent  hommes  de  pied  italiens,  pour  d(''manleler  la  place.  Ils 
firent  transporter  tous  les  vivres  rpii  s'y  lrou\aieut  à  M(Hicalieri, 
mais  ils  n'eurent  le  temps  de  ruiner  la  muraille  (pi'en  deux  ou 
trois  endroits.  Le  mercredi  matin  r/j  novendjre,  ayant  appris  par 
(pielfpies  cavaliers,  ipi'ils  avaient  envoyés  en  éclaireurs,  que  l'en- 
nemi tVancliissait  le  lleuve,  ils  sortirent  de  t-arignan  et  se  retirè- 
rent vers  Moncalieri.  I^es  Imp(''riaiix  se  mir"ent  à  leur  poui-siiite; 
comme  il  n'en  était  encore  ])ass(''  (piun  petil  nomhi'e  sur  la  rive 
gauche  du  P('),  ils  furent  vigoureusement  repoussés.  Mais  les 
Français  se  laissc'reut  entraîner  par  la  charge  jusqu'au  g"ros  de 
la  cavalerie  impériale,  (pii  les  mil  en  (h'ronte.  D'Ossuu  comhatlit 


I.  (1  Oiiesla  notte  Sua  Ex^i  ha  mandato  online  al  sO''  t*irro,  quai  coii  la  Faii- 
tai'ia  spai^iiola  et  italiana  era  a  lliconizo,  chc  subito  oaïuiiiassp  a  passacc  II  l'o 
a  (]asalgi'asso  por  aii()an'  a  (lari^iiaiio,  et  cosi  amlariMio,  el  Ai  pii'i  Sua  lix^  ii|i 
Miaiidn  (li  (jua  il  so''  I^U(lovi(ui  \'istariuo  con  la  tautaria  ilaliaiia  de  (Iheri  et  la 
cavallarla  lutta  con  il  Silva,  niastro  de  caïupo,  excetto  clie  la  conipagiiia  de 
sua  iE;iiarda  Sua  K\ï>  la  niandù  siinilniente  cpiesta  notte  aile  uiidece  liore  a  pas- 
sare  il  l*o  a  uuo  altio  liio^o  de  so[)i'a  de  Casaliçrasso...  »  Monluc  note  très  exac- 
leinenl  (pu*  le  passai;'e  du  Pi'i  eut  lieu  pai'  bateaux,  les  |)onts  ayant   t'té  brùlc's. 


l44  LA    CAMPAGNE    DE    PIKMONT    SOUS    BOUTIÈRES. 

vaillaininciil  ;  son  olunal  avant  élc  renversé,  il  fnl  fail  prison- 
nier, ainsi  que  son  lienlenan(,  le  capitaine  Magrin,  deux  frères 
de  celui-ri  et  l'enseig^ne  de  Francesco  Bernardino.  Ce  dernier 
é<lia|>pa.  Les  Impériaux  firent  en  tout  cent  douze  prisonniers. 
Telle  fut,  d'après  ragent  niantouan,  la  a  routte  de  M.  d'Aussun 
à  Carignan  »  '.  La  relation  de  Bobha,  qui  permet  de  dater  le 
fait",  est  de  tous  points  conforme  à  celle  de  Moulue,  qui  note,  \ 
comme  lui,  entre  autres  menus  détails,  que  d'Ossun  avait,  outre 
sa  compagnie  et  celle  de  F'rancesco  Bernardino,  la  moitié  de 
celle  (le  Termes  el  (pie  son  lieutenant  se  uonunait  Ma^rin. 
Moulue  insiste,  de  plus,  avec  raison  sur  l'imprudence  (pu*  commit 
d'Ossun,  mali^ré  les  aveitisstMuenls  de  \  imercati.  Paul  .love,  cpii 
a  aussi  racontt*  ce  condoat,  attribue  à  la  même  cause  la  défaite 
des  Frantjais.  Son  récit,  plus  détaillé,  très  exact,  concorde  égale- 
nuMit  avec  celui  des  Cominentdii'es  :  il  parle,  comme  Moulue,  du 
r(Me  joué  dans  l'affaire  par  le  cavalier  Absal,  capitaine  italien 
(pii,  du  c()lé  français,  commandait  la  compagnie  de  i»ens  de  j)ied 
dont  parle  liobba^.  Il  fait  aussi  allusion  à  la  dispute  (pii  s'en- 
suivit entre  Ossun  et  Francesco  Bernardino;  on  a  vu  plus  liant 
que,  sur  ce  point,  Moulue  lui  a  fait  un  emprunt  pour  compléter 
son  récit.  Le  fait  a  été  raconté  par  du  Bellay  d'une  façon  plus 
brève  et  plus  vague -\  Sa  relation,  d'ailleurs  fidèle,  est  inférieure 
à  celles  de  Moulue  el  de  Paul  Jove,  qui  peuvent  être  mises  au 
même  rang"  pour  l'exactitude  et  la  précision  '^.  Les  deux  historiens 
ont   terminé   en   mentionnant    «pie    Pirro  Colonna    fut   laissé   en 


1.  Arch.  d'Etal  de  .Mantoue,  Bobha,  (".arinagnola,   il\  novembre. 

2.  Glazzo  [op.  cil.,  F"  35(i  vo.)  a  placé  inexaclcment  cette  affaire  le  i()  novem- 
bre ;  comme  Monluc,  il  cite  «  il  cavallier  Acciale  »  et  <(  il  capitan  Miîa^rin  », 
lieutenant  d'Ossun.  Mini.o  (p.  179)  a  commis  la  même  erreur  de  date  : 
«  Anno  1.543,  lO  novembris,  in  agro  Cargnanensi  inter  Logiam  et  Carpanetum 
fit  inopinatum  prelium.  Cesarei  victoria  potiuntur.  Dominus  Petrus  Dausun 
pro  (lallo  capitanus  cajjtivalur.  » 

'.\.  Voir,  sur  ce  personnage,  une  lettre  de  Fran(;ûis  Ici'  à  M.  de  tlnmi(''res, 
Amiens.  17  mars  1037;  il  y  est  l'ait  allusion  aux  services  déjà  rendus  par  «  le 
chevalier  Azzal  »,  que  le  roi  a  décidé  de  nommer  gouverneur  de  Chieri.  (H.  N., 
IV.  .iooH,  f"  (),  orig.  ;  (^lairamb.,  330,  fo  G2,  copie.) 

/|.  1*ai;li  .Iovii  Hislor.  lih.  XXXIV,  II,  32 1  Hd.  —  Paul  Jove,  d'accord  avec 
liobba,  donne  le  nom  du  mestre  de  camp  qui  commandait  la  cavalerie  impé- 
riale, Ilieronimo  Silva. 

.'..   1)1    IJki.i.av,  XIX,  3So. 

Ij.   (lAMitiANo  a  suivi  les  récits  de  Monluc  et  de  Paul  Jove. 


OCCUPATION    DR    CARIGNAN    PAR    DEL    VASTO.  l  (\rt 

i^aftiisoii  dans  Cîirii^naii,  fine  le  iiiarijiiis  drcida  de  forlifior.  Paul 
.love  dit  (jiu!  del  Vasto  répartit  ensuite  ses  troupes  dans  les  cpiar- 
liers  d'iiiver;  Monluc,  plus  précis,  énumère  ces  divers  quailiers 
el  nomme  les  capitaines  (|ui  furent  charités  d'y  commaiuler'.  Mue 
jelti'e  (le  iiohlta,  du  17  uoviMuhre,  confirme  en  partie  son  témoi- 
g-na;];e.  Le  if),  del  Vaslo  se  rendit  à  Cariynan  et  décida  de  for- 
tifier la  [»lace,  à  l'exclusion  des  l'aubouri^s  (jui  étaient  ruinés;  il 
donna  mille  écns  poui'  commencei'  les  travaux  '.  Il  laissa  dans 
Cari^iian  un  tcrcio  d'Espai^'uols  et  les  Allemands  du  comte  Félix 
d'Arco',  et  ordonna  à  I^udovico  Vistarino  de  ramener  le  reste 
(les  trou[)es  à  Chieri^,  H  mit  le  colonel  Cesare  Ma^q-i  en  garni- 
son dans  le  mai(|uisat  de  Saluées  avec  trois  mille  aventuriers 
italiens  et  le  tercio  de  D.  Uamon  de  (lardona ',  et  fit  ])asser 
sur  la  rive  çauclie  du  P(')  quelrpies  compagnies  d'infanterie  et  de 
cavalerie".  Les  quartiers  d'hiver  ainsi  réglés,  del  Vasto  partit 
pour  Asti,  d'où  il  gagna  Frassinetto,  puis  Vigevano ''. 

Les  documents  sont  plus  rares  pour  contr<Mer  la  suite  du  récit 
de  Monluc  jusqu'aux  opérations  de  Boutières  dans  le  Verceilais 

1.  Monluc.  (lit  que  le  mar(|uis  «  désigna  »  un  fort  à  Carignan,  mais  ajoute 
([u'il  y  (i  enferma  le  hourij^  d.  Du  lieilay  est  d'accord  avec  lui  pour  ce  détail. 

2.  «  tCty  laissa  deux  mil  Espait^iiolz  et  deux  mil  AUemandz.  »  —  Du  Bellay  : 
(I  Quinze  cens  Espagnols  naturels,  des  vieilles  bandes,  et  le  comte  Félix,  colon- 
nel  de  deux  mille  cinq  cens  lans([uenels.  »  (XIX,  /(80.) —  Miolo,  p.  179  :  ((  Die 
eo  Pirlms  (^olonna  romanus  cum  noveni  vexilis  Hispanorum  et  comes  Félix  cuni 
sex  vexilis  Thcutonicorum  (Jargnani  castra  ponunt.  Locum  propugnaculis  cin- 
gunt.  »  —  CÎLAzzo,  ff  H")()  V"  :  ((  Et  lasciovi  governatore  il  signer  F'irro  Colonna 
et  il  signor  cont(^  Felis  d'Arco,  colomiello  di  mille  Alemanni,  et  Spagmioli 
mille  solto  il  coloimello  San  Michiel  S|)ai;nu()l()  et  altri  capilani.  » 

3.  i<  l'iiis  s'en  alla  à  Milan,  apnVs  avoir  renvoyé  le  demeurant  de  son  canq)  à 
Onier.  <>  —  De  Ukllav  :  «  Et  luy,  accompagné  du  reste  de  son  armée,  se  re- 
lira à  Oiiiers,  el  .ipiès  v  avoir  mis  le  seigneur  Ludovic  Vistarin,  gentilhomme 
de  Eaude,  cl  Irois  mille  liotnines  pour  favoriser  ceux  de  Carignan,  parce  que 
nous  (enions  \'illeneulV(!  d'Ast,  (pii  luy  poiivoil  licaneoup  nuire,  sous  la  faveur 
de  laditte  ville  deOuiers;  puis  il  se  relira  en  AsI.  .1  (XIX,  /iHi.) 

/(.  u  Laissant  à  (larmaiij^noh;  C(jezar  d(î  Naples  avecrjues  (|uel(]ues  enseignes 
ylaliens  du  nombre  d('S(]u(;lz  ne  me  sovyent,  deux  mil  Allemans.  » 

f).  0  l>a  eavaliiic  .1  IMiindCS,  à  Vinu  et  à  Vigon.  »  —  Vinu  =  Vinovo  (el  non 
Vin,  connue  le  dil  de  l\uble;  Vigon  =  Vigone.  Piiif/ues  est  un  nom  détigun- 
011  de  Kuble  a  cru  reconnaître  «  probablement  Pignone,  dans  la  province  de 
Gènes  ».  (Jambiano,  mieux  informé,  avait  deviné  qu'il  s'agit  de  Piobesi.  Dans 
le  premier  ms.  ce  nom  est  écrit  Pigues,  Pingons  el  (fo  43  vo)  Piobes,  ce  (|iii 
justifie  |)leinement  l'identificalion  de  Cambiano. 

0.    Arch.  d'b^lat  de  Mantoue,  liobba,  (^armagnola,  17  novembre. 

10 


l46  LA    CAMPAGNE    DE     PlÉ."\[0.\T    SOUS    BOUTIÈRES. 

et  au  sièg"e  d'Ivrée,  en  janvier  i544-  I-'^  mémoire  de  l'auteiir, 
toujours  aussi  bien  fournie  de  souvenirs,  a  évoqué  ce  qu'il  Ht  de 
plus  remarquable  pendant  la  seconde  moitié  de  uovend)re  et  le 
mois  de  décend)re.  (l'est  d'abord  une  extraordinaire  histoire  : 
comment  un  marcliand  de  Bari^es  parvint  à  attirer'  dans  le  châ- 
teau de  cette  ville,  j)our  assouvir  une  vengeance  personnelle,  le 
comte  Pietro  Porto,  g-ouverneur  de  Fossano',  qui  tomba  dans 
un  piè«-e  savamment  ourdi  et  fut  assassiné  par  les  soldats  de 
Monluc  frauduleusement  introduits  dans  la  place.  Cet  épisode, 
raconté  avec  une  verve  trop  ralentie  par  le  souci  de  ne  laisser 
échapper  aucun  détail,  peut  être  comparé  aux  inventions  les  plus 
miriti([ues  du  roman-feuilleton  contemporain.  Rendez-vous  noc- 
turne dans  un  petit  bois;  pacte  conclu  entre  le  portier  du  château, 
à  qui  l'on  promet  de  faire  faire  un  beau  mariag-e,  et  un  prêtre 
qui  joue  à  la  fois  le  rôle  d'entremetteur  et  de  dupe;  travestisse- 
ments de  soldats  qui,  suivant  qu'Us  chang-ent  de  manteau,  por- 
tent la  croix  blanche  française  ou  la  croix  roug-e  impériale,  au 
grand  ébahissement  des  bons  habitants  de  Barg-es;  prisonniers 
jetés,  sans  savoir  jionrcpioi,  dans  des  cids  de  l)asse-fosse;  enfin 
guet-:q)ens  organisé  avec  un  tel  machiavélisme  cpie  la  victime  y 
tombe  fatalement,  tous  les  éléments  d'un  mélodrame  sont  réunis 
là.  On  sent  que  Monluc  a  pris  plaisir  à  reconstituer  cette  histoire 
compli([uée,  qui  jette  un  jour  curieux  sur  les  mœurs  italiennes 
au  seizième  siècle.  Il  ne  l'a  [)as,  d'ailleurs,  inventée.  Le  drame  de 
Barges  est  historique  et  il  dut  avoir  un  g-rand  retentissement 
dans  le  pays.  On  lit,  en  effet,  dans  la  chronique  d'un  notaire  de 
Lond)riasco,  (Jianberuardo  Miolo,  sous  l'année  i543  :  «  Anno 
eodem  (ialvagninus  Ganerii  liargiensis,  pro  Gallo  in  Castro  Bar- 
g-iarum  ag^ens,  vocat  a  Fossano  Petrum  de  Portu,  fing-ens  se  illi 
proditurum  ipsum  castrum  ;  qui  Petrus  ibi  introductus  occidilur 
dolose".  ))  Marco  Guazzo  raconte  aussi  cette  histoire.  D'après 
lui,  le  comte  Pietro    P<uto   avait  pris  dans  une  escarmouche   le 

I.  .Miiiiliic  r;i[)|icllc  «  le  comte  Pedrou  (l'Aj)ort  ».  Il  était  originaire  de 
\icciiza.  (Jamuiano  (cul.  iu()/|)  dit  (ju'eii  di'ceinhre  i5/|2,  dcl  V^asto  l'envoya  au 
secours  de  Coni  assiégé  par  d'AnnebauIl. 

•1.  .VIioi.o,  I».   i^f).  —  (laiuljiano  a  encore  ici  suivi  fidèlement  Monluc.  I^e  nom 
du  marcliand  de  liarges  est  dé(it;-ur('  dans  les  Cninincnluires.  Les  formes  diver- 
S(!s  (|u'()n  trouve  dans  les  mss.  el  dans  les  ('dd.  ne  ra|)(iclleril  (juc  va!.;iiciiieiit  le    li 
uom  donné  par  Miolo. 


LA    «    MARCHANDISE    »    DE    BARGES.  l/jj 

i^ouvcrnciir  do  Barçes  et  l'avait  rançonné.  Ne  pouvant  se  libé- 
rer, le  nowveiiieur-  promit  de  lui  livrer  le  cliàleau  le  i.'^)  déceinl)re 
et  il  lui  remit  sa  femme  et  ses  enfants  comme  ôtat^es  (détail 
donné  par  Moulue).  Pietro  Porto  se  rendit  à  Barbes  avec  une 
troupe  de  i^ens  de  pied  et  cimiuaute  chevaux.  Le  ^^-ouverneur 
attira  dans  le  château  vint^t-cinij  de  ces  t»eus  de  pied,  en  Ht 
tuer  certains  <'t  ordourui  aux  auti'es  de  crier  du  haut  du  rem- 
part :  «  La  place  est  à  nous  !  »  Pietro  Porto  approcha  sans 
défiance;  il  entra  avec  viny;t-cin([  cavaliers  seidement.  Le  gou- 
verneur et  la  garnison  le  saluèrent  à  coups  d'arquebuse  et  tuèrent 
plusieui's  honunes.  Blessi'  au  liane  çauche,  il  s'enfuit,  mais 
mourut  peu  après.  Le  récit  de  (iuazzo  est  beaucoup  plus  va^^ue 
(pie  celui  des  (Jo/n/nf/ifaircs :  il  présente  l'affaire  sons  un  jour 
un  {)eu  différent,  mais  dans  les  grandes  lig-nes  il  confirme 
Monluc'. 

La  mort  du  gouverneur  tle  Fossano  obligea  Cesare  Maggi  à 
envoyer  d'urgence  des  renforts  dans  cette  place.  Monluc  a  conté 
comment,  avec  deux  cents  arquebusiers  et  deux  cents  corselets, 
accrus  de  quatre-vingts  hommes  d'armes  de  la  compagnie  de 
Tei'ines,  de  (juinze  chevaux  du  capitaine  Mauro  de  Novate  et  de 
vingt  aripiebusiers  à  cheval  amen('s  j)ar  Antoine  de  Bouliers, 
seigneur  de  Gentallo",  il  tenta  debai-rer  la  loute  aux  Italiens  et  aux 
Espagnols  envoyés  à  Fossano,  laissa  échapper  les  premiers,  mais 
défit  complètement  les  seconds  près  de  Sanfré.  Le  fait,  si  l'on 
adopte  la  date  donnée  par  Giuizzo,  se  placerait  vers  la  mi-déceuj- 
lue  ;  Monluc  dit  cpu»  l'enlèx émeut  du  convoi  inq)érial  près  de 
<  lavallermaggiore,  la  mort  du  comte  Pietro  Porto  à  Barges  et  la 
défaite  des  Espagiujls  à  SaidVé  eurent  lien  «  en  dix  jours  ».  Les 
documents  sont  muets  là-dessus  3.  Ils  ne  nous  apprennent  rien 
non  plus  sur  l'entreprise  de  Termes  contre  Costigliole  et  sur 
la  grande  «  corvée  »  que  fit  Monluc  pour  aller  de  cette  place, 
a{)rès  l'avoir  battue  sans  succès,  rejoindre  à  Pignerol  Boutières^, 


1.  M.vuco  GuAzzo,  op.  cil.,  (^'^  3r)6vi'-357  ro. 

2.  Sur  ce  personnage,  plusieurs  fois  cite  dans  les  Co/ii//if/ilai/'e.s,  voir  Ca/a- 
logue  des  acles  de  François  I«i',  IH,  nos  7866,  9812;  V,  17813,  181 20;  VI, 
20942;  VII,  2383o.  —  Cf.  aussi  Brantôme,  IV,  72. 

3.  Cambiano  (col.  1078)  a  emprunté  ii  Monluc  le  récit  de  la  défaite  des 
l'^spaiçiiols. 

4.  MioLo    (p.    179)    dit,   a[)iès  avoir  mentionné    lit    défaite  d'Ossuu   à  Cari- 


l48  LA    CAMPAGNE    DE    PIKMOXT    SOUS    BOUTIÈRES. 

en  passant  j)ar  Saluzzo,  puis  par  la  inoiita^ne  vers  la  source  du 
Pô  et  par  Barges,  pour  éviter  deux  embuscades  que  Cesare  Mag-g^i 
avait  dressées  sur  sa  route,  non  loin  de  Gavour  '. 

Plus  complet  pour  le  récit  des  opérations  militaires  que  Paul 
Jove  et  ([ue  (lu  Bellay,  confirmé  par  le  chroniqueur  local  Miolo, 
Moulue  raconte  ensuite  comment  Boutières  reprit  l'offensive.  Il 
laisse  entendre  qu'il  y  fut  encouragé  par  les  échecs  qu'avaient  subis 
les  Impériaux,  g^râce  à  lui,  Monluc,  bien  entendu.  Il  oublie  d'ajou- 
ter (Paul  Jove  et  du  Bellay  ont  noté  cet  important  détail,  le  pre- 
mier plus  vaguement,  le  second  d'une  façon  plus  précise')  que  de 
nombreux  renforts,  auxquels  il  fait  d'ailleurs  allusion  plus  loin, 
étaient  arrivés,  qui  suffisent  à  expliquer  cette  attitude  nouvelle. 
Dans  la  première  quinzaine  de  décembre,  d'Ascros  avait  amené 
à  Boutières  les  milices  de  Provence,  rendues  disponibles  par  la 
levée  du  sièg-e  de  Nice  '  ;  de  plus,  le  roi  lui  envoyait  sept  bandes 
de  Suisses  de  l'armée  de  Picardie,  deux  mille  Valaisans  et  trois 
mille  Suisses  nouvellement  soldés^.  Boutières  put  ainsi  réoccuper 
Vigone,  le  12  décembre,  d'après  Miolo,  Vinovo,  Piobesi,  puis, 
franchissant  le   Pô,  obliger  Cesare  Mag-gi  à  évacuer  Carmagnola 

g-nan  :  «  Donilnus  de  Bolières  tuuc  prorex  in  Piiiarolium  se  recipit  »  Du  Bellay 
{XIX,  479)  confirme  aussi  Monluc  pour  ce  détail. 

1.  Monluc  parle  toujours  avec  clo«^es  de  Cesare  Maggi  ou  César  de  Naples, 
l'un  des  plus  fins  routiers  du  temps,  type  achevé  de  soldat  rusé  et  brutal,  dont 
l'ambassadeur  vénitien  Alvise  Moceniiço  nous  a  laissé  un  curieux  portrait.  (Fied- 
LEH,  Ri'lu/ionen  Venetianischer-  liolsclidflei-  iiber  iJeutschlund  und  (J'Jsferreic/i 
in  sechzehntcn  Jdltrhunilei't,  dans  les  Fontes  reriini  Auslri(icarii/n,XXX,  i^i'i.) 

2.  Pauli  Jovii  Htsior.  lib.  A'.VAVr,  II.  fo  32O  E.  —  De  Bellay,  XIX,  483. 

3.  Arch.  d'Etal  de  Manloue,  Bohba,  X'i^-evano ,  18  décembre  :  «  Et  già  è 
passato  de  qua  niousi"  del  Scroch  provonzalc  con  forse  sei  cento  fanti  Ira  Pro- 
venzali  et  alcuiii  Italiani  chel  tiene  et  esserc  a  Villa  Frauca  di  Piemonte.  » 
(Cité  par  Segue,  Carlo  II...,  p.  181,  n.  9.)  Monluc  dit,  au  moment  de  parler  de 
l'entreprise  sur  le  Vercellais  et  Ivrée  :  «  Je  n'jiy  pas  bonne  souvenance  si  mon- 
sieur des  Cros  estoicl  encores  arrivé.  »  La  dépèche  de  Bobba  résout  ce  doute. 

4-  Ibicl.,  Vijfevano,  3i  décembre  :  «  Da  Piomonle  Sua  Ex-"  tiene  aviso  che 
P'ranccsi  tutta  via  stano  in  Carmagnola,  Villa  Francha  et  in  Vi^onc,  et  che  in 
eflello  ponno  esserc  un<lccc  millia  in  circa,  cioè  selle  bandcre  de  Sg'uizcri  de 
ipicili  t\\r  fijiiiii  iirl  ciiiiiin)  in  Picardia  «^1  (io.i  millia  alli'i  SjJ^uizeri  Valesani, 
«piali  lia  c(jiidiiMi  il  coule  de  Exeverc  Savovciii'u...  »  \  oir  un  mandement  à 
Aiiioinc  le  .Maçon»  trésorier  de  l'extraordinaire  des  guerres,  d'envoyer  à  Gre- 
n(il)l(!  par  ses  clercs  et  sur  chevaux  de  poste  la  somme  de  38ooo  1.  t.,  dont  il  a 
t'-lc  assigné  sur  le  trésorier  de  l'épargne,  pour  la  solde  des  trois  mille  Suisses 
(pii  vont  être  envoyés  en  Piémoril  pctiu' (ItMeiidrc  ce  pays.  Fonlaiiichlcau,  n'i' dé- 
cendjre  {Caluloyni-,  IV,  n"  i3403). 


I 


RUPTURE    DU    PONT    DE    CARIGNAN.  I  ^Q 

pour  se  retirer  sur  Villaslcllone  et  (lliieri,  où  était  le  ^ros  des 
Im[)ériaux  '.  Moulue  se  plaiut  avee  vivacité  qu'où  ue  l'ail  pas  plus 
vivement  pouisniNi  et  hlàuie  avec  laisou  l'indécision  de  Bou- 
tières.  Celui-ci  prélV'ia,  en  ellet,  avant  de  s'aventurer  sur  la  rive 
droite  du  Po,  isoler  coniplèlemeut  Carit^iian,  la  seide  place  (pu' 
rennemi  occupait  encore  sur  la  rive  i^auclie.  Il  fallait  pour-  cela 
couper  le  pont  <|ui  lui  peiinellait  de  recevoir  des  a|»pi-o\  isiouue- 
ments  de  (lliieri  et  d'Asli.  L'eulr'eprise  était  hasardeuse  :  Piri'o 
Colonna,  le  \aillant  conunaudant  de  la  i^arnison  de  flariniiaii, 
veillait.  Une  [)retuièie  tenlali\('  fut  faite  dans  les  deruiei's  joui's 
de  décembre  :  (piati'e  (-ents  liomnies  de  pied  et  deux  cents  che- 
vaux fraii(;ais  j)aitireut  de  (larjuai^iiola  et  vinrent  doiuier  l'alarme 
à  la  tête  du  jjont.  Ils  se  heurtèrent  à  deux  .cents  arquebusiers 
impériaux  et  durent  se  retirer  après  une  légère  escarmouche.  La 
nuit  suivante,  ils  renouvelèrent  la  tentative  sans  plus  de  succès". 
Moiduc  est  muet  sur  ce  double  ('chec.  il  raconte,  jiar  contre, 
avec  des  détails  minutieux,  la  rupture  du  j)ont,  (pii  fut  consom- 
mée, d'aj)rès  Miolo,  daut  la  nuit  du  4  janvier  i7)^i[\-\  Le  récit  d<'s 
(lomnicttlaires  est  très  supérieur  à  celui  de  .Martin  du  Jiellaj, 
qui  en  confirme  un  détail  important,  noté  aussi  par  Miolo  (le 
grand  froid  qu'il  faisait),  mais  cpii  place  à  tort  le  fait  après  le 
départ  de  Boutières,  dans  l'inteution  visible  d'eu  attribuer  l'hon- 
neur au  comte  d'Au^-uien,  son  successeur'  '. 

Tandis  (pu»  Boutièi-es  isolait  (^ariyuan,  un  des  plus  actifs  parmi 
ces  capitaines  italiens  (pii  seivaieut  la  cause  franeaist;  en  Piémont, 
Ludovic  de  Birai^ue,  gouverneur  de  V'erolengo  depuis  novem- 
bre lâ^y^,  lui  offrit  de  pousser  une  pointe  hardie  dans   le  Ver- 


1.  Monluc  a  laissa'  rii  iilaiic  le  nom  du  lieu  où  Cesarc  Maa^ii^i  se  retira.  Il 
s'a^-it  fie  Villastelloue.  La  rivière  dont  parlent  les  ('.(imnienldircs  est  le  Stellone, 
affluent  de  la  tîanna,  sous-al'ttuent  du  Pô,  r.  d. 

2.  Arch.  d'Ktat  de  Mantoue,  Hohha,  Vit];-evano,  \\\  déceinhre. 

3.  «  Anno  ir»/|/|,  (|uarta  die  januai'ii,  (îuiyo  (iiiitVc'de  liotières,  adliuc  |irorex, 
cuin  exereilu  (iallo  pontes  Padi  |)rope  (laryiianuni  denioliuntur  noeUi  ul  arctius 
(jar^naïuirn  obsidcrel,  non  sine  stridoi'e  dentiuni,  ijuia  tVitijus  erat.  l'-t  non  cale- 
l'acielianl  se  el  in  crasliiiuiM  iiiani-  rc  perFecta,  tJ^elu  niortiticati  et  nndli  taiielacli 
in  Vicunj  iiovuni  et  Carniaynoliani  (ialli  se  reti-axerunt.  »  (I*.   icSo.) 

/j.  Du  Hellay,  XIX,  /|8()  :  "  Laipndie  expedilion  lui  cvfcutc'e,  mais  non  sans 
yrand  travail,  pour  l'extrême  i>elée  (pTil  laisuil,  dnni  |ilnsicurs  soldais  cinriii 
les  pieds  el  les  mains  estropiez.  » 

5.   \'.-L.  |{(n  nuii.i.v,  <;nill(uuiif  du  Bi'ltai/,  p.  z.jy. 


lOO  LA    CAMPAGNE    DE    PIEMONT    SOUS    ROUTIERES. 

cellais.  Boiitières,  après  (|Liel(|iies  liésiliitious,  le  lui  permit.  Ludo- 
vic (le  Biras^ue  el  Taix  parliienl,  dans  les  premiers  jours  de 
janvier,  de  Settimo  Torinese  avec  de  l'artillerie,  et  tandis  que 
Gesare  Mag-g-i,  qui  surveillait  de  Vercelli  leurs  mouvements, 
crovail  qu'ils  marchaient  vers  Gasale,  ils  allèrent  enlever  Cres- 
cenlino,  (jiii  se  rendit  sans  coup  férir,  puis  Desana  et  San  Ger- 
mano  (  1 1  janvier).  Ges  l'ails  nous  sont  connus  par  les  dépêches 
de  Ves[)asiano  Bobha  des  9  et  12  janvier';  Guazzo  et  du  Bellay 
donnent  des  détails  sur  le  siège  de  San  Germano^.  Monluc  men- 
tionne ces  prises,  mais  dit  qu'il  n'y  assista  pas,  parce  qu'elles 
furent  antérieures  à  la  rupture  du  pont  deGarig^nan.  La  date  du 
4  janvier  assig-née  parMiolo  à  cette  rupture  serait  donc  inexacte. 
Boutières  et  Moiduc  rejoignirent  Taix  et  Ludovic  de  Birague 
à  San  Gernianoet  Santhià,  c'est-à-dire  après  le  11,  pour  marcher 
vers  Ivrée.  Le  i4,  Bobha  annonçait  de  Novare  que  M.  de  Bou- 
tières était  arrivé  à  Salussola  avec  six  mille  hommes  de  pied"\ 
Avant  le  i5,  les  Français  étaient  devant  Ivrée.  Le  siège  dura 
dix  jours;  le  g-ouverneur,  un  capitaine  espagnol,  Gristoforo 
Morales,  fit  une  belle  résistance.  Il  repoussa  d'abord  l'assaut  tenté 
sur  trois  points  à  la  fois  ^.  Il  fallut  battre  la  place  :  le  20  janvier, 
l'artillerie  française  ou\  rit  un  feu  violent  de  deux  côtés  ;  (jualre 
cent  ving^t-trois  coups  de  canon  furent  tirés  dans  la  journ(*e  sans 
grand  résultat.  Les  munitions  manquèrent  pour  continuer-''. 
Le  28,  Boutières,  qui  ne  s'attendait  pas  à  une  aussi  vigoureuse 
résistance,  envoya  un  tambour  pour  sommer  la  g-arnison  de  capi- 
tuler ;  les  assiég-és  répondirent  en  donnant  les  étrivières  au  parle- 
mentaire. Boutières,  découragé,    leva  le  sièg"e^.   Monluc,  on  le 

I.  (les  (l('-[)ècli('s  ont  été  publiées  par  Vu.  .Moiamd  (Bull,  du  ('.om.  des  Inin. 
hislor.,  i8(yj,  pp.  4 4 ^-4 4 4)-  —  Cf.  Seghe,  (Uirht  If  ili  Smuiia...,  pp.  181-1H2. 

■2.  (ii.Azzo,  o/).ri/.,  \'o  357  vf>.  II  se  lroiii])e  évideinnienl  en  dalaiil  du  1  .''>  tV'vrier 
la  capitulation  de  la  place.  —  De  tiELL.w,  XIX,  4^4- 

3.  Arcli.  d'Ktal  de  Manloue,  I3obl>a,  i4  janvier  :  «  Mous''  de  Bulières  è 
i^iunto  a  Saluzzo  con  Oooo  fanti.  II  cani|)o  l'rancese  andù  a  Cavaglia.  » 

4.  Bobha,  Vercelli,  i()  janvier  (publ.  par  Moivhd,  Inc.  cit.,  pp.  444-445)- 

.").  Ciiortfio  Valperga  el  Kilippino  délia  Sliia  au  duc  de  Savoie,  Ivrée,  22  jan- 
vier (publ.  par  A.  Tallone,  Ivrea  c  il  Pii'inonie  al  tempo  délia  prima  do^ 
minazione  francese  {1 3.3 f't-i. '>.'>! )),    n)0o,  |).   117.    n.    i).  —    IJobba,  21    janvier 

(Moi.AUD,   p.    44'')- 

(■».  IJobba,  N'ercelli  ,  2.")  janvier  (publ.  par  Ski.hk  ,  Carlo  II  di  Savoia, 
p.  1X3,  n.  1).  —  (îiornio  \'al|)eri;a  au  duc  de  Savoie,  Ivrée,  24  janvier  (cit.  par 
Tallo.ne,  op.  cit.,  p.  1  iH,  n.  i). 


SIÈGE     u'iVRÉE    (JANMER     l544)-  l5l 

C(»ni[)reii(l,  a  été  bref"  sur  ccl  écliec.  11  se  borne  à  dire  (juou  ne 
fit  rien,  «  pour  ce  (jue  ne  leust  possible  de  roHipre  la  chaussée 
de  l'eaue.  Que  si  elle  se  feust  peu  lonipie,  nous  estions  dedans, 
de  tant  que  par  ce  couslé  là  il  ny  a  forteresse  aultre  que  la 
rivière  ».  Il  fait  allusion  à  l'attaipie  teiUée  du  côté  du  pont  de  la 
Dora  Hallra,  mais  son  assert  ion  est  forniclleiuent  contredite  par 
Bobba,  (|ni  dit  (juc  la  cliaussi'c  fut  bel  et  bien  rornj)ur.  .Moulue  a 
négligé  de  diic  (j lie  la  garnison  repoussa  gaillardeinenl  l'attaipie' 
et  que  les  uiiinilioiis  tirent  défaut  à  Tassiég^eant.  H  a  pourtant 
moins  niasqiM'  Tt-cliec  que  du  Bellay,  qui  dit  vaguement  (ju'Ivrée 
lut  assiégée  «  de  toutes  parts  »'  et  que  Paul  Jove,  (pii  conte  que 
la  place,  réduite  aux  abois,  allait  se  rendre  quand  Boutières, 
avant  appjis  (pi'il  <'Mait  disgracie'  et  remplace''  par  le  comte  d'Aii- 
g-uien,  se  l'elira  (b;  di'pit  j>our  ne  j)as  laisser  à  son  jeune  succes- 
seur rii(uineur  d'uiu'  facile  \icloire  \  Moulue  a  connu  ce  récit  de 
Paul  .lov<',  mais  il  le  lient  pour  fable  avec  raison  '.  Il  n'a  pas 
donné  de  date,  mais  il  a  placé  le  fait  à  son  ordi'e  chronologique, 
tandis  (pie  du  Bellav  l'avance  aux  environs  de  Noël  5. 

A[)rès  le  siège  d'Ivi'ée,  Moiduc  dit  que  Boutières  fut  ccjulraint 
d'aller  assiéger  San  MarliiK»,  (pi'i!  prit  après  avoir  tii'é  deux  ou 
trois  cents  coups  de  canon  «  et  aultres  places  es  environs  de  là  ». 
Les  documents  ne  disent  rien  de  tel.  Une  dépèche  de  Bobba,  du 
2(»  janvier,  nous  apprend  (pie  lioiitières  se  replia  au  sud  vers 
liorj^o  iMasino,  Cavaglia,  Ci^liano,  Borgo  d'Alice,  sur  la  i'i\e 
gauche  de  la  Dora  Ballea*^,  taudis  que  San  Martino  est  sur  la 
rive  droite,  au  sud-ouest  d'Ivrée.  Moulue  paraît  avoir  confondu 

1.  "  Doppoi  (le  liiiveiM;  levata  una  certa  a(jua,  che  forliKcava  uiia  parle  d'essa 
tcri'a,  el  tai^iiala  la  j)alificala  clio  la  siisterun'a,  <>'li  dctero  lieri  lo  assalto  senza 
l'ai'uli  hat(;ria,  et  furono  rebutali  nayliardaiiienfc...  »  (Hohha,  i(|  janvier,  dans 
jMor.AKD,  foc.  cil.) 

2.  IJu  Bkllay,  XIX,  485. 

3.  Pauli  Jovii  Hist.  lib.  XXXIV,  11,  1"  320  t-". 

l\.  Addition  à  la  j)remière  rédacliou  :  «  Ledicl  sieur  de  Boutières  en  Feust  fort 
Fiisclii'  ;  et  disoicl-oii  (|iie  par  (l('S|)it  il  avoict  (]uitt('  Y\r(''(\  laiiinMIt^  à  la  lonij^no 
il  cnsl  pi'iiis,  niins  je  ne  le  crmi  /ids.   » 

.").  Tai.i.om:  repi'oche  à  tort  à  iMoiiliir  daxnii'  coinniis  la  même  erreur  ([ue 
du  Hcllay.  Tous  les  historiens,  (lainhiano  en  Icle,  ont  reproduit  cette  erreur. 
iMioi.o  (p.  iSo)  a  dit  |)lns  cxaclcmcnt  :  «  (lirca  eos  (lies  el  jiaulo  ante  adventum 
.\ni'(iiani,  lioticres  miicliiins  boinl)ardar(uii  Yporeniam  eivitalem  preniil,  sed  rp 
nilc('(;i  r'cct'ssil.  » 

G.    l'nlil.  par  .Molaud,  Ioc.  cil.,  p.  l]f\^i. 


102  LA    JOURNEE    DE    CERISOLES. 

les  Opérations  de  janvier  i544  avec  celles  de  septembre  loôa,  au 
cours  desquelles  le  maréchal  de  Brissac  occupa  le  Ganavese  pour 
inquiéter  le  Yercellais  et  Ivrée,  et  prit  ensuite  San  Martino'. 

C'est,  d'après  les  Commentaires,  vers  Chivasso  que  Boutières 
rencontra  François  de  Bourbon,  comte  d'Anc;uien,  nommé  le 
26  décembre  lieutenant  de  roi  en  Piémont'.  Miolo  place  le  19  jan- 
vier l'entrée  à  Turin  (Injeune  successenr  de  Boutières^.  Cettedate 
s'accorde  avec  ce  (jue  dit  Monlnc;  la  rencontre  des  deux  capi- 
taines eut  lieu  tandis  que  Boutières  revenait  d'Ivrée.  Le  comie 
d'Ançuien  amenait  «  sept  compaiti^nies  de  Suisses,  qu'ung  colonel 
nommé  le  Baron  commandoict  ».  Il  s'agit  des  sept  bamles  de 
l'année  de  Picardie,  aux  ordres  du  baron  de  Sisnech,  dont  l'en- 
voi, on  l'a  vu  plus  haut,  avait  été  décidé  au  début  de  décembre. 
Moulue  se  trompe  en  plaçant  à  ce  moment  l'arrivée  des  Proven- 
çaux et  des  Italiens  coruluils  par  d'Ascros  :  elle  avait  eu  lieu  plus 
tôt*.  Il  est  muet  sur  les  premières  opérations  du  comte  d'Anguien 
en  février  et  mars  :  resserrement  dn  blocus  de  Cariynan,  ouver- 
ture de  la  batterie  (8  mars),  élal)Iissement  de  deux  ponts  sur  le 
Pô  pour  assurer  le  ravitaillement  de  l'armée,  transfert  le  5  avril 
du  quartier  général  de  Villastellone  à  Garmag-nola^. 

Pendant  ce  temps,  Monluc  fut  envoyé  à  la  cour,  «  vers  le 
commencement  de  mars  »,  pour  avertir  le  roi  «  comme  le  mar- 
quis de  Gouast  dressoyt  unt;  grand  camp  et  qu'il  luy  venoient 
nouveaulx  Allemans  de  remfort  et  le  prince  de  Salerne  venoit 
aussi  de  vers  Xaples,  (pii  menoit  six  ou  sept  mil  Ytalians  ». 
Une  lettre  d'un  ambassadeur  iucquois  à  Ferrare  nous  apprend 
(pie  dix  mille  lansquenets  avaient  été  levés  en  Allemag^ne  pour 
l'Empereur    et    (pie    (piatre    mille    étaient    arrivés    à    Milan    au 


1.  Voir  plus  loin,  chap.  v  (pp.  206-207). 

2.  B.  N.,  fr.  2572;^,  n«>  818;  Pièc.  orii;;.,  IJuuihou,  vol.  ï)[\-^  (doss.  io2()!i), 
p.  5o;  fr.  3iirj,  ff  2/1;  t'ortct".  Fontanieu,  vol.  2.53  (cf.  Calalotjiic ,  IV, 
no  i35o5). 

3.  Miolo,  p.  180  :  ((  Aniio  ppciliclo  nj  jaiuiarii  Taiiriiii  l'"raiiciscus  IJorboims, 
dorniriiis  Aiii^iziaiii,  in  j)roi'egcin  Galoriim  rccipitiii'.  » 

[\.  Cf.  siiprn,  p.  1/(8. 

f).  Sur  CCS  opérations,  voir  Mioi.o,  p.  iSi  ;  (ir\/zo,  Historié,  f»  357  v"  ;  IVvi  1. 
Jovi;,  liv.  XLIV,  fo  32.8  ro;  f).-  Ukllav,  coll.  IVtilol,  XIX,  /48.")-488,  cl  une 
leUrc  (lu  comte  {rAii4Çuicii  à  .M.  de  Crussol,  datée  de  V^illastcllonc,  21  mars 
(d'Aihvis,  Piro's fiKjilires,  II,  Métart/jes,  p.   85). 


MONLUC    FUT-IL    KXVOYÉ    A    LA    COUR?  l53 

début  de  mars  '.  Ils  étaient  commandés  par  Alisprando  Ma- 
druzzo.  Il  est  donc  vraisemblable  qu'à  la  fin  de  ce  mois  le  comte 
d'Ang-uien  ait  ,  comme  le  disent  les  (Àoinincntdlrrs,  averti  le 
roi  de  cette  ai'rivée.  Les  ledres  de  liernardo  Tasso,  secrétaire 
du  prince  de  Salerne,  confiiinent  l'envoi  du  rentori  amené'  de 
Naples'.  L'allusion  au  Irailé-  du  ii  lévrier  i543,  sii^né  par 
H<Miri  \  III  et  (Iharles-Uuint  el  siu-  leipiel  Moiduc  revient  j)lus 
l(»in,  n'est  [)as  moins  exacte.  Uuant  à  l'envoi  de  Monluc,  il  m'a 
été  im[M)ssible  de  retrouver  un  seid  docunu'ut  qui  le  confii'uu'. 
Ou  sait  (pi'eutre  la  disi^ràce  du  conné'table  et  l'aNènenuMit  de 
Henri  11,  l'enscMuble  d(;s  [)apiers  d'Ltal  français  ne  s'est  pas  con- 
servé. Ribier  constatait  déjà  cette  énorme  lacune.  Les  rai'es  docu- 
ments isolés  (pie  contiennent,  pour  cette  période  de  1041  à  1647, 
les  volumes  du  fonds  français  de  la  bibliothèque  Nationale  sont 
presque  tous  sans  date  d'année.  Je;  n'en  ai  trouvé  aucun  dont 
i'aie  pu  faire  mon  profit  poui'  la  campaj^ne  de  Cérisoles.  Le 
('.(ttiihx/iic  (1rs  (icff's  (If  François  /"'.  si  riche  en  documents  de 
toute  sorte,  ne  m'a  pas  foui'ni  le  mandement  au  trésorier  de 
l'épart^iie  qui  aurait  pu  établir  la  remise  à  Moiduc  de  quelque 
somme  d'argent  destinée  à  le  défrayer  de  son  voyag"e.  Paillard 
a  fouillé  aux  archives  g-énérales  du  royaume  de  I3elgi(pie  le 
fonds  des  papiers  d'Etat  et  de  l'Audience;  il  en  a  tiré  trois 
documents,  dont  un  seul  français  :  c'est  la  copie  d'un  billet  du 
comte  d'Anguien  au  roi  annonçant  sa  victoire  ^  .l'ai  recher- 
ché s'il  se  trouvait  à  Bruxelles  d'auti'es  documents  :  ncui  seule- 
ment il  n'en  existe  pas,  nuiis  ceux  qu'avait  transcrits  Paillard 
ont  disparu  '.  Poui'  comble  de  disoràce.  les  copies  des  dépê- 
ches adressées  au  sc'uat  de  Venise  par  les  and)assadeurs  de  la 
Répnblicpie    que    possède  la   Bibliothè(pH;   Nationale   présentent 


1.  Ccsarc  Nobili,  Kcrraïc,  ii5  mars  (cit.  pai-  Sr.(iui;,  iUirlo  II...,  p.  18O,  u.  8). 

2.  Letlere  di  AI.  Beru<inU>  '/V/.v.vo,  in  NCnctia,  appi-csso  (iiacoino  CorncUi, 
MDl^XXXV.  Ces  leltres  ne  soûl  mallicureiisciiienl  j»as  datées.  —  Sur  b^erranle 
ou  F'eruaiuio  di  Sau  Severiuo,  dernier  priuee  de  Salerne,  voir  E.  Picot,  Las 
Ildlieiis  en  Francf  au  seizième  siècle,  pp.  i5-i(). 

3.  Cabinet  his/o/'ii/ne,  t.  XXV,  2«  série,  iHyy,  p.  yy. 

/).  l/exauien  allciilir  des  cartons  iH,  kj  el  no  des  l'apiers  il'Elal  l'I  ilr  IWti- 
dience  a  éli-  l'ait  pinir  rnoi,  avec  une  ol)lii;eauce  donl  je  lui  suis  |)r()londeiuenl 
reconuaissaiil,  par  M.  (iuvclier,  sous-chet"  de  section  au.\  archives  4);-énérales  de 
l{ela,i([ue,  ijni  n'a  pu  (pu-   me  transnicKrc  le  résultai   néi-alir  de  ses  redicrclies. 


l5/f  LA    JOURNÉE    DE    CÉRISOLES. 

une  lacune  pour  les  années  i543-i54t)';  dans  la  série  des  dépê- 
ches adressées  aux  Dix,  Tannée  i544  est  représentée  de  fayon 
l)ien  maigre;  il  n'y  est  point  question  de  Monluc".  On  le  voit, 
les  documents  d'origine  française  ou  pouvant  donner  des  rensei- 
gnements sur  la  cour  de  France  à  l'époque  (pii  nous  occupe  sont 
très  rares.  Je  souhaite  (pTun  chercheur  j)lus  heureux  que  moi 
découvre  celui  cpii  iicrmct liait  d'établir  d'une  façon  certaine 
l'envoi  de  Moulue  au  roi  en  mars  i54^. 

Du  silence  des  documents  il  serait  d'ailleurs  prématuré  de 
conclure  que  cet  envoi  n'eut  pas  lieu.  Les  Mrnwires  de  Viei/le- 
rillt'  citent  un  seigneur  de  Blainville  comme  ayant  (Ht'  expédié  à 
la  cour  par  le  comte  d'An^uien.  Mais  l'autorité  de  cette  souice 
narrative  a  été  ruinée  par  M.  l'abbé  Marchand,  qui  a  démontre' 
excellemment  que  ces  Mémoires,  faussement  attribués  à  \  incent 
Carloix,  étaient,  en  réalité,  l'œuvre  d'un  panégyriste  mal  informé 
et  sans  scrupules-'.  Martin  du  Bellay  parle  d'un  gentilhomme, 
mais  ne  le  nomme  pas.  Son  témoignage  n'infirme  pas,  du  moins, 
le  récit  de  Moulue.  Les  documents  font  aussi  défaut  pour  con- 
trôler d'une  façon  pié'cise  la  conqtosilion,  donnée  par  les  T/o//?///^'//- 
f aires,  du  conseil  qui  tlélil)éra  sur  l'opportunité  d'une  bataille  '. 
LTne  seule  chose  est  certaine  :  la  comparaison  des  manuscrits  et 
de  l'édition  originale  montre  que  Moulue  a  remanié  très  soigneu- 
sement sa  rédaction  primitive,  y  ajoutant  des  détails  dramati- 
(pies,  l'intervention  de  Saint-Pol  le  calmant  de  la  main  tandis 
qu'il  ((  trépignoit  de  parler  »,  le  geste  «  historitpu,'  »  du  bras 
le\é,  le  bonnet  du  roi  jeté  sur  la  table,  rapostro[)lie  en  gascon 
aux  jeunes  seigneurs  :  «  J/ares  ij  harem  aux  pics  et  patacs  !  »  Ce 
(pii  est  plus  grave,  après  avoir  lu  du  Bellay,  il  a  inséré  dans  son 
récit  deux  mend)res  de  phrase  qui  permettent  de  croire  (ju'il 
était  chargé  de  demandei'  de  l'aryent  :  on  a   lieu  d'être  surpris 

I.  Le  vol.  1715  (lu  l'onds  itîilien  s'arrête  au  m  juillet  u)f\->;  le  vol.  i7i<>  eoui- 
nience  au  8  déeenibre  lô/jC). 

■2.   IJ.  N.,  f.  ilal.  i9()8  (dépêches  comprises  entre  les  années  ifjiO  et  i.^)Oi). 

3.  Ch.  Makchanu,  Le  Mnréchal  Frniirois  Sci-pcmu'  <lc  Vifiillcrille  cl  srs 
A/é/noircs,  Paris,  iBijS,  introilucliou. 

/|.  L'amiral  d'Annehault,  le  secrétaire  liavanl,  Saint-l'ol,  le  a;rnm\  écuycr 
<Jaliot  en  faisaient  sans  doute  partie.  N'oir  un  docunieiil  daté  du  ni)  Février  i.")/)!^, 
ipii  cite  les  deux  |ireuiiers  connue  adnns  au  conseil  du  roi  «  pour  le  laicl  de  ses 
linances  >,  et  pour  les  matières  d'IOlal,  et  les  deux  derniers  coiunic  admis  seule- 
ment '<  aux  requestes  ».  {H.  .N.,  Clairamb.,  33(),  h  3.) 


PREMIERS    MOUVEMENTS    DES    DEUX    ARMEES.  100 

({u'il  ait  oublié  de  [)rccisei"  (i'al)oi"d  l'oljjet  de  sa  iiiissioii.  En 
résumé,  ou  [)eul  admettre  (jue  Mordue  lut  réellemeut  dépèelié  au 
roi;  (|uaut  à  la  scèue  du  couseil,  il  Ta  très  jjrobableriieiit  em- 
bellie. 

Le  récit  de  la  bataille  de  (lérisoles,  ou  j)lut(>l  des  deux  joui- 
nées  du  dimauche  et  du  lundi  i.'*)  et  i4,  débuli;  pat-  une  date 
inexacte,  (l'est  bien  un  vendredi,  comme  le  dit  Moulue,  (|ue  del 
Vasio,  allant  df'bhxjuer  CaiMi^nan,  partit  d'Asti  «  avec([U(;s  son 
cam[)  »,  mais  ce  n'est  pas  le  vendredi  saint  fii  avril);  c'est  le 
vendredi  précédent,  4  avril  '.  H  ne  vint  pas  rrori  |)lus  directement 
à  la  Monta.  Les  Coiuinenlaires  ne  disent  rien  des  mouvements 
des  Impériaux  du  4  <in  i'^-  t)«l  Vasto  sonj^ea  il'abord  à  marcher 
sur  Car-ii^nan  [)ar  le  nord,  en  passant  par*  Clrieri,  pour  éviter  (]ar- 
mai^riola,  dont  le  comte  d'Au^uien  avail  lail  un  camj»  relr"aru"ii('', 
et  oblii^ei'  les  Français  à  soi'lir'  de  leur's  lignes.  Ancc  son  avant- 
t^arde,  composée  des  Allemands  d'Alis|)r'an(lo  Madiu/zo,  il  lo^ea 
le  4  fi  Monlafia,  le  ô  à  Buttit^liera,  où  Fernando  di  San  Séverine, 
prince  de  Salei'ue,  parti  de  Montechiaro,  devait  le  rejoindre;  avec 
l'infanterie  italienne'.  Mais  il  fallut  vite  renorrcer  à  ce  plan  trop 
hasar'deux  :  le  passag'e  du  Pô  devant  Cai"inrian  (''tait  lortement 
défeuflu  j)ar'  deux  lètes  de  [xuil  ;  on  lisipiait  de  s<'  lieiiilei'  en 
route  aux  li^ru'S  françaises  (pu  s'(''l('ndaienl  jus(pr'à  \  illaslelloire 
et  d'ètr'c  ari'èté  par-  la  ^•aI•nison  de  Morrcaliei"i  '  ;  de  [)lirs,  de  i^ros- 
ses  j)luies  avaient  détr'errrpé  les  clieurirrs  et  l'artilleiie  ne  poirvail 
avancer;  eidin,  l'armée  impériale  maïuprait  de  mrrnilions  el  de 
vivres  et  ne  [)()uvait  s'éloigner  sarrs  danger  d'Asti,  sa  base  de 


I.  Vcspasiiino  l}()l)lt;i,  Asti,  .'!  ;i\ril  :  "  il  si'  iii.ii'chcsf  lllm"  |);irlir.i  (luni.iliii;» 
cou  li  Alciii.iiii  iillitiiaiiieiile  vciiiili,  (jiiali  sono  (|iia...  ^  {liiill.  /us/,  (/u  (^i/ii.  drs 
Iran,  /iis/.,  iSijO,  |>.  f\/\t').)  —  Un  capitaine  suisse,  (jui  cuniballil  à  cùlc  de  Mun- 
liic,  llaiis  \\'il(l|)fin-,  cl  (lui  adressait,  le  mercredi  lO,  de  Gêrisoles  aux  Ijouruf- 
nieslre  vA  conseillers  de  Lucerne  une  relation  de  la  bataille,  place  inexaclenient 
ce  dé|)arl  le  jeudi  saint.  Sa  leUre  el  une  autre  d'un  de  ses  camarades,  Peter 
(iuler,  citée  plus  loin,  ont  été  publiées  par  le  Dr  Tn.-V.  Liicbknvi  ,  lii'i-iclUe 
ii/)i'r  (lie  Sc/i/ac/i/  oon  Carignaiio ,  /544  {An:ei;/f/-  ftir  si-lui'ei:erisclie 
(îesr/iic/ite,  nouv.  série,  t.  IV,  i882-i885,  pp.  iifj-iiy). 

■2.  liobba,  i3  avril  [loc.  ci/.).  —  Paul  Jove  a  indiiiué  ce  mouxcnienl,  (péil 
cciusidère  comme  une  feiule  babile. 

'.\.  I'ai  I,  Jove,  liv.  XLIV,  fo  ^28  r".  —  Il  ajoute  que  Ludovico  N'istarino,  u^ou- 
verncur  de  Chieri,  engagea  forlemenl  del  Vaslo  à  persislei'  dans  sa  première 
inlcnlion. 


l56  LA    JOURNÉE    DE    CÉRISOLES. 

ravitaillement.  Del  Vasto  revint  donc  sur  ses  pas,  et  le  lo  il  était 
à  la  Monta  avec  ses  Allemands  et  ses  Espas:nols.  I.e  reste  de  ses 
tioupes  était  cantonné  aux  environs  :  les  Allemands  du  baron 
délia  Scala  à  Canale,  le  prince  de  Salerne  à  San  Stefano'.  Le 
mai'fpiis  voulait,  en  évilanl  toujours  Carmaynola,  filer  sur  Som- 
mariva  del  Bosco,  franchir-  la  .Maira  à  Racconii^i,  le  Pu  à  Casal- 
^rasso  et  g-ai;ner  Carignan'.  (".e  plan  était  aussi  hasardeux  que  le 
précédent  :  de  toute  façon  il  fallait  li\  rei-  l)ataille.  Del  Vasto,  (pii 
ne  pouvait  se  flatter  sérieusement  d"écha[)per  à  l'ennemi  et  de  ne 
cond)atlie  que  sous  les  murs  de  Cariorian  avec  l'aide  des  assi<''- 
S^és,  comme  le  conjecture  (land)iano,  s'y  résigna.  Le  mercredi 
Ç)  avril,  Philijtpe  I^annov,  prince  de  Sulmone,  à  la  tète  de  toute  la 
cavalerie,  marcha  vers  Carmag-nola.  Ses  coureurs  arrivèrent  jus- 
qu'aux portes  de  la  ville.  Le  comte  d'Anguien  sortit  avec  sa 
cavalerie  et  une  partie  de  son  infanterie,  mais  les  deux  troupes 
se  bornèrent  à  s'observer.  Le  jeudi  lo,  del  Vasto  en  personne, 
ne  laissant  à  Canale  que  le  continrent  florentin  de  Rodolfo  Ba- 
ylione,  alla  en  reconnaissance  vers  Ternavasso  avec  sa  cavalerie, 
six  cents  Allemands  et  deux  cents  Espagnols.  Les  Français  ne  se 
montièrent  pas;  un  ora^e  formidable  obligea  les  Impériaux  à 
rentrer  dans  leurs  cantonnements,  d'où  le  mauvais  temps  les 
empêcha  de  bouger  les  deux  jours  suivants^. 

Le  dimanche,  jour  de  Pà(pies,  le  soleil  brillait,  bien  que  le  ciel 
fût  encore  menaçant^.  Les  Impériaux  commencèrent  leur  mou- 


1.  Un  capitaine  de  l'armée  impériale,  qui  signe  «  le  cappitaine  Myllort  », 
écrivait  d'Asti,  le  iG  avril,  à  l'Empereur  :  «  Et  sommes  allés  louger  à  la  Montai, 
ung  lieu  de  montagne,  où,  pour  le  mauvestz  temps,  avons  demouré  neuf  jours.  » 
[Cabinet  hislorir/iie,  1879,  p.  80.) 

2.  P.viL  JovE,  liv.  XLIV,  fo  328  F. 

3.  Bohba,  La  Monlada,  10  avril  (Bii/t.  hist.  du  Corn,  des  trav.  histor.,  189(1, 
p.  l\l\-i  .  —  Bernardo  Tasso  à  (iirohmio  Mora  :  v  E  per  questo  efFetto  essen- 
dosi  sua  Ecc.  partita  d'Asti  et  noi  da  Montechiaro,  si  venue  alla  Montada, 
loco  viciri  a  nemiri  sci  miglia  [Monixc  :  «  Et  vint  loger  à  la  Monta  près  Car- 
maignole,  six  mil...  »],  dove  impediti  dal  tempo  il  più  lempesloso  che  si  sia 
vcduto  di  molti  anni.  quasi  presago  di  quesia  nostra  disgralia,  siamo  stali 
fin'  al  giorno  di  l'as(jua...  »  {Lett.  di  M.  licniunlo  'fdssi, ,  fo  i/}8  v".)  — 
Paul  Jove  (lil).  XLIV,  f"  '62H  (j)  parle  aussi  de  l'orage  qui  obligea  del  Vasto  à 
revenir  en  arrière.  Cf.  (Iamiuano,  qui  a  copié  Paul  .love  (.l/o/j.  /lixt.  patr.^A, 
col.   if(8/}). 

/|.  "  Sç(|iifnli  die  N'asiiiis.  cpiurii  soi  vcl  ;llldlig^ll^  cd'Iuiii  scronasscl,  iili 
slaliH-ral,  itçr  a  Moiitala  ad  SiiiurMaripain  diirxil.  »  (Paul  Jove,  fu  329  A). 


l'après-midi    T)U    DIMAXCriE     l3    AVRIL     l544-  ï'^7 

vemenl  vers  Soiniiiai-iva.  Fis  ocrnprtciil  d'alxjrd  sur  la  roule  la 
[)elife  |>lac<^  (l<'  C(''iisol('s,  où  le  iiLn(|uis  mil  deux  cents  ar'<jiie- 
busiers.  Les  (•nloiiiies  (rinranlcrie  a\  aiiraiciil  ItMitenieilt ,  proté- 
g'ëes  sur  le  liane  droit  par  la  cavaltMie  (pie  de!  Vasto  eoiiduisait 
eu  j)ers(iiiiie.  Le  eomle  d  Aiimiieii,  à  (^ariuat^iiola,  ne  fut  prévenu 
de  la  marehe  des  enn(îinis  qu'assez  tard,  vers  midi,  dit  du  Bel- 
lay', à  deux  heures  apiès  midi,  dit  wuv  relation  anonyme  con- 
temporaine", et  d'une  faron  assez  vai^iie  :  on  ignorait  si  les 
Impériaux  se  dirii^caient  vers  KiU'conii;! ,  Sommaiiva  ou  Villa- 
stellone.  On  donna  l'ordre  aussil(')l  de  faire  sortir"  toute  l'armée 
hors  des  lii^iies  et  de  la  j)lace.  Mais  avant  d(;  la  mettre  en  mou- 
vement, le  jeune  t>énéral  réunit  les  plus  vieux  ca{)itaines,  Bou- 
lières,  Taix,  Termes,  d'Ossun,  Monneins,  Martin  du  Bellav, 
Antoine  de  Boidiers,  s'  de  Cenlallo,  (larlo  Vag'none,  s''  de  Uros, 
Ludovic  de  i^ira^ue,  et  leur  demanda  «  s'ils  étoient  d'advis  de 
mener  le  camp  droit  à  eidx  et  (h;  leur  donner  bataille  ».  La 
majorité  conclut  qu'il  était  j)lus  prudent  d'envoyer  seulement  la 
cavalerie  en  reconnaissance.  Le  comte  d'Am^uien  j)art  donc,  em- 
menant les  chevau-h'^ers,  une  partie  des  Suisses,  un  millier  d'ar- 

1.  Du  Beixay,  XLX,  /|(J7. 

2.  Cette  relation  a  pour  litre  :  L'oi-dourKince  de  la  Ixitaillf  /(lictc  à  Si/ri- 
zolles  en  Piedmonf,  avec  la  defaicte  des  Espagnols,  s.  1.  n.  d.  [«  de  Carma- 
nolie,  ce  jour  de  la  bataille,  lendemain  de  t*as(jiies  iî)l\l\  »],  in-8o(lî.  N.,  I^b^o  102, 
Rés.).  Elle  a  été  réimprimée  par  d'Auhais  au  t.  il  des  Pièces  fug il ives,  avec  le 
Discours  de  la.  bataille  de  Ceriadles,  à  l'enseigne  du  Rocher,  à  Lyon,  chez 
Sulpice  Sabon,  i.V,/»,  iQ-8"  (B.  N.,  IJ)3o  ,01,  R('-s.),  et  AWuUres  lellres  de  la 
deff'aicle  des  /Cspaignols  à  Si/ricoles,  s.  1.  n.  d.  [iS/j/j],  in-8"  (B.  N.,  Lb3o  io3, 
Rés.).  Ces  trois  relations  contemporaines  sont  de  valeur  très  inét^ale.  La  troi- 
sième est  un  discours  assez  vague,  Fait  après  coup  et  complètement  négligeable. 
La  seconde,  qui  a  été  reproduite  par  Cimber  et  Danjou  (Arc/i.  car.,  l 'o  série, 
III,  65-76),  est  évidemment  fabricpn'c  d'après  la  première;  elle  en  i-eproduit  le 
plus  souvent  les  termes  et  y  ajoute  des  inexactitudes,  citant  Monlue  parmi  les 
morts,  prêtant  au  comte  d'Anguicn  un  rôle  glorieux.  Le  Disconi-s  est  une 
œuvre  de  complaisance,  duc  à  un  [)anégyriste  oFHciel.  R(;ste  la  lettre  anonyme, 
le  seid  de  ces  trois  documents  (pii  soit  sérieux.  J'en  ai  tiré  le  fond  <lu  récit  de 
la  journ('e  du  \?>.  —  X'oir  la  l)il)li(jgi'apliif  i-()m|>lète  de  la  bataille  dans  M.vnno, 
Jiihhogra fia  slorica  di  Sainjni,  W .  ■>.'.'<],  (|iii  cite  une  lettre  de  Beruardo  Spina, 
publiée  à  Milan  en  i'>f\l[;  mut  (ra<lii(lii)n  l'rançaisç  d'une  lettre  «  escripte  de 
Thurin  à  Iaou  du  seiziesme  d'avril  l'an  mil  cinrj  cens  XLIIII  »,  publiée  à  Tou- 
louse, Boudeville,  ir)/j4,  in-4i,  et  un  Discatirs  lUi  la  bataille,  Tholose,  MDXLIIII, 
in-80,  (pii  paraît  être  une  réimpression  de  la  lettre  avec  des  addilions.  Je  n'ai 
pu  consulter  ces  relations  ni  établir  pai'  suite  leur  filiation  |)rul)alilc  avec  les 
autres. 


l58  LA    JOURNÉE    DE    CÉRISOLES. 

([iiebusiers  et  trois  moyennes  à  double  équipag^e  ',  et  parvient 
sur  le  plateau  qui  dominait  Cérisoles  et  la  vallée  où  j)assaient  les 
Impt'riaux.  Les  clievau-léyers  de  Moiineins  et  d'Ossun  piennenl 
contact  avec  la  cavaleiie  italienne,  (pie  conduisait  (lesare  Mag'g'i'. 
L'escarmouche  s'eng-a^e,  assez  mollement^.  Le  comte  d'Anguien 
se  repent  alors  de  n'avoir  pas  suivi  sa  première  inspiration.  La 
seule  vue  des  lieux  lui  a  démontré,  en  effet,  que  l'occasion  ('tait 
unique  pour  eng-ager  une  action  décisive.  Au  fond  de  la  vallée, 
qu'il  domine,  l'infanterie  impériale  avance  péniblement  :  les 
pièces  d'arlillerie  sont  engluées  dans  la  boue  causée  par  l'orag-e 
des  jours  précédents;  les  lansquenets  allemands  s'épuisent  en 
ctVoits  pour  les  en  extraire;  l'infanterie  italienne  du  prince  de 
Salerne  se  traîne  en  arrière,  brisée  par  les  marches  qui  l'ont 
ramenée  de  Montechiaro  à  San  Stefano*.  L'erreur  commise  était 
ttaçrante  :  l'auteur  de  la  relation  anonyme  française  que  nous 
suivons  dit  que  «  l'on  se  repentit  très  bien  de  ce  qu'on  n'avoit 
fait  marchei'  tout  le  camp  »;  du  c(Hé  des  Impériaux,  Paul  .love 
afiirme  (pie  si  les  Français  avaient  poussé  plus  avant,  le  désastre 
était  certain.  Le  comte  d'Anguien  demanda  à  ses  capitaines  «  s'il 
envoiroit  querre  les  gens  de  pied  ».  Ils  lui  conseillèrent,  sag-e- 
ment  d'ailleurs,  de  n'en  ri;m  faire  :  l'après-midi  était  trop  avancée 
et  la  pluie  recommençait  à  tomber  5.  On  décida  donc  de  rentrer 
à  Carmag-nola  et  de  remettre  la  bataille  au  lendemain*'. 

Moulue  a  raconté  à  sa  façon  cette  journée  du  i3,  à  laquelle  il 
eut  part,  tresl  lui  (jui,  le  malin,  j)ai-tit,  avec  vingt  cavaliers  du  capi- 
taine Taurines,  lieutenant  du  comte  de  Tende,  pour  reconnaître 
la  marche  de  la  cavalerie  ennemie  '.  Le  fait  est  vraisend)lable,  car 
il  avoue  franchement  qu'il  ne  put  se  rendre  compte  dans  quelle 


1.  Hans  Wildperg.  —  Peter  Guter.  —  De  Bkllay,  XIX,  498. 

2.  P.VIL  JOVK,    loC.    cit.,    fo    32(J  C. 

3.  «  Et  (l(jppoi  (li  essersi  scaramuzato  un  pezo,  se  retirarono  essi  Francesi  a 
Carmagnola  »,  dit  Bobba,  Asti,  i5  avril  (i/w//.  hist.  du  Corn,  des  trav.  histor., 
i8(,G,  p.  449). 

4.  PvLL  JOVE,    fo   829   liC. 

5.  Détail  donné  par  P.vru  Jove,  fo  829  C. 

0.  «  Et  auprès  de  la  nuyct,  ilz  se  sont  retyrez  aud.  (".ariuynolle.  »  (Le  capi- 
taine Millorl  à  l'Empereur.) 

7.  Il  dil  (pi'il  la  vil  passer  o  au  lontç  des  boys  de  l'ahhaye  de  ...  »  Le  nom 
est  resté  en  lilanc  dans  It-s  n)ss.  Moulue  ne  s'en  est  plus  souvenu.  (Voir  plus 
liaiil.  p.    .'),  II.  /|.) 


I 


LE    RKCIT    DF,    MONLUC.  I  Bq 

direction  allaient  les  InijX'iiaiix.  Il  note  ensuite  l'ordre  donn('  à 
lonle  raj'MM'e  IVanraise  de  sortir'  de  (  laiinai^riola  et  insiste  sur  le 
conseil  on  l'on  lit  rcNcnir  leconiled'AnL^nien  sur  la  résolution  prise 
de  conihalti-e  de  snile.  Il  souligne  rorlcnienl  la  lau le  commise  cl 
en  appclh'  an  t(''moi!^nai;e  de  del  Vasl(»,  dans  des  ternu's  (jui  per- 
incllcnt  de  croire  qu'il  se  souvient  ici  du  récit  de  Paul  .love'.  Il 
lut  de  la  I  toupc  d'aivpu'ltnsicrs  (pie  le  coinle  eniinena  avec  la  cava- 
lerie. Aussi  |>ul-il  \()ir  la  situation  (l<''sa\anla^eiise  de  l'ennemi 
et,  en  pai'liculiei',  ces  deux  canons  einhourhés  «  dens  un^'  pa- 
doil  »,  (pw  les  Kspayriols  ne  jxuivaient  tir'er  «  avant  ny  arrière  ». 
Il  ne  dit  mol  de  rescarinouche,  mais  n'oublie  pas  le  honteux  re- 
tour à  C^larma^nola,  où  il  place  Iç  conseil  dans  lequel  on  dé'cida 
de  livrer  le  lendemain  bataille.  (iCtte  dernière  scène,  assez  dra- 
mali(pM',  peut  sendder  à  bon  dioit  suspecte.  La  résolution  dut 
être  [)rise,  comme  le  dit  la  l'clation  anonvme,  sur  les  lieux  mêmes. 
Moulue  nu'  paraît  avoir  imat;in(''  aussi  la  mutineiie  qui  se  serait 
pi'odnile  le  soir.  Dans  toute  cette  journée,  exa^i'rant  sans  doute 
un  [)eu  son  rôle,  il  s'est  peint  bouillant  d'impatience,  déses[)('r('' 
de  ce  qu'on  ait  laissé  échapper  l'occasion  favorable,  ^ourmandant 
même  son  général  en  chef.  Il  a  voulu,  quand  il  l'a  racontée  plus 
de  \ini^l-cin(|  ans  après,  cpre  tous  ses  camarades  aient  par- 
ta^"é  son  enthousiasnu'  et  son  désir  «  d'en  marii^cr  ».  N'est-il  pas 
plus  |)robable  (|ue  les  soldats  du  c(unle  d'AniJuien  marquèrent 
siu'lout  leur  m(''conl(Mitemenl  de  n'être  pas  intéj^ralemenl  pavés 
de  leur  solde  ar  ri(''!(''e,  comme  le  laisse  entendre  Martin  du 
Bel  la  V  '  ? 

1.  I*Aui.  .lovi.  :  «  Quam  [vallem]  si  transissent  [Galli],  Caesarianis  profecto 
uiaa^na  et  ccrLa  ciades  erat  exspectanda,  uti  postea  Vastius,  animadverso  dis- 
juucli  iniparatique  exercitus  sui  periculo,  confessus  est.  »  Monllc  :  «  Et  comme 
nous  eusmcs  demeuré  plus  de  trois  lieures  viz-à-viz  des  ennemis...  rpii  ne  pen- 
soinct  rien  moins  (pie  de  condtatire,  dict  le  marc([uis  luy  niesmes  despuis, 
(estant  prisonnier,  à  monsieur  de  Ternies,  ([ue  jamais  il  n'avoict  eu  tant  de  peur 
d'estre  perdu  (jue  e(;  jour  là...  »  Dans  une  addition,  Moulue  a  ajoul('  (pie 
Ternies  lui  rappoi'ta  le  pro|)os  de  del  \  asio.  Il  est  permis  de  croire  plutt)t  que 
iVldiduc  s'(''lail  l'ait  lire  le  rtH'il  de  Paul  .love  dans  la  traduction  de  Sauvaii^e,  [)a- 
iMic  en  I ;")(') I,  el  (]ue  sa  nii'nioire  excellente  avait  retenu  ce  ili'tail  (pu  l'aNait 
naturellement  l'rappt*. 

2.  On  a  vu  plus  haut  ([ue  Monlue,  s'aidaiil  de  tlu  IJellax ,  a  ajouté  après  coup 
deux  allusions  à  cette  ini|)ortanle  (juesliori.  Il  semble  dire  que  Laui>ey  ari'ixa 
au  cam|)  le  dimanche  soir.  I)'a|)iès  les  Mémoires,  il  était  le  vendredi  1 1  à  t'cr- 
cenaseo  et  ari'i\a  le  lendeniaiii  à  Carniannola. 


l6o  LA    JOURNÉE    DR    CÉRISOLES. 

Ce  détail  contestable  mis  à  part,  le  récil  de  la  journée  du  i,S 
a|>[)araît  dans  Monluc,  en  somme,  sinon  complet,  du  moins 
exacl.  Celui  de  Martin  du  Bellay  est,  sur  certains  points,  plus 
détaillé  :  il  n'omet  j)as  l'escarmouche,  [)arle  même  de  coups  de 
canon  tirés  sur  l'infanterie  impériale;  il  place  sur  les  lieux  le 
second  conseil  de  guerre  tenu  par  le  comte  d'Anguien,  Mais  il  ne 
dit  mol  du  premier  conseil,  ni  de  la  faute  qui  v  fut  commise. 
Martin  du  Bellay  fut,  à  n'en  pas  douter,  de  ceux  ({ui  opinèrent 
qu'il  ne  fallait  pas  faire  marcher  tout  le  camp,  cpii,  comme  le  dit 
Moulue,  «  persecutoient  lousjours  monsieur  d'Anguyen  de  ne 
hazarder  poincl,  et  luv  metiont  devant  les  pertes  que  ce  seroit 
au  llov  s'il  perdoit  la  bataille,  car  ce  seroit  la  perte  du  royaulme 
de  France  ».  Il  y  eut,  dans  cette  journée,  deux  partis  parmi  les 
capitaines  français  :  les  timides  et  les  audacieux.  Les  premiers 
rf'ni|>orlèrent  dans  le  conseil^  mais  l'événement  leur  donna  tort. 
Moulue,  qui  savait  être  circonspect  quand  il  le  fallait,  fut  des 
seconds  :  faut-il  en  faire  honnevu"  à  sa  perspicacité  militaire?  Il 
a  contre  lui  d'avoir  «mi,  en  fait,  l'aison.  Mais  sachons-lui  gré 
d'avoir,  après  qu'il  eut  lu  le  récit  de  du  Bellay,  dont  les  efforts 
pour  masquer  la  faute  commise  durent  sans  doute  le  faire  sou- 
rire, rendu,  dans  une  addition,  un  bel  hommag^e  à  la  valeur  per- 
sonnelle des  sag'es  que  la  crainte  seule  de  tout  perdre  «  retenoict 
en  bride  ».  Du  Bellav  nous  aide,  d'ailleurs,  à  comprendre  Mon- 
hic  :  il  nous  ap[)rend  (pie  les  artpiebusieis  emmenés  j)ar  le  comte 
d' Anyiiien  fiirenl  par  lui  jetés  dans  un  petit  bois,  où  ils  restèrent 
inactifs.  On  se  rend  conqite,  si  l'on  retient  ce  détail,  ipie  Moiduc 
ait  gardé  un  mauvais  souvenir  de  ces  heures  (pi'il  passa  à  enrager 
derrière  des  arbres,  à  deux  pas  de  l'ennemi  '. 

Il  est  difficile  d'admettre,  comme  le  dit  du  Bellay,  que  dans  la 
nuit  du  dimanche  au  lundi  le  comte  d'Anguien  se  demanda  s'il 
ne  remonteiail  ])as  vers  Villastelloiie  pour  re|)asser  le  IV)  et 
abaiidoMiK'f  à  rcnnemi  ht  ri\e  di'oite.  L'idée  lui  fut  j)eul-ètre 
suggé'it'e  p;ir  les  plus  timorés  de  son  conseil,  qui  i(Mloutaient  la 
supéiioril»'  rnnnéritpie  des  Imp('[iaux '.  Mais  il  send)le  bien  que. 


I.     1)1      l'.KI.l.AV,   XiX,  /irjf). 

:>..  Du  lîclliiy  cxiiijfère  certainement  en  disaul  i\\w  i\r\  X'asto  avait  dix  niillc 
lionunes  de  |)i«'d  de  plus  {|ue  le  comte  d'Anguien.  i^a  relation  anonyme  parle  de 
trois  mille  tiommes  de  plus. 


l'escarmouche  d  arquebuserie.  iOi 

dès  le  dimanche  soir,  le  jeune  général  français  était  décidé,  comme 
le  (lisent  Monhic  et  la  relation  anonyme,  à  livrer  bataille  le  len- 
demain, Monluc  et  du  Bellay  sont  du  reste  d'accord  pour  noter 
(|ue,  dans  la  nuit,  del  \  asto,  au  lieu  de  continuer  sa  marche  vers 
Sommariva,  se  contenta  d'occupei-,  en  face  de  la  route  de  Car- 
mai^nola,  le  plateau  de  la  Gerb(jla,  au-dessus  de  Cérisoles.  d'où 
la  veille  la  cavalerie  française  l'avait  observé'.  C'est  là  que  le 
ti-ouvèrent  les  chevau-lég-ers  de  Francesco  Bernardino  Vimercati 
envoyés  le  matin  en  reconnaissance.  Partis  à  trois  heures  du 
matin  de  Carmag'nola,  les  Français  se  dé[)loyèreiit  en  balaille  de 
l'autre  coté  de  la  route;  leur  position  était  straté^irpiement  infé- 
rieure, dominée  par  l'artillerie  ennemie.  On  a  vu  que  Monluc  a 
simplement  transcrit,  en  le  résumant,  l'ordre  de  l'armée  fran- 
çaise tel  que  le  donne  du  Bellay,  d'accord  avec  la  relation  ano- 
nyme, et  d'une  façon  plus  claire  et  plus  complète  que  Paul  .love^. 
Les  deux  armées  restèrent  toute  la  matinée  en  présence  sans 
eng-ag-er  l'action.  Moiduc  a  négligé  de  donner  ce  détail.  Du 
Bellay,  qui  a  cherché  à  être  plus  précis,  se  trompe  tout  à  l'ail 
en  disant  ipie  l'escarmouche  d'arquebuserie  qui  ouvrit  la  bataille 
commença  dès  le  matin  et  dura  jusqu'à  onze  heures.  L'agent 
mantouan  Bobba,  Bernardo  Tasso,  secrétaire  du  prince  de 
Saleine,  et  une  relation  française  sont  d'accord  p<»ur  la  faire 
commencer  beaucoup  plus  tard,  à  onze  heures  d'après  la  der- 
nière, à  midi  d'après  le  second,  à  deux  heures  après  midi  selon 
le  premier,  et  pour  la  faire  durer  jusqu'à  quatre  ou  cinq  heures 
du  soir^.  Monluc,  qui  dit  avec  raison  que  l'escarmouche  dura 
de  trois  à  quatre  heures,  ne  se  vante  donc  pas  en  s'altribuant 

1.  Iinl)l)a,  Asti,  i5  avril  :  a  S.  Ex'»  cou  l'cxercito  Cesareo  reslo  la  notte 
in  cssa  terra  de  Ceresolc,  et  volendosi  heri  mattina  marchiar  alla  ditta  via  di 
Sommariva,  si  hchhe  aviso  che  il  canipo  Krancese  venera  inchora  ritrovarci, 
et  perho  S.  Ex'^i  misse  lo  exercito  in  ])atat!,lia  discosto  dalla  detla  terra  di 
Ceresole,  mczo  mii^^lio,  al  dritio  délia  \  la  di  (larmae^nola,  per  donde  venevano 
Francesi...  »  [Bull.  hist.  du  Coin,  tics  tran.  Iiistnr.,  1896,  p.  /|4o-  Fr.  Molard, 
(jui  a  publié  cette  lettre,  eu  a  dninH-,  j)p.  i'>()9-/(Oi,  une  analyse  détaillée  (|ui 
leuferme  des  inexactitudes  içraves  et  des  contresens.)  Cf.  Adrjani,  note  17  à  la 
Vitd  (Ici  ('(irdimd  Sanfn-Ci-oce  {Misadl.  ili  sfor.  if  al.,  V,  626-680) . 

2.  Voir  un  plan  de  la  bataille,  établi  d'après  du  liellay  et  .Moiduc.  dans 
llAuny  DK  t*i:iviM,  Les  lidtdilles  d'inilrcjois.  II,  f\oi .  Ce  plan  est  mal  orienté. 

W.  liobba,  .\sti,  1")  avril  :  «  S.  Ex'ii  mando  avauli  alquanti  archibuseri  et 
cavalli,  cbe  allacarono  la  scaramuza  circa  le  i[\  hore,  et  duretle  essa  scara- 
muza  per  più  de  doe  a^rande  hore  o  tre  ancora...  »  —  IJernardo  Tasso  à  rtiro- 

11 


102  LA    JOURNÉE    DE    CKRISOLES. 

dans  la  joiiriH'c  un  vô\c  iin[K)iianl  :  il  marcha  le  premier  au 
feu  et  il  souliiil  pendant  la  [)lus  grande  partie  de  l'après-midi 
tout  l'efFort  de  la  bataille.  Un  C()m[)rend  dès  lors  (pi'il  ait  loii- 
^iiemciit  iiisist('  sur  ce  [treinier  épisode  de  l'action,  (pii  lut,  en 
tait,  le  plus  loiii;,  que  l^iul  .love  a  omis  et  dont  du  Bellay  a 
fait  un  récit  très  bref,  concordant  d'ailleurs'.  La  narration  des 
Commentaires  est  à  rapprocher  surtout  de  celle  de  Bernardo 
Tasso,  qui  faisait  partie  du  corps  d'infanterie  italienne  du  prince 
de  Salerne,  d'où  fut  tirée  précisément  l'arquebuserie  opposée 
à  Moiduc.  D'après  ces  deux  témoignages,  confirmés  par  la 
dépêche  de  Bobba,  l'escarmouche  fut  reidorcée  des  deux  parts, 
les  Français  ayant  emporté  une  [)osition  couronnée  par  une  mai- 
sonnette où  ils  voulaient  lo;^er  leur  artillerie,  les  Italiens,  aidés 
de  quatre  cents  Espag^nols,  l'ayant  reprise.  Monluc  dit  un  mot  de 
la  façon  dont  l'artillerie  de  M.  de  Maiily  appuya  le  feu  de  ses 
arquebusiers,  mais  il  n'insiste  pas  assez  sur  ce  fait".  Ce  qui  donne 
à  la  journée  de  Gérisoles  son  caractère  de  bataille  «  moderne  », 
c'est  précisément  la  large  place  qui  y  lut  faite  à  l'action  combinée 
de  l'infanterie  en  ordre  disperse  et  de  l'artillerie.  On  souhaiterait 
([ue  Monluc,  ce  fantassin  si  convaincu,  eût  mis  ce  trait  original 
en  relief.  En  revanche,  il  se  plaint  avec  raison  que  le  comte  d'An- 
guien  eût  négligé  de  le  faire  appuyer  par  de  la  cavalerie,  tandis 

lani')  .Mor.i  :  «  Allô  i  :>  horo  si  coiniiiciù  una  t^rossissiina  scarainiizza,  la  (]tial 
(liirù  sin  aile  lO...  »  (Li'ft.  di  M.  lieriKirdo  7'asso,  t»  i/jy  r^.)  —  I^e  inciiu*  à 
lîernardiiio  Rota  :  a  Dalle  dodici  hore  che  cominciô  la  scaraniuzza  fra  l'un 
campo  el  l'allro  sin"  aile  dieriseUe  ehe  se  aUacô  la  hattat^-lia...  »  {Ibid., 
f"  i58  ro.)  —  «  lù  comnienra  le  eoiuhal  à  anze  heures  devant  niidv.  »  [Aultres 
lettres  de  la  dejfaicte  des  Kspaignols  à  Si/i'izoU's.) 

1.  De  Rublc  dit  à  tort  (|ue  Monluc  ne  s'accorde  pas  avec  du  Bellay  sur  les 
noms  des  ca|)itaines  (jui  connnandèrent  sous  lui  l'arquebuserie.  I^e  nom  du 
ca|)ilaiiie  Hevard,  dans  du  tiellay,  est  certainement  détii^uré  et  le  nom  donné 
par  Monluc  [l^ijenard,  Lijtmard)  permet  de  le  restituer. 

2.  Houijv  :  <(  Diirette  cssa  scaranuiza  per  più  de  doe  grande  hore  o  tre  an- 
cora.  sem|)ra  più  ascaldand(jsi,  et  l'artigliaria  di  l'una  parte  et  l'allra  lavorava, 
ma  jiiri  (piclla  di  T^rancesi...  »  B.  T.vsso  :  «  E  havcndo  a^ià  Francesi  pigliate 
alcune  case  sopra  cerli  colli,  dove  per  aventura  dissea^uavano  di  j)orre  artei^lia- 
ria  |)er  battent  l'essercilo  nostro,  sua  licc.  in  una  parle  vi  mando  Gottieres 
Chcsada  et  don  (îiovanni  di  (ihevara  con  (pialtrocenio  archibu<;Tri  S|)a<<noli,  et 
ncir  altia  il  si'^iior'e  Antonio  Maria  Sanseverino  con  alcuni  allri  capitani  italiani 
a  levari>li  di  ipicl  inrlc,  i  (juaii  a  colpi  di  arcliibui;ial('  nei>li  cacciarono,  e  S""»'" 
daij;-narono  i  colli,  ne  |)('r  mollo  clie  s'allaticasserono  i  iiemici  per  rac(juibtargli, 
polerono  mai...  -  [Ij'll.  di  M.  licriKirdo  Tassa,  T"   i/|(j  r"-v".) 


SUISSES    ET    GASCONS    CONTRE    LANSQUENETS.  l().'^) 

que  les  arquebusiers  enueniis  luarcliaieul  au  feu  soutenus  par 
les  lanciers  florentins  de  Kodoifo  Baj^lione.  Quant  à  la  violence 
de  rescarmouche,  elle  est  attestée  par  les  lénioiiis  oculaires  : 
c'est  Bernardo  Tasso  écrivani  (pie  h*  coiuhat  (Uait  horrible  à 
voir  '  ;  c'est  du  Bellay  disant  :  «  .le  vous  asseure  qu'y  eust  eu  heau- 
coup  de  plaisir  à  ^'oir  les  ruzes  et  stratagèmes  de  yiu'rre  (pii  se 
faisoient  tant  d'une  pail  (pie  d'aulic.  à  riKunuK»  (pii  eust  este"'  en 
lieu  de  seurelt'  et  qui  n'eust  eu  aulic  chose  à  l'aire'.  »  «  Jamais 
on  ne  vit  mieux  fere  »,  dit  plus  simplement  et  plus  fortement 
Moulue. 

Entre  (piatre  et  cinq  heures  du  soir,  del  Vasto,  n'ayant  j)u 
ri^'ussir,  conime  il  l'espi^rail,  à  déborder  et  envelopj)er  les  lig'nes 
fran(;aises,  donna  Tordre  de  luarcher  aux  lansipienets  du  centre, 
que  commandait  Alispi-ando  Madruz/.o.  «  L'Allemand  venoit  à 
nous  à  j^rand  pas  e(  trot  »,  dit  Moidiic.  Le  capitaine  suisse  llans 
Wildperjj;-  vi(  arriver  aussi  ces  quinze  ensei^iu's  formidables,  qui 
ressemblaient,  dit-il,  à  une  montay;-ne  hérissée  d'une  foret  de 
piques.  Moulue,  témoin  (jculaire  "et  acteur,  a  raconté  le  choc 
de  l'infanterie  française  (bandes  de  Taix  et  Suisses  de  Frôlich) 
et  des  lansfpiencts  impériaux,  qui  fut  le  second  moment  et 
l'épisode  décisif  de  la  bataille.  Il  insisie  particulièrement  sur  la 
manœuvre  qui  assura  ravantai^'c  aux  Fraiu;ais  :  au  lieu  de  mar- 
cher contre  les  Italiens  du  prince  d(^  Salerne,  les  vieilles  bandes 
françaises  se  réunirent  aux  Suisses,  et  cette  masse  puissante 
d'infanterie,  appuyée  d'un  C(Hé  par  les  chevau-lég^ers  de  Termes 
et  de  Vimercati,  de  l'autre  par  les  i^endarmes  de  Boutières,  en- 
fonça les  lansquenets.  ((  Nous  avons,  nous  confédérés,  écrit  Hans 
Wildpers^,  avec  nos  treize  ensei§"nes  attaqué  d'abord  les  lans- 
quenets, et,  grâce  à  la  puissance  du  Seig-neur,  nous  les  avons 
traversés  de  part  en  part  comme  la  tenqjète  \  »  L'impicssiou  est 
la  même  dans  les  Commentaires  :  «  Les  Suysses  feuicnt  lins  et 
escors;  car  jusquesà  ce  qu'ilz  nous  veyrent  de  la  long^ueurde  dix 
ou  douze  picques,  ilz  ne  se  levarenf  jamais;  et  api  es  coureurent 

1.  «  Scaniiiuizzato  clic  s'licl)l)C  si  lmii;;i  lioi'.i,  l.uild  sticll;iiiii'ii(c  clic  cra 
un'  lidrroro  a  remirar...  » 

•A.   l)v   Bellay,  XIX,  Sof). 

3.  IVtcr  Gutcr  niciilionc  la  ]»r('sciicc,  à  droite  des  Suisses,  des  (mis  niilir 
Gascons  de  Taix  et  de  Moulue,  il  dit  (lu'apiTs  avoir  rompu  les  laiisiiucncls  on 
les  poursuivit  jtisi|u'à  ce  (lu'oii  u'ciil  |)liis  (rciiiiciuis  (le\arit  soi. 


l64  LA    JOURNÉE    DE    CÉRISOLES. 

comme  sangliers  et  donnareiit  par  le  flanc...  »  Le  prince  de  Sa- 
lerne,  très  éprouvé  par  le  combat  d'arquebnserie,  ne  boug-ea  pas  '. 
Les  lansquenets  une  fois  rompus,  les  chevau-légers  mirent  en 
fuite  les  lanciers  florentins  de  Rodolfo  Baglione,  et  les  Italiens  du 
prince  de  Salerne  tournèrent  le  dos  avec  eux  ^.  Le  mouvement  fut, 
on  le  voit,  décisif.  On  n'est  plus,  dès  lors,  surpris  que  Monluc  et 
du  Bellay  se  soient  attribué  l'un  et  l'autre  la  gloire  de  l'avoir 
provoqué.  Du  Bellay,  qui  a  noté  justement  que  del  Vasto  com- 
mit la  faute  de  ne  pas  donner  l'ordre  d'avancer  au  prince  de 
Salerne,  affirme  qu'en  sa  qualité  de  sergent  de  bataille  il  enjoi- 
gnit à  M.  de  Taix  de  se  rapprocher  des  Suisses  et  de  faire  masse 
avec  eux.  Non  moins  affirmativement,  Monluc  raconte  que, 
vovant  les  bandes  françaises  marcher  piques  baissées  contre  les 
Itafiens  du  prince  de  Salerne,  il  accourut  auprès  de  M.  de  Taix 
et  lui  montra  le  danger  :  «  Où  voulés-vous  aller,  monsieur,  où 
voulés-vous  aller?  Vous  allés  perdre  la  bataille  :  car  voicy  les 
Allemans  qui  vous  viennent  combattre  et  vous  prendront  par 
flanc.  »  Aucun  document  connu  ne  permet  de  dire  lequel  des 
deux  témoins  il  faut  croire.  Monluc,  après  avoir  lu  du  Bellay.,  a 
maintenu  sa  version,  sans  ajouter  la  moindre  observation  sur 
cette  divergence  grave.  Leurs  récits  à  tous  deux  concordent,  pour 
le  reste.,  avec  la  relation  anonyme  déjà  citée  ^,  avec  les  lettres 
des  capitaines  suisses  et  avec  Paul  Jove,  qui  explique  très  claire- 


1 .  Bernardo  Tasso,  nui  cherche  du  reste  à  excuser  sou  chef,  douuc  cette  rai- 
sou,  (jui  paraît  acceptable,  dans  ses  deux  lettres  à  Girolamo  Mora  et  à  Ber- 
nardino  Rota  [op.  cit.,  fos  i5o  vo,  i58  vo).  Paul  Jove  dit  que  la  disposition  du 
terrain  empêcha  le  prince  de  Salerne  d'avancer  :  c'est  moins  vraisemblable.  — 
Cf.  liRANTÔMi:,  II,  2(i,  (jui  copie  du  Bellay. 

2.  Les  aufcnts  florentins  Christiano  Pagni  et  Donato  de'  Banli  exaltent  iiatu- 
relleinenl  liodolfo  Bai^lioiie,  qui  tut  blessé.  Ils  sont  d'accord  avec  une  lettre  du 
marrpiis  de  Mariiçnan  au  duc  Cosnie  de  Médicis  pour  constater  —  ce  qui  est 
vrai  —  que  son  cor|)s  de  cavalerie  fut  le  seul  (jui  se  battit  {Négoc.  de  la  Fr. 
(uuic  1(1  Tdsc,  III,  O4-O7,  95-f)0,  98,  ioo-io3). 

3.  «  Mais  nostre  avant-tjarde  cl  bataille  inarchèreni  droit  aux  ennemis  la  tète 
baissée  vers  lesdits  lanstjuenets,  et  étoiont  leurs  premiers  rangs  de  pic(|uicrs  et 
les  nosires  de  piccjuiers  et  hac([uebutiers  entremeslés,  qui  joignirent  si  tière- 
mcnt  lesdits  lans(|uenels,  ayant  sur  les  aisles  entièrement  toute  notre  gendar- 
merie et  chevaulx  légers  (jui  renversèrent  les  premier,  deuxième  et  troisième 
rang;  lesquels  renversés,  notre  dite  gendarmerie  entre  par  le  ttanc  dedans 
ledit  bataillon  si  furieusement,  et  les  Suisses  de  l'autre  costé,  que  à  moins 
d'une  bonne  heure  furent  tous  lesdits  lansquenets  mis  eu  pièces...  » 


LES    IMPÉRIAUX    VAINQUEURS.  l65 

ment  comment  la  charge  des  g^endarmes  de  Boutières  ouvrit  dans 
les  rang-s  des  lansquenets  des  bri^'ciies  par  où  entrèrent  les  (îas- 
cons,  et  comment  l'attaque  combinée  des  Suisses  acheva  leur 
déroute  '.  Pan!  .love  et  du  Bellay  attestent  aussi  la  prise  de  Ter- 
mes, mentionnée  par  Moulue  :  Bol)[)a,  liernardo  Tasso,  I  ambas- 
sadeur florentin  à  Venise,  Donato  de'  Bardi,  la  racontent  exacte- 
ment de  même".  Brantôme  se  souvient  d'avoir  admiré,  «  en  un 
des  cabinetz  de  la  reyne  d'Angleterre  »,  un  grand  et  beau  tableau, 
peint  sur  l'ordre  de  Henri  VIII  et  représentant  la  journée  de 
Cérisohîs  :  on  y  voyait,  signalé  par  une  inscription  spéciale,  l'en- 
droit voisin  iVnn  bois,  dont  parlent  les  CommeîiUiircs ,  où  le 
capitaine  des  chevau-légers  français  eut  son  cheval  tu»'  sous  lui 
et  tut  fait  prisonnier^. 

Tandis  que  les  Français  et  les  Gascons  des  vieilles  bandes, 
réiniis  aux  Suisses,  enfonçaient  les  lansquenets  impériaux  et  cul- 
butaient les  Italiens  du  prince  de  Salerne  et  les  Florentins  de 
Rodoifo  Baglione,  l'action  avait  été  aussi  engagée  par  le  second 
corps  d'élite  de  del  Vasto,  les  piquiers  espagnols  de  D.  Ramon 
de  Cardona  et  les  Allemands  du  baron  délia  Scala,  qui  avaient 
en  face  d'eux  les  Italiens  de  Gio.  Battista  (irimaldi,  sieur  d'As- 
cros,  et  les  Gruyériens  de  Carlo  Vagnone,  sieur  de  Dros,  soute- 
nus j)ar  le  comte  d'Ang-uien  et  ses  compagnies  de  gendarmes. 
Espagnols  et  Allemands,  fidèles  à  une  vieille  taclicjue,  marchent 
d'abord  droit  aux  pièces  d'artillerie  qui  avaient  appuyé  le  feu  d<'s 
arquebusiers  français,  s'en  emparent,  tuent  les  chevaux  et  une 
partie  des  canonniers  et  brûlent  les  poudres  ^.  Moulue,  comme 
du  Bellay  d'ailleurs,  a  omis  ce  succès  momenlan('  des  ennemis 
que  Paul  Jove  n'a  pas  oublié  de  mentionner  à  sa  place.  Les  Im- 
périaux marchèrent  alors  droit  aux  (iruyéi'iens  qui,  pris  de  pani- 

1.  Paul  Jove,  liv.  .\LI\',  f»  33o  v". 

2.  Ihid.,  fi>  33o  l'i'.  —  lioBRA,  ]).  4'"'0-  —  1^-  Tasso,  f"  ifx)  v".  —  Xf'yoc  ih- 
la  Fr.  arec  la  To.sc,  III,  64. 

3.  Brantôme,  III,  2i(»;  IV,  5.  —  Pour  le  récit  idc  In  iialaillo,  Bianlômc  rcii- 
voie  à  Monluc,  <<  (jui  csloit  des  plus  juivaiits  aux  |)(mm1s  »  et  ([ui  "  l'a  si  hieii 
descrile  ». 

4-  I-a  relalion  anonyme  atlriltue  ce  succès  à  tort  aux  lansquenets.  Bohua, 
plus  exact,  en  fait  honneur  aux  Kspaçnols  :  «  Li  Spagnoli,  ohe  erano  de  anti- 
guarda,  non  hehhero  niollo  contrasto,  anzi  havevano  aguadag'nata  parle  dell'ar- 
tiçliaria...  »  B.  Tasso,  exa,<j^érant  le  succès,  dit  que,  si  l'on  avait  pu  persister 
dans  l'offensive,  on  aurait  pris  non  seuleiueiil  l'arlillt  rie,  ui;i!s  (  .iuiii.i'iMdlîi. 


lG6  LA    JOURNÉE    DE    CERISOLES. 

que,  lâchèrent  pied  au  premier  clioc  et  se  rejetèrent  sur  les 
Italiens  :  «  Et  vis  alors,  dit  l'auteur  de  la  relation  anonyme,  un 
desordre  si  étrange  que  je  faisois  jugement  que  tout  estait 
perdu.  »  Le  comte  d'Ang-nien  s'était  lancé  follement,  à  la  tète  de 
ses  g-endarmes,  sur  cette  foret  de  pi([ues  ;  plusieurs  charg^es  san- 
g-Jantes  n'eurent  d'autre  résultai  ([ue  de  laisser  sur  le  terrain 
la  plupart  des  chevaux,  et  aussi,  morts  ou  blessés,  quelques-uns 
de  ces  jeunes  seig-neurs  venus  de  la  cour  pour  assister  à  la  ba- 
taille '.  Monluc,  du  Bellay  et  Paul  Jove  racontent  de  même  cet 
épisode,  que  l'auteur  de  la  relation  anonyme  a  prudemment 
passé  sous  silence  et  dont  les  vaincus,  Bobba  et  Bernardo  Tasso, 
ne  paraissent  pas  s'être  rendu  compte.  Le  récit  de  Monluc  est 
le  [)lus  cii'conslancié;  il  souligne  fortement  l'imprudence  que  fit 
le  comte  d'Aug-uien  «  mal  conseillé  »,  ne  cache  pas  qu'il  com- 
mença à  fuir  vers  Carmag-nola  et  rapporte,  en  citant  le  nom  du 
témoin  de  qui  il  tient  le  fait,  que  le  jeune  général,  croyant  tout 
perdu,  ((  se  donna  deux  fois  de  la  poincte  de  l'espée  dans  son 
yorgerin  ».  Aucun  document  connu  ne  confirme  ce  détail  drama- 
tique. L^ne  leltiv  de  Bobba  nuMilionne,  par  contre,  la  mort  du 
sieur  d'Ascros,  cit('  par  Monluc  comme  tué  dans  la  panique 
des  (îruyériens  ".  Les  (^oinmentdires  ne  disent  mot  de  la  cavalerie 
napolitaine  du  prince  de  Sulmone,  qui  couvrait  le  flanc  droit  des 
piquiers  espag^nols  et  allemands.  Du  Bellay  prétend  que  M.  de  Dam- 
pieire,  avec  les  guidons  des  compagnies  d'ordonnance,  la  char- 
g-ea  et  la  rompit.  En  fait,  elle  tourna  le  dos  sans  attendre  les 
Fraiirais  et  ijalopa  jus<pi'à   Asti  sans  s'arrêter.  Bobba  confirme 

I.  .Monluc  (Ml  cite  (ii'iix  :  .M.  d'Assier,  le  Hls  du  i^raiid  l'cuvcr  (ialiot,  et 
M.  de  (^hemans,  neveu  du  garde  des  sceaux,  mentionnés  aussi  par  la  relation 
anonyme.  Fran(;oi.s  de  Sagon  composa  sur  ces  deux  jeunes  gens  et  sur  un  troi- 
sième, le  Hls  de  Barltezieux,  La  Complainte  \  de  trois  (jenlilz  \  honuni's  fi-dn- 
çoi/s,  I  occis  et  morts  nu  voijaffe  de  Car  \  rir/ruin,  l)ntaille  et  journée  de 
(jI  I  ricolles,  par  Franroys  de  Sagon,  avec  privik^e  du  Hoy,  |  io44  I  tic  l'im- 
primerie de  Denis  lanot,  imprimeur  |  du  Hoy  en  langue  Franeoyse,  et  libraire  | 
juré  de  rrniversilé  de  Paris,  in-8o  de  /j/j  ff.  paginés  à  la  main  (itu-2o/i  au  r"). 

—  l*\ri.  .IdVE  mentionne  la  mort  de  d'Assier,  «  summae  s|)ei  juvenis  ».  lioiuix 
dit  (pi'il  mourut  en  tout  n  otio  o  dcce  Mon'i  Francesi  ». 

■2.   Bohha,  Asti,  i6  avril  \liiill.  Iiisl.  du  (]i>m.  des  Iran,  hist.,  iSijt'»,  p.  [\^n). 

—  La  veuve  d'Ascros,  Françoise  de  la  lialme,  reçut  en  récompense  des  si^r- 
vices  de  son  mari,  tué  à  r,érisolcs  (■  en  taisant  vaillamment  son  devoir  »,  le 
chAteau  de  Tarascon,  pai'  maiidcincnt  roval  du  ii  a^i'il  iri/|/|.  (dt/fn/of/ue,  \'ll, 
nos  ■.>Jn;\2  et  2^»2•.^l .) 


L.V     UKTRAITK    DFS    IMPÉRIAUX.  167 

sur  ce  point  Paul  Jovo  '.  l'ii  vaincu,  le  capilaine  Millort,  avoue 
la  défaite,  mais  insislt;  j)arliculici'cmenl  sur  le  rùle  du  prince  de 
Sulinone,  auquel  il  attribue  l'Iionneur,  parlag-é  avec  «  aucuns 
lansquenetz  et  espagnol/.  »,  d'avoir  u  yay;-né  »  l'artillerie  fran- 
çaise, et  dont  il  exalte  la  \aleur  personnelle'.  Moulue,  qui  était 
à  l'opposé  du  cliamp  de  bataille,  a  oublié  ou  ignoré  ce  détail. 

La  nuit  venait.  Les  Espagnols  de  D.  Ramon  de  (iardona  et 
les  iMlemands  du  bai-on  délia  Scala  avaient  fait  halte,  vainqueurs 
et  indécis.  Tout  à  coup,  ils  virent  à  leur  droite  les  lansrpjeuets  on 
fuite  et,  marchant  xcrs  eux,  les  (iascons  et  les  Suisses,  flanqués 
de  la  ca\alcrie.  Alors  ils  commencèicnt,  dit  liobba,  à  remonter 
les  pentes  du  plateau  de  la  tîerbola,  où  ils  étaient  le  malin,  et  à 
se  retirer  vers  Asti  \  «  .Nous  nous  imaginions,  <'cril  Peter  (îuter, 
([ue  tous  ('I aient  battus.  Mais  alors  nous  arriva  par  la  route  la 
nouvelle  qu'un  corps  d'Espagnols  et  de  lansquenets  n'étaient  pas 
battus  et  avaient  mis  en  fuite  ving-t-trois  enseig-nes  d'Italiens  et 
de  (iruyérieiis.  Nous  marchâmes  donc  contre  eux  sans  le  moindre 
danger,  jiiscpi'à  ce  que  nous  fûmes  en  conlact.  Alors  les  Espa- 
gnols commencèrent  à  tirer  sur  nous  et  voulurent  nous  faire  re- 
culer. ^Liis  nous  marchâmes  si  énergifpiemeni  contre  eux  et  bon 
nombre  de  Français  à  pied  et  à  cheval  a\ancèreut  si  bien  aussi 
qu'ils  j)rirent  la  fuite.  »  «  Et  ainsi,  dit  de  son  ('(Hé  Hans  WiLlperg, 
le  lundi  de  Pâques  nous  avons  gagné  deux  batailles,  en  bons 
chevaliers.  Dieu  en  soit  loin'  !  »  Les  g-endarmes  français,  aux- 
quels se  joignirent  le;  comte  d'Angiiien  cl  sou  escorte,  rapjx-lés  à 


I.  l}()hl)a,  Asii,  i")  ;i\ril  :  c  I^'itilra  haiidii  do  cavallaria  (Icsarca,  clic  era  a 
maiio  siiiistra  de  rcxci'cito,  se  misse  in  tiii^'a  scnza  aspcltar  clic  Ji  ca\alli 
l'ranccsi  <)li  rompesseno  pur  ianza  coiiti'a  piche;  dossa  lianda  solo  C()iiil)atleU^ 
il  si'  t^riiicipe  de  Snliiioiia  cou  al(Mini  geiitilliiioniini  soi,  cl  de  (juelli  del  s'' Mar- 
chese  Ill'iin  clie  erano  net  s(piadroiie  dcsso  s"'  I*rincipe...  <>  CS.  Ukamùmic,  I,  ■.'.'.\/\, 
d'après  l*aiil  .love  (voir  une  noie  de  I^.  I^alanne,  II,  4 29). 

:>..  "  \'A  iiioiisiciir  le  |H'incc,  en  conilialaiit  coninie  home  dlKninciii',  pciiNaiit 
que  son  escouadron  l'uct  aupreslz  de  luv,  et  il  ne  trouva  nully  ou  bien  peu,  car 
il  tîct  comme  celluy  qui  s'cmbanjue  sans  bis(|uict.  et  estant  tousjours  main  à 
main,  iioz  lanscpienetz  tornare  avecque  toute  nostre  cavallerye,  en  sorte  (|ue  les 
chevaulx  legiers  se  soni  sauvés  cl  les  lanscpieneslz  mors  jiour  non  coml)astre, 
et  aiissy  les  lOspa^'nolz  sont  mors,  Icscpiculx  oui  laict  leur  devner.   h 

?>.  liohha.  Asti,  i."»  avril  :  ^  La  l'antaria  spa^nola,  vedendo  li  Alemaiii  niUi, 
prese  a  ritirarsi  verso  il  monte  a  (|uella  banda  dritta  dove  era...  »  .Moni.lc  : 
(I  l']!  coni^ticiirent  iiien  (pi'ilz  avoient  perdeu  la  bataille,  et  conunensarent  à  pren- 
dre à   main  dioicle  à  i.a  MiMila,  de   là  où    ilz  estoient    partis   le  jiinr  (ic\anl...  » 


l68  LA    JOURNÉE    DE    CERISOLES. 

temps  par  le  colonel  des  Suisses  James  de  Saint-Julien  (ce  détail 
est  de  Monluc),  se  lancèrent  à  la  poursuite  des  vaincus.  Monluc 
a  évoqué  avec  délices  ce  dernier  épisode,  la  chasse  et  la  curée, 
auquel  il  prit  part  avec  l'allégresse  lé§"ère  du  triomphe,  qui  lui 
faisait  oublier  les  rudes  fatigues  de  la  journée'.  Il  n'a  pas  exa- 
géré en  disant  que  les  vainqueurs  ne  se  lassaient  pas  de  tuer  : 
«  J'ay  esté,  écrit  l'auteur  de  la  relation  anonyme,  sur  les  lieux 
après  le  contlict,  et  trouvé  que  dedans  Sirizolles  et  un  quart  de 
lieue  à  l'entour,  nos  cheveaulx  étoient  jusqu'au  genoil  dedans  le 
sang,  et  neussent  sçu  marcher  que  dessus  gens  morts;  et  de  ce 
fait  vous  peul\-je  bien  assurer  poui-  l'avoir  vu  entièrement.  »  Le 
i6  avril,  un  trompette  impérial,  parti  la  veille  de  Carmagnola 
après  avoir  été  échangé  avec  un  Français,  annonçait  à  Asti  que 
du  corps  de  D.  Ramon  de  Gardona  il  ne  s'était  sauvé  que  cent 
hommes  qui  avaient  rallié  l'infanterie  du  prince  de  Salerne,  et 
(juatre-vingts  autres  environ  qui  s'étaient  réfugiés  à  San  Stefano". 
L'agent  mantouan,  (jui  donne  ces  détails,  nous  apprend  encore 
que  près  de  deux  mille  lansquenets  allemands  furent  faits  prison- 
niers (Hans  Wildper^'  dit  trois  mille),  parmi  lesquels  l'un  des 
deux  colonels,  Alisprando  Madruzzo,  frère  du  cardinal  de  Trente, 
que  Caubios,  chevau-léger  de  Termes,  raconte  Monluc,  découvrit 
tout  nu  au  milieu  des  morts  et  fit  transporter  à  Carmagnola-'. 
Bobba,  la  relation  anonyme  et  Paul  Jove  mentionnent  aussi 
comme  prisonnier  Charles  de  Gonzague,  marquis  de  Gazuolo, 
que  Monluc  rencontra  ramené  par  deux  chevau-légers''^. 


1.  Peter  Guter  écrivait  :  «  Nous  étions  bien  falis^ués  ot  nous  en  avions 
assez.  » 

2.  Bobba,  Asti,  i6  avril.  —  I^'infanfcrie  du  prince  de  Salerne,  commandée 
en  t'ait  par  Cesare  Maggi,  avait  battu  en  retraite  en  bon  ordre  et  arriva  dans 
la  nuit  à  Asti.  (Bobba,  Asti,  i5  avril.  —  B.  Tasso,  f»  i5o  vo.) 

ii.  liobba,  Asti,  17  avril  :  «  Da  pregioni  relaxati  da  Francesi  et  venuti  da 
Carmagnola  se  intende  che  sono  pregioni  in  Carmagnola  apresso  de  doa  iiiillia 
Alemani,  et  un  de  Ihoro  colonelli,  cioe  il  sr  Aliprando,  fratello  del  lli""  di 
Trento,  quai  a  (piiudece  ferite  in  sua  persona  [Monluc  dit  sept  ou  huit  plaies], 
et  che  l'altro  colloaello,  cioe  il  baron  délia  Scala,  è  morto...  »  [Bail.  /lis/,  i/u 
(jOin.  des  tr<ir.  /listor.,  i8()6,  p.  /).")2.)  —  Ce  détail  a  peut-être  été  inspiré  à 
Moulue  par  Paul  .love,  (jui  le  donne  en  termes  d'ailleurs  moins  précis.  Bi-antctnie 
a  C(i|)ié  eu  |)ar(ie  le  passage  où  Paul  Jove  l'aconte  le  combat  singulier  dtî  Ma- 
dniz/.o  et  de  I.a  Molle  (1,  :VjC-34()). 

/(.  <i  [^es  ennemis  prins,  je  dy  ceulx  île  nom,  sont  dom  Charles  de  (îonsale, 
cln-r  de  i'avanl-i^ardc  cl  coronnel  des  ijcns  de  cheval.  »  (Kelation.) —  «  De  pei-- 


VALEUR    DU    TÉMOIGNAGE    DE    MONLUC.  169 

La  narration  des  Commentaires,  très  minutieuse  dans  certai- 
nes parties,  n'omet,  on  le  voit,  rien  d'essentiel  et  apparaît  sur 
presque  tous  les  points  remarquablement  exacte.  Sans  doute, 
l'auteur  a  exag"éré  son  rôle  personnel;  il  s'est  attribué  riioniieui-, 
que  lui  dispute  du  Bellay,  d'avoir  vu,  au  moment  critique,  ce 
qu'il  fallait  faire.  11  se  vante  aussi  d'avoir  imaginé  d'intercaler 
des  arquebusiers  entre  le  premier  et  le  second  rang  de  piquiers. 
Le  fait  est  attesté  par  la  relation  anonyme  et  par  du  Bellay  '  ;  il 
est  du  reste  impossible  de  dire  si  l'honneur  de  l'invention  appar- 
tient à  celui  (jui  l'a  r<;vendiqué.  Mais  Moulue  a  mis  très  justement 
en  relief,  d'une  part  le  rôle  glorieux  de  l'infanterie,  qui  décida  de 
la  victoire,  d'autre  part  le  rôle  piteux  de  cette  brillante  gendar- 
merie qui  fut,  une  fois  de  plus,  incapable  de  conq)reu(lre  que, 
livrée  à  ses  propres  forces,  elle  ne  pouvait  plus  rien.  Il  n'a 
pas  hésité  non  plus  à  souligner  l'inexpérience  du  jeune  comte 
d'Anguien.  La  bataille  fut  bien  gagnée,  comme  il  le  laisse  entendre, 
par  les  Gascons  et  par  les  Suisses  menés  à  l'ennemi  par  de  vieux 
capitaines.  Le  désastre  des  Impériaux  fut  aussi  grand  qu'il  le  dit  ; 
mais  il  est  permis  de  le  trouver  bien  généreux  pour  leur  général, 
dont  il  ne  critique  nulle  part  la  parfaite  insuffisance'.  Del  Vasto 
se  borna  à  ranger  ses  troupes  en  bataille;  il  ne  semble  pas  (ju'il 
les  ait,  à  aucun  moment,  vraiment  dirigées.  Les  deux  généraux 
furent  l'un  et  l'autre  le  jouet  des  événements,  et  Moulue,  s'inspi- 
rant  d'ailleurs  de  Paul  Jove,  a  noté  dans  sa  seconde  rédaction  que 
la  fortune  se  moqua  de  ces  deux  chefs  d'armée.  Au  point  de  ^  uc 
littéraire,  la  nari'ation  âi^s  Commentaù'rs.  sans  avoir  la  belle  ordon- 


sone  sea;nalale,  non  se  trova  mancliar  alciina,  salvo  che  il  s'"  Carlo  de  (îazuolo, 
chc  si  tiene  che  sia  prioione.  »  (Bol)lia,  Asli,  if»  avril.)  —  «  Carolus  (îouza^a, 
curii  poditcs  lurpiler  ert'ugere  conspexissot,  ne  id  dedecus  subirct,  in  (iallos 
irrnpit  (lejectiisque  equo  caplus  est.  »  (I'aui.  Jovk,  t'o  '.Vii  ro.) 

I.  «  Kl  estoient  leurs  premiers  ranjrçs  de  pioijuiers  et  les  nostres  de  picquiers 
cl  hacquebuliers  entrenieslcs.  »  (Relation.)  —  Munluc  dit  aussi  que  les  Impé- 
riaux avaient  appliqué  le  même  procédé.  —  Cf.  du  Bellay,  XIX,  Soy. 

•.i.  Cette  insuffisance  est  sévèrement  relevée  dans  une  dépêche  chiffrée  de 
Chrisliano  Fagni  à  Cosme  de  Médicis,  du  2i  avril  :  «  E  sono  di  quelli  che  lo 
i»iasiniano  che  si  a  procedulo  inale,  e  che  fu  cerlo  causa  délia  perdila  délia  u^ior 
uala  il  volcre  cercare  di  salvare  le  évente,  (|uando  erano  sul  punto  di  coinhal- 
lere;  essendoci  o|)inione  che  i  Francesi  non  avesscro  aspettarc;  di  che  seu^ui  il 
contrario,  l]  dicono  ancora  teneva  coinniissionc  de  Sua  Maesta  Cesai'ca  di  non 
coiid)altcre.   »  (.V^yor.  df  la  Fr.  ar.  l(i  Tosc,  III,  i02-io3.) 


lyO  LA    JOURNÉE    DE    CÉRISOLES. 

nance  académique,  plus  froide  et  moins  vivante,  des  récits  de 
dn  Bellav,  qui  sentent  trop  l'écrivain  de  métier,  est  assez  claire. 
L'auteur  revient  parfois  sur  ses  pas  ou  s'échappe  en  des  dig-res- 
sions;  mais  l'ensemble  est  relativement  composé.  Moulue,  au 
moment  où  il  dicta  son  récit,  le  portait  depuis  long-temps  dans 
sa  tète  ;  bien  des  fois  il  avait  dû  réciter  ce  discours  de  Cérisoles 
que  François  P"",  devenu  vieux  et  pensif,  ne  lui  demandait  pas 
assez,  à  son  gré.  La  narration  de  Paul  .love,  qu'il  semble  bien 
avoir  lue,  lui  permit  aussi  sans  doute  de  coordonner  ses  souve- 
nirs et  de  les  fixer. 

Monluc  ne  dit  rien  des  conséquences  immédiates  que  la  vic- 
toire de  Cérisoles  eut  en  Piémont.  Le  premier  émoi  fut  grand 
dans  toute  l'Italie.  Le  comte  d'Annuien  ne  sut  pas  en  profiter. 
Si,  an  milieu  du  désarroi  des  Impériaux,  il  eut  poussé  sa  victoire, 
le  Piémont  tout  entier  et  même  le  Milanais  seraient  tombés  au 
pouvoir  des  Français.  Il  se  contenta  d'occuper  les  places  du 
Monferrat,  San  Damiano,  Tonco,  Moncalvo,  Montemagno,  San 
Salvatore,  Frassinetto,  Pontestura,  entre  le  Tanaro  et  le  Po'. 
Pendaiit  ce  t<Mnps,  d'Ossun  bloquait  Carignan  ,  où  Pirro  Co- 
lon na  et  le  comte  Félix  d'Arco  firent  une  superbe  résistance.  La 
place  ne  capitula  que  le  21  juin'.  INIonlnc  ne  dit  mot  de  tout 
cela;  mécontent  de  n'avoir  pas  été  désig-né,  comme  il  affirme 
(pi'on  le  lui  avait  promis,  pour  aller  porter  au  roi  la  nouvelle  de 
la  victoire  et  d'avoir  été  supplanté  par  d'Escars,  détail  important 
(pu'  confirme  le  billet  ('cril  le  soir  même  de  la  bataille  par  le 
comte  d'Anguien  à  François  I'"'" -%  il  a\ail  dcniiiiulé  son  con^é  et 

I.  liol)l);t,  t'.ivie,  8  mai;  Milan,  i:>.  et  21  mai.  (JJiil/.  /us/,  du  (jtm.  des 
/me.  /lis/.,  189O,  pp.  /|.")4-455.) 

■>..  Iiol)l)a ,  Alexandrie,  28  juin.  {I/>id.,  p.  [\'>%.)  —  Voir,  sur  les  derniers 
jours  du  siètfe,  le  récit  de  Marco  Guazzo,  Uis/orie  l'uri/nti/ioraiiec  di  /iiltc  /e 
cosii  (ligne  di  //le/noria...,  Venise,  lô/i."),  fos  4t>3  et  suiv. 

!^.  Le  comte  d'Anguien  à  François  I'"'',  Carma<>nola,  lutiili  i/|  avril  i^)/\/\  : 
'<  Sire,  puis  cpi'il  a  pieu  à  Dieu  me  l'aire  cest  heur  que  de  m'avoir  aujourd'huy 
donné  la  victoire  contre  vos  ennemys,  je  n'ay  voullu  faillir,  pour  l'aise  et  con- 
lenlement  (|ue  je  suis  asseurc  que  ce  vous  fera,  vous  despescher  sur  l'IuMirc 
nions'"  d't^lscai's...  Je  vous  envoiray  (leinaiii  moiisi'  de  Monnaye  {sic;  |)('iit-(lre 
MoitiKiijiis),  liii'ii  iiisliiiil  (lu  niitniu'c  de  i^cris  (|iii  \  est  denieui'é,  Au  lieu  où 
ledit  marquis  se  sera  retiré  et  de  la  contenance  tic  ceulx  de  Carignan...  »  (O/- 
binet  /iis/i)/-i(/iie,  i^yi),  p.  77.)  .le  n'ai  pu  vérifier  la  lecture  douteuse,  la  pièce 
ayant  disparu  d<'  la  liasse  -ut  des  papiers  tri']lal  cl  de  rAiidience  aux  ar'chives 
^('•nérales  de  lieli>'ique. 


LES  SUITES  DE  LA  VICTOIRE.  I7I 

était  rentré  «^n  France.  Est-ce  la  xtM-itable  raison?  Il  ajonte  lui- 
même  qu'il  était  chargé  d'y  lever  mille  ou  douze  cents  hommes 
et  de  les  ramener  en  Piémont  j)our  combler  les  vides,  ce  qu'il 
fît.  Le  second  motif  fut  sans  doute  pins  sérieux  qne  le  premier. 
Ce  voyage  se  place  en  mal  et  juin  :  Monliic  dil  ipiil  rcviiil  «piand 
Cariii;nan  était  rendn. 

Pour  montrer  «  de  quoy  ser\ist  le  i^uaini^'  »  tie  la  bataille,  il 
rapporte  une  conversation  (pie  Termes  aurait  eue  avec  le  mar- 
quis del  Vasto ,  «  estant  an  lict,  blessé  d'une  liarcjpiebuzade 
à  la  cuiss*;  »  '.  Le  g-éni'ial  des  Impériaux,  dit-il,  conq)tait  (jne 
les  Français,  inférieurs  en  nombi'e,  n'oseraient  engager  la  ba- 
taille; c'est  ce  (pie  ra^(Mil  llorentin  (nirisliano  Pa^^ni  écrivait,  le 
lendemain  de  la  df'faile'.  Il  espi'-rait  iVancliii'  le  P(*)  à  Lombiiasco 
et  ravitaillei'  (<arii;nan,  [uiis  remontei'  vers  Ivrée  et  renvover  à 
rEmpei(Mir  les  lansquenets.  Il  aurait  ensnite  p('nétr('  en  France 
par  le  val  d'Aoste  et  combiné  son  action  avec  les  armées  de 
Charles-Onint  et  de  Henri  VIII.  Aucun  document  connu  ne  fait 
allusion  à  ce  plan.  Ce  que  Moulue  oublie  de  dire,  (r'est  qne  l'efïel 
])roduit  [)ar  la  victoire  de  Cérisoles  fut  follement  alléiMM'  par  la 
défaite  (jue  le  prince  (le  Salerne  inirn^'ea,  le  /j  juin,  entre  Seria- 
valle  et  \ovi,  à  Pietro  Sli'ozzi  et  au  comte  de  Pitii^liano,  chargés 
par  Fran(;ois  1"  de  lever  de  nouvelles  troupes  en  Italie  en  prévi- 
sion de  l'invasion  projetée^,  que  celte  invasion  eut  lieu ''^  et  que 
l'empereur  ne  modifia  nullement  les  conditions  de  paix  qu'il 
avait  [)osées  :  restitution  de  ses  Etats  au  duc  de  Savoie  et  aban- 
don du  Milanais -\  La  victoire  de  Cérisoles  fut  un  succès  sans 
portée  et  sans  lendemain  ''.  On  peut  seulement  accorder  à  Moulue 

1.  Del  Vasto  tut  blessé  léiçèremenl  à  Cérisoles  :  o  S.  Ivxi^i  é  un  [kho  Icfitu 
(li  un  ponta  de  slocco  sopra  zoiiochio  slaiicho,  et  ha  loriiieiilala  una  iiiano  de 
uiia  rnaciata.  »  (Hobba,  i")  avril.)  —  I^e  capitaine  .Miilort  |)ai'le  di'  den\  arcpie- 
biisades,  «  une  à  la  jarni»^  <>au(die  et  l'autre  à  l;i  main  gauche,  noa  trop  ijranl 
mai  celluy  de  la  mnin  ».  —  CI".  Donato  de'  Bardi  au  due  C.osnie,  N'enise. 
2  1  avril  [Ni'f/oc  de  Ui  Fr.  (in.  la  Tasc,  III.  (iy). 

2.  V.W  ci-dessus,  p.  lOg,  ii.  ■>. 

W.  Ai.iiizzi,   Vitci  di  Pie/u  Stroz:i ,  p.  y.\-i . 

[\.  Charles-Quint,  annonçant  le  -2'^  avi'il  à  la  reine  .Marie  la  victoire  de  (iéri- 
soles,  écrivait  simplement  :  «  Il  est  plus  ipie  re(juis  avancer  mnn  ernpi'inse...  » 
[(ai.  t*Aii,i.AKi),  L'iiii'frsiori  ollcDitinih'  ni  /.')jj,   iSS/|,  p.  ■y.) 

r».   Sk(;kk,  (Idrhi  II  di  Sc/iuiiii ...,  j).  i()(i. 

<").  l.,e  8  août,  le  comte  d'.Vuiii'uien  signait  avec  del  N'asio  une  trêve  de  Irenli' 
joins,  en  attendant  la  j)aix  cpu'  fut  conclue  A  Crt'py  le  18  sepItMubre. 


172  LES  CAMPAGNES  DU  BOULONNAIS. 

qu'elle  priva  le  général  de  Charles-Quint  charg-é  d'envahir  la 
France,  D.  Ferrante  de  Gonzague,  du  renfort  précieux  des  lans- 
quenets. L'Empereur  dut  rej^relter  leur  absence  durant  le  long 
mois  que  son  armée  passa  à  assiési^er  Saint-Dizier. 

A  peine  arrivé  en  Piémont  avec  sa  nouvelle  levée,  Monluc  dut 
en  repartir.  Le  roi  rappelait  en  France  toutes  les  vieilles  bandes 
de  Taix  et  les  Italiens  pour  faire  face  à  l'invasion.  L'agent 
florentin  Chrisliano  Pa^ni  annonçait  ce  rappel  le  26  juillet  '. 
Trois  jours  avant,  il  écrivait  que  Pirro  Colonna,  l'héroïque  dé- 
fenseur de  Cariiiuan,  qui  s'était  enyagé  par  la  capitulation  à 
rester  prisonnier  huit  mois  en  France,  s'apprêtait  à  prendre  la 
poste  pour  se  rendre  à  la  cour  avec  un  sauf-conduit  du  comte 
d'Anguien  ".  Ces  deux  dépèches  permettent  de  dater  le  retour 
définitif  de  Monluc,  qui  dit  (jue,  précédant  les  bandes  pour  pré- 
parer les  étapes,  il  rencontra  à  Avigliana,  sur  la  route  de  Suse, 
Pirro  Colonna,  qu'accompagnait  le  capitaine  Renouard  ^.  C'est  là 
qu'ils  eurent  «Misemble  une  conversation  sur  la  nqiture  du  pont 
de  Carignau,  que  Monluc  a  reproduite  dans  le  dessein  de  se 
faire  valoir  d'abord  et  d'en  tirer  ensuite  une  leçon  à  l'usage  des 
capitaines.  Les  bandes  de  Taix  rejoignirent  vers  le  20  août 
l'armée  du  dauphin  et  du  duc  d'Orléans  qui,  concentrée  au  camp 
de  Jaailons,  surveilla  sans  bouger  la  marche  victorieuse  de 
Charles-Ouint  sur  la  rive  droite  de  la  Marne,  de  Saint-Dizier  à 
Epernay  et  à  Chàteaii-Thierrv^.  Monluc  resta  en  arrière  :  tombé 
malade  à  Tioyes,  il  ne  j)rit  aucune  part  aux  mouvements  de  l'ar- 
mée, lorsque,  qnillaut  le  canq)  de  Jaailons,  au  début  de  sep- 
tembre, elle  se  replia  sur  la  Ferlé-sous-,Iouarre  et  Meaiix  pour 
couvrir  Paris.  Le  manque  de  vivres,  la  crainte  de  voir  ses  troupes 

1.  Il  ne  resta  en  l'iemont  (|iie  (niatre  mille  Suisses  et  ciiKj  cents  cavaliers. 
Les  Italiens,  n'ayaul  pas  rc(;u  de  solde,  essayèrent  de  déserter;  mais  les  Gascons 
les  poussaient  devant  eux  «  a  g-uisa  di  pécore  ».  (,AVV/of.  de  Ui  Fr.  av.  la  7 ose., 
III,  i3i.) 

2.  Christiano  Pat!,iii  au  duc  Cosme,  2!^  juillet  (iù/d.,  liio). 

:<.  Sur  TidentiHcation  de  ces  noms  de  lieux,  voir  la  note  de  de  Ruble,  I,  287. 
—  Sur  le  capitaine  Kenouard,  voir  une  eonnnission  que  le  roi  lui  délivra,  le 
22  décembre  i.'i/|/^,  pour  lever  trois  cents  hommes  de  pied  {Cafa/ogiie,  VI, 
no  ■a-ja/M')). 

/).  Pau.i.u\i.,  o/j.  <■//.,  pp.  :U-j,  3i8,  321.  —  Les  «  bandes  de  M.  de  Theis  » 
sont  citées  dans  le  département  de  l'année  fait  le  2  septendjre  au  camp  de 
Jaailons  (B.  N.,  Clairanib.,  .33(j,  fo  7O,  copie). 


I 


PRISE    DE    BOULOGNE    PAR    LKS    ANGLAIS    (  1 1^    SEPT.     l544)'  ^7^ 

rabandonner  et  l'approche  de  l'hiver  décidèrent  Charles-(Jiiiiil  à 
battre  en  retraite  et  à  ouvrir  les  nét^ociations  qui  aboutirent  à  la 
paix  de  Crépy,  le  i8  septembre  i544'- 

«  La  France  délivrée  de  la  crainte  des  Impériaux,  il  restait 
seulement  à  ponrvoir  à  lu  guerre  contre  les  Anglais'.  »  Fran- 
çois !'''■  n'avait  pas  su,  en  ellet,  conserver  l'alliance  ang-laise  (jui, 
depuis  le  traité  de  Moore  (ii  août  i525),  avait  été  la  base  de  sa 
politique  dans  sa  lutte  contre  l'Empereur.  Mécontent  de  l'appui 
prêté  par  la  France  aux  Ecossais,  du  refus  de  payer  les  sommes 
et  pensions  j)romises  par  les  traités  de  1025,  1027,  1629,  enfin 
du  rapprochement  de  François  F'  avec  son  lival,  où  les  ambas- 
sadeurs impériaux  eur<'nl  l'habileté  de  lui  faire  voir  une  .menace 
contre  lui-même,  Henri  VIII  avait  siyné,  le  11  février  i543,  un 
traité  d'alliance  avec  Charles-Quint.  Dans  une  addition  à  sa  pre- 
mière rédaction.  Moulue,  s'inspirant  de  du  Bellay,  a  fait  allusion 
à  ce  traité.  «  Ces  deux  grands  princes,  ajoute-t-il  de  son  cru, 
avoinct  party,  à  ce  qu'on  disoicl,  le  royaulme,  comme  le  marc- 
<|uis  de  Gouast  raconta  au  sieur  de  Termes,  et  despuis  je  l'ap- 
juius  d'un  gentilhomme  anglois  à  Boulogne.  »  Le  traité  ne  ten- 
dait, en  effet,  à  rien  de  moins  qu'au  démembrement  de  la  France. 
Henri  V'III,  en  vertu  de  prétendus  droits  que  lui  avaient  légués 
ses  ancêtres,  devait  avoir  le  royaume  de  France  eu  entier,  ou 
tout  au  moins  la  Normandie  et  la  Guienne;  Charles-Quint  pren- 
drait la  Bourgogne  et  les  villes  de  la  Somme  3.  C'est  pour  exé- 
cuter ce  traité  (pi'en  juin  1544  ^^n'e  armée  anglaise  avait  débarqué 
en  F'rance,  commencé  le  siège  de  Montrenil,  puis  fait  celui  de 
Boulogne,  qui  capitula  le  i4  septembre  '.  Moulue,  adoptant  r(jpi- 
nion  de  du  Bellay,  a  flétri  la  trahison  de  Jacques  de  Coucy,  sieur 
de  V'ervins,  qui,  laissé  dans  la  place  par  son  l)eau-père  Oudail 
du  Biez,  l'aurait  livrée  aux  Anglais  5.  Cette  opinion  est  celle  de 

1.  Une  copie  du  traite  se  trouve  aux  Archives  déparleiiiciitales  de  la  (iiroiide, 
B.  32,  fo  1 1  vo. 

2.  Relation  de  Marino  Cîivalli,  i546,  dans  Albèri,  sér.  I,  p.  264. 

3.  RvMER,  Fœdera...,  XIV,  768.  —  Les  circonstances  (jui  dcleriuinèrenl  ce 
traité  ont  été  exposées  dans  la  tlièse  manuscrite  de  GEOiuiEs  Salles,  Guerre  et 
/léfjocialio/is  entre  Fratirois  l'i'  et  Henri  VIII  du  Irdlté  de  Crèfii/  (tu  traité 
d'A/'dres  {se/jfernfjre  l'j/f.j- juin  i.'>/f<i),  Introduction. 

/).   C'est-à-dire  quinze   jours  cl    non,  comme  le  dit   .Monluc,  trois  ou   (juatre 

jours  avant   l'arrivét;  du  daupliin  cl  d(;   rarmc'c  cliarycc  de   rcj)rcnilrc  la  |)lacc. 

.").    Il  était  lieutenant  de  la  compagnie  de  du  liiez,  d'après  un  mamiement  au 


iy4  LES  CAMPAGNES  UU  BOULONNAIS. 

presque  tous  les  contemporains.  Il  est  juste  de  remarquer  que, 
raj)pelant  ce  fait  dans  sa  Reinonstrance  (in  roi/,  en  son  nom 
personnel  celte  fois,  Monluc  a  simplement  parlé  du  «  peu  d'ex- 
périence »  de  Vervins'.  Ce  jug-ement,  plus  modéré,  paraît  plus 
équitable.  Vervins  semhle  bien  n'avoir  été  coupable  (pie  de  fai- 
blesse. Lorsqu'il  ca{)itula,  il  n'avait  plus  ni  poudre,  ni  boulets, 
et  la  place  avait  dû  essuyer  cent  quarante  mille  coups  de  canon  '. 
Toujours  d'après  du  Bellay,  Monluc  a  fait  allusion  au  procès  de 
V'ervins  et  à  sou  exécution  sous  le  rè^iie  de  Henri  II.  Mais,  dans 
la  grande  revue  qu'il  passe  au  livre  VI  des  «  charités  »  célèbres 
prêtées  de  son  temps,  il  a  f)ris  clialeureusemeut  la  défense  de 
du  Biez.  qui,  impli([ué  dans  l'affaire  de  son  gendre,  faillit  aussi 
être  décapité -'*.  Son  témoignage  est  sur  ce  point  confirmé  par  la 
revision  qui  fut  faite  du  procès  et  la  réhabilitation  des  deux  vic- 
times par  lettres  patentes  de  Henri  III,  de  septembre  loyS^ 

Débarrassi'  par  la  conclusion  du  traité  de  Crépy  des  graves 
soucis  que  lui  avaient  causés  l'invasion  des  Inqîériaux,  «  s'estant 
une  si  grande  force  esvanouie  »,  François  I''  donna  l'ordre  au 
daui)hin  de   marcher    veis   la    Picardie    avec    toute    l'armée   ([ui 


trésorier  île  l'cpari>iic  du  i/|  mars  ir)3()  (B.  N.,  fr.  2r)722,  n"  SCo.  —  CF.  (aiIii- 
liKfiie,  IV,  ni>  ii/|3o).  —  nuaiil  à  Oiularl  du  liiez,  il  avait  remplacé,  le  3i  jan- 
vier ih-ï.^,  Antoine  de  I^a  l'ayelte,  destitué  i)ar  le  roi,  dans  l'oftice  de  sénéchal 
de  Boulonnais  (Arch.  Nat.,  X''^  4872,  fo  ^(^  yo  [mention].  — Cf.  (Uihdofjne,  V, 
ni)  17601).  En  celle  qualité,  il  avait  pris  part  avec  Antoine  de  Crequy,  sieur  de 
Pont-Remy,  aux  premières  avances  faites  pour  (Mahlir  une  entente  entre  la 
France  cl  l'Aniçlclerre  (Cf.  Jac^ueton,  [ji  polilii/iic  crlrrieurp  de  Louise  de 
Savoie,  p.  l\G,  et  Cahdogne,  I,  n"  ^90/4),  lAeiiouvelc  dans  ses  fonctions  le 
22  novend)re  io32  (13.  N.,  Clairamb.,  782,  f»  289.  —  C(il(do(jiie,  H,  n"  HoGH), 
confirmé  le  21  mai  \i)t\'i  dans  ses  pouvoirs  de  maréchal  de  h'rance  (Arch.  Nat., 
X'»  8O1.3,  fo  3/|/|.  —  (Ud(d()(jue,  IV,  n»  12632).  il  re(;ut  de  nouveau,  le  iftr  no- 
vembre \')l\f\,  l'office  de  sénéchal  de  Boulonnais,  (ju'il  avait  résia;né  au  profit 
de  Jac(pics  de  Fouquesolles,  son  gendre  (/6/V/.,  X''  /1926,  fo  692.  —  Catalogue, 
\y,  n''  i4i88),  tué  à  la  camisade  de  Boulogne. 

1.  Ill,/|r)9. 

2.  Saint-.Mauris,  andtassadeur  impt'ciai  aiipi'ès  de  H'rançois  I'''',  à  Charles- 
Ouinl,  7  févriei-  i.")/).^  (.\rch.  Xal.,  K.   \/\H'),  n"  77,  cilé  par  il.  Salles). 

3.  III,  1 33-1 35. 

f\.  Voir  sur  celle  cause  célèbre  les  co])ies  des  |)ièces  de  la  main  du  clian- 
c<'Ii<'r  I/IIospital  (B.  N.,  I)u|»uy,  38,  f<'s  25.'j,  2G1)  el  I*.  nri-iv,  l'raille:  coitrer- 
iKinl  rinslnire  île  France  el  ({iielfines  proce:  c/'i/iu/ie/s,  iO.''i/|,  ipii  i'('|)r(i(luit 
dciiN  di'iails  donnés  par  Monluc  :  l'iui  dos  yriel's  conli'c  du  Biez  el  h-  nom 
du  riiagisirat  chargé  d'instruire  le  procès. 


L*AR3IÉE    DU    DAUPHIN    DEVANT    BOULOGNE.  17.5 

vcimit  (le  sauver  Paris,  pour  taire  lever  le  sièçe  de  Monticuil 
et  repieuflre  ensuite  Boulogne  aux  Anglais.  Le  y()  se[)teinl)re, 
l'avant-qarde  fraii(;aise  fraucliissait  la  Canche  à  une  deini-lieue 
de  Hesdia'.  Les  généraux  ang-lais  qui  iavestissaient  Monlreuil,  le 
duc  de  Norfolk  el,  lord  llussel,  levèrent  aussilcM  le  sièg^e  et  se 
replièrent  sur  Boulogne,  (pi'ils  évacuèrent  le  4  octobre,  malgré 
les  ordres  de  Henri  VIII,  pour  se  retirer  à  Calais.  Ils  alléguèrent, 
[)our  leur  excuse,  ([ue  le  |)ays  était  occup(''  j)ai-  dix  mille  cavaliers 
et  (piarante  mille  piétons'.  Le  dauphin  [)ut  très  aisément  coupei" 
Boulogne  tie  Calais,  et  il  vint  établir  son  rpiaiiier  général  à  Mar- 
quise, houig  situé  entie  les  deux  villes.  Il  avait  avec  lui  les  Gas- 
cons de  Taix,  que  Monluc  rétabli  avait  rejoints.  C'est  au  camp 
près  de  Boulogne  (pu;  le  colonel  général  de  l'infanterie  fran(;aise 
lui  remit  la  «  {)atente  »  de  mestre  de  camp,  récompense  tardive 
de  sa  belle  conduite  à  Cérisoles-.  Il  est  donc  viai  (pie  l'approche 
de  l'armée  fran(;aise  fit  reculer  l'ennemi;  mais  Monluc  a  tort  tic 
croire  qu'elle  ait  été  cause  du  retour  de  Henri  Vlll  en  Angleterre 
le  3o  septembi'e.  Le  roi  n'avait  nullenuMit  l'intention  de  «  fouir 
le  combat  ».  Il  avait,  avant  de  repasser  le  détroit,  donné  des 
ordres  pour  mettre  Boulogne  en  défense  et  occuper  le  pays.  Ses 
lieutenants  trahirent  ses  intentions. 

Monluc  a  raconté  en  détail  la  reconnaissance,  à  la{|uelle  il  jirit 
part,  (pie  Taix,  le  malin  du  6  octobre,  avant  le  jour,  poussa 
jus(ju'à  Boulogne.  Llle  fut  suggérée  et  conduite  par  un  beau-lils 
du  maréchal  du  liiez,  dont  il  avoue  avoir  oublié  le  nom  :  c'est 
.lac({ues  de  Fouquesolles,  seigneur  d'Audrehem,  sénéchal  de  Bou- 
lonnais^. Les  détails  très  précis  (ju'il  donne  sur  l'abandon  de 
l'artillerie  anglaise  «  en  ung  petit  patu  qu'il  y  avoict  à  la  des- 


1.  John  Masone  à  loi'd  (lohliaiii,   l^oulog'ne,   27  .st'|)lciul)i'<'  (iJrit.  Mus.,  llar- 

l(5icniie,  '2H'.i,  fo  28O.  —  G.  S.vli.ks,  a/),  cit.,  Pièces  jusliHcalives,  no  2). 

AA 

2.  Norfolk  el  Kussel  au  Conseil,  Calais,  7  octobre  (Kec.  Otl". ,  ^-.  —  IbitL, 

no  3). 

3.  Les  [)ouvoirs  de  Jean  de  Taix,  nommé  le  !«'' mai  ir)43  colonel  i-éuéral  île 
rintanlcrie  franeaise,  en  remplacement  de  lirissac  (Pinard,  C/iroiiot.  /ni/if., 
III,  480),  avaient  été  renouvelés  pour  celle  campa^'ne  le  1'"'  octobre  ij/i/i  {//ml., 
'(Hi.  —  Cf.  ('.iildiofjui'.  Vil,  nfJ>  24()72,  2r)i40). 

'\.  J.-lIicciuK  r)i;  KosNv,  flistoirc  du  lioiilonnais,  111,  i88,  dit  ipi'après  la 
|iris(;  de  l}oul(Ji>iie  il  s"(''lail  retiré  à  Desvres  avec  les  autres  officiers  tie  justice 
ou  nûlilaires. 


176  LES    CAMPAGNES    DU    BOULONNAIS. 

ccnte  do  la  tour  d'Ordre  »  et  sur  le  manque  de  vivres  dans  la 
ville  évacuée  à  la  hâte  sont  confirmés  par  du  Bellay  '  et  s'accor- 
dent bien  avec  ce  que  nous  savons.  Boulogne  était,  dit-il,  ouvert 
«  comme  un  villaiçe  »,  et  si  l'on  s'emparait  de  suite  de  la  ville 
basse,  «  dens  huict  jours  on  auroict  la  haulte  la  corde  au  col  ». 
Le  5  octobre,  les  conseillers  du  roi  d'Auoleterre  écrivaient  que 
les  vivres  laissés  à  Boulogne  étaient  en  dang-er  manifeste  de  ser- 
vir plutôt  aux  ennemis  de  leur  maître  qu'à  ses  sujets".  Monluc 
met  très  fortement  en  lumière  les  raisons  en  faveur  d'un  coup  de 
main  immédiat.  En  revanche,  il  est  impossible  de  comprendre  ce 
(|i]'il  entend  lorsqu'il  dit  que  d'Andelot  était  de  g-arde  à  la  tour 
d'Ordre 3.  Cette  tour,  que  les  Ang-lais  appelaient  the  old  man. 
située  sur  une  éminence  à  l'embouchure  de  la  Liane,  était  alors 
en  leur  possession. 

La  nuit  suivante,  Taix  et  Monluc,  menant  les  bandes  g-as- 
connes,  auxquelles  on  avait  adjoint  seulement  les  Italiens  de  Pier 
Maria  Rossi,  comte  de  San  Secondo"*^,  et  que  devaient  soutenir 
les  Grisons  de  Dampierre,  partirent  en  camisade  pour  surprendre 
la  Basse-Boulogne,  c'est-à-dire  la  partie  de  la  ville  qui  s'étendait 
au  bord  de  la  Liane,  au  pied  de  la  ville  haute  et  du  château,  et 
dont  la  nuiraille  non  réparée  avait  conservé  les  brèches  ouvertes 
le  mois  précédent  par  les  canons  anglais.  Le  récit  de  cette  cami- 
sade donné  par  les  Commentaires  est  à  i-approcher  de  celui  de 
du  Bellay.  Les  deux  historiens  sont  d'accord  sur  certains  points 
essentiels  :  le  peu  de  résistance  que  l'on  trouva  pour  pénétrer 
dans  la  ville  basse,  la  panique  des  g-ens  de  pied  gascons  et  ita- 
liens en  vovant  arriver  sur  eux  les  Anglais  de  la  ville  haute,  la 
blessure  re(;ue  [)ar  Taix  qui  dut  accroître  le  désordre,  la  pluie 
torrentielle  qui  survint,  la  retraite  finale  et  l'inaction  des  Grisons, 

1.  L)i    Hkllw,  XIX,  550. 

A  A 

2.  Kec.  OH'.,  gÔ4  (c'ié  par  G.  Salles). 

3.  \'oir  sur  la  tour  d'Ordre  un  excellent  article  d'E.  EG<iEn,  La  Tour  d'Ordre 
à  lioulorjnp-snr-Mer  [llerite  (ii-chéiAoçiiqnc,  nouv.  sér.,  Vlil,  i803,  |)|).  4io- 
/|2i).  —  La  phrase  de  Monluc  paraît  cMre  une  addition  malheureuse.  -Moiduc, 
dans  le  récit  de  la  camisade,  parle  de  d'Andelot  connue  ayant  pris  part  à  l'al- 
l'airc  .l.-M.  de  Rosny  semble  croire  (pi'il  a  confondu  d'Andelot  avec  un  capitaine 
anglais  dont  le  nom  sonne  à  peu  près  de  même,  Dudley.  L'erreur  pourrait 
alors  être  attribuée  aux  scribes. 

4.  V^oir,  sur  ce  |)ersonnat^e,  I£.  I'k.ot,  Les  Italiens  en  France  an  seiciè/ne 
siècle,  p.  36,  n.  7. 


LA    CAMISADE    (.NUIT    DU    0    AU    7    OCTOBRE    l544)'  177 

la  faute  commise  par  le  daupliiii  qui,  mal  conseillé  (ils  n'osent  dire 
par  qui),  nég'lig'ea  de  renouveler  le  lendemain  la  tentative.  Le  récit 
de  du  Bellay  est  mieux  composé  et,  en  somme,  plus  coiiqilet  : 
Moulue  ne  dit  mot  de  la  troupe  que  commandait  Fouquesolles, 
(pii  fut  tué,  ni  de  la  nég-lio-ence  avec  laquelle  fut  conduite 
toute  l'entreprise'.  Il  insiste  seulement  sur  le  j^rave  dang-er  qu'il 
courut  lorsqu'il  se  trouva  abandonné  dans  la  ville  basse,  essayant 
de  rallier  ses  soldats  débandés,  et  sur  les  difficultés  de  la  retraite. 
Son  récit  sur  ce  point  est  très  supérieur  à  celui  de  du  Bellav,  qui 
ne  fut  pas,  comme  lui,  acteur  en  celte  affaiie.  Il  est  beaucoup 
()lus  complexe  et  plus  vivant^.  Il  est  aussi  très  riche  en  indica- 
tions topographiques.  Les  érudits  boulonnais  se  sont  efforcés  de 
les  éclaircir.  La  montagne  dont  parlent  les  Cnnimputaires  est  la 
colline  sur  laquelle  se  dresse  la  tour  d'Ordre.  Henrv  et  de  Rosnv 
croient  que  la  rivière,  dont  la  crue  subite  incpiiétait  Moulue,  est 
le  bras  de  mer  qui  baig-nait  les  Tintelleries^.  M.  E.  Rig-aux  pense 
qu'au  seizième  siècle  la  mer  ne  pénétrait  pas  dans  ce  canal,  que 
la  rivière  désigne  la  Liane  et  que  Moulue  fait  lui-même  allusion 
au  canal  des  Tintelleries  lorsqu'il  parle  d'un  ruisseau  qu'il  passa 
ayant  de  l'eau  «  jusques  au  g'enoil  ».  Oiuuit  à  l'ég"lise  dont  il 
parle,  et  où  Morand  a  cru  reconnaître  Saint-Pierre,  c'est  peut- 
être  Saint-Nicolas  ou  aussi  bien  les  Gordeliers  '^. 

Le  matin  du  7  octobre,  on  tint  conseil  à  Marquise  :  on  décida 
de  battre  en  retraite  et,  après  une  alarme  sans  importance  don- 
née le  8  à  Guines,  on  se  replia  le  1 1  sur  Montreuil.  Le  dauphin 
revint  à  la  cour  laissant  l'armée  aux  ordres  du  maréchal  du  Biez, 
qui  n'eutre[)rit  rien  jusqu'au  début  de  i54r).  Le  26  janvier,  il  vint 
avec  une  forte  armée  menacer  de  nouveau  Boulogne  et  il  s'éta- 


1.  On  omit  de  placer  entre  les  deux  parties  de  la  ville  une  troupe  (jui  eût 
pu  empêcher  la  garnison  de  la  Haute-Iioulotçne  d'accourir  à  temps.  I^cs  soldats 
français  .se  débandèrent  pour  piller. 

a.  De  Rosny  l'a  suivi  pas  à  pas  (o/>.  cit.,  III,  i()o-i(jO).  Sa  narration  contient 
un  lapsus  assez  grave  :  il  t'ait  intervenir  de  la  cavalerie  anglaise.  C'est  de  gens 
de  pied  que  Monluc  parle  lors([u'il  dit  (pie  les  ennemis  arrivaient  sur  lui  «  le 
grand  trot  ». 

3.  IIenhy,  hJssai  liislorifiue,  hipoijrdphiiiuc  >'l  sl(ilisli(jiii'  sur  /'(//-rd/K/is- 
senie/tl  de  /Joulugitr-siir-Mcr,    1810,  p.   77. —  Dio  Hosnv,   u/j.  rit.,  III,  nj/^. 

4.  E.  I\i(iAUX,  Notes  sur  les  noms  de  mes  de  la  Basse-Boiilof/ne  aii.r  sei- 
zièine  et  dij-sepiiî'tne  siècles,  if)Oi,  pp.  3i-34  (extrait  du  liiill.  de  l(i  Société 
académique  de  Bouluyne-sur-Mer,  t.  VI). 

12 


lyS  LES    CAMPAGNES    Di:    BOULONNAIS. 

blit  au  Portel,  sur  la  rive  g-auclie  de  la  Liane.  Mais  il  s'y  laissa 
surprendre  par  les  capitaines  de  la  ville  et  dut  se  retirer  précipi- 
tamment, abantlonnant  son  artillerie.  Son  désastre  eût  été  com- 
plet, si  le  maître  de  camp  des  \ieilles  bandes  françaises,  le  capi- 
taine Villefranclie,  n'eût  couvert  la  retraite.  Ce  détail,  donné  par 
du  13ellay  ',  contirnie  indirectement  Monluc,  qui  dit  que,  trois 
mois  après  la  camisade,  il  quitta  la  maîtrise  de  camp  pour  s'en 
aller  «  dépendre  quelque  bien  »  qu'un  sien  oncle  lui  avait  donné 
et  que,  pendant  son  absence,  il  fut  suppléé  par  le  capitaine  Ville- 
franche.  Il  passa  donc  en  (lasco^-ne  la  première  moitié  de  l'an- 
née i54').  Au  début  (le  juillel,  il  rejjiil  sa  charg'e  et  amena  au 
Hàvre-de-Gràce  les  cin(piante  ou  soixante  enseiij;nes  destinées  au 
«  voyage  d'Angleterre  ».  François  I'-'  fil,  en  elfet,  une  importante 
levée  de  troupes  pour  l'expédition  navale  qu'il  préparait  :  l'ar- 
rière-ban  fut  convoqué  et,  d'après  du  Bellay,  on  recruta  jusqu'à 
douze  mille  (iascons  et  Lanç^uedociens,  (pii  furent  dirii^és  sur 
Dieppe  et  le  Havre". 

Monluc  avait  tout  d'abord  omis  de  rappeler  plus  explicitement 
la  tentative  de  descente  en  Angleterre  faite  en  juillet-août  par 
l'amiral  d'Annebault.  On  a  vu  plus  haut  comment  il  a  comblé  la 
lacune  à  l'aide  de  du  Bellay.  Dans  une  long-ue  addition  au  livre  II, 
ajoutée  aussi  après  coup,  il  a  parlé  d'une  grande  escarmouche 
qu'il  soutint  contre  les  Anglais  quand  le  baron  de  La  Garde 
débarqua  non  loin  de  Bonlog^ne.  L'allusion  est  obscure,  le  lieu 
n'est  pas  j)récisé.  Il  s'agit  peut-être  d'un  combat  qui  eut  lieu  au 
début  de  septembre,  près  du  Tréport.  Profitant  du  décourage- 
ment de  d'Annebault  qui,  après  sa  tenlative  sur  l'île  de  Wight 
et  la  bataille  navale  indécise  du  i5  août,  était  reveiui  en  France 
et  avait  disloqut''  sa  flotte,  Lisie,  l'ancien  capitaine  de  Bouloyi^ne, 
promu  amiral,  débarqua  le  2  se{)lembre,  près  du  Tréport,  sept 
mille  hommes;  son  artillerie  foudroya  trois  enseignes  françaises 
(jui  se  lrou\aient  là;  ses  yens  de  {)ied  se  déployèrent  dans  l'at- 
tenle  d'une  attarpie  de  la  cavalerie  des  comtes  de  Xevers  et  d'Au- 
inale  et  le  TréporI  fut  incendié''.  Il  semble  bien,  d'après  le  texte 

I .  I)i    Uki.i.w,  XIX,  .').")(). 

•?..  IhiiL,  |).  .jr»2.  —  ll,;l;i(ioii  (U-  .M.iiiiii)  (livalli  (Tommasico,  I,  30.'»).  — •  Kap- 

jiort  d'espiou  (Hcc.   Gif.,  ^^     —  (-it('  par  (i.  Sai.lics). 

3.  Lisic  à    IK'iii-i   \lll,    flt'nri/-(ir(icc-'i-lJii'n,   pai-  U-    travers  d'Ariinik-ll    eu 


LA    FORTIFICATION    d'oUTRÈAU    (JUILLET    10:^5).  I  ^Q 

des  Commentaires,  que  Moulue  a  voulu  faire  allusion  à  ce 
suprême  et  peu  glorieux  épisode  de  la  campagne  de  U)[\\)  '. 

De  retour  de  cette  expédition,  (|ui  lui  Ht  prendre  en  pitié  la 
guerre  sur  mer,  il  alla  rejoindre  devant  Boulogne  le  maréclial 
du  Biez,  occupé,  depuis  le  début  dt;  juillet,  à  construire,  au  sud 
de  la  ville,  sur  la  l'ive  gauche  de  la  Liane,  un  foi  l  destiné  à  com- 
mander le  port  et  Fcnlri'e  de  la  riviric.  Du  B('lla\  (loiiric  d'am- 
ples (h'iails  sur  les  dt'mèlés  de  du  Biez  avec  l'ingénieur  italien 
Melloni'.  Après  bien  des  discussions,  on  c()mmen(;a,  le  12  ou  le 
i3  juillet,  à  élever  une  enceinte  pentagonale  sur  les  hauteurs 
d'Oulreau,  entre  les  maisons  et  l'église  du  village.  Au  moment 
où  Moulue  arriva  au  camp,  le  fort,  que  les  manuscrits  a[)pellent 
inexactement  Monlareau  ou  Montreaa  et  l'édition  originale  Ont- 
ti/dii,  n'était  pas  encore  achevé.  Il  a  raconté  comment  il  obtint 
de  ses  soldats cpi  ils  remuassent  la  terre  pour  remplacer  les  {)ion- 
niers  qui  s'étaient  débandés.  H  se  \anle  d  avoir  avec  ses  (lascons, 
en  huit  j(jurs,  «  dressé  »  toute  la  courtine  <(  tirant  au  Pont-de- 
Bricque  »  K  Un  plan  manuscrit  annoté  du  fort  d'Outreau  au 
moment  de  sa  construction,  conservé  au  British  Muséum,  fait 
voir  que  les  Gascons  de  Moulue  étaient,  <*n  effet,  campés  en  face 
du  boulevard  ([ui  regaidait  le  Pont-de-Bricque  et  que  cette  partie 
de  la  fortitication  fut  la  dernière  (pi'on  éle\a*.  L'ambassadeur 
vénitien  Marino  Gavalli  célèbre  aussi  la  rapidité  surprenante  avec 
laquelle  fut  a('hev(''  le  fort  d'Outreau 5.  Il  oublie  de  diic,  et  Mou- 
lue aussi,  (pie,  le  travail  terminé,  on  reconnut  (jue  Melloni  s't'tait 
trompé  dans   ses   calculs,  que  le  fort  se  trouva  beaucoup   trop 

allant  vers  t'ortsmouth,  ii  sopteml)rf  (S/citr  /ja/jn-s,  llenvif  VIII,  i83o,  in-4", 
t,  ^^2y).  —  SaiIlt-^ta^l^is  à  Charies-Ouint  (Arch.  iiat.,  K.  i485,  no  102).  —  Cf. 
\j\  IIdncikui:,  oy>.  cit.,  lit,  /Jag. 

I.  Il  |)arle  du  Feu  écrasant  de  l'artillerie  anglaise  :  «  Les  coups  de  canon 
nous  liniincl  si  dru  (ju'ilz  sembloinct  salve  de  liarcquebuzerie.  »  Il  tait  allusion 
à  la  présence  du  comte  d'Auniale  :  «  Feu  monsieur  de  (iuize  vist  le  tout,  le(]uel 
n'avoict  (pie  ving-l  chevaulx  et  ne  nie  pouvoict  secourir  aulcunenicnl.  »  (I,  [\m^.) 

•1.    Du   HlCLL.VV,  XIX,  r)«2. 

3.  I^ont-de-Bric(]ue,  lieu  dit  sur  la  rive  dr(jite  de  la  jjaiie.  à  0  kilomètres  en 
amont  de  Boulogne,  coniin.  de  Saint-Léonard  cl  d'Isipics,  caiil.  de  Samer,  arr. 
de  Moulotçue. 

4.  Brit.  Mus.,  (jultoii.  Aui;'.  I,  suppl.  ô.  —  \  oir  aussi  dans  le  inèiuf  tonds, 
(lal.  I']l,  t»  03,  un  autre  plan  d'Ouh'cau  annoté  en  latin.  Ces  deux  plans  avaieiil 
(îté  relevés  avec  un  grand  soin  par  ^L  Ci.  S.\i.i.i;s. 

."».  Ai.HKui,  sér.  I,  t.  1,  p.  ^^yO. 


l80  LES  CAMPAGNES  DU  BOULONNAIS. 

petit  et  qu'il  fallut  tout  recommencer  à  pied  d'œuvre.  C'est  du 
Bellay  qui  nous  l'apprend;  il  parle  aussi  de  la  mission  de  M.  de 
Saint-Germain,  envoyé  par  le  roi  pour  hâter  les  travaux,  et  à 
laquelle  fait  allusion  Monluc. 

Du  Biez,  désireux  de  réparer  ses  maladresses,  qui  méconten- 
taient vivement  François  P"",  songea  d'abord  à  livrer  une  bataille  en 
barrant  la  route  aux  renforts  que  la  garnison  de  Boulogne  recevait 
de  Calais.  Il  abandonna  vite  cette  idée  et  prit  le  parti  plus  sage 
d'affamer  l'ennemi  en  allant  dévaster  la  terre  d'Oye,  «  canton 
d'environ  (piatre  lieues  de  longueur  sur  trois  de  largeur,  ayant 
au  nord  la  mer,  au  levant  Gravelines  et  la  rivière  d'Aa,  au  midi 
Ardres  et  Guines,  au  couchant  Calais  et  ses  dépendances  »  ', 
région  fertile  d'où  les  garnisons  anglaises  tiraient  leurs  bestiaux 
et  leurs  fourrages.  Elle  était  défendue  par  un  système  de  canaux 
et  par  un  ensemble  de  forts  et  de  redoutes  qui  s'appuyaient  sur 
le  bourg  de  Marck,  situé  au  centre  du  pays.  Du  Biez  se  mit  en 
mouvement  vers  le  19  septembre  et,  au  début  d'octobre,  envahit 
la  terre  d'Oye.  Il  menait  avec  lui  les  bandes  de  Taix  (Monluc 
remarque  que  c'étaient  celles  de  la  dernière  levée  ;  les  vieilles  res- 
tèrent pour  garder  Uutreau),  six  ou  sept  pièces  de  grosse  artil- 
lerie et  une  nombreuse  cavalerie  commandée  par  Charles  de  Cossé, 
le  futur  maréchal  de  Brissac.  Ces  détails  sont  confirmés  par  du 
Bellay,  qui  donne  un  récit  complet  de  l'expédition".  Monluc  ir'en 
a  rappelé  <|u'un  épisode  brillant  :  l'eidèvemenl  d'assaut  du  pre- 
mier fort  par  les  bandes  françaises.  Conté  en  grands  détails  et 
avec  verve  dans  les  Commentaires,  il  est  simplement  mentionné 
par  du  Bellay,  qui  ajoute  que  la  garnison  fut  tout  entière  passée 
au  fil  de  l'épée.  Monluc  se  plaint  seulement  que,  profitant  de  ce 
premier  succès,  on  n'ait  pas  de  suite  poussé  plus  avant.  Il  oublie 
fjue  la  marche  fut  ralentie  par  la  nature  tlu  terrain  coupé  de 
canaux  (M  ([ue  tout  fut  conqjromis  pai"  la  négligence  de  du  Biez, 
qui  ii(.'  s'était  pas  nuuii  de  ponts.  Après  un  nouvel  engagement, 
qui  coûta  la  vie  à  plusieurs  hommes  d'armes  de  la  compagnie  de 
M.  de  Boisy,   commandée  par  son  lieutenant,  M.  de  Saint-Cyr, 

1.  G.vii.LAnr),  Ilial.  de  François  I'^'^,  éd.  de  1709,  V,  l\'io  (d'après  du  Hellay). 
—  Voir  la  carie  du  Bcjulonnais  et  du  comté  de  Guines  dressée  et  publiée  eu 
1058  [)ar  Nicolvs  Nicol.vï  :  Caletensiu/n  et  Bononiensium  ditionis  accnrata 
(It'Aineatio. 

2.  Du  Bellay,  XIX,  582-596. 


DANS    LA    TERRE    d'oYE    (sEPT.     i545).  i8i 

épisode  conté  par  les  deux  liistoiiens,  mais  présenté  par  du  Bel- 
lay comme  un  succès,  par  Moulue  comme  une  «  coyonade  »,  il 
fallut  revenir  en  arrière  à  cause  des  pluies.  L'auteur  des  Coni- 
mentaii-ps  laisse  entendre  que  la  campaj^ne  n'eut  aucun  résultat, 
mais  il  n'a  pas  un  mot  de  hiâme  pour  du  Biez.  Il  est  y)ermis  de 
le  trouver  indidgent. 

De  retour  au  fort  d'Outreau,  le  vieux  maréchal  trouva  que  les 
Ansi-lais  avaient  [)rofité  de  son  absence  pour  gêner  par  tous  les 
njoyens  les  travaux  de  reconstruction  (pii  avançaient  lentement. 
Surrey,  nommé  le  3  septembre  lieutenant  tçénéral  de  roi  sur  terre 
et  sur  mer  pour  toutes  les  possessions  continentales  de  l'Ang^Ie- 
terre  ',  avait  essayé,  dans  la  seconde  semaine  d'octobre,  de  sur- 
prendre le  fort,  mais  il  avait  été  repoussé".  Ces  tentatives  furent 
renouvelées  a{)rès  le  départ  de  du  Biez;  l'accroissement  de  la 
s;"arnison  de  Boulogne,  qui  avait  été  renforcée  de  cin([  mille  hom- 
mes, rendait  les  Anglais  plus  hardis.  Aussi  est-il  vraisemblable 
que  ces  escarmouches  continuèrent  après  le  retour  de  du  Biez  : 
«  Il  n'esloit  guières  jour,  dit  Moulue,  que  les  Anglais  ne  nous 
Vincent  chatouiller  sur  le  descendant  de  la  mer-^,  et  bien  souvant 
radmener  noz  gens  jusques  auprès  de  nosire  ai'tillerie  qu'estoil  à 
dix  ou  douze  pas  du  fort.  »  El  il  raconte  en  détail  une  de  ces 
escarmouches  cpiotidiennes  où  il  se  fait  gloire  d'avoir  battu  les 
Ang'lais  en  leui-  empruntant  leur  propre  tactique. 

((  Deux  ou  trois  moys  après  le  retour  de  la  terre  d'Oye  »,  Mou- 
lue obtint  son  congé.  L'hiver  fut  très  humide;  la  pluie  et  la  neige 
rendaient  j)eu  ayréables  le  séjour  d'Outreau.  De  jdus,  la  peste 
faisait  dans  la  garnison  de  grands  ravages  et  les  difficultés  du 
ravitaillement  obligeaient  souvent  à  ne  se  nourrir  fjue  de  biscuit. 
Moulue  dut  être  vitedégoùté  de  celte  existence  et  de  cette  inac- 
tion. Il  ne  prit  donc  point  part  aux  dernières  opérations  mili- 
taires qui  précédèrent  le  traité  d'Ardres,  signé  le  7  juin  i546. 
Mais  il  a  fait  allusion,  pour  en  rapporter  l'honneur  à  du  Biez, 
à  un  fait  d'armes  qui  eut  lieu  après  son  départ  :  la  belle  retraite 
du  vieux  maréchal  lorsque  les  Anglais  vinrent  l'attaquer  «  entije  le 

1.  Rymkr,  Fœdera...,  XV,  80. 

2.  Saint-Mauris  à  Charles-Quint  (Arcli.  Nat.,  K.  i/|8r),  ne  lof)). —  Dr  liKi.i.AV, 

XIX,  59/J-595. 

3.  IjCS  .soldats  (le  Surrey,  profitant  ainsi  île  la  inaiée  basse,  avaieut  traversé 
la  Ijiane,  où  ils  n'avaient  de  l'eau  (|ne  ins([u'au  i-enou. 


l82  LES    CAMPAGNES    DU    BOULONNAIS. 

fort  et  Ardelot  ».  L'épisode  nous  est  connu  par  un  rapport  de 
Surrev  à  Henri  VIII,  qui  le  place  le  7  janvier.  A  cette  date,  le 
lieutenant  général  du  roi  d'Angleterre,  informé  que  du  Biez  s'ap- 
prêtait à  ravitailler  Outreau,  fit  sortir  de  Boulog^ne  deux  mille 
six  cents  hommes  de  pied  et  treize  cents  chevaux,  qu'il  plaça  en 
embuscade  près  du  mont  Saint-Etienne,  où  devait  passer  le  con- 
voi français,  qu'escortaient  les  lansquenets  du  Rhingrave  et  un 
corps  d'arquebusiers  à  pied  et  à  cheval  et  d'archers  commandé 
par  du  Biez  eu  personne.  La  cavalerie  anglaise,  grâce  à  sa  supé- 
riorité nnméricpie,  mil  en  fuite  les  arquebusiers  à  cheval  fran- 
çais, les  poursuivit  et  se  mit  en  devoir  de  piller  les  charrettes  du 
convoi.  Du  Biez,  mettant  pied  à  terre,  rallia  son  infanterie,  cul- 
buta les  Anglais  et  les  chassa  jusqu'aux  portes  de  Boulogne'. 
Moulue,  dans  le  passag-e  consacré  à  du  Biez  au  cours  de  sa  revue 
des  «  charités  »,  a  repris  avec  plus  de  détails  ce  récit  ^.  Il  a,  du 
reste,  biouillé  ensemble  deux  faits  distincts  :  l'affaire  du  mont 
Sainl-Elieune  (7  janvier  i546j,  où  du  Biez  défit  les  Anglais,  et 
une  autre  tentative  de  ravitaillement  d'Oulreau,  qu'un  rapport 
de  Surrev  place  le  4  décembre  1545.  Le  maréchal  tomba  dans 
une  embuscade,  vit  sa  cavalerie  se  débander  et  dut  se  retirer  sur 
Hardelot  en  faisant  tête  à  l'ennemi  j>our  donner  à  quatorze 
enseignes  (riiifanlerie  le  tem|)s  de  \r  (h'gager.  Les  Anglais  durent 
à  la  fin  se  retirer  \  Monkic,  on  le  voit,  avait  quitlt'  le  fort  d'Ou- 
treau  et  l'armée  de  du  Biez  dès  le  début  de  (léceml)re'^. 

Il  vint  à   la  cour  et  y  demeura  un  mois  «  servant  le  Roy  de 
genlilhiMUine  servant  »,  éMat  qu'il  a\ait,  dil-il,  obtenu  lors  de  son 


1.  V^oir  le  rapport  de  Surrey  dans  Nott,  T/ie  loofjis  of  II.  Ilowdvd,  edvl 
of  Surn'.ij...  Ltiiidrcs,  181"),  iii-/|0,  I,  ig4-  —  I-'C  '4  janvier,  du  Biez  annoïKjail 
sa  vicl()ir(>  au  l'ului'  i\y\r  di'  (inise,  «  estant  liicn  luairv ,  monseigneur,  ajou- 
tait-il, cpu'  vosire  compait'nic  ne  se  y  trouva,  car  avecq  ieelle  j'eusse  esté  en 
danger  de  Faire  içrand  paour  à  ceulx  de  la  Basse-lioulloniçne  »  (Oudart  du 
liiez  au  comte   d'Aumale,   .Mi)nlicuil,    i\  janvier  ir)/|t),  B.  N.,   ('lairamb.,  3^9, 

fo  123,  orii;.). 
••         7  . 

2.  III,  i30.  —  Brantôme,  (pii  trouvait  le  «discours  »  de  Moiduc  0  lyentinii'iil 

escrit  »  (IV,  ôg-Oo),  l'a  tran^^crit  presque  lexluellement  (VII,  2y3-2()/i). 

3.  Nott,  oj).  cil.,  I,  182. 

/|.  .Son  frère  Joacliim,  «  .M.  de  Lioux  »,  ipii  avait  piis  part  à  toute  la  î>;iicrre 
du  Boulonnais,  resta  à  l'armée.  En  juin  ir)18,  il  (•(irnniandail  deux  mille  Gascons 
à  Saint-Valery  (Bapport  d'espion,  •?.■>  juin,  dans  Slalr  /)ii/)c/-s,  Kiliiuwd  lY, 
ddldis  iifijuTS,  n"  lOi,  p.  Soi). 


LE    DUEL    DE    JARNAC    ET    DE    LA    CHATAIGNERAIE.  1 8!^ 

ambassade  avant  Cc'risoles  '.  Il  osl  ])einiis  de  supposer  que  la 
faveur  dont  il  jouil  alors  fut  due  en  partie  à  son  frère  Jean,  que 
son  rôle  dans  les  premières  négociations  qui  aboutirent  au  traité 
d'Ardres,  devait  à  ce  moment  mettre  en  relief  à  la  cour'.  D'un 
mot,  il  a  fortement  caractérise''  ces  dernières  années  du  règne, 
où  François  I''',  profondément  atteint  j)ar  la  mort  de  son  fds 
François,  duc  d'Oi-léans,  d('clinail  lentement,  «  assés  vieux  et 
pensif  »,  et  ne  lui  demandait  (pi'une  seule  fois  «  le  discours  de  la 
bataille  de  Sérizolles  ». 

Il  n'y  avait  plus  de  i;;-uerre  à  espi'rer.  Moulue  s'en  revint  donc 
en  Gascogne  et  n'en  houy-ea  j)as,  ((  accablé  d'affaires  et  de  mala- 
dies »,  jusqu'à  la  mort  du  roi.  A  l'avènement  de  Henri  II,  il  se 
souvint  qu'il  était  connu  et  estimé  du  dauphin,  (pii  avait  su  appré- 
cier sa  conduite  lors  de  la  camisade  de  Boulogne.  Il  accourut  à 
la  cour,  en  quête  d'une  cliarge.  Il  y  trouva  d'abord  une  mésaven- 
ture. Depuis  longtemps  lié  avec  François  de  Vivonne ,  sieur 
de  La  Châtaigneraie,  qu'il  avait  vu,  en  décembre  104^,  monter 
hardiment  à  l'assaut  de  Coni,  plus  désireux  que  jamais  de  ne  pas 
m'gliger  une  amitié  qui  pouvait  maintenant  lui  être  profitable'', 
il  fut,  avec  Sansac,  Aurelio  Fregoso  et  le  comte  Beiiin^hieri, 
l'un  de  ses  quatre  confidents  dans  son  fameux  duel  avec  (jiuv 
Chabot  de  Jarnac,  le  lo  juillet  i.^/j'j,  à  S;iiul-(  leiniain-en-Lave, 
en  présence  de  toute  la  cour  *.  Il  y  a  fait  des  allusions  en  trois 

I.  Ijûrenzo  {jonlarini,  diius  sa  relation  de  i55i,  disting'ue  très  l)ieii  des  gen- 
tilshoinnios  de  la  chaiul)re  les  ^-entilshommes  servants,  dont  le  nombre  n'était 
|)as  limité  et  (jui  servaient  le  roi  à  laitle.  I^a  (•liari;e  i'a[)|)()it;iit  /|oo  li\res  par  an 
(Ai.HKHi,  sér.  I,  IV,  80). 

:>..  (l'est  Jean  de  Monluc  ([ni  avait  engaij;é  les  pourparlers  p.ir  l'entremise  d'un 
jeune  nég-ociant  vénitien,  t^rancesco  Jiernardo,  (jui  se  rendait  en  Angleterre  et 
(pii  en  rapporta,  en  mars  i54C,  les  premières  propositions  de  Liste  à  d'Anne- 
hanlt  (Areli.  nal.,  K.   i/|8(t,  n"  ii.  —  Slale  papers,   Venire,  \,  lOri-itîO). 

?>.  HrantcMue,  iicncu  de  ha  (  iliàtaii^iieraie,  dit  (pTà  l'axèneniiMil  de  Henri  II 
il  esj)éra  devenir  colonel  de  rinlauterie.  Le  non\('aii  roi  l'appelait  (c  sa  nonri-i- 
ture  »  et  o  son  tilleul  »  (l\',  8()). 

/|.  \'oir  sur  les  |)réliminaires  du  duel  les  pièces  publiées  pai"  Scipion  tJi  im,i;i\. 
Les  lui.t:  mil ihiii-i-s  loitvhnni  le  ihwl,  2<J  édition,  iGii.  pp.  [\i)^!\-\il\i ,  réim- 
primées connue  inédites  |)ai'  L.  i^alanne  dans  son  édition  de  liranlôme,  VI, 
r>or)-r)o()  (Vr.vpasi lian  seule  était  inédite),  (les  pièc(^s,  dont  des  eo|)ies  se  trou- 
vent à  la  H.  .\.,  l'i'.  ■'.181  I,  fus  yfj-yS  ;  Du|)uy,  i  m,  1'"^  St>,  li'i-j.  i-i  \^\  et  ■!  l;i 
|{il)liotliè(pie  de  l'Institut,  coll.  (iodetVoy,  j)ortet".  12"),  i"*'^  98  et  lo/j,  ontété 
r(Mniprimées,  en  tout  ou  en  ])artie,  i)ar  (iliu-aimi;  Marcki,,  Histoiiw  de  l'ufi- 
<finc  ri   (h's  pfoijrrs   ili'  lu  mniiiirclni'  fratiroise,   i(»8(»,   l\',   l-Jyij-^of)  ;  par   Le 


l84  LES  CAMPAGNES  DE  BOULONNAIS. 

endroits  des  Cornmpntaires.  Dans  son  discours  aux  Siennois 
avant  la  défaite  de  Pietro  Strozzi  à  Marciano,  il  laisse  entendre 
que  Strozzi  donna  à  La  Châtaigneraie  un  mauvais  conseil  qu'il 
suivit,  contre  l'opinion  de  Monluc  et  de  plusieurs  de  ses  amis, 
qui  avaient  délibéré  «  de  menner  le  combat  d'aultre  manière 
qu'il  ne  fit'...  »  Dans  la  revue  des  «  charités  »,  il  révèle  la  cir- 
constance qui  amena  le  duel  :  «  Une  babillarde  causa  la  mort  de 
monsieur  de  La  Chastaigneraye  »,  allusion  sans  doute  à  l'indis- 
crétion de  quelque  dame  de  la  cour  qui  répéta  au  père  de  Jarnac 
le  propos  que  La  Chàtaig-neraie  prêtait  à  son  fils,  et  il  répète  que 
si  ses  conseils  avaient  été  suivis,  il  en  fût  allé  autrement".  Bran- 
tôme dit  avoir  recueilli  de  la  bouche  de  Monluc  que  La  Châtai- 
gneraie se  perdit  par  son  outrecuidance;  et,  en  bon  neveu,  il 
s'indiiirne  contre  la  phrase  des  Commentaires,  qu'il  nég"lige,  du 
reste,  d'expliquer  :  «  Il  combattit  contre  sa  conscience  et  perdit 
l'honneur  et  la  vie^.  »  Ces  allusions  restent  pour  nous  obscures. 
On  voudrait  savoir  aussi  quelle  cause  valut  à  Monluc,  à  la  suite 
du  duel,  la  haine  de  madame  d'Etampes  et  l'oblig^ea  à  se  retirer 
de  nouveau  chez  lui"^.  Ce  fut,  sans  doute,  quelque  propos  indis- 
cret. Monluc  prouva,  en  d'autres  circonstances,  qu'il  était  inca- 
pable de  retenir  sa  langue. 

Les  Commentaires  nous  apprennent  ensuite  que  Henri  II,  lors- 

Labolreur,  Add.  aux  Mém.  de  Cnstelnau,  1781,  II,  556;  Ch.  Bataillard,  Du 
duel  considéré  sons  le  rapport  de  fa  morale,  de  l'histoire,  de  la  législation 
et  de  l'opportunité  d'une  loi  répressive,  Paris,  1829,  in-80,  appendice.  —  Sur 
le  duel  lui-même,  il  n'existe,  en  dehors  des  pages  brillantes  de  Michelet,  qu'un 
médiocre  article  du  prince  de  la  Moskowa,  Le  dernier  duel  judiciaire  en 
France  {Rev.  des  Deu.r-Mondes,  iBô^,  p.  89 1).  Voir  le  récit  de  l'ambassadeur 
florentin  Ricasoli,  daté  de  Paris,  11  juillet  ih[\-]  [Négoc.  de  la  France  arec  la 
Toscane,  III,  197-199),  qui  est  beaucoup  moins  romanesque  (jue  les  récits  ol'H- 
ciels  et  les  racontars  de  Brantôme,  témoin  fort  suspect. 

1.  Strozzi  et  non  Del  Bene,  comme  le  dit  de  Ruble  (I,  l\0o,  n.  /j).  La  phrase 
est  équivoque,  mais  on  ne  peut  admettre  que  Monluc  ait  voulu  désigner,  comme 
étant  intervenu  dans  le  duel,  le  personnage  qu'il  appelle  Thomas  d'Elbech,  qui 
était  un  agent  diplomaticjue  obscur  (voir  plus  loin,  chap.  vi).  Brantôme  parle 
d'un  autre  conseil  que  Strozzi  donna  à  La  Châtaigneraie,  dont  il  était,  dit-il, 
l'ami  (VI,  370). 

2.  III,  I. 38-1 39. 

3.  Bkantômk,  \'I,  27(1.  —  (Jf.  le  passage  où  il  parle  de  la  grande  amitié  qui 
unissait  Monluc  et  son  oncle.  La  (ihàlaii^neraie  fut  le  parrain  de  Fabien  de 
Monluc,  qui  s'appela  d'abord  Fran(;ois  (III,  i38-i39). 

/,.   I,  3o5. 


I 


MONLUC  GOUVERNEUR  DE  MONCALIERI.  l85 

qu'il  alla  en  Piémont,  lui  cl«^pêcha  un  courrier  exprès  en  Gascog-ne 
pour  lui  rendre  sa  cliarg'e  de  mestre  de  camp  et  lui  confier  le 
gouvernement  de  la  place  de  Moncalieri,  sous  le  prince  de  Melfî, 
Jean  Caracciolo,  son  lieutenant  général  au  delà  des  Alpes'. 
C'est  au  mois  de  mai  i548  que  Henri  II,  accompagné  du  con- 
nétal)le,  partit  pour  visiter  le  Piémont.  Le  12  août,  il  faisait  à 
Turin  une  entrée  solennelle.  Le  24  et  le  20,  il  séjourna  à  Mon- 
calieri; l'un  des  syndics,  Lodovico  Paniceria,  lui  souhaita  la  bien- 
venue et  le  remercia  d'avoir  fait  remise  de  deux  années  de  ses 
revenus  à  la  ville,  ruinée  par  les  guerres  et  par  un  débordement 
du  Pô^.  Henri  II  donna,  en  outre,  aux  habitants  un  nouveau 
gouverneur  en  remplacement  de  Marino  di  Peschere.  Ce  fut  Mou- 
lue. Il  se  borne  à  dire  dans  son  livre  qu'il  demeura  dix-huit 
mois  dans  cette  charge.  La  lacune  est,  on  le  voit,  considérable. 
La  publication  de  l'inventaire  de  l'archive  communal  de  Mon- 
calieri pour  le  seizième  siècle  permettra  prochainement  de  la  com- 
bler. Si,  comme  tout  porte  à  le  croire,  des  documents  concer- 
nant l'administration  de  Monluc  s'y  rencontrent,  il  y  aura  là, 
pour  son  futur  biographe,  un  chapitre  très  intéressant  et  très 
neuf  à  écrire.  Les  Commentaires  ne  nous  montrent  que  le  soldat  ; 
il  sera  curieux  de  savoir  comment,  pendant  cette  période  de  paix, 
Monluc  collabora  à  cette 'œuvre,  encore  si  mal  connue,  de  l'or- 
ganisation du  Piémont  sous  la  domination  fran(;aise-''. 

1.  Les  provisions  pour  le  prince  de  Melfi  sont  datées  deCorl)ie,  l\  octobre  ift/iî). 
(B.  N.,  fr.  3ii5,  fo  2H.  —  Catatogiie,  IV,  n»  14602.  Cf.  no  i4643.) 

2.  Sur  les  causes  du  voyage  de  Henri  II  et  sur  son  séjour  à  Moncalieri,  voir 
A.  Tallone,  //  oiaggio  di  Enrico  II  in  Piemonfe  nel  i5/fi,  i8()9  (extrait 
du  Bolleltino  slorico-bibliograjlco  suhalpino,  IV). 

3.  Ulnvenfario  e  regesfo  delVdrchivio  coniiindlc  di  Monccdieri  Jino 
all'anno  i4i8  a  été  publié  par  M.  le  professeur  Gabdtto  dans  les  Miscell.  di 
star,  ilal..  S*"  sér.,  t.  XXW'I,  1900.  Le  savant  éditeur  annonce  dans  sa  préface 
(]ue  l'archive  communal  de  Moncalieri  contient,  |)()ur  la  période  des  jçuerres 
d'Italie,  lui  i>ran(l  nombre  de  documents  remarquables,  lettres  et  diplômes  des 
ducs  de  Savoie  et  des  rois  de  France,  actes  des  Etats  généraux  de  l'iémonl, 
correspondances  militaires  et  polit i({ues  de  princes,  maréchaux,  capitaines, 
gouverneurs.  M.  Tallone  a  conunencé  à  utiliser  ces  documents  dans  le  travail 
cité  à  la  note  précédente. 


CHAPITRE  V. 
Les  campagnes  de  Piémont  sous  Brissac. 

(Août  i.j5o -septembre  i553.) 


Api'ès  cette  lacune  considérable,  le  récit  des  Commentaires 
reprend  au  moment  où  l'auteur,  retiré  en  Gascogne,  fut  informé 
que  le  roi  avait  décidé  de  remplacer  en  Piémont  le  prince  de 
Melfi,  vieux  et  malade,  par  un  chef  plus  jeune,  déjà  connu  pour 
ses  services  comme  soldat  et  comme  diplomate,  Charles  de 
Cossé,  seigneur  de  Brissac  '.  C'est  le  lo  juiMet  lôôo  (pie  Henri  II 
et  Montmorency  informèrent  officiellement  de  cette  nomination 
le  prince  de  Melfi  et  les  divers  personnay-es  ([ui,  à  tous  les  de 
çrés,  représentaient  le  roi  de  France  en  Piémont'.  Moulue  et  un 


1.  Le  livre  (jue  .M.  r;tl)l)é  Marchand  a  consacré  à  Brissac  {Charles  I^  dr 
Cossé,  comte  de  lir issue  et  maréchal  de  France,  i5oj-i')63,  Paris,  i88(),  iu-S'i) 
est  loia  d'être  tléKiiitif.  L'auteur  a  pris  comme  principal  ij^uide  le  panégyriste 
de  Brissac,  son  secrétaire  Boyvin  du  N'iliars,  sans  taire  snt'tisammeni  la  critique 
de  ses  Mémoires.  Depuis,  il  a  lui-même  sic^nalé  (Bull,  du  Co/n.  des  trav.  hist., 
igoi,  pp.  ôôg-ôtiy)  à  la  Bihiiothècjue  de  Carpentras  l'important  nis.  48i  (aujour- 
d'hui l\%o),  (|ui  contient  la  transcription  d'un  certain  nombre  de  dépêches  de 
Brissac  et  dont  le  manuscrit  de  l'Archive  d'Etat  de  Turin  :  Keffociation  de  M.  le 
Mareschal  de  Brissac...,  signalé  par  Fr.  Molard  (//»//.  du  Co/n.  des  Irar. 
hist.,  i8(j3,  pp.  383-3(j9),  est  une  copie. 

2.  Lettres  de  Henri  II  au  prince  de  Melfi  u  |)ortant  créance  sur  nions»"  de 
lirissac  l'envoyant  en  son  lieu  aud.  a^-ouvernement  de  Pyemont  »;  —  à  M.  de 
Liifondès  et  aux  capitaines  et  içouverneurs  des  villes  et  places  du  l^iémont  ;  — 
au  sienr  Ludovic  de  Birasfue;  —  au  sieur  Jéronime  de  Bira^ue  et  au  sieur 
(Parles,  son  frèi'e;  —  «  à  tous  les  cappitaines  laril  IVaiiçoys  qu'ilalliens  ayans 
chai'ifc  de  trens  de  pied;  »  —  «  au  s""  Henal  de  Biian'iie,  piemier  président  au 
l'arlenient  de  Thui'in;   »  —  «  au  s""  Krancis(]ue  Bernardin  Vimercat,  commis- 


DÉPAHI     [)i;    IJiaSSAC    POUR    LE    PIEMONT.  187 

de  ses  compai^nons  d'Italie,  i^ascon  comme  lui,  Tilladet,  firent 
diligcencc  pour  se  rendre  à  la  cour  et  obtenir  du  roi  de  servir  sous 
les  ordres  de  son  nouveau  lieutenant  i!;énéral.  Ils  trouvèrent 
Henri  11  à  Viileneuve-Saint-tjeor^es,  en  obtinrent  la  faveui- 
qu'ils  sollicitaient,  allèrent  rejoindre  Brissac  à  Pai'is  et  partirent 
avec  la  «  «grande  Ironppe  de  noblesse  »  que,  suivant  l'usajje,  il 
emmenait  avec  lui.  (le  dernier  détail  et  la  date  du  départ  sont 
donnés  par  le  biographe  de  Brissac,  Boy\  in  du  Mllars,  dont  les 
Mrmoirrs,  la  ])lus  importante  des  sources  narratives  pour  l'his- 
toire militaire  du  Pic'mont  de  r55o  à  iSBq,  vont  nous  fournir  dé- 
sormais, après  les  documents  originaux,  un  [nécieux  moven  de 
contrcMer  le  r(;cit  des  (U>niin('nt(urrs\  Boyvin  [)lace  ce  d<''pai"t 
«  sur  le  commencement  du  mois  d'aoust  »  el  ajoute  qu'à  Nova- 
lesa,  la  première  bonr^^ade  «  à  la  descente  du  mont  Cenis  », 
Brissac  apprit  que  le  vieux  Jean  Caracciolo  était  mourant  à 
Suse,  où  il  s'était  déjà  fait  transporter,  en  route  pour  rentrer  en 
Fiance.  Il  y  mourut  «  deux  heures  après  »  que  Brissac  l'eut  re- 
joint'. C'est  ce  que  Moiduc  raconte  plus  brièvement,  en  notant, 

saii'c  et  .superintciidaiil  tifciicral  tics  t'ortiftications  dad,  pays  de  l'ycuujiit  ;  »  — 
«  au  comte  de  Bene  et  à  sa  mère  ;  »  —  «  à  la  court  de  Parlement  de  Thurin  ;  » 
—  «  aux  trois  esleuz  des  estatz  dud.  pays  de  Pyemont,  et  une  semblable  aux 
ol'ticicrs  et  niat^istrals  de  la  ville  de  Thurin;  »  —  «  aux  aultres  officiers  des 
aiiltres  villes.  »  Saiiil-Gerinain-eu-Laye,  lo  juillet  1.550.  —  Lettres  de  créance 
aiialog-ues  du  corniélable  <i  à  MM.  de  ("-entai,  Vassay,  Ludovic  de  Birajçue, 
d'Ossun  et  Krancis(pie  liernardin  Viniercal;  »  —  «  aux  gouverneurs  de  Sa- 
villan,  Mondevis,  (;arii»nau  et  autres  villes  et  forteresses  dud.  pays.  »  .Même 
date.  (Bibl.  de  Carpentras,  nis.  490,  f"s  2o()  vo-208  vo.) 

1.  Les  Mémoires  de  Fr(in\T}is  Boijvin,  baron  de  Villars,  bailli  de  Ge.r,  sur 
les  Guerres  démêlées  tant  dans  le  Piémont  (pi'au  MonI ferai  et  duché  de  Milan 
pour  le  roi  Henri  [I,  commençant  en  l'an  i5')o  el  finissant  en  /55g  et  ce  qui 
s'est  passé  au.r  années  suinantes  pour  l'e.reculion  de  la  Pai.r  Jusqu'en  i56i, 
parui-ent  pour  la  première  fois  à  Paris  en  1O07,  in-/}»  (le  privilège  est  du 
19  piillet  i(»o(t).  L'auteur  prétend  que  cette  première  édition,  dédiée  à  Henri  I\', 
fui  l'aile  à  son  insu,  l 'ne  seconde,  déiliée  à  Sully,  parut  à  Lyon  en  iCiio,  in-8" 
(privilège  (lu  21  mai  itiio).  Une  troisième,  avec  une  continuation  pisiju'en  1O29, 
due  à  Claude  Malini;re,  fui  publiée  à  Paris  en  iG3o,  in-8i>,  :>.  vol.  (liihl.  liistor. 
(lit  /*.  LeloiK],  11,  n'i  i77()8).  Boyvin,  dans  son  Avis  au  lecteur,  parle  des  his- 
toriens qui,  avant  lui,  a  ont  voulu  toucher  à  ceste  corde  et  ont  discouru...  con- 
fusément et  sur  des  rapporis...  passioiuiez.  n  Mais  il  n'a  eerlainemenl  pas  eu 
connaissance  du  livre  de  Moidue. 

2.  Boyvin  nu  \  ii.i.vus,  coll.  Pelilol,  XXVIII,  i^SO-SH;.  —  Moni.uc  :  "  Lt  In-s- 
passa  ung  heure  après  nosire  arrivée,  w  —  Aoiviani  [Miscell.  di  star,  ital.,  N  , 
0/(1  )  place  celli^  mort  le  fi  août.  Mioi.o  (p.    iS<j)  la  menlionni-  sans  dale. 


l88  LES    CAMPAGNES    DE    PIEMONT    SOUS    BRISSAC. 

comme  Boyvin,  que  Brissac  expédia  aussitôt  M.  de  Fourquevaux 
pour  demander  au  roi  le  bâton  de  maréchal  de  France  à  la  place 
du  vieux  prince.  Notons  une  légère  divergence  entre  les  deux 
narrateurs  :  d'après  Moulue,  la  dépêche  de  Brissac  fut  faite  après 
que  le  prince  de  Melfi  fut  mort;  d'après  Boyvin,  ce  fut  avant.  Le 
désir  très  vif  qu'avait  à  ce  moment  Brissac  de  profiler  des  bons 
offices  de  sa  protectrice,  Diane  de  Poitiers,  et  de  devancer  par 
elle  les  nombreux  compétiteurs  au  titre  qu'il  convoitait,  donne 
lieu  de  croire  que  son  panégyriste,  qui  ne  le  flatte  pas  en  la  cir- 
constance, est  plus  véridique.  Si  Monluc  a  eu  raison  de  cons- 
tater, dans  une  addition,  que  le  connétable  revint,  après  la  mort 
de  François  I*"^,  en  plus  grand  crédit  que  jamais,  il  s'est  trompé 
en  ajoutant  que  les  dames  avaient  perdu  le  leur.  La  nomination 
de  Brissac  —  c'est  l'ambassadeur  vénitien  Contarini  qui  l'atteste, 
confirmant  et  complétant  Boyvin  —  avait  été  obtenue  par  Diane 
de  Poitiers  contre  l'avis  de  Montmorency,  qui  voulait  la  place 
pour  son  neveu  Chàtillon',  La  «  patente  »  de  maréchal  de 
France  pour  Brissac  fut  signée  le  21  août".  Dès  le  7,  le  nouveau 
lieutenant  général  de  Piémont  était  à  Turin  \ 

Les  Commentaires^  après  avoir  mentionné  cette  arrivée,  pré- 
sentent une  lacune  de  plus  d'une  année.  Les  premiers  temps  du 
séjour  de  Brissac  en  Piémont  furent,  en  eff'et,  une  période  de 
trêve,  marquée  seulement,  en  septembre-octobre  iSBo,  par  des 
démêlés  assez  vifs  avec  le  gouverneur  du  Milanais,  don  Ferrante 
de  Gonzag-ue,  à  propos  de  l'abbaye  de  Barges*.  Deux  documents 
seulement  nous  renseignent  sur  Monluc  à  cette  époque  :  le 
28  septembre,  par  l'intermédiaire  de  Brissac,  il  suppliait  le  roi 


1.  Albkki,  Ri'hi:.  dt'<jli  (iiithasc.  neneti,  sér.  1,  IV,  79.  — I^a  compagnie  du 
prince  de  iMelfi  tut  donnée  au  maréchal  de  Saint-André.  (John  Masoue  au  Con- 
seil, Poissy,  28  août  l'jâo,  dans  Shite  papers,  J'nreign,  Edivard  VI,  n"  282.) 

2.  Marchand,  op.  cit.,  p,  iiO  (d'après  un  doc.  des  archives  de  Maine-et- 
Loire,  E,  2096). 

3.  MioLO,  p.  189. 

4.  Voir  sur  ces  démêlés  une  instruction  de  Brissac  à  Cornelio  Bentivoglio, 
Turin,  28  septembre  (Bibl.  de  Carpentras,  ms.  /190,  f"  12  r^),  et  une  lettre  de 
Brissac  à  Mauçiron,  Turin,  23  oclDhre,  lui  annonçant  (pi'il  s'est  saisi  depuis 
quel(|ue8  jours  de  l'abbaye  de  liarges,  malgré  l'opposition  de  don  Ferrante,  qui 
«  fait  quelque  contenance  de  s'en  recompenser  »,  ce  qu'il  est  bien  décidé  à  empê- 
cher. GeUe  affaire  se  termina  à  l'avantage  de  Brissac,  qui  mil  une  garnison  à 
Barges.  {Bull,  du  Com.  des  frar.  hisl.,  1898,  p.  19.) 


I 


UNE  REQUÊTE  PREMATUREE  DE  MONLUC.  I 89 

de  le  faire  payer  de  ses  i^ag-es  de  juin  et  de  juillet  ',  et,  le  2  dé- 
cembre, il  faisait  demander  au  connétable  une  place  de  g'entil- 
homme  de  la  chambre.  Brissac  accompagnait  cette  requête  d'un 
certificat  très  élogieux.  Après  avoir  dit  à  Montmorency  qu'il  s'en 
remettait,  pour  le  reste  des  affaires  en  suspens,  à  F'rancesco 
Bernardino,  qu'il  envoie  en  cour,  il  ajoutait  :  «  Mais  ne  s'exten- 
dra.  Monseigneur,  ceste  remise  si  avant  qu'expressément  je  vous 
face  une  très  humble  requeste  pour  l'ung  des  plus  humbles  et 
affectionnez  subgectz  et  serviteurs  de  Sa  Ma"^",  et  qui  a  en  vous 
sa  totale  confiance;  qui  est  le  s""  de  Montluc,  à  ce  (ju'il  vous 
j)laise,  en  considération  de  son  service  passé  et  de  celuy  qu'il 
faict  journellement  et  qu'il  est  délibéré  de  faire  pour  jamais,  tel 
(pie  gentilhomme  de  bon  cueur  doit  avoir  en  recommandation, 
le  tant  favoriser  que  de  luy  estre  moien  envers  Sad.  Ma'*^  à  estre 
mis  au  nombre  des  gentilzhommes  de  sa  chambre,  qui  est  le 
principal  contentement  qu'il  se  désire  pour  le  jour  d'huy.  Pour 
auquel  vous  induire.  Monseigneur,  j'estime  n'estre  grand  besoing 
de  vous  faire  forte  instance,  veu  que  vous  estant  bien  informé  de 
ses  mérites,  il  est  tout  certain  que,  selon  votre  bonne  grâce,  ne 
luy  pouvez  porter  autre  volunté  que  de  tel  avancement  que  celluy 
dont  1res  humblement  avec  luy  je  vous  supplie  le  vouloir  gra- 
tiffier'.  »  La  démarche  de  Brissac  montre  que  Moulue,  dans  les 
loisirs  que  lui  faisait  la  paix^,  n'oubliait  pas  de  se  pousser.  Le 
connétable  trouva  la  requête  un  peu  audacieuse,  en  tout  cas  pré- 
maturée; ce  fut  au  début  de  i553  seulement,  a{)rès  deux  campa- 
gnes où  Moiduc  se  distingua,  qu'il  le  jugea  digne  de  l'honneur 
([u'il  sollicitait.  Ce  refus  fut,  sans  nul  doute,  l'une  des  causes  du 
mécontentement  de  l'ambitieux  Gascon  à  l'égard  du  connétable. 
Une  indication  chronologique  vague  et  inexacte  renoue  le 
récit.  Ce  n'est  pas  «  ciiuj  ou  six  mois  »  que,  depuis  l'arrivée  de 


1.  (I  Instruction  au  sr  (lorncillc  tîiMitivoille  des  |)oinctz  et  articles  qu'il  a  à  ré- 
férer à  Sa  iMati^  de  la  part  de  niouseigueur  le  maral  de  Brissac  »,  Turin,  uH  sep- 
tembre i55o  :  «  Suppliera  très  huniblenient  Sa  Mai«  de  la  part  du  s''  de  Monlluc 
et  du  caj)'"'  Jehan  de  Castres  qu'il  luy  plaise  commander  estre  faict  paiement 
audicl  Montluc  de  ses  gaiçfes  des  mois  de  juin<ç  et  juillet  dernier  passez,  et  au- 
dict  de  Castres  les  siennes  dudict  juillet.  Que  telz  serviteurs  méritent  bien  nny 
tel  bienfaict.  ■>  (lîibl.  de  Carpentras,  ms.  /t()o,  f"  12  vo.) 

2.  Brissac  au  connétable,  Turin,  2  décendjre  i55o.  (Bibl.  de  Car|ientras, 
ras.  490,  î^  4o  vo.) 


igO  LES    CAMPAGNES    DE    PIÉMONT    SOUS    BRISSAC. 

Brissac  en  Piémont,  l'on  resta  sans  guerre.  C'est  le  27  mai  i55i 
seulement  que  le  duc  de  Parme,  Ottavio  Farnese,  signa  avec 
Henri  II  un  traité  d'alliance,  par  le({uel  le  roi  de  France  se  décla- 
rait protecteur  de  la  maison  des  Farnèse,  menacée  par  l'empe- 
reur et  par  le  pape  Jules  III,  et  s'engageait,  pour  défendre 
ParmCj  à  fournir  deux  mille  fantassins  et  deux  cenis  clievau- 
légers,  plus  un  subside  annuel  de  12,000  écus  d'or.  A  la  suite  de 
ce  traité,  le  pape  déclara  le  duc  Ottavio  rebelle,  déchu  de  ses 
titres  et  de  son  duché,  et  les  troupes  pontificales  envahirent  le 
duché  de  Castro,  domaine  d'Orazio  Farnese,  frère  d'Ottavio.  De 
son  côté,  le  gouverneur  du  Milanais,  don  Ferrante  de  Gonzague, 
entra  dans  le  duché  de  Parme  et  prit,  en  juin,  Brescello  et  Co- 
lorno,  (pii  lui  servirent  de  base  [)our  commencer  le  siège  de 
Parme'.  La  [)ériode  de  paix  fut  donc,  en  l'éalilé,  de  dix  mois. 
Moulue  a  rappelé  brièvement  les  débuts  de  cette  guérie,  qui  fut, 
en  elfet,  la  cause  de  la  réouverture  des  hostilités  en  Piémont,  et 
cite  les  noms  des  deux  capitaines  qui  commandaient  pour  le  roi 
à  Parme  et  à  la  Mirandole,  Termes  et  Sansac,  en  insistant  sur 
la  belle  conduite  du  second,  qui  soutint  victorieusement  le  siège 
contre  le  neveu  du  pape  (iiaid)attista  del  Monte.  Il  ne  dit  rien  du 
rôle  actif  joué  dans  cette  guerre  par  Pietro  Strozzi  (pii,  avec 
Cornelio  lientivoi'lio,  leva  des  troupes  pour  Henri  II,  ravitailla 
Parmi;  et  en  rendit  le  blocus  illusoire' ;  ni  des  secours  que  le  roi 
de   France  décida  d'y  envoyer  3;  ni  du  stratagème  imaginé  par 


1.  Sur  les  causes  de  la  guerre  de  Parme,  voir  A.  (^ickuti,  préface  en  tète  de 
l'édition  du  Compendio  sloi-ico  de  Gosellini  {Misccll.  di  s/or.  ital.,  XVll,  1877, 
pp.  106-1 13).  —  Sur  la  guerre  :  Balan,  Gli  assedi'  délia  Mirandoln  di  papa 
Giiilio  IIF  iifl  i. ').')!  ('  i552,  na/'rafi  serondo  i  piii  /•ccenfi  documenfi,  187O; 
Di;  Li:vA,  Iji  (jnerru  di  pdpii  (iiiilio  III  contro  OtUirio  Fai'uesf  siiio  (d  priii- 
ripio  ili'l/e.  nt'fjocidciotii  di  /i.h-i'  cou  la  Fraricin  [liirisln  sforica  it(di(in(i, 
I,  i88/|);  (liiiESi,  Papa  (liidio  lit  e  la  guerm  di  P(if/na  e  délia  Mirandola 
seroiidn  il  ciirh't/f/ io  di  Ippolilit  (lapilupi  cou  Fciranle  Goncafja  {A  Ni  e 
Mernorie  délia  H.  Depiilazione  di  s/oria  jxilrio  pcr  le  proiu'ucie  modenesi , 
série  IV,  t.  IV,  1898,  pp.  2i5-23());  Di;  Li.va  ,  Storio  docti/iienlala  di  Carlo  V, 
1894,  V,  i4o-223. 

2.  Albizzi,   Vila  tli  Picro  S/i-occi,  p|).  7tio-'>*j-j. 

3.  Henri  II  éiiuiuèrc  ces  secours  dans  une  lettre  à  lirissac  du  3i  mai  ir>.")i  ; 
«  (l'est  assavoir  au  duc  Horace  de  ceut  chcvaulx  leviers,  à  Sypierrc  de  cent 
auln's,  à  (iorneillr  Zol)ir,  son  lieutenant,  de  ctMit,  au  conle  de  Fontevala  de 
cent,  au  coule  OHaxio  Dattienue  de  cirKpianlc,  au  coule  (iollalin  d'autres  cin- 
riuanli!  et  au  conle  Tlicrsilc  d'aulres  cin(|Nanlc  ;  cl  (|iianl  aux  n'cns  i\r  picil,  \c 


LA    ((    RUPTURE    ))    DE    SEPTEMBRE     Ii^5l.  I  (J  t 

Brissac  pour  faire  {)asser  à  Parme  les  cinq  vieilles  bandes  ita- 
liennes qui  tenaient  j^arnison  en  Piémont';  ni  des  mesures  ({u'il 
[»til  pour  se  garder  d'une  attaque  des  Impériaux  et  pour  pré- 
parer, en  même  temps,  son  offensive^.  Boy  vin  du  V'illars  cite 
Moulue  partui  les  capitaines  qui  prirent  part  au  conseil  convocjué 
par  Btissac  à  Turin  poiu"  avisri-  aux  moyens  de  faire  passer  à 
l^arme  les  handes  de  Sifozzi,  et  il  nous  aj)preud  qu'il  avait  dès  ce 
moment  le  titre  de  mestre  de  camp  ^ 

La  ((  rupture  »  en  Piémont,  préparée  de  longue  main,  décidée 
le  20  août  j)ar  le  roi  \  fut  consommée  par  trois  entreprises  si- 
multanées, dans  la  luiil  du  2  au  .'■>  se[)lenil)re  i~u)i.  Brissac  avait 
décidé  d'eidever  à  la  fois,  en  trois  coups  de  main,  aux  Inqx'riaux, 
(Ihieri,  San  Damiano  et  (Iherasco  \  L'o[)ération  (Mait  hardie  et 
belle  :  Moulue  n'a  eu  garde  de  l'omettra',  pour  rinsti'ucliou  des 
capitaines  à  veuir.  Il  prit  part  à  l'attaque  de  (^liieii;  il  a  raconté 
les  deux  autres  par  ouï-dire.  Son  récit  de  la  surprise  par  esca- 
lade de  San  Damiano  par  Vassé,  «  entre  la  poincte  du  jour  et  le 
soleil  levant»,  est  confirmé  par  Boyviu  et  Miolo''.  Boyvin  est 
[)lus  complet  et  explique  mieux  comment  la  faiblesse  de  la  g'.ir- 


s""  Pierre  Strossy  a  cliiirg'c  de  croilre  ces  cinq  vielles  heiules  et  les  faire  clia- 
cuncs  de  ({iialre  cens  hommes,  qui  seront  deux  mil,  et  s'il  veoict  qu'il  feust  be- 
soin d'en  faire  deux  autres  mil,  compris  les  bendes  que  doict  amener  le  s""  Aurelio 
Frei^ouze,  il  y  emploira  les  autres  cappilaines  mes  serviteurs  qui  sont  par 
delà.  Il  (Bibl.  de  Carpeiitras,  uis.  490,  Lelti-cs  et  iiisl  met  ions  de  /.l.'xi,  f»  19S  pu.) 

1.  Boyvin  di:  Vili.vks,  XXVIII,  393-3(j(i. 

2.  /(l.,  407-/109.  —  Voir  aussi  une  lettre  de  Brissac  à  .Maui^iron,  Turin, 
3i  mai  i.^oi,  ([ui  confirme  ce  (jue  dit  Boyvin  de  l'occupation  préventive  de  l'oi- 
rino.  {Bull,  du  Coin,  des  Irdo.  hisl.,  i8()3,  pp.  20-21.) 

3.  A  la  veille  de  rouvrir  les  hostilités,  Henri  11  envoyait,  à  titi'c  d'encoura- 
gement, un  témoignaiye  de  sa  satisfaction  à  ses  capitaines  de  Piémont.  Monluc 
est  cité,  à  côté  de  Vassé,  du  comte  de  Bene,  d'Ossun,  de  IJifondès,  de  la 
Mothe-Gondrin,  de  I..udovic  de  Birai>ue,  de  Gordes,  de  Gcntallo,  dans  la  lettre 
de  félicitations  (jue  .M.  de  (Jontay  emporta  le  17  juin  pour  Brissac.  (B.  .N., 
Clairaud).,  3/|/|,  fo  171,  co])ie.) 

l\.  Instruction  à  M.  de  Contay,  20  août  (B.  N.,  Clairamh.  ,  'M\f\,  f'^  2i3, 
copie). 

ï).  (^es  trois  allaipics  sont  mentionnées  dans  Goskllini,  (iDiDpfitdto  dt'lhi 
ijuerra  di  l*(irma  et  dcl  l^iainonli'  [Miscrl.  dl  .s/o/-.  //«/.,  X\  II,  i7((-i8ii).  l.i" 
panéiJ^yriste  de  I).  Ferrante  ne  donne  |)as  de  détails. 

t).  .Mioi.o  :  "  Anno  predicto  et  3  septendn-is,  Galli  vi  et  insidiose  Ireuiçain 
iiiverccondi  violando,  o|)i(him  Sancii  Damiani,  comitalus  Astensis,  noctu  scallis 
mcnihus  appositis  capiont,  llis|)aiiis  funalis.   "  (p.   190.) 


192  LES    CAMPAGNES    DE    PIEMONT    SOUS    BRISSAC. 

nison,  composée  seulement  de  (juinze  à  seize  soldats,  permit  à 
Vassë  de  surprendre  facilement  la  ville  et  d'emporter  le  château 
au  premier  coup  de  canon  \  Pour  l'entreprise  de  Cherasco,  ten- 
tée la  même  nuit,  deux  documents  orig^inaux.  Boy  vin  et  Miolo, 
sont  d'accord  avec  Monluc  pour  constater  quelle  «  ne  succéda 
poinct  comme  les  aulires  deux  »  ^.  L'escalade,  furieusement  don- 
née, fut  ((  bien  deffendue  »,  disent  Monluc  et  Boy  vin,  qui  ne 
s'entendent  pas,  en  revanche,  sur  le  nom  du  capitaine  qui  dirigea 
l'entreprise.  D'après  les  (Commentaires,  ce  fut  d'Ossun,  qu'ac- 
compagnèrent le  ban^n  de  Chepy  et  «  M.  de  Gental  »  ;  d'après 
Boyvin,  ce  fut  M.  de  Gordes,  gouverneur  de  Mondovi,  assisté 
du  comte  de  Bene  et  du  vicomte  de  Gourdon.  Lequel  des  deux  a 
raison?  C'est  Boyvin.  D'Ossun  était  à  ce  moment  gouverneur  de 
Turin  :  il  est  peu  vraisemblable  que  Brissac  l'ait  envoyé  prendre 
Cherasco;  il  est  plus  naturel  de  penser,  comme  le  dit  Boyvin, 
qu'il  prit  part  à  la  prise  de  Chieri  3.  Le  gouverneur  de  Mondovi, 
le  comte  de  Bene,  Giovanni  Ludovico  Costa,  partisan  dévoué  de 
la  F'rance,  et  le  vicomte  de  Gourdon,  qu'une  lettre  de  Brissac  au 
roi  du  !*"■  février  i55i  mentionne  comme  gouverneur  de  Savi- 
gliano^,  étaient,  au  contraire,  à  portée  pour  marcher  contre 
Cherasco.  Monluc  a  brouillé,  par  une  curieuse  défaillance  de 
mémoire,  deux  faits  très  semblables.  En  août  1542,  au  moment 
où  Guillaume  du  Bellay,  alors  gouverneur  du  Piémont,  essayait 
péniblement  de  prendre  l'offensive  contre  del  Vasto,  il  décida  de 
((  dresser  »,  comme  Brissac  en  i55i,  trois  entreprises  et  d'en- 
voyer trois  colonnes,  l'une  vers  Alba,  la  seconde  vers  Coni,  la 
troisième  vers  Cherasco.  Celle-ci  fut  confiée  à  d'Ossun  et  à  An- 

1.  lîoYviN  m;  ViLi.ARS,  XXVIII,  4i*>,  /)22-423.  La  date  donnée  par  Boyvin 
(4  se|)tonihre)  est  inexacte. 

2.  Avis  de  diverses  ])laces,  Mantoue,  G  septembre  {State  papers,  foreifjn, 
Edward  VI,  n»  444)'  —  L'évèque  d'Arras  à  Simon  Renard,  Augsbourg,  i4  sep- 
tembre {Pop.  d'Ét.  de  Granvelle,  III,  453).  —  Boyvin  du  Villars,  pp.  424-425. 
—  Miolo  :  «  Kadem  quidom  nocte  Claraschum  doiose  invadere  tentavenint; 
se,d  intorsis  Hispanis  contra  punnanlibus  Galli  cessi  illinc  recessere.  »  (p.  190.) 

'^.   Boyvin   di:  Viij.aiis,  XXVIII,  417- 

4.  Bil)i.  de  Carpentras,  ms.  490,  f"  78  r".  —  Il  faut  remanjuer  <]ue  Monluc, 
dont  le  récit  est  beaucoup  plus  vau;'ue  (|ue  celui  de  lioyvin  et  tort  différent,  est 
du  moins  d'accord  avec  lui  sur  la  |)arlicipation  à  rentreprise  de  Cherasco  de  la 
garnison  de  Savigliano.  Il  parle  d'un  des  tVèics  de  (]harry,  «  (|ui,  estant  allé 
jusques  à  Savillan,  se  trouva  là  sur  le  lieu  quant  ou  marcha  la  nuict,  et  y 
ala...  »  Ce  souvenir  est  sans  doute  exact. 


ENTREPRISES    SUR    SAN    UAMIANÛ    ET    CHERASCO.  I  (jS 

toine  de  Bouliers,  sieur  de  Ceiitallo,  qui  emportèrent  la  place  par 
escalade'.  Monluc  n'était  pas  alors  en  Piémont;  il  n'y  arriva 
qu'en  novembre  avec  d'Annehault.  Mais  il  a  connu  le  fait  et, 
lorsqu'il  a  voulu  se  rappeler  la  tentative  de  i55i  sur  Cherasco, 
celle  d'août  i542,  faite  dans  des  circonstances  presque  identi- 
ques, s'est  présentée  à  sa  mémoire  :  ses  souvenirs  se  sont  brouil- 
lés et  avec  des  éléments  exacts  en  soi,  mais  de  dates  ditlérenles, 
il  a  composé  un  récit  fantaisiste.  De  Thou,  ayant  à  choisir  entre 
le  témoignage  de  Mordue  et  celui  de  Boyvin,  a  adopt*»  le  {)remier. 
De  Ruble,  qui  a  signalé  le  désaccord,  n'a  pu  l'expliquer  et  s'est 
rangé  à  l'opinion  de  de  Thou,  «  le  mieux  informé,  dit-il,  des 
historiens  de  ce  siècle  ».  On  voit  ce  qu'il  en  faut  penser. 

Monluc  commet  une  nouvelle  erreur  de  chronologie  en  plaçant 
trois  jours  après  la  prise  de  San  Damiano  et  la  tentative  avortée 
de  Cherasco  l'entreprise  de  Brissac  contre  Chieri.  Elle  eut  lieu 
en  même  temps  :  le  2  septembre,  «  à  une  heure  de  nuict  », 
Brissac  annonçait  au  roi  et  au  connétable  (ju'il  partait  de  Turin 
«  tout  présentement  pour  aller  rompre,  qui  sera  sur  Ouiers  »  ^. 
Monluc  semble  dire  que  le  conseil  de  guerre,  où  fut  décidée  l'en- 
treprise, fut  tenu  après  le  2  septembre;  mais  il  cite  comme  y 
ayant  pris  part  Vassé  et  d'Ossun,  qui,  d'après  son  propre  témoi- 
gnage, auraient  été  à  cette  date,  l'un  à  San  Damiano,  l'aulre  à 
Cherasco.  Le  passage  est  confus  et  contradictoire,  parce  ([ue  la 
chronologie  est,  une  fois  de  plus,  mal  établie.  Fioyvin,  plus  clair, 
parle  à  sa  date  du  conseil  de  guerre,  où  l'on  décida  d'assaillir 

I.  Guillaume  du  liellay  à  François  1er,  2.')  août  i542,  publ.  par  Tausserat- 
Radel,  Correspondance  politique  de.  Guillaume  Pellirier,  Appendice, 
pp.  681-682.  —  Cf.  V.-L.  BocnRii.i.Y,  Guillaume  du  Bellay,  p.  355. 

'>.  lirissac  à  Henri  II,  Turin,  2  septembre,  a  à  une  heure  de  nuict  «  :  «  Sire, 
suivant  ce  (pie  j'escriviz  dernièrement  à  V^otre  Ma'*,  je  ne  vculx  faillir  de  vous 
advertir  tjue  nous  avons  résolu  et  parlons  tout  présentement  pour  aller  rompre, 
qui  sera  sur  Quiers,  pour  plusieurs  considérations  et  occasions  que  V.  M. 
sçaura  trop  bien  comprendre.  S'il  plaist  à  Notre  Seic^neur  de  nous  vouloir  pres- 
ter  sa  e^race  et  donner  bonne  fortune  en  ceste  entreprinse,  je  ne  fauldray  sem- 
blablement  de  vous  en  adviser  en  toute  dilli<>enee.  Mais  je  vous  supplie  très 
humblement,  Sire,  (ju'il  vous  plaise  de  ne  nous  poinct  laisser  sans  ars^ent,  ains 
nous  en  secourir'  au  plus  lost  que  possible;  car  si  l'affaire  nous  succedde,  il  y 
a  beaucouj)  de  places  et  de  personnai^j-es  (pii  me  ilisent  avoir  moyen  de  les  faire 
vostres,  pourveu  qu'ilz  soient  aydés  de  gentz,  ce  que  je  ne  pourray  faire  sans 
Icd.  secours  d'arg-ent.  »  —  Lettre  analo;i;ue  au  connétable,  même  date  (Bibl.  de 
Carpentras,  ms.  490,  f»  i37  vo). 

13 


ig4  LES    CAMPAGNRS    DE    PIEMONT    SOUS    BRISSACé 

Clhieri  pliiti')!  (ju'Asti  et  auquel  assista  «  Monluc  de  Moncallier  ». 
Il  dit  qu'on  délibéra  d'essaver  l'entreprise  «  par  deux  divers 
moveus,  l'un  par  surprinse,  qui  se  devoict  faire  de  nuicl,  avec 
eschelles  qui  seroient  plantées  en  deux  différents  endroicls  de  la 
muraille,  qu'on  avait  reconnus  fort  bas  et  approcliables,  et 
l'autre  par  la  force,  ne  succédant  la  surprise  »  '.  Boyvin  confirme 
sur  ce  point  Monluc,  qui  ajoute  qu'il  était  personnellement  d'avis 
de  battre  la  j)lace  en  même  tem[)s  (ju'on  donnerait  l'escalade. 
Cet  avis  fut  adopté,  car  Boyvin  dit  qu'outre  les  échelles,  (jui  fu- 
rent réparties  entre  les  quatre  troupes  de  gens  de  pied  com- 
mandées par  d'Ossun,  Monluc,  La  Mothe-Gondrin  et  Charles  de 
Birague,  on  décida  d'amener  dix  pièces  de  canon,  «  afin  que,  ne 
succédant  la  surprinse,  on  peust  recourir  à  la  force,  faisant, 
comme  on  dit,  marchei"  le  renard  et  le  lyon  tout  ensemble  »  ". 
Monluc  s'attribue  l'honneur  d'avoir  conduit  l'artillerie  devant 
Chieri;  Boyvin  est  muet  sur  ce  point.  A\ec  les  Commentaires, 
il  note  que  la  garnison  de  O^hieri  eut  vent  de  l'attaque  projetée, 
malgré  les  précautions  prises,  mais  il  oublie  de  dire  que  la  cami- 
sade  échoua,  détail  important  confirmé  par  Miolo^,  et  qu'il  fallut, 
ainsi  que  l'avait  prévu  Moiduc,  battre  la  ville.  Sur  la  batterie 
elle-même,  les  deux  auleui's  sont  d'accord  pour  constater  qu'elle 
fut  contrariée  par  la  pluie.  Boyvin  ajoute  qu'elle  fit  peu  d'effet, 
parce  que  l'endroit  avait  été  mal  choisi  pour  battre  la  muraille; 
on  comprend  (|ue  Monluc  ait  négligé  ce  détail.  11  ne  dit  rien  non 
plus  de  la  durée  du  siège  :  d'après  Boyvin,  la  place  capitula  le 
troisième  jour,  soit  le  5  septembre,  date  confirmée  par  Miolo  et 
par  une   lettre   de   Brissac   au  roi  ^    Le  gouverneur   de  (-hieri, 

1.     HoYVlN    1)1      N'il.LAKS,  XW'III,    /|  iC). 

■2.   Ihid.,  4i8. 

3.  MiOL'j  (p.  igo)  dit  par  erreur  que  Vassé  dirigeait  l'entreprise  :  «  Eadoiii 
nocle  ipsi  Galli  suIj  Grogneto  de  Vassé,  régis  preffecto,  Cherium  poliri  ut  Sauc- 
lum  Duiniaiium  conantur,  sed  rc  penitus  infecta  recedunt.  »  —  l^'évèque  d'Ar- 
ras  à  Simon  Renard,  Aagsl)ourg,  \!\  scptendire  :  «  Et  (jue  davaiitaigc,  le 
second  de  ce  mois,  les  gens  du  roy  au  t'iomont  avoicnl  taict  denionstracion  de 
vouloir  rompre  en  trois  lieux  devant  Ouiers,  où  pour  lors  ils  se  conleularent 
d'une  bravetc  sans  avoir  ose  en  venir  aux  mains.  »  {Pap.  d'El.  de.  Grurwelle, 
m,  4.')3.) 

f\.  Mioi.o,  li)\  cil.  :  'I  Dm  aiilciii  ((iiiiita  (ilieriensos,  expulsis  llispanis,  opi- 
diiiii  (iallis  edere.  »  —  lir-issac  au  roi,  tihieri,  0  septembre  :  <<  Sire,  je  u'ay 
point  escrit  à  V.  .M.  dejiuis  (jue  je  partis  de  Thuriu  pour  venir  à  l'entreprinse 
de   ceste  ville,  pour  autant   (|ue  j'atlendois  à   vous  adviser  tout  en  ung   coup 


, 


La  prise  dk  ciiiF.ur  (5  sei't.    i55i).  if)5 

Giovan  Giorgio  Lampugiiano,  i^ciitillioiimie  milanais,  (|iic  I).  Fer- 
rante y  a\ait,  laissé  avec  trois  coinpagiiies  italiennes  et  ein(|nan(e 
clievan-lég-ers  ',  fnt  conlrainl  de  se  rendre  par  l'altitude  hostile 
des  hahitanls.  Gelle  raison,  donnée  pai"  Monlnc,  est  aussi  celle 
(pi'invoquent  .Miolo  et  le  bi(»yraj)lie  de  D.  Ferrante,  Gosellini  ". 
Ce  dernier  attribue  cette  allilndt;  à  la  peur  du  pillage,  Mordue  à 
l'amour  de  la  population  [)our  la  France.  Les  deux  motifs  sont 
vrais,  |)Ins  profonds,  en  loul  cas,  (|ue  celui  de  Boyvin,  qui  parle 
du  hruil  des  Irompeltes  et  des  tambourins  comme  avant  dc'lei- 
min('  les  habitants  de  (ihieri  à  se  l'endic.  Le  biographe  de  Jirissac 
cil(;  Moulue  parmi  les  li'ois  j)lénij)olenliaires  envoyés  pour  négo- 
cier la  caj)i(ulalion.  Les  Coninientdires  nomment  Francesco 
Jiernardino  Vimercali,  le  sieur  de  Montbazin  et  peut-être  le  j»ré- 
sid<'nt  de  Jiirague.  Il  est  peu  probable  que  Moulue  se  soit  oublié 
hd-mème.  Les  deux  auteurs  sont  d'accord  pour  louer  la  modé- 
ration des  soldats  mis  en  garnison  dans  la  roquette  :  Moulue 
s'en  attribue  tout  riiorrneur-;  Hoyvin  le  [)ar'tag"e  entre  Vimercati 
et  lui -^  Le  r-t'cit  des  (Unnini'iiUnrcs.  en  somme  exact,  si  l'on  fait 
la  part  d'une  légère  exagération  du  r'ôle  que  s'atlril»ue  l'auteur, 
se  termine  par  la  mention  d'un  souvenir  personnel  cuisant,  une 
chute  qu'il  fit  sur  la  muraille  de  la  ville,  (pii  lui  valut  de  se 
((  deslouei'  »  la  hanche  et  de  rester*  deux  mois  et  demi  au  lit.   Il 


(|ucllc  CQ  auroict  esté  l'issue.  Maiiiteiiiinf  qu'il  a  pieu  à  Noire  Spiiçneur  que 
nous  serions  entrés  dedans,  je  n'ay  voulu  faillir  de  vous  despescher  expressé- 
ment le  si'  (!(>  Duno,  etc..  »  (Bihl.  de  (larpentras,  ms.  l\^o,  f"  i38  ro.) —  Le 
connétable  anuon(^a  le  12  septembre  à  M.  de  Huniières,  capitaine  de  Péronne, 
la  prise  de  Chieri  i)ar  Hrissac  (Il  N.,  fr.  iiiiG,  f"  121,  orig.  ;  Clairamb.,  344» 
fo  224,  copie). 

r.  GosKiJ.INI,  Conijif'itilio,  p.  iSi.  —  Hnvvi.s  du  Vn.r.Ans ,  XXVllI,  4'9- 
—  MoNrxc,  I,  337. 

2.  GosKLLiNi,  loc.  rit.  :  »  l'er  cjiniinip  inicsi  clie  essendo  l'rancesi  andati  so- 
pra  di  Chieri,  dove  con  tre  capitani  eiano  ciMijuceeiilo  i'.nili  et  ciuquanta  cavalli, 
presidio  ordinario  di  quel  luooo,  sotto  al  governo  di  (iiovan  riiorii;io  I.ampu- 
!j;nano,  ij^entilluionio  niilanese,  in  tulli  i  tenipi  passai!  fia  i  liuoni  soldati  assai 
riputato,  et>li  si  era  lor  dato;  parte  j)er  poca  intellii>enza  ehe  fu  fra  lui  et  gli 
altri  ea|)i,  parte  pei-  colpa  di  terrazzani,  (jue  niosirando  limer  di  fiualmente 
esser  saceben-i;iatti  per  loni,  niinaeciavano  di  darivli  a  le  spalle,  mentre  voles- 
sero  difendei'c  la  città...   1^ 

3.  Hoyvin  dit  rpi'il  lut  ordoiuié  aux  soldats,  sous  peine  capitale,  «  de  se  ffou- 
verner  modeslenicnt,  et  surtout  à  rciidroict  des  dames.  »  Mom.d:  :  «  Je  nie 
gouvcruis  si  bien  qu'homme  de  la  ville  ne  perdisl  une  paille.  » 


iq6  LES    CAMPAGNES    DE    PIEMONT    SOUS    BRISSAC. 

V  est  fait  allusion  dans  une  lettre  (ju'il  écrivait  au  duc  de  Guise 
le  !«'■  novembre  suivant'. 

Après  ce  récit  circonstancié  de  l'ouverture  des  hostilités,  Mon- 
luc,  négligeant  de  dire  que  Brissac  occupa  encore  plusieurs  places 
du  Monferrat,  Brusasco,  Montiglio  %  Chiusano,  tandis  que  sa 
cavalerie  courait  jusqu'aux  portes  d'Asti  3,  note  l'arrivée  dans 
cette  ville  du  gouverneur  du  Milanais,  don  Ferrante  de  Gonza- 
gue,  qui,  laissant  le  siège  de  Parme,  accourut  pour  arrêter  les 
prO;grès  des  Français.  Boyrin  dit  (ju'il  amenait  six  mille  hommes 
de  pied  et  douze  cents  chevaux^.  On  a  vu  que  Moulue  a  contrôlé 
et  complété  ce  passage  au  moyen  de  Paradin.  Charles-Quint 
annonçait,  le  i8  septembre,  à  la  reine  Marie  que  son  lieutenant 
général  s'était  mis  en  marche  vers  le  Piémont  avec  les  Espagnols, 
les  Allemands  et  quelque  cavalerie,  laissant  devant  Parme  le 
marquis  de  Marignan  pour  en  continuer  le  siège -\  Après  quinze 
jours  passés  en  préparatifs,  D.  Ferrante  vint,  au  début  d'octobre, 
assiéger  Villadeati,  qu'il  emporta  le  17  seulement*^,  tandis  que 
U.  Francesco  d'Esté  réoccupait  Chiusano  ".  Brissac  enroya  Lu- 

1 .  11  s'engage  à  accompaoner  les  princes  lorrains,  qui  viennent  d'arriver  à 
l'armée,  partout  où  se  fera  quelque  entreprise  :  «  Je  vous  assure  que  ce  ne 
sera  sans  nioy,  puisque  Dieu  m'a  donné  un  [)eu  de  guerison  de  ma  cuysse.  » 

(IV,  4.) 

2.  Avis  de  diverses  places,  Mantoue,  0  septembre  {State  papers,  foreign, 
Edward  VI,  n»  444)- 

3.  Arch.  d'État  de  Mantoue,  Aunibale  Lilolti  aux  régents  de  Mantoue,  Asti, 
25,  29  et  3o  septembre. 

4.  BOYVIN    DU    Vll.LARS,   XXVIII,  433. 

5.  Lanz,  III,  75.  —  Le  5  octobre,  Vassé,  gouverneur  de  San  Damiano,  écri- 
vait au  connétable  qu'il  attend  de  jour  à  autre  «  que  domp  Ferrand  vienne  nous 
voir,  ce  qu'il  doibt  faire  par  raison  et  par  le  devoir  de  la  guerre  pour  eslre  de 
xii  mille  plus  avant  en  pays  que  nul  autre,  tellement  que  s'il  fait  entreprise 
ailleurs,  il  m'aura  tousjours  à  doz,  et  ne  sçauroit  aller  nul  lieu  que  je  ne 
demeure...  pour  lui  donner  sur  la  queue  et  coupper  chemyu  à  ses  vivres.  » 
(B.  N.,  t'r.  2o4.'j2,  lu  4<J,  orig.) 

6.  Arcb.  d'Étal  de  Mantoue,  Aunibale  LitoIH,  Asti,  2,  4»  i^>  '7  octobre.  — 
Le  6  octobre,  D.  Ferrante  Ht  pendre  le  cavalier  Ponzone,  accusé  d'avoir  faci- 
lité par  sa  trahison  la  prise  de  (^hieri  et  de  San  Damiano. 

7.  Bibl.  de  Carpentras,  ms.  490,  f"  i38  v<)  :  «  Est  advenu  que  la  première 
chose  que  le  s^"  domp  Ferrand  a  faict  après  estre  arrivé  en  Ast  a  esté  d'envoyer 
le  s""  domp  Francis(iue  d'Esté  avec  des  forces  assiéger  lesd.  deux  places,  dont 
l'une  se  nomme  (îuisan  et  l'autre  Villedeldea;  et  eonmie  l'on  se  loge  aisément 
dans  les  places  de  Montferrat  et  (ju'aussi  ou  est  aysement  deslogé,  ainsi  le» 
Imperiaulx  les  ont  occupées.  » 


PREMIÈRES    RELATIONS    DE    MONLUC    AVEC    LES    GUISE.  I97 

dovic  de  Birag^ue  à  Chieri  et  fil  mine  de  vouloir  secourir  \  ilia- 
deati;  mais  il  n'alla  pas  plus  avant  et  se  replia  sur  Turin  '. 

Monluc  est  naturellement  muet  sur  ces  opérations  auxquelles 
sa  blessure  l'empêcha  de  prendre  part.  Il  a  seulement  noté  l'ar- 
rivée à  Chieri,  où  il  était  malade,  du  duc  d'Aumalc,  frère  de 
François  de  Guise,  du  duc  de  Nemours,  du  prince  de  Condé  et 
de  son  frère  le  comte  d'Ang-uien,  de  François  de  Montmorencv, 
fils  aîné  du  connétahle,  et  d'autres  seigneurs  qui,  dit  Bovvin, 
accouraient,  suivant  l'usag-e,  pour  assister  à  la  bataille  que  l'on 
prévoyait  en  Piémont".  Miolo  donne  les  dates  exactes  de  leur 
arrivée  :  le  20  septembre,  les  princes  lorrains  étaient  à  Chieri;  le 
8  octobre,  le  fils  du  connétable  les  rejoignit  à  Turin  3.  On  com- 
prend que  Monluc  n'ait  pas  négligé  de  mentionner  ce  fait.  Ce 
fut  dans  sa  vie  un  événement  gros  de  conséquences  :  mal  vu  du 
conni'table,  en  (piète  de  nouveaux  pi'otecteurs,  il  trouva  là  l'oc- 
casion de  s'instituer  d'une  façon  officielle  client  des  (îuise.  Mais 
il  y  a  tout  lieu  de  croire  qu'il  usa,  pour  s'insinuer  auprès  d'eux, 
des  relations  excellentes  que  son  frère  Jean  entretenait  avec  la 
maison  de  Lorraine  depuis  trois  ans  au  moins.  Le  9  août  i548, 
Jean  de  Monluc  écrivait  de  Sens  au  duc  rl'Aumale  pour  le  prier 
de  le  tenir  au  nombre  de  ceux  qui  sont  le  plus  disposé's  à  lui 
faire  service  et,  comme  tel,  l'avoir  en  souveiunice  et  le  j)rendre 
sous  sa  protection  ^.  Aussitôt  après,  on  le  trouve  très  avant  dans 
la  confiance  du  duc,  qui  le  charge  de  débrouiller  une  affaire  dé- 
licate 5;  d'Embrun  il  lui  donne  des  nouvelles  de  la  duchesse, 
alors  en  voyag^e  avec  l'évéque  de  Troyes  ^  ;  à  l'occasion  de  la 
mort  du  duc  Claude,  il  écrit  à  la  duchesse  une  belle  lettre  de 

1.  Arch.  d'tùat  de  Maiitoue,  Annihale  I^ilolfi,  Asti,  8,  12,  3o  octobre. 

2.  I3oYviN  nu  ViLLAKs,  XXVIII,  /|0/j-465.  —  Avis  de  Rome,  26  septembre. 
{Sla/e  paper.s,  foreiffu,  Edivanl  VI,  no  462.)  Monluc  a  oublie  de  citer  parmi 
les  princes  le  frère  du  duc  d'Aumale,  René  de  Lorraine,  manpiis  d'Elbeuf. 

3.  (1  Di(;  20  eiusdem  settembris,  doniini  de  Auniala,  d(d  Beuf,  eius  fraler,  et 
Annemours,  (ialli  adolescentes,  (ilierii  ap|)licuerun(,  ubi  exercilus  (iallus  cas- 
tranietatus  est.  Anno  eodem,  8  octobris,  dominus  Monioranci,  tilius  conesta- 
bilis  Francie,  aplicuit  Taurini.  »  (p.  191.) 

/|.  Jean  de  Monluc  au  duc  d'Aumale,  Sens,  <)  avril  ifi/jS.  (M.  N.,  t'r.  2o5/)8, 
fo  117,  orii»-.)  —  Dès  le  if)  novembre  iH/i'y  il  èlail  en  relations  avec  le  duc. 
(B.  N.,  fr.  2o4<)2,  fo  33,  orii^.) 

5.  Le  même  au  mên)e.  Sens,  20  avril   1Ô48.  (li.  N.,  fr.  204O2,  ^  3^^  orig.) 

6.  IjC  même  au  même,  lMid)run,  2r>  octobre  ir>48.  (B.  N.,  fr.  2or).')5,  fo  iSy, 
orig.) 


iq8  LES    CAMPAGNES    DE    PIEMONT    SOUS    BRISSAC. 

condoléances  '.  Xiil  doute  donc  que  Jean  n'ait,  une  fois  de  plus, 
aidé  Biaise  à  se  pousser  en  lui  procurant  l'appui  de  patrons  dont 
les  deux  frères  pressentaient  la  puissance  prochaine.  Biaise,  d'ail- 
leurs, n'était  pas  en  reste  avec  Jean  :  de  Moncalieri  il  écrivait, 
le  29  janvier  lôôo,  au  duc  de  Guise,  pour  l'assurer  de  sa  bonne 
volonté,  le  prier  de  le  toujours  tenir  en  sa  bonne  g-ràce  et  le 
remercier  de  s'être  entremis,  avec  le  cardinal  de  Lorraine,  pour 
faire  avoii-  l'archevêché  de  Bordeaux  à  son  frère,  qui  «  estoyt 
demeuré  en  arrière  par  le  moyen  de  madame  d'Estampes  ».  L'af- 
faire n'aboutit  pas;  le  cardinal  du  Bellay,  archevêque  de  Bor- 
deaux, refusa  de  se  dessaisir  de  son  sièg-e".  Mais  ce  document 
montre  assez  bien  comment  les  deux  frères  devinrent  ensemble 
clients  des  Guise.  Aussi,  lorsque  les  cadets  de  Lorraine  arrivèrent 
à  Ghieri,  Moulue  s'empressa  auprès  d'eux,  leur  procura  armes  et 
chevaux,  mit  à  leur  service  pour  les  occasions  futures  sa  vieille 
expérience  de  routier  d'Italie  et  n'omit  pas  de  se  faire  valoir, 
avec  une  modestie  org^ueilleuse,  auprès  du  chef  de  la  maison,  le 
duc  François  -^  Il  a,  par  contre,  oublié  d'ajouter  qu'avec  cette 
brillante  noblesse  arrivaient  à  Brissac  des  renforts,  qui  lui  permi- 
rent d'autant  mieux  de  reprendre  l'offensive  que  D.  Ferrante  ne 
pouvait,  faute  d'arg^ent  sans  doute,  ii^rossir  autant  qu'il  l'eût 
voidu  sou  aruM'c  affaiblie  par  la  maladie  ^ 

Henri  II,  instruit  par  deux  courriers  des  premiers  succès  de 
ses  armes  en  Piémont  ^    avait  njanifeslé   à  son  lieutenant  son 

1.  .Jean  dv  Moulue  à  la  duchesse  d'Auinale,  Paris,  20  avril  iSâo.  (B.  N., 
Fr.  20543,  f'o  II"),  orig-.) 

2.  Monluc  au  duc  de  (iuise,  Aloiicalieri,  19  janvier  [lôôoj  (IV,  1).  En 
février  i552,  Biaise  Ht  auprès  du  duc,  pour  taire  obtenir  à  son  frère  l'évèché 
d'Hnihrun,  une  démarche  analogue,  «ju'il  Kt  appuyer  par  Brissac.  dMonluc 
au  duc  de  Guise,  Turin,  19  février  [i5Ô2],  IV,  5.)  La  lettre  de  Brissac  au  duc 
de  (luise,  du  20  mars,  a  été  publiée  par  Tamizev  de  Lvrroque,  Noies  ef  docu- 
iiifiits  /)oiir  servir  à  ta  bior/rapliic  de  Jean  de  Monluc,  p.   i6. 

.').  .Mordue  au  duc  de  Guise,  .Moncalieri,  ic"  novembre  i55i  :  <'  Je  suis  grau- 
dcini-nt  oblig;;  à  messeiii^neurs  nos  frères,  car  à  leur  venue  on  leur  a  présenté 
de  beaucoup  de  iieul.x  chevau.v  et  armes  pour  s'en  servir  jusqu'à  la  venue  des 
leurs,  mais  ils  m'ont  faict  tant  d'honneur  de  m'en  avoir  voullu  prendre  de  per- 
sonne que  des  miens;  de  quoy  je  leur  demeureray  à  jamais  obligé,  m'ayant 
monstre  tant  d'amitié  (jue  beaucoup  d'aultres  eussent  esté  bien  ayses  l'avoir 
receu.  »  (IV,  l\.) 

4.  Peter  Vannes  au  Conseil,  \'enise,  10  octobre.  {State  papers,  foreign, 
Edward  Vf,  n"  i"]"].) 

5.  Brissac  lui  avait  envoyé  successivement  le  coniinissaire  de  l'artillerie  Duno 


LA     SURPRISF,    DE    LANZO    (fI.N    NOV.     rHoi).  I  ()() 

désir  de  le  voir  tiMilcr  (jiiel(]iie  nouvelle  eiih'eprise.  I.e  maréclial 
songea  d'abord  à  all(M-  assaillir  Biisea,  pi'ès  de  (Joui  ;  r)uis,  crai- 
gnant avec  raison  (|ue  la  place  IVil  facilement  secourue  et  qu'un 
insuccès  de  ce  rolé  amenât  l'invasion  du  marquisat  de  Saluées 
qu'il  redoutait,  il  d('cida  d'aller  surprendre  Lanzo,  dans  la  vallée 
supérieure  de  la  Stura,  au  nord-ouest  de  Turin.  Le  lieu  était  très 
fort,  mais  isoN'  au  milieu  des  ])Ossessi()ns  françaises;  les  Impé- 
riaux, poui"  le  secourir",  ('laient  obligés  de  francliir  1<'  1^'),  la 
Dora  liallea  el  l'Orco,  opcialions  trop  longues  pour  qu'ils  pus- 
sent arriver  à  temps  '.  Le  calcul  de  Brissac  était  juste,  son  plan 
excellent.  D.  Ferrante  ne  ci'ut  pas  à  la  possil)ilit('  d'une  entre- 
prise aussi  liardie,  en  inie  pai'cilh'  saison  ;  rjuand  il  eu  l'ut  in- 
formé, il  se  rendit  com{)tc  (pTil  lui  sciait  dilïicile  de  secourir 
Lanzo  ".  Le  ;î4  iunend)re  au  matin,  rinfanterie  de  Bonniv<>t 
(juitia  Turin,  escortant  rartilleiie  que  le  marc'chal  faisait  partir 
en  a\ant;  le  lendemain,  Brissac  et  les  princes  montèrent  à  che- 
val, emmenant  la  cavalerie  \  1).  h'erranle,  à  cette  nouvelle,  partit 
d'Asti  pour"  Casale,  sur  le  Po,  et  envoya  en  liàtc  1).  l*'rancesco 
d'Lste  an  secoin-s  de  la  place ^,  11  était  trop  tard.  Le  ^^8,  Br'issac 
al(a(]uai(  le  cliàteair  par  l'ouest -''.  Le  '.n)  ou  le  .')(»,  (îiacomo  Pro- 
vana,  castcllan  de  Larrzo,  capitulait  et  Biissac  envoyait  au  roi 
Bric(piemault  poui' lui  porter  la  norrvclle  de  ce  brillant  succès", 
(pii  lui  connu  le  ?n>  à  Casale.  La  jtlace  n'a\ait  pas  fait  la  l'c'sis- 
tari(M'  (pie   1).    Ferrante  esp('r'ait;  elle   s'('tait    rendue   après    ciri(| 


et  son  cipilaine  des  içanles  .Moiilliazin.  (tirissac  au  roi,  Chieri,  G  septembre,  et 
'liii'iii,  2.")  iiovcml)!'*'.  liilil.  (!e  ('arpenli-as,  nis.  /{(jo,  f'^^  i.'iS  ro  et  i/jH  v.) 

I.  i^rissac  an  l'oi  et  an  (•(niiH'lahlc,  'l'iiriii,  ;<.')  ii()\(Mnl)i'c.  {Ihid.,  l'J^  i/|8  vf>- 
i/|<)  yo.) 

•>..  Ai'cli.  (i'I^lal  (!(>  INtaiitouc,  Aiiiiiljalc  IJlolii,  (lasalc,  '.\o  iii)\ciiil)r<'  :  »  Ilora 
|)()C0  accade,  se  non  elle  l'raneesi  sono  tntia  via  sopi'a  TAnz,  ma  si  discorse 
elle  poeo  potrà  l'aili^liaria  in  queste  uehhie  laiilo  oseure,  et  ira  tanio  la  nosira 
l'anteria  el  cavalleria  lia\rà  tempo  tli  andare  innanzi,  aneorehè  si  ten^a  |)er  dii- 
tieile  il  soceorso  di  (]uel  l;ioi;'o,  esseiido  nelle  viscère  di  l'Hiiicesi.  d 

3.   Brissac  au  roi,  Turin,  2^  novemliie. 

f\.  Franceseo  d'!'>sle  au  duc  de  Savoie,  2  dt'-eemhre.  ({ali-  par  Se<;ul:,  .\fj/)/iii/i 
(Il  slarid  sdlximld ,  dans  les  Rendicoiili  dclhi  /{.  Ac<'(i<li'iiii<i  dci  L/ncei,  njoii, 
p.  .')H,  noie  I .) 

T).  (!i-()/iiic(i  (/'/ 'ss('f///(i,  \)\i\A.  par  ( '.nui  M'.ii,  Mciiiorii' >;liiriclie,'\'\\v\\\,  i8()8, 
pp.  155-1  fit). 

G.  Brissac  au  roi,  I.anzo,  «  sur  la  lin  dOclolire  ou  premier  novembre  i55i  ». 
(Iiibl.  de  (^ai'jienlras,  riis.  'pii),   1"'"^  i/p)  v"-i5o  ro.) 


200  LES    CAMPAGNES    DE    PIEMONT    SOUS    BRISSAC. 

heures  de  batterie  seulement  '.  Le  5  décembre,  Peter  Vannes, 
ambassadeur  anglais  à  \  enise,  annonçait  la  })rise  de  Lanzo  au 
conseil  privé  d'Edouard  VI  ^. 

Monluc  et  Boyvin  ont  donné  de  ce  fait  deux  récits  fort  diffé- 
rents, (jue  les  historiens  ont  utilisés  sans  pouvoir  les  accorder-^. 
Les  documents  connus  permettent  d'en  faire,  sur  certains  points, 
la  critique.  Le  récit  de  Boyvin  est  très  suspect;  il  contient  des 
précisious  minutieuses,  qui  ont  le  tort  d'être  autant  d'erreurs. 
Boyvin  place,  en  effet,  le  siège  de  Lanzo  en  janvier  i552;  il  dit 
que  Brissac  quitta  Ghieri  le  i8,  arriva  le  20  devant  la  place,  que 
la  batterie  commença  le  21,  dura  le  22,  qu'on  ouvrit  la  brèche 
le  28,  et  il  donne  le  texte  de  la  capitulation,  signé  Vimercat, 
Monhasin,  Provane,  Boyvin,  avec  la  date  du  28  janvier.  Tout 
cela  est  arrangé,  sinon  complètement  fabriqué.  On  a  reproché 
sans  raison  à  Monluc  d'avoir  commis  la  même  erreur  de  date  que 
Boyvin;  plus  vague  et,  en  somme,  plus  exact,  il  s'est  borné  k 
dire  que  l'entreprise  eut  lieu  «  au  bout  de  quelques  jours  que 
les  princes  furent  arrivés  »  ^.  En  second  lieu,  Boyvin  raconte 
comment,  le  maréchal  ayant  reconnu  la  place  et  l'ayant  tiouvée 
plus  malaisée  à  prendre  qu'il  ne  pensait,  son  frère  Artus  de 
Cessé,  seigneur  de  Gonnort,  eut  l'idée  de  hisser  à  bras  deux 
pièces  d'artillerie  suranné  plate-fornu'  «  qui  regardoit  quelque  peu 
par  courtine  l'endroict  (ju'on   vouloit  battre  »,  et  y   parvint  le 


1.  Arcli.  d'État  de  Mantoue,  Anuihale  IJtolti,  (Jasale,  ler décembre.  —  Cette 
dépèche  nous  apprend  que  Giacomo  Provana  di  I^eyiiî  (voir,  sur  ce  per- 
sonnage, Segre,  Un  gentiluonio  pieinontese  délia  prima  meta  del  secolo  XVI, 
Giacomo  Provana  di  Lei/ni,  dans  le  Giornale  Liguslico,  1897,  fasc,  i  et  2), 
était  le  beau-père  de  Vespasiauo  liobba,  l'agent  mantouan  (|ui  suivait  del  Vasto 
en  1543-1544-  D'après  (îosELr.iNi  (p.  189),  il  s'excusa  sur  l'iiiipossibilité  où  il 
était,  faute  d'argent,  d'entretenir  la  garnison. 

2.  State  papers,  forei(jn,  Edivard  VI,  n"  507. 

3.  Voir  UssEi.Lio,  Lanzo,  sliidi  storici,  1887,  pp.  800-807,  et  Makcuand, 
op.  cit.,  pp.  191-194. 

4.  Le  reproche  a  été  fait  à  tort  à  Monluc  par  M.  Se(;he,  i'n  episodio  délia 
lotta  tra  Francia  e  Spagna  a  mezzn  il  ri/u/iierenfo  {Arch.  slorico  lombardo, 
XXVII,  1900,  p.  368,  n.  8).  —  Les  historiens  et  chroniqueurs  du  seizième  siècle 
se  sont  tous  plus  ou  moins  trompes  sur  la  date  do  la  prise  de  Lanzo  :  Goseli.ini 
la  place  au  début  de  décembre  i55i  ;  Mioi.o  dit  (pie  le  départ  de  Brissac  pour 
Lanzo  eut  lieu  le  yO  ortoliri'  i55i  (erreur  d'un  mois).  La  Crunara  <ri^sseglio 
donne  la  date  exacte  de  l'année,  quoi  qu'en  dise  M.  Segre.  Mauguanh,  trompé 
|);ii'  lînyviti.  pl.icc  le  fait  en  janvier  i7jl'f2. 


GRAVE    DESACCORD    ENTRE    MONLUC    ET    BOYVIN.  201 

lendemain  «  avec  trois  cens  bons  hommes  »  ',  Monluc  rapporte 
le  même  fait,  mais  s'attribue  l'honneur  de  cette  invention  et 
aussi  de  l'exécution.  Avec  une  richesse  de  détails  que  l'on  ne 
trouve  pas  chez  Boyvin,  il  raconte  heure  par  heure  comment 
il  reconnut  le  château,  monté  sur  un  mulet,  mal^'ré  sa  cuisse 
malade,  comment  il  fît  creuser  dans  le  roc  un  chemin  en  lacets 
avec  des  «  leposades  »,  et  fit  hisser  par  là  quatre  canons.  A-t-il 
imag^iné  tout  cela?  H  semble  difficile  de  l'admettre.  A-t-il  exagéré 
son  rôle  personnel  et  faut-il  croire,  avec  M.  l'abbé  Marchand, 
que  Gonnort  dirigea  l'opération,  dont  l'idée  première  aurait  ap- 
partenu à  Monluc^?  Un  document  déjà  cité,  la  lettre  de  Brissac 
au  roi,  du  26  novembre,  permet  de  douter  que  Gonnort  ait  assisté 
au  siège  de  Lanzo.  Le  maréchal,  sur  le  point  de  quitter  Turin, 
écrit  en  effet  que,  l'ennemi  ayant  eu  vent  de  son  entreprise,  il 
avait,  «  pour  le  divertir  »,  ordonné  à  son  frère  d'aller  assiéger 
un  château  voisin  de  Fossano.  Gonnort  emmena  avec  lui  les 
compagnies  de  M.  de  Guise,  de  Brissac,  de  La  Hunaudaje,  et 
les  chevau-lég-ers  du  vicomte  de  Gourdon,  ainsi  que  trois  ensei- 
gnes de  gens  de  pied.  Le  château  se  rendit  le  lundi  23  novembre; 
le  lendemain,  La  Hunaudaje  en  apporta  la  nouvelle  à  Turin '. 
Est-il  bien  vraisemblable  que  Gonnort  se  soit  immédiatement  re- 
tiré et  qu'il  ait  eu  le  tem[)s  matériel  de  revenir  à  Turin  et  de 
rejoindre  le  maréchal  devant  Lanzo,  dont  il  était  bien  éloigné? 
Il  y  a,  ce  semble,  une  assez  forte  présomption  pour  croire  que 
le  frère  de  Brissac  n'assistait  pas  au  sièg^e.  Boyvin,  panégyriste 
officiel  de  la  famille,  aurait-il  donc  «  dérobé  »  l'honneur  qui 
apj)artiendrail  à  Monluc?  Son  récit  est,  par  ailleurs,  si  controuvé 
qu'il  est  ])ermis  de  poser  au  moins  la  (|uesli(ui.  Tout  en  faisant, 
dans  la  narration  des  (]<}ninu'nt<iirt's,  la  [)aii  de  la  vantardise 
gasconne^,  tout  en  constatant  que  l'auteur'  a  Iroj)  atténué  le 
rôle  des  pièces  (jui  tiraient  du  côté  de  la  ville  et  commis  des 
inexactitudes  de  délai!  en  faisant  partir  Brissac  de  Ghieri  au  lieu 


1.  Boyvin  du  \'illai\.s,  coll.  l^elitot,  XXIX,  65. 

2.  Marchand,  p.  198,  note. 

3.  Brissac  au  roi,  Turin,  26  novembre.  —  Le  chAteau  est  appelé  «  Banes, 
près  le  Foussau  ».  Le  nom  paraît  avoir  été  défiguré  par  le  copiste.  Peut-être 
.s'agit-il  (le  Santo-Alhauo,  au  sud  de  Fossano,  non  loiu  de  La  Trinilà. 

4.  Monluc  dit  (pi'il  tut  cliarifé  île  conduire  l'artillerie.  Oui,  mais  sous  les 
ordres  de  Bonnivet. 


202  LES    CAMPAGNES    DE    PIEMONT    SOUS    BRISSAC. 

lie  Turin  ',  en  disant  que  D.  Ferrante  était  à  Vercelli,  lanclis 
fju'il  était  à  Casale,  il  faut  reconnaître  que  la  durée  qu'il  donne 
au  sièg-e  concorde  avec  les  dates  fournies  parles  documents",  el 
que  les  lettres  de  Brissac  au  Toi  el  au  connétable  confirment 
pleinement  ce  qu'il  dit  de  la  bonne  volonté  des  princes  et  de  la 
part  (ju'ils  prirent  à  l'affaire  \ 

Lanzo  rendu  et  le  capitaine  Brnil  laissé  comme  g^ouverneur 
dans  la  place  —  détail  commun  à  Moulue  el  à  Bovvin  — ,  Brissac 
se  porta  avec  toutes  ses  forces  versCaluso,  au  devant  des  troupes 
que  D.  Ferrante  avait  fait  passer  trop  tard  sur  la  rive  gauche 
du  Pô''.  Une  lettre  qu'il  écrivait  au  roi  de  Turin,  le  5  décembie, 
confirme  el  complète  ce  renseig^nement  des  Commentiiirrs.  Après 
avoii'  envoyé  en  cour  le  capitaine  Bricquemault,  porteur  de  la 
((  depesche  de  Lanz  »,  le  maréchal,  «  tournoyant  »  le  Canavese, 
occupa  Rivarolo,  où  il  fut  lég'èrement  blessé'',  et  arriva  le  2  avec 
saca\alerie  dans  la  plaine  de  Caluso,  non  loin  de  la  Dora  Baltea. 


1.  il  dit  (|ue  Brissac  partit  en  avant.  On  a  vu  que  l'artillerie  le  précédait. 

2.  La  confrontation  des  documents  el  du  texte  de  Moulue  sur  ce  point  donne  : 
2;')  novembre,  départ  de  Brissac;  2G,  arrivée  devant  Lanzo;  27,  reconnaissance 
de  la  plate-forme;  28,  ouverture  du  chemin  dans  le  roc  ;  nuit  du  28  au  29,  mise 
en  place  des  canons  sur  la  plate-fonue;  29,  batterie  et  capitulation. 

3.  Brissac  au  roi  :  «  SeuUement  (tiray  à  V'"'"  M'»  que  messieurs  d'Aumalle, 
ses  frères,  de  Nemou.x,  de  Montmorency  et  tous  ces  autres  seigneurs  qui  sont 
par  deçà,  n'ont  rien  oublié  à  faire  de  ce  (pie  gens  de  bien  et  (pji  ont  envie  de 
vous  faire  service  peuvent  faire,  car  ilz  n'ont  cessé  jour  et  imict  à  se  trouver 
partout  jusques  à  ce  que  la  place  se  soict  toute  rendue,  et  si  je  me  laisois  d'une 
chose  en  eux  si  louable,  oultre  que  ce  seroict  leur  faire  tort,  je  ne  ferois  envers 
\ .  M.  devoir  de  bon  serviteur...  »  Au  connétable  :  «  Monseigneur,  encores  cpi'il 
pourroicl  sembler  à  aucuns  qu'en  vous  parlant  à  l'avantaige  de  monsi'de  .Mont- 
morency, ce  seroicl  une  flaleric,  si  est-ce  cpie  pour  cela  je  ne  differeray  poinct 
de  vous  en  dire  la  vérité,  estant  assuré  que  soubz  tel  fondemens  vous  le  pren- 
drés  poinct  en  ceste  sorte.  Je  vous  ay  desia  escrit  de  la  bonne  volonté  qu'il  a, 
telle  que  ne  scauriés  désirer  meilleure;  encores  l'a-il  monstrée  en  ceste  entre- 
prinse,  en  laquelle  il  a  voulu  marcher  des  premiers  avec  mons""  de  Bonivet,  et 
n'a  bougé  des  tranchées  ne  jour  ne  miict,  tant  (pi'il  m'a  faict  craindre,  comme 
je  vous  ay  desia  escrit,  qu'il  n'y  receust  (]uel(pie  inconvénient,  comme  il  est 
advemi-à  (|uelcun  des  siens  ^\y^\  estoict  auprès  de  luy.  Mais  j'esperc  (jue  Dieu  le 
veull  garder  pour  (piehpie  meilleur  endroict.  »  (iiibl.  de  Carpeutras,  ms.  4tJo, 
fo  i5o  ro-vo.) 

l\.  Cf.  une  lettre  de  Giovanni  .\medeo  \'alperga  au  duc  de  Savoie,  Masino, 
2  décembre,  mentionnant  le  passage  de  Brissac,  dans  Tai.lone,  Ivrea  e  il  Hie- 
monlf..  ,  p.  '^'^,  n.  '.\. 

ô.   Arcb.  d'Ltat  de  .Maulouc,  .Vunibaie  Lilnlli,  t»  dé(end)re. 


RETOUR  DES  PRINCES  EN  FRANCE  (DEC.  l55l).        2o3 

Neuf  ensftii^nes  (rimpériaux,  Espagnols  e(  lansquenets,  étaient 
log'ées  dans  les  villages  au-delà  de  la  ri\ière;  elles  déeanij)èrent 
aussitôt  et  se  retirèrent  vers  lvi'('*e.  Vlw  même  temps,  La  Mollie- 
Gondrin  chassait  de  Canierano,  dans  le  Monfferrat,  la  garnison 
qu'y  avait  mise  D.  Fi'ancesco  d'Esté;  iukï  escalade  tentée  à  Savi- 
g-liano,  dans  la  nuit  du  .S  au  l\.  ('chouait  yj-ràce  au  Ticomle  de 
Gourdon'.  Les  Impérian.v  étaient  obligés  de  reculer  snr  tous  les 
points  ;  il  ne  leur  restait  [)lus  en  Pi('mont,  snr  la  rive  ganche  du 
Po,  (jue  la  forteresse  de  Volpiano.  Mallienreusement  pour  liris- 
sac,  le  roi,  tout  en  annonçant  Tetivoi  procliaiti  de  huit  enseignes 
de  Suisses,  rappelait  en  France  sept  vieilles  bandes  el  cassait 
treize  cents  Italiens,  rendant  imj)()ssil)le  la  garde  des  nonvelles 
conquêtes".  Le  maréchal,  de  retour  à  Tnrin,  protestait  en  vain 
contre  celte  intempestive  économie  ;  il  démontrait  (pi'il  avait 
besoin  de  toutes  ses  forces  pour  couvrir  ses  frontièi'es,  prévenir 
des  coups  de  main  comme  celui  de  Savigliano  et  tenir  la  cam- 
pagne. Le  duc  d'Aumale  bit  chargé  de  porter"  an  roi  son  mémoire 
î\  ce  sujet  ^.  Les  princes  rentrèrent,  en  effet,  en  l'i-ance  aussitôt 
qne  l'on  fut  revenu  à  Turin.  Monbic  a  noté  leur  dé'part,  que 
Brissac  annonçait  pour  le  lendemain  dans  denx  lettres  au  roi  et 
au  connétable,  du  5  et  dn  ti  di'cembie  ',  (jue  Miolo  place  le  diman- 
che G^  et  qui  n'ent  lieu,  «mi  fait,  que  postérieurement  an  7,  date 
du  mémoire  dont  le  maréchal  chargea  le  duc  d'Aumale. 

Les  Commputdires  mentionnent  «  quelque  temps  après  »  le 
retour  des  princes  la  piise  par  lirissac  de  pinsieurs  chàteanx  du 
Canavese,  voisins  d'Ivrée.  Elle  ent  lien  en  seplend)re  \\)~)>  :  Monhic, 

1.  lirissac  an  roi,  'l'iii'iii,  5  drceinliri'  (lîil»l.  de  (  iarpeiitras,  nis.  /|ij<i,  t"  lôi 
ro-yo).  —  «  Mcnioire  par  t'ornio,  (l'instruction  (ju'il  plaira  à  Monseiii^nonr  le  duc 
d'Aunialle  renionsirer  et  faire  (Milendre  au  Roy  pour  son  service  et  conservation 
de  son  |>ays  de  F*iedinonl  d,  résumant  toutes  les  o|)éralions  dejuiis  l'ouverture 
des  hostilités  (i/j/d.,  fu^  i8i  r'i  i8y  v").  —  La  tentative  sur  Savin'liano  est  men- 
tionnée par  Miolo  (p.   i()i). 

2.  IjC  connétable  annonçait,  le  4  terrier  ]')7>2,  au  t\uc  de  XcN'crs  (pie  c  les 
sept  enseignes  vieilles  cpii  viennent  de  Piedmont  arriveront  dinianclie  à  Lvon, 
(jui  est  pour  esire  hientost  en  (;ham|)ainMie.  »  (B.  N.,  (llairain!).,  '.'if\^),  1"  iH-^, 
copie). 

i.   .M('nioire  pour  le  duc  d'Aumale,  [TurinJ,  7  décembre,  cité  n.   1. 

4.  Mrissac  au  roi,  Turin,  5  décembre.  —  Au  connétable,  Tin-in.  t»  décembre 
(Bibl.  de  Carpentras,  ms.  490,  f>js  i5i  ro  et  i52  r"). 

5.  (t  Die  doininica  sexta  decembris  supradicli  adolescentes  principes  (ialli 
'l'aurino  discedunt  cl  in  (înlliam  serecipinnt.    <>  (p.   iiji.) 


204  LES    CAMPAGNES    DE    PIÉMONT    SOUS    BRISSAC. 

on  le  voit,  saute  près  d'une  année.  La  lacune  est  considérable; 
elle  s'explique  par  nne  défaillance  de  mémoire  ou  par  l'insou- 
ciance de  l'auteur,  qui,  avec  un  parfait  dédain  de  la  chronologie, 
l'a  masquée  au  prix  d'une  inexactitude.  Les  Commentaires  sont 
donc  muets  sur  le  grand  effort  que  firent  les  Impériaux  en  mai- 
juillet  i552.  D.  Ferrante,  qui,  depuis  le  début  de  la  guerre,  res- 
tait sur  la  défensive,  décida  de  sortir  enfin  de  son  inaction  et  de 
tenter,  en  compagnie  du  Jeune  prince  de  Piémont,  Emmanuel- 
Philibert,  cette  invasion  du  marquisat  de  Saluées  que  Brissac 
redoutait  tant.  Cette  campagne  d'été  des  Impériaux  n'est  connue 
que  par  un  petit  nombre  de  documents  qui  permettent  d'en  indi- 
quer seulement  les  grandes  lignes.  D.  Ferrante,  au  début  de  mai, 
arriva  à  Glierasco,  d'où  il  marcha  sur  Brà.  Brissac,  qui  était  en 
train  de  fortifier  cette  place,  l'évacua  et  recula  à  Carmagnola". 
Les  Impériaux  occupèrent  Brà,  puis,  entrant  dans  le  marquisat 
de  Saluées,  s'emparèrent  de  Carde,  Saluées,  Verzuolo,  Busca  et 
Dronero".  Rentrant  ensuite  en  Piémont,  ils  mirent  le  siège  devant 
Bene.  Us  s'attardèrent  longtemps  devant  cette  ville  sans  pouvoir 
la  prendre  ;  le  22  juin,  M.  de  Bourchenus  écrivait  à  Maugiron, 
lieutenant  général  du  Dauphiné  :  «  Le  camp  des  ennemys  est 
toujours  auprès  de  Veynnes  ;  ilz  ont  esté  auprès  de  la  roquette 
de  Mon  de  Vys,  à  ce  qu'on  dict\  »  Le  i^"^  juillet,  D.  Ferrante 
était  encore  devant  Bene  ;  '  après  avoir  «  tournoyé  »  six  semaines 
«  tout  à  l'entour  pour  donner  le  gast  à  la  campagne  »,  dit  Boyvin^, 
il  leva  le  siège  le  j5,  d'après  Miolo*^,  puis,  humilié  par  cet  insuc- 
cès, il  revint  [)récipitamment  à  Asti  et  de  là  à  Casale. 


1.  Mioi.o  :  «  Anno  eodem  i552,  don  Ferrandus  Gonzas^a  procesar  cuni  exer- 
cilu  ad  inipedieiidani  perfectionem  propuiçnaculi  Hrayde  per  lirisach  inchoatum, 
Clarasii  venit.  Kl  lirisach  Carniaai'nolia  llli  op|)()siturus  se  Hrniat.  »  (p.  192.) 

2.  Maiichanh,  op.  cit.,  pp.  202-2o3.  —  I-,e  12  mai,  lîrissac  écrivait  de  Carma- 
gnftla  au  duc  de  Guise  que  César  de  Naples  est  entré  dans  Saluées  sans  résis- 
tance :  (i  Le  château  tient  encore,  mais  vous  savez  qu'il  vaut  bien  peu.  J'ay 
plusieurs  fois  escrit  ce  qu'il  en  [devoit]  advenir.  Encore  sommes-nous  en  évi- 
dent danger  d'estre  pris.  »  Et  il  suppliait  le  duc  d'intervenir  pour  qu'on  le  ren- 
forçât (Fi.  N.,  Glairamb.,  345,  fo  821,  orig.). 

3.  Bull,  hislor.  et  philol.  du  Corn,  des  trciv.  hisinr.,  1898,  p.  i3. 

4.  LctUe  de  D.  Ferrante  à  13rissac,  citée  par  Mahcmand,  p.  2o3,  n.  3. 

5.  BovviN  ni-  ViixARs,  XXIX,  i33. 

("».  "  Aimo  eodem  i,^).'>2,  die  if)  julii,  excrcitus  iniperialis  ab  ohsidioue  Benna- 
niiii,  nii  insistere  velle  fertur,  al)iit,ct  Ast  se  recepit  et  quidem  repente,  relicto 


LA    DÉFENSE    DE    BENE    (JUIN-JUILLET     l552j.  205 

Monliic  a  pris  part  à  la  défense  de  Beiie;  il  a  conté  longue- 
ment comment  il  l'organisa  avec  le  comte  Giovanni  Ludovico 
Costa  et  sa  mère,  la  vaillante  comtesse  Bonavilla,  qu'il  avait  déjà 
secourus  en  novembre  i543'.  Mais  une  défaillance  de  mémoire 
g-rave  lui  a  fait  placer  ce(  événement  après  le  siège  de  San 
Damiano  par  D.  F'errante,  c'est-à-din;  postérieurement  à  jan- 
vier 1553.  Il  a  donné  pour  le  mois  une  date  exacte  :  «  Au  com- 
mencement dejung,  (jue  les  hlrdz  commensovent  à  meurir...  » 
Mais  il  s'est  trompé  {)Our  l'ann(''e,  très  délibérément,  d'ailleurs, 
car  il  a  raccordé  avec  soin  son  récit  du  siège  de  Bene  à  celui  du 
sièg-e  de  San  Damiano,  qui  le  précède".  C'est  ainsi  qu'il  affirme 
qu'il  était  à  Bene,  tandis  que  M.  de  Biron  allait  à  la  cour  demander 
pour  lui  la  place  de  gentilhomme  de  la  chambre  que  Brissac 
proposait  de  lui  donner  pour  le  récompenser  de  sa  belle  con- 
duite pendant  le  siège  de  San  Damiano.  Il  affirme  non  moins 
hardiment  que  Brissac,  lorscju'il  lui  offrit  d'aller  se  jeter  dans 
Bene,  lui  «  alla  représenter  Lans,  Sainct  Damyan  et  autres 
lieux  »,  pour  le  décider.  Enfin,  il  note,  en  terminant  son  récit, 
que  «  quelques  jours  après  »  la  levée  du  sièg-e,  le  baron  de  Chepy 
revint  de  la  cour  où  il  était  allé  remercier  le  roi  de  la  maîtrise 
de  camp  qui  ne  lui  fut  donnée  qu'en  février  i553,  et  que  lui- 
même  s'en  alla  prendre  possession  du  gouvernement  d'Alba,  qu'il 
reçut  à  la  même  épo([ue -^  Ses  souvenirs,  on  le  voit,  sont  ici  com- 
plètement brouillés.  Faute  de  documents,  il  est  impossible  de  con- 
trôler son  récit  dans  le  détail.  Il  a,  du  moins,  exactement  noté  que 
Brissac  était  alors  à  Carmagnola  et  que  «  monsieur  de  Savoye, 
qui  estoyt  jeune  »,  accompagnait  D.  Ferrante;  il  n'a  peut-être 
pas  exagéré  la  durée  du  «  siège  »  (trente  jours),  si  l'on  entend  par 
ce  mot,  comme  le  fait  comprendre  Boyvin,  (pie  Bene  ne  fut  jamais 

et  vastato  marchionatu  Salutiaruni  ac  relictis  presidiis  iii  castris  (lardeli,  Salii- 
tiarum,  Busche  et  Draiçonerii.  »  (p.   nj3.) 

1.  Cf.  supra,  pp.   i4i-i/ia. 

2.  De  Ttiou  et  (latnlnai)o  ont  été  victimes  de  l'erreur  coniiiiise  par  .Monlur, 
de  Ruble  aussi.  Les  historiens  les  plus  récents  ont  redressé  la  date  :  voir  iMak- 
cuANi)    et    aussi    Segre,    Un   episodio    delhi    lutta...    (.\rch.    slar.    lomhardo, 

xxvii,  1900,  p.  373.) 

3.  Le  baron  de  Chepy  fut  envoyé  à  la  cour  pour  rendre  compte  du  sièt'e  de 
San  Damiano  le  aij  janvier  i.').")3  (Brissac  au  roi,  B.  N.,  fr.  -^o  l\l\(j,  f"  187),  et  c'est 
le  10  mais  ([ue  le  maréchal  remerciait  Henri  il  de  l'avoir  nommé  maître  de  camp 
et  d'avoir  donné  à  Muuluc  le  gouvernement  d'Alba  (ihid.,  fo  199). 


206  LES    CAMPAGNES    DE    PIEMONT    SOUS    BRISSAC. 

sérieusement  bloqué    et  que  l'ennemi  se   borna  à  faire  le  dé^ât 
aux  environs  '. 

A  peine  les  Impériaux  s'étaient-ils  retirés  (jue  Brissac  re[)rit 
l'offensive.  Le  i8  juillet,  Bonnivet,  Vassé  et  i\eué  de  Bira^^iie 
réoccupèrent  Carde',  puis  Saluées  \  Au  mois  d'août,  Brissac 
envahit  le  marquisat  et,  avec  cinq  mille  hommes  de  pied  et  une 
nombreuse  artillerie,  marcha  vers  Busca,  place  forte  à  l'entrée 
de  la  haute  vallée  de  la  Maira,  qu'il  avait  déjà  projeté  de  prendre 
en  novembre  i35i^.  Il  commen(;a,  le  ii,  la  batterie  et  après 
quehjues  heures  de  canonnade  s'en  rendit  maître.  Le  lendemain, 
il  enlevait  en  deux  heures  la  ville  et  \o  château  de  Dronero,  dans 
la  vallée  de  la  Maii'a,  et  chassait  les  Impériaux  de  leurs  récentes 
conquêtes -^  On  crut  qu'il  allait  marcher  sur  Coni,  mais  il  n'en 
fut  rien  :  il  ramena  ses  troupes  à  Carmag-nola  ^.  La  prise  de  Ver- 
rua  par  les  deux  Birag-ue  et  Bonnivet  le  rap])elait,  en  effet,  vers 
le  nord,  où  il  jugeait  plus  facile  d'occuper  le  Canavese  pour  isoler 
Volpiano  et  inquiéter  le  V'ercellais  et  Ivrée'.  Les  Impi'iiaux  cru- 
rent d'abord  qu'il  allait  faire  le  siè^-e  de  Volpiano,  cette  forte- 
resse qu'ils  conservaient  jalousement  au  cœur  des  possessions 
françaises  et  qui  i^ènait  si  fort  Turin  ^.  Mais  Brissac  n'avait  pas 
le  matériel   nécessaire  pour  une  aussi  considérable  entreprise  ^. 


1.  Hoyvina,  lui  aussi,  commis  une  interversion,  plus  légère  que  celle  de  Mon- 
luc  :  il  a  placé  le  siège  de  Bene  avani  l'invasion  du  marquisat  de  Saluées  par 
les  Impériaux. 

2.  MiOLO  :  «  Anno  eoileni  1352,  die  dceinia  oclava  julii,  (irognet  de  \'ass(' ac 
Renatus  Biragus,  preses  Pede.moatis,  et  Bonivetus  ex|)ugnationi  castri  Cardelti 
assidue  insistunt  et  a  mane  usque  advesperas  bombardis  premunt,  demoliuntur 
el  puiiuntur.  Inirusos  occidunt  t'erro  et  laqueis;  ex  (îallis  ad  circiter  200  igné 
succenso  cremantur.  »  (p.  lyS.) 

3.  Arch.  d'Ktat  de  ÎNIantoue,  Aniiihalc  Lilulti,  Milan,  mj  juillcl. 

4.  /(L,  Amiibale  IJlolti,  Milan,  11  août. 

5.  Brissac  à  Maugiron,  Carmagnola,  17  août.  Busca  l'ut  battu  d  depuis  trois 
heures  de  nuict  jusqucs  à  deux  de  jour  seulement  ».  [liuH.  du  Com.  des  frac, 
hislor.,  1898,  p.  22.)  LilolH  donne  des  renseignements  conli'adicloires  sur  le 
siège  dans  ses  dépèches  datées  de  Milan,  \l\  et  iT)  août. 

C.   Arch.  d'Ktat  de  Mantoue,  Annibale  I^ilolH,  Milan,  18  et  23  août. 

7.  Brissac  au  roi,  ('hieri,  23septeMd)re  (tîibi.  de  Carpenlras,  ms. /)(jo,  f"s  186  vo- 
188  v>). 

8.  Arch.   d'i'Jat  de  Mantoue,  Annibaif  Lili.lli,  Milan,  ■.>X^  août. 

().  Brissac  au  roi,  23  septend)re  :  «  .\u  regard  de  N'ulpian  et  de  l'assaillir 
par  l'orce,  vous  avez  veu  ce  (|uc  je  vous  ay  escripi  du  grand  eipii|)paige  qu'il  y 
raiiidroil,  où  il  ne  va  pas  moins  de  ciiuj  à  six  ceulz  j)aires  de  bieutz,  ung  nom- 


bRISSAC    DANS    LE    CANAVESE    (SEPT.     l5r)2j.  20^ 

Aussi,  laissant  (^t\sare  May;-^i  ravitailler  Volpiaiio,  se  borna-t-il  à 
compléter  la  coiiqnète,  commencée  [)ar  Bonnivet,  du  pays  situé 
entre  la  Dora  et  Turin,  en  occupant  sans  ell'ort  les  châteaux  de 
la  vallée  supérieure  de  l'Orco,  Yalperga,  Ponte-C^anavese;  les 
tours  de  Ferrande  et  de  Tellar  lui  furent  remises  gracieusement 
poiu"  les  comtes  de  V^alper^a.  H  ne  rencontra  de  résistance  que 
devant  San  Martino,  château  (pii  commandait  tout  le  [)ays  entre 
rOrco  et  la  Doia  ;  <piinz(;  ou  vitii^t  coups  de  canon  en  eurent 
raison;  Bonnivet  lit  pendi'e  six  ou  sej)t  hommes  de  la  i^arnison, 
«  dont  ceux  des  autres  places  ont  esté  lellenuMit  intimidez  qu'ilz 
ne  se  sont  point  voulu  faire  batre  »  ".  Moulue  a  sim[)len)enl  noté 
ces  faits,  que  l'on  retrouve  plus  dé\elop[)és  chez  les  autres  histo- 
riens^. Parmi  les  noms  de  châteaux  qu'il  cite,  il  en  est  un  —  Cas- 
teltelle —  (pii  est  évidemment  défi^iiié;  il  s'agit  peut-être  de 
Gastellamonte,  entre  Guorgiie  et  San  Martincj. 

Dans  sa  lettre  au  roi  du  2.3  septend)re,  Biissac  annonçait  «pa'il 
se  disposait  à  fortiHer  San  Marlino  «  le  mieux,  le  plus  dilij'em- 
ment  et  à  la  mointlre  despence  ([u'il  sera  possible  ».  Moulue  note 
{{u'il  travailla  à  cette  fortiHcation,  dont  Boyvin  dit  qu'elle  fut 
faite  en  moins  de  trois  semaines  et  que  di'crit  minutieusement 
Gosellini -^  Il  pique  ici  un  détail,  dont  il  avoue  n'être  pas  bien 
sûr  :  «  Et  cuyde  q»ie  le  sieur  dom  Ferrandou  estoit  malade 
pour  lors.  »  Sa  mémoire  ne  l'a  pas  tronq)é;  le  biographe  de 
D.   Ferrante  lui  fait   dire  qu'il  était  alors    en   danger  de   uM)rt   à 


bre  |)r(',s(nu'  iiiHni  de  [)ioiiniers,  viiii»!  pièces  de  grosse  iirlillerie  et  des  pouldres 
et  hiiidelz  plus  <iue  je  n'en  S(;;uirois  assembler  pour  un»;^  tel  etl'urt  saus  eutière- 
incul  d('sj)()urveoir  voz  places...  »  (Bibi.  de  CarpeuU'as,  ins.  490,  ff  187  r^.) 

1.  lirissac  au    roi,   z'i  septenil)re.  — •  Cette  IcUre  confirme  .Miolo  :  «    De  eo 
tenipore  Galli  capiimt  arcem  Saucti  Martini  in  Canapicio,  intrusos  laqueo  pen 
dunt.  Anno  eodem   el   12    setteail)ris,  (Jalli  capiunt  castra  Valperg'ie,  Ponlis  et 
alia  mulla  loca  Canapicii.  1']!  Ponti  inexpugnabilem  t'aciunl  lurrim  Tellere.  Tur- 
rim  vcro  F'errande  coutint»'uam  denioliuntur.  »  (p.  lyO.) 

2.  lioYVIN    DU    \'lLL.VKS,     XXIX,    l/|Ô.    GoSELLINI,     (J()fn/)r/l(/ iu  (Misri'I.     ili 

stor.  it(iL,  XV'II,  234).  —  Ll<:\  Contilk,  llislorid  de'  fatli  <li  (Icsafi-  MciJ'ji, 
f»  iy8  ro. 

3.  iioYviN  itr  \"ii.r.\us,  XXIX,  140.  — (iosKLLiNi  :  "  Va-a  (jueslo  luoyo  posto 
sopra  d'iui  iiionle  ;  da  Ire  lali  eifli  guardava  in  un  proi'ondo  i;iandissitno, 
da  (juarto  havea  solanientc  un  sealiere  stretto  di  forse  otto  |ii('ili,  il  (piale  per 
una  ascesa  assai  sconcia  nienava  al  tronle.  Il  forte  era  tatto  a  la  nioilerna  et 
benissimo  inteso,  et  baUulo  da  l'artijjlieria  non  si  |)0leva  darij'li  l'assallo.  » 
(p.  v30,  n.  I.) 


208  LES    CAMPAGNES    DE    PIEMONT    SOUS    BRISSAC. 

Milan  '.  Ces  souvenirs  rapidement  évoqués  constituent  simplement 
l'amorce  d'un  nouveau  récit  :  comment  Ceva  étant  menacé  par 
les  Impériaux,  Brissac  en  retira  l'artillerie  qui  y  avait  été  laissée. 
((  Or  monsieur  de  Vassay  et  monsieur  de  Gordes  avoient  prins 
Sève...  »  Miolo  place  le  fait  le  r*'"' octobre '.  D.  Ferrante,  à  la  nou- 
velle de  ce  coup  de  main,  qui  mettait  les  Français  en  possession 
d'une  place  des  plus  importantes  de  la  région  montagneuse  des 
Lançhe,  où  jusque-là  ils  avaient  en  vain  tenté  de  pénétrer,  se 
décida  à  une  action  énerj^ique  :  il  concentra  ses  troupes  à  Alba  et 
mit  en  marche,  le  6,  d'Alexandrie,  par  Felizzano,  vers  Asti,  un 
corps  d'Allemands  du  bâtard  de  Bavière  qu'il  destinait  à  la  reprise 
de  Ceva^.  De  son  c<Mé,  Brissac,  jug^eant  (ju'il  ne  lui  serait  pas 
possible  avec  ses  forces  de  conserver  la  place,  voulut  au  moins 
sauver  l'artillerie  qui  s'y  trouvait  et  que  le  mauvais  temps  avait 
empêché  Gordes  et  Vassé  d'évacuer  sur  Mondovi.  Il  fallait  pour 
cela  lutter  de  vitesse  avec  les  Impériaux  et  arriver  avant  eux  à 
Ceva.  Sans  attendre  Bonnivet,  Ludovic  de  Birague  et  la  cavalerie, 
qui  étaient  encore  sur  la  rive  gauche  du  Pô,  vers  Chivasso  et 
San  Martino,  il  se  mit  en  marche  avec  sept  enseignes  de  Suisses, 
quatre  de  Français  et  les  compagnies  d'Aubigny,  La  Fayette  et 
Chavigny.  Le  8,  après  une  étape  gênée  par  une  pluie  torren- 
tielle, il  arrivait  à  Mondovi  ^  Là,  ayant  appris  que  les  Impériaux 
passaient  le  Tanaro,  il  détacha  Vassé  avec  sa  compagnie  et  trois 
enseignes  de  gens  de  pied  de  la  garnison  de  Mondovi  pour  aller, 
le  soir  même,  loger  dans  Ceva.  Le  lendemain  matin,  il  l'y  rejoi- 
gnit. La  garnison  de  Ceva  était  composée  de  cinq  enseignes 
françaises  et  de  deux  italiennes  et  de  la  compagnie  de  chevau- 
légers  du  sieur  de  Chaumont.  Les  forces  de  Brissac  réunies 
étaient  légèrement  supérieures  à  celles  des  Impériaux,  (\n\ 
n'avaient  (jue  treize  enseignes  d'Espagnols  et  de  lansquenets  et 
environ  quatre  cents  chevaux,  le  tout  logé  à  un  mille  de  Ceva, 
dans  un  village  séparé  du  pied  de  la  montagne  par  un  petit  pont. 
Arrivé  dans  la  ville,  Brissac  envova  en  reconnaissance  les  che- 


1.  GosKiJ.iM  :  «  l'^sscndo  io  ypiivjito  ;i  iiiiii-lo  ;i   iMilaiio.  »  (p.  :e.'V|.) 

2.  Mkilo  :  «  Jiillio  (Jpsare  Paliaviciiio  illicli  pio  duce  Sabaudic  i»ulK'rnante.  » 
(p.   i(/..) 

'■i.  Arch,  d'Ktat  île  Maiitouc,  Anuihale  IJlolfi,  Alcxandrio,  0  nctohrc. 
4.   Miolo  dit   qu'il   passa  le  7   à   V'oUiii^iiasco,   entre  Savisj^liaiio  et  Ceiilallo 
(p.  196.) 


LE    DÉGAGEMENT    DE    CEVA    (Ç)    OCT.     l552).  209 

vaii-lé^^-ers  de  Cliauniont,  qui  furent  chargés  et  refoulés  jusque 
sous  les  murailles.  Mais  à  l'approclic  de  l'infanterie  française,  les 
Impériaux  commencèrent  à  battre  en  retraite;  leurs  î^ens  de  pied 
franchirent  le  petit  pont  et  gagnèrent  la  montag-ne.  Brissac  alors 
jeta  hors  de  la  ville  trois  ensoig'nes  de  la  garnison  et  fil  passer 
le  Taiiaro  à  sa  cavalerie.  Sous  le  feu  de  l'artpiehuserie  ennemie, 
N's  Français  francliii'ent  le  pont  à  leur  tour  et  poursuiviitMil  les 
hnpériaux  «  jusques  bien  hault  dans  les  montaigiies  ».  A  ce  mo- 
ment arrivèrent  auprès  de  Brissac  les  capitaines  qu'il  avait  man- 
dés de  San  Martino,  Bonnivet,  Ludovic  de  Biragiie,  Moiduc, 
Sampiero  Corso,  avec  quelques  arquebusiers  à  cheval.  Le  maré- 
chal les  charg-ea  d'arrêter  la  poursuite  et  de  rallier  les  fantassins 
et  les  cavaliers  eng"agés  dans  la  montagne  à  la  queue  des  Impé- 
riaux. Le  lendemain  (lo  octobre),  Brissac  ramena  l'artillerie  à 
Mondovi,  laissant  seulement  à  Ceva  la  compagnies  du  capitaine  La 
Charche  et  une  compagnie  italienne,  avec  deux  moyennes;  cette 
trop  faible  g-arnison  avait  ordre,  si  les  Impériaux  revenaient,  de 
capituler  aux  meilleures  conditions.  Le  maréchal  et  sa  petite 
armée  revinrent  sur  Centallo,  franchirent  le  12  la  Stura,  avant 
que  D.  Ferrante  eût  eu  le  temps  d'arriver  de  Fossano  pour  leur 
barrer  le  passag-e  ',  et  arrivèrent  à  Savig-liano.  Le  r4,  ils  en  repar- 
taient |)our  aller  retrouver,  à  Carmagnola,  le  reste  d<'s  bandes 
françaises  et  italiennes  qui  n'avaient  pas  eu  le  temps  d'arriver  de 
San  Martino". 

Le  rapport  très  circonstancié  de  Brissac,  d'après  lequel  nous 
venons  de  raconter  le  dégag-ement  de  Ceva,  éclaire  et  confirme 
pleinement  le  récit  (ju'en  donnent  les  Commentaires.  Moulue 
insiste  seulement  sur  la  part  qu'il  prit  à  l'atlaire  :  il  nous  apprend 
que  les  Impériaux  ('taieiit  commandés  par  l'un  des  mestres  de 
camp  de  1).  Ferrante,  I).  Alvaro  di  Saudez;  il  nuMitionue  très 
exactement  leur  retraite  par  «  ung  pont  de  bricque  »,  le  passag-e 
(lu  pont  par  les  Français,  la  poursuite  à  travers  la  montag-ne,  les 
charges  d'arquebuserie  faites  par  les  Imf)ériaux  [x^ui*  couvrir  leur 
retraite  et  les  petits  engagements  (pii  s'ensuivaient.  Il  loue  hau- 

I.  Lirissac  au  roi,  Savinliaiio,  i,3  oololiri'  (liilil.  df  Carpi-iitras.  ms.  '\\yk 
l''>s  i83  VO-18O  vo). 

■1.  (îosia.i.iM  (lit  (p.  -ÏM'))  ((irunc  iiniliiicric  des  !atis(]iR'iiets  du  l);itard  de 
IJavière  retarda  D.  b'erranlc  cl  lui  til  perdre  l'occasion  d'arr(}ler  Ijrissac  sur  la 
Stura. 

14 


210  LES    CAMPAGNES    DE    PIEMONT    SOUS    BRISSAC. 

lement  D.  Alvaro  di  Sandez  pour  le  bon  oi'dre  avec  lequel  il  sut 
se  relirer.  Il  laisse  enleudre  qu'on  eût  pu  lui  causer  plus  de  dom- 
mag-e  si  on  l'avait  chargé  a  de  cul  et  de  teste  »  près  du  pont, 
critique  indirecte  à  l'adresse  du  prudent  Brissac.  Il  ne  cache  pas 
(jue  la  poursuite  sur  le  flanc  de  la  monlag^ne,  par  un  étroit  sen- 
tier, était  très  hasardeuse,  et  les  éloges  très  vifs  que  fait  le  ma- 
réchal, dans  sou  rapport,  des  troupes  qui  en  furent  chargées 
montreut  (ju'il  n'exagère  rieu.  Il  doute  que  Ludovic  de  Birague 
ait  été  présent  à  l'alFaire  :  on  a  vu  qu'il  y  était.  Il  termine  en 
notant  très  exactement  que  Brissac  ramena  le  lendemain  l'arlil- 
lerie  à  Mondovi  et  commet  seulement  une  légère  inexactitude 
sur  le  nombre  des  compagnies  laissées  en  garnison  à  Ceva  '. 
Somme  toute,  la  reconstitution  faite  par  Moulue  de  mémoire  a 
une  valeur  historique  de  premier  ordre.  Elle  est  d'aulaiil  plus 
remar(piable  (|ue  les  CUnnnwntdirrs  comblent  ici  une  lacune  assez 
considérable  des  Mémoires  de  Boyvin,  qui  sautent  de  la  [)rise  de 
San  Martino  (septembre)  à  celle  d'Alba  (i4  novembre)". 

Le  biographe  de  Brissac  ne  dit  donc  rien  de  la  défense  de 
(laselle,  longuement  contée  aussi  par  Monluc.  A  peine  le  maré- 
chal s'é(ail-il  éloigné  de  Ceva,  D.  feri'ante  reparut  devant  la  place 
et  s'en  empara  sans  peine,  ('/est  la  j)rise  à  laquelle  foui  allusion 
les  Coninipulaii-es  à  la  fin  du  précédent  récit  :  «  Or,  il  ne  me 
souvyent  comme  Sève  feust  despuys  perdue...  »  \  D,  Ferrante 
s'attarda  ensuite  au  siège  de  Lesegno,  place  voisine  de  Ceva  ; 
n'ayant  pu  la  prendre,  il  se  contenta  de  ce  succès  de  ce  coté  et 
résolut  de  tàtei'  son  ennemi  sur  un  autre  point  de  la  frontière  '. 

I.  .Moulue  (lit  (jue  Brissac  laissa  à  C('.\a  deux  coiupa^'iiios  tVaiiraises  cl  une 
italienne.  On  a  vu  (ju'il  n'y  laissa  <[u'uno  CDUipagnic  traneaise. 

:>..  Le  connélahlc  rendait  compte  en  ces  ternies  au  duc  de  Guise  du  déc^as^e- 
nicnl  (le  Ceva,  dans  une  lettre  datée  de  Reims,  aô  octol)re  :  «  Du  coslé  de  Pied- 
niond,  monsieur  le  niareschal  de  Brissac  continue  de  taire  de  jjien  en  mieux, 
ayant  mis  en  l'obéissance  du  Hoy  tout  le  pays  de  Canavés  et  le  mai-(juisat  de 
Siennes  {sic;  corr.  :  Saluées),  ([ue  dom  l^\^rrand  devoit  secourir;  mais  il  fut  sy 
malmené  par  mondit  cousin  le  niareschal  qu'il  fut  contraint,  avec  les  forces 
(pi'il  avoil  beaucoup  plus  grandes  (|ue  les  nostres  [détail  inexact],  de  repasser 
iiM  pool  à  graïid  haste  et  gaiyncr  la  montagne,  de  sorte  (]iic  la  possession  en 
Kupiclle  nous  sonnnes  de  le  badic  ne  s'y  csl  |)i)iiic(  perdue.  »  [Mi'-ni .-Joiirii.  ilti 
iliH-  ili'  (iiiisi\  C(tll.  .Micbaiiil,  \  1,    i  iC).) 

.'{.  LilolH  l'ail  allusion  à  cette  prise  dans  une  dépèclie  dat(''e  d.McxaMilric, 
\H  ocl(jbre.  (l'est  donc  à  tort  (pic  (Josei.i.im  l'a  plac(''c  le  27  oelobi'c. 

/|.    .\rcli.  d'Klal  (le  Maiilooc,  .Viiiiibalc   l.ilolli,  Alcxaiidi-ic,    iS  octobre  :  «  Ma 


LA    DEFENSE    DE    CASELLE    (OCT.-.NOA.     }bt)2].  21  j 

Aussi  bien  sa  grande  préoccupation  était  de  c(tnserver  et  de  ravi- 
tailler Volpiano.  FI  fallait  pour  cela  reprendie  les  [)Iaces  du 
Canavese  conquises  le  mois  j)réc('dent  |»ar  Hrissa<-.  La  j>ius  à 
portée  de  Vercelli  et  d'Ivré'e  était  San  Matliiio.  Il  n'y  avait  [)lus 
comme  t^arnison  que  trois  enseii^iies  d'Italiens.  Cesare  Magiçi  fut 
charg-é  de  l'entreprise  :  le  jeudi  lo  novembre,  il  prit  San  Martino 
et  fit  pendre  l'un  des  trois  capitaines,  pour  le  [)unir  d'avoir  vail- 
lamment résisté'.  Il  reprit  de  même  Ponte  flanavese,  puis  mar- 
cha vers  Caselle,  ville  ouverte  à  quatre  milles  au  nord-ouest  de 
Turin,  fju'il  es[)('iail  eidever  aussi  facileinenl  ".  Mais  Brissac, 
quoique  surpris  j)ar  cette  soudaine  otfensiNc,  a\ait  [)révu  ce  der- 
tiiei'  (laui^er;  dès  le  .'>r  octobre,  il  éci'i\ait  au  connétable  :  «  J'ai 
mis  dans  C.aselles  M.  de  Montluc  a\('c  (piaire  compagnies  de 
Fran(;(jvs -^.  »  Les  Commentaires  font  des  allusions  vag-ues,  mais 
exactes,  à  ces  faits.  Oîi  y  peut  lire,  complaisamment  narré, 
comment  Monluc,  a  la  nouvelle  que  Brissac  voidait  faire  évacuer 
Caselle,  accourut  de  Moncaliei'i  à  Turin,  obtint  llionneur  de 
défendre  la  ville  et  sut  en  peu  de  temps  si  bien  la  munir  (pie 
l'ennemi  n'osa  en  ap[)roclier.  Il  insiste  sur  la  bravoure  de  M.  de 
Gié,  «  premier  filz  de  monsieui-  de  Mauçiron  »,  qui  se  trouvait 
en  garnison  à  Caselle  avec  la  compagnie  de  son  père  et  qui  re- 
fusa, malgré  les  instances  de  Brissac,  de  quitter  la  place*.  On 
connaît  une  lettre  adressée  à  Maugiron,  g-ouverneur  du  Dau- 
pliinc-,  par  le  lieutenant  de  sa  compagnie,  Antoine  de  Clavel, 
seigneur  de  Pinet,  Monfort  el  La  iloclie-Pinyolet,  (pii  permet  de 


hier  di  nollc  scrissc  poi  [D.  Fci'i'îuilr  |  ;i  I  )()ii  llaiiKiiido  ili  (  ijudoiiii ,  rlic 
(lopo  ti.iviita  la  rocca  di  Ccva,  liavoa  liaiito  anche  duo  allri  lii(nj;lii,  l'iim) 
dctto  Priù  [PrioroJ,  l'altro  la  Moraia  ('?),  ma  cho  non  so  le  cra  volutu  dar 
(jncllo  rhc  più  dcsidci'ava,  che  è  Lesegno,  il  quai  l)i.soi>"na\a  i)allci'i',  et  era  assai 
loilc,  perô  che  le  condiicesse  ti'e  eannnni.  et  ritornasse  adi<'ln)  tutlo  l'essercito.  » 
I.  Monf'ort  à  Maugiron,  TuriM,  i/|  iiii\end)rc  (Bull,  du  Caiii.  di's-  Iran. 
Iiis/or.,  1893,  pp.  /j2-/|3).  La  date  t'oiii'nie  par  ce  docunient  pour  la  prise  de 
San  Martino  confirme  celle  (]ue  donne  Miui.o  et  infirme  la  date  du  3  n()vend)re, 
donnée  |)ar  Goskli.ini. 

■2.    (ioSELl.IM,    Co/IIJ)l'/l(li(),   \)\).    23()-237  . 

3.    H.  N.,  t'r.  3902,  t'o  Gi   (cité  |)ar  Maiu:m\m>,  p.   :;  m,  u.   1). 

/|.  Guillaume  de  Maujjjiron,  sieur  de  Ciié,  lui  tu(''  le  12  juin  i').'/!  à  N'aUcnera, 
(pi'assiéjçeaient  Cesare  Mae^sj^i  et  Gomez  Suarez  de  Figueroa.  Il  lui  enterré  à 
Monealieri,  dans  l'ég"lise  Santa  ^îaria;  une  inscription  rap|)ell<'  la  date  (!<•  sa 
miirl.  (A.  Seuhe,  //  richiaino  di  I).  Fi-minlf  (iunztKjd  ihil  ijurrriin  di  Mihnt'i, 
dans  les  Mcinoric  délia  l\.  .\ri-nd.  tlcllc  Scicuzc  di  Torinn,  i9(>'|,  p.  21:;,  n.  3.) 


212  LES    CAMPAGNES    DE    PIEMONT    SOUS    BRISSAC. 

contrôler  de  la  façon  la  plus  précise  certains  détails  donnés  par 
Monluc  :  la  division  de  la  compagnie  de  Maugiron,  dont  une 
partie  resta  à  Gaselle  tandis  que  l'autre,  avec  Monfort  et  le  g-ui- 
don  Antoine  de  Murât,  sieur  de  Lestang,  se  retira  à  Moncalieri; 
le  nombre  des  compagnies  de  gens  de  pied  qui  défendaient  la 
place  (cinq,,  dit  Monluc;  sept,  dit  le  document);  l'hésitation  de 
D.  Ferrante  lorsque,  le  i3  novembre,  il  arriva  à  Rivarolo,  à  sept 
milles  de  Gaselle  (c'est  la  distance  donnée  par  Monluc)  '.  L'au- 
teur des  Commentaires  insiste  avec  raison  sur  l'importance  de 
Gaselle,  «  duquel  lieu  on  tiroyt  la  pluspart  des  foins  et  boys  qui 
venovent  à  Thurin  ».  Gosellini  dit  que  la  prise  de  cette  place  eût 
été  comme  une  écharde  dans  l'œil  de  Turin',  Enfin,  si  Monluc 
exagère  certainenient  en  affirmant  que  Gesare  Maggi  mit  vingt- 
deux  jours  à  reprendre  San  Martino  et  les  autres  châteaux  du 
Ganavese,  on  ne  peut  lui  reprocher,  comme  on  l'a  fait-',  d'avoir 
été  inexact  en  disant  que  la  défense  de  Gaselle  eut  lieu  en  hiver 
et  «  aux  plus  courtz  jours  »  :  commencés  fin  octobre,  les  travaux 
continuèrent  le  mois  de  novembre  jusqu'à  la  prise  d'Alba  par 
La  Mothe-Gondrin  et  Vimercati**^. 

Elle  eut  lieu  dans  la  nuit  du  i3  au  i4  novembre,  c'est-à-dire 
au  moment  même  de  l'arrivée  des  Impériaux  à  Rivarolo,  et  tan- 
dis que  D.  Ferrante,  Gesare  Maggi  et  le  gouverneur  de  Volpiano 
((  disputtiont,  comme  dit  Monluc,  la  cappe  de  l'evesfpie  »,  et 
se  demandaient  s'ils  iraient  emporter  Gaselle^.  Les  Commentaires 


i.  J.  Leblanc  a  public,  dans  le  Bail,  du  Corn,  des  trav.  histov.,  1898, 
pp.  37-47,  huit  lettres  de  Monfort  et  Lestang  à  Maugiron,  où  ils  rendent 
compte  des  opérations  auxquelles  prit  part  la  compagnie  de  M.  de  Gié  de  juin 
i552  à  janvier  i553.  J'ai  emprunté  à  celte  publication  les  identifications  des 
personnages  cités  par  Monluc.  Il  y  faut  joindre  Antoine  de  Sassenage,  dit  le 
capitaine  Mas,  (jui  prit  part,  en  juillet  155^,  à  la  prise  du  chàlcau  de  Carde  par 
Vassé  (Monfort  à  Maugiron,  Saluées,  21  juillet  i552). 

2.  «  ...  Pareva  a  me  et  meco  ogni  un  concorreva,  che  si  dovesse  espugnare, 
per  lenerla  poi  corne  iino  stecco  ne  r/li  ocrlii  a  Torino.  »  (p.  287.) 

3.  M.VKCHANIJ,  OJJ.    ri/.,    p.    210,    II.    I. 

4.  Monfort  écrit  de  Carmagnola,  le  7  décembre  :  u  Nostre  compagnie  est 
encores  eu  partie  à  (Gazelles  et  l'aultre  partie  à  Moncalier.  »  (Bull,  du  Corn, 
fies  Iran.  histor\,  i8()3,  p.  4^-)  Monluc  dit  (jue,  (piitlant  Caselle  à  la  nouvelle 
de  la  prise  d'Alba,  il  y  laissa  M.  de  Maugiron,  qui  vtjulut  y  demeurer,  u  car  il 
y  faisoicl  bon  vivre  pour  les  chevaulx  ». 

û.  .Moid'ort  à  Maugiron,  Turin,  i4  noveml>rc.  —  (iusklli.m  place  à  tort  la 
prise  d'Alija  le  22  novendjre. 


LA    SURPRISE    d'aLBA    fl3-l4    NOV.     l552).  2l3 

citent  les  noms  des  trois  capitaines  qui  eiiiciil  riioniicnr  de  ce 
hardi  coup  de  main  :  Hector  de  Pardaillan,  seigneur  de  la  Mothe- 
Gondrin,  Francesco  liernardino  \  iniercati  et  Antoine  de  Pas- 
sano,  fils  du  diplomate  bien  connu  Jean-.Ioachim  de  Passano'. 
Ils  disent  très  exactement  que  Brissac  fut  averti  de  la  prise  au 
|)oint  dn  jour  :  «  Tout  à  cest  heure,  écrivait  Monfort  le  matin 
du  i4,  son  arrivé  des  novelles  à  monsieur  le  mareschal,  ainssi 
(\ny  sortoyt  de  la  messe,  que  ce  matin  a  esté  prins  par  eschelle 
la  ville  d'Alhe...  »  Monluc  est  sur  ce  poiut  moins  inventif  cpie 
Hoyvin,  qui  raconte  que  le  messager  rencontra  Brissac  «  desjà 
entre  La  Monta  et  Canal,  avec  trois  mil  hommes  et  quatre  cens 
chevaux  et  deux  coulevrines  »  ".  Alha  fut  surprise;  le  g-ouver- 
neur,  Giamhattisia  Fornaro,  qui  s'était  bien  battu  et  avait  reçu 
trois  blessures  g^raves,  que  l'on  crut  d'abord  mortelles-',  fut,  par 
Tordre  de  D.  Ferrante,  ('troitement  emprisonné  dans  la  roquette 
d'Alexandrie,  d'où  il  s'évada  avec  l'aide  de  quehpies  habitants  ^ 
Cette  heureuse  diversion  ('tait  l'événement  sur  lequel  comptait 
lirissac  pour  éloigner  l'ennemi  de  Caselle  et  de  Turin  et  le  ra- 
mener sur  la  rive  droite  du  Pô.  L'activité  déployée  par  Monluc 
à  Caselle  n'eiit  sans  doute  pas  suffi  pour  cela.  II  ne  cache  pas,  du 
reste,  rpie  la  prise  d'Alba  le  mit  «  hors  de  la  crainte  du  sièg-e  », 
et  les  rcusei^^iiemenls  (pi'il  donne  sur  la  g-arnison  placée  dans  la 
ville  sont,  à  peu  de  chose  près,  confirmés  [)ai'  les  documents  \ 

1 .  IjCS  mss.  des  Commentaires  portent  Pavan.  Trompé  par  cette  mauvaise 
Icrnn,  de  Rul)Ie  a  identifié  le  personnaç^e  avec  Charles  de  Contes  de  Pavant, 

2.  I^e  récit  de  lioyvin  est  très  romanesque  :  un  meunier,  sa  femme  et  son 
ciiicn  y  jouent  un  rôle  important.  M.vuchand  [op.  cil.,  pp.  '.>.i\--i\?t)  l'a  suivi 
d'un  bout  à  l'autre,  dernier  détail  compris. 

3.  Arch.  d'iùat  de  Mantoue,  Annihale  IJtolH,  Alexandrie,  9  déceud)re. 

4.  Ces  détails  se  trouvent  dans  une  dépêche  de  Brissac,  où  est  discutt'  à  (]ucl 
prix  le  roi  de  France  acceptera  à  son  service  Fornaro,  ([ui  s'oHre  à  ramener  les 
Génois  dans  l'alliance  fran(;aise  ou  à  faire  tomber  Alexandrie  aux  mains  du 
maréchal  (Brissac  à  Montbazin,  au  roi  et  au  duc  de  Guise,  27  octobre  i553, 
l>il)l.  de  Carpentras,  ms.  490,  fo*  i<)3  v'>-i()6  ro).  —  Voir,  sur  la  prise  d'.Mba, 
le  récit  de  (iosicllim  (pp.  237-239)  et  deux  lettres  du  connétable,  l'une  au  duc 
de  Nevers,  Beinis,  21  novembre  (B.  N.,  Clairamb.,  3/|0,  l'o  5o,  copie),  et  l'autre 
au  duc  de  Guise,  Conipièi>-ne,  9  décend)re  [Méin.-.foiti'n.  du  duc  de  (iuise, 
coll.  Michaud,  VI,  i/|o). 

f).  Arch.  d'i'vtat  de  Mantoue,  Anniiialc  Litolti,  Alcxaridiic,  m|  di'-cendu't'  :  »  In 
.Vlba  vi  è  Monsi'  di  Bonivetto,  S.  Pietro  Corso  et  l'ian"  Bernardino  per  capi; 
de  t'ente  vi  sono  (pialtro  conipa.'}^nie  de  Guasconi.  (|uallri>  d'Italiani,  nflla  mair- 
i>ior  parte  Coi'si,  et  inia  di  Sviz/ei-1.   "  Mkm.ii;   ;   »    MonsCiir  de    Iîihiv-.cI  cl    le 


2l4  LES    CAMPAGNES    DE    PIEMONT    SOUS    BRISSAC. 

Apirs  avoir  repassé  le  Pô  à  Pontestura,  ce  n'est  pas  à  Asti, 
coniine  le  dit  Monluc,  c'est  à  Alexandrie  que  D.  Ferrante  se  ren- 
dit pour  étudier  les  moyens  de  reprendre  Alba.  L'entreprise  était 
loin  d'être  aisée  :  la  place  avait  ('lé  rendue  très  forte  par  les 
Impériaux'  et  Bonnivet  travaillait  activement  à  la  mettre  com- 
plètement en  défense'.  D.  Ferrante  Ht  venir  du  Milanais  deux 
mille  pionniers,  deux  cent  cinquante  chariots,  huit  cents  paires 
de  bœufs  et  85,ooo  ducats.  Le  9  décend^re,  il  réunit  un  conseil 
de  g-uerre  :  ses  capitaines  montrèrent  peu  d'enthousiasme  pour 
une  campagne  en  plein  hiver,  mais  il  passa  outre  à  leurs  avis^. 
Ce  fut  pourtant  le  20  seulement  qu'il  put  se  mettre  en  mouve- 
ment :  les  reid'orts  demandés  en  Milanais  avaient  été  très  lents  à 
venir.  A  celte  date,  il  quittait  Alexandrie,  et  par  Nizza  se  diri- 
§"eait  lentement  vers  Alba  ^.  Il  se  présenta  devant  la  place,  mais 
une  vive  escarmouche  lui  prouva  qu'il  serait  dangereux  et  vain 
d'en  tenter  le  siège  5.  Monluc  a  exactement  noté  les  hésitations 
de  D.  Ferrante  avant  d'entrer  en  campagne  et  son  échec  devant 
Alba;  mais  il  a  fait  beaucoup  trop  court  le  temps  qui  s'écoula 
entre  son  reloui' à  Alexandiie  et  sa  tentative  malheureuse^. 

Le  maréchal  «Hait  en  arrière  d'Alba,  à  Brà,  surveillant  ses 
frontières^.  D.  Ferrante  se  tourna  alors  vers  la  place  du  Mon- 


colloiiel  Saiiict  Pcilrc  Corée  se  ineyreul  (letlaus  avee([U('  sept  enseignes.  »  Boy- 
vin  parle  de  treize  cents  Franeais,  six  cents  Allemands  et  autant  d'Italiens. 

1.  Klle  était  détendue  j)ar  seize  j)ièces  de  canipas^ne  et  trois  de  «grosse  ar- 
tillerie. (Arch.  d'Etat  de  Mantouc,  Aniiihale  LitolK,  \l\  décembre.) 

2.  lîOYVIN   DU    ViLLAIVS,    XXIX,    I  yc). 

3.  Arch.  d'Etat  de  Mantoue,  Aiinibale  I^itulH,  9  décembre  :  «  Ouesta  mattina 
adonque  Sua  Ecc^i  ha  tenuto  consiglio  sopra  di  questo,  et  (jnello  è  durato  Hno 
aile  XX  hore,  et  ci  sono  stati  i  medemi  pareri,  che  in  una  stai^ione  come  questu 
d'iverno,  non  si  debba  met  1ère  in  campai>na,  prima  per  la  difHcoltà  che  sera 
net  vivere  de'  cavalli,  poi  |)er  il  pcricolo  a  che  si  mette  di  perdere  «raii  oente 
senza  certezza  anche  d'haveila...  piMo  pare  pur  che  Sua  Ecc»  stia  più  che  mai 
rissolula  di  andarvi.  » 

4-  Arch.  d'Etat  de  Mantoue,  Annibale  Litolti,  k)  décembre  :  «  Noi  partemo 
domattina  per  Nizza,  et  quivi  si  slarà  anche  due  efiorni  per  dar  tempo  a  moite 
cose  che  s'hanno  da  mettere  insieme...  » 

.5.     BOYVIN    DU    ViLL.VRS,    XXI  \,    iSo. 

t).  "  Il  parlist  donc  au  boni  de  rZ/^y  on  si.r  Jours  d'Ast  aveccpies  toute  sa 
cavaleiie  pour  recoi^noistre  Ali)e...  »  D.  Ferrante  revint  à  Alexandrie  à  la  nou- 
velh'  de  la  prise  d'Alba  (i/j  novembre),  et  ce  ne  l'ut  (ju'au  bout  d'un  mois  (pi'il 
put  se  remettre  en  campaii-ne. 

7.   .\rch.  d'Elal  de  Mantoue,  Amiibale  Lilolli,   iij  décembre  :  n  .Mous'  di  iiri- 


LE    SIÈGE    DE    SAN    DAMIANO    (.lA.W'IER     \7)~}?tj.  2  10 

ferrât  la  [)Iiis  voisine  d'Asli  el  la  j)liis  aisée,  seml)lait-il,  à  pitMi- 
dre,  San  Damiano,  pour  en  l'aire  le  sièi^e'.  Le  i'"''  janvier  i.")."),'), 
il  élahlit  son  canif)  sur  les  collines  (jni  dominaient  la  ville  el 
ouvrit  assez  niollenient  le  l'en;  son  ailillerie,  (|ni  lirait  à  coup 
perdu,  ne  fit  pas  i^rand  doniniayc  Au  bout  de  huit  jours,  il  se 
rendit  compte  (ju'il  lui  fallait  faire  le  siège  en  rè^le,  en  dépit  de 
l'opinion  de  son  ini^énieur  (pii  lui  avait  promis  que  la  place  se 
rendrait  au  j)remier  coup  de  canon.  Bricquemault,  qui  eu  étail 
oouverneur,  se  défendit  vaillamment.  Il  j)arvint  à  éventer  suc- 
cessivenuMit  trois  mines  creusées  par  l'ennemi  pour  pénétrei- 
dans  le  fossé.  11  fil  escai'per  [)ar  les  arxpiebusiei's  (\u  cat)itaine 
Loup  la  plate-forme  «  du  vieux  pont  »  que  raitillerie  inqx'riale 
essayait  en  vain  d'entamer.  Le  baron  de  Chej»y  et  le  ca[)ilaine 
(^liarry,  descendus  dans  le  foss(''  avec  leurs  gens,  enlevaient  les 
fascines  à  mesure  que  les  soldats  de  1).  Ferrante  les  v  jetaient. 
Plusieurs  sorties  vigoureuses  furent  faites  par  la  porte  d'Asti  et 
la  jtoi'te  de  Clanab'  el  jetèrent  le  désordre  dans  les  corj>s  de  garde 
impc'iiaiix.  Enfin,  la  \ille  fut  secourue  de  trois  c(M(''s  à  la  fi>is  : 
la  garnison  d'Alba  \eiuiit  toutes  les  iniits  donner  l'alarme  aux 
assiégeants;  C'Ile  de  \  illanova  d'Asti  envoyait  des  coui'eurs  qui 
g-ènaient  beaucoup  le  ravilaillejuent  de  leur  camp  ;  de  la  Cisterna 
d'Asti  arrivaient  à  Bricquemault  les  secours  en  poudre,  [)l()ml) 
et  cordes  d'arquebuse  réclanu's  à  Bi'issac.  Le  i(l  janvier,  1).  bvv- 
rante,  découragé  par  la  neige  el  la  pluie  (pii  tombaient  sans  dis- 
continuer, n'a  vaut  [)lus  d'argent  ])our  [)a\('r  ses  lri>upes,  leva  le 
sièi^c  el  battit  (Mi  ictraite  sur  Asti  el  AIe.\andii<» '. 

Moulue  a  racont('  comment    il   se   rendit  de   C-armaniiola  à   la 
Cistei'na  d'Asli  jtour  aider  le  capitaine  de  celte  j)lace,  Torquato 


siicfi  <"'  a  Brà  con  v"  fanti  el  8oo  cavalli,  et  mostra  diii)itarr  clie  S.  i^or"  non  si 
vdlti  adosso  ad  alcuiia  di  quelle  allrc  sue  frontière...  »  Henri  II  au  duc  de 
(îuise,  i/j  (léeendii-e  :  c  .Mon  cousin  de  lîrissac  a  ile|)arly  le  reste  de  ses  forces 
par  les  places  voisines,  affin  (]ue  s'il  [D.  Kerrante]  attaque,  il  soit  travaillé  et 
incommodé  autant  que  faire  se  pourra,  o  (Méiii.-Joiirit .  du  duc  di-  fiiiisi\  coll. 

ivtichaud,  VI,  1 /,;;.) 

1.  lirissac  ainionçail  celte  nouvelle  le  ii  janvier  à  Henri  11.  (Mrissac  au  roi, 
C.liieri,  ii   janvier,  H.  .\.,  tV.  :<o/|/|().  1"  177,  coj)ie.) 

2.  Monfort  à  Maugiron,  N'iilanova  dWsti,  11  janxiei-  [liiill.  du  C.nm.  iIi'k 
Irav.  hist.,  i8q3,  pp.  /|5-/|7).  —  P>iic(|ueniault  à  Brissac,  San  Damiano,  lô  jan- 
vier (B.  N.,  fr.  :it)f\f\i),  fo  i»8i,  |)ul)l.  par  .Maucii.vnd,  pp.  ,')88-.")(jo).  —  Brissac  au 
roi,    (lliieri,    17  janvier  (B.    X,,    i'r.  :^o/|/l<,|,   f"   181,  copie).   —    l'eler  N'aimes  au 


2l6  LES    CAMPAGNES    DE    PIEMONT    SOUS    BRISSAC. 

Torto  ',  à  ravitailler  de  poudre  et  de  plomb  San  Damiano  assiégé; 
comment  il  parvint  à  y  introduire  de  imit  deux  convois  de  mu- 
nitions, ^ràce  à  la  bravoure  de  son  lieutenant  Charry,  tandis  que 
le  baron  de  Chepy  en  faisait  autant  du  côté  d'Alba  ;  comment 
Charrv,  entré  dans  la  place,  travailla  à  débarrasser  le  fossé  des 
fascines  que  les  Impériaux  y  jetaient  pour  le  combler;  comment 
lui-même  enfin,  à  la  nouvelle  que  D.  Ferrante  levait  le  siège, 
après  en  avoir  averti  Brissac,  courut  à  San  Damiano,  tenta 
d'attaquer  les  Impériaux  sur  leur  retraite  et  fut  battu  par  eux. 
Les  documents,  on  le  voit  déjà,  confirment  les  plus  importants 
détails  de  ce  récit.  La  lettre  de  Monfort  à  Maugiron  donne  pour 
l'armée  de  D.  Ferrante  des  chiffres  inférieurs  à  ceux  de  Monluc". 
La  dépèche  de  Bricquemault  fait  un  très  bel  éloge  de  la  conduite 
de  Charry  et  du  baron  de  Chepy,  et  mentionne  plusieurs  des  gen- 
tilshommes cités  par  Moulue  comme  s'élant  jetés  volontairement 
dans  la  place  :  M.  de  Chavigny,  M.  de  Classé,  fils  de  Vassé, 
MM.  de  Saint-Romain  et  du  Puy-du-Fou-.  Gosellini,  le  panégy- 
riste de  D.  Ferrante,  concorde  avec  ce  que  disent  les  Commen- 
taires des   derniers   efforts   faits   par    les    assiégeants ,    mais   il 


Conseil,  Venise,  28  janvier  [Stnte  papcrs,  foreirjn,  Edward  VI,  no  O12).  — 
Gosellini,  Compendio,  pp.  289-240.  —  Luga  Contile,  op.  cit.,  fo  202  vo. 

1.  Voir  sur  ce  personnage,  dont  Monluc  ne  donne  pas  le  nom,  et  sur  la  (^is- 
terna,  que  Giangiorgio  délia  Rovere  lui  avait  aliénée  pour  5, 000  écus  d'or, 
Gacdenzio  Glaretta,  Salle  prinripali  vicende  délia  Cisterna  d'Asti  dal 
secolo  XV  al  XVIII  {Memorie  délia  R.  Accad.  délie  science di  Torino,  1899, 
pp.  i6rj-238).  —  On  a  de  Tonjuatu  Torlo  une  IcUre  au  duc  d'Auniale,  a^ouver- 
neur  de  la  Savoie  et  du  Dauphiné,  datée  de  la  Cisterna,  8  juin  15/(8  (lî.  N., 
fr.  2or)/|9,  fo  ■7."),  orii^.). 

2.  Monluc  dit  que  D.  Ferrante  avait  O.ooo  ttaliens,  0.000  Allemands, 
4.000  Kspaa^nols,  i  .200  chevau-légers  et  4oo  hommes  d'armes  (total  :  1 7.C00  hom- 
mes). Monfort  donne  3. 000  Espagnols,  0.000  Italiens,  6.000  lans(]uenets  et 
1.800  chevaux  (total  :  i5.8oo  hommes).  Monluc  a  exagéré. 

3.  Sur  Kran(,;ois  le  Koy,  seigneur  de  Chavigny,  comte  de  Clinchamp,  voir 
Bkantôme,  III,  4'2;  IV,  341  ;  V,  179.  —  Sur  Classé,  voir  H;)vvin  dl-  N'ii.lars, 
XXIX,  .')5i-552,  Diego  de  F'uentes,  Conqiiista  de  Africa ,  Anvers,  i^jo, 
pet.  in-80,  p.  C9,  et  Brantôme,  IV,  173-170,  qui  parlent  de  son  rôle  dans  le 
curieux  combat  qui  eut  lieu  en  i555,  sous  les  murs  d'Asti,  entre  le  duc  de 
Nemours  et  trois  capitaines  français,  et  le  marijuis  de  Pescara  et  trois  capi- 
taines im|)ériaux.  —  Monluc  cite,  de  [)lus,  M.  de  Bourv,  dont  on  retrouve  aussi 
le  nom  dans  Brantôme  (V,  434),  et  le  sieur  du  t'uy-du-Fou  (pii  était  guidon  de 
la  compagnie  de  lirissac  en  janvier  i5.'')8.  (Brissac  au  cardinal  de  Lorraine, 
(iliieii,  ()  jaiiviei'  i.'t.'iS,  15.  \.,  fi'.  2n4rn  ,  fo  87,  copie.) 


RAVITAILLEMENT    DE    SAN    DAMIANO.  217 

attribue  l'insuccrs  de  la  batterie  finale  au  mauvais  temps'.  Luca 
Contile,  le  biog-raplie  de  (^esare  Mai^g-i,  atteste  avec  Monluc  la 
part  que  prit  le  fameux  colonel  à  l'entreprise,  mais  ne  dit  pas 
qu'il  faillit  y  être  fait  prisonnier  à  l'orifice  d'une  mine  :  son  lérit 
est  très  vague.  Quant  à  Bovvin,  il  exat^ère  naturellement  le  i(Me 
de  Brissac  ;  mais  il  fait  pourtant  un  pompeux  éloi^^;  de  la  «  dili- 
gence, bonne  conduicte  et  prévoyance  »  de  Monluc,  (pii  furent 
«  admii'ables  »  et  «  en  partie  cause  du  salut  de  la  place  »".  Dans 
le  détail,  les  deux  récits  sont  assez  différents,  celui  des  Coinnien- 
tnircs  beaucoup  plus  ample  et  plus  minutieux  :  Boyvin  men- 
tionne cependant  l'envoi  de  la  Cisterna  et  l'entrée  à  San  Da- 
miano,  de  nuit,  des  deux  convois  de  poudre  "*;  il  parle  du  ravi- 
taillement du  côté  d'AIba  ^  ;  il  raconte  enfin  la  sortie  des  assiégés 
au  moment  où  les  Inqx'riaux  levèrent  le  siège,  sans  noter 
d'ailleurs  <pie  Monluc  y  coo{)éra  en  accourant  de  la  Cisterna  -^ 
Boy\  in  dit  que  le  siège  avait  duré  <(  trois  mois  ».  Mais  il  se  con- 
tredit lui-même,  car  il  a  écrit  ailleurs  (jne  Brissac  fut  averti  le 
3i  décembre  que  D.  Ferrante  marchait  vers  San  Damiano,  et  il 
ajoute  que  le  siège  fut  levé  le  22  janvier,  indication  fantaisiste. 
Une  lettre  de  Brissac  au  roi  donne  la  date  exacte  :  i()  janvier, 
qui  concorde  de  la  façon  la  j)liis  précise  avec  ce  que  Monluc  dit 
de  la  durée  du  siège '\ 

Dès  le  lendemain,  Brissac  dépêcha  à  la  cour  [)our  annoncer  la 
nouvelle,  non   pas   Biron,   comme  le   disent  les  (U>mmentaires, 


1.  (I  Quclla  niattina  cho  dovoa  coiiiinciarsi  la  hatteria,  fu  una  tal  nohhia,  che 
per  fin  a  le  voiiti  hore  non  più  vi  si  vide,  chc  se  stata  fosse  oscura  noite...  Il 
dî  sciçucntc  la  nchhia  continovô  corne  la  précédente  iiavea  t'atto.  » 

2.  BoYVIN    DU    Vll.l.AKS,  XXIX,    2[\l--l[\'.>.. 

3.  Id.,  289. 

4.  I(L,  242. 

.">.  1(1.,  2l\i.  —  lioyvin  se  troiH|)e  en  eilaiil  parmi  les  blessés  «  le  jeune 
(!hcpy,  cnseiiçne  de  Monluc  ».  Il  faut  corriger  Cliepij  en  (Vuii'i'ij. 

0.  Iii"issac  au  l'oi,  (iiiieri,  17  janvier  (B.  N,,  fr.  2o/|/|(),  f"  181,  copie).  .Mon- 
i-i'c;  :  Cl  Or  le  camp  y  demeura  seze  ou  di\r  sept  jours  devant  et  la  batterie  dura 
sept,  jours.  ■)  |{i)\\iM  a  comniis,  à  propos  du  sieste  de  San  Damiano,  une  jj^rosse 
erreur  de  chidiiolunie.  Il  l'a  |)!acé,  au  livre  IV  de  ses  Mémoires  (coll.  Petitol, 
XXIX,  2.S.')-:>42).  sous  l'année  1053,  après  le  récit  de  la  prise  de  C.eva  et  de 
(-ortemi!>lia  et  la  signature  de  la  (rêve  de  Butiiijliera  entre  Brissac  et  1).  i'"er- 
raiile.  Il  donne,  du  reste,  deux  dates  exactes  pour  le  début  et  la  lin  du  sièiïe. 
H  en  r;nil  conclun'  qu'en  ajoutant  après  coup  cet  épisode,  il  ne  l'a  |)as  inséré  à 
raim(''e  (pii  convenait. 


2l8  LES    CAMPAGNES    DE    PIEMONT    SOTS    BRISSAG. 

mais  le  capitaine  Cliarrv,  un  des  héros  de  San  Damiano  '.  Le 
29  janvier,  il  expédiait  nn  second  courrier,  le  baron  de  Ciiep}', 
rpii  avait,  lui  aussi,  contribué  à  dégager  la  place.  Dans  la  lettre 
au  connétable  dont  il  le  cliaryea,  il  disait  :  «  J'ay  pareillement 
entendu  dudit  sieur  de  Biron  ([ue  vous  luv  avez  dict  que  le  Roy 
n'a  [)oint  encores  pourveu  au  gouvernement  d'Albe  et  que  je  re- 
garde s'il  y  a  personne  que  j'aye  intention  de  luy  nommer,  qui 
est  un  honneur  que  vous  me  faictes  duquel  je  vous  remercye 
très  hund)lement.  Quant  à  moy.  Monseigneur,  en  telz  endroictz 
que  cestuy  là  je  ne  me  condiiiz  point  par  mon  affection,  mais  par 
le  seul  service  du  Roy,  et  ne  sçaiche  que  Sa  Majesté  en  puisse 
mieulx  pourvoir  que  le  sieur  de  Montluc.  Car  c'est  une  place  si 
voizine  de  l'ennemy  qu'il  est  besoing  de  y  mètre  quelqung  qui 
soit  vif  et  qui  se  travaille  incessamment,  ce  que  le  dict  s*"  de 
Montluc,  comme  vous  sçavez,  fera  fort  bien.  Et  si  ne  sera  pas 
nouveau  à  l'administration  d'ung  peuple,  estant  homme  qui  a 
tousjours  aymé  à  faire  tenii-  police,  non  seulement  aux  soldalz  à 
cause  de  son  office  de  maisire  de  camp,  mais  aussi  à  l'endroict 
des  liabilans  de  Montcallier.  Il  vous  plaira  d'en  parler  au  Roy  et 
me  mander  ce  que  Sa  Majesté  vous  en  resouldra,  car  monsieur 
de  Ronivet  ne  vouldroit  pas  toujours  demeurer  là  ;  aussi  suis-je 
asseuré  que  vous  le  y  vouldriez  pas  laisser.  »  La  recommanda- 
tion était  chaude  et  habile  à  la  fois,  bien  faite  pour  vaincre  les 
j)réventions  du  connétable  à  l'égard  de  Monluc.  Celui-ci  avait,  du 
resie,  déjà  reçu  une  première  récompense  ;  Rrissac  disait  dans  ht 
même  lettre  :  «  Je  ne  veux  oublier  à  vous  dire  <pie  j'ay  receu 
un  fort  graufl  jdaisir  entendant  tpie  vous  aiez  faict  pour  Ir  s""  de 
Montluc  ce  que  vous  avez  faict  pour  luy  faire  avoir  Testât  de  gen- 
tilluunme  de  la  cluunbre,  vous  asseurant  que,  depuis  ceste  nou- 
velle, il  se  monstre  autant  salisfaicl  (praiij)aravant  il  aj)paroissoit 
mal  conleiit.  I']t   ne  faictes  pas  peu  poui"  le  ser'vice  de  Sa  Majest»' 

I.  lirissac  au  roi,  (ihieri,  17  janvier.  —  Charry,  |)(iui'  ijni  Monluc  avait  tant 
de  tendresse,  était  une  de  ces  tètes  hnilécs  comme  il  y  en  avait  tant  en  Pié- 
mont. Brissac  le  choisit  pour  ([ue  h'  roi,  après  avoir  écouté  de  sa  houelie  le 
récit  du  siège  où  il  avait  si  bien  lait,  lui  fit  remise  de  «  (|uel(iue  lollie  qu'au- 
Irefïois  il  a  f'aicte  en  sa  jeunesse  ".  —  Le  -.'.'A  janvier,  Henri  11  transmettait  au 
connétable  les  lettres  de  lirissac  lui  mandant  n  connue  domp  Kerrand  a  levé  son 
sièire  de  devant  Sainct  Damven,  où,  jxtur  le  peu  de  temps  (pi'il  a  séjourné  avcc- 
tpies  son  arnu'-e,  il  a  esli'  aussi  m  d  iiicin'  (|u"il  est  pussiblci.  (15.  .^I.,  ( '.lairaïub., 
3/|.'),  l"  i/|li,  orig. 


MONLUC    GOUVERXEUK     DAl.HA.  219 

quant  vous  faicles  ainsi  j)oiir"  ses  bons  sers  ilcuis  (jiii  le  iiicii- 
tenl  '.  ))  Le  passag^e  est  signiticalil".  La  faveur  royale,  descen- 
dant sur  Monliic  sous  les  espèces  d'un  lilre  et  d'une  pension,  (pii 
lui  avaient  été  une  fois  déjà  refusés,  avait  eu  raison  de  la  ran- 
cune (ju'il  gardait  dej)uis  plus  de  deux  ans  au  connétable'.  Quant 
au  ^ouverneinenl  d'Alha,  il  fallul  plus  lony temps  [)onr  l'oljtenir 
de  Montmorency;  c'esl  le  lo  mars  seulement  que  Brissac  remer- 
cia le  roi  de  l'avoii'  accordé  à  Moulue,  qui  fut  remplacé  par  Mont- 
bazin  à  Moncalieri,  et  d'avoir  allribué  au  baron  de  Cliej)y  la 
maîtrise  de  camp  vacante -^  Les  (U)rnnienlaires  assurent  que  l'af- 
faire traîna  parce  que  le  roi  entendit  choisir  le  nouveau  titulaire 
de  celte  dernière  charge  entre  trois  candidats  (h'signés  j)ar 
Brissac,  Bounivet  et  Monliic.  Il  est  prctbable  (pi'il  fallut  vaincre 
aussi  des  résistances  pour  le  gouvernenu'ul  d'Alba,  (ît  il  est 
difficile  d'admettre  que  Moulue  n'eût  jamais  pense''  à  la  succession 
de  Bounivet.  En  tout  cas,  il  s'est  vanté  en  affirnumt  gratuite- 
ment (jue  Henri  II  le  préféra  à  trois  ou  quatre  autres  candidats 
présentés  par  Brissac,  et  son  affirnuilion  est  parfaitement  inju- 
rieuse pour  l'excellent  maréchal,  qui  le  présenta  seul  et  qui  se 
montra  toujouis  si  iiululgent  pour  ses  iu('i;alil<''s  d'humeur.  Son 
récit  contient  une  autre  inexactitude  nuilérielle,  d'ailleuis  moins 
grave  :  il  a  confoiulu  en  une  seule  les  missions  de  Biron  eu  jan- 
vier et  en  mars  ^ 

On  a  vu  plus  haut  qu'après  le  siège  de  San  Damian;),  Moulue 
a  inexactement  placé  celui  de  Bene.  En  fait,  son  récit  présente 
ici  une  lacune  de  près  de  cin(j  mois;  il  reprend  au  siège  de  Ceva 


1.  lirissac  au  coniirtajjle,  Caii^nan,  29  janvier,  (li.  N.,  Fr.  20449.  f"  '87, 
copie.  (IF.  un  extrait  de  cette  lettre  (co])ie)  clans  le  vol.  204O2  du  même 
Fonds,  p.  lOo.)  —  \'oir  dans  le  même  vol.  2o44<J,  f*^  '<)•">)  i'"  extrait  de  la  dé- 
pèche de  lirissac  au  roi,  du  même  jour,  pour  lui  recommander  un  autre  défen- 
seur de  San  Damiano,  le  capitaine  Vieuxpont.  Ces  documeiils  nnt  été  utilisés 
par  Marchand,  op.  cil.,  p.  21  G,  (|ui  donne  à  la  (lé[)êclie  au  r<ii  l.i  date  inexacte 
du  2t')  janvier  et  cite  le  passau^c  reiatiF  à  .Moulue  comme  tiré  d'une  ii'llre  au  mi. 

2.  I^es  places  de  gentilshommes  de  la  chand)re  comportaient,  suivant  les  cas, 
une  pension  de  4oo,  (ioo  ou  1,200  Francs.  (Ai.hkhi,  /{f/dCiD/ii  i/i'///i  (iinhasc. 
veneli,  Lorenzo  (Joutarini,  i\>;>\,  s(''r.  1,  I.  I\',  p.  So.) 

H.   Brissac  au  roi,   Turin,  10  m;irs.  (15.   .\.,  Ir.  2o4''m_|,  i"  ii)i(.  copie,  exliail.) 
4.   Biron  arriva  en  Piémont  avant   le    -m)   janvier,  appmtaul    pnuf    .Mnnliie    le 
brevet  de  gentilhonune  de  la  chandji-e    11  revint   a\aiil  le   10   mars  avec  le  gou- 
vernement dWlha. 


2  20  LES    CAMPAGNES    DE    PIEMONT    SOUS    BRISSAC. 

(22-24  juin)  '.  La  fin  de  l'hiver  fut  employée  par  Brissac  à  faire 
travailler  aux  fortifications  de  Carmaonola  et  de  Villanova  d'Asti 
et  à  attendre  de  France  l'argent  et  les  munitions  qui  lui  man- 
quaient ,  ainsi  que  les  troupes  destinées  à  remplacer  les  com- 
pag-nies  de  Bonnivet ,  d'Aubigny  et  La  Fayette,  qui  deman- 
daient à  rentrer  '.  Dans  les  derniers  jours  de  février,  on  annonça 
la  prochaine  arrivée  des  compagnies  de  Termes  et  du  comte  de 
Tende  \  Le  maréchal,  suivant  sa  méthode  favorite,  tàlait  l'en- 
nemi aux  points  sensibles,  du  côté  de  Volpiano,  objet  de  ses 
constantes  préoccupations;  vers  le  marquisat  de  Saluées,  où  il 
song-eait,  pour  la  campagne  prochaine,  à  reprendre  Cherasco, 
Fossano,  Coni;  vers  Ivrée  enfin.  Ces  tentatives  partielles,  rendues 
d'ailleurs  nécessaires  par  les  forces  insuffisantes  dont  il  disposait, 
n'eurent  pas  de  succès^.  Le  printemps  était  déjà  avancé  et  les 
renforts  attendus  n'arrivaient  pas.  Les  g-ouverneurs  des  places 
du  Piémont  qui  avaient  obtenu  leur  cong-é,  Bonnivet,  Vassé, 
La  Mothe-Gondrin,  Lig-ondès,  Bricquemault,  s'attardaient  en 
France.  Brissac  réclamait  avec  instance  leur  retour.  Dans  les 
derniers  jours  de  mai  seulement,  six  enseig-nes  de  lansquenets  et 
trois  enseignes  de  Suisses  étant  enfin  arrivées,  il  put  dresser  un 
nouveau  plan  de  campagne.  Il  hésitait  à  assiéger  Volpiano  ou  Fos- 
sano. Volpiano  lui  parut  trop  fort;  pour  le  bloquer,  il  eût  fallu 
(h'garnir  les  places  de  la  rive  droite  du  Pô,  et  les  garnisons 
d'ivrée  et  du  Canavese  pouvaient  facilement  le  ravitailler.  Fos- 
sano, au  contraire,  semblait  facile  à  prendre;  la  place  était  en 
de«;à  de  la  Stura,  et  D.  F'errante,  pour  la  secourir,  était  obligé  de 


1.  En  corri<2[o;int  l'intervention  chronoIoyi(|ii('  (|ui  ;i  Ciit  placer  par  Monluc  la 
prise  do  Corleniii>lia  avant  celle  de  ("eva. 

2.  Brissac  au  connétable,  29  janvier. 

3.  Arch.  d'Etat  de  Mantoue,  Anuibale  Lltolti,  Milan,  25  février.  Un  lit  encore 
dans  cette  dépèche  :  «  Di  Piemonte  si  ha  che  Brisach,  dopo  haver  risoluto  di 
occii|)arc  le  Langhe  et  presi  alcuni  luo<j,hi  smanlellati  con  disec^no  di  ridurli  in 
iortessa,  se  n'era  rilirato  a  Chéri  et  haveva  lasciato  ordine  a  Mons''  di  Monlucli, 
yovernatore  d'Alha,  di  metter  t'iuiri  arlii>liari;i  jiei'  i'ar  aleuna  inipr(>sa,  ma  il 
tempo  l'haveva  inipedilo...  » 

'|.  Areli.  d'l">lat  de  Mantoue,  Annibale  LiloUi,  Milan,  af)  et  27  février.  —  La 
tentative  iniruclueuse  sur  Ivrée  est  mentionnée  dans  une  dépèche  de  Peter 
Vannes,  Venise,  28  mars.  {State  papers ,  foreifjn ,  Edinard  VI,  no  G/|0.) 
M.  A.  Tallone  n'en  parle  pas  dans  son  travail  sur  Irrca  r  il  Pieinnnle  al  tcmpn 
délia  prima  domina: ione  francese. 


LA    CAMPAGNE    DES    LWGHE.  221 

laisser  derrière  lui  San  Damiano,  Alba,  Diaiio  et  I3eiie'.  Aussi, 
au  début  de  juin,  vint-il  y  mettre  le  siège  ^. 

Fossano  était  défendu  par  deux  enseignes  de  lansquenets  du 
bâtard  de  Bavière  et  deux  compagnies  d'Ilaliens  qui  se  montrè- 
rent décidées  à  résister^;  le  maréchal,  qui  avait  compté  sur  la 
complicité  des  liabitants  et  sur  une  défection  annoncée  des  lans- 
(pienets  impériaux,  fut  oblig-é,  au  bout  de  (pielques  jc^urs,  de  se 
retirer  à  Hrà,  où  il  partai^ea  son  armée  en  deux  parts,  dont  l'une 
resta  à  Brà,  tandis  que  l'autre  allait  loi^er  à  Carmai-iiola  ^  Les 
l)ruits  les  plus  divers  couiaient  sur  ses  inleutions;  on  disait  (ju'il 
songeait  de  nouveau  à  une  entieprise  sur  N'olpiaiio;  on  [)ailail 
aussi  d'une  invasion  possible  des  Langhe  '-.  En  réalité,  Brissac 
faisait  couper  les  blés  aux  environs  de  Cherasco  pour  assurer  ses 
approvisionnements,  affamer  cette  place  et  obliger  l'ennemi  à 
venir  la  secourir  *\  Mais  il  songeait  en  même  temps  à  profiter  de 
l'inaction  de  D.  Fei'rante  pour  re[)i'endre  un  dessein  (pi'il  avait 
déjà  eu  en  septembre  ir)52,  lors  du  coup  de  main  de  Vassé  et 
de  Gordes  sur  Ceva  :  s'emparer  de  cette  région  des  Langhe 
appartenant  au  duc  de  Savoie  qui  permettait  aux  Impériaux  de 
conmiuniquer  librement  avec  la  rivière  de  Ponent,  Gènes  et 
Savone^.  Tandis  qu'il  faisait  occuper  Bubbio,  à  G  milles 
d'Acqui,  il  arrivait  en  j)ersonne,  le  i6,  à  Alba,  pour  v  réunir 
les  vivres  et  les  l)ètes  de  somme  nécessaires  à  son  entre[)rise  ^. 
Déjà  son  avant-garde  et  son  artillerie,  commandées  par  Moulue 
et  Vimcrcati,  étaient  en  marche  vers  Cortemiglia.  Le  comte  Ales- 
sandro  Bentivoglio,  lieuteiumt  des  chevau-légers  deCesareMaggi, 
qui  se  trouvait  dans  la  place,  s'enfuit  à  leur  approche,  et  l'on 

1.  IJrissac  au  connôlable,  Carii^nan,  liy  mai.  (I{il)l.  de  (lai'pL-iilras,  iiis.  4()o, 
l'os  188  ro-i8(j  yo.) 

2.  Le  4  jii'ii»  liouiiivct  ii't'Iail  [)as  encore  paiti.  H  écrivait  de  l'Outaiueljleau 
au  connétable  que  le  roi  le  dépêchait  en  Piémont,  ayant  a[)j)ris  ([ue  Brissac 
était  en  campagne  pour  aller  a.ssié^er  l'ossano.  (li.  N.,  Fr.  2o/|52,  l'o  i/i(j,  ori^.) 

3.  Arch.  il'Etat  de  Mantouc,  Annibale  Lilolh",  Alexandrie,  3  juin.  —  lirissac 
au  connétable,  du  camp  |)i'ès  tie  Fossano,  4  Juin.  (Bibl.  de  Caipeiilras,  ms.  /190, 
fi)s  i8,j  vo-iyo  vi>.) 

4.  Arch.  d'Etat  de  Mantoue,  Annibale  Litolfi,  Alexandrie,  8  juin. 
').  Ihid.,  même  date  (autre  dépèche). 

6.  Bris.sac  au  counétable,  4  j'i'"- 

7.  Le  \[\,  Brissac  envoya  La  Molle  au  roi  pnur  lui  propuscr  ce  plan.  (Bibl. 
de  (larpenlras,  nis.  4'JO'  ''^  •^'4  ^'"•) 

8.  Arch.  d'Etat  de  Mantoue,  Annibale  Litolti,  Alexandrie,  17  juin. 


222  LES    CAMPAGNES    DE    PIEMONT    SOUS    BRISSAC. 

put  croire  un  instant  que  CorltMniylia  avait  été  occupé  sans  coup 
férir  par  les  Fran(;ais'.  La  nouvelle  était  fausse.  Moulue  et 
\'iinercati,  après  avoir  paru  le  19  devant  Cortemigiia,  jug^èrent  I 
d'autant  plus  prudent  de  ne  pas  en  tenter  la  prise  que  D.  Fer- 
rante s'aj)prètait  à  y  envoyer  ses  Allemands  et  toute  sa  cavalerie 
légère".  Ils  se  détournèrent  vers  la  droite  et  s'emparèrent  sans 
peine  de  Cerretto,  Serra\alle,  Bossolasco,  Murazzano,  Mombar-  a 
caro,  en  marche  décidénuMit  sur  Ceva,  (piil  était  plus  difficile  à 
l'ennemi  de  ravitailler,  à  laison  de  la  distance". 

Le  vendredi  'i-i  juin,  l'avant-y^arde  fiançaise  arrivait  devant 
Ceva.  La  ville  ('tait  dominée  par  une  montagne  sur  hupielle  les 
Impériaux  avaient  élevé  une  redoute  autour  d'une  chapelle  et 
d'un  ermitage  creusé  dans  le  roc.  Monluc  et  Vimercati  décidè- 
rent de  brusquer  les  choses  et  d'occuper  par  surprise  cette  forte 
position.  Elle  était  gardée  par  le  capitaine  Bonconle  de  Carpegna 
(pii,  à  l'approche  de  l'ennemi,  sortit,  avec  soixante  ou  qualre- 
vinuls  anjuebusiers  de  sa  compagnie,  sur  la  conlrescar[)e  qui 
couvrait  la  redoute.  Mais  «  ils  furent,  dit  Brissac  dans  son  rap- 
port au  roi,  si  rudement  repoulsez  par  les  nostres  que  la  plus- 
j)arl  se  reg'ectèrent  du  hault  de  la  dicte  contrescarpe  en  bas  dans 
icelluy  fort;  et  fut  le  reste  si  bien  ponisuivy  pesie  mesie  jusques 
dedans  (pie  furent  contrainctz,  nonobstant  une  infinité  de  harc- 
(piebiizades  (ju'ilz  tiroient  d'une  grande  fpianlité  de  tlancz  (pii 
sont  au  dici  fort  de  le  (piicter  et  se  retirer  dans  une  grotte,  en 
lacpielle  se  veoyanls  enserrez  sans  ap[)arence  de  pouvoir  longue- 
ment durer  se  rendirent  enfin  à  discrétion  et,  le  cappitaine  tué, 
nous  demeura  leur  enseigne  ))^.  Cet  enseigne  capitula,  en  effet, 
le  soir  pour  avoir  sa  j)arl  des  bagages  d'un  noble  Mamand.  le 
mar(piis  de  Brederode,  «pii  ('laient  d(q)Osés  dans  les  casemates  de 
la  redonle  \  Le  lendemain,  Brissac  ai'ri\a  avec  le  reste  de  l'armée 
el  onxiil    le   feu   contre   la    [)lace  :  cirKi    pièces  de  caïuui    et    une 


I.   Arcti.  d'Klal  de  .Maiitnuo,  Ariniluilc  I^ildlfi,  Alcxaiidrit',   i(|  juin. 

:>..   Ihid.,  uo  juin. 

'.i.  Ihiil.,  :>.•>  cl  'l'i  juin.  —  (Â.  Segue,  //  ricludiiKi  di  I).  FrrrdDh'  (ii)n:(i(j<t 
[Mi'inoric  dclhi  li.  Acrad.  (Irlle  Srierict'  di  '/'nriiio,  if)o/|,  pp.   u),")  et  ■a'àH). 

/|.   Hriss.'ic  ;in  nii.  (lovji,  28  juin.  (lîii)l.  de  (ijirpcnlras,  ms.  /j()0,  fi'  192  ro-V.) 

.").  Ilofficr  au  |triiico  de  Piiîmont,  Vcrcclli,  3o  juin  (pul)l.  par  Sicgke,  //  /•/- 
rhidino...,  p.  :'-H()).  —  Arch.  d'Klat  de  Mantituc,  .\iuiil)alo  I^ilulti,  Alexandrie, 
27  juin. 


P1\ISE    DK    CEVA    (^>/^    JIIX     F.")').'^)).  22^ 

grande  coulevriiie  tiièreiit.  quatre  cents  coups  (;t  la  ville  se  rendit. 
Le  dimanche  24,  Brissac  lit  sommer  le  capitaine  (iirolamo  Sacco, 
qui  s'était  enfermé  dans  la  ciladelle  avec  quatre  compagnies 
d'Italiens  el  trois  pièces  d'artillerie.  Sacco  fit  d'abord  mine  de 
vouloir  résisler.  Mais  dès  (jne  les  canons  français  eurent  com- 
mencé à  tirer  el  ciiicnl  fail  hrèclie,  sans  alleiulre  l'assaut,  il 
ca[)itula,  abandonnant  son  artillerie  à  l'ennemi  ',  el  partit  aussitôt 
avec  la  garnison  pour  Millesinuj,  après  s'être  engagé  à  revenir 
sans  s'arrêter  à  Alexandrie',  lîrissac,  maîlic  de  (leva,  v  laissa 
Francesct)  Bernardino  pour  faire  Iravaiiier  aux  fortifications,  en 
attcMidanl  ([iie  le  roi  eiU  désigné  un  gouxerneur -^ 

Le  maréchal  revint  à  Alba  [)our  rallier  (piehpies  enseignes  de 
lansqueiuîts  et  d'Italiens  et  faire  rhabiller"  deux  canons  endom- 
magés; ruais  il  voulait  c()rrq)léter  sa  caïupagne  et  achever  d'isoler 
Ciherasco.  Il  envoya  donc  sa  [)elite  armée,  sous  les  or-dres  de  Bou- 
nivet,  pour  assiéger-  Cortemiglia.  Les  Français  arrivèrent  le 
2  jirillet  an  soir-  de\ant  la  ville +.  La  gar-nison,  comp<^sée  de  cin(| 
à  six  cents  Es[)agrrols,  résista  mieux  que  celle  de  Ceva  -\  Elle  m; 
se  r-endit  (ju'au  bout  de  six  joirrs,  après  aNoir-  endur-é  deux  mille 
coups  de  canon,  le  8  juillet.  La  j)r-ise  était  bonne  ;  la  place  était 
ampleruent  foui-nie  de  munitions  el  de  vivres^.  Brissac  r-emorjla 
ensuite  vers  le  nord  et,  pour  pi-otéger  ses  conquêtes,  vint  se 
placer  à  Ganelli  et  à  San  Stefano    Belbo,  à  quelques   ruilles  des 

I.  lirissjK'  au  imI,  (itn'a,  28  juin.  —  Ilot'Hcr  au  pi'incc  de  I'i('Mii()tit,  N'ci-cclli. 
iio  .juin. 

•.i.   Arcli.  d'Etat  de  Manlouc,  Annihale  l^itolH,  Alexandrie,  2()  juin. 

'6.  lirissac  au  roi,  Ceva,  28  juin.  I^e  maréchal  indi(|uait  dans  sa  dépèelie 
les  avanlaii^es  qui  résultaient  de  la  prise  de  (".eva  :  u  Nous  tenons  Uuerasco  ainsi 
hi'idé  comme  nous  le  desirons,  et  ne  le  scauroit  secourir  le  si"  domp  Ferrand 
(|u'en  comhalant  premièrement  cested.  ville  pour  passer;  el  si  nous  pouvons 
prendre  Courtemille  eL  avons  le  moyen  de  la  garder,  avec  ceci  V'"-'  Ma'*  se 
pcult  asseurer,  comme  je  luv  ay  escript,  qu'il  luy  a  esté  faicl  accroissemeQl 
d'une  bonne  g-raadeur  de  pays  bon  et  Fertille...  » 

4.   lirissac  au  roi,  Alba,  2  juillet.  {H.  N.,  t'r.  2o()42,  l'i  i2i^.  orii»-.) 

.").  Arch.  d't^Lal  dt;  Manloue,  Annibale  Litolti,  Alexandrie,  7  juiller  :  «  Fran- 
cesi  hanno  baltuto  (iorleminlia  diu)  gioiiii,  et  coti  tullcj  (piesto  non  sono  in 
termino  di  dare  l'assalto.  Ouelli  di  dentro  sono  di  bon  animo...  » 

0.  Brissac  au  roi,  Corleminlia,  ()  juillet  (H.  .\.,  IV.  20(142,  l'u  i.'-t.')  v'i,  oriiç.). 
—  Au  connétable,  même  date  (Bibl.  de  l'Institut,  coll.  GodefVnv,  purtef.  22.'), 
f"  4')»  copie  (lu  temps).  —  Ilem-i  II  à  Anluine  de  Noailles,  ambassadeui-  à  Lon- 
dres, Conipiègne,  19  juillet  (Vertot,  Ainhassades  de  MM.  df  .\oail/es  en 
AïKjh'li'rrc,   i-ji\Z,  11,    7tJ-77). 


224  LES    CAMPAGNES    DE    PIEMONT    SOUS    BRISSAC. 

Impériaux  log'és  à  Nizza'.  La  situation  pouvait  devenir  critique 
si  D.  Ferrante  reprenait  l'offensive.  Le  maréchal,  en  prévision 
d'une  bataille.,  parlait  de  lever  deux  ou  trois  mille  Italiens  de 
plus,  dont  les  villes  du  pays  auraient  avancé  la  solde,  et  pressait  I 
le  roi  de  lui  donner  des  instructions  nettes  qui  n'arrivaient  pas. 
Bientôt  Henri  II,  menacé  dune  invasion  des  Impériaux  à  la  suite 
de  la  prise  de  Thérouanne  (20  juin)  et  de  Hesdin  (17  juillet)', 
lui  manda  de  renvoyer  en  France  quinze  vieilles  bandes  fran- 
çaises et  le  rég^iment  allemand  de  Geors^es  Reckenrot  ^.  C'était 
lui  donner  l'ordre  de  renoncer  à  toute  offensive.  Au  moment  où 
Brissac  reçut  cette  lettre,  D.  Ferrante  était  enfin  sorti  de  son 
inaction.  Dénué  d'arg'ent  pour  payer  ses  troupes,  il  n'avait  pu 
empêcher  les  Français  de  prendre  Ceva  et  Cortemig-Iia  et  leur  avait 
laissé  le  temps  de  fortifier  ces  deux  places.  Vers  la  Un  juillet,  il 
se  mit  en  mouvement;  après  avoir  pris  contact  avec  l'ennemi  à 
San  Stefano  Belbo  et  avoir  été  repoussé  par  Bonnivet  et  Terride  ^, 
il  tenta  sans  succès  de  reprendre  de  force  Cortemeglia,  n'y  put 
parvenir  et,  dans  l'impossibilité  d'en  faire  le  siège,  ravitailla  Che- 
rasco,  puis  franchit  le  Tanaro  -  et  se  porta  vers  l'armée  de  Bris- 
sac,  qui  avait  reculé  d'abord  vers  Alba,  puis  sur  Riva  di  Chieri. 
Ni  l'un  ni  l'autre  des  deux  adversaires  ne  désirait  une  bataille  : 
13.  Ferrante  avait  des  forces  supérieures,  mais  n'était  rien  moins 
que  sûr  de  ses  troupes;  Brissac  avait  ordre  de  ne  rien  hasar- 
der 6.  Une  suspension  d'armes  fut  signée  le  3i  août  à  Butti- 
g-liera''.  C'est  pendant  cette  trêve,  faite  d'abord  jusqu'au  3o  sep- 


1.  Arcli.  d'État  de  .Manloiie,  Annibale  luitolH,  11  juillet.  —  Brissac  au  roi, 
San  Stefanu  Bclbu,  1 3  juillet  (B.  N.,  fr.  2o44o»  1"  210,  copie;  Bibl.  de  Tlns- 
lilut,  coll.  Godefroy,  portcf.  2.^5,  ff  5i,  copie). 

2.  De<;i\li;,  Anne  de  Monlmorenci/,  II.  i/n-i43. 

3.  Arch.  d'Etal  de  Maiitouc,  Annibale  l^itolH,  1 5  juillet.  —  Henri  II  à  Bris- 
sac, 19  août  (B.  N.,  fr.  2o/(/((),  f'o  233,  copie).  Ce  document  est  analysé  dans  le 
«  -Mémoire  rendant  raison  de  la  guerre  taicte  en  Pyemont  en  l'année  i553  » 
sous  la  (laie  du  1  i  (Bibl.  de  Carpenlras,  ms.  l\()0,  fi'  3i5  ro). 

4.  (jct  eiiyagemenl  est  raconté  en  détail  dans  une  lettre  de  Brissac  au  roi, 
San  Stefano  Belbo,  22  juillet  (B.  N.,  fr.  2o449,  f"  219,  copie). 

.').   Voir  sur  ces  faits  Si;(;nF.,  //  ric/ud/no  di  D.  Ferrante  Goricnf/(/,..,\).  i<)6. 

G.  L'ordre  lui  avait  ét(''  a|>p()ilc  par  La  Mulle  (Brissac  an  connétable,  27  juil- 
let, B.  N.,  fr.  2o44y)  t''  -24>  eopie). 

7.  Voir  le  texte  de  la  trêve  et  une  lelation  des  pourparlers  (pii  ramenèrent 
dans  le  ins.  490  Je  la  Bibl.  de  Carpenlras,  fos  3i8  v*-32i  ro. 


ÉTUDE    CRITIQUE    DU    REGIT    DE    MONLUC.  22,5 

tembre,  puis  prolongée  jusqu'au   lo  octobre,  que  Moulue  reviut 
en  France;  il  avait  quilté  le  Piémont  le  19  septembre'. 

De  cette  dernière  campagne  de  Brissac,  que  les  documents 
permettent  de  reconstitnei-  en  détail,  il  n'a  conservé  dans  son 
livre  (pie  deux  épisodes  :  la  piise  de  Ce\a  et  celle  de  Coiieniinlia. 
Il  en  a  interverti  l'ordre  ;  le  second  fait  est  raconté  dans  les  Coin- 
mcutdirrs  avant  le  premier.  Cambiano  et  de  Thou  ont  été  victi- 
mes de  cette  interversion  clironolog-ique  due  à  une  défaillance  de 
mémoire  que  l'on  peut  ex[)liquer".  On  a  vu  que  Moulue  parut 
devant  Cortemig-lia  le  19  juin  avant  de  marcher  sur  Ceva  et  qu'il 
y  revint  ensuite  au  début  de  juillet.  Cette  circonstance  montre 
comment  ses  souvenirs  sur  ce  point  se  sont  brouillés.  Suivant 
son  habitude,  il  n'a,  d'ailleurs,  donné  aucune  date,  plus  f)rudent 
et  moins  inventif  que  Boyvin,  qui  donne  hardiment  pour  la  prise 
de  la  redoute  de  Ceva,  (pii  eut  lieu  le  vendredi  22  juin,  la  date 
du  17  avril  et  celle  du  3o  pour  l'arrivée  de  Brissac  devant  Corte- 
mij^lia.  Les  Commentaires  mentionnent  exactement,  avant  le 
sièg-e  de  Ceva,  la  prise  de  Serravalle  et  de  deux  autres  petites 
«  vilaltes  »  \  La  description  qu'ils  donnent  de  la  redoute  et  de 
l'ermitai^e  concorde  avec  celle  de  Boyvin  et  toutes  deux  sont 
conhrnK'es  [)ar  les  flocuments^  Le  bio^^'raphe  de  Brissac  a  raconté 
à  sa  manière  le  siège  de  Ceva  :  il  dit  que  son  héros  assista  à  la 
prise  de  la  redoute  et  il  lui  en  fait  honneur.  Moulue,  plus  exact, 
dit  (jue  Brissac  n'arriva  qu'après.  Les  deux  historiens  parlent  de 
la  mort  du  capitaine  qui  commandait  la  redoute;  Moulue  s'est  sou- 
venu d'avoir  vu  étendu  «  sur  la  porte  »  le  cadavre  de  cet  homme 
d'environ  soixante  ans,  «  car  il  estoit  tout  blanc  »  ;  Boyvin,  plus 
[)récis,  mais  plus  inexact,  l'appelle  «  le  comte  Bas  ».  On  a  vu 
que  son  nom  était  Bonconte  de  Cai'pegria.  Ce  que  dit  Moulue  du 
rôle  de  Sampiero  Corso  dans  les  pourparlers  qui  amenèrent  la 
capitulation  est  rendu  vraisemblable  par  la  dépêche  de  Brissac  au 


1.  tirissîic  au  ('(iiiiiétable,  Turin,  i<)  seplcmjjre  (|{.   N.,  fV.  ■io'^)?>-j,  t"  aOi). 

2.  Cambiani»,  Uislorico  disrorso,  liv.  ILI  {Moniun.  hist.  pair.,  vol.  l,Scri/j- 
tor.,  col.  1 1 14).  Cambiano,  d'ailleurs,  dans  son  récit  des  campas^ncs  de  Brissac, 
n'a  fait  que,  résumer  sèclieinenf  les  Conif/ifii/tiires. —  D:c  Tnor,  H,  SOS-^yo. — 
I/erreur  commise  par  .Mordue  a  été  redressée  par  Marchand,  op.  ci/.,  p.  2H),  11.  A, 

3.  HovviN  (XXIX,  181)  donne  de  la  prise  de  Serravalle  un  récit  assez  sem- 
blable à  celui  de  iMonluc.  11  ajoute  ([u'il  pritDogliani. 

/|.     iiOYVIN   ni    V^II.LAHH,  XXIX,   182, 

ir. 


2  20  LES    CAMPAGNES    DE    PIEMONT    SOUS     BRISSAC. 

roi  qui  proposa  ce  capitaine,  entre  autres,  comme  gouverneur 
deCeva'.  Bowin  est  d'accord  avec  Moulue  pour  dire  que  celui 
(jue  Brissac  choisit,  eu  fin  de  compte,  fut  le  capitaine  Loup, 
assei'tion  confirmée  par  une  lettre  de  Brissac  au  connétable,  du 
•1  août  '.  Son  récit  est,  du  reste,  pins  complet  que  celui  des  (Àom- 
mentdires,  qui  insiste  sur  l'escarmouclie  du  22  juin  et  la  prise  de 
la  redoute,  mais  tourne  court  ensuite  et  ne  donne  que  (juelques 
li«-nes  à  la  batterie  et  à  la  capitulation. 

C'est  aussi  un  épisode  seulement  du  siège  de  Corlemiylia  que 
Moulue  a  conté  par  le  menu.  Le  uiaréchal,  dit-il,  le  prit  avec  lui 
en  passant  à  Alba.  C'est  le  2  juillet,  «  après  disner  »,  que  Brissac 
en  partit,  au  reru  de  letti-es  de  Bonnivet,  qui  l'informaient  que 
les  ennemis  s'étaient  renforcés  à  Cortemiglia ''.  Après  avoir  décrit 
brièvement  le  site,  la  ville  coupée  en  deux  par  la  Bormida  di 
Millesimo,  qui  la  traverse,  et  uoté  que  la  batterie  fut  sans  effet 
contre  la  muraille  du  château  qui  reg-ardait  vers  le  faubourg-  de 
la  rive  gauche  '^,  Moulue  insiste  longuement  sur  les  moyens  qu'il 
employa  pour  découvrir  nu  point  plus  vulnérable,  et  narre  avec 
(le  minutieux  détails  comment  il  fit  sonder  la  rivière,  découvrit 
(pTelle  était  gui'able  et  y  fil  passer  pendant  la  unit  trois  canons 
(pii  furent  amenés  derrière  le  château  et  protégés  {)ar  une  solide 
gabionuade.  H  a  raconté  avec  couqjlaisance  et  parfois  avec  verve 
celte  belle  prouesse,  analoyne  à  celle  de  Lanzo  et  qui  dut  contri- 
buer à  lui  faire  cette  rc'putalion  de  «  fort  digne  homme  de  siège  » 
dont  a  parli"  lîraiihune.  Son  récit  est  coufiruié  jiar"  celui  de 
Boyvin,  beauconp  plus  bref,  du  reste,  et  plus  vagne -\  (iosellini, 
le  [)anégyriste  de  D.  Ferrante,  qui  ne  donne  aucun  détail  sur  le 


1.  \a'  roi  r;i|)j)i'l;i  ci)  l'rance  S;ini|)ier()  (iirissac  au  roi  et  au  rouut'-tahlc,  ■.>.2  cl 
27  juillcl,  B.  N.,  t'r.  •n)f\l\i),  fos  2i,j  cl  22/1,  coi)ics). 

2.  «  Monseii^neur,  j'ay  faicl  entendre  au  capitaim^  l\ichclicu  le  clioix  (|u"il  a 
|)lcu  à  Sa  .Majiîst»'  taire  de  luy  en  le  |)ourveoyant  de  la  capitainerie  du  lieu  de 
(vourleinille.  Il  vous  j)laira  luy  ordonner  (]uel(iue  estât  el  entrcleaenicnt  ])our  la 
dicte  charge,  et  au  semblable  au  capitaine  Loup,  qui  |)rendra  le  gouvenienienl 
de  Cevc  pour  les  raisons  ([ue  j'escrips  à  Sailicte  .Majesté.  »  (ti.  N.,  fr.  no/j/jc), 
fo  227,  copie.  ) 

\\.   lirissac  au  connétable,  Alba,  2  juillet  (11.  N.,  t'r.  20/1/19,  f"  2i3  r»,   copie). 

/(.  Voir  la  d<'seription  (le  |{  )vvin,  XXIX,  189.  Monluc  a  oublié  de  dire  que 
les  i''rançais  s'emparèrent  d'abui-d  dv  la  ville,  mais  le  iail  l'cssort  de  tout  son 
récit. 

.').   But  VIN  m    \'ii.i.\Ks,  XXIX,   i()(»-i(ji. 


NEGOCIATION     UR    BUTTiGLIEUA.  22/ 

Siège  de  Ceva,  est  aussi  moins  roiii[)l<'t  [>()ur  celui  de  (loitrtiii^lia  ; 
il  attril)ue  la  caj)ilulatioii  du  ^omnci  unir  espji^uoi,  ([u'ij  appelle 
le  capitaine  (ianui  (Moiiluc  le  noninie  1).  Die-^o),  à  la  iiiiue  par 
le  canon  français  du  r<'vèleinent  de  la  muraille  el  ne  dil  mol  du 
reste'.  Monluc,  d'ailleurs,  déclare  que  les  pièces  placées  par  lui 
n'eurent  même  pas  besoin  de  tirer.  Enlin  deux  lettres  de  I3rissac 
confirment  que  le  g-ouvernemenl  de  Gortemiylia  fut  donni'  au 
ca[)ilaine  Richelieu,  comme  le  disent  Monluc  et  Boyvin". 

Les  (Ujinnirufau'ps.  on  l'a  vu,  sont  absolument  muets  sur  la 
suite  des  opérations  juscpi'à  la  trêve  <le  Bulli^liera.  De  Kuble  a 
remar(pié  avec  raison  (pie  l'auteui'  n'a  l'ien  dit  d'une  négociation 
à  laquelle  il  fut  mêlé  et  (jui  précéda  la  trêve.  Au  début  d'aoTit,  il 
fut  cliar45é  de  traiter  d'un  échaui^e  de  prisonniers  avec  I^udovico 
Vistarino,  gouverneur  d'Asti.  Ce  n'iMait  (pi'un  moyen  pour 
Brissac  d'amorcer  la  (pieslion  de  la  trêve  "*.  (losellini  et  iioyvin 
ont  racont(''  en  dc'lail  les  entrevues  de  Monluc  et  de  Vistarino  : 
le  second  repoussa  d'aboi'd  toute  ouverture  en  alléguant  la 
déloyauté  de  la  rupture  en  se[)teml)re  i ;").") i,  mais  l'ol)jection  était 
de  pure  forme  et  la  suspensi(jn  d'armes  allait  être  signée  quand 
Monluc,  au  nom  de  Brissac,  denuinda  (pie  l>.  Ferrante  évacuât 
d'abord  la  partie  du  Monferrat,  territoire  finançais,  qu'il  occupait. 
Cette  prétention  mit  fin  aux  pourparlers*.  Ils  furent  repris  à  la 
fin  du  mois  et  aboutirent  à  la  trêve.  Mais  Monluc  n'y  eut  point 
d(;  part;  les  signatair"(;s  fureiil  :  poiii'  D.  iMMiante,  D.  Alvaro  di 
Sandez,  maftre  de  camp  général  des  lm[)(''riaux,  et  le  commis- 
saire général  Sigisnujudo  Faulino  délia  Torre;  pour  Brissac,  le 
capitaine  Montbazin,  gouverneur  de  Moncalieri,  et  Monferrand, 
maître  des  re(juêtes  et   atidileui'  du    r'oi  en   Piémont  \  T-e  fut   la 


1.     (JoSliLMM,    (UllllpClKlio,   |).    ■>.l\-Z. 

•i.  Brissac  au  roi,  San  Stefano  Belbo,  lii  juillit  (l>.  .\..  iV.  ■n)f\!\\),  f"  \•.>^^, 
copie).  —  Au  connctal)le,  AIlw,  2  août. 

8.  Brissac  au  roi,  All)a,  8  août  (B.  N.,  fr.  :<o/|/^(),  |V>  -ÏM)  v",  orii;-.).  —  Au 
connétal)le,  même  (ial(>  (li.  N,,  fr.  200/12,  f'u  laO,  oriif.).  —  Fleuri  II  à  lîrissac, 
i()  août  (B.  N.,  fr.  2o449,  f°  :^3;i,  copie).  —  Brissac  au  roi,  I\iva  di  (".iiieri, 
27  août  (ihiil.,  f"  ■'J\[),  orit^'.). 

/|.  GosF.Li.INI,  Co/n/jrud/f) ,  pp.  2/(r)-2/i8,  —  l>ov\i\  m  N'ii.i.vns,  WIX  , 
243-245. 

f).  I^'aj)ri"s  le  texte  de  la  trêve,  ainsi  daté  :  d  Dali  in  caïupayiia  fra  li  duo 
esseiciti  cesarei  el  rciçii,  al  penultiino  d'ai'osto  i")."»;').  .>  (liilii.  de  (  l.irpcnlras, 
nis.  490,  f"^  3 18  vii-32  1  v'i.) 


228  LES    CAMPAGNES    DE    PIÉMONT    SOUS    BRISSAC. 

maladie  dont  il  parle  dans  son  livre  qui  oblig-ea  Monluc  à  céder 
la  place  à  Montbazin'.  S'il  eût  eu  la  bonne  foitune  de  mener 
jusqu'au  bout  la  négociation,  il  n'eût  pas  négligé  de  rappeler 
qu'il  avait  su,  dans  ces  laborieuses  campagnes  de  i55i-i553,  join- 
dre à  la  gloire  du  soldat  celle  du  diplomate. 

I,  lirissac  au  roi,  Riva  di  Chieri,  3o  août  :  u  Dans  deux  ou  U"oys  jours  je 
vous  cuvoiray  le  s'"  de  Moinbazin  pour  vous  rendre  uw^  compte  plus  particulier 
et  par  le  menu  de  tout  cest  affaire,  comme  celluy  ([ui  depuis  qu'icelluy  affaire 
a  esté  avec  le  s""  de  Montferrand  commencé  par  le  si"  de  Montluc,  qui  ne  l'a  peu 
l»oursuivre  à  cause  d'une  indisposition  (|ui  luy  est  survenue,  l'a  très  bien  cou- 
duictencores  avec  icelluy  de  Montferrand  et  achevé  »  (H.  X.,  fr.  2o/\l\(j,  f»  267  r<5, 
orig.). 


i 


CHAPITRE  \  I. 
La  défense  de  Sienne. 

(Mars  1554 -mai  1555.) 


Le  19  septembre  i553,  ayant  ohlemi  son  confj;-é  de  Brissac, 
Monliic  malade  rentrait  en  Fra?ice.  En  se  séparani  de  Ini,  le  ma- 
réchal tint  à  redire  au  connétai)le  toute  la  satisfaction  qu'il  avait 
eue  de  son  service;  de  plus,  il  le  charg-ea  d'entretenir  le  roi  «  de 
fpiehpies  poinctz  touchant  les  affaires  et  mesnaiges  de  deçà,  des- 
quelz  il  sçaura,  écrivait-il,  rendre  très  bonne  raison  »  '.  Il  s'açis- 
sait  des  nég^ociations  entamées  avec  Yistarino.  L'auteur  des 
Commentaires  n'a  pas  maïupié  de  rapjx'ler  qu'à  son  retour  (Ui 
Gascoî^'ne  il  fut  «  honnoré  et  estinu*  des  ])lus  grands  seii^iu'urs  du 
pays  ».  Les  trois  années  qu'il  venait  de  j)asser  en  Italie  avaient 
accru  sa  notoriété  :  «  Mon  nom  estoict  en  réputation  bien 
g-rande  et,  |)our  une  choze  que  j'avois  faicte,  on  m'en  vouloit  fere 
à  croire  quatre.  Les  bruits  vont  tousjours  en  augmentant;  aussi 
en  ce  temps,  pour  uiu^  escolle  de  guerre,  il  ne  se  parloicl  (pie  de 
Piémont.  »  Il  resta  six  mois  «  oysif  ou  sur  les  cendres  »,  s'ofFrant 
à  l'admiration  de  ses  amis  et  voisins,  la  stimulant  aussi  sans 
doute,  au  besoin,  par  ses  nîcits.  \n  ordre  du  roi  vint  le  tirer  de 
son  inaction,  au  dél)ut  de  mars  i554  :  Henri  II  l'envoyait  à 
Sienne.  Dans  cette  vie  déjà  si  pleine,  à  l'àîJ^e  où,  chez  la  plupart 
des  hommes,  la  chaleur  de  la  jeunesse  commence  à  s'éteindre,  la 
volonté  rovale  ouvrait  un  nouveau  cha[)ili"e,  le  plus  fanuMix,  le 
plus   populaire,   sinon    le  mieux  connu.  Moiduc   lui  a  consacré 

I.  Brissac  au  oonnctahlr,  Turin,  19  sppipmhrp  i553  (R.  N.,  fr.  2053-,  f"  aOi). 
Publ.  en  partie  par  de  l\uble  dans  son  ('dilion,  I,  !{^o,  n.  :>. 


23o  LA    DÉFENSE    DE    SIENNE. 

tout  le  livre  III  de  ses  Conunenfdires.  C'est  d'après  son  récit  de  la 
défense  de  Sieime  iiiie  la  postérité  s'est  fait  de  lui  une  idée  hé- 
roïque; ou  s'est  plu  à  le  reproduire  de  confiance  pour  lui  en 
faire  honneur.  Plus  que  d'autres,  ces  pa^es  de  son  livre  doivent 
donc  être  soumises  à  l'épreuve  minutieuse  de  la  critique.  Il  ne 
s'ag^it  plus,  en  effet,  ici  de  la  prise,  insignifiante  en  somme,  d'une 
roquette  ou  d'une  escarmouche  sans  conséquence  :  la  défense  de 
Sienne  est  un  des  épisodes  importants  de  notre  histoire  militaire 
sous  Henri  11  ;  (Mie  a  tiré  Moulue  de  pair,  a  consacré  sa  renom- 
mée et  fixé  (piehpies-uns  des  traits  de  sa  figure.  Le  portrait  ne 
doit-il  pas  subir  quelque  retouche  ou  l'histoire  doit-elle  adopter, 
sans  y  rien  changer,  le  récit  des  Contmcfifaircs? 

Remarquons  d'abord  que  ce  livre  III  est  loin  de  nous  offrir  un 
tableau  complet  du  siège  ;  ce  sont  proprement  encore  des  «  sou- 
venirs »  (pie  l'on  V  trouve.  Moulue  a  raconté  certains  épisodes  et 
les  a  reliés  entre  eux  par  un  fil  plus  ou  moins  serré.  Son  récit  est 
très  inférieur  à  deux  chronicjues  italiennes,  qui  sont  les  sources 
narratives  les  plus  importantes  pour  l'étude  du  siège  de  Sienne. 
L'une  est  le  Diario  de  Sozzini,  l'autre  la  Relasione  de  Montalvo. 
Alessandro  Sozzini,  d'une  illustre  famille  siennoise,  né  en  i5i8, 
mort  en  1608,  fut  en  i55o  et  en  1556  au  nombre  des  Priori  com- 
])osanl  le  grand  conseil  de  la  Républicpie  et  en  1578  gonfalonier 
du  terzo  de  San  Maitino.  Pendant  le  siège,  il  était  secrétaire  de 
((  r()j)era  del  Duomo  »  ;  il  avait  été  t'Iu  à  ces  fonctions  le 
20  juillet  i554,  au  moment  précis  où  Moulue  arriva  à  Sienne;  il 
les  conserva  probablement  juscju'eu  i5()3.  Son  Diario,  rédigé  en 
1087  «  per  passar  tempo  e  fuggir  l'ozio  »,  contient  un  journal 
très  détaillé  des  événemenis  du  siège,  écrit  du  point  de  vue  sien- 
nois.  Dans  son  avis  au  lecteur,  Sozzini  dit  qu'il  a  appuyé  son 
ré'cil  sui'  les  (('moignages  verbaux  des  contemporains  et  aussi  sur 
des  documents  éciits  qui  lui  ont  été  communi(pi(''s  par  des  ac- 
teurs des  évéïHMuents  et  qu'il  a  transcrits  à  la  suite  de  son  jour- 
nal. La  cliiouicpie  de  Sozzini  est  une  ceuvre  très  remarquable  : 
à  la  pri'cisiou  niiiiutieuse  du  détail  elle  joint  un  charme  vc'ritable, 
une  saveui'  siennoise  ex(piise.  L'àine  de  Sienne,  mystique  et  fan- 
tîisrpie,  n-vit  d;uis  ces  jcigcs,  au[)rès  desrpu'lles  palissent,  il  faut 
la\<»uer,  les  uariMtions  soiivenl  dilfuses  cl  ii'aiuantes  de  Moiduc  '. 

I.   (JcUe   clM'(jiii(|ii(',   (luiil    le   titre  exact   est  :    //  siici'essit  délie  riroliicniiu 


LES    SOURCES     ITALIENNES     :     SOZZINI     ET    MONTALVO.  aSi 

—  La  Reld^ione  délia  (/iierra  <li  Siena  esl  la  plus  iinportanle 
des  sources  ttoreiitiues.  Son  auteur,  Aiilonio  di  Moiitalvo,  ué  en 
1627  à  Arevalo,  diocèse  d'Avila,  élait  un  Es[)a^uol.  Il  vint  à 
treize  ans  à  Flocence  avec  le  cai'dinal  de  Tolède,  fut  recommande^ 
à  la  femme  du  duc  Cosme  de  Médicis,  EI«';onore,  nièce  du  cai- 
dinal,  devint  valet  de  cliamhrc  du  duc  et  fut  par  lui  comblé 
d'Iionneurs,  Il  fui  le  pr<'miec  commandeur'  de  l'ordre  des  cheva- 
liers de  Saint-Etienne.  Lorsque  C-osme,  (mi  1070,  alla  se  faire 
couronner  t^rand-duc  à  Rome,  il  l'accompagna  en  (jualité  de 
majordome.  Il  mouiiit  en  juillet  loHi.  Sa  l'elation,  (|ui  conlicnl 
le  récit  des  faits  de  jan\ier  i'jô^  à  f(''\rier  lô.jO.  a  été  faite  d'après 
les  dépêches  (''chani'(''es  entre  le  duc  Cosme  et  le  (juailier  i;(''n('ral 
du  marv[uis  de  Maiinnan.  Hédi^('e  en  es|)ai^nol,  elh;  fui  traduite 
en  italien  par  (iarcia  di  Monlalvo,  fils  de  riiiilcur.  Malg'ré  son 
caraclère  apolo!^éti(pie,  elle  est  assez  impartiale.  L'auteur  a  voulu 
faire  œuvre  d'historien,  et  il  s'efforce  de  dé^a^ei-  les  causes  des 
événements  qu'il  raconte".  Il  importait  de  faire  connaftre  som- 
mairement ces  deux  soui'ces,  (jui  seroiil  souvciil  utilisées  dans  ce 
cha[)itre,  jiour  faire  voir  de  suite  à  (juel  laii;^  doit  ètr^e  placé  le 
récit  des  (lomnienlawes  dans  une  hihlioi^iaphie  criticpie  du  sièye 
de  Sienne. 

Les  premières  opérations  de  ce  sièi;e  fameux  remontent  au 
26  janvier  i554,  date  où  le  marquis  de  Mari^^nan,  général  des  Im- 
périaux au  service  du  duc  Cosme  de  Médicis,  s'em])ara  pendant  la 
nuit,  |)ai'  un  hardi  coup  de  main,  du  fort  de  Camollia,  au  noi'd  de 
la  ville.  Moulue  ne  (h'harcpia  (pie  vers  le  8  juillet  sur  les  C()tes  de 
Toscane  et  ne  prit  part  à  la  défense  (ju'à  partir  du  i4.  On  ne 
trouvera  donc  dans  son  livre  de  rensei^iiemeiits  (pic  sur-  les  ncid' 
derniers  mois  du  siènc,  lc(picl  dura,  en  fait,  (piiu/c  mois.  On  a 

(Iclld  citlù  (Il  Sic/Kl  <r iiiijn'fidli' J'raii:i's<'  »•  ili  franccsi'  ,inprri(di\  scrilto  il<t 
Ali'ssandfo  di  Girohiino  Soccini,  (ictdiliiorno  sancsc,  et  (|iii  s'étend  (l'août  l'jâi 
(avec  un  résiiiné  des  événements  antéiiciirs  remontant  au  déi.ut  du  siècle)  à 
mai  i555,  a  été  |)ul)liée  avec  une  inlécessantc  préface,  des  notes  criti(|ues  et 
d'autres  (•liroiii(|Mes  du  sièire  dont  il  sera  |)arlé  |)lus  loin,  pai-  (iakiano  .Mii.anes' 
au  t.   It  de  \'.\  /■(■/lU'Ki  storicd  ildluiiKi,    iS/|v. 

I.  lieldziduc  di'lld  (jiu'vra  di  Siena  di  dan  A/do/iio  di  Mo/dtdrn,  IradotUt 
dalld  sp'Kjiiolo  dit  don  (iarcia  di  Moiilafru  sua  Jirjliu,  ovi\  per  la  prima  voila 
puhlilioata  per  cura  e  cou  note  di  (Iksaiu:  Ricomanni  e  di  Fuancesco  (irotta- 
NKi.i.i,  cou   l'ag^iunto  di  documenti  inedili  e  di  apposita  prefa/.ione  di  Liciano 


232  LA    DÉFENSE    DE    SIENNE. 

déjà  VU  comment,  lorsqu'il  remania  sa  rédaction  primitive,  il  a 
ajouté,   en    s'aidant   de  Paradin,    un   début    au   livre   III,   où   il 
ra[)pelle  brièvement  les  faits  antérieurs  à  son  arrivée  en  Toscane. 
Dans  le  premier  état  des   Commenlaires,  le   récit  du   sièg-e  de 
Sienne  se  soudait  à  celui  de  la  jirise  de  Ceva  par  cette  transition 
vaçue  :  «  Or,  quelque   temps  après,   monsieur  le  mareschal  de 
Strossy,  qui  estoit  à  Sienne,  manda  au  Roy  qu'il  ne  pouvoit  ser- 
vir en  deux  sortes,  c'est  tenir  la  campai^ne  et  commander  dans 
Sienne;  et  qu'il  le  supplyoit  très  humblement  vouUoir  faire  eslec- 
lion   de   quelque  personnaige,   de  laquelle  Sa   Majesté  se  peult 
fier,  pour  y  commander  tant  (pi'il  seioit  en  campaigne'.  »  Et  le 
récit  s'ouvre  par  une  scène  à  yrand  effet.  L'auteur  nous  fait  pé- 
nétrer dans  le  conseil  du  roi  et  assister  à  la  délibération  où  il  fut 
choisi  pour  commander  à  Sienne.  C'est  une  occasion  pour  lui  de 
rappeler  avec  orgueil  l'afFection  que  lui  témoignait  le  roi,  «  son 
bon  maistre  »,  et  l'estime  où  le  tenait  son  ancien  chef  Brissac. 
Henri  II  a-t-il  lui-même  désigné  Monluc  et  évincé  les  autres  can- 
didats? Brissac  a-t-il  vraiment  insisté  pour  qu'on  lui  renvoyât  en 
Piémont  son  mestre  de  camp?  Nous  l'ignorons.  La  vive  imagi- 
nation i^asconne  de  l'auteur  doit  avoir  arrangé  la  scène.  Monluc 
paraît  avoir,  du  moins,  g'ardé  un  exact  souvenir  de  la  «  patente  » 
qui  lui  fut  envoyée.  Elle  portait,   en   effet,  que  Pietro  Strozzi, 
lieutenant  général  du  roi  en  Italie,  étant  contraint  de  sortir  de 
Sienne  où  le  tient  assiég^é  le  duc  de  Florence,  «  pour  aller  don- 
ner ordre  aux  affaires  des  autres  villes  et  places  du  Siennois  et 
exécuter  (juelques  entreprises  (pu  se  pourront  offrir  »,  le  roi  a 
fait  choix,  pour  commander  en  sou  absence  dans  Sienne,  en  qna- 
lité  (le   son   lieutenant  général,  de   <(   nostre   anié   et  féal  gentil- 
lioinme  de  nostte  chambre  Biaise   de  Montluc  »,  avec  pouvoir 
abs(jlu   sur  les  gens  de  guerre  à  pied  et  à  chexal  et  mission  de 
«  faire  tenir  avec  toutes  les  honnestes  persuasions  dont  il  se  pourra 
adviser  ladite  re{)ublique,  citoyens,  mauaus  et  habitans  de  ladite 
ville  en  union  parfaite,  amitié  et  bonne  inteli^cnce  les  uns  avec 
les  autres...  »'.  La  «  patente  »,  on  le  voit,  fixait  dune  fa(;on  très 


I.  B.  N.,  fr.  fioii,  f"  lof)  vo. 

■2.  l'ouvfiir  (te  lieutenant  à  Sienne  pour  le  sieur  de  Montluc  en  l'absence  du 
seiiCneur  l'ierre  Sirozzy.  (B.  N.,  (^lairainh.,  ydii,  F'>  :eiy,  copie  du  ilix-huitième 
sir.-le,  s.  I.  M.   .1.) 


RAISONS    DE    l'envoi    DE    MONLUG    A    SIENNE.  2.33 

précise  les  pouvoirs  militaires  et  administratifs  de  Moulue  et 
laissait  chiiremenl  eutendre  que  l'on  comptait  autant  sur  sa  dex- 
térité et  sa  souplesse  que  sur  son  expérience  des  choses  mili- 
taires. Il  est  dès  lors  très  vraisemblable  qu'une  discussion  se  soit 
élevée  dans  le  conseil  sur  le  point  de  savoir  si  le  caractère 
((  bizarre,  fascheux  et  colère  »  de  Monluc  le  dési;^•nait  pour  une 
cliarye  aussi  délicate.  Il  est  aussi  naturel  que  le  connétable  ait  été 
opposé  à  sa  nomination,  que  le  duc  de  Guise,  au  contraire,  ait 
parlé  en  sa  faveur. 

Ce  que  les  Commentaires  n'indiquent  pas,  ce  sont  les  raisons 
profondes  de  l'envoi  de  Monluc  à  Sienne.  La  «  patente  w  y  fait 
une  vag"ue  allusion,  qu'il  est  possible  de  préciser.  Assiégé  dans 
Sienne  depuis  près  de  trois  mois,  menacé  de  manquer  de  vivres, 
Pietro  Slrozzi  avait  conçu  un  plan  audacieux  pour  déifayer  la 
ville  :  il  avait  résolu  d'en  sortir,  de  tenir  la  campagne  en  \ivant 
sur  le  pays,  de  fortilier  les  piincipales  places  du  Sieniiois,  puis, 
tendant  d'inie  part  la  main  au  baron  de  Fourcpievaux,  qui  levait 
à  Parme  un  corps  de  secours,  composé  de  Grisons  et  de  Suisses, 
renforcé,  d'autre  part,  par  les  Allemands  de  (îeor^es  Reckenrot', 
(pii  attendaient  en  Provence  qu'on  les  embarquât  pour  la  Tos- 
cane, de  prendie  une  vig-oureuse  offensive  et  d'aller  «  faire  le 
gast  »  sur  le  Icrritoii'c  llorentin.  Ce  plan  hardi  et  grandiose, 
Strozzi  l'exécutera  en  partie'.  Voilà  pourcpioi  il  demandait  d'être 
suppléé  dans  Sienne.  Peut-être  aussi,  d'ailleurs,  n'était-il  pas 
fâché  de  se  décharger  du  g-ouvernemeut  de  la  ville  et  de  passer  la 
main;  peu  souple  de  sou  naturel,  autoritaire  et  violent",  il  avait 

i.  C'est  «  le  t\iiicroc  «  de  Monluc.  J'aflopte  pour  sou  iioui,  ijui  j)araîl  avf)ir 
été  un  uoin  de  t^uerre,  la  forme  donnée  dans  un  niandeinenl  au  trésorier  de 
l'épargne  du  1 1  Janvier  lô/jo.  (Arcli.  Nat.,  Iv.  87,  n^  i/j,  nriu;-.  —  Cf.  Cutdliujue 
(les  actes  (le  Fronrois  [«>',  IV^  n»  11802.) 

•'-.  Il  l'a  lui-niènie  e.\|)os('' dans  un  mémoire  justitiratit'  cpi'il  adressa  à  lleni'i  II 
apr-ès  la  d(''laile  de  Mareiaiio.  (le  UH-mnire  a  ele  puhlii'  en  it»o('»  à  N'enise  par 
livHToi.oMMicii  ZrccMi,  [(lea  del  Se'jretdfio,  et  de  nouveau  par  Oa.mim,  Vild  di 
Cosi/iii)  .\/ii///ni,  I  I  H'cnce,  i8o5,  p.  553.  Il  en  existe  plusieurs  copies  à  la  Biblio- 
thèque (■  )mmunale  de  Sienne  (K,  VI,  21,  fo»  194-200)  et  une  traduction  fran- 
çaise sous  le  titi-e  suivant  :  Discours  de  M''  Pierre  S/rossi,  nuire<hril  de 
France,  sur  la  perle  de  la  Ixitaille  de  Mai-ciauo,  à  la  Bihl.  Nat.,  fonds  l)u|)uy, 

500,    fos    3()-42. 

'^.  Le  .'')()  avril  i555,  le  «jouverneur  de  Grossetto,  des  Ursins,  se  plaignait  au 
connétaiile  cpie  Strozzi  avait  plusieurs  fois  usé  à  son  égard  «  de  faicts  et  paroles 
convenables  à  vailel   ».  (B.  N.,  Clairamb.,  348,  fo  88,  copie.) 


2.34  I-^^    nKFENSE    DE    SIENNE. 

vile  niéc(»iit(Milé  les  Sioniiois.  (  )ii  lui  rcprocliail  ses  aii^^res  dis- 
putes a\ec  le  caidiual  Ippolilo  de  Ferrare,  qui  avait  partagé 
quelque  temps  avec  lui  sa  cliarye  et  avait  dû  lui  ahaudouuer  la 
place.  Strozzi  avait  donné,  assurément,  des  preuves  suffisantes 
de  sa  haine  contre  Florence;  à  Sienne  on  lui  en  voulait  pourtant 
d'être  florentin  et  l'on  admettait  mal  que  ce  «  fuoruscito  »,  qui 
n'était  en  somme  qu'un  aventurier,  piétendît,  même  au  nom  du 
roi  de  France,  régenter  la  répid)lique.  11  comprit  tout  cela  et  ce 
lui  tut  une  raison  de  j)lus  de  demander  à  être  remplacé.  Il  se  sen- 
tait déjà  usé;  un  autre  serait  peut-être  plus  heureux  que  lui  pour 
gouvenwr  ces  iug-ouvernahles  Siennois. 

Ce  que  Moulue  a  aussi  oublié  de  dire,  —  et  l'oubli  est,  eu  nu 
sens,  plus  g-rave,  —  c'est  qu'il  désirait  vivement  aller  à  Sienne  et 
qu'il  trembla  quelque  temps  de  n'y  être  pas  envoyé.  Son  état  de 
santé  put  le  lui  faire  craindre  sérieusement.  L'envoi  de  Moulue 
était  décidé  au  début  de  mars;  le  17,  l'évêque  de  Lodève,  Domi- 
nique du  Tiabre,  alors  trésoriei-  des  armées  à  Ferrare,  écrivait  au 
connétable  (ju'ou  se  félicitait  en  Italie  d'un  tel  choix'.  A  ce  mo- 
ment Moulue  avait,  comme  il  le  raconte,  reçju  à  Xs;en  le  courrier 
du  roi,  (jui  l'y  avait  trouvé  malade  «  de  plusieurs  maladies  ».  II 
s'était  pourtant  mis  en  route;  mais  à  Toulouse,  il  avait  dû  s'ar- 
rêter, revenir  par  eau  à  Ag-en  et  «  s'y  jeter  entre  les  mains  des 
médecins  »  qui,  sur  sa  demande,  lui  firent  subir  un  traitement 
éuerg-ique  :  eu  six  jours,  ils  lui  administrèrent  sept  mt'deciues  et 
lui  arrachèrent  deux  dents.  (]vs  détails,  (pii  contirnuMil ,  en  les 
précisant,  ceux  des  (Jof/ir/wnfdir'cs.  sont  tirés  diiiie  lettre  qu'il 
adressait  le  28  mars  au  connétable  :  «  A  présent,  écrivait-il,  je 
me  trouve  alég-ay  de  plus  de  la  moitié  de  mes  maulx,  et  ne  me 
reste  plus  que  ung-  mal  d'estomach,  dont  les  médecins  m'asseu- 
reul  (pie  bienliU  eu  seray  dehors.  Mardv  ilz  me  vueilleiit  mettre 
à  la  diette  j)our  huict  jouis,  el  apiès  m'asseureut  qneje  pouiray 
faire  service.  »  Et  il  ajoutait  :  «  Monseigneur,  je  n'ay  jamais  eu 
bien,  h(»ui)eur  uy  advancement  des  roys,  père  et  fils,  que  par 
vostr(;  moyen.  Je  vous  supplie  très  humblement  (jue,  si  le  roy  n'a 
matulé  encore  personne  à  Sienne,  le  gardei"  (pi'il  ne  change  de 
volonté,  el  m'y  mender '.  »  Il  oubliait,  on  \o  \(»il,   ses  rancunes, 


1.  Corresp.  polit,  di'  Dinnitiif/iit'  du  Gahre,  \n\\)\.  p.ir  A.  Viivi.is,  i()()3,|).  ()'^. 

2.  .Moulue  au  conuélablc,  An<'n,  ^3  mars  1  ;'»;"»/(  (1\  ,  y). 


LE     «     SECOURS     DE    FRANCE     ».  2.35 

se  faisiiil  petit  devant  le  tont-[)iiissaiit  coiiiK'table  et  s'efforçait 
par  ses  assurances  d'enij)ècher  que  celte  charge  de  lientenanl  de 
roi,  cette  aubaine  ina^^nifique  et  peut-être  inespérée,  passât  à  un 
autre.  Il  est  fâcheux  (pie  dans  son  livre  il  ait  nég-Iigé  ce  détail, 
précieux  pour  la  connaissance  fie  son  caractère. 

Henri  II  était  à  ce  moment  ti'ès  déci(l('  à  tenter-  nn  sérieux 
effort  pour  sauver  la  ville  (pie  d(q)uis  deux  ans  il  avait  [)rise  sous 
sa  protection  '.  Au  moment  où  il  allait  d(''si^ner  Moniuc,  il  écri- 
vait à  ses  aisl'ents  à  Rome,  le  cardinal  du  Bellay  et  Lanssac  :  ((  Je 
fais  embarquer  sur  mes  galères  et  vaisseaux  poui'  all(M"  descendre 
en  la  marine  du  Siennois  les  trois  mille  lans(juenets  du  capitaine 
llo(pierol,  six  enseignes  des  vieilles  bandes  fian(;oises  (pii  ont  fait 
le  vovai^e  du  Levant  sui'  mes  tj;al(M'es  et  estoieut  dedans  Saint- 
Florent,  et  deux  bandes  italiennes' ))    Le  28  avi-il,  il  répiMait 

la  nouvelle  au  cardinal  d'Armagnac  -K  On  la  savait  à  Sienne  et 
l'on  y  attendait  déjà  le  secours  de  France  ^  Le  comte  de  Bisque 
avait  été  envoyé  en  Suisse  pour  y  lever  qiuitre  mille  Grisons; 
P^)urquevaux  réunissait  des  troupes  à  Parme  et  à  la  Mirandole  -\ 
De  jour  en  joiu"  on  attendait  à  Marseille  la  Hotte  barbaresque; 
Henri  II  a\ait  obtenu  le  concours  du  be^lerbey  Salali  Raïs  pour 
renforcer  le  Ijaron  de  La  (îarde  et  remplacer"  les  i^al(''res  (bdail- 
lantes  de   Dragut,    amiral  de   Soliman    II".   .Mctrduc   avait  eu    le 

1.  C'est  le  28  janvier  i.'J52  que  tut  sïiçik;  le  h'aitéd'jilli.uicc  <•!  de  pnjlection 
ciitic  Henri  II  et  la  ré|)uhli(]ue  de  Sienne.  (B.  N.,  Clairand)..  i'/j"),  [o  43,  copie.) 

2.  Henri  II  au  cardinal  du  Bellay  et  à  Lanssac  [mars].  (Hnni:H,  H,  ."jiO.) 

3.  Instruclion  de  Henri  II  au  cardinal  d'Armagnac,  Anet.    l'H   avril.   {Ihid., 

r)i7-r)i8.) 

4.  Barloloinniei)  (lavalcanli  au  duc  de  l'ai'iiic,  Sienne,  18  a\ril.  [Ij'lti'n-  di 
(^avdlcdiili,  p.  60.) 

5.  Voir,  sur  ces  préparatifs  et  sur  les  bonnes  dispositions  de  la  cour  à  l'étfard 
des  Siennois,  les  leltr.>s  de  Claudio  Toloniei,  ambassadeur  de  la  r(^publi<pie  au- 
près de  Henri  II,  du  27  avril  et  du  l\  mai.  [Alciine  l('/ti'/-r  jjolilic/ie  di  (Udiidio 
Toloinfi,  vpsrovo  di  Toloiie,  srritte  alla  repubblicfi  di  Sii'iut ,  puhl.  par 
L.  Bwcni,  i)er  nozze  Pia  ToliMiiei-Alessandro  Sanscdoni,  Sienne,  18O8,  in-8t> 
de  50  |)p.,  pp.  17,  rf)-20.)  Tolomei  ('crit  (jue  le  roi  monti'e  le  plus  i^i'and  zèle  et 
(pie  la  reine  contribue  de  ses  deniers  particuliers  à  l'entreprise  de  Sienne. 

().  Le  3o  avril,  le  capitaine  La  Salle  était  parti  de  Marseille  avec  l'andjassa- 
deur  de  Dra^ut  pour  <i  haster  de  tant  plus  le  partemcnl  i\i-  l\ivu\rf  dudit  Argier  ». 
(B.  N.,  Moreau,  7H8,  fo  .5.5,  cité  par  Lv  Uoncikrk,  ///.s7.  dr  lu  Marine  fran- 
i''irse,  III,  |).  02O,  n.  1.)  —  Le  marché  passé  entre  Henri  II  cl  Salali  Haïs 
tut  annoncé  de  Bruxelles  le  4  et  le  11  juin  par  lainhassadcur  anglais  J(dni  .Ma- 
siine  (S/(ili'  jxipers,  Murij,  nos  2i.5-2i8). 


236  LA    DÉFENSE    DE    SIENNE. 

temps,  comme  il  en  exprimait  l'espoir  dans  sa  lettre  au  conné- 
table, de  rejoindre  à  Marseille  les  Allemands  de  Georg-es  Recken- 
rot  et  les  débris  des  bandes  françaises  et  italiennes  rentrées  en 
France  après  la  reprise  de  la  Corse  par  André  Doria  (février  i554  ), 
qui  allaient  former  le  corps  de  secours  pour  Sienne.  Il  dit  exacte- 
ment qu'il  ne  trouva  pas  La  Garde,  parti  «  pour  aller  en  Alg-er 
fere  avec  le  roy  d'Aller  qu'il  lui  baillast  son  armée  »  '.  Le  i6  mai, 
une  frégate  marseillaise  sortit  à  la  recherche  de  La  Garde,  avec 
l'ordre  urgent  de  revenir  sur  les  côtes  de  France  pour  embarquer 
le  secours^.  Le  baron  était-il  informé  déjà  qu'il  avait  à  remplir 
cette  mission?  Resta-t-il  volontairement  en  mer,  croisant  devant 
les  côtes  espagnoles,  pour  retarder  l'envoi  des  renforts  promis  à 
Pietro  Slrozzi,  par  animosilé  personnelle  contre  son  frère  Leone, 
prieur  de  Capoue,  nonnué  en  mars  général  des  galères  d'Italie? 
Ou  voulait-il  simplement  attendre  la  flotte  turque  de  Dragut  afin 
d'avoir  des  forces  suffisantes  à  opposer  à  Doria  ^?  Moulue  indi- 
que cette  seconde  raison;  la  première  a,  d'ailleurs,  influé  aussi 
sur  l'attitude  du  baron  S  Quoi  qu'il  en  soit,  la  flotte  de  La  Garde 
et  r<(  armée  »  d'Alger,  (pii  «'tait  à  Majorque  dès  les  premiers 
jours  de  mai  %  n'appioclia  pas  des  côtes  de  Provence  avant  le 
mois  de  juin  ''.  L'annonce  du  secours  avait  jeté  le  désarroi  parmi 
les  Impériaux,  qui  songèrent  même  à  lever  le  siège  de  Sienne^. 
Mais  ces  atermoiements  compromirent  le  succès  du  plan  de 
Slrozzi,  à  qui  l'on  avait  pioniis  (juc  les  renforts  seraient  le  lo  juin 


1.  Moulue  ciiiijloic  ici  le  mot  a/7/(fV' dans  le  sens  di'  Jlolfe.  Cf.  rilalien  nrriKi/a 
et  l'espai>iioI  (U'inada. 

2.  La  lioNciicRE,  ojt.  cit.,  lit,  âaC),  ii.  /(. 

3.  Charles-(Juint  à  son  frère,  8  juin.  (IjANZ,  III,  O27.)  —  L'év'è(]ue  d'Arras  à 
Simon  Itonard,  ig  juin.  [Pap.  d'Etat  de  GranveUe,  IV,  261.) 

/|.  Voir,  sur  cette  question,  les  historiens  italiens  qui  accusent  La  Garde  : 
Aldo  Manuzio,  Vita  di  Cosimo  dr'  Medici,  i58(>,  p.  117,  et  .Montalvo,  fieta- 
zioJie,  p.  70.  Le  dernier  biographe  de  Pietro  Slrozzi,  M"''  Annita  (loppini,  a 
adopté  leur  oi)inion  {l'irro  Stro::l  nell'  ossedio  di  Sieiia,  1902,  p.  109).  La 
haine,  d'ailleurs  jusiitiée,  (pie  La  Garde  portail  aux  Slrozzi  la  rend  très  vraisem- 
blable. Cf.,  sur  les  causes  de  cette  liaine,  La  RoNciKUii,  op.  cit.,  III,  4i3-4i4' 

.5.  Tolomei  à  la  rc-publiipic  de  Sienne,  Paris,  4  mai.  {Aie.  lett.  polit,  di 
Cl.  Tolomei,  p.  ig.) 

6.  Odet  (le  Selve  à  Henri  II,  Venise,  3  juin.  [N^qoc.  de  la  Fr.  avec  le  Levant, 
H,  3. g.) 

7.  Dr  Wotton  à  sir  William  i'ctrc,  Heims,  \!\  juin  [et  mm  Juillet^.  {State 
papers,  Afari/,  n"  2^3.) 


DÉBARQUEMENT    A    SCAKLI.NO    (JUILLET     l554)-  23/ 

à  Porto-Ercole '.  Le  26  mai,  Eiiea  l^iccolomiiii,  yentillioiiime  sicii- 
nois  envoyé  par  la  république  pour  presser  l'envoi  du  secours, 
quittait  la  cour  et  venait  rejoindre  Monluc  à  Marseille^.  Dans  les 
derniers  jours  de  juin  seulement,  les  troupes  embarquaient  à 
Toulon.  La  traversée  eut  lieu  sans  autre  incident  que  la  capture, 
près  de  l'île  d'Elbe,  de  huit  ou  neuf  transports  de  blé  de  Sicile, 
fait  noté  [)ar  Monluc,  confirmé  par  une  d«'q)èclie  de  Peter  Vannes, 
ambassadeur  anglais  à  Venise^.  Le  6  juillet,  les  vingt-six  galè- 
res du  baron  de  La  Garde,  accrues  de  quatorze  g^alères  et  de 
seize  bâtiments  légers  de  Salah  Raïs,  étaient  en  vue  île  Porto- 
Ercole  '^. 

Moiduc  est  le  seul  historien  qui  place  le  débarquement  à  Scar- 
lino,  «  où,  dit-il,  monsieur  le  mareschal  estoit  avecques  son 
camp  ».  Sozzini  ne  précise  pas  le  lieu;  Iloftia  inditpie  i\»rlo- 
Ercole  \  Dominique  du  Gabre,  dans  une  dépêche  du  11  juillet, 
donue  la  même  indication  ^.  Mieux  informé,  l'ambassadeur  an- 
glais à  la  cour  de  France,  D'  Wotton,  écrivait  le  29  que  le  se- 
cours avait  débarqué  près  de  cette  place  "^ .  Monluc  en  donne  la 
raison  :  «  A  cause  que  le  marcquis  de  Marignan  avoict  son 
camp  près  du  chemin  qu'il  nous  failloicl  tenir  pour  allei-  à 
Sienne.  »  Les  Impériaux  avaient,  en  effet,  occupé  au  début  de 
juillet  la  route  de  Rome,  pour  barrer  de  ce  côté  le  passage  au 
renfort  attendu'^.    Ils    l'évacuèrent,    d'ailleurs,    bientôt,    quand 

1.  B.  N.,  Dupuy,  5oo,  f"  35.  — •  Lanssac  écrivait  de  Sioime,  le  2  juillet,  ijuc 
«  le  retardement  de  ladite  armée  ilc  mer  a  retardé  d'un  moys  »  les  desseins  de 
Stiozzi.  [Corresp.  polit,  de  M.  de  L(inss<ic,  publ.  par  Cu.  Sauzé  de  F^moumeau, 
1904,  I,  427.) 

2.  Tolomei  à  la  républitiue  de  Sienne,  Soissons,  12  juin.  [Op.  cit.,  p.  21.) 

3.  Peter  Vannes  au  conseil,  Venise,  i3  juillet.  Vannes  donne  le  chiftre  de  sept 
navires  impériaux.  [State  jxipers,  Miii-ij,  no  237.)  Le  fait  est  aussi  mentionné 
par  GoHMiER,  lieniin  (jesfdvuni  Heiwici  II  libri  t[nin(iiH',  i584,  1"  iiy  r"- 

4.  La  Roncière,  op.  cit.,  III,  520,  n.  6.  —  Une  dépèche  de  John  Masone,  du 
4  juin,  abaisse  le  nombre  des  navires  barbarescjucs  â  vingt,  dont  huit  galères  et 
douze  flûtes  et  brigantins.  {State  papers,  Marij,  n"  21 5.) 

5.  Dans  ses  lîurconti  délie principuli  fa: iuni  délia  giierra  di  Sie/ia,  publ. 
par  MiLANESi  au  t.  II  de  VArcliiu.  stor.  il(d.  (p.  50i).  C'est  une  relation  Horeu- 
tiue  des  campagnes  de  Strozzi  e(  de  Marignan  ilans  le  \'al  di  Nievolc  cl  le  \  al 
di  (^hiana  en  juin-juillet  i554,  très  détaillée,  mais  sujette  à  caution. 

G.  (iabre  à  Uomeuico  d'Achille.  [Corresp.  polit,  de  Gidjre,  p.  (j5.) 

7.  U'"  Wotton  à  la  reine  Marie,  Compièguc,  2(j  juillet.  {State  pupers,  Mari/, 
no  243.) 

8.  RoFFiA,  p.  56 1. 


238  LA    DÉFENSE    DE    SIENNE. 

Pietro  Strozzi  eut  repris  Ciina,  dont  ils  s'étaient  emparés  '.  II  né 
paraît  pas,  du  moins,  que  ce  dernier  eut  son  camp  à  Scarlino 
(piand  eut  lieu  le  débarquement.  Vn  document  prouve  que  le 
8  juillet  il  était  encore  à  Montalcino  ;  à  celte  date,  le  secours  de 
France  avait  atlei'ri'.  Moulue  commet  une  seconde  erreur  en 
plaçant  la  m<u-t  du  prieur  de  (]a[)oue,  Leone  Strozzi,  deiu' ']ours 
avant.  D'après  Roftia,  c'est  le  24  juiu  (ju'eut  lieu  l'événement; 
une  délibération  des  Huit  de  la  ^^uerre  du  283'  fait  allusion -^ 

Le  corps  français  débarqué  se  mit  en  marche,  par  la  Maremme, 
vers  Buoncouvenio  où,  dit  Monluc,  «  tout  le  canqi  feust  assem- 
blé ».  C'est,  eu  effet,  dans  cette  place,  située  sur  les  bords  de 
rOndîrone,  (pie  Sti'ozzi,  avant  de  s'eujyi-at'er  dans  la  vallée  de 
l'Arbia  pour  maicher  vers  Sienne,  concentra  ses  troupes,  les 
Grisons  de  Fouivpievaux  (pi'il  était  allé  cliercliei'  en  juin  sur  les 
confins  du  Lucquois,  le  nouveau  renfort  français  et  un  corps  de 
Florentins  Iev(''  par  Bindo  Altovili  ^.  Les  Grisons  et  les  Italiens 
formèrent  l'avaut-narde.  Monluc  était  parti  en  avant  avec  Strozzi 
et  Fourquevaux;  et  tous  trois  entrèrent  dans  Sienne,  où  ils  dînè- 
rent chez  Lanssac,  ambassadeur  de  France  à  Rome,  (pii  s'y  trou- 
vait depuis  le  j."^  j"in  \  Les  Coniinentairps  oublient  de  nous  dire 
(pie  Strozzi,  se  défiant  de  riuexpérience  de  Monluc  et  de  son 
ig-norance  des  «  humeurs  et  manière  de  vivre  »  des  Siennois, 
avait  prié  Lanssac,  qui  avait  été  mêlé  aux  négociations  de  la 
république  avec  la  France,  de  venir  de  Rome  à  Sienne  pour  aider 
de  ses  conseils  le  nouveau  lieulenanl  de  roi  ''.  L'arrivée  de 
Moulue  eut  sans  doute  lieu  le   12". 

1.  Mll«  (l()[)|)iiii  so  tonde  sur  le  silciico  de  Monluc  au  sujcM  de  la  prise  de  Cuua 
pour  ]»rouvcr,  contre  Montalvo,  IloFHa  et.  Nini,  (jue  ce  fait  fut  antérieur  à  l'ar- 
rivée du  corps  tranchais.  [Op.  rit.,  p.  loô.) 

2.  I^e  8,  le  capitaine  Landuecio  I^aiiducci  a|)|)()rlail  à  Sienne  à  I-lol)erto  Strozzi, 
(|ui  commandait  en  l'absence  de  son  iVric.  la  nouvelle  de  la  descente.  Le  11, 
arrivait  à  son  tour  t^iea  Piceoloniini,  «  ed  era  shareato  a  nostri  porti  con  l'ar- 
niata  di  .Marsi<;lia  e  d'Aliii-eri  ».  (Sozzini,  ])p.  afx)  el  2G1.)  Strozzi  place  le  débar- 
«picnient  le  11  dans  son  Discours  déjà  cit(''  (|{.  N.,  Dupuy,  5oo,  f"  30). 

\\.  t\oKn A,  p.  fjOQ.  —  .\rch.  d'iital  de  Sienne,  Dehhpracinni  degli  Oltn  di 
Rf(f(jimi'nl(t,  (M^XXX,  f"  201.  —  Vv.v.va  |)lace  le  fait  le  20.  [Meinorii'  slorico- 
rrilirlte  di  Sieiiii,  W ,  1,^0.) 

4.   La  nouvelle  en  arriva  le  9  à  Sienne.  (Sozzini,  p.  2()o.) 

^i.  Sozzini,  p.  2/(0.  —  l^anssac  au  roi.  Sienne,  :>.  juillet.  {Corresp.  de  M.  de 
LaiissdC,  I,  42O-/127.) 

0.   Lanssac  au  coiuir-lablc.  Home,  <)  juin.  {Ihid.,  I,  /|2.'i.) 

7.   C'est  ce  jour-là  ipn'  SdzziM  Mieritinmic  l'arrivée  de  Strozzi  (p.  2O2).  .Monluc 


l'escarmouche  de  sant'  ahhonuio  ii/j  .iuill.    i554j-      289 

Ici  se  place  le  j)reinier  épisode  sur  livpiel  il  s'est  étendu  avec 
complaisance  :  l'escainiouclie  de  Sanl'  Abhoiidio.  Le  marrpiis  de 
!Maiiii;naii,  après  avoir  occupe'  la  rcuile  de  Rome,  s'était  replié 
vers  Sienne  et  avait  son^'e'"  à  s'emparer  des  [)osilions  au  sud  de  la 
ville  pour  barrer  au  moins  là  le  passade  au  corps  de  secours'. 
Mais  à  l'approche  de  Sirozzi,  il  avait  évacué  le  faubourj^'  de  San 
Lazzaro,  eu  avant  de  Porta  Romana,  et  s'était  retiré  au  nord 
de  la  ville,  dans  son  (piartier  ^'énéral  de  Palazzo  de'  Diav(»li", 
laissant  seulement  (pii'hpies  troupes  dans  les  forts  de  Monistero 
et  de  Sanl'  Ahhondio.  Le  duc  Cosme,  indii^ui'  de  cette  reculade, 
donna  l'ordre  à  son  i^éuéral  de  reprendre  l'ofilensive.  Le  corps  de 
secours  arrivait  [)ar  la  vallée  de  la  Tressa.  Pour  lui  faciliter  l'en- 
trée, Strozzi  lit  sortir  de  Sienne,  dans^  la  nuit  du  12  au  i.'^,  envi- 
ron trois  cents  arquebusiers,  (|ui  occupèrent  le  couvent  de  Sanl' 
Abbondio,  ((  uui^  monastaire  de  nonains,  disent  très  exactement 
les  (Utninienldirps,  piès  Saint-MaiT,  qui  est  un<f  aultre  monas- 
taire de  relii^ieux  » -',  après  avoir,  dit  Sozziiii,  yuéri  de  tout  mal 
les  cin([uan(e  soldats  malades  qu'v  a\ait  laissés  le  inaripiis  ^.  Le 
lendemain,  c(!s  arijuebusiers  furent  renforcés  de  trois  compa^^nies 
d'infanterie,  celles  des  capitaines  Giusliniano  da  Faeuza,  Fedc- 
ri<^(}  Montauto  et  Bartolommeo  da  Pesaro  :  Monluc  s'est  souvenu 
seulement  du  dernier.  On  commença  à  fortiliei"  Saut'  Abbondio 


n'ciitr;!  ddnc  pns  dans  Sieniic  le  a8  ou  le  29,  coiiimc  ra\aiicc  de  Uiihic,  ([iii 
place  |)ar  erreur  le  i  :^  août  le  cdinhat  de  Marciano  (jui  eut  lieu  le  ■>.  I^a  note  1 
de  la  p.  4ôa  du  t.  I  de  sou  éd.  repose  toute  sur  ce  ^ros  lapsus,  et  Monluc  ne  se 
tr()ni|)e  pas  en  disant  plus  loin  (pie  le  :>.  août  il  y  avait  (piatorze  ou  (piinze  jours 
([u'il  était  arrivé  à  Sienne. 

1.  Peter  Vannes  au  Conseil,  \'enise,  l'f  juillet  (S/a/r  pupers,  M<ifi/,  no  ^l^y). 

2.  I^e  Palazzo  de'  Diavoli  dresse  encore  aujourd'hui,  sur  la  Strdda  Jioren- 
tina,  sa  tour  carrée  de  l)rii|ues,  à  1   kiloin.  environ  de;  Sienne. 

3.  Le  couvent  de  Saut'  Ahhondio  appai'tenait  aux  Gesuale;  elles  avaient  alors 
|)our  protecteur  le  cardinal  d'Arnia^iiae  (le  cardinal  d'Arinaunae  aux  Huit  de  la 
guerre,  Rome,  (1  noveinhre  \\û)[^.  Arch.  d'r>lat  de  Sienne,  Leltcrt'  (l'jli  Ollo,  (i). 
Quant  au  monastère  de  Saiut-.VIare ,  c'est  l'ahhaye  de  Saint-JMin-ène ,  appelée 
aussi  .l/y«/.v/e/'o  J'uori  porta  San  Marcn  depuis  (pie  Pie  III  l'avait,  en  i/|7(.|, 
réunie  à  la  paroisse  San  Marco  de  Sienne  (cf.  //  fi-n-ilni-io  di  Mniiislci-o  illiis- 
trafo,  Siena,  i856,  p.  2O). 

4.  SozziNi,  p.  2C2.  —  [j'occu[)ation  de  Saut'  Ahhondio  est  mcMitionnée  en 
termes  semhlables  dans  l)n:(;o  uv.  I"'l:i;.mi;s,  La  coïKiiiisIa  ili  St'/ia  /rtiriiictiia 
(le  (liiwrsas  parles  de  lengua  toscana  en  nnestro  rntijar  raslellarn),  imprimée 
à  la  suite  tle  V flishiria  del  fortissinio  1/  prndentissi/no  rapitan  don  Iler- 
nando  deAralos,  niartfiies  de  Pescara,  Anvers,  rôyo,  f"  5i  vo,  ouvraye  utilisé 
souvent  par  lirantùnie. 


24o  LA    DÉFENSE    DE    SIENNE. 

et  Lanssac  demanda  à  Strozzi  de  lui  envoyer  des  pionniers'. 
Dans  la  soirée,  les  Impériaux  tentèrent  contre  la  position  une 
attaque  qui  fut  repoussée". 

Le  i4  au    matin,  le  marquis  quittait  Palazzo   de'  Diavoli  (le 
Palais  c/n  Diaii  de  Monluc),  emmenant  avec  lui  ses  Allemands 
et  ses  Espai^nols,  en  tout  quatorze  enseignes,  dit  Sozzini.   Les 
Impériaux  contournèrent,  au  nord-ouest  de  la  ville,  le  poy'yio  de 
San  Prospero  et,  par  le  vallon  de  la  Tressa,  descendirent  vers 
Monistero  et  Saut'  Ahbondio.  La  narration  des   Commentaires, 
très  minutieuse  et  riche  en   petits  détails,   n'apparaît    pas   très 
claire.  Pour  la  comprendre,  il  importe  de  l'étudier  sur  les  lieux 
et  de  se  faire  une  idée  nette  du  théâtre  de  l'action.  L'escarmouche 
s'est  déroulée  à  l'ouest  de  la  ville,  en  avant  des  portes  San  Marco 
et  Tufi,  dans  les  prés  qui  bordent  la  Tressa  et  sur  les  pentes, 
couvertes  de  viij;^nes,  comme  au  seizième  siècle,  des  coteaux  de 
Monistero.  Le  «  palassot  »  dont  parle  Monluc  est  le  Palazzetlo 
Tolomei;  le  petit  oratoire  «  au  coing-  des  viennes  tirant  à  Saincte- 
Bonde  et  à  Sainct-Marc  »  est  la  petite  ég"lise  Saint-Charles,  dont 
on  montre  encore  la  place  auprès  du  pont  où  passe  la  vieille 
route  qui  mène  de  Porta  San  Marco  à  Monistero.  Monluc  appelle 
cette  route  «  le  grand  chemin  ».  Les  Siennois,  que  commandaient 
le    Bolonais    Cornelio    Bentivoyiio   et    Francesco    Chiaramonti, 
occupaient  le  Palazzetto  et  Sant'  Abbondio.  Les  Impériaux  s'ap- 
puyaient sur  la  position  de  Monistero,  que  Monluc  appelle  tou- 
jours «  leur  fort  de  Sainct-Marc  »,  où  ils  avaient  mis  en  batterie 
quatre  petites  pièces  ^.  Ce  dernier  détail  est  confirmé  par  Sozzini. 
Quant  aux  troupes  de  Strozzi,  elles  n'étaient  pas  sur  le  théâtre 
de  l'action  :  «  Monsieur  le  mareschal,  dit  Monluc,  qui  estoit  de 


1.  Lanssac  à  Pictro  Strozzi,  [Sienne],  i3  juillet  (Corres/).  de  M.  de  Lanssac, 
1,429). 

2.  Sozzini,  |).  203. 

3.  Ces  explications  sont  nécessaires  pour  comprendre,  par  exemple,  la  phrase 
suivante  :  «  Ceux  qui  estoinct  sortis  de  Sainct  Marc  [les  Impériaux  de  Monis- 
tero] se  rclirarent  aussi  en  haste,  et  en  ramenarent  les  (juatre  petites  pièces, 
desquelles  ilz  hatloinct  Saincte-Bonde,  dens  leur  fort  <le  Sainct-Marc  [^entendez  : 
évacuèrent  les  (juatre  petites  pièces  qui  étaient  dans  leur  fort  île  Monistero].  » 
I,  4^'ï-  —  Li<^  marquis  occupait  ce  fort  dejiuis  le  mois  d'avril.  Cavalcanti  écri- 
vait (le  Sienne,  le  i.^,  au  duc  de  t^irmc  :  «  I  nemici  non  ccssano  di  fortiticaisi, 
et  di  nuovo  fanno  un  forte  a  Monistero,  viciuo  a  Porta  S.  Marco  un  nii^iio.  » 
(LeU.  di  (Javalca/ui,  p.  O2.) 


ÉTUDE    CRITIQUE    UU    RÉCIT    DE    MONLUC.  2^1 

I  aultre  cousié  de  la  porte  Saiiict-Marc,  en  ers  valona  qu'il  1/ 
a...  '  »  Il  s'ai^il  des  vallons  (jiii  se  creusent  à  l'est  de  Sienne, 
entre  Porta  Tuti  et  Porta  Ovile.  Les  (irisons  de  Fourquevaux 
étaient  derrière  le  Palazzetto,  nias(jnés  par  la  hauteur  qui  les  cou- 
vrait du  feu  de  l'artillerie  impériale'.  Quant  aux  Gascons  et  aux 
Allemands,  ils  étaient  restés  en  arrière,  attablés  à  boire  sur  le 
i;ian(l  rliemiu,  c'est-à-dire  ici  sur  la  route  encaissée  et  fraîche  qui 
lon^c  l'Arbia.  Ils  refusèrent  de  marcher.  Monluc  n'avait  avec  lui 
(pie  S(jn  fidèle  Gharry  et  trente  bons  soldats,  «  [)resque  tous  les- 
quelz  estoinci  çentilzhommes  ». 

On  peut  maintenant  distinguer  trois  parties  dans  la  narration 
des  Cominentdires  :  l'arrivée  de  Monluc  sur  le  lieu  de  l'escar- 
mouche et  la  première  charg-e  faite  par  les  Siennois  de  Mario  de 
Santa-Fiore  ralliés,  qui  se  termina  par  la  reprise  de  deux  petites 
maisons  sur  la  vieille  route;  l'entrée  en  lii^ne  des  Grisons,  appe- 
lés [)ar  Monluc  pour  soutenir  les  Siennois;  enfin  la  charge  finale 
(pii  amena  la  i'(;traite  des  Imj)ériaux. 

Sozzini,  Montalvo  et  Diego  Fuenles,  l'auteur  de  Ld  rofu/uistd 
de  Sena,  ont  aussi  raconté  l'escarmouche  de  Sanl' Abbondio -\ 
A  leurs  récits,  on  peut  joindre,  pour  être  complet,  la  chronique 
inédite  de  Teofilo  Gallaccini  ^  Aucune  de  ces  relations  ne  cite 

I.  On  voit  ([lie  Monluc  se  rend  conipte  ici  ([ik;  Strozzi  avait  de  nouveau 
(|uilté  Sienne,  l'y  laissant.  tMus  haut,  il  a  iniai'in(''  de  toutes  pièces  un  dialoi^ue 
(|ni  su|)i)Ose  (ju'il  ('tait  rest(;  dans  la  ville.  Sozzini  dit  (ju'il  était  retourné,  le 
soii'  (lu  12,  à  Buonconvento. 

:>..  11  est  nécessaire,  pour  comprendre  ainsi  la  |)ln'ase  de  Monluc  (I,  /|/(.")),  et 
elle  ne  peut  avoir  d'autre  sens,  de  modifier  la  ponctuation  de  de  Fluhle  et  de 
lire  :  «  (]ej)en(lant  tout  au  loni^  du  cotau  l'escaramouclie  tiroict,  et  au  loniç  des 
vignes  droict  au  Palassot  qui  es(  unu,-  petit  palais  au  derrière  du(iuel  esloinct 
les  Grisons  et  au  doz  de  la  niontaii^'nc,  etc.  » 

.'5.  Le  récit  de  Pecci  {Memorie  storiro-Cfilichc  di  S/cnfi,  IV,  i53)  est  un  ré- 
Muné  de  Monluc.  Je  cite  pour  mémoire  cclni  d'Ai.itizzi  .  \'ifa  di  Piero 
Strozzi,  (|iii  dit  simplement  ([ue  Sant'  Aljlnuidiip  (Smila  Hnndii)  lui  inrlilié  par 
ordre  (le  I^aussac  et  (jue  le  lend(Mnain  Slrozzi  détu'agea  les  cai)itaines  (iiusli- 
niano  da  Faenza  et  Saporoso  da  I'>rmo  (pii  y  étaient  enfermés  [Vite  di  iKi/iiini 
(CdmiK  ('  d'dlf'iiri  del  sccolo  XVI  ikiitciIc  da  roiitein])Oi'<uu'i,  pp.  i^']ï)-\^-jù) .  — 
CoiiMu:iv  dit  inexactement  :  «  Senenses,  auctis  oh  supplementum  al)  lleniico 
rege  missum  animis,  Monasterium  maquis  virilnis  oppu<i;uare  paianl  ;  ac  ejus 
potituri  videbantur,  ni  Marihuanas,  educto  latebris  exercilu,  praislo  Monas- 
leriensibus  adfuissel.  Ibi  consertis  manibus  octing'cuti  utriiKpic  cadunl.  » 
{Op.  ci/.,  !""   I  i()  r'J.) 

f\.  ('.fdiiicii  (Il  Sii'iKi  dtdUi  siiii  urii/i/ii'  Jiiui  al  /•>//''  (liibl.  conumui.  de 
Sienne,  (!,  VI,  i/|j. 

16 


242  LA    DÉFENSE    DE    SIENNE. 

Monluc.  On  ne  peut  douter  [xnirtaiit  qu'il  ait  assisté  à  l'action. 
En  dépit  de  son  ohscuiité  apparente,  sa  narration  est,  pour  le 
détail  topographiqne,  la  seule  satisfaisante;  g^ràce  à  elle,  et  à 
elle  seule,  on  peut  reconstituer  l'escarmouche  sur  le  terrain.  Le 
récit  de  Sozzini,  bourgeois  pacifique  ({ui  ne  sortit  pas  de  la  ville, 
est  beaucou[)  plus  bref  et  plus  va^ue.  Celui  de  Montalvo  est  plus 
détaillé  et  plus  inléress;uit.  Lauleur,  <[ui  est  un  soldat,  insiste, 
comme  Moiiluc,  sur  les  dilïicultés  du  terrain,  coupé  de  fossés  et 
de  vallons;  comme  lui,  il  dit  (pie  le  marcpiis  i-enfor(;a  l'escar- 
mouche avec  ses  ar(|uel)usl<'rs  espagnols  et  (jue  ceux-ci  furent 
repoussés.  Fuentes  cite  .Mario  de  Santa-Fiore  comme  ayant  pris 
part  au  v:oml)at.  «  cou  olros  principales  »  :  Monluc  était  de  ces 
derniers.  Il  mentionne  également  le  renfort  envoyé  par  le  mar- 
quis'.  Quant  à  la  chronique  de  Gallaccini,  elle  confirme  ce  que 
dis;*nt  les  (^o/n/nrnf aires  du  résultat  de  la  journée  :  ce  ne  fut 
pour  Sirozzi  (ju  un  demi-succès,  en  raison  de  l'absence  des  Gas- 
cons et  des  Allemands".  Montalvo  met  ce  résultat  en  lumière 
avec  plus  de  vigueur  et  de  précision  (pie  Moulue;  il  assure  que 
Sirozzi,  voyant  l'impossibilité  d'enfermer  toute  sou  armée  dans 
Sienne,  inquiet  aussi  de  l'accueil  très  froit^l  (pu-  lui  avait  fait  la 
Seigneurie,  cpii  ne  se  souciait  pas  de  lujurrir  toutes  ces  troupes, 
tenta,  ce  jour-là,  de  tout  terminer  par  une  bataille.  L'affaire  se 
réduisit  à  une  escarmouche,  dont  tous  les  historiens  sont  unani- 
mes à  noter  le  caractère  sanglant.  Ce  que  les  Coinninthnrcs  ne 
disent  pas  et  ce  que  nous  apprennent  Sozzini  et  Montalvo,  c'est 
que  la  veille,  le  i3  juillet,  il  y  en  avait  eu  une,  non  moins  sé- 
rieuse, qui  dura  onze  heures,  où  les  arquebusiers  espag'iu)ls  de 
don  (fiovanni  di  Luna  tentèrent  sans  succès  d'emporter  Sant' 
Abbondio  \  Moiduc  ny  eut  sans  doute  aucune  part.  L'n  autre 
historien,  qui  n'a  pu  connaître  le  récit  fies  (.'ofnfn"nt(ii/-rs, 
Adriani,  en  confirme  certains  détails,  tels  (pie  la  lulle  autour  des 
maisons,  et  le  caractère  exce[)tioiiuellemenl  sérieux  de  l'affaire,  où. 


1.    La  ri)ii(/uisla  di  Si'iKt,  i''^  .")!   vo-f):*  l'u. 

9..  «  E  noa  è  dul)l)i<)  clir  se  IuIId  il  cami)!)  (IcIId  Sirozzi  l'dsse  slato  (juivi, 
come  non  ni  cra  se  non  ravani^'ii  u'ilia,  si  safia  l'alla  la  n'ioniala  iti  (|ii('l  i^ioi-no, 
secondo  quel  ch;;  allora  succ(;ssi'  il  marclu-se  saria  stalo  rollo.   >•> 

3.  C'est,  à  celte  cscarinoiiclic  du  i\\  ([ue  se  ra|)j)i)rtc  le  hillel  adressé  le  soir 
par  Lanssac  à  Strozzi  et  intercepté  par  les  Impériaux  :  <<  Santa  lionda  slà  an- 
clioi'a  in  |)i('(li...   » 


Étude  critique  du  ri-xit  i)E  monluc.  2^3 

dit-il,  périrent  plus  de  t^eiis  (pi'il  n'en  avait  «*té  tué  jnscjn'ici  dans 
une  escarmouche  '.  Ajoutons  enfin  que,  dans  la  suite  de  cartons  de 
tapisseries  gravée  en  i583  pai-  Philippe  (îalle,  où  le  Stradan  a 
représenté  les  campagnes  du  duc  Cosme  de  Médicis,  on  en  trouve 
un  figurant  le  coml)at  du  i4  juillet.  On  y  voit,  à  gauche,  Saut' 
Abhondio;  à  droite,  Monistero,  fortifié  de  bastions  et  d'un  ou- 
vrage avancé;  au  milieu,  rescarmouchc;  au  premier  j)lan,  \ètus 
à  la  romaine,  des  ca\aliei"s  français,  avec  un  ('lendard  lleuidelisé, 
galopant  sur  des  coursiers  fougueux.  On  ne  peut  s'empêcher  de 
songer  à  ces  c[iiatre  cornettes  de  gens  à  cheval  (pie  Monluc  obtint 
à  grand'[)eine  du  colonel  des  (ji'isons  et  (pii  vinrent  à  propos 
renforcer  l'infanleiie  siennoise  '. 

L'escarmouche  de  Saut' Abhondio  axait  eu,  du  moins,  pour 
effet  de  dégager  la  roule  pai'  la(|uelle  arii\ait  l'armée  de  secours 
et  de  refouler  les  Imjx'riaux  vers  le  nord  de  la  ville.  C'est  le  len- 
demain, if)  juillet,  que  «  nnuisieur  h>  mareschal  logea  son  camp 
entre  Porte  Nove  et  l^orte  Tuffe  » -\  Sozzini,  (pii  a  assisté  au  spec- 
tacle, décrit  minutieusement  rentrée  des  diveis  corps,  leurs  mar- 
ches et  contremarches  [»ar  la  ville,  (pie  Strozzi  leur  fit  traverser 
unicpiement  pour  faire  admirer  aux  badauds  la  belle  mine  et  les 
justaucorps  de  soie  des  reîlres  allemands  et  des  gens  (h;  pied  fran- 
çais. Il  connaissait  ses  Siennois  et  savait  les  moyens  à  employer 
pour  réchauffer  leui"  enthousiasme  et  leur  l'edonner  du  cœur. 
C'est,  en  effet,  d'aj)rès  le  chroniqueur,  à  Porta  Xuova  (pie  logèi'ent 
les  cavaliers.  Ouant  au  reste  des  troupes,  elles  n'entrèrent  pas 
dans  la  ville;  on  les  cantonna  en  (hdiors  de  Porta  Ovile,  en   face 


1.  AnuiANi,  Islorid  da'  siioi  /e/iipi,  i7)H-j,  I,  -/inj. 

2.  Celte  suite  de  dessins,  dont  l'Archive  d'Étal  de  Sicmit!  possi'-dc  nu  Ix-I 
exemplaire,  porte  le  litre  suivant  :  Mediceae  fttinili(u'  ffcstarliin  ric/oriae  <•( 
Iriuntpki.  —  Sur  le  Stradan,  de  son  vrai  nom  Jean  van  der  Slracfen,  eu  ita- 
lien Giovanni  délia  Strada,  lU'  à  Hrni^cs  en  i53G,  mort  en  if)o5,  peintre  ofHciel 
de  Cosme  I*"'"  et  collai)oraleur  de  Vasari  pour  les  rres(|ues  du  Palazzo  \'ecchio 
de  Florence,  voir  \  asaui,  llist.  des  peiiiti-fs,  Irad.  Lcrlanché,  i8/}'2,  IX,  i5G, 
et  Le  livre  dox  peinlrcx  ilr  Caïud  l'iin  Mander  (i(i()/|),  Irad.  par  Henri  IIymans, 
Paris,  iii-/|0,  iSHô,  pp.  iiu-ii6.  I^es  jugements  de  Mii.NTz  sur  le  Stradan  (cf. 
La  T(ipissei-ie,  p.  2\\\),  et  Hisloire.  de  l'Ar/  pendant  la  /ie/ti/issance,  III,  y^^s- 
sim)  me  paraissent  trop  s(3V('res.  Il  est  permis  de  recomiailre  à  Jean  van  der 
Slraelen,  outre  une  |)roilia;'ieuse  t'aciliti',  un  réel  souci  de  l'exacliludc  cl  de  la 
vérit('  |)iUoresque,  au  moins  dans  les  dessins  de  la  !>;uerre  de  Sienne. 

3.  Monluc  désii'iie  par  /*orle  .Xooe  la  Porta  Ilomana  aciucllc. 


244  LA    DÉFENSE    DE    SIENNE. 

du  couvent  de  l'Osservanza,  que  les  Impériaux  évacuèrent  le  i6 
et  qui  fut  aussitôt  occupé  par  les  Fiançais  ', 

Sliozzi  allait-il  de  nouveau  tenter  la  f'orlune  et  risquei"  une 
bataille  sous  les  murs  de  Sienne?  Moulue  raconte  que  la  ques- 
tion fut  débattue  dans  un  conseil  tenu  sur  la  muraille  de  Camollia 
le  iG  au  matin.  11  était,  pour  lui,  d'avis  qu'on  hasardât  la  journée, 
et  il  exposa  son  plan  :  sortir  do  la  ville  avant  le  jour  pour  ne 
pas  donner  l'éveil  à  la  batterie  du  pog-^io  de  Ravacciana,  à  droite 
de  la  route  de  Florence",  laisser  trois  ou  quatre  compagnies  pour 
tenir  en  échec  la  g-arnison  du  fort  impérial  de  Camollia ^  et  atta- 
quer de  face  Palazzo  de'  Diavoli,  quartier-général  de  Marignan, 
tandis  qu'un  antre  corps,  sortant  par  Porta  Fontebranda  et  con- 
tournant le  poggio  de  San  Prospero,  prendrait  rennemi  à  revers. 
Moulue  exposa-t-il  vraiment  ce  plan  si  précis?  Arrivé  depuis 
trois  ou  quatre  jours  à  Sienne,  avait-il  pu  prendre  une  assez 
complète  connaissance  des  lieux  pour  être  capable  de  l'élaborer? 
Il  est  permis  d'en  douter  et  de  croire  qu'il  l'a  condjiné  après 
C(jup,  à  tète  reposée.  Quoi  qu'il  en  soit,  Strozzi  jugea  [)lus  pru- 
dent de  ne  pas  l'adopter.  S'il  eût  été  battu,  en  effet,  il  lui  aurait 
fallu  s'enfermer  dans  la  ville  et  s'y  laisser  mourir  de  faim  ;  les 
Siennois,  qui  l'avaient  si  froidement  reçu,  le  lui  permettraient-ils? 
Le  seul  parti  pour  lui  possible  était  de  se  remettre  en  campag'ne 
et  de  reprendre  son  plan  si  malheureusement  ajourné  par  le 
retard  du  secours  de  France. 

Le  17  donc,  au  matin,  Lanssac  quitta  Sienne  et  repartit  pour 
Rome  :  Sozzini  confirme  Moulue  sur  ce  point  en  précisant  la 
date'^.  Dans  la  journée;,  Strozzi  concentra  ses  troupes  hors  de 
Porta  Romana  et,  traînant  à  sa  suite  cinq  canons,  ilix  chariots 
de  paille,  dix  de  poudre,    sept  charges  d'échelles,  des  sapes  et 

1 .  Sozzini,  j).  204-  —  L'escarmouche  de  Saiîl'Aljljondio  fut  présentée  en  1^'rance 
comme  un  succès  sérieux;  voir  la  dépèche  de  Wotton  à  la  reine  Marie,  Com- 
pièjjae,  2<)  juillet  [State  papei's,  Mary,  no  a^S). 

2.  Monluc  appelle  celle  hauteur,  la  première  à  gauche  du  coteau  de  l'Osser- 
vanza, en  face  de  la  harrière  de  San  Lorenzo,  au-dessus  de  la  gare,  la  Petite 
ObseriHince.  Elle  élail  couronnée,  comme  sa  voisine,  par  un  couvent. 

3.  Depuis  la  camisade  du  26  janvier,  les  Impériaux  s'étaient  établis  devant 
Camollia  et  y  avaient  élevé  un  fort  en  face  du  fort  siennois  ([ui  détendait  la 
porte  et  que  Sozzini  appelle  la  Casieilaeeia. 

4.  SuzziNi,  p.  2O5.  —  Le  2  août,  le  cardinal  du  i'x-llay  annuurait  au  eonué- 
table  le  retour  de  Lanssac  à  Rome  (13.  N.,  fr.  20447?  P-  '^^>  *^'''B"')' 


STROZZI    ET    MARIGNAX    DANS    LE    VAL    DI    CHIANA.  2^5 

des  pics  et  quatre  compao-nies  de  pionniers,  il  s'éloig-na  de  Sienne 
dans  la  direction  d'Asciano.  On  disait  qu'il  allait  vers  le  Val  di 
Cliiana.  Il  laissait  dans  la  vill3,  dit  Sozzini,  ce  Mgv.  de  Moiduc, 
homme  du  roi,  de  ^rand  esprit,  expert  aux  armes  »,  en  qualité 
de  vice-roi,  avec  deux  mille  i^ens  de  ])ied  et  cent  cavaliers. 

Les  Commentaires  ne  contiennent  pas  un  récit  méthodique  et 
complet  des  opérations  de  Strozzi  et  de  Marignan,  qui  commen- 
cèrent le  17  juillet  et  aboutirent  le  2  août  à  la  journée  de  Mar- 
ciano.  Moulue  a  seulement  voulu  mettre  en  relief  les  efforts  qu'il 
dit  avoir  tentés  pour  empêclier  Strozzi  de  décamper  de  nuit,  et 
les  mesures  qu'il  prit  [xtui'  préparer  les  Siennois  à  la  nouvelle 
d'une  (h'faite,  qu'il  regardait  comme  certaine.  Mais  il  a  fait  aussi 
(les  allusions  nondjreuses  et  plus  ou  moins  précises  aux  opéra- 
lions,  tout  en  faisant  remarquer  qu'il  n'en  fut  pas  témoin  ocu- 
laire. Il  importe  de  les  expliquer  et  de  les  contrôler  '. 

II  paraît  laisser  entendre  que  le  marquis  «  prit  son  chemin 
devers  Mauchane  »  au  moment  où  Strozzi  quitta  Sienne.  C'est 
le  22  seulement   (|ue  Marig-nan  levait  son  camp;  on  ig-norait  à 

I.  I^es  principales  sources  narratives  pour  l'étude  de  la  cam|)aofne  du  Val  di 
Chiaua  et  du  combat  de  Marciano  sont  :  i"  le  Discours  justificatif  de  Strozzi 
di\]h  cité  ;  2"  la  Relazione  rhila  rotta  di  Piero  Sfrocci  ddfar/li  dal  mnrc/ipse 
di  Marignano,  lettre  écrite  par  le  marquis  k  Charles-()uinl,  du  camp,  le 
(|  août,  piihl.  par  Ruscki.li,  Lettere  de'Pi-inripi ,  réimpr.  par  A.  Ckhuti  dans 
les  Misccllaiica  di  stûria  ifnli'ana,  XVII,  3/)r)-35o,  sans  indication  d'orii>-ine; 
30  les  Racconti  de  Girolamo  Rokfia  [Archin.  slor.  Ilul.,  II,  562-582);  4"  la 
Relazione  de  Montalvo  ;  5o  les  Notizie  délia  vHiitvid  ripoiiata  dagVImpe- 
ridli pressa  Marciano,  scriite  da  nnanonimo  {Arch.  sfor.  ifal.,  II,  585-59o), 
relation  florentine  dont  l'auteur  était  à  Arezzo  ;  60  le  fJiario  de  Sozzfni,  très 
iiilérienr,  intéressant  surtout  pour  connaître  l'impression  produite  à  Sienne  par 
la  nouvelle  de  la  d<>faitc.  A  ces  sources,  il  faut  joindre  des  o'uvres  d'un  carac- 
tère plus  littéraire  que  documentaire,  d'oriyine  florentine,  conmie  :  La  rotta 
che  hebbe  il  sir/nor  Piero  Stroczi  dal  signor  rnarchese  di  Marignano,  Flo- 
rence, i585;  Laniento  di  Piero  Strozzi  sopra  la  rotia  ch'ehhe  nelle  Chiaiie 
d' Arezzo  dal  signor  rnarchese  di  Marignano,  générale  di  Sua  Eccellenza, 
Florence,  par  Domenico  (îirafli.  Enfin,  les  principaux  récits  du  combat  sont 
ceux  de  MissA(ii.iA,  Vita  di  Gio.  Jacomo  Medici,  rnarchese  di  Marignano, 
Milan,  i(5o5,  pp.  i()G-i()7;  Ai.inzzi,  Vila  di  Piero  Strozzi,  pp.  57G-581  ;  Pktho 
An(;eli()  di  I5ai\(;a,  protégé  de  Guillaume  l'ellicier,  poète  et  érudit  distinifué, 
auteur  d'un  De  hello  senensi  ro/n/nenfarius,  dont  la  première  [)artie,  la  seule 
conservi'c,  s'arrête  a])rès  le  combat  de  .Marciano  et  a  étc'  publiée  à  {""lorence, 
en  i(')(M),  |)ar  Domenico  Morenio ,  chanoine  de  San  Lorenzo  ;  enfin,  Aduiam, 
Isloria  de'  suai  leinpi ,  {.■y8.">.  —  OiianI  an  ri'cit  de  l'ecci,  cite"  par  de  Midde  |)OMr 
contrôler  Monlnc,  il  a  été  conqxjsi'  ;'i  l'aide  des  ('.nniineiilaires. 


246  LA  DÉFENSE  DE  SIENNE. 

Sienne  s'il  vtiiilail  marcher  sur  Arezzo  ou  barrer  à  son  adversaire 
la  roule  du  leiiitoire  floi'entiu  '.  Moulue  ajoute  que  Strozzi  avait 
laissé  dans  Marciano  quatre  enseignes;  Marit^nan  parle  de  douce, 
Roffîa  de  onze.  Il  hésite  pour  savoir  qui  des  deux,  de  Strozzi  ou 
du  marquis,  «  tenait  »  Marciano  :  en  fait,  au  début  de  la  eam-  ■ 
pagne,  la  place  était  au  pouvoir  des  Impériaux;  le  jeudi  19  juillet, 
Strozzi  était  allé  la  reconnaître;  le  samedi  21,  il  s'en  empara^. 
C'est  la  première  hypothèse  de  Moulue  qui  est  la  vraie.  Il  avoue, 
d'ailleurs,  sa  défaillance  de  mémoire  :  «  Bonement ,  dit-il,  je 
n'av  souv(Minaiu'e  lequel  c'estoict.  »  Les  (Jo/nmenfaires  font  une 
simple  allusion  aux  opérations  de  Strozzi  et  de  Marignan  du  17 
au  29  :  «  Ils  demeurarent  huict  ou  neuf  jours  ayans  leurs  camps 
à  sept  ou  huict  mil,  l'ung-  allant  pour  prendre  quelque  place  et 
l'aullre  suivant  pour  le  secourir.  »  Le  mardi  24,  le  marquis  obli- 
geait Strozzi  à  déloger  de  devant  Givitella,  qu'il  se  disposait  à 
battre  ;  mais  il  ne  [)()uvait  rempècher  de  prendre  d'assaut  Fojano, 
le  vendredi  27.  Il  marcha  alors  vers  Marciano,  s'empara  de  la 
ville,  mais,  faute  de  pièces  de  siège,  ne  put  emporter  le  château. 
Le  29,  Strozzi  le  rejoignit  et  les  deux  armées  prenaient  leurs 
positions^,  qtie  Moulue  précise  en  homme  qui  a  certainement 
visité  le  cham[)  de  la  bataille.  «  Comme  le  marcquis  sentit  appro- 
cher monsi.Mir  le  mireschal,  il  luy  fist  place,  et  levé  son  artillerie, 
et  se  met  \iwj;  peu  à  main  (lr(»icle  de  la  \ille,  à  cent  ciiKiuanle  ou 
deux  cens  pas  ^,  et  s'eyde  de  deux  ou  trois  petites  moutaignolles, 
dens  lesipielles  il  se  relrencha,  et  du  cousté  où  estoinct  les  fon- 
taines. Monsieur  le  mareschal  se  vinct  camper  entre  le  marcquis  et 
la  ville,  au  long  d'uug  grand  chemin  creux  qu'il  y  avoicl.  »  Roffia 
et  Monlalvo  sont  beaucoup)  moins  précis.  Sozziîii  insiste,  comme 
Moulue,  sur  le  maiK|ue  d'eau  et  dit  (pi'au  camp  de  Strozzi  on  la 
vendait    «  soldi  (piallro  il  boccale  ».   Lu  réaliU',  les  deux  adver- 

1.  Ilcl.ition  (Ir  .MjiriyiiJiii  [Miscrll.  <li  sluf.  Il, il.,  XVII,  345).  —  Caviilcanti 
au  duc  de  Panne,  Sienne,  23  juillet  {Li'lh-rr  tll  Ji.  Cara/ranfl,  pp.  89-90). 

2.  Cavalcanli  au  duc  de  l*armc,  Sienne,  mi  juillet  [ihid.,  pp.  87-88).  —  Hok- 
FiA,  p.  566.  —  SozziNi  (p.  267)  dit  (jue  Monluc  lui  iiiloiiné  le  :>■>  de  la  |)ri.sc  de 
Marciano. 

3.  I\('lalioii  de  Marit^nan,  p.  3/|(). — So/.ziM,pp.  ■>68-:>0().  —  Kokkia,  j)p.  570- 

4.  '-t.  .Marii^iiaii  :  "  Lo  Sirozzi  s'a('i'aiii|)(j  lasciandosi  la  terra  di  Marciano 
per  il  fianco,  ne  da  l'iuio  a  laltro  exercilo  era  più  distanza  d'uiia  arcliiliu- 
giala.  » 


PRKLIMIXAIRKS    Df    COMBAT    DK     MAKCIANO.  2/47 

saires  souffraieni  de  la  disctic  d'eau,  parce  <|iril  n'iuail  pas  plu 
depuis  qiiara?ite  jours  '.  Moulue  couiinel  uue  erreur  mauifesle  en 
disant  qu'ils  «  demeurarenl  sept  ou  luiict  jours,  reçardans  à  qui 
desio^'^eroiet  le  |)reuiier  ».  Les  deux  armées  furent  eu  pn-senee 
quatre  jours  seuleiuenl,  du  >•)  juillel  au  :>.  août.  Il  fait  allusion 
aux  eseariuouelies  du  luiuli  i^o  el  du  mardi  .')i.  Mariqiian,  Iloftia, 
Montalvo  conlirmenl  ce  (|u'il  dit  du  caraclèi'e  saui^Iant  de  ces 
engag-emenls,  (ju'il  allrihue  avec  l'aison  à  la  supériorité  de  l'ar- 
tillerie impériale'.  Il  ajoute  (pie  «  la  cavalerie  en  estoict  toute 
espouvanlée,  et  noz  cens  de  pi(»d  eu  estoincl  de  mesmes  ».  Roffia 
dit,  en  termes  presque  identiques,  (pie  ces  escarmouclies  «  posero 
i  Franzesi  in  i^iau  liinoïc,  terroïc  e  spavento  ». 

Moulue  insiste  davantai^'e  sur  la  part  (pi'il  prit  de  loin  à  l'af- 
faire. Il  dit  (pi'il  comnien(;ait  «  d'enlrei-  dans  une  maladie  »  (pii 
l'empt'clia  d'accom|)ayner  Strozzi.  Il  avait  t'crit  k  Lanssac  «  qu'il 
luv  semhloil  merveilleusement  nécessaire  »  qu'il  revînt  à  Sienne, 
laissant  entendre  ({u'il  préférait  rejoindre  le  maréchal-''.  Le.'^i  juil- 
let, il  annon(;ait  à  ce  dernier  (pie  la  fièvre  ne  le  quittait  pas  et 
(pi'il  se  Iromail  de  plus  eu  [)lus  faible;  il  le  |)riail  de  lui  envover, 
pour  le  supj)léer,  le  capitaine  Comhas  ^  H  renouvehiit  la  même 
demande  le  lendemain,  supj)liant  Strozzi  de  renvover  à  Sietine 
son  frère  Roberto  pour  le  soulager  j)endanl  (jueNpies  jours  du 
jtoids  des  affaires 5.  (',es  deux  lettres,  tout  en  conlirmanl  les  (loni- 
inentairra  sur  un  point,  montrent  (pie  Moulue  désirait  fort,  à 
cette  heure  critique,  se  déchar^-er  sur  d'autres  épaules  de  la  très 
lourde  responsal)ilit(''  (M1  face  de  ia(|ueile,  si  hiuscpiemeut  ,  il 
se  trouvait  placé.  Aussi  peut-on  accepter  l'assertion  de  (la\al- 
canli,  qui  t'Iait  à  ses  c(>t('S  et  qui  (l(''clare  (pi'il  est   moins  malade 


I.   llclalion  de  Marisfiian.  —  SozziNr.  —  Rokfia.  —  Montalvo. 

■2.  Monliic  note  (|u'il  a  rr-riicilli  des  rcnsoii^nemcnts  sur  le  coinltat  de  la  l)ou- 
che  de  dou  (liovaiini  di  l.iiua,  l'un  des  lieiUenants  du  marcjuis.  I.e  :>(),  ce  caiii- 
taine  eut,  en  effet,  un  cheval  tué  sous  lui  et  son  HIsfut  blessé  (Hoffia,  j).  ^l'i'-i). 

3.  Lanssac  à  Strozzi,  3o  juillet  (6'o/v'e.syj.  de  M.  de  Lanssac,  I,  44'*)-  ^^''''re 
écrivait  le  21  juillet  à  Lanssac  :  «  Il  m'est  advis  que  vous  ne  devriez  poinct 
partir  de  Sienne,  afin  ([ue  M.  de  Monlluc  puisse  tenir  coni|)ay;nie  au  s"'  Pierre 
en  cani[)ai^iie.  ■>  (lhi<l.,  I,  /iSq.)  C'était,  sans  doute,  à  rinslination  ilf  .Mniduf 
(pie  ré\è(pie  de  L(idè\('  donnait  ee   conseil. 

!\.    Moulue   à   l'ielro  Sli'ozzi,  Sienne,  3i  juillet  (l\',  11). 

5.   Moulue    à    IMeIro    Sli'ozzi,  Sienne,  i''"'  août.  —  InstruetioM   de    Moulue 
Giovan   IJalisIa  Strozzi,  Sieinie,  même  date  (I\',  i3-i/|). 


a48  LA    DÉFENSE    DE    SIENNE. 

qu'il  ne  le  croit,  ([u'il  n'est  atteint  que  d'une  fièvre  tierce  et  qu'en 
réalité  il  est  plutôt  décourag-é'.  Il  est  très  vraisemblable  qu'avec 
son  flair  de  vieux  routier,  Monluc,  dès  ce  moment,  augura  mal 
de  l'entreprise  et  regretta  d'en  avoir  si  ardemment  sollicité  la 
ciiarge.  C'est  la  première  fois  qu'il  demande  à  être  suppléé  ou 
remplacé;  ce  ne  sera  pas  la  dernière.  Il  a  volontairement  omis 
ces  détails;  il  importe  de  les  restituer.  La  physionomie  du  per- 
sonnag-e  apparaît,  grâce  à  eux,  plus  complexe  et  plus  humaine. 
Dans  son  livre,  il  se  borne  à  raconter  qu'il  envoja  à  Strozzi  M.  de 
Lécussan  pour  le  supplier  de  ne  pas  se  retirer,  comme  il  voulait 
le  tenter,  vers  Lucignano  pendant  le  jour,  mais  de  faire  sa  retraite 
de  nuit.  RofHa  dit  ({ue  le  mercredi  i'"''  août  un  espion  annonça 
à  Mariynan  que  Strozzi  voulait  décamper  de  nuit  vers  Ponte 
N'aliano  et  Montepulciano,  mais  qu'il  ne  bougea  pas".  Ce  rap- 
port d'espion  paraît  bien  correspondre  au  conseil  donné  par 
Monluc  et  que  Strozzi  ne  suivit  pas,  mais  eut  un  moment  l'in- 
tention de  suivre  :  «  Monsieur  de  Lécussan  me  rapporta  qu'une 
fois  monsieur  le  mareschal  s'estoict  résolu  de  la  fere  [la  retraite] 
en  ceste  sorte.  » 

Seul  de  tous  les  hisloiiens,  Monluc  attribue  le  changement 
d'opinion  de  Strozzi  à  l'inlluence  d'un  personnag'e  qu'il  nomme 
Thomas  d'Albeche.  De  Thon  a  identifié  ce  personnage  avec  Tom- 
masino  del  Bene,  capitaine  florentin  et  agent  diplomatique,  qui 
joua  un  rôle  actif  dans  les  négociations  de  la  France  avec  l'Alle- 
magne et  les  Pays-Bas -^  «  J'ai  ouï  dire  à  del  Bene,  écrit-il  dans 
son  Histoire^  que  Monluc  l'accusoit  faussement  d'avoir  donné  ce 
conseil  à  Strozzi,  et  ce  général,  contre  son  sentiment,  avait 
voulu  partii"  de  jour,  soit  qu'il  fût  persuadé  que  l'ennemi  n'en 
viendrait  pas  à  une  bataille,  soit  qu'il  jugeât  qu'il  estoit  honteux 

1.  Cavalcaiili  à  (îiovan  Batisla  Strozzi,  Sienne  [vers  le  i'^''  août]  (V,  342). 

2.  RoKKiA,  p.  573.  —  Cf.  Relation  de  Mari<>nan,  p.  347-  —  L'anonyme  arétin 
dit  que  Marii^nan  apprit  (pic  Strozzi  voulait  dcloii^er  au  milieu  de  la  nuit  par 
(Iiovan  Halisia  Strozzi,  frère  de  l'ielro,  (pi'ii  lit  prisomiier.  Milanksi  fait  remar- 
cpjer  (pi'aucun  des  ein(j  frères  de  l*ielro  ne  portail  ce  prénom.  On  connaît  un 
[)etil-tils  de  (>osme  Strozzi,  nommé  tiliovan  liallista.  C'est  sans  doute  le  person- 
nage (|ue  Monluc  envoya,  le  lur  août,  au  camp  de  Pietro. 

3.  Cf.  Ni^rjoc.  de  Ui  France  avec  la  l'ose,  IV,  21 3,  32 1,  325,  3ôo,  goS.  Il  est 
appelé  souvent  par  abréviation  Masiiio  del  iiene.  Voir  sur  ce  personnage  et  sur 
sa  famille  la  notice  de  .M.  I*].  I*m:ot,  Ij's  Italiens  en  France  an  seizième  siècle, 
pp.  iSS-i)(i. 


TOMMASO    DEL    VECCHIO    ET    TOMMASINO    DEL    RENE.  249 

de  se  retirer  de  nuit  '.  »  Tominasino  del  Bene  se  trompait,  et  de 
Thon  se  trompe  avec  lui.  Moiduc  fait  allusion  à  un  autre  person- 
nag'e,  dont  le  nom  italien  correspond  [)lns  exactement  à  la  trans- 
cription française  des  Commentaires.  Il  s'agit  de  Tommaso  del 
Veccliio,  aumônier  ordinaire  du  roi,  l'un  de  ces  Florentins  que 
Catherine  de  Médicis  avait  emmenés  avec  elle  en  France.  On 
trouve  son  nom  souvent  cité  dans  les  corres|)ondances  du  sei- 
zième siècle.  Il  servait  à  ce  moment  de  couriier  entre  Strozzi  et 
la  cour  de  France.  Dépêché  j»ar  la  reine,  fin  déccndire  1053,  au 
prieur  de  (Papoue,  il  était  reparti  pour  Sienne  en  mai  i554'-  H 
était  auprès  de  Strozzi  la  veille  du  combat  de  Marciano,  comme 
en  fait  foi  une  lettre  qu'il  écrivait  du  camp,  le  3i  juillet,  au  duc 
de  Guise.  Dans  cette  lettre,  Tommaso  del  Vecchio  exposait  que 
Strozzi  avait  réussi  à  attirer  le  marquis  en  lieu  «  pio|)re  pour 
nostre  adventaig-e  »,  ajoutant  :  a  Et  regarderons  qui  sera  le  pre- 
mier à  faire  quelque  faulte  ou  eri'eur.  Je  ne  sçay  comme  nous 
nous  (lesparlirons.  mais  je  vous  puvs  bien  asseurer  que  sy  le  sei- 
gneur- Pierre  faict  ce  cpr'il  m'a  promiz,  il  combatera  avecques  sy 
grant  raison  que  la  fortune  n'y  devroyt  avoir  puissance.  Mais  le 
tout  sera  en  main  de  Dieu,  seigneur  des  armées^.  »  Tommaso  del 
Vecchio  envisageait  donc  la  possibilité  d'une  bataille  et  croyait  à 
la  victoire  '.  Sa  lettre^  doirt  irne  moitié  est  malheureusement  in- 
déchiffrable-,  ne  fait,  du  reste,  aucune  allusion  à  ce  que  dit 
Monliic.  (]e  fut  le  lendemain,  sans  doute,  qu'il  donna  à  Strozzi, 
s'il  le  lui  donna,  le  conseil  de  battre  en  retraite.  Une  iellrr  du 
cardinal  de  Bellay  confir-me,  du  moins,  ce  que  les  Commentaires 
disent  de  l'intluence  de  del  Vecchio  sur  Strozzi  :  «  Thomas  Del- 
veche  manye  tout  sous  luv  »,  écrivait  le  cardinal  au  connélabh^  le 


1.  De  Tiior,  ('A\\.  fr.  de  17/jo,  II,  285.  —  L'erreur  de  del  Beiie  csr  oxplic.tlilc  : 
il  assistiut  ;iu  coiuhjil  de  .Marciano. 

2.  Cr.  Lell.  de  Cath.  de  Mi'-diris,  I,  88  cl  noie.  —  Cnrrrsj).  polil.  de  I).  du 
Gahre,  pp.  89  et  98. 

3.  Tommaso  del  Vecchio  au  duc  de  Guise,  a  au  camp  à  Marciano  »,  3i  juillcl. 
(B.  .\.,  fr.  20545,  fus  II  ro-i2  r",  ori:.,  signal,  auloyr.) 

/|.  Sir  John  Masone  écrivail,  au  contraire,  le  i3  aoùl,  de  Bruxelles,  en  ren- 
daiil  coniplc  des  escarmouches  du  3o  el  du  3i,  que  l'on  considt'-rail  Sirozzi 
ciinuiie  pcnlu.  [Slule  l^dpcrs,  Mary,  no  253.) 

.").  Le  cliill're  de  Tommaso  del  Vecchio  manque  dans  le  vol.  20()7'i  du  fonds 
fi aurais  qui  contient  les  chiffres  fin  duc  de  Guise. 


200  LA    DEFENSE    DE    SIENNE. 

lo  septembre'.  Un  rlironi(|ueur  sieiinois,  A^nolo  Bardi,  prétend 
que  Strozzi  fut  dissuadé  de  déloger  de  jour  à  la  vue  de  reunenii 
par  ses  capitaines,  en  particulier  par  ('ornelio  Bentivoglio  ".  Le 
témoignag'e  de  Monluc  paraît  ])his  digne  de  foi. 

Dans  la  nuit  du  mercredi  au  jeudi,  Strozzi  commença  d'éva- 
cuer sur  Lucignano  ses  bag-ag-es  et  les  deux  canons  qui  compo- 
saient son  artillerie  de  campag-ne.  Marignan,  Roftia  et  Montalvo 
confirment  sur  ce  point  Monluc  ;  Sozzini  nous  apprend  (jue  ces 
deux  canons  étaient  partis  le  20  juillet  de  Sienne.  L'auteur  des 
(Wjinmenfdirc.s  attribue  celle  détermination  à  l'influence  de  l'avis 
(ju'il  avait  envoyé  par  Lécussan  ;  il  laisse  entendre  ainsi  (et  sur  ce 
point  il  est  confirmé  par  une  lettre  de  Cavalcanti,  écrite  le  2  août 
au  soir  de  Sienne-^)  que  l'absence  d'artillerie  le  lendemain  fut 
une  des  causes  de  la  défaite,  et  qu'elle  fut  due,  en  somme,  aux 
tergiversations  de  Strozzi.  Ces  terg-iversations ,  très  vraisemi)la- 
bles,  ne  se  retrouvent  pas  dans  les  récits  des  autres  historiens. 

C'est  le  jeudi  2  août,  à  sept  heures  du  matin ^,  que  Lécussan 
revint  à  Sienne,  rapportant  la  nouvelle  ([ue  Strozzi  se  disposait 
ce  jour-là  à  décamper  vers  Lucignano.  Monluc,  tout  malade  qu'il 
était,  malg-ré  sa  fièvre  et  sa  dysenterie,  se  rendit-il  «  environ  les 
neuf  heures  »  au  Palazzo  publico  et  y  prononça-t-il,  devant  le 
Concistoro,  composé  du  capitaine  du  peuple  et  des  neuf  priori 
ou  signori,  le  discours  ([u'il  se  vante  de  reproduire  en  français 
«  sans  y  changer  dix  mots  »?  Nous  l'ignorons.  Le  registre  du 
Concistoro  n'existe  plus  à  l'Archive  d'Etal  de  Sienne  ;  Sozzini  ne 
dit  rien  de  ce  conseil  et  de  ce  discours,  (jui  s(uil,  d'ailleuis,  très 
vraisemblables.  Cavalcanti  laisse,  du  moins,  entendre,  comme 
Monluc,  que  les  Siennois  se  trouvèrent  unis  de  cann"  en  face  du 
désastre  5.  Le  soir,  sur  les  cinq  heures  «  conq)tant  à  la  mode  de 
l'rance  »,  le  (■a[)ilaine  Cond)as,  nieslie  de  camp  de  l'infanleiie 
IVaiiraise,  ariivail,  aiinoiiçanl  (pie  la  balailie  ('lail  [lerdne.  Monhic 


I .  Le  canliiijil  du  liclljiy  ;iii  coiiiit''l;il)l('.  Uoiiic,  i  o  scplciiilire.  (li.  X.,  tV.  20/1/17, 
|).   k/i,  orig.) 

;'..  AfiNoi.o  Bakdi,  hlorii'  se/irsi  dal  i')i:>.  <tl  /.'».')fi,  t'"  3i8.  (liiltl.  cummiiii. 
(If  Sienne,  inss.,  A,  VIII,  2.').) 

3.  Cavjilcanli  au  due  de  l'arme  :  <'  I  niniiei  restaron  .su|)eriori  massiiiiaineiile 
per  la  for/a  dell"  artin'lieria.  »  {Leif.  (U  li.  (Uiiudcdiili ,  pp.  91-92.) 

/|.   .Motiluc  donne  ici  une  d.ite  vai>ue  :  «  Or  c'esloict  en  aoiist.  o 

.').   «  La  ciUà  sta  niollo  unila  alla  difesa.  » 


LE    RETOUR    DES    VAINCUS    l)K    MARCIANf».  2.5 1 

no  s'altard*'  pas  à  nous  faire,  coimmic  Sozzini,  un  [)alliéti(|iit' 
lablf^au  du  retour  des  \aincus  de  Marciauo';  mais  il  uole  avec 
raison,  sans  y  insister  d'ailleurs,  la  siliialion  ci"ili(jue  où  il  se 
trouvait.  Le  veiuliedi  malin,  l'infanterie  d(''l)andée  arrivait.  La 
cavalerie  s'était  retii'ée  intacte  à  Montalcino.  où  Stro/zi,  blessé  à 
la  cuisse,  a\ait  «Mé  transportf';  sur  des  perclies.  Une  lettre  ano- 
nyme, écrite  de  Montalcino  le  .'i,  dépeint  en  termes  très  vivants 
cette  retraite  et  condi'me  en  les  précisant  les  Conunculnircs' .  Le 
même  jour,  dit  Sozzini,  un  Ixmdo  convoqua  les  lansquenets  au 
couvent  de  San  Domenico,  les  Gascons  et  les  Français  au  cou- 
vent des  Servi,  les  Italiens  au  couvent  de  San  Spirilo,  où  ils 
furent  ralliés  et  les  enseii^nes  reconstituées,  suivant  l'ordre  (pie 
Moulue  avait,  dit-il,  arrêté  avecGornelio  Beulivoylio  et  Keckenrot  : 
((  Et  arrestames  que  le  llincro([  feroict  six  ensei^•ues  de  dix  «ju'il 
en  a\<)ict,  le  seigneur  (^oruely  six  des  Vlalieus,  et  le  cappitaine 
Comhas  six  des  Fi'ançois,  et  tout  le  reste  s'en  yroict  droict  à 
Montalsin  ».  «  Tout  le  reste  »,  c'est-à-dire  les  Grisons,  quitta 
Sienne,  en  efïet,  le  4^-  Enfin,  Moulue  critique  avec  raison  la 
faute  commise  par  le  marquis  en  n'  «  exécutant  »  pas  sa  victoire. 
((  Il  lU'  vinct  de  trois  jours  devant  Sienne.  »  Marii;uan  s'attarda, 
en  effet,  à  rej)rendre  Luci^ruiuo  et  les  |)laces  voisines;  Montalvo 
a  noté,  comme  Moulue,  cette  erreur^.  Le  3  août,  Maiinnaii  aunon- 
çait  au  duc  Cosme  qu'il  serait  dans  deux  jouis  devaul  Sienne; 
denunu,  écrivait-il  le  4  î»  rEmpereui--\ 


1.  Sozzini,  pp.  '^7 1-272.  —  (liivalc'iinti  au  Axw  de  l'aniic  :  <*  Son  coiiiparsi 
(jiii  11  conte  délia  Miraiidola  cou  hiioii  iiuinero  di  cavalli,  il  siyiior  (ioruelio 
Ueiilivonli  et  il  siu-iior  Adriano  liaolioni;  et  la  faiileria  coniincia  a  coni|)ariiT.  » 

2.  (i  Oui  in  Montalcino  a;ionsc  hieri  sera  il  s''  Koberto,  cl  ap|)resso  arrivo  Jo. 
Ba.  Altovilo,  il  Salviati.  li  dui  (iiui^'ni,  il  iiolsc,  Massiuo  del  lien,  il  collonnello 
Tadei,  il  cavalier  Sodcrino,  lîcrnaido  Aldoitiandino  et  molli  allri  tçenlilhuoniini 
in  (jui^sto  loco,  il  (piale  si  munisse  e  provede.  Il  sr  I^ietro  si  salvo  in  [..iici^nano 
ferito  in  una  coscia  di  una  archibusata,  ma  pocha  causa,  che  si  era  médicale, 
|)er  (pianto  si  è  inteso,  e  che  se  ne  va  ver.so  Siena,  dove  deve  gia  essere,  et  si 
è  salvalo  da  6  in  7»'  fanti,  che  .sono  tVa  Siena  et  A.sciano,  che  cercano  salvarsi. 
Dr  cavalli  non  è  [lerito  nissuno  e  si  rimeltera  insieme  hona  quantita...  Hahiaino 
intesu  cIk-  in  Siena  era  intralo  lo  Amhassi''  Monluca  [sic)  i>-ravameiile  ama- 
lalo...  »  (B.  N.,  fr.  2o4r'5,  f"  277,  orii>-.  non  signé.) 

3.  Sozzini,  pp.  272-278. 
4-    /{t'iitcioiiP,  p.   120. 

5.  Maiignan  à  Cosine  de  Médicis.  'À  aoùl  (dans  .Moni  u.vo,  [i.  120).  —  lAela 
tion  de  Marii^'nan,  p.  3/(8. 


2  02  LA    DEFENSE    DE    SIENNE. 

Sur  les  causes  de  la  défaite,  Monluc  a  tenu  à  dire  son  mol.  La 
question  avait  été,  en  etïet,  fort  discutée,  et  il  ne  pouvait  l'iono- 
rer.  Mais  il  se  montre  lemarqiiahlemeiit  circonspect.  Tandis  (pie 
Sozzini,  bon  Siennois,  affirme  hardiment  qu'il  y  eut  trahison, 
nomme  même  le  traître  et  précise  la  somme  qu'il  toucha,  Monluc 
ne  se  fait  l'écho  de  ce  bruit  qu'après  l'avoir  transcrit  dans  Pa- 
radin.  Tandis  que  Mari^nan,  Roffia,  Montalvo  et  l'anonyme 
arétin  donnent  comme  cause  principale  la  panique  de  la  cava- 
lerie française,  tandis  que  Strozzi,  dans  son  Discours,  et  Caval- 
canti,  dans  sa  lettre  du  2  août  au  duc  de  Pai"me,  attribuent  la 
défaite  à  la  débandade  des  Grisons  et  des  Italiens,  Monluc  écrit  : 
((  ,I'ay  ouy  les  Grisons  et  les  Ytaliens,  (pie  les  François  et  les 
lansquenetz  accusent  d'avoir  mal  faict  (mais  ilz  le  nient),  et  en- 
cores  pis  la  cavalerie  '.  »  Et  il  conclut  prudemment  :  «  Or  je 
n'en  sçay  rien,  je  n'en  parle  que  pour  ouyr  dire.  » 

Après  avoir  noté  que  Strozzi,  quoique  malade  à  Montalcino, 
ne  néyTiii;eait  pas  de  lever  des  gens  en  Romaine  pour  gapnir 
toutes  les  places  de  la  Maremme,  détail  confirmé  par  Sozzini  ", 
Monluc  raconte  comment,  étant  «  à  l'extrémité  et  près  de  la  mort 
et  abandonné  des  médecins  »,  il  résis;-na  le  commandement  à 
Gornelio  Bentivoglio  et  comment  Lanssac,  appelé  de  Rome  pour 
le  remplacer,  fut  pris  en  route  aux  portes  de  Sienne  et  mené 
prisonnier  à  Florence.  Sozzini  raconte  ces  faits  presque  dans  les 
mêmes  termes  et  [)lace  le  11  août  la  prise  de  Lanssac,  (pi'accom- 
[)agruuent  le  comte  Teofilo  Calcagno,  «  Ercoliu<j  Bolognese  »  et 
((  monsignor  délia  Gaccina  »  -^.  Les  docuuienls  originaux  confir- 
ment les  deux  historiens.  Le  4  août,  Girolamo  Spannocchi  pro- 
posait au  Consiglio  générale  d'écrire  aux  agents  français  |)our 
leur  exposer  les  besoins  de  la  ville,  proposition  adopt('e  par  deux 
cent  soixante-di\-ii(Mif  blancs  contre  quarante-(iu(|  noii-s,  et,  sur 

I.  I^a  [ilir.'iso  esl  dliscui'e.  il  ImiiI  ciilcndro  :  c  .liii  ouï  dire  (|U(>  les  Iriiîtrcs 
l'iiiiLit  les  (irisons  elles  Italiens...  » 

■j..  «  Aveva  il  signor  Piero  deputali  iioniiiii  \wv  laccorre  i  soldali  che  shanda- 
vano,  con  accrescer  le  paghe;  e  si  laccva  massa  in  Monlalcino,  in  (Ihiusi  e  in 
Monticchiello.  »  (p.  278.) 

.'>.  Sii/.ziM,  p.  2H0.  —  (jf.  MoNTAi.Vd,  pp.  1 2/1-1  af),  et  des  lettres  du  cardinal 
dWnnau^iiac  au  connélable,  Rome,  i8  août  (pul)l.  par  T.  dic  I^auhooi  k,  Collection 
mi-ridioïKilp,  pp.  .")i-t)ii),  et  d'Antoine  de  \oailles  à  M.  d'Oysel,  12  scptend)re 
(ViîUToT,  A/nl)(iss(ide.i  de  MM.  de  Xonillrs  m  A/ii/leferre,  III,  lU']),  mention- 
nant la  |)rise  de  Lanssac. 


SITUATION    ClUTIQn:    L)i:     LA     VILLE.  253 

une  motion  •d'Antonio  Capacci,  on  décidait  aussi  d'écrire  au  roi 
de  France.  Le  12,  [)ar  trois  cent  onze  blancs  contre  cent  dix-sept 
noirs,  on  votait,  sur  la  proposition  d'Ambrogio  Xuti,  d'envoyer 
à  Henri  II  un  ovateur  officiel,  pour  lui  représenter  les  urgentes 
nécessités  de  la  ville,  la  iidéli(é  inébranlable  de  Sienne  à  sa  cou- 
ronne, la  maladie  de  Moulue  et  l'état  de  Strozzi,  et  Bernardino 
Buouiuse^ui  était  désigut'  pour  cette  mission'.  A  Rome,  les  car- 
dinaux rraucais  étaient  vivement  préoccupés  de  la  situation  cri- 
tique de  la  ville.  Le  cardinal  du  Bellay  écrivait,  le  5  août,  au  con- 
nétable :  «  Le  |)lus  dur  os  à  rong'er  sera  de  délivrer  Siene  »,  et  il 
se  félicitait  que  Lanssac  y  fût  de  nouveau  envoyé".  Il  ajoutait, 
avec  le  cardinal  Farnèse,  dans  une  lettre  collective  au  roi  : 
«  Monsieur  l'ambassadeur  a  prins  la  poste  pour  s'aller  jecler  en 
Siene  et  d'aulanl  plus  volontiers  l'en  avons  exhorté  (pie  la  cité 
le  requiert  f"or(,  et  le  s''  de  Moulue  de  plus  en  plus  le  demande, 
se  trouvant  encore  mal  disposé -\  »  L'état  grave  de  Monluc  est 
encore  attesté  par  une  lettre  du  ('ardinal  de  Ferrare,  qui  propo- 
sait à  la  seigneurie  de  lui  substituer  Roberto  Strozzi^.  Il  fut  ques- 
tion de  donner  aussi  à  Strozzi  un  adjoint  qui  eût  dirigé  la  guerre  à 
sa  place  pendant  sa  maladie  et  dont  les  pouvoirs  auraient  été  cir- 
conscrits aux  environs  de  Sienne-.  Les  Comme ntaivea  ne  laissent 
pas  soupçonner  que  Lanssac  se  rendit  dans  la  ville  à  la  requête 
pressante  de  Monluc  qui  décidément  trouvait  l'air  de  Sienne  de 
moins  en  moins  bon  pour  lui  ^.  Cet  oubli  volontaire  rend  b'gère- 

1.  Arch.  (i'J'Uat  de  Sienne,  Conrilio  (jcnerale,  reg-.  •>l\^,  fus  220-223  vo.  — 
^'()ir  les  instruclions  de  tJuouinscgni,  eu  date  du  iTj  août,  publ.  par  I^.  13anghi 
à  la  suite  de  son  éd.  de  la  Helacione  de  Montalvo.  Ou  y  lit  (p.  226)  :  «  Le 
niDstraretc,  tiualniente,  (pianto  Ira  l'altrc;  nostre  al'tliziuni  ei  aljbia  dato  laslidio 
e  dispiacere  riiiliTmilà  de  li  suoi  lUmi  Ayeutl  il  sig''  l'iero  Strozzi  e  .Monsi^nor 
ili  Monluch,  se  beu  per  i>razie  di  l)io  sperianio  chc  iu  brève  ritorneranuo  iu 
sanità  |)er  servizio  suo  e  di  (piesta  Kepubblica.  »  Les  réponses  otïïcielles  de 
Henri  It,  de  Catberine  de  Médicis,  du  cardinal  de  Lorraine  et  du  conuétable, 
en  date  du  28,  29  septembre  el  icr  octobre,  sont  conservées  dans  le  reçisU-e 
déjà  cité  (f'»s  234  ro-230  vo), 

2.  IjC  cardinal  du  Bellay  au  connétal)l('.  Iloiuc,  5  août.  (B.  X.,  t'r.  20/1/47, 
|»p.  i4«)-ir)o,  orii>\) 

3.  Les  cardinaux  l'arnèsc  cl  du  I5clla\'  au  roi,  Home,  ô  a(JÙt.  {//)/<!.,  |)|).  i/|i- 
143,  oria;-.) 

4.  l*ubl.  par  Bancui,  lieldcinne  di  Moiildlra,  p.  22(),  noie. 

T).  Le  cardinal  du  Bellay  au  connétable,  llouie,  18  août.  (B.  X.,  IV.  2o447« 
pp.   iOy-173,  orig.) 

0.  Ajoutons  à  sa  décharge  (jue  Cavalcauti,   vers  la   nicnie  date,    chercliait 


2  04  LA    DEFENSE    DE    SIENNE. 

ment  déplaisante  la  jolie  ^•■asconnade  qne  l'auteur  a 'ajoutée  à  sa 
première  rédaction  :  «  S'il  feust  venu,  je  croy  que  je  fausse  mort, 
car  je  n'eusse  eu  rien  à  fere.  » 

Moulue  précise  ensuite  la  façon  dont  le  marquis,  revenu  devant  Jjj 
Sienne,  log-ea  ses  troupes  aux  alentouivs  :  le  tercio  de  Corse  au  j 
pogijio  de  Ravacciano  (la  Pefifc-Ohseruanre);  le  tercio  de  Sicile  à 
la  Certosa  {/a  Chartronre)',  le  reste  à  Arbiarolta  et  une  partie  de 
la  cavalerie  à  Buonconvento.  Sozzini  place  ces  mouvements  des 
Impinianx  le  6  août  '.  Montalvo  raconte  que  Marignan,  de  retour 
devant  la  ville,  trouva  le  tercio  de  Clcjrse  mutiné  parce  qu'il 
n'avait  pas  reçu  quatre  payes,  et  que,  pour  l'apaiser,  il  l'emmena 
saccag-er  Monterigg-ioni.  C'est  après  la  prise  de  celte  place  que, 
pour  avoir  de  l'eau  potable  (les  Siennois  avaient  corrompu  les 
sources  voisines  de  la  ville),  il  transporta  son  cjuartier  g-énéral  à 
l'Isola  deir  Arbiarotta  et  mit  sa  cavalerie  à  Buonconvento  pour 
surveiller  la  route  de  Montalcino  et  enqjècher  Strozzi  de  ravi- 
tailler Sienne'.  Montalvo  recule  ce  mouvement  au  dernier  jour 
d'août;  c'est  en  effet  le  29  qu'eut  lieu  la  prise  de  Monteriggioni, 
livré  par  Giannino  Zeti  ^  ;  mais  la  concentration  des  Impériaux  à 
Arbiarotta  fui  antérieure,  comme  le  disent  Sozzini  et  Moulue'*. 
Sienne  était  pour  la  première  fois  sérieusement  menacé;  le  mar- 
quis l)loquait  à  la  fois  ses  deux  entrées  principales,  les  seules 
accessibles  :  Porta  Camollia,  qui  ouvre  sur  la  route  de  Florence; 
Porta  Romana,  qui  conduit  à  Montalcino  et  à  Rome  ^.  Le 
II  septembre,  Breton-Villandry  pouvait  écrire  au  connétable: 
«  Syennes  est  en  telle  nécessité  qu'il  faidt  que  l'on  la  secoure 
dedans  deux   moys ,   qui    n'est   pas    chose  aisée,  je   n'ose   dire 


aussi  il  s'cu  allci'.  ((liuliaiio  Ardiii^'hclli  au  duc  de  l'aruie,  Rome,  aij  a(»ùl,  dans 
Lett.  (Il  /y.  C.avalranli,  p.  92,  11.  i.) 

1.  Sozzini,  p.  27(1  :  «  Il  di  detto,  resercilo  iuipcrialo  si  ridussc  tuttit  alT  isola 
deir  Arl)ia  rotla,  v  la  cavalici'ia  stava  t^ià  pcr  il  Icltn  dAV  Arl)ia.  » 

2.  MoNTAi.vf),  |)|).   125-129. 

3.  Cîiaiuiino  Zcti  au  ('.(incistoro,  2;")  aoiil  (|)ul)l.  par  M"'"  A.  (^opimm,  nj).  cit., 

I'-  '!l')- 

f\.    !>('   7    ani'it,  Cfsai't'    (ialln   ('frivait    à    l)i(init;i    Ataria^M   poiu'  lui  aunouccr 

l'cuvdi  de  la  relation  v('ridi(pie  du  ccuuhat  de  AFai'ciaiio  par  Maiii>iiau  lui-iuènie, 

«  del  cainpo  ail'  Isola,  |)resso  a  Sicua  (pialiro  niii^Iia,  su   la  sirada  Houiana  ». 

(Lcllerc  de'  Priiirii)i\  éd.   1.570,  fo  182  r'^.) 

').  .loliu  Clieke  à  William  l'être,  Padoue,  f\  août.  —  .loliii  Masone  au  (lonseil, 

liruxfllcs,  :'.0  août  ri    r X  scplcnd)re.  (Slali-  /xz/x'/s,  M(iri/,  u"^  2/10,   200,  2O1.) 


MON'LIÎC    MALADE    A    LA    MORT.  2.55 

impossible' »  La  «  défense  »  propremeiil  dile  commen- 
çait. 

Le  récit  de  Monluc  présente  ici  une  lacune  assez  considérable, 
du  7  août  au  i8  septembre.  On  n'y  trouve  qu'une  iudication 
vague  et  inexacte  sur  le  ravilaillemcnt  de  la  ville.  Il  ne  seud)le 
pas,  d'après  Sozzini,  (pfil  y  ciilra,  aussi  fiirilciucnl  (pie  l'assurent 
les  C()miu('i\t<iii-es,  des  vaches  et  des  bu  files  «  [)ai'  resj)ace  de 
six  semaines  »  '.  La  lacune  s'expli({ue,  d'ailleurs  :  Monluc  était 
de  plus  en  plus  malade  et,  comme  il  le  dit  lui-même,  on  n'atten- 
dait que  sa  mort.  Sozzini  ('crit,  à  la  date  du  lo  septembre,  que 
les  médecins  ont  opiné  que  monsei^-iicui-  de  Monluc  était  [)()ur 
passer  de  celte  vie  en  l'autre  dans  trois  jours ',  et  le  aO,^  lirelon- 
Villandry,  dans  wm'  lon^-ue  leKi'c  au  roi  pleine  d'inqiorlanis  dé- 
tails sur  les  dispositions  du  pape  à  l'c^i^ai-d  de  Sienne,  disait  : 
«  Monsieur  le  maresclial  Slrossy  nu;  dist  (pie  si  on  pouvoit  re- 
couvrer le  sieur  de  Fourquevaulx,  dont  on  esloil  en  cpielzques 
termes*,  il  estime  qu'il  est  fort  à  pi-opos  pour  demeurer  dedans 
ledit  Sienne,  et  qu'il  satisferoit  à  la  charge  de  monsieur  de 
Montluc,  duquel  on  n'alteiidoit  que  la  mort,  et  à  celle  de  la  {)o- 
lice-\..  »  (Test  donc  dans  Sozzini  (pi'il  faut  chercher  des  rens(;i- 
giu'ments  sur  ces  six  semaines  manpiées  par  l'exode  d'une  partie 
de  la  p(ipulation  et  par  les  premières  mesures  pour  la  réduction 
des  vivres*'. 

Le  n'citdes  Commentaires  reprend  à  l'arrivée  de  Pielro  Strozzi 
à  Sienne  fiS  septembre).  Le  blocus  du  marquis,  la  maladie  du 
g-ouverneur,  la  diminution  cr'oissanl(;  des  vi\  res  avaient  vite  jeté 
les  mobiles  Sieunois  dans  le  désarroi  et  le  décourag"emenI.  Au 
lendemain  du  désastre  de  Marciano,  ils  ne  parlaient  que  ((  de 
garder  leur  liberté  et  l'amilié  qu  ils  avaient  promise  et  jurée  » 
au  roi  de  France.  Au  bout  d'un  mois  de  résistance,  «  à  cause 
des  marnais  offices  (pie  axoleiit  faict  les  mai;istralz,  la  part  iin- 


1.  B.  N.,  tV.  20442,  f"  18  ro,  on'i?. 

2.  Sozzini  (pp.  2()2  cl  'M)i\)  noie  si'ulcmciil  dciiv  t'iilriv's  de  convois  de  farine 
et  de  IxMcs  à  cdimics  le  3  cl  le  12  sc|)tend)rc.  Ci".  .Mdni ai,\o,  p.  i.So. 

3.  Sozzini,   p.  ^.>A)'^^. 

4.  Four.[iicviiu\  av.iit  (•{('  pris  à  M  irriaiin,  cniiimc  l'a  iioli-   .Monluc. 

.^).    iJrelon-Villaiidry  au  roi,  llumc,  -iù  bcplciuiii'c.  (B.  N.,  l'r.  204/12,  1"  ■•f\  r'\ 
ori^.) 

6.    Sozzini,  pp.   27.1-2()G. 


256  LA   DÉFENSE    DE    SIENNE. 

poiialle  se  y  resveilloit  l)i(Mi  fort  »  '  et  1  on  parlait  de  se  rendre. 
C'est  pour  rétablir  dans  cette  ville  désemparée  l'autorité,  le  bon 
ordre  et  la  concorde  compromis  que  Slrozzi,  après  avoir  formé 
un  convoi  de  vivres,  partit  le  17  de  Moutalcino.  Il  était  accom- 
païïiné  du  successeur  de  Lanssac  à  Rome,  Odet  de  Selve',  et  de 
l'arolievêque  de  Sienne,  Francesco  Bandini,  qui  avait  été  l'un  des 
premiers  à  donner,  le  6  août,  le  signal  de  la  panique  et  à  quitter 
la  ville  avec  ses  liagayes,  au  s;Tand  scandale  de  ses  ouailles  -\ 
Strozzi  emmenait  six  enseig-nes  de  cens  de  pied  et  trois  compa- 
gnies de  gens  de  cheval  +.  Arrivé  le  même  jour  à  Crevole,  il  en 
part  la  nuit  et,  à  l'aube,  atteint  sans  encombre  Ponte  aile  Tavole 
sur  la  l'ressa.  C'est  là  que  le  marquis  avait  préparé  deux  embus- 
cades «  vers  Fontebrande  et  au  long  de  la  rivière  de  la  Trece...  » 
Strozzi  tombe  dans  l'embuscade.  Monluc,  dont  le  récit  concorde 
avec  les  autres  témoignages  5,  insiste  sur  certains  détails  (jui  lui 
a[)parliennent  en  propre  :  l'intervention  de  son  neveu  Sérilliac 
donnant  avec  ses  trompettes  au  milieu  des  Impériaux^;  Strozzi 
portant  sa  jambe  encore  malade  en  écliarpe  à  l'arçon  de  sa  selle  et 
obligé,  avec  l'archevêque,  de  se  jeter,  pour  échapper  à  l'ennemi, 


1.  Saiut-Luc  au  connétable,  llonie,  18  octobre.  (B.  N.,  iV.  204^2,  fos  44  î"*- 
46  yo.) 

2.  Breton-Villandry  au  roi,  Rome,  26  septembre.  {Ibid.,  fo  24  ro.)  —  Odet 
de  Selve,  ambassadeur  à  Venise,  fut  mandé  à  Rome,  après  Marciano,  par  les 
cardinaux  français,  qui  l'envoyèrent  à  Sienne.  Il  y  alla  de  mauvais  s^ré,  faisant 
observer  qu'un  iliplomale  connue  lui  ne  pouvait  <>uère  être  utile  dans  une  ville 
assiégée.  (Odet  de  Selve  au  roi,  21  août,  dans  Rihieh,  II,  5oG.) 

3.  SozziM,  p.  275. 

4.  Monluc  parle  de  six  enseignes  de  ç^ens  de  pied  et  de  drii.r  conq)aiiiii('s  de 
gens  de  cheval.  Je  rectifie  d'après  une  lettre  de  Saint-Luc  au  connétable,  Mun- 
talcino,  29  septembre.  (B.  N.,  fr.  20442,  f"  28.) 

5.  Voir,  sur  l'entrée  de  Strozzi  à  Sienne,  le  récit  de  Sozzim,  j)p.  2c)7-2()8  ;  la 
lettre  de  Saint-Luc  au  connétable  déjà  citée;  une  dépêche  de  John  Masone  à  la 
reine  .Marie,  Bruxelles,  ."i  octobre  [Stale  jMipers,  iMarij,  n"  2OS),  (jui  dit  (jue  Strozzi 
perdit  <|uatre  cents  honnne