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Full text of "Les banques dans l'antiquité [microform] .."

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Bernardakis, Athanasios 
N. 

Les banques dans 
l'antiquité 

Paris 



1881 



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COLUMBIA UNIVERSITY LIBRARIES 
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Le.s..banq.u.e.s dans.. I'.aati.q.m^^ 



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LES BANQUES 



DANS L'ANTIQUITÉ 





LES BANQUES 



• DANS L'ANTIQUITÉ 



PAR 



A. N. BERNARDAKIS 



Extrait du Journal des Économistes 

(Juia et août 1881). . 



PARIS : 

LIBKAIRIB GUILLADMIN KT G", ÉDITEURS 
de la Colleetion des principaux EeoaomiBies, de« Ecouoiiiihtes et Publicietes 
oonteroporainsy de la BiUîolhèqoe des «ciéuces morales et pc^litiques, 
du Dieûonnaire.de rBoonomie politique, 
<2u Diettonuaire universel du Commeree et de la NAviicaiktfi, etc. 

mi 



I 



Author G» 
JUL \ ' 1911 



LES BANQUES DANS L'ANTIQUITÉ 



SOHlf AIBB : I. Lm changeurs, pnmien iMkoqnk»*. — L»f « trapéàto» » gMCs, 
les « argentarii » romains. — Procédés des temps primitift. — II. Les con- 
trats d'emprunt. — Les taux àu prêt. — Iju lénalUés. — lU. Les tem^, 

vraies banques de l'antiquité. — Leurs opérations. — La banque de Bysanoe. 

— IV. La Banque de Pasion. — V. Les huit plaidoyers de Démosthène pour 
AppoUodore. — VI. Quelques pièces de ce procès. 

On a peu étudié et surtout peu élucidé jusqu'ici la question des 

banques dans l'antiquité. Quoique le travail assez récent de 
M. Georges Perret sur Démoslhènes ^ ait jeté sur ce sujet de vives 
lumières, la carrière reste encore libre. L'ancienne dissertation de 
Claude de Salmasio * n'est qu'une accumulation de matériaux de 
toute sorte, sans bu tel sans ordre. Les recherches do M. Edmond 
Guillard sur les banquiers athéniens sont incomplètes 

N'ayant, ainsi, que peu de devanciers et peu de renseignements, 
semés" comme au hasard dans les anciens auteurs, sur les banques 
de l'antiquité, si différentes des nôtreè, comme l'est forcément 
toute institution à son début, notre travail restera imparfait à 
plus d'un titre. 

I 

Dans l'antiquité, la banque, telle que nous l'entendons aiyour- 
d'hui, n'existait chez aucun peuple. La production et la consom- 
mation étaient trop bornées peur alimenter en conséquence soit 
les banques, soit le gouvernement lui-même. L'immense extension 
de l'échange, de la circulation et, en général, des opérations des 
banques, est un produit de notre époque; la différence est telle 
que l'on ne peut songer à la comparaison. Le sàrafde Constanti- 
nople ou de Srayrue, aujourd'hui accroupi sous ses guenilles au 
coin d'une rue ou derrière la fenêtre d'une masure, devant son 
ban&), portant des amas do toutes sortes de monnaies dont le total 
ne dépasse jamais dix ou vingt mille francs, peut seul nous donner 
une idée de l'ancien banquier, dont les affaires se bornaient au 
change des monnaies et à des prêts à taux usuraires *. 

* Démosthènes et ses contemporains. Revue des Deux-Mondes, l^'' juin 1872 
l" et 15 novembre 1873. 

* DiêêerkUio de fœnare trapesetioo^ LugdL BaUr^ ia-12> 1740 ; De usw^s^ 

1738. 

>Xcf tâmqmiere athénUm et rom m imt ^ br. ia-8, 
« Itocrate, « T^wwÇmjrf^ % 



~ 6 — 

L'absence générale des banques dans Pantiquité ou, pour ce qui 
en existe, )eur cadre restreint, sont dus h Vélid du crédit même, 
inconnu, pourrait-on dire, et à coup sûr craint et méconnu. Les 
Indiens, d'après Élied i, ne prêtent ni ne savent prêter; c'est pour- 
quoi on n'a d'eux aucun contrat de prêt ou de dépÔL Pour les 
Perses, les délies élaiani un crime, car le débiteur est forcé de 
mentir *; ils méprisaient -d'ailleurs toutes les questions de finan- 
ces, en désaccord avec leur caractère guerrier comme avec celui de 
la plupart des nations antiques. 

Scion toute probabilité, les Israélites ont pratiqué le prêt àinté- 
rêt et l'usure, cîïP Mo!se sei&ble avoir voulu donner libre essor au 
goûtdece peuple pour les emprunts que venaientcorilracter chez lui 
les étrangers 3. Les Egyptiens prêtaient contre écriture, stipulant 
toutefois que le capital ne pourrait aller, avec iesintérôls, au delà 
du double K 

Homère conseille de fair les dettes. 

Eneonsidâmntees diverses raisons et Terreur, si longtemps ré- 
pandue, que l'argent, n'étant pas prodnctifpar lui-mêmr', ne devait 
pas rapporter, l'institution des banques ne pouvait guère se déve- 
lopper dans ce milieu hostile, iMêmeen Grèce, où le loyer de l'ar- 
gent fut toujours reconnu comme un service rémunéré, les ban- 
quiers ont été longtemps vos du plus mauvais œil et souvent 
accablés des injures les plus méprisantes; leur profession était 
comparée aux plus viles et fut réputée infâme. Les mots « mé- 
chant», obolostate (pèse-obole), «avare, vétilleux, mesquin, 
scieur-cumin, crasseux », etc., tombent sur eux dru âomme grôl^. 
Ces idées subsistèrent longtemps dans la société ancienne, etl'Evan- 
gi!e, en maints endroits, ne traite guère mieux les banquiers 6. 



* Indiens. 

' Hérodote, liv. II, ch. 138; Platarque. De viUmdo aere aliène* 
> i^^^^roiMmu?, cap. XXin, 19. Pam^ 

* IModore, Ut. I, du 79. — Pour les préU même qui avaient lieu sans écrit, 
les délnieurs ffia étaimt affiraaehîs si par sèment ils déclaraient ne pas devcii- 
Les créaacîm ne pouvaient jamais réduire en esclavage les débiteurs. Solon 
introdnisit ces lois en Orèce avec quelques modifications, et de la Grèce elles 
furent importées à Rome d'où elles se sont en partie conservées jusqu aujour- 
d'hui, n y a vingt ou vingt-cinq ans, en Grèce, le débiteur n'était pas obligé 
de payer d'iutérêt s'il prouvait avoir déjà (tayé dans un espace de temps des 
intérêts égalant le capital. La même ckose a lieu en Turquie pour le lojw des 
immeubles. 

= De fœnore trape*eiieo, p. 187, 563. — Akiplmn, — Liiemi. ^ km- 
tophane. Lea Huées, vers 1,SS5. 
«SluuBtJea&^eh. II, / 



D'après les témoighi^es qui nous restent de ces siècles reculée, 
lechftogeurdeinonnaieset mêœey plus tard, le tMtnquîer, étaient 

gens de basse extraction : étrangers, métèques ou afTmnchis, ve- 
nus souvent de Corinlhe ou des cités ioniennes, qui de bonne 
heure avaient connu et établi des institutions de crédit. Cette pro- 
fession ne rentrait pas dans celle de rhomme libre; celui qui Texerce 
est toi](jours représenté Gômme midbre d^one fortune médiocm, 
souvent vieux, infirme, fronçant le sourcil, tenant en mains des 
papiers rongés par les vers ou par la vermine, pourris par le temps, 
pensif, sans cesse préoccupé de ses affaires, qui consistent à placer 
des capitaux à usure ou à recevoir quelque dépôt. 

La multiplicité des monnaies de l'antiquité, la variété non motos 
grande de leur titre d'aloi, Tétat embryonnaire de la lettre de 
change, le crédit limité, Les voies de communication restreintes, 
devaient bien alimenter ce métier de ^changeur, pTa6x«Ttx« ou j'oxf 

Âvee le temps, les changeurs et osorins devinrent banquiers. 
Leur occupation était surtout d'employer et de faire fructifier Tar* 

gent d'autrui^; bientôt, ils se mirent à y joindre souvent le leur, 
et devinrent les dépositaires des capitauxdisponibles pour lesquels 
on payait ordinairement un intérêt médiocre ^. lis prêtaient sur 
gages \ sur hypothèque et sur immeuble ^, à la grosse aventure. 
Ils continuaient à opérer le change ctes monnaies, d*an bénéfice 
toujours important^, et faisaient souvent valoir leurs capitnux 
dans différentes entreprises : fabriques d'armes, fabriques de meu- 
bles, etc. Finie leur journée de préoccupations et d'affaires, ils vi- 
vaient le reite du temps en famille, soovait fort retirés, et lais^ 
saient ainsi des fortunes considérables, comme firent le père de 
Démosthènes et Pasion, père d'ApolIodore. Le premier laissa une 
banque, une fabrique de lits et une fabrique d'épées, représentant 
une valeur d'environ quatorze talents; le second, une banque rap- 
portant cent mines par an et une fabrique de boucliers, soit une ibr« 
tune d'environ vingt talents. Ces banquiers n'avaient rien de com- 
mun avec les changeurs des coins de rues; ils avaientdescomptoirs 
importants, des caissiers, des comptables, des secrétaires et di- 
vers employés. Leurs enfants recevaient une éducation soignée et 

* Aristote. 

* Isoorata, Démosthènes, àc FaUa legat*^ coMlro Poljf<^. — Poilus, OMomOB» 
liè^ 111,84; VII, 170. 

' Dteof th. Pkùrm. €. AfpoUoi^ AfkeA.^ It in PiMrm* 

* Id., €. rjffuwr. 

* Id., pro Phorm. 
•SuUscb. Metroloç., p. 297. 



— 8 — 

jouèrent parfois un rôle importaal dans la politique, comme nous 
le verrons plus loin. H&tons-noosçle dire cependant qu'on vit alors, 
comme toujours et partout, des banquiers qui perdirent leurs capi- 
taux et firent taillile i. Ils jouissaient d'un grand crédit dans les 
maisons bien établies de toute la Grèce, et en tiraient un tel appui 
que le fameux ApoUodore se vantait orgueilleusement de « pouvoir 
emprunter qù il voudrait, étant le fils de Pttsion, lequel était 
en relation avec beaucoup d'étrangers et dont le crédit était établi 
dans toute la Grèce 2 ,^. Ils jouissaient d'une telle considération, 
leur solvabilité inspirait une telle conUance» que non seulement on 
faisait avec eux des contrats sans témoins », Biws que Ton déposait 
chez eux de l'argent et des billets et que les actes étaient scellés et 
ouverts en leur présence, comme aujourd'hui devant les olUciers 
ministériels K 

L'amitié, la complaisance, amenaient parfois des prêts sans inté* 
rôts et même sans écrit, sans hypotbèqae ni gage, avec ou sans té« 
moins, le xnp^Anm iffûyjfpaçw dont il est parlé dans Démostbèncs S; 
ces prêts, il va sans dire, ne pouvaient se négocier comme les 
autres 6. On recourait, dans d'autres cas, à un engagement, xs'po'- 
7pa9ov, ordinairement écrit sur papyrus, ou h un contrat en iorme 
authentique, m-^fa.<fh, écrit par un tiers sur undiptique formé de 
tablettes enduites de cire; les témoim le signaient, et il était confié 
à la garde d'un changeur 

On se servait, pour ces actes et écrits, de fragments de vases de 
terre, d'os», de rubans ou d'écorces de bois, raivi'a ÇuXîvr,, de ta- 
blettes 9, de papier fait alors de papyrus, ou bible de peaux 



* Démosth., pro Photm^ 1" plaid, c. Stefkmo*. 

* Id., m Polycl. 

* IsQcrate. l^aiMTx. < Tà |ùy •^cp m^ïma. rm «piç niisMnt^ Tp«1r<^:«^ êm 
(Mfciîpm -pTvtTat. » Chès Uê Bynatii», piw tard, 1« Wmoignage seni du no- 

trapez.j 157. 

* Démosth. e. Oatlip — e. JMonjf$ed. — SauBiaise. De modo ss., p. 396. 
> C. lîmùtk. Saumaîu, De m. u, œ., p. 381. 

* Cailleoier. Le Contrat de prêt à Athènes^ p. 8 et suiv. 
' Sanmaiae. — Démosth. 

•C'est-à-dire les omoplates de bœur(Diog. Laërce, Vil, v, § 174), sur 
lesquelles écrivait Cléanthe. 

* C'était la matière la plus usitée. Aristoph. Thermoph. 

" L'usage du papier employé en Egypte dès 1872 avant notre ère, a passé 
chez les Grecs au ou ix* siècle avant J.-C. La feuille de papier coûtait * 
Athènes, à lepoque de Démosthènes, i ^èces eneuivre on bieaé e. Voir aassî^ 
Dureau de la Malle etpariictfUèrMiiBatrètodf iatéMisantede M*B^opèrtC^^ 
mat ; U i^o^Mr é Aîkimee. 



~ 9 — 

grossières, ^ta^pat. des porgamènes, du marbre et du bronze *. 

Lorsqu'on rendait l'argent emprunté, les débiteurs étaient, 
parait-il, assistés de plusieurs témoins, « atin de rendre les ban* 
quiers indulgents ^ ». 

Les instruments des changeurs et banquiers étaient à peu pr&s 
les suivants : 

La balance, pour peser les matières précieuses et les monnaies, 
d'où leur nom de «pèse-obole», du métier lui-même, ditoScXoaTaTtîcf.^; 

La pierre de louche et le trébuchet| pour examiner l'exactitude 
oa raltération des monnaies, d'o& leur nom de a^xtfia^et celui du 
métier, iwwfajTm% ^; 

Une caisse et un sac, généralement de peau de chien, xuvotxtov, 
dans lesquels ils enfermaient les matières précieuses, les papiers 
Qt les registres; le sac était fermé et cacheté chaque spir 

Tout tmnquier oil changeur, copme à peu près tout le monde 
du reste, avait un carnet de poche du genre des nôtres, appelé 
«fpa{J4MT£tGv et souvent « béotien »), car il était usité surtout en Béo- 
lie ; ces carnets contenaient une ou deux leuilles d'ivoire ou des 
planchettes, o«n^K, enduites de cire ou d'un mélange de cire, p.axia% 
et souvent uae ou plusieurs poches, «tox^ ou plis, Uptis dans les- 



* Les décriât traités étuent insmts ordinairment sur le marbre; par 
exemple, le truté des Athéniens avec Simon, prince du Bosphore, était gravé 

snr le marbre; une copie ëtait érigée au Pirée, une an Bosphore et une autre 
(l'original eu quelque sorte sans doute) au temple des Argonautes. Cet ordre de 
distribution devait s'appliquer à tout contrat, c*est-à-dire que chaque partie 
contractante devait avoir une copie et déposer l'original chez un banquier ou 
dans un lieu sacré. (Voir aussi Démosth. c. la loi de Leptine,) 

Ce n*était pas toujours cependant le bronze ou le marbre qui remportaient 
sar les antres matières, mais la manière dont les écrits étaient consenrés. Lors-> 
qii*oa Tonlait conserver un écrit important, on le plaçait soit dans an eofire de 
bois, soit dans on vase .de terre. Le vase on le coffre était ensuite déposé 
dans les hypogées on dans les tombeaux, sLbims qae ce que la pierre ou le 
bronae ont été impuissants à nous transmettre, de fragiles membranes Tont 
fait. (V<ûr M. Ex. Caillemer.) 

' Démosth.ftn Phorm. 

* Caillemer. Le Contrat du prêt à Athènes, p. 12. 

* Théocr., idyll. 12, v. 37. — Lys., in Théomn.j p. 179. — Lucien, i?i lier* 
mot., t. I, p. 810. — Poliux, liv. III, cap. ix, § 81. — Hesych., in 'Af-jupo-jv. 
«^t in '06oX., p. 392. 

* Theophr. Charact, 

* Arist. (cité par P<^ux} in Thesmoph. Au commencement on mettait le 
seing sur chaque écrit et sur la cire ou ce mélange de eîre qui 8*a|ipelaat aussi 
fteoç ainsi que la sigaatnie, (Pollnx. Aristc^., ^ststr.). 



4 



— 10 — 

quels on mellail de l'argent ces carnets ou porlofeuilles furent 
plus tard appelés aosst porte-^argent, «pTupotnMu^yce que les Ro- 
mains nommèrent porto-pygilar ad $enbenéum ou Bwtwum^. 
On écrivait sur ces tablettes avec un stylus ou poinçon, (xjjLtXTi, en os 
ou en ler, pointu à Tun de ses deux bouts, ayant à l'autre bout une 
large lame plaie qui servait à efiacer, en cas d'erreur ou de modi- 
lication, les lettre s déjà marquées, et permettait les corrections 
sur la cire rendue à son poli primitif K 

On se servait de différents livres; mais, d*un côté, leurs noms 
fort vagues, deTaulre, Tincertitude même de leur usage et de leur 
emploi rendent presque impossible toute qualification précise de 
ces registres* 

Nous savons qu'il existait des registres de dooene, c'estrà-dîre 
des livres d'entrée* et de sortie ^, des livres de parties », comme 
celui tenu à l'Acropole, sur lequel figuraient toutes les classes de 

débiteurs publics ^ et qui paraissent ressembler à nos registres 
d'hypothèques, lesquels ne pouvaient exister alors, car ils étaient 
inutiles. En effeti chaque fonds engagé portait une table de pierre, 
ou quelque borne ou poteau^îpot, surlesquelson insmvait le diiCTre 
de la dette et le nom difs créanciers ; le musée d'Athènes en pos-* 
sède un très grand nombre 11 y avait aussi des journaux, 
£çl(ï{^epi^^, sur lesquels, d'après Plutarque ^, les prêteurs, au lieu 



* Saumaise, p. 421 et suiv, 

* Harpocrat., à ce mot, 

* Martialis, liT.Xiy. 

* Strtpsîade, toaHaenté des lif ttes de ron fils et ae pouvant pas dormir, dit : 
« Garçon, allame la lampe et apporte-moi mon agenda, T^iKffaxw9\ je veux 
voir à qoi je dois et &ire le calcul des intéréU. » (Aristoph., Asf^, vers 19 et 
sniv.) — Dans les foviUes que la Société archéologique a entreprises depms 

quelque temps aux pieds de TAcropole, dans le temple d'Esculape, 'Ae)t>niPttiov, 
qu'elle a mis au jour, elle a découvert un piédestal sur lequel une trousse mé- 
dicale est représentée en relief ouverte à charnière, et dans laquelle on distin- 
gue différents instruments médicaux. Cette trousse ressemble énormément à celle 
d'aujourd'hui. Ce carnet s'est perpétué aussi chez d'autres nations ou du moins 
j a été inventé. Auprès de la maison Bnondemonti, a Florence, il y a quel- 
ques années, on a vetrouTé dans une cachette un véritable agenda de poche. 
Les feuilles de ce earnel sont en bois recouTertes dHine coucbe de cire et il est 
attribué au xup siède. (£»Me des Dena^JfoiMfet, fivrier 1818. Los anciens 
banquiers Florentins, p. 661). 
■ Démosth. Chrysippe c. Phormion. 

*Démosth. c. Neseva; c. Theorines, l^r c. Aristogiton; c. TimoeraU. 

* Ces opoi ne se rencontrent plus à partir de l'époque d'Alexandre. 

* De vitando aire aliéna. 



— 11 — 

d'inscrire la somme réelfement avancée, forçaient souvent le chiffre 

de Tavance. Citons toutefois un passage de Démosthônes^, qui nous 
donne le pl'JS de détails sur les livres des anciens. 

Lycon, négociîînt d'Héraclée, avait déposé des fonds à la banque 
de Pasion, à Athènes. li donna ordre de les tenir à la disposition 
de son associé Géphisiade et chargea en même temps Ardiébiudé 
et Phrasias de le présenter à Pasion et decwttfler de son iitenlité 
lorsqu'il serait de retour. Pais, il prend la mer et meurt dans la 
traversée. Calippe, pron^ènedes liéracléotes, se présente à la banque 
et prétend que Lycon lui a fait, en mourant, donation des ionds 
déposés ; mais Pasion les avait déjà remis k Géphisiade. 

On voit, d'après ce piaidoyer, que les banquiers, pour plus de 
sûreté, lorsqu'un particulier qui avait déposé des fonds donnait 
ordre de les remettre à un autre, inscrivaient d'abord le nom du 
déposant, puis la somme déposée, ajoutant en marge : « Payer à 
un tel ». Si celui à qui doit élve fait le payement est connu, on 
met en marge le nom de celui qui doit se présenta et r<m cer^ 
tiOe son identité avant qu'il puisse toucher. 

Voici le texte de col article : 

a Lycon, d'Héraclée; seize cent quarante drachmes. Payez à 
Géphisiade. Céphisiade sera présenté par Archébiade, de Lamp- 
tra». 

Il y avait encore des livres appelés 2 et desbordereaux'* 

La tenue des livres des anciens nous e<t révélée par des inscrip- 
tions et surtout par des inventaires du trésor public parvenus Jus- 
qu'à nous, et insérés dans le Corpus imcriptionum grxcarum de 
Bcdckh ^ et les Antiqmtés heUéntqnes de M. A. R. Rangabé K De 
ces monuments, nous ne pouvons conclure, comme Va fait M. G. 
PerroL que la tenue des livres fût dès lors en partie double. 
Tout au contraire, les Grec? ignorant forcément les chiffres arabes 
et ne se servant pour leurs comptes que des lettres de ralpbabet, 
leurs livres ne pouvaient être que des amas de notes plus ou moins 
bien divisées en catégorie.^ et toujours loin non seulemmt des 
livres tenus en partie double, — invention de date récente, — mais 
irême de ceux tenus en partie simple. 

» C. Callipe. 

' 'ATcc^t^où; iu.o\ rb dcp-yuptov, o xaTsXiTtsv 6 TzcLrhf oçÊtXovra aOrôv èv -rot; -^potf*- 
p.a<jt (Deraosth jjro Phorm.) 
^ Plut. Vie de Lysandre, ch. XVI. 

♦ VoU I, part. II, n*» 138 et suiv. 

* D9M cet oamge on peul voir plosieart comptes rendus, invoataïtos, elno 
£Mded*aiitraiiiseripti<»is.2tol. in«4^ Athènes, 18<2-18B5. 

• Démosth. ^ ses contMtporatns {Bewêdei lliif# - J faidsi), pnrO.Bem:. 



^12 — 

Peut-être, chez les Romains ^ les banquiers eurent-ils unecomp- 
tabililé plus régulière; d*abord, leurs atiribuUoas étaient beau- 
coup plus étradues qu'aujourd*hni, car ils étaient à la fois officiers 
publics, agents de change, courtiers, coTimissaires, notaires; ils 
s'occupaient d'achats et de ventes, drossaienttous les actes ou écrits 
nécessaires pour toutes ces opérations; de plus, et surtout, les 
livres sur lesquels chaque citoyen romain mentionnait tout ce qui 
intéressait sa fortune et sa vie étaient de deux sortes: les adeersa^ 
ria^ hrouillon ou main courante, sur lesquels les particuliers ins- 
crivaient tous leurs actes aussitôt passés, et le Codeœ accepti et e.v- 
pensi , ou Tabulée, registre ayant une page ouverte à chaque 
personne avec laquelle on pouvait avoir des relations d affaires ou 
dintérët. Ce Codesp était même plus qu'un livre domestique ou 
privé ; c'éttiit une façon de monument religieux qui devait perpé- 
tuer la vie et les actes de toute une lamille. Les Romains tenaient h 
honneur de lui maintenir ce caractère auguste en y consignant 
scrupuleusement et régulièrement les incidents de la moindre im- 
portance ; aussi faisait-il foi et loi devant les juges» qui ne tenaient 
aucun compte des adversaria. 

Parlant de ces codices des argentarii romains, M. Guillard * dit 
que (c probablement ces registres étaient tenus en partie double, 
avec une colonne pour l'actif et une autre pour le passif; du moins, 
c'est ce qui semble résulter du passage suiviuat de Pline le natu- 
raliste : Hitk mmia fxpensë^ huic onmia ferentw accepta ; êt tn Ma 
ratianemùrtaHumsola xiiramqut paginatn facit. Ce qui peut être tra- 
duit ainsi : On porte d'un côté les sommes qu'on a payées, de l'autre 
côté celles qu'on a reçues; de celle manière, dans tout livre de 
comptes» un seul livre prend les deux pages. Nous observons ici 
que la tenue des livres en partie double ne conmste pas mlhitelh 
Y Avoir àe chaque compiequi s'établit tout seul, toutes les fois qu'on 
veut arrêter un compte, en admettant qu'on ait extrait les articles 
d'un brouillon tout h lait primitif; on n'a qu'à se mettre à la place, 
par exemple, d'un changeur grec et alors on verra que le Doit et 
Avoir s'établit tout seul. La tenue des livres en partie double con- 
siste surtout en ce que chaque compte débiteur a un compte crédi» 
leur, en ce que le journal contrôle en quelque sorte toutes les 
inscriptions et les livres, et en ce que par celle méthode on connaît 
non seulement sa position vis*à-visdes diflerentes personnes avec 
lesquelles on est en relations, mais aussi la position avec soi* 
même». 



^ Merlin. Réperi^t verbo Banquier. 
s P« 5é et MÛT. 



— 13 — 

A Romei les banquiers étaient obligés de tenir leurs comptoirs 
ouverts toute Vannée; ces comptoirs, sorte de patrimoine, se ven- 
daient, se louaient, ou étaieot exploités par des commis ou des 
esclaves. C'est là que se réunissaient les oisifs pour causer des 
nouvdles ou des riens du jour, souvent suivis des courtisanes qui 
venaient tenter les oi^l's. Ces comptoirs se groupaient autour du 
Forum, près du temple de Castor ^. 

Disons maintenant quelques mots sur les usuriers, et surtout 
sur les dilférents modes de prêts ou d'usure. 

U 

Nous ne parlerons ici ni du contrat d'usage, auY-ïpxçTi, mwJTnxiQ, et 
plus lard x««e^TP^9 ^ emprunt? faits sans écrit, x^'^^^^ 
èmuBfot £viu oupfioXfluGu OU iaùj^ojfw ni des engagements dont ré* 
pondait le corps du débiteur ; ces derniers, en vigueur dans pres- 
que toute l'antiquité, furent abolis en Grèce par Solon, en Egypte 
par Boccboris K Nous ne parlerons que du prêt ordinaire ou à in- 
térêt. 

Le taux de l'intérêt était libre, ou plutôt fixé par le débat de 

l'offre et de la demande et variait de 14 1 à 18 0/0 ; mais les limites 

du taux courant de Tintérét étaient de 10 à 18 0/0 par an. Au-des- 
sous de 10 0/0, les temples seuls acoordûent à la république les 
sommes dont elle avait besoin. Les emprunts se contraetad^t au 
jour, au mois, à Tannée, par période de temps et par voyage, pour 
les prêts maritimes ^. 

Cette liberté absolue engendra souvent des abus. . Les usuriers 
qui prêtaient à la journée» ifufotmumi, et de ce nombre fut le 
philosophe Ménippe, »^;eaient habituellement une obole, une 
obole et demie par jour, ce qui faisait 25 0/0 par jour ^. Mais ^ 
fréquents que soient les prêts excessifs dont il est question chez les 
anciens, allant, avons-nous dit, jusqu'à 48 et 50 0/0 par an, ré- 
pétons que les philosophes ne faisaient pas de dilférence entre le 
prêteur peu scrupuleux et le misérable qui trafiquait de l'honneor 
de sa femme ^ ou violait un dépôt confié. Les moralistes ont fré« 



^ CaiUemer. Le eotUrat de préi^ p. 3; PoUux, II, 152. 

* Dalles., BéperU^ U VI, p. 146. 

* J)iod. de Sie., 1, 79. 

* Sanmaise^ p. 62. 

5 Théophr.,Carac«., chap. 6. 

« Lucien. Le Banquet. -^Ethiq, ad. Nicomach.j liv. IV, cb. 1, in AristoU 
Que le loyei' décapitai doive rester libre, c'est aujourd'hui heureusement hors de 
tout doute; que les eiceptious meutioaaées ci-iessus aieut toujours existé, 



- i4- 

quemment critiqué le placement de l'argent ; on connaît le jeu de 
mots de Plutarque {De vitando aere aiieno), sur lesprêls h intérêt. 
Le mot grectrfxoç, intérêt, signitie <( enfantement 9 , ce qui fait dire 
à cet auteur : inm réxo; Trpb Toxou, Toxo; -je jxct fon x«l «xxoç, c'est-à-dire : 
L'argent étant stérile, ne peut faire de petits, ce qui serait con- 
traire h la nature. D après Hésiode et Aristophane, Ja famine et 
les dettes ne sont jamais bien éloignées ^. 

Le vieux Strépiade, tourmenté parles dettes de son iils, était 
allé demander à Socrate un moyen de frustrer les créanciers et de 
ne pas payer ses dettes, lorsqu'une idée lumineuse traversa sou- 
dain son esprit. Si, grâce aux sortilèges d'une magicienne de 
Thessalie, il pouvait s'emparer de la lune, il renfermerait soigneu- 
sement dans un étui comme un miroir et se garderait bien de lui 
rendre la liberté. ~ Et pourquoi? dit Socrate. — Mais, réplique 
le vieillard, si la lune ne se levait plus, Je ne payerais plus d'inté* 
rêls 2. Aussi le bonhomme no rit plus ; il ebl inquiet lorsqu'il voit 
la lune ramener la troisième décade, car elle lui rappelle que le 
moment approche de payer les intérêts^. Ailleurs, il fait des vœux 
pour que la lune soit emprisonnée et chargée de chaînes, ça^r tant 
que cette courrière des mois disparaîtra, il ne payera rien. AiU 
leurs encore il dit : « Tant que les jours et les mois passent, 
l'argent augmente et l'intérêt, avec le temps, grossit comme un 
monstre'*». Ailleurs enfin, l'intérêt est comparé à un fleuve 
tranquille qui ronge lentement un mur. 

Mais si, en Grèce, les débiteurs étaient parfois tourmentés par 
les usuriers, à Rome, le véritable usurier était le patricien. Plus 
d'une fois, le plébéien se vit forcé d'aller trouver celui-ci pour se 
i aire escompter l'espérance d'une victoire prochaine. Après une 
guerre malheureuse, on revenait à Rome pour y trouver d'autres 
ennemis qui attendaient et préparaient, arec une procédure; impi* 



qu'il nous soit permis de mentionner le fait suivant : A la halle de Paris, il 
y a des personnes qui prêtent à des marchands des quatre siûsons la pièce de 
5 fr. à raison de 25 c. la journée; le petit marchand des rues achète des pi*o- 
visions ou des denrées qu'il vend dans la ville et il gagne souvent 2 ou 3 fr., 
et le soir il rend la pièce de 5 ir. et 25 c, ce qui revient à 1,800 0/0 par an! 
C'est ttt Tûniq[iie Ift parquet de Paris a ttehé d'aboUr cette habitude, il a été 
obligé de reealer devant là résistance de la balle. (IXscoiir» de M* M. Anbvjr 
prononcé à la séance dn Corps I^iislatif dn 27 juin 1850, p. Ô et soiv.) 

* Nuéeaj vers 17. 

* Nuées^ vers 748. 

^ Nuées, vers 1130-1135. 

* Nuéeji^ vers 1287-129(1 



— 15 — 

toyable, le jour où leur appartiendraient la vie et la liberté du oeo* 

-lurion qui venait de verser son sang pour pairie 

« Les prêteurs athéniens qui, tout en percevant un intérêt supé- 
rieur au taux ordinaire, tenaient à sauver les apparences, avaient 
imaginé une combinaison que n'ontnioDd>liéeni dédaignée les usu- 
pers du xix^ siècle. Ils prenairat l'intérêt en dedans» c'est-è*dire 
qu*au moment où ils remettaient à l'emprunteur lasommequecelui* 
ci leur avait demandée, ils en prélevaient une partie sous prétexte 
d'intérêts, alors que pourtant ces intérêts ne devaient courir qu'à 
partir de Temprunt et ne devenir exigibles que plus tard )>. Ce qui 
est incroyable, c*est que maintenant encore les Etats espèrent 
toujours avoir reçu en contractant des emprunts. « Les prêteurs, 
dit Plutarque (De vitando asre aliem), font Ggurer dans la somme 
qu'ils prêtent C3 qu'ils retiennent à titre d'intérêt. Ils se moquent 
des physiciens qui prétendent que rien ne se lait de rien et tirent 
un intérêt de ce qui n'existe pas encore. Pour eux, recevoir les im- 
pôts que la loi autorise est une honte et ils perçoivent, malgré la 
loi, un impôt sur l'argent qu'ils prêtent. A vrai dire, leurs prêts 
ne sont que des vols, car si un débiteur reçoit moins que ne porte 
son obligation, il est fraudé ». 

L'anatocisme, ou conversion des intérêts en principal, n'était 
pratiqué à Athènes qu'en cas de convmitîon spéciale, ainsi que le 
remarque fort bien M. E* Caillemer. 

Les documents à ce sujet, peu nombreux, suffisent cependant 
pour prouver ce système. Une inscription, trouvée dans l'île de 
Paros et publiée depuis longtemps d^à, est décisive à cet égard, et 
nous servira, en outre, à prouver une autre coutume des anciens;. 

Voici cette inscription : 

tvouçToïç Xtûi; [>o-jftafltpi] évot; tô5 a [px^î] S i^avÉïaxv :roXet ^iutrxi 

rosco; [xai àich toxcu s; tôv xp^'^^ tv $ iQ éfiAXo'jtx s^sveto icifi ri; isc^éaiiàç t] 

TT (xaroXotinv otptXnJ^oaTG;, F) XXXFAAA. 
C'est-à-dire : 

Ayant payé aux Chioles^ gui en ont dressé le compte^ un c/ï* 
piial qu^ik ont prêté à la vUÏe^ et produii finiérêt eê f intérêt dee 
UktMts jusqu^au temps oU il a Ai convenu que V argent $erait rendtt : 
tmze ans et trente jours ^ jusqu'à V archonte Androsthènes et au mois 
Anthestérion^ à payer 30 talents^ avec le capital (o2 talents^ 3,530 
drachmes). Ils en ont reçu, 2 talents. Reste du 50 talenUf 3,530 

flnOfiASMiCft 



* Morlia, AgMrt., au mot Bmmtuê* 



— 16 — 

Ainsi se trouvent démontrés non seulement î'esprit mercantile et 
spéculateur des Chiotes, quitesdisUngue encore aujourd'hui parmi 
tous les négociants grecs, mais la conversion des intérêts en prin- 
cipal. M. Rangabé, dans une longue dissertation, a essayé, sans 
résultat décisif, de trouver le principal. Sa dernière conjecture, 
quisemble acceptable, est que le capital primitif était de 22 talents, 
3,530 drachmes. La somme des intérêts était de 30 talents ; le taux 
d'intérêt 8 0/0 et le capital dérivé de 52 talents, 3,530 (ou 3,540) 
drachmes. De celte somme les prêteurs ont payé 2 talents et restent 
débiteurs de50 talents, 3,530 (ou 3,540) drachmes. Cette différence 
de 10 drachmes provient apparemment de ce que les anciens ne 
devaient pas calculer d'après les logarithmes, mais selon quelque 
procédé, moins exact peut-être, en tout cas plus pratique; l'emploi 
des caractères de l'alphabet, qui dura jusqu'aux chiffres arabes, 
rendait Ibrcément les opérations difficiles. 

* Quand un débiteur se trouvait hors d'état de contenter ses 
créanciers, son passif étant supérieur à son actif, il pouvait faire 
cession de ses biens : Ê|t«iT«oe«i tîiî «àmoK «kiti A»»«i*wc« Awo^owmu, — 
è|î<jTaa9ai âirsîvrtov tS)v ovtuv. Cette ressource extrême était laissée aux 
commerçants et aux trapéziles. Les créanciers faisaient alors ven- 
dre les biens et s'en partageaient le prix. Comment se faisait ce 
partage?On ne saurait mettre en doute que les créanciers hypo- 
thécaires ou les créanciers gagistes, investis d'un droit réel sur les 
choses, ne fussent payés avant les créanciers simplement chirogra- 
phaires. 11 nous semble également certain que, parmi les créan- 
ciers hypothécaires, les plus anciens étaient plus avantagés que 
les plus récents. Les débiteurs qui se réfugiaient dans le sanctuaire 
de Diane à Ephèse étaient exempts de toute poursuite. 

Mais, par suite de la clause pénale très usitée dans les contrats 
de l'antiquité, les prêts devenaient fort oppressifs et très onéreux. 
D'après un papyrus grec du Louvre (n° vu), le taux de l'intérêt, 
en vertu de la clause pénale, est de 50 0/0. Voici ce curieux docu- 
ment gréco-égyptien : 

< Prêt de vingt-deux àrtabes et demie. 
Créancier, Harsiésiâ. Débitrice, Lenimontbis. 
L'an XVI, le 29 Plamenoth. 

«A Diospolis-la-Grande,eûThébain, devant Dionysms, agora- 
nome en Péri-Thébain, Harsiésis, fils d'Horus, l'un des eolchytes 

de Diospolis, a prêté sans intérêts à Asclépias, ou Lenimonthis, ou 
fille de Panas, d'origine perse, assistée de son tuteur Harpaesis, le 
colchyte, l'un des ensevelisseurs de ladite Diospolis, vingt-deux 
artabes et demie de blé. 



« Asclépias rendra ce prêt à Harsiésis, le 1" pachop de celte sei- 
zième année, en blé nouveau, sain, non moulu , pareil à ceiui qu'elle 
u reçu, et la restitution se fera en la maison d'Harsiésis, aux Irais 

d' Asclépias. 

«Si Asclépias ne restituo'pas conformément à cet écrit, elle devra 
payer, outre les vingt- deux artabes et demie, une somme égale à 
la moitié de chaque artabe, d'après le cours du marché. 

« Harsiésis aura le droit de se faire payer sur les biens d' Asclé- 
pias, et sur tout ce qui appartient à celle-ci, en se conformant aux 
lois. 

a Tel estle prêt dont l'existence a été reconnue par les parties; il 
a été fait pour renouveler la dette antérieure de quatorze artabes, 
dont Panas, père d* Asclépias, sus-nommé, était tenu envers Horus, 
père d'Harsiésis, par contrat égyptien. 

« Moi, Ptolémée, secrétaire de Dionysius, ai rédigé cet acte ». 

Ce contraLà clause pénale prouve que le premier débiteur. Panas. 

de Perse, devait à Harsiésis, fils d'Horus, quatorze artabes de blé, 
etqueledébileur n'ayant pu s'acquitler,soit qu'il fût mort, soit pour 

toute autre raison, sa Ulle Asclépias s'engagea à payer quatorze 
artabes de blé, et admit la clause pénale. Celle-ci est renouvelée dans 
le second contrat et dans les mêmes conditions. Mais le contrat, «u 
lieu de vingt et une artabes de blé, en stipule vingt-deux et de- 
mie; dilïérence qui provient sans doute d'une hausse extraordi- 
naire du prix du blé pendant la durée du contrat, et que le créan- 
cier a voulu mettre en ligne de compte *. 

Le contrat que nous venons de reproduire est loin d'être unique. 
Les papyrus que vient de publier l'Institut en offrént plusieurs 
autres. Une requête, de l'an 129 avant Jésus-Christ, formant le 
n« vni, parle d'un prêt fait, comme le précédent, sous cette condi- 
tion que, si le remboursement n'a pas lieu à l'échéance, l'emprun- 
teur devra payer le capital et moitié en sus : t«5t« n jwKpomw*. 
Une autre clause pénale de même nature apparaît encore dans un 



• En Orient, les pnysans se troovent gfênés A rhiver on à la teille de chaque 
récolte et ils s adressent aux usuriers de la place envers lesquels iU s'engagent 
de la façon suivante : L'argent prêté sera rendu en nature, et est calculé, non 
pas au 'pviK courant, mais à un pris arbitraire et très bas. Si au terme, savmr, 
à la récolte, le créancier ne peut pas entrer dans son ar-ent, l'engagement en 
nature est converU en argent avec un intérêt très fort. Cette manœuvre, qui se 
répète soUTcnt à plusieurs reprises et qui Huit par ruiner le débiteur, a lieu 
surtout pour l'huile et s'appelle selem. 

« Dëmosth. Apollodore e. NieoatraU : Oô {/-ovov Ttàpx**» ^'-^î ^woj; iiri- 
^e«;, i»4 luà m iiRn|uaT« ist* «TÏP*^ «««wis. (I«l. in Phorm,) 



— 18 — 

coalral de mariage, et nous est rOvéloe pur le papyrus n" vni. Si 
le mari ne se conforme pas è toutes les stipulations du contrai, il 
rendra la dol, plus une valeur égale à la moitié de cette dot : ikê Sk 

Essayons maintenant de prouver que fort souvent, dans i'auli- 
quité, les temples s'occupaient des affaires de banque. 

m 

Chez les anciens, tous les temples de quelque importance avaient 
un trésor, formé successivement de dons volontaires, du produit 
des amendes, du revenu des biens sacrés et d'aiiirés bénéfices dé- 

volus aux Dieux ^ 

En Grèce, dès l'anliquilé la plus reculée, le trésor de tous les 
Hellènes était déposé à Delphes; sur une proposition laite par les 
Laconiens, il fut transporté à Athènes. Il est à remarquer, toule- 
fois, que les premiers tributs des alliés d'Athènes commencèrent à 
être conservés à Délos, sous Aristide, la 3« année de la 77* olym- 
piade. Dix ans plus tard, ils furent transportés à Athènes, la 
4® année de la 79® olympiade, et servirent non seulement h la 
dél^nse commune, mais h rembellissement et à la puissance de la 
capitale de TAttique, La caisse, lorsqu eile fut enlevée de Délos, 
contenait environ 1,800 talents. Outre ce trésor, les différentes 
parties du Parlhénon renferm-dent des offrandes du plus haut prix, 
qui, avec les sommes considérables mises en réserve dans larrière- 
temple (l'opisthodome), provenant des dîmes consacrées aux Dieux, 
desamendes et des tributs, constituaient ces immenses ressources 
qui lurent d'un si ^nd. secours à Athènes dans les moments 
de crise ou de péril. En dehors de Vtmmimçy magistrat élu pour 
vingt-quatre heures parmi les présidents de chaque prytanée, 
pour veiller sur ce trésor, la garde en élait confiée à des caissiers, 
7»^, au nombre de dix, un par tribu. Ils étaient annuellement dé- 
signés par le sort, mais choisis parmi les c pentacosiomédimnes», 
c est à-dire la classe de la ville la plus riche; ils avaient un pré- 
sident et un secrétaire, et déposaient dans Topisthodome les sommes 
que le Sénat remettait entre leurs mains; la clef en restait dans 
celles du chef des prylanes, qui changeait tous les jours. 

Plusieurs compagnies d'otUciers élus par le peuple étaient 
chargées de veiller à l'administration des finances, chacune des tri- 
bus nommant un officier pour la plupart de ces compagnies. Les 
uns donnent à ierme les droits d'entrée, délivrent, contre certaines 



* CaiUemei*, id^ iL>.y p. 25. 



— 19 — 

redevances, les privilèges pour Texploitation des mines, président 
à la vente des biens confisqués, etc. Les autres inscrivent sur des 

registres la somme pour laquelle chaque ciloyen doit contribuiîr 
aux besoins de IMCtat. Voici ce que Ton peut dire de précis sur ces 
officiers ou fonctionnaires. 

Lés receveurs, àmiéma^ au nombre de dix, conservent les rôles 
des taxes auxquelles sont imposés les citoyens, perçoivent les im« 
pôts, les entrées et les contributions, effacent, sous les yeux du 
Sénat, les noms de ceux qui ont satisfaite leurs obligations, jugent 
de toute contestation de peu d'importance et, dans des cas plus 
gntves, portent la discussion devant les tribunaux. L'année écoulée, 
ils remettaient h leurs successeurs les objets conservés ou déposés 
dans le temple, avec un état exact de tout ce qui y était entré ou 
en était sorti pendant leur gf*stion. Tous ces eiïets étaient aussi 
notés sur un inventaire. Enlin, pour plus de garanii(î, aux fêtis 
des grandes Panathénées, les caissiers des quatre années précé- 
dentes publiaient simultanément et inscrivaient sur le marbre les 
inventaires des objets remis d'une année à une autre* Ce système 
dura de la SQ"" h la 94® olympiade, dans laquelle les Athéniens, vain- 
cus à Aigos-Potamos, perdirantleurindépendance, virent leurs murs 
abattus, leur constitution détruite par Lysandre, et subirent le 
joug ées magistrats que leur imposa Lacédémone, 

Les comptables, xo'pml, étment au nombre de deux : Tua de la 
chambre (pcuXTi), l'autre de l'administration. 

La haulc main, la direction suprêmesur tous les caissiers, appar- 
tenait aux Hellénolamies, responsables de toutes les sommes sor- 
ties des caisses du Trésor. D*après Thucydide, ceux qui gardaient 
1 argent provenant des impôts des Hellènes, auparavant déposé à 
Délos, et d'après d'autres, les caissiers des impôts, appartenaient 
aux Athéniens. 

«Les divôr*ses espèces de revenus, dit Barthélémy, étaient dépo- 
sées tous les ans dans certaine caisses ditrérentes, régies chacune 
en particulier par dix receveurs ou trésoriers. lies dépenses rela- 
tives à la guerre et h toutes les parties de Tadministration étaient 
assignées sur les différentes caisses dont nous venons do parler. 
En temps de guerre, les lois ordunn;iient de verser dans la caisse 
militaire Texcédent des autres caisses; mais il ialluit un décret du 
peuple pour modifier Tordre des assignations m* 

Tous lésons, on versait dans une caisse r^ie par des officiei-s 
particuliers des fonds considérables qui devaient^tre publiqueîufmt 
distribués, pour mettre les citoyens pauvres en élat dépaver lems 
places aux spectacles. Le peuple ne voulait pas qu'on touchât à ce 
dépftt, et plus tard on décréta la peine de mort contre lorateur qui 



— 30 — 

proposerait d'employer cet argent aux besoins de TÉtal épuisé par 
uoe longue guerre. 
Les eoj^tes, &m^%vi^ tenaient compte de tout 1 argent déposé. 
L'élecUon de magistrats et d'ofûcieps, au nombre de dix, un par 
tribu, semble avoir été la pratique ordinaire, et les finances d'A- 
Ihènes en reçurent un changement complet. Un corps de dix 
membres, appelés àTro^EJcrai , receveurs, fut investi de Tadmims- 
Iralion suprême du Trésor, traitant avec les adjudicataires pour 
les revenus qui étaient affermés, recevant toutes les taxes des mains 
des collecteurs et les dépensant sous le contrôle de l'autorité com- 
pétente. On attribue h Gleisthènes la première nomination de ce 
corps, destiné à remplacer les anciens <( colacrôtes », qui avaient 
rempli jusqu'alors ces fonctions, et qui lurent réduits à recevoir 
le revenu public etè le payer aux dix trésoriers de la déesse Alhénê, 
qui le gardaient dans la chambre intérieure du Partbénon et le 
déboursaient selon les besoins publics. Mais ces arrangemenU plus 
complexes ne peuvent être attribués à Cleistbènes. 

Dans ce nouvel ordre de choses se distinguasurtoutLycurgue, qui 
fut un vrai ministre des linances en exercice pendant trois inter- 
valles panalhénaïques, c*e8t-à-dire àome ou quinze ans consécutifs . 
Il surveilla non seulement la perception, mais remploi de tous les 
revenus publics, rendant périodiquement des comptes rigoureux, 
et avec une autorité et une science (inancière supérieures à celles 
de tous les hommes d'Etat depuis Périclès. 11 améliora les gym- 
nases et les stades de la cité, multiplia les dons et les meubles 
sacrés dans leô temples, agrandit ou reconstruisit les bassins et 
les arsenaux, propara une réserve considérable d'armes et d'équi- 
pements militaires et maritimes, et entretint 400 trirèmes en état 
de tenir la mer, pour protéger le commerce d'Athènes. Jamais il 
ne fut remplacé dans ces fonctions étendues, bien qu'Alexandre, à 
un moment donné, eût demandé qu'on lui livrât sa personne, ce 
que refusa le peuple athénien. 

Le trésor déposé dans ropisthodome était fort important; au 
commencement de la guerre du Péloponèse, l'argent monnayé ne 
montait pas à moins de 6,000 talents, soit environ 3 millions et 
demi de franc»; les frais de décoration des cdiUces civils et reli- 
gieux entrepris par Périclès, le siège de Polidée, l'avaient réduit 
h ces 0,000 talents. De plus, l'Acropole et les temples si nombreux 
dans toute la ville étaient riches d'ex-voio^ d'oll'randes, de vases 
sacrés, de meubles d'argent destinés aux processions et aux 
fêles, elc, objets dont la valeur élai t estimée à plus de 500 lalen ts ; 
la statue seule de Minerve, érigée par Phidias dans le Partbénon, 
Luulc d'or cl d'ivoire, comprenant une quantité de mêlai précieux, 



évaluée au moins h 40 talents de poid«, soit plus do 400 talents 
d'argent; notons que tout cet or pouvait s'enlever et se replacer 
& volonté. Outre ce trésor, toujours ainsi sous la main, les revenus 
annuels atteignaient des chiffres considérables ; le tribut seul des 
alliés donnai 1 6,000 talents, soit 3,450,000 francs; les autres revenus 
donnaient 1,000 talents, soit 5,750,000 francs. 

Pour ce qui est des affaires ou opérations de banque effectuées 
par ces établissements sacrés, nous venons de voir que tous les 
témoignages sont d'accord sur l'existence et remplacement de l'o» 
pisthodome. 11 était situé derrière le (ample de Minerve et entouré 
d*un double mur percé d'une porte; c'est là qu'était le trésor, 
c'est-à-dire au milieu de l'Acropole, et derrière le temple de Mi- 
nerve se trouvait la caisse, ou ïwrarium de la Grèce. Gependanl, 
il semble ressortir de quelques inscriptions et d'un passage d*Ul- 
pten qu'on gardait en dépôt dans l'opistbodome, séparées les unes 
des autres, d'abord les caisses de chaque temple de Minerve, puis 
Qelles de chacun des autres dieux adorés dans l'Acropole. 

Dans l'anliquiLé, tout temple de quelque importance avait un 
trésor formé, nous l'avons vu, de dons volontaires, de biens sacrés 
et de revenus affectés aux Dieux. Les maisons des anciens étaient 
en effet, au point de vue surtout de la sûreté, complètement nulles. 
Les voleurs étaient appelés Totx.wpy>t, perce-murs, car ils n'avaient, 
pour entrer, qu'à percer le mur au moyen d'un morceau de bois 
ou d'un instrument quelconque. De bonne heure s établit ainsi 
l'habitude de mettre en dépôt tous les objets précieux et l'argent; 
les trésoriers^, en ce cas, avaient soin de tracer sur le dépôt le nom 
du possesseur, alin qu'on piil le reconnaître à tout moment. Les 
temples étaient non seulement un lieu sûr, mais aussi vénéré et 
comme gardé par tous. Sans parler des temples célèbres, Strabon 
nous apprend que la ville de Toulouse possédait un temple fort 
respecté ; en raison de ce respect, les richesses s'y accumulèrent ; 
chacun y portait des offrandes, et personne n'y avait Jamais 
touché. 

Les caissiers de l'opisthodome, sous les yeux de chefs choisis ad 
Aoc, fermaient, ouvraient et scellaient ensemble les caisses. 

M. Geoi^es Perrot le dit avec beaucoup de raison : « Dans tout 
Gt*ec comme dans tout Israélite, quelle que soit la profession où il 
s'est engagé, il y a toujours l'étoffe d'un négociant ou d'un ban- 
quier. Sous le langage et le costume du médecin, de l'avocat, du 
professeur, Thomme d'affaires sommeille, prêt à se réveiller dès 
que les circonstances Texigent Les Grecs, par conséquent, n'ont 
jamais laissé l'argent dormir dans les eusses publiques. Aen juger 
par quelques inscriptions, c'était un principe établi que celui de 




faire valoir l'argent. Les Plaléens,un dème del Allique, décidèrent, 
nous dit une inscription, de placer leurs recettes chez ceux qui 
offriraient le plus d'intérêt et de garanUes; d'une autre inscrip- 
tion, nous lirons la preuve que les temples prêtaient à intérêt, dès 
les temps les plus reculés, aux villes et aux particuliers. D'une 
autre encore, que la Société archéologique d'Athènes vient de dé- 
couvrir dans les fouilles du tenaple d'Esculape, 'Âay-Xy,7:terov, nous 
apprenons que les Juliens de Céos devaient aux Athéniens 3 talents. 
Les temples de Délos, d'Ephèse, de Samos» de Delphes, etc», fai- 
saient des opérations de b:inque; Alcibiade, pour relever la répu- 
blique, fit un emprunt à Delphes. D'après quelques inscriptions, 
le Trésor sacré avançait de l'argent à intérêt même à la ville d'A- 
thènes, c'est-à dire aux HellénoUmieset aux généraux, sans compter 
les prêts hypothécaires. Il résulte clairement, de tout ce que nous 
vouons d'avancer, que les fonds publics se plaçaient à intérêt 

Les banquiers, paraît-il, empruntaient ou prêtaient souvent de 
l'argent aux caisses publiques, toujours à un taux médiocre. Ces 
opérations n'étaient pas exemptes parfois de «tripotages »; car, 
bien que le Trésor fût situé dans Topisthodome, sous la garde de 
plusieurs caissiers, que la clef en fût aux mains du pirytane qui 
changeait tous les jours, il paraît aussi qu'on ne faisait ni un in- 
ventaire des effets ni un état journalier, et «comme une fois on 
apportait beaucoup et de fortes sommes, il sembla bon aux cais- 
siers de prêter cet argent aux banquiers, à i'insu delà ville, pour 
en tirer gain et profit. Mais à peine fait ce placement, les ban- 
quiers furent renversés (probablement quelque faillite, ou suspen«- 
sion de payements à la suite d'une crise commerciale). Les cais- 
siers décidèrent alors de mettre le feu à l'opisthodome, pour faire 
croire que l'argent avait été dévoré par Tincendie et non détourne 
par eux». Nous savons également, par unpaœagedeDémosthènes, 
que les trésoriers de Minerve et des autres dieux, auteurs de l'in- 
cendie de Topisthodonje, furent détenus jusqu'à Tinstruotion de 
leur procès. 

Démosthônes dit que l'opisthodome a été ouvert, et dans quel- 
ques autn^ passif mentionne quelques citoyens qui ont soustrait 
de grosses som.mes au temple de l'Etat» des débiteurs ou valeurs 
du Trésor, des caissiers enfuis avec les deniers de FEtat, etc. 

Les impôts, les amendes et les monnaies qu'ils frappaient, cons- 
tituaient le capital de roulement de ces temples. Sous les succes- 
seurs d'Alexandre et après la conquête romaine, plusieurs villes, 
et particulièrement Âthènesi Zénos, Sinope,etc., paraissent avoir 
eu des banques publiques. Celle même de Byzance semble avoir 
géré lesafl'aires du TElat, qui lui donn^ h ferme plusieurs privi- 



~ 23 — 

XV oiSvn ofrr àmiMhtx ÎTspw oure îrpîflMiSflW icop* ir^v %l f»A ©repwî^». Cette 

ville avait, au commencement du ix'* siècle, une banque fondée par 
Nicéphore, laquelle faisait des avances ou prêts maritimes à tout 
capitaine de navire solvable, jusqu'à concurrence de 13,000 francs, 
à un intérêt 4e 17 0/0 par an. A Athènes, par une inscription du 
Cûrpw imcriptîonum grœcarwn de Boeckb, nous apprenons qu*au . 
ne siècle de l'ère chrétienne il y avait une banque, mais aucun au- 
tre renseignement n'étant parvenu à notre connaissance, nous 
ignorons le butet les fonctions de cet établissement ^. 



* Terminons ces indications par dÎTers fragments empruntés aux scnmM lâ^ 

tines et grecques : à Lucain parlant du trésor da Capitole, à Dion Chryao«to0ie, 

à propos d'Ephèse. 

a Des profondeurs du sanctuaire on arracha le dépôt longtemps inviolable 
des deniers Romains, trophée de Carthage, dépouille conquise sur Perséeet sur 
Philippe; cet or que Pyrrhus t'abandonna dans sa fuite tremblante, ô Rome, et 
que Fabricius refusa d'un roi qui voulait Tacheter; les épargnes de l'antique 
frugalité et les tributs de l'opulente Asie et les richesses que Métellus vain- 
queur ravit à nie de Minost H q/fiw que de$ rives loiutaiaes de Chypre ap* 
pertteent les vaiesemuc de Caton; ^ tout le butin de rOrient, trésors d^ der- 
niers rois étalés ni^uère devant les tiiomphes de Pompée; tout est en proie. 
Le temple reste vide wpH^ ee triste pUlage ; enftn Eimie est plus pauvre que 
C!!$sar* » (Lucain, la Pharsale, chant III.) 

Nous avons souvent donné des estimations anciennes, et quelques personnes 
croient que les calculs des anciens ne pouvaient pas être très exacts, surtout 
ceux concernant les intérêts composés (voir aussi les Antiquités hellén. de 
Rangabé, t. II, à propos de Tinscript., n** 902), mais les savants articles du 
Dict. dfs antiquités grecq. et rom., aux mots Ahacus, Arithmetica et Astro^ 
nomio, ne nous laissent aucun doute sur l'exactitude de leurs calculs. 

Il a parfois été qiMstion de Tserariuin; il était toujours placé dans le temple 
le plus sacré ou dans des dépendances immédiates, comme à Rome dans le 
temple de Satumeet d*(^, à AUiènes dans le teiqde de Minerve, à Selincmte, 
à Pompéi dans eelui de Jupitar, et oo y â même recueilli une grande quantité 
d*or et d'argent. (Dict. des antiquités greeq. et rom., au mot ^fwtwm.) 

Nous avons parlé des emprunte. Rappelons ce fait singulier qui'prouve Tes- 
prlt à la fois léger et sérieux des Grecs. 

A 1 époque des Diadoches, quand les finances d'Athènes étaient entièrement 
ruinées et que les habitants, réunis en grand nombre, se concertaient sur les 
mesures qu'il était urgent de prendre, un riche capitaliste offrit de fournir à 
l'Etat la somme nécessaire. Mais en faisant cette proposition, au lieu de dire : 
S%mam^ il avait dit ^*vti«. De là, grande rumeur parmi les assistants qui, à 
ca«sa de ce barbarisme, se montraient disposés à refuser son offre et n'accep- 
tèrmtqne qvand le métèque «yantsenti sa faute et quelqu'un Tayaut engagé & 
dit» : « J« tous prêterai oA argeni»» ce tfest qu'akvs qu'il» ncceptèrent en }e 
louant. (Suidas.) 



— 24 — 

Nous pouvons, par contre, exposer ici quelques affaires d'une 
des plus célèbres banques derantiquité, qui a duré très longtemps, 
car nous connaissons plusieurs de ses propriétaires et de leurs suc- 
cesseurs. On ignore l'année de sa fondation, mais on sait que les 
propriélîiires de celle banque, que nous appellerons «banque de 
Pasion », puisque nous connaissons beaucoup d'actes traités pen- 
dant sa direction, étaient Antistbène et Archestratos, auxquels 
succéda leur ancien esclave Paidon, auquel succédèrent Xénon et 
Euphraios, remplacés par Eaphron et Callistrate, qui semblent 
avoir élé les derniers maîtres ou directeurs de ce iamcux éUiblîs- 
sement. 

IV 

Il exislait à Athènes, vers la fin de la guerre du Péloponèse, une 

maison de banque dirigée par deux associés, Archestrale et An- 
tistbène. Le premier avait pour esclave Pasion, dont il avait re- 
marqué rinleiligence et l'activité, et longtemps utilisé les services. 
Il rafiVancbit et, de concert avec son associé, lui céda sa banque, 
peu de temps sans doute après le rétablissement de la démocratie. 
Toujours esl-il qu'en 394, année ou l'ut écrit le Trapéziiique, Pa- 
sion était déjà chef de la maison; c'est à lui, à lui seul que s'en 
prend le client d'Isocrate ; c'est lui quUl accuse de nier un dépôt, 
de ne pas vouloir représenter des sommes versées en compte cou- 
rant dans la caisse de la banque. Les faits allégués ici sont41s 
vrais ou faux? On ne peut le dire ; le récit d'Isocrate n'en est pas 
moins intéressant par la physionomie et le tableau des mœurs qui 
s'y dessinent, par tout ce qu'il nous apprend des allures et du lan- 
gage de la gent iinancière d'Athènes. 
Le discours est composé pour le fils de Sopceos, un de cesaven- 



f<rre ircOToù; ÈîostÎou;, ort x&XXà xpii,"-*'^* Traf'aÙTOÏ; £<rrt, Ta piv ISio-h^ arcxe-- 
|uva êv TÛ vcw rx; 'ApTSfitioç, xoùît 'Efps^îtwv [jlovov, àXXà icat twv SttouÔêv Srmbvi 
ieéfimm' tk Siiud Siff^m^ %ai ^oatXudv* nds'aat Tram; cî xidivre; àacpaXe(a;xaptv, 

^rjùwtm, «oUstiuc iX^Aoi; tik iràM^. OSxow «k, in {Ùy tv xoiv» xtirat 
XsxaaTx, ^flXov i9m' âSOàxftt hiy^tf, xmvàrin iiroTfpafi;, ftoî ntbrk rcU 'Bçwkîiî 
àiTO'ypàcpeaOai. ïi o5v, A?â xai XaptSàvwwiv Si «6rib, Sw ■? Xfti^Tt^; tl ^fltvtC- 
(Dionis Chrysostomi, Orat. XXXÏ, t. I, p. 595, éd. Réiscke. 

Lipsife, 1784.) 

Enfin, sur ce sujet on peut consulter aussi la brochure du professeur M. Elia 
Latte, I Banchieri privati e pubblici délia Grecia antica, Milano, 1807, 
et l'ouvrage de M. G. Lumbroao ; Recherches «ua- Vécowmie politique de 



~ 26 — 

toriers grecs qui faisaient leur fortune auprès des petits princes 

h demi barbares du Bosphore cimmérien et delà Thrace. C'étaient 
parlbis d^hubilesoniciers qui savaient réunir une bande de merce- 
naires ou armer et exercer à la grecque un corps de troupes indi- 
gènes; mais la plupart d'entre eux s'occupaient plutôt d affaires 
d'argent ; ils étaient le ministres des finances et les banquiers de 
ces princes; ils jouaienL auprès deux à peu près le rôle que de- 
puis plusieurs siècles les surafs arméniens remplissent auprès du 
sultan et des pachas turcs. Parfois exposés comme ceux-ci îi 
des di^àces subîtes» suite de quelque intrigue de palais, ils 
Unissaient presque toujours pars'raUr^; au bout de quelque 
temps, cela se dénouait par une réooncilîaUon dont les scyeta du 
prince et les marchands étrangers devaient bientôt payer les frais, 
car il en avait coûté cher au minisire, pour fermer la bouche à ses 
ennemis et pour apaiser le souverain. 

SopcBOS était le favori de Satyros, prince du Bosphore, qui 
avait avec les Athéniens des relations garanties par un traité de 
commerce fort prolilable aux deux parties. Le Pirée tirait du 
Bosphore de grandes quanlilés de blo. Sopœos avait un fils qui 
voulut voir Athènes. Le pcïre mit à la disposition du voyageur une 
fortesomme d'ai^t et l'envoya au. Pirée avec plusieurs cargai- 
sons de blé et d*autres denrées. .Tout en jouissant des plaisirs de 
la grande ville, le ,j- uO homme ne négligerait pas les affaires; il 
placeraitlesmarchandises de«on père, il entretiendrait ses relations, 
recouvrerait ses créances et surveillerait l'emploi de ses Tonds. Tout 
alla d'abord pour la mieiix. Adressé par Soposos à Pasion, un des 
premiers banquiers d'Athènes, le jeune homme trouva près de lui 
cet accueil empressé et obséquieux sur lequel peut compter par- 
tout un riche étranger porteur d'une forte lettre de crédit. On lui 
procura des amis et des plaisirs; on reçut en dépôt tout l'argent 
qu'il tira de la vr ûte des marchandises, sans livrer reçu, selon 
l'habitude ; on lui promit de l'intéresser dans les plus belles afiai* 
res que ferait la banque. Notre tils de ministre trouvait qu'à Atb&* 
nés les banquiers mômes étaient de bien aimables gens. 

Au bout de quelques semaines, il eut une désagréable surprise. 
Par un navire arrivant du Pont, on apprit qu'il y avait là-bas une 
révolution de palais : Soposos avait déplu à son prinœ, il avait été 
jeté en prison; ses biens étaient confinés, et^Satyros allait en-* 
voyer à Athènes des délégués chargés de rechercher èt de saisir 
toutes les marchandises et toutes les sommes que son ancien mi- 
nistre y possédait» Athènes avait pour son commerce un tel besoin 
du bon vouloir dis ces princœ du Bosphore, que Ton ne pouvait 



risque? une brouille avee lui pour une pareille bagatdle, SopcBOBi 
puisqu'il avait perdu sa place, n'était plus à ménager- 
Tout éperdu, le fils de Sopœos nlla trouver son ami Pasion, et 
lui conta Taffaire, Le rusé personnage parut prendre une grande 
part à sa peine. Il s'agissait d*abord pour la banque de ne point se 
dessaisir de sommes qu'elle Taisait valoir. Pasion conseilla dono 
au jeune homme de remettre sans difficulté aux représentants de 
Salyros les marchandises et le peu d'argent qu'il avait alors entre 
les mains; quant au capital beaucoup plus considérable qui était 
àépoBééàm Pasion, il en dissimulerait l'existence, il dirait que ses 
dépenses avaient absorbé jusqu'à la dernière obole les fonds qui lui 
avaient été confiés; il soutiendrait que, loin de posséder encore 
quelque chose, il était débiteur de Pasion et de plusieurs autres 
citoyens, qui, sur la réputation elle crédit deson père, lui avaient 
à plusieurs reprises fait des. avances. Ainsi Pasion se porterait 
créanciwdedBOdrochmes; unautre ami produiraitdesréclamatums 
analogues; tous ses compères affecteraient la plus sérieuse inquié* 
tude à propos de leurs créances. Grâce à cette comédie, les dépu- 
tés du Bosphore comprendraient que « là où il n'y a rien, le roi 
perd ses droits »>. 

Le crédule étranger, chaitné du conseil y sourit à cette idée au 
milieu de ses transes, et songea au tour plaisant qu'il allait jouer 
à Satyros. Il serra les mains de Pasion, l'appela son sauveur. Tout 
en acceptant ces démonstrations d'aHection et de coutiance, celui- 
ci, qui avait déjà jaugé son client, songeait à rendre le tour pins 
complet et hériter à la fois de Satyros et de Sopceos; ce serait pitié 
de rendre à ce naff, à ce dépensier, 7 ou 8 beaux talents d^argent 
que, suivant l'expression athénienne, on pouvait si bien «faire 
travailler ». La pensée secrète éclata bientôt. Le jeune homme, 
inquiet des mesures que les Athéniens pourraient prendre contre 
sa liberté, résolut de partir pour Byzanoe. Il s'amimit peu dans 
Athènes depuis qu'il n'y .jetait plus l'argent par les firaètreset que 
ses anciens compagnons de plaisir lui battaient froid... Une me- 
nace d'extradition pesait sur la tête de celui que poursuivrait Sa- 
tyros, et s'il était livré h ce barbare, n'élait-il point exposé à périr 
avec son père dans un de ces supplices ingénieusement rattinés 
dont les despotes cunentaux n'ont jamais perdu la traditimi? 

A Byzance, il trouverait peut-être à recouvrer les sommes dues 
à son père, et en tout cas sa liberté et sa vie y seraient en sûreté; 
Byzance avait le blé de la Thrace; protégée par sa position et 
ses fortes murailles, olle ne craignait point les petits rois barbares 
de rSuxin, elle ne trahirait pas son hôte. Le voyageur, avant de 
s'^barquer, alla voir Pasion pour retirer de ses Bmins son ar- 



— «7 — 

gcnt et lui prodiguer ses remerciements- Pasion le reçut avec poli- 
tesse, mais avee lanbarras; il reconnaissait la dette, mais il avait 
engagé les fonds dans l'intérêt môma du déposant; il lui fallait du 
lemps pour les dégager, il n'était pas encore en mesure de les 
rendre. Plus contrarié de ce retard qu'alarmé des suites, le client 
fut forcé de se contenter de ces raisons; sa confiance en Pasion 
était trop œUèie pour s'évanouir en un jour. Pourtant, comme à 
de nouvelles démarches le banquier répondait, toujours par les 
mêmes excuses et les mêmes prétextes, il finit par concevoir quel- 
ques soupçons; il envoya deux de ses amis à Pasion. L'un au 
moins de ceux-ci, Ménexène, étaitun citoyen. En facedeMénexène, 
Pasion changea de Ion. « Il ne savait ce qu'on lui voulait ; il n'a- 
vait rien reçu de celui au nom duquel on parlait, il ne lui devait 
rien ; comme cet é tranger l'avait lui-môme déclaré aux députés de 
Satyros, c'était au contraire la banque qui lui avait prêté 300 
drachmes et qui pouvait le poursuivre », On ne put obtenir d'au, 
tre répcMise. 

Il n*y avait plus à en douter, Pasion avait résolu de s'approprier 

la plus grosse part des dépouilles du malheureux. La plainte était 
impossible. 11 n'y avait rien eu d'écrit entre les deux parties, et le 
dépôt n'avait eu d'autre témoin qu'un jeune esclave qui faisait 
fonction de caissier chez Pasion. D'ailleurs, on ne pouvait songer 
à entamer une revendication judicnaire et à citer ce témoin« jU 
volé s'était fait d'avance le compliceet le garant de son voleur ; il 
avait arrangé avec lui une comédie dont il se trouvait maintenant 
laTOîtime. N'avait-il pas lui-même dit et répété à qui voulait l'en- 
tendre qtt*îl ne possédait plus rien, qu'il ne vivait que des avances 
de Pasion et de qudques autres préteurs ? S'il se donnait aujour- 
d'hui un démenti, et qu'un tribunal contraigntt Pasion à rendre 
gorge, à qui profiterait cette restitution? Les représentants du roi 
mettraient opposition au payement; l'argent ne sortirait de la 
lîanque que pour tomber entre leurs mains, et tout le fruit qu'en 
retirerait le plaignant, ce serait d*ètfe un peu plus compromis au- 
près du roi; celui-ci ne manquerait point de faire payer au père 
l'effronté mensonge du fils. 

L'impunité étaitdonc à peu près assurée à Pasion, et sa dupe en 
devait être pour sa courte honte, quand se produisit dans ce pe- 
tit drame une soudaine péripéUe. Soposos non seulement était 
sorti de prison, mais il était plus en feveur que jamais auprès de 
son prince, qui, pour lui donner un public témoignagne de récon- 
ciliation et d'amitié, avait fiancé son propre fils à la fille du mi- 
nistre. C'étaient là les nouvelles inattendues qu'avaient apportées 
au Pirée les deniers navires arrivés du Bosphore. Au lieu d être 



— 28 — 

comme la veille presque un proscrit, un de ces abandonnés du sort 
contre lesquels on peut tout oeer, le olient de Paeion était rcde* 
venu le fils d'un ministre, le bcau-frère d'un roi. I/infidélité dont 
il craignait jusqu'alors de se plaindre pour ne pas risquer de se 
perdre lui-môme, il ullait pouvoir la dénoncer tout haut. Sans 
doute Piision pouvait se tirer d'ailaire en restituant; mais il était 
bien résolu Àn'eœployer ce moyen désespéré qu'à k dernière ex» 
tromité; il avait commencé k faire de ces capitaux un trop 
habile u?nge pour ne pas les regarder déjà presque comme sa 
propriété. Il s'agissait donc tout au moins de gagner du temps: 
d'un jour à l'autre, un caprice du maître pourrait renvoyer So- 
poeos en prison et refaire de son iils un pauvre bèrequelon aurait 
^e nouveau à sa discrétion. 

Le plus pressé, c'était d'éloigner cet employé, ce Kittos, seul ié« 
moin du versement opéré par Tétranger. Pasion le fait donc sortir 
secrètement d'Athènes, et quand celui qu'il a voulu spolier vient 
Je sommer de laisser déposer Kiltos, il prend effrontémen*. l'offen- 
sive; il accuse Ménexène et son ami d'avoir séduit l'employé et 
d'en avoir reçu 6 talentë soustraits frauduleusement à la banque ; 
il ajoute que, pour faire disparaître la preuve de ce vol, les insti- 
gateurs du délit ont fourni à leur complice tous les moyens de fuir. 
Pasion était, on le voit, homme de ressources et d'expédients. Son 
adversaire reste court devant une accusation aussi imprévue; Pa- 
sion, sans lui laisser le temps de se reconnaître, Tentratne devant 
le polémarque^ l'archonle chargé de la police des étrangers résidant 
à Athènes, et celui qui recevait les actions intentées contre eux. 
Là, il pleure, il crie, il s'indigne ; il demande que l'étranger capa- 
ble de s'enfuir avec l'argent dérobé soit jeté en prison, ou qu'il 
fournisse une caution de 6 talents. Ia caution se trouva; mais 
c'était encore du temps perdu pour le fils de Sopœos. Avant d'ai-> 
laquer Pasion, il fallait qu'il se défendît; au lieu de démontrer 
qu*il était victime d*un vol, il fallait qu'il commençât par prouver 
qu'il n'était point lui-même un suborneur et un voleur. Pasion 
pouvait espérer qu'il y aurait là de quoi décourager son créancier 
et le décider à repartir pour le Bosphore* 

Par bonheur, Ménexène était un homme énergique, capable de 
tenir tôle à Pasion lui-même. Au lieu de renoncer à la lutte, il se 
mit tout d'abord à la recherche de cet employé dont le témoignage 
devait être décisil. Guidé par on ne sait quels indices, il le suivit 
jusque dans le Péloponèse,s*as8ura de sa personne et le ramena 
en triomphe à Athènes. Là, il invita devant le magistrat Pasion à 
laisser mettre Kittos h la torture. La loi athénienncdélendait 



4 



— 2» — 

d'appliquer la question aux personnes de condition libre; mais 
elle l'autorisait pour les esclaves de l'un ou de l'autre sexe. 

La situation de Pasion devenait mauvaise. Pour éviter la tor- 
ture, Kittos flnirail par avouer, d'une part qu'il avait vu l'étranger 
conlier des fonds à la banque, de l'autre que C^ait son propre 
maître qui l'avait éloigné d'Athènes. Il fallait à tout prix lui éviter 
la torture. Pasion avait plus d'un tour dans son sac; voici ce qu'il 
imagina. Devant le polémarque, il affirma que Kittos était de con- 
dition libre et ne pouvait, par conséquent, êU'e traité comme un es- 
clave .Ménexène répond que Pasion ne voulait quegagner du temps ; 
il s'oppose à la mise en liberté provisoire, à moins que Pasion ne 
fournisse une caution dont la valeur fût égale à celle des sommes 
que la banque devait à son ami. Pasion s'exécute, il dépose 7 ta- 
lonts, près de 50,000 francs, afin d'épargner la question et d'assu- 
rer les privilèges de la liberté à celui que tout à l'heure encore il 
accusait d'être l'auteur d'un grave abus de confiance, le principal 
complice d'un vo! commis à son préjudice. 

L'inconséquence était évidente. Pris à son propre piège, Pasion 
semblait se contredire lui-même. U sentit qu'il lui serait difficile 
d'expliquer à son avantage toutes ses démarches et qu'il était dans 
une impasse ; il tenta de revenir sur ses pas. U fit dire à ses advw- 
saires qu'ils pouvaient interroger Kittos comme ils le voudraient. 
Ceux-ci acceptèrent et convinrent de se rencontrer dans le temple 
de Vulcaifi avec Pasion^ son esclave et les personnes chargées de le 
faire parler. 

Aussitôt donc que l'on se fut réuni, quand Pasion vit apprêter 

les cordes et les verges sous les yeux de Tesclave déjà pâlissant, il 
changea de langage : «Interrogez Kittos,dit-ii, posez-lui toutes les 
questions que vous voudrez; mais ne le frappez point, je ne suis 
pas vraiu pour le livrer à des bourreaux ». Devant ce refus formel 
de Pasion, les arbitres qui avaient été désignés pour appliquer la 
torture au témoin et recueillir ses aveux n'avaient plus qu'à se 
retirer; ce qu'ils firent après avoir déclaré que, suivant eux, Pasion 
aurait dû remettre l'esclave. Le banquier répondait par de bruyan- 
tes protestations î « U ne voulait point voir expirer sous le fouet 
un fidèle serviteur; ce n'était pas qu'il eût la moindre envie de 
faire tort à personne. C'est aux arbitres à se prononcer; s'ils déci- 
dent contre lui, il payera tout aussitôt». Ceux-ci n'avaient pas 
mission de trancher cette question, et Pasion le savait. On se sé- 
para donc sans que ce rendez vous eût amené d'autre résultat que 
de constater le parti pris d« Pasion, bien résolu k tenir doeeâ les 
lèvres de Kittos. 
Cependant Pasion n'avait pu se dissimuler l'impression produite 



sur les &8aîstftDL&. L'affidre pouvait mal tourner; pcuUêtro soniiUiT 
sage de transiger. Jour futdcmc pris avec le fils de Sopœos; on so 
rencontra dans un temple, à TAcropole. Là, loin de toute oreille et 

de tout regard indiscret, Pasion fut tout autre. D'un pan de son 
manteau, il se cachait le visage comme un homme honteux de sa 
conduite, qui n'ose affronter les yeux d'un ami envers lequel il a 
eu des torts graves. Il pleurait, il répétait qu'il avait fallu, pour 
le décider à nier un dépôt, de graves embarras d'ai^nt : « Bientôt 
il serait en mesurf^ de faire la restitution demandée; il suppliait 
son client de lui pardonner et de tenir la chose secrète. Tout le 
succès de sa banque reposait sur la conliance qu'elle inspinûl; 
que cette confiance vint à être ébranlée par une révélation mi^n- 
contreuse, c*en était fait de son crédit ». LMlranger crut à un re* 
pentir ginrère; il promit à Pasion de ne point chercher h le perdre, 
et le laissa libre rie choisir le moment et le mode de payement qui 
sauvegarderaient à la fois, pour le mieux, les intérêts du créancier 
et ceux de la banque. Trois jours après, nouveau rendez-vous, en- 
core sans témoins. Le banquier et son créancier se lièrent par les 
conditions suivantes : Pasion reconnaissait la dette, mais le public 
ne serait pas mis dans la confidence ; Pusion s'embarquerait pour 
le Bosphore avec son client et, là, lui rendrait lurgent. De cette 
manière» on ne saurait rien à Athènes, et Pasion exp]iqucnnt 
n^iffîporte comment le dénouement de raffaire. Âu cas où, ma]gt*é 
SOS promesses, il ne payerait pas. Satyres serait pris comme ar- 
bitre ; si le roi constatait que Pasion avait manqué à ses engage- 
ments, celui ci aurait à verser, outre le principal de la dette, une 
moitié en sus de la somme réclamée. Les clauses du contrat furent 
mises par écrit et, pour qu*aucune des deux parties n^eût la tenta* 
lion défaire disparaître cet acte important, il fut décidé qu'on le 
confierait à un tiers. On appela donc h l'Acropole un capitaine de 
navire qui faisait de fréquents voyages entre Athènes et le 
royaume du Bosphore: on déposa entre ses mains, sans doute 
après lui avoir fait prêter serment, le contrat scellé et cacheté. 
Dès qu'il semit prévenu que Sopœos n'avait plus rien à réclamer 
de Pasion et que raffairc était terminée, il brûlerait Tncle; si, au 
contraire, de nouvelles dillicultés survenaient, il le remettrait a Sa- 
tyres en personne. 

Toutes les précautions semblaient bien prises, le contrai était 
garanti par une elause pénale qui y faisait intervenir Satyros ; or, 
Pasion, qui devait avoir des intérêts engagés dans le Bosphore, no 
se soucierait pas d'en mécontenter le prince. Aussi le banquier 
avait-il en ce moment le ton très humble; c'est que la convention 
conclue n'avait pas suffi à le tirer des emkimis où il s'était plongé 



par ses propres artifices. Ménexène, qui s'était vu accuser par lui 
d'avoir suborné un esclave et commis ou oouseilléttiivolf avait 
fort mal pris la chose; il avait intenté une action pour son propre 
compte, il exigeait que Kitlos fût mis à la torture, il réclamait de 

Pasion, à titre de dommages et^intérêts, une somme égale à la cau- 
tion que celui-ci Tavait obligé à fournir. Pasion suppliait celui de 
ses deux adversaires avec lequel il s'était réconcilié de décider 
l'autre h retirer sa plainte ; mais le fils de Sopœoa refusidt de s'en 
mêler et le laissait s'arranger comme il Tentendrait avecMénexène. 
Pasion mourait de peur que Ménexène n'entendît parler du con- 
trat qu'il avait consenti à signer, car alors tout était perdu. Mé- 
nexène aurait coptraintson ami à produire cet acte devant le tribu- 
nal ; tout le mondeaurait dit que le banquiw reconnmssait ladelte 
si effrontément niée, et la chose aurait fait scandale à AUiènes. 
Pour sortir de cette situation, Pasion fit un nouveau coup départie. 
Il réussit à corrompre probablement quelqu'un des esclaves du 
capitaine auquel avait été conûé l'accord conclu ; il se procura par 
Tentremise de celui-ci, ou par qudque autre moyen, le texte môme 
de l'acte» il le falsiBa et le flt remettre en place par son complice. 
Cette opération terminée, il relève la tête, il reprend son impu- 
dence accoutumée; aux premières démarches de son client, qui le 
priait de partir enfin pour l'Euxin, il répond qu'il ne songe nulle- 
ment à ce voyage, et qu'il ne doit plus rien à cet importun qui le 
persécute de ses réclamations* On insiste; Pasion demande que 
racte soit ouvert et lu devant témoins. On y consent, eton y trouve 
une décharge générale donnée par l'étranger à son banquier. On 
voit d'ici la surprise de Ménexène et de son ami. A celui-ci, s'il 
ne voulait point perdre son argent et de plus passer pour un calom- 
niatair, il ne restait plus qu'une voie, un procès intenté à Paaîon 
devant les juges athéniens ; il s'agissait de prouver que Pasion avait 
commis ce que nous appellerions un faux en écriture privée. 

La chose souffrit encore, à ce qu'il semble, quelque délai. L'é- 
tranger lit un voynge jusque dans le royaume du Bosphore* Pasion 
avaitpersislé à refuser de raccompagner, mais il avait ravoyé là-bas 
son esdave et confident Kittos. Le jeune homme et Tagent du ban* 
quier exposèrent rafiaire, chacun à son point de vue, devant 
Satj'ros. Le prince, avec beaucoup de bon sens, se déclara incom- 
pétent; c'était à Athènes que s'était passé tout ce dont on Tentre- 
tenait et qu'avait été conclue la convention ; il n'avait point, à 
distance, les éléments nécessaires pour se faire une opnion et 
trancher le débat. Il tint pourtant à donner au fils de son favori 
preuve de bon vouloir et de sympathie ; il réunit les capitalistes et 
négociants athéniens qui se trouvaient alors dans le port et il leur 



présenta son sujet; il les pria do prendre à Alhônessa défense cl do 
point le laisser devenir la victime de Fasion. 11 fit plus; il 
adressa au peuple athénien une lettre dans laquelle il recomman- 
dait aux magistrats et aux jurés alhénîens celui qui allait compa- 
raîlre devant eux, confiant dans leur justice. Ce lut ainsi, sous les 
auspices de son souverain etlbrt de son appui moral, que le créan- 
cier de Pasion, au retour de son voyage, vint soutenir sa demande 
devant un tribunal présidé par lu polémarque; la qualité du 
plaignant, l'intervention de Satyros, sur laquelle le plaideur a 
soin d'insister dans sa péroraison, ropult'ncc de Pasion, les in- 
quiétudes de ses associés et de ses nombreux clients, toutes ces 
circonstances durent appeler rattention publique sur les dél>ots 
de cette cause. 

Le client d'Isocrate gagna-t-il son procès? On serait tenléde le 

croire, tant le discours prévient le lecteur an laveur do celui qui le 
prononce. Peut-être d'ailleurs le fait même que le plaidoyer a été 
recueilli et conservé par Isocrate lémoigne-t-il du succès qu'il a 
obtenu en faisant accueillir une requête qui pouvait sembler très 
aventurée. En effet, qu'on ne l'oublie pas, les preuves matérielles 
faisaientdéFautfï l'adversaire de Pasion ; le filsde Sopœos ne pouvait 
londer sa réclamation sur aucune pièce écrite ni même sur aucun 
témoignage direct et concluant. Tout ce qu'il pouvait démontrer, 
c'est que Pasion s'était conduit à plusieurs reprises, dans le cours 
de celte longue contestation, en homme qui n'a pas la conscience 
et les niains nettes. 

Quelle qu'ait été l'issue de ce procès, il a dû le convaincre que le 
plus sûr calcul, c'était encore de se recommander par une probité 
scrupuleuse, car samaison plus tard devint la première d'Athènes; 
les citoyens les plus riches et les mieux posés, tels que Timothée, 
le fils de Gonon, tels que Gallistrale d'Aphidna, lui remirent 
leurs ibniis ou lui empruntèrent de l'argent. Plus d'une fois il avait 
euToccasion de rendre à l'Etat, avec toutes les apparences du désin- 
téressement, dMmportants services pécuniaires; il obtint donc 
aisément le titre de citoyen. En effet, Apollodore, dans son plai- 
doyer contre Stéphanos, dit: «Mon père vous donna autrefois mille 
boucliers, il vous a souvent rendu des services. Un jor.r, il vous 
offrit volontairement cinq galères, prit les équipages à ses irais 
et supporta toutes les charges de la triérarchie ». 

Grâce à quelques discours de Démoslhène, nous pouvons pour- 
suivre Pasion jusqu'à la fin de sayie, pleine d'intérêt d'ailleurs h 
noire point de vue; et au lieu de traduire Démoslhène, nous 
reproduirons encore ici l'heureuse version de M. Georges 
Perrot; 



— 33 — 
V. 

« pilous possédons dans le recueil des discours de Démosthène 
jusqu'à huit plaidoyers qui ont été prononcés pour Âpol]odore,^le ûls 
aîné de Pasion, et un neuvième, oîi cet ApoUodore est vivement 

attaqué par le successeur de son père, Phormion. Par Pun de ces 
discours, nous apprenons incidemment que Pasion était encore à 
la lète de sa maison en 372, et par im autre qu'il mourut en 370, 
après une longue et douloureuse maladie. 

« L'employé principal de la banque n'était plus Kittos, qui y rem- 
plissait les fonctions de caissier au temps du procès contre le fils 
de Sopœos. Peu de temps après, Kitios quitta son premier patron 
et s'établit pour son compte. Chez Pasion, il avait été remplacé 
par un autre commisj lui aussi d'origine étrangère et servile, Phor- 
mion. Comme première récompense de son assiduité et de son 
intelligence, Phormion avait reçu la liberté; puis à mesure que les 
années s'appesantissaient sur son vienx maître, il avait pris dans 
la maison une place des plus importantes; sous la haute surveil- 
lance de Pasion, il avait fini par être chargé de tout le détail et par 
diriger les affaires, 

« La banque donnait de très beaux revenus ; on aurait pu croire 
que Pasion la laisserait à son fils aîné, ApoUodore, qui était déjà 
un homme fait; mais ApoUodore avait déjà d'autres visées. Son 
pèrel'avait élevé en fils de famille, lui avait fait donner uneéduca- 
tion très soignée, Tavait laissé fréquenter les écoles des rhéteurs, 
se lier avec des jeunes gens ambitieux et riches. ApoUodore rêvait 
les honneurs, la puissance; peut être eût-il rougi de s'asseoir der- 
rière le comptoir paternel. En tout cas, Pasion n'avait pas assez de 
contiance dans son assiduité et son jugement pour le charger de la 
conduite d'une affaire qui réclamait une attention de toutes les heu- 
res, de toutes les minutes. Ce fut sur Phormion qu'il jeta les yeux 
pour continuer son œuvre. Il était alors propriétaire non seule- 
ment de la banque, mais encore d'une fabrique de boucliers; il flt 
avec Phormion un contrat par lequel il lui louait les deux cniro- 
prises. La location portait, pour la labrique, sur le matériel et sur 
les esclaves qui servaient à Texploili^r ; pour la banque, sur l'acha- 
landage, sur l'usage des capitaux que de nombreux déposants 
avaient versés dans la caisse de la maison. Si Phormion n'avait 
pas été connu et aimé des clients, si ceux-ci n'avaient pas été 
portés au contrat, Phormion n'aurait pu faire honneur à seseng-a- 
geœents ; le petit pécule qu'il avait pu ramasser depuis son attran- 
chissement aurait été bien vite dévoré ; mais, comme dit Démos- 
thène racontant cette cession : « Pour arriver h faire des affaires, la 

3 



— 34 — 

première mise de raQds4)l la plus nécessaire, c'est d'inspirer con- 
fiance n. Loin de de retirer et de fuir, rargent afflua; ceux qui 

avaient rhabitude de confier à la maison le soin de leurs inlérÔls 
virent avec plaibir un homme jeune encore et acLit* prendre la place 
du \ieillard. 

ttUn an ou dîx^huit mois après que fut passé l'acte de cession, 
Pasion, se sentant mortellement atteint, s'occupait d'assurer Tave- 

nirdeses enfanls et la conservation de leur patrimoine. Il allait 
laisser ur.e veuve et deux fils, Apollodore déjî\ majeur, Pasiclès 
encore adolescent. Sa fortune était considérable ; il y avait pour 
20 talents d'immeubles et près de 40 placés dans les affaires, en 
prêts maritimes, en hypothèques, en créances de toute nature, qui 
devaient être appuyées sur de solides garanties. C'étaitun ensemble 
d'environ 60 talents, c'est-à-dire plus de 330,000 fp. Onavu,par 
l'exemple de Démoslhène, ce qu3 pouvait devenir aux mains de tu- 
teurs infldèles le bien d'un mineur, commentils'évanouissait jusqu'à 
ne presque plus laisser de traces. Pour éviter ce danger, Pasion jeta 
les yeux sur un homme dont il avait éprouvé Tintelligence et la 
loyauté, sur son ancien employé, son teneur délivres, sur son 
successeur Phormion; il lui confia la tutelle de son fils Pasiclès, 
tout en associant à cette responsabilité, comme me*iibres d'une 
société de conseil de tamille, quelques autres amis et parents. A&n 
d'être plus sûr encore de Phormion, il lui fit promettre d'épouser 
sa veuve; celle-ci aurait pour dot 20 talents placés Tun en Attique, 
Tautre dans l'île de Peparethos, une maison d'habitation évaluée à 
100 mines, le mobilier qui la garnissait, desservantes, des bijoux, 
tout ce qu'il lui ialkit enfin pour soutenir le train auquel était 
accoutumée la femme d'un riche banquier* 

«Tous, ou presque tous, élaîent des étrangers; quelques-uns de 
ces métèques ou de ces ntfranchis, ceux qui avaient fait les plus 
brillantes affaires, obtenaient vers la fia de leur carrière le droit 
du boui^îûe* En attendant, tout entiers à la poursuite du gain, 
ils n'avaient pas ces goûts, cette habitude de vivre au dehors, que 
donnait aux citoyens leur participation aux afiaires publique; le 
bonheur domestique et les aiïeclions de famille devaient être le 
seul repos et la seule joie qu'ils trouvassent à côté des tracas de 
leurs spéculations. Aussi, à ce qu'il semble, la femme prenait-elle 
plus de place dans leur vie que dans celle du citoyen. Dans ces mé- 
nages, où l'homme était ainsi rejeté par Tinfériorité de sa condi* 
tion légale vers le foyer, vers Tintimité conjugale, la femme avait 
un rôle supérieur à celui que lui Taisaient ailleurs les mœurs de la 
bourgeoisie athénienne. Associée à une fortune très humble à -ses 
débuU, mais qui n'avait pas cessé de grandir, elle un avait gravi 



~ 36 - 

pas à pas tous les degrés» elle en avait partagé tous lesefforls, toutes 
les émotions, toutes les épreuves. Sans se montrer au comptoir, ce 
que n'auraient pas permis les mœurs antiques, elle ()0'jvait pour- 
tant faire proliter son mari de ce tactetde ce sens pratique que les 
Femmes font admirer dans le commerce, et qui les rend parfois 
d'incomparables chefs de maison. Celle qui avoii été, dans les pre- 
mières années, la simple concubine de l'esclave, encore sans pécule 
et sans droit, devenait ainsi, par la vertu d'une longue et récipro- 
que confiance, par rascendaat des services discrètement rendus, 
plus épouse que la femme d un riche athénien, que celle d*un Pé^ 
riclès ou d'un Alcibiade. 

«La femme du banquier paraît avoir été au courant des affaires de 
lo maison; l'usage s'était donc établi, dans ce groupe de commer- 
çants, quand on se voyait sur le point d'être enlevé par la mort à 
sa famille et h ses affaires, de léguer sa femme au successeur que 
l'on s'était choisi. Le premier employé de la banque, ancien es- 
clave de celui dont il était devenu par ralTmnchissement Tégal et 
le collaborateur, épousait la veuve, prenait la tutelle des enfants et 
continuait Tœuvre commencée La femme que lui donnait ainsi 
la dernière volonté du mourant était une auxiliaire et une surveil- 
lante qui IVmpêcherait de frustrer les enfants de leur part dans la 
fortune d^jà gagnée et dans les bénéfices futurs 

Celte combinaison dont les avantages avaient été plus d'une fois 
éprouvés eut, dans le cas qui nous occupe, les plus heureux eflets. 
Pasion eut meilleure chance que son contemporain, le père de Dé- 
mosthène;ses souhaits furent réalisés, ses prévisions confirmées 
par révénemenU La veuve de Pasion vécut en bonne intelligence 
avec Phormion; elle eut de lui plusieurs enfants et, tant qu'elle vé- 
cut, elle- contint le caractère inquiet et jaloux d'ApolIodore, le (ils 
aîné du premier lit; elle empêcha ce remuant personnage de s'in- 
surger contre les volontés de son père et de chercher noise à Phor- 
mion* Celui-ci semble, de son côté, s'être conduiten honnête homme; 
h\ea différent des tuteurs de Démosthène, il remplit toutes les condi* 
tions du contrat auquel il avait consenti. Il eut les soinsetla tendresse 
d'un père pour son beau-hls et pupille, Pasiclès; celui-ci ne se lais- 
sa jamais entraîner à épouser les querelles de son frère Apollodowi 
et à s'unir à lui pour humilier et dépouiller Phormion. En toute 
occurrence, Phormion parait avoir porté dans ses démêlés avec 



- £a effet, cet usage était en quelque sorte an fait normal, car nous savons 
que le banquier I^isielès a lëgsé sa fniinie pour idnri dire à son employé Timo-* 
«Urne, Slrimodore (banquier à £gîne) la sienne à Bmnaios, son domestique^ et 
SoOTate, remploy4dtt banquier Satyros, a épousé la renve de ce dernier. 



Apollodore l'esprit le plus conciliant et n'avoir jamais oublio ce 
qu*il devait au père de son mortel ennemi; il alla, pour éviter une 
rupture ouverte, jusqu*à la dernière limite des concessions et ce l'ut 
à son corps défendant que, dix-huit ans après la mort de Pasion, 
en 352, il dut se résoudre à soutenir contre le fils de son ancien pa- 
tron le procès dans lequel Démosthène lui prêta le concours de sa 
science juridique ei de son talent oratoire. 

Le discours de Démosthène est miitnïé: Exception {^itfa*[f%fk)pom' 
Phùrmion; ce titre même indique quelle e^la thèse du défendeur; 
celui-ci vient, affirmer pour diverses raisons que la demande n'est 
pas recevable. Pourtant, pas plus i^i que dans les autres plai- 
doyers qui portent ce même titre àLEwceptzon, l'orateur ne se res- 
treint à la tâche de faire vdoir les moyens l^ux qui Juslitient sa 
fin de non-recevoir. Il ne veut point avoir Taîr de se couvrir de ce 
prétexte, faute d elre sûr de son droit ; ici, comme dans les autres 
discours delà même lamille, sans traiter la question principale 
d'une manière aussi étendue et aussi complète que s'il avait dû 
plaider au fond, il y touche néanmoins; il tient à montrer qu'il ne 
s'abrite derrière ce bouclier que par respect pour la loi, qui le veut, 
ainsi ; fallût-il engager la bataille dans d'autres conditions et avec 
d'autres armes, Userait encore certain de triompher. On trouvedonc 
dans ce discours presque tout ce qu'il faut pour écrire l'histoire des 
démôléâ d' Apollodore et de Phormion; là où subsistent quelques 
osbcurités, on a la ressource de demander des lumières à Tun des 
huit plaidoyers prononcés dans d'autres débats par le très pro« 
cessit' Apollodore; il n'en est, pour ainsi dire, aucun qui ne nous 
apprenne quehjue chose des afFairos de Pasion et de sa succession. 

Pasion, qui savait son fils prodigue et brouillon, a disposé de sa 
fortune en homme sage et prévoyant. Dans rintérètde Pasiclès, les 
tuteurs préférèrent procéder tout de suite au partage. ÂpoUodore 
n'a soulevé de difficultés ni au moment du partage, par ce qu'il 
lui assurait une belle fortune, ni quand son père, durant sa ma- 
ladie, litconnaîtrelesdispositionsqu'il avait prises. Après le décès, 
cependant, Apollodore, qui avaitespéré rester tuteur de son frère et 
de sa mère et maître ainsi de tout Théritage, n'a pas longtemps 
dissimulé son désappointement et sa colère. La veuve, suivant 
Tusage, avait donne quelques mois au deuil, puis, obéissant à la 
volonté suprême du défunt, elle avait épousé Phormion. Apollo- 
dore étant alors absent d'Athènes comme Iriérarque, manifesta 
tout haut, lorsqu'il revint, Tindignation que lui causait ce qu'il 
appelait une mésalliance; il méprisa Phormion et, se prétendant 
lésé dans son honneur et dans ses intérêts par cette union, il alla 
jusqu'à menacer Phormion d un procès criminel; déjà la plainte 



était déposée au greffe de rnrchonte. Gomme la mémoire de Pasion, 
la consiflération de Phormion et de sa femme, le crédit de la ban- 
que auraient souffert de ces débats, des amis s'entremirent; la 
mère elle beau-père d' Apollodore firent les avances. Apollodore, 
de son côté, sentit qu'il s'était bien aventuré, et la plainte Xutreti* 
rée; les relations furent reprises entre Apollodore et les nouveaux 
époux. 

Peut-être fut-ce par quelque service pécunaire, promis ou rendu, 
que Phormion obtint alors de se réconcilier avec ce gênant person- 
sonagc, Apollodore voulait faire figure à Athènes. Il n'avait ni une 
naissance îUustre, ni de grands talents; il prétendait doue attirer 
l'attention par Pactivité quil déployait, par son faste. Pour se 
faire connaître, il avait intenté des procès politiques h plusieurs 
orateurs et généraux. Ghorégies, triorarchies, tout ce qui pouvait 
fixer sur lui les yeux, il le recherchait avec autant d'empressement 
que d'autres fuyaient ces corvées. La richessede ses vêtements, la 
suite de valets qu'il traînait derrière lui, les courtisanes qu'il en- 
tretenait à grands frais, tout lui servait h se faire remarquer; il vou- 
lait qu'en le voyant passer sur l'agora, étrangers et citoyens se 
montrassent le fils du célèbre banquier Pasion. 

Avec de pareils goûts, Âpollodcre avait besoin de beaucoup d'ar-- 
gent; aussi le voyonanaous occupé pendant plusieurs années, après 
la mort de son père, à compulser ses papiers et les livres de la 
banque. A l'aide des mentions qu'il y trouve, il recouvre d'ancien- 
nes créances, il met en demeure les débiteurs de Pasion, à nnesure 
que les dettes deviennent exigibles et, s'il y a lieu, il les poursuit 
devant les tribunaux. Par ces recherches et ces mises en demeure, 
Apollodore réussit à recouvrer environ vingt talents (112,000 fr.) 
qui devaient se partager également, comme valeurs de la succession, 
entre Pasiclès et lui ; mais, si nous en croyons Démosthène, on 
lui en attribua plus de la moitié ; c'était comme une sorte de commis- 
sion qu'il touchait sur les rentrées. Il y était d'autant plus intéressé, 
que la fin du bail conclujadis entre Pasion et Phormion idntdiminuer 
ses revenus.- En 362, le fils cîidet de Pasion fut inscrit sur la liste 
des citoyens. On forma alors deux lots des entreprises, la banque 
et la fabrique de boucliers, et la banque échut à Pasiclès. Celle-ci 
fut affermée par quatre associés : Xénon, Euphranos, Euphron et 
Callistrate, qui n'en donnèrent plus qu'un talent, 40 mmes de moins 
que Phormion* Aussitôt que furent rendus et approuvés par Pasi- 
clès les comptes de tutelle et qu'il eut reçu décharge du bail, Phor- 
mion s'empressa de s'élablir à son propre nom. La meilleure clien- 
tèle dut le suivre. La nouvelle maison qu'il fonda fut bien vite une 
des plus importantes; son ohef put donner h la cité et l'aider de sa 



garantie pour acquérir, en temps de diselle, les blés du Bosphore 

cimmérien. Dès Tonnée 360, Phormion, comme jadis son maître 
Pasion, recevait le droit de bourgeoisie. 

De si brillants succès ne pouvaient manquer d'exciler l'envie 
d'ÂpoUodore. Sa mère, la veuve de Pasion^ mourut Tannée même 
où Phormion devenait citoyen. Elle légunit 2,000 drachmes aux en- 
fants d'Apollodore. Celui-ci ne fut pas satisfait du legs; il réclama 
3,000 drachmes de plus, une servante, une part des vêtements et 
des bijoux; il parla encore de procès. Plusieurs parents intervin- 
rent; Phormion céda^ il remit en tout 5»000 drachmes, et les effets 
de l'hérilage furent partagés par part et par tête entre les quatre 
fils issus des deux mariages. Là-dessus, à l'Acropole, dans le Par- 
Ihonon, Apollodore déclare devant témoins qu'il n'a plus rien à 
réclamer de Phormion, que tous leurs comptes sont réglés. Cet 
accord et cette sorte de décharge générale sont mis par écrit sous 
forme d'une sentence arbitrale, tvcmrc, rendue parDeinias^ le bean^ 
père, et Nicias, le beau-frère d*Apollodore, ainsi que par Lysinos 
et Andromenès, qui représentaient Phormion. Ces derniers avaient 
eu soin de faire consigner dans l'acte que c'était à titre gracieux et 
pour l'amour de la concordeque Phormion consentait à cesacrifice. 

Malgré cet héritage, ÂpoUodore s*obérait de plus en plus. A 
xnesure que ses embarras d'argent devenaient plu» pressants, sa 
colère augmentait; il ne pouvait souffrir devoir Tancien esclave 
de son père, Phormion, un homme de rien, un parvenu, augmen- 
ter d'année en année sa fortune et jouir de la considération géné* 
raie, tandis que lui-même, l'héritier de Tune des plus riches mai* 
sons d'Athènes, sentait l'opinion publique se détourner de lui et 
comptait déjà les heures qui le séparaient encore de sa ruine. Dix- 
huit ans donc après la mort de Pasion et dix ans après le décès de 
sa veuve, après la quittance régulière et définitive qu'il avait don- 
née à Phormion, il réclama de celui-ci, par une aœignation judi* 
ciaire, la somme de 20 talents (112,000 francs); elle représentait, 
prétendait-il, avec les intérêts calculés jusqu'au jour du procès, le 
capital que Pasion, en quittant les affaires, aurait laissé à son suc- 
cesseur à titre de prât, et dont Phormion se serait attribué la 
propriété. 

Par la réponse de Démosthène et par un plaidoyer subséquent 

d' Apollodore lui-même, le discours contre Stéphanos, nous pouvons 
nous l'aire une idée des suppositions gratuites, des mensonges, des 
mauvaises raisons qu'ApoUodore entassa pour donnera sa requête 
^ tout au moins un air de vraisemblance. Sans cette mise de fonds» 
soutenait^ily jamais Phormion, parti de si bas, ne serait arrivé à la 
richesse, tandis que lui-même, Apollodore, fils du riche Pasion, 



s'est ruiné au «rvice de l'Etat. S'il ne peut démontrer ce qu'il 
avance, c'est que Phormion lui avait promis de Tindemniser; 
Phormion n'ayant pas tenu ses promesses, il est contraint de s'a- 
dresaor au tribunal pour obtenir justice. 

Rien de moins juridique et de plus faible que toute cette argu- 
mentation; il faudrait cependant se mettre en garde, car Apollo- 
dore était non seulement actif, effronté, intrigfant, mais aussi il 
avait un certain talent de parole, tandis que Phormion non seule- 
ment en était bien loin, mais il ne pouvait même parler passable- 
ment la langue. Heureusement pour lui , vers le milieu du 
iv« siècle, un intermédiaire, c'est-à-dire un avocat, était chose assesi 
fréquente et Phormion s adressa à Démosthène, qui était déjà en 
vogue. Démosthène n'a pas lardé à démontrer avec sa précision 
habituelle que les 20 talents qu'ApoUodore prétendait avoir été 
laissés par Pasion, comme fonds de roulement, à son successeur, 
n'existaient pas. Selon lui, s'il ne pouvait fournir la preuve de ce9 
avances, dont Théritage aurait été frustré, c'est que Phormion 
aurait retenu, falsifié, détruit les papiers de Pasion. La réponse 
est facile. Le partage du patrimoine n'avait pu être fait d'abord 
au lendemain de la mort de Pasion, puis, pour la partie restée in- 
divise et tenue à loyer par Phormion, lors de la m^orité de Pasi- ^ 
dès, sans consulter ces papiers et, à la suite de ces deux par-' 
tages, Apollodore n a soulevé aucune réclamation. D'ailleurs les 
livres de Pasion ont été si bien remis à son fils aîné que celui-c 
s'en est servi pour faire rentrer, par toute une série de poursuites, 
des dettes arriérées jusqu^à concurrence de 20 talents. De plus, 
Pasiclès, aussi intéressé qu'ApoUodore à posséder ces papiers , 
ne s'est jaraaisplaint à Phormion, et lui prête encore aujourd'hui 
devant le tribunal l'appui de son témoignage. Enfin, il y a une dé- 
charge générale donnée huit ans plus tôt par Apollodore après 
la mort de sa mère, décharge constatée par une sentence arbitrale. 
Mais laissons parler Démosthène: 

<t Je m'étonne que tu ne songes point qu'Archeslralos, qui a été 
îadis le maître de ton père, a un fils Antima^hos qui n'a point la 
fortunequ'il mériterait; or, celui-ci ne vient pas l'attaquer et ne 
se plaint pas d'être ta victime.Il te voit partout porter un manteau 
de la laine la plus fine, il te voit affranchir une de tes maîtresses, 
en marier et en doter une autre, toi qui es un homme marié; il le 
. voit mener partout avec toi une suite de trois jeunes esclaves, et 
vivre d'une manière si débauchée quMl suffit de te rencontrer pour 
deviner tes vices. Antimachos manque de bien des choses néces- 
saires à la vie, et il voit aussi Phormion dans l'aisance. Cependant 
si lu le çrois des droits sur les biens de Phormion parce que autret 



fois i! a appartenu à ton père» A.ntimachos, en vertu de ce mèmô 
titre, serait plus fondé que toi h élever de pareilles prétentions, 

car ton père a été esclave du sien, de sorte qu'à ce compte il aurait 
des droits sur toi aussi bien que sur Phormion. Mais toi, tu eu es 
venu à ce point d'aveuglement. que tu te mets dans le eas d'évo- 
quer toi-même des souvenirs qui ne devraient, il semble, être .rap- 
pelé que par tes ennemis, et tu déshonores et toi-mèmè et les 
parente que tu as perdus; tu insultes la cité; ces biens et ces pri- 
vilèges que ton père a acquis grâce à la bienveillance des citoyens 
qui nous entendent ici, et dont Jouit maintenant Phormion après 
ton père, lu ne sais pas les conserver avee décence et dignité, de 
manière qu'ils fassent honneur et h ceux de qui tu les tiens, et à 
vous autres qui les avez reçus. Non, il faut que tu sois toujours 
occupé à nous en dévoiler Torigine, à nous démontrer, à nous 
prouver, en t'outrageant en quelque sorte toi -même, de quel néant 
les Athéniens t'ont tiré pour te faire citoyen. Oui, tu en es à ce 
point de folie (puîs-je me servir d'un auti^ terme?) de ne point 
comprendre que nous, aujourd'hui, quand nous demandons que 
Phormion, après avoir réglé ses comptes et ohlenu pleine décharge, 
soit h l'abri de toute poursuite, nous plaidons ta c^use, et que loi, 
au contraire, quand tu ne veux point traiter Phormion comme ton 
égal, tu parles contre ton propre intérêt. Les droits que tu prétends 
posséder aujourd'hui sur Phormion, ces mêmes droits, les anciens 
maîtres de ton père les feront valoir aussi sur ta fortune; que 
Pasion, lui aussi, a été esclave, et qu'il a été libéré de la même 
manière que Phormion, c'est ce que prouvent les témoignages que 
Ton va vous lire; ils vous oonvraincront que Pasion a appartenu à 
Archestratos ». 

Quelque impudent que fût Apollodore, dit avec beaucoup de 
raison M. G. Perrot, il ne devait pointêtre à son aise pendant que 
Démosthùne l écrasait ainsi de son mépris, le fustigeait d'une main 
vive et cruelle. L'impression fut profonde; quand ApoUodorese 
levapour répondre, les juges,~ilnousrapprend lui-même dans un 
autre plaidoyer, — refusèrent de l'entendre ; et il n'obtint même 
pas qu'un cinquième des voix se prononçât en sa faveur. Dans 
ces conditions, non seulement il perdait son procès et était con- 
damné aux dépens, mais il avait encore à verser au trésor J'amende 
que Ton appelait Véfiobolie^ o*est-à-dire une obole par drachme ou 
le dixième de la somme indûment réclamée par lui. G'élait presque 
20,000 francs, et sous peine d'être dépouillé du d^'oit d'intenter 
d'autres actions et de paraître à la tribune. Deux ans après nous 
le voyons se taire encore condamner, pour une proposition con<* 
traire aux lois, h une amende de un talent qu'il trouva moyen de 



nayer, et plus lard poursuivre indirectement Phormion, c*ést-à- 
dire ceux qui ont aidé Phormion à gagner son procès, comme un 
certain témoin S téphanos. Phormion est accablé de grosses insultes ; 
ÂpoUodore parle de son propre père comme d*un vieillard tombé 
en enfance, il renie son bhve Pàsidès et il insulte et déshonore 
sa mère, en disant que Pasîclès serait né d'un commerce adultère, 
et que Phormion a été, bien avant la mort de Pasion, Tamant 
do celle qu'il devait épouser plus tard. Bref, Apollodore parait 
s'être perdu dans des pirocès de ce genre. Quant à Pasiclès et à 
Phoiioaion, on sait par quelques molsd^un discours perdu d'Hypé- 
ride que, depuis la réforme Iriérarchique opérée par Démosthène 
en 340, ils figuraient encore au nombre des citoyens les plus 
riches ; peut-être s'étaient-ils même associés. 

Citons aussi m extemo les pièces authentiques de ces plaidoyers 
pour mieux représenter les mœure de cet époque. 

Testament de Pasion. 

' m 

Vasion d* Acharnes a disposé ainsi qu'il suit : 9 Je donne ma femme 

Archippé à Phormion; je donne en outre en dot à Archippé un 
laleut quj m'est dû à Peparethos, un talent qui m'est dû ici, une 
exploitation rurale de cent mines, les servantes, joyaux d*or et 
tout ce qui lui appartient dans la maison* Je donne tout cela à 
Archippé». 

11 paraît que Pasion, en sa qualité de maître, xuftoc, donne à Ar* 
chippé ce qui appartient déjà à celle-ci dans la maison. C'est une 
reconnaissance à laquelle était joint sans doute un état descriptif, 
èM^fXfif OU inventaire* 

Voici le bail de la banque : 

<f Conditions auxquelles la banque a été louée à Phormion par 
Pf âon. Phormion payera aux enfants de Pasion un loyer annuel 
di deux talents et quarante mines, et de plus il donnera ses soins 
à la gestion journalière de la banque. Il ne pourra faire aucune 
opération pour son com p te personnel sans la permission des enfants 
de Pasion, Pasion doit en banque onze talents au compte de dépôts. 

Apollodore a tiré l'argent des locations et des créances qu'il s'est 
fait rembourser. En voici le résumé : * 

Dettes dont les titres étaient laissés par son père, et dont il a 
prélevé plus de la moitié, diminuant d'autant la portion f rater* 
nelle : * 20 talents. 

Location de la banque entre les mains de 
Phormion, pendant huit ans, à raison de 80 
mines par an, pour moitié du prix; ce qui 
&it en tout : 10 talents 40 mines. 



Môme établissement affermé à Xénon, Eu- 
pbrée, Euphron, Callistrate, pendant dix aii<> 
nées, à raison d*un talent : 10 talents. 

Produit des maisons, porté au tanx le pins 
bas, et résultant do partage de ces immeubles, 
restés quelque temps sous la main d'Apol- 
lodore : 30 mines. 

Résumons encore id le plaidoyer de Démostbène» Apoliodan 
emfre Oa%v, et les plaidoyers personnelsde Démosthëne qui jet^ 
tent une grande lumière sur les institutions de crédit dansTan- 
tîquilé. 

Nous nous servirons de la savante traduction de Démos- 
thène, de M. Rodolphe jBareste et de ses interprétatifs en 
grande piurtie* 

VI 

ApoUodore contre Calippe, 

Lycon, négociant d'Héraclée, prêt à s'embarcpier pour la Libye, 
vint verser à la caisse de Pasion une somme qu'il pria ce banquier 
de compter, en son absence, à Géphisiade, son associé de Scyros* 
San vaisseau fut attaqué par des pirates en vue des côtes du Pélo- 
ponnèse et lui-même tomba percé de coups. Transporté mounint à 
Argos, il y rendit le dernier soupir. Lorsqu'un particulier, dit Apol- 
lodore dans son discours, qui a déposé des fonds chez un banquier 
donne ordre de les remettre à une certaine personne, on inscrit 
d'abord le nom du déposant, puis la soimne déposée et on écrit en 
marge: payer âmteL Silapersonneàlaquellelepayementdoitétre 
fait est connue du banquier, on se contente d'indiquer qu'il faut 
payer à un tel ; mais si elle n'est pas nonnue, on ajoute en marge le 
nom de celui qui doit se présenter et certifier son identité, avant 
qu'elle puisse toucher. De ces précautions des banquiers^ il parait 
résulter que les fraudes étaient fréquentes, comme on peut d'ailleurs 
s'en fiûre une idée. Plante* comme Céphisiade était absent en ce 
moment pour d'au très affaires, chargea en même temps Archébiade 
etPhrasion de le présenter à Pasion et de certifier son identitéiors- 
qu'il serait de retour. Céphisiade, une fois de retour et dans ses 
foyers, vint demander l'argent qui lui fut remis. Mais un citoyen 
qui exerçait derinfluence àla tribune, Calippe, protesta ; il préten- 
dit qu'à titre d'agent d'affaires des Héracléotes, le dépôt lui appar- 

• Les plaidoyers civils de Dcniosthène, Paris, 1875, Pion et C^. 

* Voir ce passage à la traduction de M. Dareste, vol. II, p. 183, uote 3, aiaai 
glM ses savants commentaires {Çurculio^ t. 349). 



tenait. L'arbitre, saisi du débat n'osa prononcer du vivant de 
Pasion. Celui-ci mort, Calippe dirigjsa ses poursuites contre son iils 
Âpollodore. 

Le défendeur n'avait qu'une propoution à prouYsr : la somme 

déposée par Lycon à la banque n'était nullement destinée au ré-r 
clamant. Il la prouve : 1» par la conduite même de Calippe après 
la mort de Lycon; 2** par celle de l'arbitre qui était ami de Calippe; 
3^ par le serment que lui-niême, ApoUodore, avait voulu prêter ; 
4^ par le peu de liaison que Calippe avait eu avec Lycon ; 5* par le 
caractère de Pasion ; homme généreux et de sens, il n'aurait pas 
voulu, pour un misérable lucre, obliger Céphisiade, un étranger 
sans crédit, au préjudice d'un des chefs de la démocratie, d'un 
athénien assez fort pour se venger. Après une récapitulation ra- 
pide, ApoUodore demande au tribunal de prononcer en sa tavew ; 
il le demande au nom de la justice, au nom de son père. 

Le célèbre général Timothée avait recouru plusieurs fois à la 
caisse du banquier Pasion. Un général athénien, à cette époque^ 
était non seulement un homme de guerre, mais aussi un entrepre- 
neur. Il était chargé, à forfait ou autrement, de lever, d'entretenir 
et de nourrir soldats et équipages; quand les hostilités cessaient 
entre Grecs, il allait, par goût ou pour ne pas dissoudre ses ban- 
des, louer ses services au roi de Perse ou à ses satrapes. Ces opé- 
rations entraînaient un mouvement de tonds considérable. Se fai- 
saient-elles par Tentremise d'un banquier, et le banquier du général 
était-il Phormion? La nature des dettes portail à croire plu- 
tôt que Pasion, à cause de sa profession et de son origine, avait 
besoin d'avoir un protecteur dans un personnage influent, et il lui 
rendait de petits services pécuniaires pour lui être agréable. 

Bref, ApoUodore, après la mort de Pa^on, trouva dans les livres 
de son père l'indication précise d'avances faites en diverses cir* 
constances à Timothée. Il en reclama le payement par Taction or- 
dinaire de dommage, ^ucvi pxaêïiç, sans intérêts, car il n'y avait piis 
eu d'intérêts stipulés, ni d'échéance fixée. 

Timothée répond que s^il doit il payera, mds qu'il ne croit pas 
devoir. L'argent qu'on lui réclame a été versé, non pas entre ses 
mains, mais entre les mains de son payeur Antimaque, ou de tiers 
qui se sont prétendus ses créanciers, et qui se sont présentés à la 
banque comme ayant mandat de lui pour recevoir. 

Mais laissons plutôt parler ApoUodore d'après les livres de la 
banque^ car malgré que les sommes soient peu importantes, les 
renseignements nous sont précieux. « Ne i)0;i'ez pas surpris de nous 



voircxaclemcnt renseignés. Les banquiers sont dans l'usage de 
tenir note par écrit des sommes qu'ils remettent, des leriûes des 
remboursemenls, et des placemenls qui sont faits chez eux, de 
raç4>n à pouvoir toujours connaître les sommes dont ils sont créan- 
Ciors ou débiteurs par compte. 

«C'était sous larchonlat de Socratide, au mois de Gunychion 
(1^ septembre 362). Timothée allait s'embarquer pour sa seconda 
campagne, et se trouvait déjà au Pirée, attendant son départ. A 
^urt d argent, il s'adressa à mon père sur le port (la banque de 
Fasion était probablement sur le port même du Pirée), et mani- 
îesla son intention de lui empunter mille trois cent cinquante et 
une drachmes, et deux oboles. C elait la somme dont il disait avoir 
besom. Il donna ordre de remettre cette somme à son caissier 
Antimaque, qui en ce moment faisaitpour lui toutes les affaires. 

« Ainsireroprunleur de la somme d'argent,remise par mon père, 
fut Timothée, qui donna ordre de la remettre à Antimaque, son 
secrétaire, et la personne entre les mains de laquelle l'argent fut 
versé, à la banque, par les mains de Phormion, fut Antonomos, 
TOmmis depuis longtemps employé nux écritures d'Antimaque. 
Après avoir remis cet nrgent, mon père inscrivit comme débiteur 
Timothée, qui a donné l'ordre de prêter. II joigniL une note à cette 
mention indiquant le nom d'Antimaque, entre les mains duquel 
les tonds avaient dû être versés, aux termes de l'ordre, et celui 
d'Antonomos qu'AnUmaque avait envoyé toucher l'argent à la 
banque, soit mille trois cent cinquante et une drachmes et deux 
oboles». 

Plus tard, Timothée se trouvant ûnancièrement et même politi- 
quement eu mauvais élat, Pasion compta encore mille drachmes 
à Philippe, chef d'escadre béotienne, en faisant inscrire sur ses 
livres Timothéecommedébiteur. 

• Au mois de Mémacbérion, sous Farchontat d'Astéïos (nov. 373) 
A l'arrivée de deux amis pour son procès, par son domestique 
.^.schrion, Pasion lui prêUi une mine, des lapis, des couvertures et 
deux aiguières d'argent. Il renvoya à peu près tout excepté les 
aiguières, qui appartenaient cependant à l'ami et l'associé de Phor- 
mion, et qui au moment de prendre la mer avait remis en dépôt 
avec d'autres objets précieux à Phormion ces deux aiguières, ce 
que l'esclave, qui les a remis à ^chrion, ignorait. Timothée, de 
retour^^consenlit à recevoir le prix des aiguières, d'après le poids, 
8011237 drachmes. « Il lui donna donc le nrix des aiguières et 
porta à son crédit, et nu débit de Timothée entre les autres sommes 
dues par ce dernier, la somme ainsi payée à Timothée pour les 
aiguières d. ^ ^ 



Amyntas de Macédoine donna du bois à Timolhée qui envoya 
son homme d'affaires Philondas pour aller I» prendre, et comme 
Timothée parteit pour l'armée du rôi, le présenta à Pasion en le 

priant de payer le fret des bois, drachmes 1,750, et « Timoihée lut 
inscrit comme débiteur par les employés de la banque au moment 
où ils remirent l'argent, et non au moment où Timothée étant è 
Athènes présenta Philontas à mon père ». Toutes ces créances réu- 
nies n'allaient pas à 4,500 drachmes, somme insignifiante pour 
Timolhée comme pour Pasion. 

« Timothée n'ayant fait sommation devant l'arbitre, demanda, 
que les livres fussent apportés de la banque et réclamant des copies, 
envoya à ia banque Pbrasiéridès pour les compulser et y copier 
touttâ les sommes portées au débit de Timothée ». 

Pasion avait prêté sans témoins, et il s'était contenté de la parole 
de Timothée. En cas de contestation, il n'aurait pu établir la dette 
que par des livres, par ies présomptions et enfin par le serment, 
mais ce n'étaient pas là des preuves sur le succès desquelles on 
pût compter et, k vrai dire, Pbjuon était à la discrétion de Timo- 
lhée. Si Timothée avait succombé dans son procès (quand il fut 
traduit avec Iphicrate par Chorès devant le peuple) et que ses biens 
eussent été conllsqués, Pasion n aurait pu faire valoir sa créance, 
qui d'ailleurs n'était pas régulièrement justifiée. 

Mais si Pasion n*avût pas de témoins, son flis ApoUodore en 
avait. En effet, Phormion^ l'esclave de Pasion, qui était à la Ibis 
son commis et son caissier, et qui avait versé les espèces entre les 
mains des représentants de Timothée, avait été affranchi par son 
maître et était devenu banquier à son tour, et son témoignage était 
valable. Un autre employé de ia banque, EuphrcBos» qui probable- 
ment aussi BVBil été aflranchi par Pasion, est également appelé m 
témoignage par Apollodore. 

En présence de ces témoignages, qui sont d'accord avec les livres, 
Timothée ne conteste pas les payements faits par Pasion. 11 sou- 
tient seulement que ùmx qui <mt regn n'étaient pas tes nwnda- 
taires. Apollodore s'efforce de prouver le contraire par toutes sortes 
de présomptions; il soutient que Timothée avait donné un double 
mandat, à Antimaque et aux autres pour recevoir, et à Pasion pour- 
payer. L'opération se faisait au moyen d'une présentation effective. 
Le mandant présentait au banquier la pœsonne qui devait recevoir 
le payement. Gelà s^appelait ouvinniuf. 

Cette question de mandat restait donc douteuse et obscure. C'est 
pourquoi l'une et Tautre partie offrent de l'éclaircirpar unserment. 

Plutarque (Vie de Démosthène, ch. xv) nous apprend qu' Apol- 
lodore gagna son procès, et que Timothée fut condamné à pâ^^r. 



- 46- 

La date de ce procès peut Ôtre Qxée, avec une certitude presque 
entière, à l'an 362. ^ 

Arrivons maintenant aux plaidoyers personnels de Déraoslhène 
dont le père avait été un des plus grands banquiers de l'antiquité, 
et les différends entre Démosthèneel ses tuteurs deviennent d*un 
très grand intérdt en suivant Targumenlation de M. R. Dareste. 

Démosthène de Parania, père de l'orateur, est mort en 376, 
laissant avec sa veuve Cléoboulé un fils de 7 nns et une fille de 5. 
Sa fortune, considt^rable pour le temps, s'élevait à quatorze tnlenls 
au moins (84,000 ïv.)^ sang autre charge que la dot de Giéoboulé. 
qui était de cinquante mines (5,000 fr.). D'après la loi, la succès- 
sion revenait tout entière au fils, la fille ne recevait qu'une dot. 

Pour régler ces intérêts, le défunt a fait un testament par Ioqn<;i 
il a institué trois tuteurs : Aphobos, Démophon et Thérippide, &u 
veuve Cléoboulé deviendra la femme d'Apbobos et lui «^>porte^a 
une dot de- quatre-vingts mine? (8,000 fr.). La sœur du jeune 
Démosthène sera destinée à épouser Démophon et recevra une do 
décent vingt mines (12,000 fr.). Le troisième tuteur, Thérippide, 
reçoit nussi un legs, mais on usufruit seulement, de soixante-dix 
mines (7,000 fr.), pendant la durée de lu tutelle. EaBn, le défunt 
a enjoint aux tuteurs d'alFermer publiqutmeut lasuccession, selon 
Fusage. 

Depuis celte époque, dix ans se sont écoulés jusqu'il la ninjo- 
rité du jeune Démosthène. Les tuteurs se sont comportes en maîtres 
absolus de toute cette fortune. Aphobos n'a point épousé Cléoboulé, 
Démophon n a point épousé la sœur de Démosthène, et chacun d'eux 
n'en a pas moins reçu la dot assignée par le testament. Les biens 
ont été mal administrés et en grande partie détournés. Majeur à 
18 ans, selon la loi athénienne, Démosthène poursuit ses tu- 
teurs en restitution de son patrimoine et des intérêts. On lui olfru 
soixante-dix mines (7,000 fr.). Démosthène soutient que la fortune 
paternelle s'élevait à quinze talents (90,d00 fr;), et qu'elle doit étro 
doubléepar les intérêts et revenus depuis dix ans. Après plusd*un 
an en pourparlers, il s'est décidé enfin à intenter contre chacun de 
ses trois tuteurs une action de tutelle, ^Ur. enTpcTTr;, tendant au paye- 
ment d'une somme de dix talents. L'instruction devant l'arbitre 
public a duré deux ans et s'est terminée par une sentence favorable 
à Démosthène; mais ce n'était là qu'un préliminaire, et le dernier 
mot apjmrtenait au tribunal. Démosthène saisit donc le tribunal 
de son action contre Aphobos, sous réserve de suivre ultérieure- 
ment les actions intentées contre Démophon cl Thérippide. L'afluit-e 
vient à l'audience en 303. 

L'action de tutelle, bien que purement civile, entraînait les 



- 47 — 

plus graves conséquences en cas d'insuccès du denaandear* En ef- 
fet, elle tendait au payement d'une somme d'argent, et le chiffre de 
lu condamnation demandée n'étant pas fixé à l'avance par la loi ou 
la convention, devait être déterminé par le tribunal après débat 
contradictoire entre les parties. A ce double tiire elle entraînait 
la peine de Y^Mief e*est-à-dire de Toboie par dradinoie, un dixième 
de la somme demandée, contre le demandeur qui succombait sans 
avoir obtenu la minorité du cinquième des voix. La demande s'éle- 
vant à dix talents, répobolie était de dix mille drachmes, indépen- 
damment des frais, proprement dits irpuravûx. 

Le plaidoyer de Démosthène est toès simple» Après avoir rappelé 
les faits qu'on vient de lire, il se réduit à un inventaire de la suc- 
cession et au compte de ce qui doit être restitué par Aphobos. En ce 
qui touche l'inventaire, il n'y a pas de difficulté, Démosthène énu- 
mère très clairement les divers éléments dont se compose Tactil; 
il arrive sans peine au chiffre total de quinze talents (90,000 fr.) 
Le compte des sommes à restituer par Aphobos est un peu plus 
compliqué. Il comprend d'abord la dot de Cléoboulé, soit quatre- 
vingts mines avec Tintéret calculé seulement à 1 p. 100 par mois 
(rintérêt légal aurait été de 1 1/2 p. 100, soit neuf oboles par mine et 
par mois}, ce qui donne en tout trois talents (18,000 fr.) ; 

En second lieu, le produit de Tatellier d'armurier p»dant d^x 
ans, avec les intérêts de cette somme à 1 p. 100 pflur mois, soit 
un tylent(6,000i"r.); 

En troisième lieu, la valeur de l'autre atelier qui a complète- 
ment disparu^ et les produits qu'il aurait donnés pendant dix ans, 
soit en tout tr^ talents, dont un tiers à la dtoi^ d'Âphobos 
(0,000 fr.); 

En quatrième lieu, la valeur des matières premières qui ont été 
détournées, soit un talent et vingt mines, et avec les intérêts trois 
talents dont un tiers à la charge d' Aphobos (6,000 fr.)- 

Le surpins, dont Démosthène ne parle pas, comprenait, sans 
doute, Targent comptant et les créances détournées, plus les inté- 
lets à 12 pour 100 à partir du jour de rencaissement, le tout à la 
charge d'Aphobos pour un tiers. Peut-être y a-t-il ici dans le texte 
une lacune de quelques lignes. 11 est iacile d'y suppléer par les 
éncnciations contenues dans la répHqiie. 

(Test ainsi que le montant de la réclamation contre Aphobos s'é- 
lève à plus de dix talents, soit au tiers du montant des trois de- 
mandes réunies. 

Après avoir justifié ses conclusions, Démosthène discute celles 
de son adversaire. Âphobos reconnaît avoir reçu cent huit roin^, 
et avec les intérêts cent qualre-vingt^ix -mines (19,000 fr^). Il 



* 



ajoute, il est vrai, qu'il a dépensé celle sonîme; irais rien ne jus- 
tiiie celte prétendue dépense. Il invente plusieurs fables, soil poui» 
diminuer Timportance de Tactif qu'il a pris en charge, soit pour 
enfler le profit, soit mÔme poar rejeter sur des co4otcur&^la res- 
ponsabilité des détournements; mais aucune de ces informations 
n'est prouvée ni même vraisemblable. 

Il y a surtout deux circonstances qui suffiraient ?i elles seules pour 
faire condamner Apbobos ; c'est d'abord que le défunt avait laissé 
un testament et que ce testament, qui contenait l'inventaire de la 
succession, dont rexistence est attestée par les tuteurs eux-mêmes, 
a disparu, sans doute supprimé par eux ; c'est ensuite que, con- 
trairement aux lois et àlavolonlédu testateur, le bien du pupille n'a 
pas été affermé et que les capitaux sont ainsi restés improductifs. 

Aphobos 8*est défendu en disant que Gylon, aïeul maternel de 
Démoslhène, avait éfé débiteur de TEtat, et que, pour se soustraire 
aux conséquences de ce fait, le père de Démoslhène avait dissimulé 
sa fortune, recommandant à des amis de faire disparaître son tes- 
tament. Démosthène répond qu'il s'agit de savoir,non si quelqu'un 
a été débiteur de FËtatymais si ses héritiers et dœcendants le sont 
encore, ce qui n*est établi par aucun témoignage et se trouve 
même contredit par les faits. 

Démosthène, dans son deuxième discours contre Aphobos, doit 
relire les témoignages qui servent à établir le chiffre de sa récla- 
mation; il raconte comment ses tuteurs ont entièrement trahi la 
confiance de son père, quelles promesses ils lui avaient faites au 
lit de mort, et termine par une péroraison pathétique. 

Démoslhène gagna son procès et Aphobos fut condamné. Mais 
de nouvelles difficultés s'élevèrent lorsqu'il s'agit d'exécuter le 
jugement. 

Aphobos ayant été condamné, il ne lui restait qu'une voie pour 

en £o: lir: prouver que le jugement rendu contre lui avait été déter- 
miné par un faux témoignage. 

Le gérant ou chef de la fabrique patrimoniale d'armes de Démos- 
thène se nommait Milyas. Or, Démosthène a refusé de livrer 
cet homme à la question, soutenant quMl était libre, et il paraltavoir 
pu démontrer ce fait. Il prouve en plus que ce témoignage a été 
sans inûuence sur l'issue du procps. La complication qui en est 
résultée parait avoir forcé Aphobos à y renoncer. 

La condamnation que Démosthène a obtenue con tre Aphobos, nous 
ne savons pas s'il a pu l'exécuter, car Aphobos, de concert avec son 
be:iu-frère Onétor. a dissimulé une grande partie de sa fortune. 
Démoslhène a prouvé que ces manœuvres étaient non seulement 
frauduleuses, mais aussi frappées d'invalidation. 



Il ne nous reste maintenant qu'à parler en dernier lieu desprels 
à la grosse qui se pratiquaient sur une très grande échelle dans 
rantiquité hellénique. Encore dans ce chapitre nous suivrons en 
grande partie l'argumentation de M. Dareste, 

Prêter à là grosse aventure, c'est prêter de telle sorte que le 
payement soit subordonné à la condition de l'arrivée d'un navire h 
bon port. L'emprunteur doit payer si le navire arrive; il est libéré 
si le navire périt; comme prix du risque, le prêteur reçoit un pro- 
fit maritime, c'est-à*dire un intérêt bien supérieur à l'intérêt ordi- 
naire. Le prétest affecté suc un engagement soumis aux risques de 
mer, tantôt aux corps et quille du navire, tantôt aux agrès et appa- 
raux, ou sur fret ou sur chargement et, dans ce dernier cas, Taf- 
fectation ne fait pas obstacle à la vente des marchandises, pourvu 
qu'elles sùient remplacées par d'autres marchandises d'égale valeur. 
Le prêt est fait en général pour un double voyage, aller et retour » 
mais il peut être limité à un seul voyage. 

Chez les Athéniens, l'emprunteur déclarait dans le contrat que 
le gage donné par lui était libre et il s'engageait à ne pas l'affecter 
à un emprunt ultérieur, non qu'il en eût le jdroit, car l'objet affecté 
était considéré comme appartenant au créancier; mais la surveil- 
lance de celui-ci pouvait être facilement trompée, puisque l'objet 
affecté restait forcément en la garde du débiteur. Régulièrement le 
second prêteur ne devait remettre les fonds qu'après s'être fait con- 
sentir une antériorité par le premier. 

I/emprunteur était libéré par la perte des objets servant d*ali- 
ment au risque, qu'ils fussent ou non affectés à la garantie de l'etf- 
prunt. Une perle partielle le libérait partiellement. Il est probable 
que le prêteur supportait les avaries particulières sur les objets 
affectés, et la part de ces objets dans les avaries communes. 

Malgré toutes les précautions insérées dans les contrats, les fraur 
des étaient nombreuses. La simulation, le stellionat, se pratiquaient 
fréquemment, la bnrateric de patron n'était pas sans exemple. 
Aussi les contrats élaient-ils rédigés par écrit, en présence de 
témoins, signés et scellés par les parties et les témoins, et déposés 
chez un tiers, ordinairement chez un banquier. Mais la précaution 
la plus efficace consistait dans l'envoi d'un agent qui montait sur 
le navire et accompagnait l'emprunteur pendant toule la durée du 
voyage, pour le surveiller et recevoir le profit maritime à l'échéance. 
Quelquefois c'était le prêteur lui-même qui se chargeait de cesoiu 
et remplissait ce rôle 

4 



Nous niions trouver rnpplicalioa de ces règles dans 1m plaidoyer 
Démon contre Zénolhémis. 

Prôlos, négociant étranger établi h Albènes, a frété au Pirée un 
navire marseinais pour un voyage du Ptrée & Syracuse et retour. 
Kopéralion qu*il avouo consiste à acheter du blé en Sicile et h 
le revendre sur le marché d'Athènes. 11 l'a laile de compte à demi 
avec un certain Pherlalos. Les capitaux nécessaires sont fournis 
par des banquiers athéniens. Uégestrate, capitaine du navire mar- 
seillais, fait un emprunt à la grosse qu'il doit rapporter de Syracuse. 
CSesecond prêt estoonsenti par roncledeDémosthène, Démon, elplu- 
sieurs capitalistes associés en participation avec lui. Le navire fait 
voile, emmenant Prôtos et avec lui un agent que les prêteurs à la 
grosse mettent sur le navire pour veiller à leurs intérêts. 

Arrivé en Sicile, Prôtos fait des achats qu'il paye comptant avec 
les fonds dont il s'est muni au départ. Il paye à la douane de Syra- 
cuse 2 p. 100 pour droit d'importation et fait charger les blés sur 
le navire. De leur côlé, le capitaine HégcsLrate et son second 
Zénothémis contractent de nouveaux emprunts à la grosse sur 
desblt'^s qu'ils prétendent avoir chargés sur le navire* Mais lais* 
sons parler Démosthène : « Tous deux se sont entradus pour 
commettre la fraude que voici : ]'un et Tautre contractaient des 
emprunts à Syracuse. Ceux qui prêtaient à Zénothémis se rensei- 
gnaient auprès d'Hégestrate, et celui-ci répondait qu'il y avait sur 
le navire beaucoup do blé appartenant à Zénothémis. A ceux qui 
prêtaient à Hégestrate, Zéopthémis affirmait que ce dernier était 
propriétaire du chargement. L'un était capitaine, Tautre avnit 
rang à bord ; on les croyait volontiers parlant sur le compte l'un 
de l'autre. Mais lorsqu'ils eurent reçu les fonds, ils les envoyèrent 
c^jez eux à Marseille, au lieu de les emporter avec eux sur le bâti- 
ment; et comme le contrat portait, suivant l'usage, que les fonds 
empruntés sondent rendus, le navire étant arrivé à bon port, ils 
complotèrent de perdre le navire en mer, afin d'anéantir les droits 
des créanciers. A peine étaient-ils à deux ou trois journées de terre, 
qu'Hégestrate descendit la nuit à fond de cale, etse-mit à prati- 
quer une voie d'eau. Cependant Zénothémis, comme s'il n'eût rien 
su, restait sur le pont avec les autres passagers. Tout à coup on 
entend du bruit ; tous ceux qui sont sur le naidre s'aper* 
çoivent qu'il se passe quelque chose à fond de cale et descen- 
dent pour porter secours. Hégestrate, pris en flagrant délit, 
fuit pour échapper au châtiment qui le menace; poursuivi, il se 
jette à la mer| mais dans Vobscurité de la nuit il manque le canot 
et se noie. Ce fut le sort assurément bien mérité d'Régestrate. 
Misérable, il périt miaérablijment, et soufTrit le mal qu'il avait 



— 51 — 

voulu faire aux autres. Q lant à son associé et son complice, 
on le vit d'abord sur le navire, au moment même oîi se commet- 
tait le crime, jouer la surprise et l'effroi, presser le mattre d'équi- 
page et l'équipage lui-même de se jeter dans le c:mot et d'aban- 
donner le navire au plus vite, dire qu'il n*y avait plus d'espoir de 
salut, que Ton allait couler, et tout cela pour consommer le crime 
qu'ils avaient concerté ensemble, faire périr le navire et anéantir 
les emprunts; mais ses efforts furent inutiles. L'agent que nous 
avions préposé au chargement résista et on promit aux hommes d'é- 
quipage une forte récompense s'ils parvenaient à sauver le bâti- 
ment ; et le bâtiment sauvé parvint à Géphaléaie, grâce aux dieux 
d'abord, mais aussi grâce à l'énergie de Féquipage* Alors Zéno- 
thémis, d'accord avec les Marseillais, compatriotes d'Hégestrate, 
prétend que le navire no peut continuer sa route sur Athènes. 11 
dit qu'il est lui-même de Marseille, que le chargement en estaussi, 
que le capitaine et les préteurs à la grosse sont Marseillais. Mais 
cette fois encore ses efforts furent inutiles. Les magistrats de 
Géphfilénie décidèrent que le navire devait regagner Athènes, 
d'où il était parti, et alors cet homme, que personne n'aurait cru 
assez osl* pour se montrer ici après avoir projeté et exécuté p«areille 
chose, cet homme a poussé l'impudence etTaudace non seulement 
jusqu'à venir parmi nous, mais jusqu'à nous disputer le blé qui 
nous appartient, et à nous intenter une action en justice. On liquide 
l'opération. Les prêteurs sur corps et quille s'emparent du navire 
en payement de leur créance et Prôtos garde les blés, à la charge 
de payer ce qu'il doit à Démon et h ses associés. 

« Mais à ce moment Zénothémis s'oppose à ce que les blés soient 
déchargés. Il prétend qu^il a prêté à la grosse à Hégestrate sur w 
même chargement, d'où naît la question de savoir si ce charge- 
ment est lapropriélé de Prôtos ou d'Hégestrale. Zénothémis intente 
donc contre Prôtos une action en revondicaLioa tendant à Talloca* 
lion de dommtiges-iatérôts. Il en intente en même temps une sem- 
blable contre Démon, quoique Démon soit simplement créancier 
de Prôtos et, par conséquent, représenté par son débiteur; mais 
pour comprendre celte procédure, il laut remarquer que Prôtos 
n'est qu'un étranger, tout au plus un métèque, et offre peu de 
garantie, tandis que Démon est un athénien riche et puissant. 
Aussi Zénothémis refuse de se laisser dessaisir et consent volons- 
tiens à être éconduit par Démon qui, par ce fait de dépossession, se 
trouve ainsi mêlé personnellement au procès. 

Là est la première dinicuUé. Suivant Démon, Zénothémis peut 
bien plaider, s'il veut, contre Prôtos avec qui il a contracté, mais 

lui Démon n'a lait aucun contrat avec Zénothémis, et dès lors ce 

1 



— 52 — 

dernier qui est étranger n'a pas d'action contre lui devant un tri- 
bunal athénien, Telle est la disposition delà loi. S'il faut plaider, 
Démon ne s'y refuse pas absolument, mais il veut plaider à Syra- 
cuse, car c'est là que sont toutes les preuves. 11 s'agit en effet d'm- 
twroger l«i vendeurs, de compulser les registres de la douane 
sicilienne. C'est là seulement que la question de propriété du char- 
gemeut peut être utilement débattue; aussi Démon s'a ttache-l-il h 
faire la demande de Zénothémis et de Prôlos lui-môme, et pour ne 
pas laisser perdre son gage. 

« L'action deZénothémis n'est donc pas recevable,au fond; sa pré- 
tention est invraisemblable. Toute sa conduite n'est qu'une fraude 
calculée pour s'approprier un chargement qui no lui appartient 
pas. Hégestrale et lui ont voulu perdre le navire pour se débarras- 
ser des prêteurs à la grosse; Zénothémis a voulu rompre le voyage 
sous de faux prétextes, et aiyourd'hui il s'entend avec Aristophon, 
avec Prôlos lui-môme, qui a disparu pour ne pas donner son témoi- 
gnage. Bnfln il a été mis en demeure d'aller plaider en Sicile, oU 
sont toutes les preuves, et il a refusé d'obtempérer ^ cette som- 
mation. 

« De son côté, Zénothémis produit un acte de prêt, piêxîov oufïpaœrv, 
à la grosse, consenti par lui àHégestrate, et déposé entre les mains 
d'un des passagers du navire. Mais Démon repousse cet acte 

(<îu^-f?xtpr,v) comme frauduleux, et il trouve précisément la preuve de 
la fraude dans ce fait que l'acte a été passé sur le navire et non 
avant le départ». 

Clwytippe contre Phormûm. 

Chrysippe et son frère, négociants étrangers établis à Athènes, 

ont prêté deux mille drachmes à Phormion, étranger comme eux, 
pour un voyage au Bosphore, aller et retour, et l'acte de prêt 
{mrnfanfh) a été déposé chez le banquier Kittos (l'ancien commis 
sans doute de Pasion). 11 ft été rédigé en double et peut-être même 
en triple. Un exemplaire est resté à Athènes chez Kiltos, un autre 
a é té remis au capi taine Lampis, qui était le mandataire de Chrysippe , 
et l'autre à Phormion sans doute. Phormion s'est engagé à rendre 
deux mille six cents drachmes, y compris le profit maritime si 
le navire revient à bon port Gomme sûreté, il s'est obligé à char- 
ge i- des marchandises d'une valeur double du capital prêté, et 
cela sous une clause pénale de sinq mille drachmes. Il prétend s'être 
réservé la faculté de se libérer par un payemenl anticipé. 

Phormion est parti sur un navire appartenant à un nommé 
Dion, et commandé par le capitaine Lampis. Le voyage d'aller 
s'est effectué heureusement, mais Phormion ne trouve pa» à se 



\ 

\ 



défaire de son chargement au Bosphore, et il renvoie Lampis sans 

chargement de retour. Lampis lait naufrage et se sauve avec une 

partie de l'équipage. 

Phormion et Lampis étant de retour à Athènes, Ghrysippo et 
son frère demandent leur payement. A la vérité le navire n'est pas 
arrivé à bon port ; mais, selon eux, Phormion ne s'est pas con- 
formé au contrat, qui lui imposait l'obligation de charger des mar- 
chandises d'une valeur sullisante pour répondre du prêt. Phormion 
reconnaît qu'il n'a rien chargé en retour, mais il soutient qu'il a 
uséde la faculté d'anticiper le payement, et qu'il s'est libéré au 
Bosphore, en remettant à Lampis une somme comprenant le capi- 
tal prêté, le profit maritime et la clause pénale. 

La clause pénale dont il s'agit ici n'est pas celle de 5,000 drach- 
mes stipulée pour le cas de non chargement ; c'est une indemnité 
due pour l'anticipation de payement et les frais de retour de la 
somme payée. La lettre de change était inconnue en Unt que pa- 
pier de circulation; les compensations ne se trouvaient pas tou- 
jours. Il fallait faire voyager les espèces et les faire accompagner 
par un esclave. Nous trouvons une stipulation de ce genre dans un 
contrat à la grosse qui est cité au Digeste. La clause est ainsi con- 
çue : « Aut si infra diem suprascriptam non reparasset merces, nec 
«enavigasset de ea civitate, redderet universam continue pecuniam 
«quasi perfecto navigio, et prœstaret sumptus omnes prosequenti- 
«buseam peeuniam utin urbem Romameam deporlarent » .(L. 122, 

En conséquence, Phormion oppose à la demande de Chrysippe 

une presciption, irocp«-fp*«pn. Il prétend que Chrysippe n'a plus d'ac- 
tion contre lui, puisque, s'il y a eu contrat entre eux, ce contrat 
n'existe plus, et que toutes les obligations sont éteintes par le 

payement. , 

Chrysippe répond qu'il s'agit précisément de savoir s'il y a eu 
payement. Dès lors, on est bien dans les termes de la loi qui donne 
une action devant les juges athéniens pour tout contrat fait entre 
commerçants pour expédition à faire d'Athènes ou sur Athènes. 
Cette partie de son argumentation paraît bien fondée. 

Au fond, y a-t-il eu payement? Rien n'est moins prouvé. Phor- 
mion n'apporte d'autre preuve qu'une affirmation de Lampis, qui 
avait commencé par dire le contraire, et qui n'est pas là pour don- 
ner son témoignage en personne. Le payement d'ailleurs est in- 
vraisemblable, car Phormion n'avait pas d'intérêt h payer par an- 
ticipation au Bosphore plus qu'il ne devait payer à Athènes. En 
effet, il lui aurait suffi de payer à Athènes 2,000 drachmes pour 
éviter le payement de la clause pénale. « Mais se voyant, dit 



~ 54 — 

Chrysippe, sur le point d'ôlre de toute part convaincu de men- 
songe, soit par les registres des receveurs ^ du port du Bos- 
phore, u Tx; àTTo-j^pacpviç twv sxxsjieviorwv, soit par le témoignage 
des gens qui se trouvaient en ce moment sur cette place, 
alors changeant de système» il s'entend avec Lampis et af- 
Orme lui avoir payé la somme en or. Quant à la recevabilité de 
l'action, le débat est tranche par la loi elle-même. Elle porte que 
les actions commerciales seront données pour toutes conventions 
faites h Athènes ou en vue de la place d'Athènes, mais encore pour 
toutescelles qui intéressent la navigation à destination d'Athènes ». 

Androclès contre Lacrite, 

Androdès» athénien, a prêté à la grosse trois mille drachme à 
un certain Artémon de Phraselis en Syrie. Le prêt a été fait pour 

un voyage d'Athènes au Pont Euxin elïetour, avec affectation sur 
le chargement. 

De retour à Athènes, Artémon refuse de payer Androclès. Peu 
de temps après il meurt, laissant pour héritier son frère Lacrite. 
Androclès assigne Lacrite en payement. 

Lacri le oppose une exception, ivapxipaïpYi, car toutes les actions 
s'éteignent par la prescription, iz^o^zaiLix. Celle-ci en général était de 
cinq ans; toutetbis l'obligation des cautions ne durait qu'un an. 
Lacrite soutient qu'il n'y a aucun contrat entre Androclès et lui* 
qu'il n*a pas cautionné Artémon et qu'il a renoncé à la succession 
de ce dernier. 

Androclès combat la fin de non-recevoir. Il s'efforce de prouver 
en fait que Lacrite a cautionné Artémon, que d'ailleurs il a fait 
acte d'héritier et que^ par conséquent» sa renonciation est tardive. 
Puis il aborde la question de fond. 

Pour bien suivre cette partie de la discussion, il est nécessaire 
de se rendre compte du système de défense adopté par Lacrite. 

Lacrite prétendait qu' Artémon avait exécuté le contrat, qu'il 
avait porté le chargement à destination sur le navire convenu, 
qu'il avait ensuite mis sur le môme nawe un charg^ent de re* 
tour, mai$ que ce dutrgement et le navire avaient péri par fortune 
de mer, dans la traversée de Panticapée à Théodosie. On n'avait 
pu sauver du naufrage qu'une valeur de cent statères d'or (le sta- 
tère valait d'après Hermann 19 fr. 40). Les droits du prêteur s'é- 
taient donc trouvés réduits à cette somme; mais dans cette limite 
même ils se trouvaient anéantis par une autre raison. En effet, 

^ Dans ce même ftiâàojet il est qaestîpa des r^ietree de perception — * 
toutes les marchandises payaient un droit de 20 p. 100 & l'entrée et à la sortie 
qui servaient souvent comme moyen de preuve. 



* 



0 



— 56 ~ 

pour retouraer à Athènes, Artémon avait dû prendre un autre 
navire, et à cet effet prêter à la grosse au capitaine. Mais la somme 
prêtée était sans doute insuffisante pour mettre le navire en état 
de tenir la mer. Un scemid emprunt s'était trouvé indispensable, 
et le nouveau prêteur» qui était un chiote, n'avait consenti à don- 
ner see fonds qu*à la condition qu'Artémon lui céderait son rang 
de privilège. Nouveau cas de force majeure qui complétait la li- 
bération d'Artémon. 

Androclès s'efforce (te prouver que le contrat doit dtre aimiilé 
pour inméoutioQ des eonditions* H soutient qu'Artémon n'a pas 
chargé, au départ, des marchandises d'une valeur suffisante pour 
alimenter le risque ; qu'il a fait, malgré la défense portée au con- 
trat, un second emprunt à Athènes sur les mômes nuuxbandisee ; 
enfin qu'arrivé à destination, il n'a pas ptis le chargoneat en re- 
tour. Eu réponse au systtoie d'Artémon, Androclès soutient en 
fait que le navire, au moment où il a péri, avait changé de route et 
entrepris un nouveau voyage; que d'ailleurs Artémon n'avait sur 
ce navire aucun intérêt, ni comme chargeur ni comme prêteur à la 
grosse ; que, par conséquent, la perte de ce navire et de ce ^'il 
portait au moment de sa perte n'avait pu lîbérw Artémon envers 
lui, Androclès, Dans tous les cas, Artémon lui devrait tout au 
moins les cent atatères d'or sauvés du naufrage. Peu importe 
qu'Artémon ait prêté ces fonds sur un autre navire, et qu'il ait en- 
suite consenti une antériorité sur ces fonds à un nouveau prêteur. 
Il n'avait pas mandat pour «mgager ainsi Androdèsà l'insadece 
d^ii^. 

lÀ est, en définitive, toute la question du procès; mais à vrai 
dire, elle ne paraît pas très douteuse. Gomment Artémon n'aurait- 
il pas été le mandataire nécessaired' Androclès, pour prendre toutes 
les mesures utiles dans l'intérêt ccmunun? La conservation du na- 
vire et des marchandises pouvait rendre indispensable un nouvel 
emprunt à la grosse, et on ne pouvait pas envoyer à Athènes pour 
demander le consentement d'Androclès. Le gage se trouve donc 
absorbé au profit du nouveau prêteur. Artémon'est resté débiteur 
envers Androclès pour les cent statèros, puisque le navire est ar- 
rivé à bon port, mais Artémon est mort, et Lacrite, qui seul peut 
être atteint par Androclès, soutient qu'il n*est tenu, ni en son nom 
personne], puisqu'il n'a contracté aucune obligation, ni au nom de 
son frère, puisqu'il renonce à la succession de celui-ci. 

Citons aussi [ce contrat de prêt à la grosse (votmacai wTffafè) : 
K Androdès de Sphette et Nausicrate de Caryste ont prétè à Ar* 
témon et Apollodorede Pliasélis, trots mille drachmes d'argent 
pour un voyage à Mendé et Scioné, de là au Bosphore, et même 



t t 

— 56 — 

8*il le veulent, jusqu'au Borysthône, en longeant la côte à gauche, 

avec retour à Athènes, à raison de deux cent vingt-cinq drachmes 
par raille, et de trois cents drachmes par mille (30 p. 100) s'ils ne 
reprennent la mer qu'à l'automne pour aller du Pont àHiéroû, Ce 
prêt est afiGseté sur trois mille amphores de vin de Mendé, qui seront 
chargées à Mendé ou à Scioné (ports de la Ghalcîdique, sur la côte 
de la Macédoine; on y chargeait des vins à destination des colonies 
grecques des bords de la mer Noire), dans le navire à vingt raraes 
commandé par Hyblésias. Il est déclaré que les objets ainsi affectés 
sont francs et quittes de toute autre dette et ne seront point affec- 
tés à un nouvel emprunt. Ils ramèneront à Athènes, sur le même 
navire, toutes les marchandises qu'ils auront prises en échange au 
Pont. Si ces marchandises arrivent à bon port à Athènes, les em- 
prunteurs payeront aux prêteurs la somme qu'ils leur devront, aux 
termes du contrat, dans les vingt jours de l'arrivée à Athènes, 
sans autre déduction que edle du jet, pour le cas oh des marchan- 
dises auront été jetées à la mer, par décision des passagers délibé- 
rant en commun, et celle des rançons qui pourront être payées aux 
ennemis. Aucune autre avarie ne sera à la charge des prêteurs. Le 
glosera tenu intact à la disposition des prêteurs, jusqu'à ce que 
les empnmteurs aient payé la somme due, aux termes du contrat. 
A défaut de payement au terme convenu, les prêteurs pourront se 
mettre en possession du gage et le vendre au prix qu'ils en trouve- 
ront. Et si le prix est insutlisant pour remplir les prêteurs de la 
somme qu'ils devront recevoir, aux termes du contrat, les prêteurs 
pourront poursuivre Artémon et ApoUodore sur tous leurs bi^ de 
terre et de mer, en quelque lieu que ces biens se trouvent, comme 
s'il y avait contre eux jugement de condamnation et terme échu, et 
ce droit appartiendra à chacun des prêteurs comme à tous les deux. 
Si les emprunteurs n'entrent pas dans le Pont-Euxin, ils feront re- 
Iftche dans THellespont pendant les dix jours après la canicule et 
mettront les marchandises à teire dans un lieu contre lequel les 
Athéniens n'ont pas de représailles à exercer, et lorsqu'ils revien- 
dront de ce lieu h Athènes, ils payeront les intérêts portés au con- 
trat l'année précédente. En cas d'accident arrivé au navire sur le- 
quel seront traiisportées les marchandises, on s'efforcera de sauver 
les marchandises affectées à l'emprunt, et le produit du sauvetage 
appartiendra par indivis aux prêteurs. A l'égard de tous ces points, 
rien ne pourra prévaloir sur la présente convention. 

« Témoins, Phornaion du Pirée, Céphisodore de Béotle, Hélio- 
dwedePitthos». 



Darios conire Dian^iodore, 

Pamphile et un associé en participation, auquel Libanius donne 
le nom de Darios, mi prêté trois mille drachmes à Dionysodore et 
Parménisque, sur corps et quille de navire, pour un voyage d'Athè- 
nes. Au retour, ie voyage est rompu. Parménisquo aborde à Rhodes, 

y décharge son navire et y prend un nouveau chargement. 

Harios assigne alors Dionysodore, et lui demande six mille 
drachmes, montant de la clause pénale stipulée pour le cas où le 
navire ne s^ii pas ramené à Athènes. Dionysiflore répond que la 
rel&che à Rhodes est une relâche forcée, que le navire avait des 
avaries à réparer, et il offre le remboursement du capital avec un 
intérêt proportionnel à ce qui a été fait sur le voyage con- 
venu. 

Cette réponse de Dion^dore ne vaut rien, car raccideat qoi a 

orcé le navire à relâcher à Rhodes ne dispensait pas Parménisque 
d'exécuter son obligation jusqu'au bout et de ramener le navire 
jusqu'à Athènes. Mais, si Ton ne voit pas sur quelle bonne raison 
pouvait s'appuyer la défense, on voit très bien quel avait été Tin* 
terèt de Parménisque de ne pas revenir à A thènes. A Athènes, en 
etfet, la navigation était fermée pendant l'hiver, tandis qu'à Rhodes 
elle élait ouverte toute Tannée. Si le navire était retourné à Athè- 
nes il n'aurait pu prendre la mer avant le printemps de l'année 
suivante, tandis qu'en restant à Rhodes, Parménisque a pu l'aire 
an voyage d'hiver, et depuis cette i^poque il a trouvé un emploi 
avantageux de son uairire dans d'autres ports. Il invoque donc 
l'équité; mais à coup sûr Darios, le demandeur, a pour lui les termes 
bien formels du contrat. 

PampbilP et Darios, comme Parménisque et Dionysodore, sont 
des métèques, peut-être des %yptiens établis à Athènes. 

Plaidoyer emtre Apatmirios. 

Apatourios, négociant deBysance, avait au Pirée nn navire sur 
lequel il devait quarante minas. Le terme était échu, et ses créan* 

ciers le poursuivaient. Pour les satisfaire il s'adresse d'abord à son 
compatriote Parménon qui s'engage à lui 'prêter dix mines sur les- 
quelles il lui en verse trois. Pour parfaire la somme de quarante 
mines, Apatourios et Parménon ont recours à un tiers dont le nom 
nous est inconnu, mais qui est un ancien capitaine de vaisseau et 
qui, après avoir longtemps navigué et acquis une certaine fortune, 
depuis sept ans (moment oîi ce plaidoyer a été prononcé), la fait 
valoir en prêtant à la grosse. Enfin, cet ancien capitaine consent 4 



— 58 — 

se porter caution d'Apatoarios pour la somme totnlc do quaranto 
mines, par le banquier Héraclidc. Un acte csL rédige par lequel ce 
tiers est reconnu créancier d'Apatoarios pour la somme totale, de. 
quarante mines, et prend à sa charge les dix mines daParinéaoaet 
les trente mines de la banque. Comme garantie, il se fiiit consealip, 
par Apatourios une vente fiduciaire du navire et de l'équipage. 

SurcesentreMtesHéraclide fait banqueroute, et la banque est 
mise en liquidation par les cautions, c'est-à-dire par les capita- 
listes qui la soutenaient de leur crédit. Le.tiers qui est venu en 
aide à Apatourios et Parménon (comprend que les comptes cou- 
rants de la banque vont être arrêtés, qu'il ne pourra plus obtenir de 
délai et qu'il sera obligé de payer à l'échéance. S'il avait eu du 
temps devant lui, il aurait lait faire au navire un voyage dont les 
profils auraient couvert la somme empruntée en capitaux et intér 
rêts. Mais le temps manque, il faut réaliser. D'ailleurs Apatourios 
esâaye de se dérober et de faire sortir furtivement son navire, En 
conséquence, le créancier prend son parti. Il transmet le gage à la 
banque qui le décharge de son cautionnement. En même temps il 
déclare que Parménon est créancier des dix mines sur le navire. 

Les liquidateurs de la banque font vendre le navire et l'équipage 
aux enchères publiques. « La vente produit quarante mines, juste- 
ment le montant du capital avancé.Trente mines furent payées à la 
banque, dix à Parménon; l'acte écrit qui réglait les conditions du 
prêt fut supprimé en présence de témoins, et, en même temps, nous 
nous donnâmes réciproquement quittance et décharge de toutes nos 
obligations, en sorte qu'il n'a plus rien àréclaoier contre moi, ai moi 
contre lui. » Qu'Apatourios ait gardé rancune à ceux qui l'avaient 
mis dans cet état, on le comprend sans peine. Il s'était querellé 
avec Parménon le jour où il avait tenté de fuir. On en était venu 
aux mains et des coups avaientétéportés.Quoi qu'il en soit, dans le 
cours de la procédure, Parménon et Apatourios se décidèrent à faire 
un compromis par écrit « aux termes duquel ils constituent un ar- 
bitre cooamun, Pharilos, leur concitoyen, et chacun d'eux lui ad- 
joint un assesseur. Apatourios désigne à cet eifet Aristoclcs d'Aon; 
c'est moi que choisit Parménon. Une clause du compromis porte 
que si nous sommes tous trois du même avis, la décision sera défi- 
nitive, et qu'à déiaut d'beeord, il suffira de deux voix sur trois 
pour que la sentence soit obligatoirp. L'acte dressé, ils se four- 
nirent caution l'un h l'autre... « Le compromis fut d'abord déposé 
chez Pharitos, puis Pharilos ayant désiré que le dépôt fût perlé 
ailleurs, on remit l'autre à Aristoclès. Malheureusement l'acte de 
compromis ne put se retrouver, ayant été supprimé sans doute par 
un concert frauduleux entre le dépositaire et Apatourios. De là une 



— SO — 

nou velle contestation entre U» parUessur la composition do tribunal 
arbitral. Chacune des deux parties fournissait par le compromis 
môme une caution qui s'engageait à payer le montant d'une con- 
damnation éventuelle. La caution d'Apatourios était précisément 
son arbitre Aristoclès, ce qui paraît étrange, car l'arbitre se trou- 
vait ainsi avoir un intérêt dam i'affiure qu'U était appelé à juger. 
Quant à la caution de Parménon, était^» cet ami qui avait prêté les 
quarante mines et qu'il avait nommé son arbitre ? Ou bien 
était-ce un autre athénien, Archippos de Myrrhinonle ? Telle est 
précisément la question du procès. 

En effet, Parménon a été obligé de quitter Athènes. Avant 
do parUr, U a tait défense à Aristoclès de statuer sans l'assistance 
de ses co^itres, mais Aristoelès a passé outre, et prononcé une 
sentence par défaut, portant condamnation de Parménon en vingt 
mines, à titre de dommages-intérêts. Apatourios, armé de cette 
sentence, intente une action contre l'ami qui a fait l'affaire des 
quarante mines et qu'il prétend être la caution de Parménon • 
celui-ci soutient qu*:l n'a contracté aucun engagement de ce genre 
et oppose l'action appelée «*pa^p*ç,i. La fin de non-recevoir se con- 
fond ICI avec le fond du procès, car tout se réduitau point de savoir 
s'il y a eu convention entre les parties. La convention en effet n'est 
pas reppésenlée. Apatourios prétend que l'acte a été détruit et 
produit un témoin pour prouver que la convention a existé. L'ora- 
teur s'efforce de prouver le contraire, et invoque diverses orésom- 
plions. *^ 

* 

* * 

D'après ce que nous venons d'exposer, les institutions de crédit 
dans l'antiquité hellénique paraissent avoir été douées de tous 
les éléments nécessaires pour développer suffisamment, avec le 
temps, tous leurs effets bienfaisants, qui avec le fond richeet varié 
de l'antiquité devaient contribuer énormément à la civil isation La 
décadence Indigène et la conquête romaine ont porté un coup fatal 
aux institutions de crédit, dont les bienfaits devaient êtreuniver- 
sels, comme toute la civilisation de la Grèce. 



^ -X mois \j 



\ 

W^nnup Autri''h^^''^9W^«^ Danemark, 
n Luxembourg, Malté-^ 

'■ce, JlojiSWadére et les Açores, JtVwnanieX 

icr'^ Tançey, Tunis. 

|: Etats-Unis, Canada, Colonies françaises 
de la Réunion, Etablissements frmçais 



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