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Full text of "L'État économique de la Lituanie [microform]; extrait de Pro Lituania"

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308 

Z 

Box 389 



L’État économique de la Lituanie; extrait de Pro Litu- 
ania. Lausanne, Pub. par les soins du Bureau d’infor- 
mation de Lituanie, 1919. 

56 p. 24™. 

“Cette étude écrite d'abord par M. le D** Purickis a été profondément 
remaniée à la suite de documents nouveaux." 



1. Lithuania — Econ. condît. i. Purickis, J. ii. Pro Lituanîa. 



Library of Congress 



HC337.LSE8 



20-13094 












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i 







LlETUVt)S DELEGACIJA 

TAIKOS KONFERENCIJAI 



L’ETAT 



LITUANIE 



Extrait de Pro Litnaniu 



t>UBLlÈ PAR LES SOINS DU 

BUREAU D'INFORMATION DE LITUANIE 



VIU-A MESSIDOR, AVENUE DE L ELYSEE 



LAUSANNE 










L’ÉTAT ÉCONOMIQUE 



DE LA 



LITUANIE 



Extrait de Pro Lituania, 



PUBLIÉ PAR LES SOINS DU 

BUREAU D'INFORMATION DE LITUANIE 

VILLA MESSIDOR, AVENUE DE l’ÉLYSÉE 



LAUSANNE 

1919 



'ÉLYSÉE 

ij# JJ.' 







Wov. C, 19 2 i 






L’ÉTAT ÉCONOMIQUE 



DE LA 



LITUANIE^ 



INTRODUCTION 



Une étude sur les conditions économiques de la Lituanie se 
heurte à quelques difficultés. La difficulté principale consiste 
dans ce fait que la Lituanie, considérée comme telle, n’a pos- 
sédé de frontière politique certaine ni au dernier siècle, ni à 
l’heure actuelle, quoiqu’elle forme un tout historique, ethno- 
graphique et économique. 11 n’existe pas, par conséquent, de 
statistique propre à la Lituanie, et il est impossible d’en établir 
une avec une précision satisfaisante, même en faveur du nou- 
vel Etat lituanien, car ses frontières n’ont pas été jusqu’ici 
définitivement fixées. Les Lituaniens eux-mêmes désirent une 
Lituanie dans ses frontières ethnographiques (mais 'pas dans 
ses frontières historiques), avec certaines rectifications de fron- 
tières considérées comme nécessaires pour des motifs économi- 
ques. 11 s’ensuit que les anciens gouvernements russes de Kau- 
nas, de Vilnius, de Souvalkai et de Gardinas, ce dernier tout au 
moins dans sa plus grande partie) devraient appartenir essen- 
tiellement à la Lituanie et lui appartiendront en eflfet selon toute 
apparence. Les données statistiques qui sont nécessaires à une 

1 Celte étude écrite d’abord par M. le D' Purickis a été profondément remaniée à la suite de 
documents nouveaux ; notamment à la suite de l’apparition du Livre fondamental du D' Ska- 
loveit : « Die Landwirtschaft in den litaiiischen Gouvernements. » 









— 4 — 



représentation exacte et précise de la situation économique et 
sociale d un pays n’apparaissent pas clairement au milieu des 
chiffres géants extraits des statistiques russes en nombre satis- 
faisant et avec la précision nécessaire, car tantôt les chiffres qui 
se rapportent à la Lituanie sont trop dispersés et tantôt les 
territoires lituaniens sont comptés avec d'autres régions. 

C’est surtout vrai du gouvernement de Souvalkai que les 
Russes réunissaient à la Pologne, à ce qu’ils appelaient le 
« Pays de la Vistule ». Les statistiques qui sont complètes pour 
ce pays laissent mieux apparaître les lacunes nombreuses qui 
existent pour les trois autres gouvernements. Les statistiques 
que nous possédons sont en outre généralement vieilles et d’au- 
tre part, par suite de la guerre, il ne nous a pas toujours été 
possible de nous les procurer dans les bibliothèques lointaines. 
.Malgré tout, ce travail contribuera quelque peu à la connais- 
sance globale de la situation économique et sociale en Lituanie, 
qui est encore si peu étudiée. 

Les données statistiques dont nous nous sommes servis dans 
cette étude sont extraites en grande partie du Manuel de statis- 
tique polonaise, qui a été publié par MM. A. Lrzvzanowski 
et K. Kumaniecki, en igi5k On parle dans ces statistiques 
du territoire lituanien parce que les auteurs s’étaient fait un 
devoir de représenter la Pologne dans les limites de l’ancienne 
République polono-lituanienne. On pouvait apprécier ce procédé 
pour des raisons politico-nationales, mais pour des raisons éco- 
nomiques. on ne peut qu’être reconnaissants à MM. A. Krzyza- 
nowski et K. Kumaniecki d’avoir réuni un ensemble de statisti- 
ques concernant la Lituanie. Puisque les données statistiques 
sont généralement empruntées à cet ouvrage, nous nous som- 
mes servis du système métrique, que les auteurs emploient, 
ainsi que, parfois, du système monétaire autrichien. Une série 
de données statistiques importantes proviennent d’autres sources 
ainsi que du travail personnel de l’auteur, 

I. GÉNÉRALITÉS 

La situation économique de la Lituanie n’est pas mauvaise, 
elle a accès à la mer et se trouve entre la Pologne, l’Ukraine et 

> Lorsque ce travail a été terminé, a paru le livre du O' Skaloveit (flie Lamhvirtscîmft in 
Acn litanischsn Gouvernemenls) qui a pu en partie être utilise. 






la Grande Russie, éventuellement même la Russie Blanche et 
la Courlande; elle peut ainsi entretenir des relations commer- 
ciales directes avec beaucoup de pays et elle peut se livrer à un 
commerce de transit d une grande importance. En outre, elle 
est traversée par le puissant fleuve du Nemunas et par ses 
affluents comme partout un système circulatoire; il se relie à la 
Duna, qui est navigable, et peut-être même il se reliera au sys- 
tème de canaux masuraux polonais. La grandeur du nouvel 
Etat, ainsi que le chiffre de sa population ne sont pas encore 
connus avec précision, mais en tout cas, elles seront 1 une et 
l’autre si considérables qu’à ce point de vue la Lituanie ne 
comptera pas parmi les plus petits Etats d Europe. La nouvelle 
Lituanie aura une superficie de plus de looooo km^, avec un 
total de 5 à 6 millions d’habitants, même si elle ne comprend 
pas dans la totalité les quatre gouvernements lituaniens, comme 
on peut s’en rendre compte par le tableau suivant : 



Gouvernement : 


Superficie 




Habitants 


par km- 




kni2 


1897 


1911 




Kaunas 


40 i8y 


1545 


1797 


40 


Vilnius 


41 go8 


i 5 qi 


1957 


47 


Souvalkai 


12 55 i 


583 


65 o 


52 


Gardinas 


38 579 


i 6 o 3 


1974 


5 i 


Lituanie 


i 33 227 


5322 


6378 


48 



Par là, elle dépasserait en grandeur la Belgique, la Hollande, 
le Danemark, la Suisse, le Portugal, ainsi que les Etats balka- 
niques tels que la Serbie, la Grèce, la Bulgarie dans leur ancienne 
extension, et elle peut rivaliser en outre pour le chiffre de popu- 
lation avec la Norvège, la Finlande, la Roumanie et la Suède*. 



ï En 1900, d’après le livre de Conrad, Hatidbtub di’r 


[xiîiiiscijeu Œkonomii\ 


vol. 4, page 71, 


léna iQio, tels étaient le chiffre de la population et la su 


iperficie des Etats suivants : 




Superficie 


Habitants 


Habitants par 




en km- 




km--i 


Belgique (1901) 


29456 


6 693 810 


229,0 


Hollande (1899) 


3253» 


5 103 355 


156,8 


Danemark (1906) 


38455 


2 588 919 


66,4 


Suisse (1900) 


40 005 


3 525 023 


85,1 


Serbie (1905) 


48 305 


2 688 747 


5 5 >7 


Grèce (1907) 


64755 


2631952 


| 0»7 


Portugal et colonies (1900) 


92 158 


5 423 132 


> 8,9 


Bulgarie (1905) 


99276 


4 035 648 


4 C 9 


Roumanie (1899) 


15 1 020 


5 912 520 


4 >»i 


Norvège (1900) 


522 504 


2 251 59> 


6,9 


Finlande (1897) 


331 944 


2 592 900 


20,7 


Suède (1900) 


411 19-, 


5 136 44 Ï 


12,5 



— (» — 





D’un point de vue tout à fait extrinsèque, cela justifie donc 
1 existence du nouvel Etat de Lituanie. Le territoire lituanien, 
auquel on peut donner, à grands traits, la forme d’un carré dont 
les coins seraient formes par les villes de Libau, Dunabourg, 
Minsk et Bialystock, jouit dans toute son étendue d’une grande 
uniformité de sol et de climat. D’après les recherches des géolo- 
gues, les mouvements glaciaires ont définitivement fixé la phy- 
sionomie du sol lituanien. Ils suivaient deux directions : venant 
de la région suédoise et de la région du lac Ladoga. Ces glaciers 
se réunissaient sur remplacement de la Lituanie actuelle; ils y 
déposèrent des moraines, formant ainsi le sol de la Lituanie, 
(^e phénomène se reproduisit quelquefois, et il résulte en Litua- 
nie, de ci de là, quelque différence de niveau. 

En général, toutefois, l’élévation de la Lituanie au-dessus du 
niveau de la mer est faible, car elle forme une plaine presque 
plate qui ne possède ni larges croupes ni hautes montagnes. La 
plupart du temps, on trouve dans la même couche des moraines 
composées de sable et d’argile dévoniens mélangés. On ne ren- 
contre que rarement des couches de silurien et des couches de la 
pério’de calcaire. L argile et le sable, mélangés postérieurement à 
des couches de détritus organiques et végétaux, notamment à 
de la tourbe, forment le sol de la Lituanie actuelle. 

Ce sol n’est pas aussi fertile que les « terres noires » de 
l’Ukraine actuelle, qui donnent un rendement abondant sans 
culture intensive. Il n’est pas aussi productif que les terres jau- 
nes asiatiques, qui récompensent richement la culture inten- 
sive. 11 demande surtout de la paît de l’agriculteur une prépa- 
ration soignée. Dans ce cas, le terrain n’est nullement mauvais. 
Récompensant ainsi le propriétaire suivant ses efforts, il astreint 
d’année en année l’agriculteur à un travail énergique. Le Litua- 
nien, dont le sol ne recèle pas de richesse minérale, considère 
sans cesse que la culture de ce sol est la seule condition de son 
existence et de son avenir. Lorsque la chasse, la pêche, l’apicul- 
ture et le butin que l’on remportait à l’occasion des guerres 
entreprises contre les voisins, ne suffirent plus à satisfaire leurs 
besoins, les Lituaniens firent exclusivement appel à la terre de 
la patrie, pour y asseoir leur résistance ethnographique et écono- 
mique. 

Le climat de la Lituanie est considéré comme un climat ma- 
ritime tempéré. L’influence de la mer Baltique est sensible dans 





tout le pays. C’est par elle qu’il faut expliquer le grand nombre 
d’orages (538-6o6 mm.) et de jours pluvieux (120-146). Cela 
explique également l’été modéré et les froids d’hiver relative- 
ment peu rigoureux. La température moyenne de l’année hésite 
entre -f 4” et -f 5" Réaumur. 

L’uniformité du sol et du climat, ainsi que le manque d’acci- 
dents naturels sur tout le territoire de la Lituanie, a pour résul- 
tat l’uniformité de la faune et de la flore qui, d’autre part, ont 
donné à leur tour un type uniforme d’agriculture en ce qui 
concerne les plantes que l’on cultive et les animaux domesti- 
ques. Les céréales qui sont le plus cultivées et le plus nécessai- 
res, telles que le seigle, l’orge, l’avoine et d’autres, donnent 
indistinctement un rendement satisfaisant. Les arbres fruitiers 
(poiriers, pommiers, pruniers) réussissent également bien et ils 
sont aussi remarquables par la qualité de leurs fruits que par 
l’abondance de la récolte qu’ils donnent. 

Les considérations qui précèdent donnent une idée de la 
Lituanie, qui est ainsi un pays au climat tempéré, où l’agricul- 
ture, quoiqu’elle ne soit pas très développée, l’est tout de même 
suffisamment dans presque tout le pays dans la mesure où cela 
est possible. Si l’on sort du carré formé par les villes de Libau, 
Dunaburg, Minsk et Bialystok, alors on trouve d’autres particu- 
larités géologiques et climatériques, en même temps que le type 
de l’économie locale prend évidemment un tout autre carac- 
tère. 

La Lituanie manque de certains éléments nécessaires à un 
brillant dév'eloppement de tout temps : la Lituanie ne possède 
presque pas de minéraux. Sa principale branche d’occupation 
et le soutien de toute son économie est et restera dans l’avenir son 
agriculture, dont le développement dans le passé s’est heurté à 
de très forts obstacles. 

Au XIX™^ siècle, la Lituanie se trouva presque sans droit 
entre deux peuples puissants, les Russes et les Prussiens, dont 
la situation économique était différente. La Russie était et est 
encore surtout un Etat agricole dont l’industrie est faiblement 
développée; l’Allemagne, «par contre, dont l’étendue comparée à 
celle de la Russie est peu considérable, mais qui est très peu- 
plée, présente à l’heure actuelle une supériorité industrielle au 
détriment de l’agriculture qui n’est pas en état de satisfaire suffi- 
samment les besoins de tout le peuple allemand. 



— 8 — 



Par suite de sa position médiane entre deux pays dotés d’une 
civilisation matérielle si différente, la Lituanie ~ qui est un 
pays s’adonnant presque exclusivement à Tagriculture — est 
visiblement réduite à échanger les produits agricoles lituaniens 
contre les produits industriels. La culture du sol dans la Russie 
ethnographique est en moyenne plus basse que la superficie 
cultivée en Lituanie, et sans le droit du plus fort accompagné 
de toutes ses conséquences, ’cest-à-dire la direction de toute la 
politique intérieure russe, la Lituanie aurait pû retirer un grand 
profit de son voisinage avec un pays industriel. 

Cest ainsi que Ton peut expliquer, par exemple, le fait 
bizarre qui, par suite des tarifs douaniers protecteurs combinés 
avec les tarifs des chemins de fer russes, forçait les grandes 
villes de Lituanie à consommer les céréales des gouvernements 
de 1 intérieur de la Russie, tandis que la Lituanie, avec sa cul- 
ture beaucoup plus intensive, devait vendre ses céréales à 
1 étranger avec des droits de douane très élevés. Ainsi les traités 
de commerce avec l’Allemagne, qui étaient très défavorables 
pour la Russie, pesèrent surtout sur la vie économique de la 
Lituanie. Le peuple russe, qui trouvait son profit à la politique 
de protection douanière de l’absolutisme russe, pouvait encore 
baser sa vie économique au prix de l’existence de ses frontières, 
comme on peut le voir par l’exemple des tarifs des chemins 
de fer. 

Approfondissons maintenant les points principaux de l’éco- 
nomie lituanienne : l’agriculture, l’industrie (petits métiers) et 
le commerce, 

L’AGRICULTURE 

La Lituanie est un pays foncièrement agricole. L’agriculture 
y est une branche de l’économie publique beaucoup plus impor- 
tante que dans n’importe quel autre pays de l’Europe occiden- 
tale. Plus de ]a moitié de ses habitants s’adonnent à l’agricul- 
ture (environ les alors que l’industrie et le commerce 

n’occupent qu’une petite partie de la population. La population 
urbaine et la population rurale offrent un aspect analogue. La 
grande majorité des gens vit à la campagne (environ les lo- 
' lo) et 1 on peut admettre, dans une certaine mesure, que la 
population des petites villes est formée par la bourgeoisie agri- 






1-..J 




— i) — 

cole. Nous consacrons donc la plus grande partie de cette étude 
à l’agriculture, aux qualités qui la conditionnent et aux services 
qu’elle rend. 

La qualité du so/ varie beaucoup en Lituanie, mais il n’existe 
pas à ce sujet de données statistiques précises. 11 n'y a pas, 
comme en Prusse, d’impôt sur le revenu net du sol. 11 ressort 
cependant de différentes données, telles que le rendement des 
récoltes, les diverses sortes de cultures et nos considérations 
personnelles, que le sol du gouvernement de Kaunas est, en 
général, le meilleur. On y rencontre surtout le terrain argi- 
leux. 

Pourcentage des professions en Lituanie (1897). 





Agriculture 
et forets 


Industrie 


Commerce 
et transport 


Services 
domestiques 
et salaires 
journaliers 


Services 

publics 

Carrières 

liberales 


Sans 

profession 


Autres 

occupations 

Militaires, 

etc. 


! Population 
1 rurale 


K.aunas . . . 


68,6 


9,8 


5,1 -|- 1,6 




2,0 


2,6 


■H 


87,3 


Vilnius . . . 


73,4 


8,8 


4>2 |- >,9 


■■ 


2,1 


2,1 




90.7 


Gardinas. . 


'■> 9,0 


1 1,3 


4,9 -)- 1,8 


4,3 


2,3 


.,8 




82,5 


Suvalkai . 


72,3 


7.0 


3,(3 + 1,1 


6,2 


2,6 


1 2,7 




86,4 


Royaume de Po- 


















logne . , . 


56,0 


i 5,4 


( 3,7 + '.7 


IU,2 


2,5 


2. y 


4,0 


77»2 


Prusse Orientale 


















(1895) . . 


59,1 


18,6 




3,0 


5,2 


7.» 


— ■ 


Ôt),0 


Prusse (ïSgS) 


36 , 1 


38 , 7 ! 




2,1 î 


5,3 


*3,4 


— 


— 



La partie nord du gouvernement de Kaunas, voisine de la 
Courlande, et les vallées formées par les cours des fleuves se 
font particulièrement remarquer par leur fertilité. En descen- 
dant de la frontière courlandaise vers Kaunas, la qualité du 
terrain diminue peu à peu, sans toutefois devenir mauvaise. Ce 
n’est qu’à l’extrémité orientale du gouvernement, dans la région 
lacustre située autour de Ezerènai (Nowo-Alexandrovsk), que le 
sable mouvant domine. 

On peut se faire une idée de la différence des qualités de 
terrain par les prix établis en 1884 par le gouvernement russe 
dans un but de colonisation. Les meilleures parties du gouver- 
nement de Kaunas, qui sont situées, comme nous l’avons dit, 
le long de la frontière courlandaise, furent évaluées à 80 roubles 
par desjatineO les terrains moyens qui se trouvent au sud de 

î I desjatine = 1,09 ha. 






l 



— lO — 

cette frontière furent évalués de 55 à 65 roubles, et les mauvais 
terrains, district de Telsiai, la plus grande partie du district 
de Ezevenai (Nowo-Alexandrowsk) et la partie médiane du dis- 
trict de Panevizis furent évalués de 3o à 35 roubles par desjatine. 

Naturellement, le prix des terrains a considérablement aug- 
menté depuis. Le gouvernement de Suvalkai possède les meil- 
leures terres lorsqu’on le considère en général. Les districts situés 
au nord de ce gouvernement possèdent même les meilleures 
terres de toute la Lituanie. C'est surtout un sol argileux, fertile 
et riche en chaux, qui domine ici. Sur ce sol, les céréales, le 
trèfle, les petits pois et d’autres légumes réussissent merveilleu- 
sement. On trouve même, par endroits, la fertile terre noire. 

Dans la partie du gouvernement qui est située au sud, il y a 
par contre beaucoup de sable et de terrains marécageux. Le sol 
est peu productif dans cette région, et la population y est consi- 
dérablement plus pauvre que dans la partie située au nord. 
Nous ne possédons pas, comme pour le gouvernement de Kau- 
nas, de prix moyen pour le gouvernement de Suvalkai. Dans le 
gouvernement de Vilnius, le sol est en général moins bon que 
dans les gouvernements de Kaunas et de Suvalkai. Il manque, 
dans ce gouvernement, l’uniformité de qualité pour de 
grandes étendues, comme on la rencontre dans les deux gou- 
vernements précédents. De la terre noire fertile ou de l’argile, 
on passe sur une courte distance à des terrains rocailleux et 
stériles, à du sable ou à des marais. 

Les terrains moyens, qui sont les plus répandus, sont com- 
posés de sable argileux. Les meilleures contrées, qui se trouvent 
surtout au nord de Vilnius, ont été estimées, dans les prix 
moyens dont nous avons déjà parlé, de 5o à 6o roubles. Les ter- 
ritoires sablonneux qui se trouvent au sud-ouest de Vilnius ne 
turent estimés qu’à 20 roubles par desjatine. C’est dans le gou- 
vernement de Gardinas que le sol est le plus mauvais, les 
terrains légers dominent ici, beaucoup de sable et de pierres qui 
rendent en beaucoup d’endroits le défrichement difficile. On y 
trouve très difficilement la terre noire pure, mais on y trouve 
beaup plus souvent des marais et de la tourbe. Le meilleur 
terrain est situé à l’ouest de Gardinas, et il fut estimé en 1884 
à 70 roubles par desjatine. Dans la partie du gouvernement qui 
se trouve au sud et au sud-est, les marais et le sable dominent, 
et le sol fut évalué, en 1884, à 10 roubles par desjatine. 



i 



Il 

On peut également juger de la qualité des terrains par la 
statistique qui se rapporte à la répartition des différentes sortes 
de cultures; malheureusement nous ne possédons à ce sujet 
que des données déjà vieilles. Les dernières, qui datent de 1887, 
ont donc aujourd’hui plus de 3o ans, et elles ne sont plus exactes 
qu’en partie. Les indications qu’elles nous fournissent ne per- 
mettent guère d’avoir confiance en elles, car elles varient pro- 
fondément entre elles suivant les années. La superficie totale 
varie également suivant les années. Quoi qu’il en soit, on doit 
leur prêter une exactitude approximative, et l’on a ainsi un 
tableau des différentes sortes de cultures, d’il y a environ 3o ans, 
qui peut encore être considéré comme valable aujourd’hui avec 
les restrictions que nous y apporterons plus bas. 



Répartition des différentes sortes de cultures pour 1000 hectares 

(1887). 





Champs 


Prairies 

et 

pâturages 


Forêts 


Autres 

terrains 

utilisables 


Terres in* 
fertiles, che- 
mins, etc. 


Superficie 
totale * 


K.aunas, 


1443 


1 I 12 


908 


143 


326 


3932 


Vilnius 


1557 


Ô09 


1079 


Ï07 


491 


3843 


Suvalkai 


577 


25o 


279 


3(3 


84 


1226 


Gardinas . 


1429 


705 


846 


i 53 


462 


3595 


Lituanie. . 


5 006 


267O 


3 i 12 


439 


i 363 


12 596 


Prusse Orien- 
tale (1900) . 


2028 


768 


644 


17 


262 


3 Ù )9 


kaunas. 


36,7 


28,3 


23,1 


3,6 


8,3 


100,0 


Vilnius . 


40,5 


i5,9 


28,1 


2,7 


12,8 




Suvalkai 


47 H 


20,4 


22,8 


2,9 


6,8 




(jardinas . 


39.7 


19,6 


23,7 


4,2 


12,8 




Lituanie (1887) 


39.7 


21,3 


24,7 


3,5 


10,8 


100,0 


Prusse Orien- 
tale (1900) . 


54,8 


20,8 


17.4 




7.0 


KX),<) 


Royaume de Po- 
logne (1900). 


56,3 


14.8 


18,0 


3,9 


7,0 


> 


Danemark . 


44,2 


3o,9 


7^9 


— 


17,8 




Hollande . 


26,5 


3('),2 


7^9 


— 


27,1 




Belgique , . 


42,6 


27>4 


ï 7»7 


— 


11,3 




Suisse , 


16,4 


35,9 


18,4 


— 


28,4 


» 


* La superficie totale est plus 


considérable d*après les dernières statistiques. 





\ 



I 



I 





— 12 — 

' Le terrain cultivable n’est pas aussi élevé en Lituanie que 
dans la Prusse orientale, mais il n’est pas en quantité insuffi- 
sante, comme on peut s’en apercevoir en comparant la Lituanie 
aux autres Etats. Le gouvernement de Souvalkai est celui qui 
en possède le plus, car déjà en 1887. la moitié du pays environ 
était labourée. Aujourd’hui, après 3o ans, on peut admettre que 
la proportion du terrain cultivé a considérablement augmenté 
dans tous les gouvernements, et l’on ne s’éloigne pas considéra- 
blement de la réalité en prétendant qu’aujourd’hui la moitié ' 
environ du territoire lituanien se trouve en état de culture. 

Les prairies et les pâturages sont particulièrement étendus 
dans le gouvernement de Kaunas; il dépasse à ce point de vue 
non seulement les trois autres gouvernements, mais il dépasse 
aussi considérablement la Prusse orientale. Il n’y a que les Etats 
qui s occupent spécialement d’élevage, tels que le Danemark, la 
Hollande et la Suisse, qui dépassent à ce point de vue le gouver- 
nement de Kaunas. Le nombre des prairies et des pâturages est 
singulièrement faible dans le gouv^ernement de Vilnius, mais 
cela s explique par la sécheresse plus grande qui règne dans ce 
gouvernement et qui explique elle-même les énormes parties 
sablonneuses où l’on ne trouve guère que des conifères. 

Vilnius se fait ainsi remarquer par sa richesse forestière qui 
est considérable. Le pourcentage des forêts pour la superficie 
totale y est plus élevé que dans les autres Etats occidentaux, et 
ce pourcentage n’est dépassé que dans quelques Etats balkani- 
ques, ainsi que par la Suède et la Finlande. Les données de 
1897 ne sont plus exactes pour le gouvernement de Kaunas. 

D après de nouvelles observations, les parties boisées n’occupent 
plus dans ce gouvernement 908000 hectares, mais bien 620000 
(1910). C est un peu moins qu’en Prusse orientale. Pendant la 
guerre, les parties boisées ont aussi considérablement diminué. 

Mais comme on n’a reboisé qu’en très peu d’endroits, les 
coupes ont eu pour résultat principal de transformer le pays en 
prairies et en terrain cultivable. Plusieurs contrées, que beau- 
coup de cartes désignent encore comme boisées, possèdent, au 
contraire, aujourd’hui des villages riches. Le gouvernement de 
Gardinas a une superficie boisée inférieure à celle du gouverne- 
ment de Vilnius, mais, par contre, les parties boisées y sont 
beaucoup plus compactes. Elles se trouvent principalement dans 
les districts de Slonim, Pruzani, Volkowvsk et Brest-Litovsk ; 



k 



■I 




i 



H 



4 

A 

- 



S 

i 



i 




au centre du gouvernement se trouve la célèbre forêt de Bialo- 
wiez, qui est connue par ses aurochs et qui, à elle seule, couvre 
une superficie de looooo hectares. 

Les terrains stériles étaient déjà relativement peu nombreux 
dans tous les gouvernements en 1887. Ils ont encore diminué 
depuis. Le gouvernement de Suvalkai se trouve, à ce point de 
vue, dans les meilleures conditions, car déjà en 1887, il présen- 
tait le minimum qu’il est possible d’atteindre : 6,8®,'o de terrain 
stérile, chemins et, d’une façon générale, de terrains inutilisés 
et inutilisables. 

Il est remarquable que les champs se trouvent dans une pro- 
portion de Go à 67 '*/o et les prairies ainsi que les pâturages dans 
une proportion de 55 à 62 ®/o (c’est-à-dire en majorité) entre les 
mains des paysans; les forêts, au contraire, ne représentent 
pour eux que 2,3 à 5,2 °/o, c’est-à-dire que celles qui se trouvent 
entre leurs mains ne sont pas très considérables. La forêt en 
Lituanie est principalement une forêt domaniale. Dans le gou- 
vernent de Launas, les deux tiers et, dans le gouvernement 
de Vilnius, les trois quarts des forêts appartiennent aux pro- 
priétaires domaniaux; à peu près tout le reste appartient à 
l’Etat. Dans le gouvernement de Gardinas, les propriétaires 
domaniaux et l’Etat s’en partagent la moitié chacun. 

Nous ne possédons pas de données analogues pour le gou- 
vernement de Suvalkai. Nous reparlerons de ce sujet prochaine- 
ment lors de la répartition des propriétés. 



Proportion des diverses catégories de propriétaires par rapport 
à la superficie totale occupée par les différentes cultures. 



1887 1 


Champs 


Prairies 

et pâturages , 

( 


Forêts 

1 


1 

i 

1 


t/i 

rt 

ir> 

0. 


' Domaines % 

1 

1 


1 Autres 

propriétaires ^ 


1 

■ 

0 

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î» 

1 


0 

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c 

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0 


Autres 

propriétaires 


; 

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U 

C 

r- 

C 

0 


Autres 

propriétaires 


Kaunas . . . 
Vilnius . . . 

Gardinas. . . 


i 62,2 

60.4 

63.5 


; 37,1 
' 38,5 
i 33,8 , 


: 0,7 1 
DI 
2,7 


1 55,1 
61,6 
58,0 î 


i 43,7 

35,3 

32,9 


! '-2 
3,1 

9.' 


2,3 
1 5,2 
3,2 


66,9 

73,7 

32,2 ! 


3o,8 

21,1 

AAfi 



* Etats et associations publiques. 



- 




— 14 — 

Eu égard au système économique la Lituanie se trouve, en 
ce moment, dans une période de transition. Jusqu’à ces derniers 
temps le système de culture des trois champs dominait. Récem- 
ment on s’efforça partout de passer au système des quatre 
champs et même à celui de l’alternance des produits. Cette 
transition est déjà opérée chez de nombreux propriétaires fon- 
ciers et chez les paysans aisés. Ce procédé est surtout répandu 
dans le gouvernement de Suvalkai. L’ancien système domine 
par contre encore dans les trois autres gouvernements. Il y a 
ainsi plus d’un tiers du sol labourable qui, chaque année, n’est 
pas ensemencé. 



CULTURES 

On cultive surtout, comme on le fait dans le système de 
culture des trois champs, les céréales. La culture des plantes 
potagères (à part les pommes de terre) et des plantes fourragères 
est par contre fortement arriérée. 

Parmi les différentes céréales, c’est le seigle qui occupe la 
première place, il occupe 40 à 5 o ®/o des terrains cultivés. La 
culture du seigle est surtout répandue dans le gouvernement de 
Vilnius où elle occupe environ la huitième partie de tout le 
pays. Cependant, malgré l’étendue de la surface qu’elle occupe 
et par suite de la qualité du sol ainsi que de l’exploitation qui y 
sont moins bonnes, la production de ce gouvernement est infé- 
rieure à celle des gouvernements de Kaunas et de Gardinas. Ce 
dernier produit beaucoup de seigle. On cultive beaucoup le fro- 
ment et l’orge dans les gouvernements de Kaunas et de Suvalkai 
car ils possèdent les terrains les plus propres à ces cultures. 
Elles y sont proportionnellement presque aussi élevées qu’en 
Prusse Orientale, pays qui possède pourtant des procédés de 
culture beaucoup plus intensive. La culture de l’avoine y est 
aussi considérable et elle augmente continuellement. Elle va de 
pair avec l’élevage des chevaux qui est particulièrement prospère 
dans ces deux gouvernements (Kaunas et Suvalkai). Par contre, 
la culture des pommes de terre occupe une plus grande étendue 
dans les gouvernements de Vilnius et de Gardinas et c'est égale- 
ment dans ces deux gouvernements que l’on trouve le plus fort 
rendement brut. Ce fait s’explique en partie par les nombreuses 
distilleries qui existent dans ces deux provinces et qui transfor- 



I 



— i5 - 

ment en alcool une partie des pommes de terres. Pour les légu- 
mes, que l’on cultive à peu près dans la même proportion dans 
tous les gouvernements sauf celui de Gardinas, la culture des 
petits pois occupe une place spéciale. Elle réussit particulière- 
ment sur les terrains riches en chaux des gouvernements de 
Kaunas et de Suvalkai. On n’y trouve cependant presque pas 
de sarrasin et de millet, et cela surtout dans les gouvernements 
de Vilnius et de Gardinas dont le sol sablonneux et peu produc- 
tif est particulièrement favorable à ces cultures. La culture du 
lin est particulièrement considérable dans le gouvernement de 
Kaunas : de là on en expédie beaucoup dans les villes voisines 
de la Prusse Orientale et la transformation de ce produit joue 
dans le gouvernement un grand rôle pour l’industrie familiale. 
.Mais, à tous points de vue, la Lituanie se trouve en retard si on 
la compare à la Prusse Orientale. Les terrains cultivables peuvent 
donc être considérablement augmentés en Lituanie. Les tableaux 
suivants fournissent de plus amples détails sur la Lituanie com- 
parée à la Prusse Orientale. 



Surface cultivée par 1000 ha. et en pourcentage 
de la surface totale en 1912. 





Froment 


Seigle 


Orge 


Avoine 


Principales 

céréales 


looo ha.j % 


1000 ha % 


1000 ha. 


% 1000 ha.| % 


1000 ha. % 


kaunas 


6i 1,5 


1 

436 10,9 


i 5 o 


, 

3,8 i 

' i 


240 6,0 


887 >22,2 


Vilnius 


14 , 0,3 


521 12,4 


106 


2,5 ' 


221 .5,3 


862 j2(»,5 


Gardinas .... 


27 : 0,7 


437 11,2 


56 




203 , 5,2 


723 18,5 


Suvalkai .... 


28 2,3 


i 56 12,5 


44 


3 , 6 ' 


io 3 | 8,3 


33 i 126,7 


Prusse Orientale. 


89 2,4 


460 1 2,4 

1 


96 


2,6 ■ 


344 j 9.3 


989 126,7 





' ! 

1 Pommes de terre | 


Légumes 


Cultures potagères 


Lin et chanvre 


1000 ha. ! % 1 


1000 ha. ; % 


1 1000 ha. 


0/ 

/o 


1000 ha. 


0/ 

. 0 


kaunas .... 


89 2,2 


45 ' ; 


2 


0,5 


49 


1,2 


Vilnius .... 


129 3,1 


46 i,i 


33 


0,8 


23 


0.5 


Gardinas. . . . 


i 3 i , 3,4 


19 0,5 


3 i 


0,8 


I I 


0.3 


Suvalkai .... 


46 1 3,6 : 


1,3 1 


16 i 


1,3 


- 




Prusse Orientale 


178 ' 4,8 1 

1 1 


122 33 

1 1 


f 

2 


0,5 


I 


0,0 




— I() — 



Par 100 ha. de surface cultivée on a ensemencé en 1912 



1 

1 


Froment 


Seigle 


0 

bfv 1 

1 

0 ' 


Avoine 


Principales 

céréales 


Pommes 
de terre 


Sarrasin 


c 


0> 

> 

D 


kaunas. . . , 




40,7 


14,0 


22,4 


82,8 


8,3 


0,2 1 


4.2 


4,6 


Vilnius .... 


1,3 


47 j 7 : 


9 J 


! 20,2 


78,9 


11,8 


3,0 


! 4>2 ! 


: 2,1 


< jardinas . . . 


3,0 


1 47,8 


: 6,1 ! 


22,2 


76,1 


' 4,3 


3,4 


2,. 


Ij2 


Suvalkai . . . j 


6,5 


40,0 1 


11,0 


25,0 


80,5 


1 ï ,0 


1 


4,0 


! 


Prusse Orientale! 
Royaume de Po- 


i 7,6 

1 1 

1 1 


39,4 i 


8,2 j 


29,5 


84.7 


i 5,3 ; 







■ 


logne, ... 


9,5 


3 q ,6 


9,6 


21,1 


79,8 


20,4 ; 


“ 1 


— 


— 



LES RÉCOLTES 

En Lituanie, elles sont considérablement inférieures à celles 
de la Prusse orientale ou même de l’Allemagne, mais elles ne 
sont pas inférieures à celles d’autres pays qui pratiquent une 
culture moins intensive tels que la Belgique, l’Italie, l’Autriche- 
Hongrie. Dans la Prusse orientale, comme généralement en 
Prusse, on pratique surtout une culture très intensive. Lorsqu’on 
compare surtout la Lituanie à la Prusse orientale dont le sol et 
les conditions climatériques sont identiques, on voit que la 
production agricole de la Lituanie ne représente que la moitié 
de la production qu’il serait possible d’atteindre. La Prusse 
orientale avait en i885 à peu près le même rendement que la 
Lituanie en 1910. Si elle a doublé sa production durant les vingt- 
cinq dernières années, il faut s’attendre à ce que la Lituanie 
fasse, en moins de temps, les mêmes progrès grâce au dévelop- 
pement de la science agricole et grâce à une utilisation plus 
considérable des machines agricoles, grâce aussi à des condi- 
tions plus favorables. L'avenir agricole de la Lituanie n’est 
donc pas mauvais. Si ses récoltes sont inférieures à celles de 
la Prusse orientale cela tient à plusieurs causes. Il n’y avait, 
surtout, pas de marché pour les produits agricoles et, ce fait, 
entraînait l’absence de concurrence ainsi que l’impossibilité 
d’introduire des innovations et de faire des progrès. D’un côté, 
les terres noires russes concurrençaient fortement la production 
lituanienne et, de l’autre, des tarifs douaniers très élevés fer- 
maient la frontière prussienne. Les droits de douane qui étaient 




en 1894 de 0,70 couronne autrichienne par poud russe 
(16 kg. 38) de froment avaient été élevés à 10,08; pour le seigle 
les droits s’étaient élevés de 0,68 â 0,96; pour l’avoine, de 0,54 
à 0,96. D’autre part, le gouvernement russe éleva encore les 
droits pour les instruments agricoles importés en Lituanie. Le 
propriétaire foncier lituanien devait donc vendre à bas prix les 
produits de son travail pour payer au contraire très cher les 
produits de l’étranger dont il avait besoin. Ce fait grevait son 
budget et il ne lui restait plus beaucoup d’argent pour acheter 
les engrais chimiques, les machines agricoles, pour se procurer 
de meilleures semences, pour créer et entretenir des écoles 
d’agriculture. L’Etat refusait son concours. C’est par ces motifs 
qu’il faut surtout expliquer le faible rendement â l’hectare et le 
faible rendement brut comme on peut s’en rendre compte par 
les tableaux suivants : 

Récolte de 1912 (par mille biquintaux) 





I-roment 


Seigle 




Avoine 


Pommes de terre 


Eaunas 


682 


4 242 


I i 52 


2 067 


6 206 


Vilnius 


94 


3 687 


7 i 5 


I 416 


8 370 


Gardinas 


290 


3 696 


472 


I 469 


9 020 


Suvalkai 


287 


I 454 


460 


883 


3 064 


Lituanie 


I 353 


i3 089 


2 799 


5 835 


26 600 


Prusse or. 


I 670 


7 961 


1 637 


5 688 


22 3o6 




Rendement à 


l’hectare en 


1912. 






Froment 


Seigle 


Orge 


Avoine 


Pommes de terre 


Kaunas 


11,2 


9,8 


7.7 


8,6 


70 


Vilnius 


6.7 


7,1 


6,7 


6,4 


65 


Gardinas 


10,7 


8,5 • 


8,4 


7,2 


69 


Suvalkai 


10,4 


9.3 


10,4 


9.0 


77 


Prusse or. 


18,0 


16,8 


17,0 


17.0 


i3 



Rendement moyen en kg. et par tète d’habitant de 1909 à 1913. 





Froment 


Seigle 


Orge 


Avoine 


Pommes de terre 


Eaunas 


34.7 


216,0 


75,9 


121,6 


321,6 


Vilnius 


5,6 


180,0 


37,6 


76,2 


397.0 


Gardinas 


12,3 


170,0 


22,2 


69,3 


420,0 


Prusse or. 


76,6 


368,8 


00 


293,7 


1192,3 



2 



< ^ 



i8 — 



Cest le gouvernement de Kaunas qui produit les meilleures 
récoltes; après lui vient le gouvernement de Suvalkai, ensuite 
celui de Gardinas et enfin celui de Vilnius. Ces quatre gouver- 
nements se trouvent considérablement en arrière si on les com- 
pare à la Prusse orientale. On dit parfois que la production de 
céréales panifiables ne suffit à la consommation que dans les 
gouvernements de Kaunas et de Suvalkai et que par contre dans 
les deux autres gouvernements il faut habituellement avoir 
recours aux pays possédant des terres noires. Mais il est diffi- 
cile de dire si cela est exact. Le fait est, en tout cas, que 
Vilnius et d’autres grandes villes recevaient fréquem- 
ment des céréales de l’intérieur de la Russie. Mais on peut 
douter que ce fait soit dû à l’insulfisance de la production 
lituanienne. Ces villes possédaient de bonnes communications 
ferroviaires ; il était facile de transporter des céréales et les 
tarifs de chemins de fer étaient officiellement modérés pour les 
céréales provenant de l’intérieur de la Russie. Ces céréales pou- 
vaient donc primer avec succès les produits lituaniens dans les 
villes lituaniennes mais elles ne servaient pas à combler le 
déficit sensible. Il faut encore ajouter que pendant l’occupa- 
tion de la Lituanie, selon l’administration militaire, les produits 
du sol lituanien ne servaient pas seulement à nourrir la popu- 
lation indigène, mais servaient encore au ravitaillement Me 
l’armée allemande qui était très nombreuse durant les premiers 
temps. En outre, de grandes quantités de vivres ont été expor- 
tées en Allemagne. 

De plus, il est remarquable que le rendement à l’hectare sur 
les propriétés foncières soit généralement quelque peu supé- 
rieur au rendement des fermes paysannes. La cause de ce fait 
qui se manifeste aussi dans beaucoup d’autres pays est que le 
propriétaire foncier possède en général plus de capitaux, qu’il 
est plus intelligent, que par suite il emploie beaucoup de 
machines agricoles et sait mieux utiliser les découvertes récentes 
que le paysan. Elle est dûe encore à ce fait que le paysan est 
forcé, en Lituanie, de cultiver moins de terrain productif que 
ne le fait le propriétaire foncier. 

L’ÉLEVAGE DU BÉTAIL 

L'élevage du bétail joue en Lituanie un rôle aussi important 
que l’agriculture. Dans ce domaine, la Lituanie dépasse la Rus- 



11) — 



sie européenne ainsi que le royaume de Pologne et elle se rap- 
proche de la Prusse et de l’.\utriche. Mais elle reste fortement 
en arrière si on la compare à d’autres pays de caractère agricole 
prononcé qui s’occupent surtout de l’élevage du bétail, tels que 
la Prusse orientale, la Hollande et d autres. On élève surtout en 
Lituanie des chevaux, des bêtes à cornes et des moutons ; l’éle- 
vage du porc est par contre relativement plus faible. Durant les 
dix dernières années, on a constaté dans les gouvernements de 
Kaunas, de Vilnius et de Gardinas une augmentation cons- 
tante, sinon très considérable, du nombre de chevaux et de 
bêtes à cornes tandis que l’élevage des moutons a quelque peu 
diminué, surtout à cause de la concurrence du coton américain. 
Dans le gouvernement de Suvalkai, l’élevage du bétail a quel- 
que peu diminué dans sa totalité en faveur de l’agriculture. On 
élève surtout les chevaux dans le gouvernement de Kaunas qui 
possède beaucoup de prairies et de pâturages, dans certaines 
parties du gouvernement de Vilnius ainsi que dans le gouverne- 
ment de Suvalkai. A ce point de vue le gouvernement de Gardi- 
nas reste en arrière. L’élevage du cheval est l’occupation préfé- 
rée des Lituaniens. Les « Dainos », qui sont les chansons 
populaires lituaniennes, nous montrent quel attachement pro- 
fond existe entre l’homme et le cheval, et c’est exact. Ce que 
l’on a dit et qui est devenu célèbre au sujet de l’élevage des 
chevaux et de l’amour qu’ont les Lituaniens de Prusse orientale 
pour eux, est exact en grande partie en ce qui concerne les 
autres Lituaniens. Dans la basse Lituanie (Samogitie), on élève 
surtout le petit cheval samogitien qui ressemble presque 
au ponev ; il représente un type particulier, mais, à l’heure 
actuelle, on ne le trouve plus à l’état pur. fl est très sobre, dur 
au travail et il résiste même avec peu de nourriture, lorsqu’il 
travaille, beaucoup mieux que ne le laisserait prévoir tout son 
extérieur. Autrefois, il porta son cavalier, le guerrier conquérant 
lituanien, de la Baltique jusqu’à la .Mer Noire et il a également 
montré toutes ses qualités durant les luttes que les Lituaniens 
soutinrent contre les Ordres chevaliers allemands. La race 
actuelle, qui est déjà très mélangée, suffit aux besoins de l’agri- 
culture lituanienne bien mieux que les races améliorées et c’est 
pour cela que les paysans la préfèrent. 

L’élevage des bêtes ù cornes prend une importance de plus 
en plus grande et qui a surtout sa cause dans le fait que l’in- 



20 



dustrie du lait ne souffrait pas autant que la production de 
céréales de la concurrence intérieure russe. L’industrie laitière 
s’est grandement développée, surtout aux abords des villes, 
aux endroits où les produits du lait pouvaient atteindre le mar- 
ché mondial par Riga et Libau. Les propriétaires fonciers prin- 
cipalement recueillaient autrefois les avantages de cette situation, 
mais les paysans cherchèrent aussi durant ces derniers temps 
par la formation de coopératives laitières à trouver un débouché 
productif dans ce domaine. La race de bétail indigène, le bétail 
de la campagne lituanienne, est fortement bâtie et de belle 
apparence. On juge de différentes façons son utilité. Après la 
guerre, il serait absolument nécessaire — et cela aurait de meil- 
leurs résultats — de rajeunir la race comme a déjà tenté de le 
faire plusieurs fois. 



\J élevage des moutons est beaucoup plus considérable en Litua- 
nie qu’en Prusse orientale, même chez les paysans, et cela s’ex- 
plique d’une part parce que les petits pâturages et les petits 
pacages qui conviennent à cette sorte d’élevage sont très nom- 
breux en Lituanie ; cela s'explique encore par le fait que les 
produits des moutons indigènes trouvent dans le pays même 
un emploi beaucoup plus considérable que dans les pays de 
l’Europe occidentale. On travaille à la maison la laine, non 
seulement pour faire des bas, mais encore pour faire des habits. 
On sale ou on fume la viande d’agneau qu’on utilise ainsi dans 
les maisons et la peau du mouton joue encore un grand rôle 
chez les paysans. 11 y a, par contre, beaucoup moins de chèvres; 
ce sont principalement les Juifs habitant les petites villes et les 
possesseurs d’un lopin de terre ne se trouvant pas en état 
d’avoir une vache qui possèdent des chèvres. 

L’élevage des porcs est en Lituanie beaucoup plus faible que 
celui des autres animaux. La viande de porc n’est notamment 
employée exclusivement que pour la consommation personnelle 
et elle n’est pas très grande. La frontière prussienne était pour 
ainsi dire fermée à l’exportation, l’intérieur de la Russie suffi- 
sait lui-même à sa production et le transport de la viande de porc 
vers les pays d’outre mer n’était pas assez développé. 11 y a donc 
peu de profit à élever beaucoup de porcs. On s’en occupait éga- 
lement peu; en été, on les conduisait généralement dans les pâtu- 
rages ; en hiver, on les nourrissait avec les restes du ménage. 




— 21 — 

L’élevage des volailles occupait une grande place dans le 
commerce extérieur. On exportait notamment en Allemagne 
des œufs et des oies par wagons. Il y avait aussi beaucoup 
d’œufs qui étaient exportés en Angleterre. Le territoire de 
Suvalkai avec ses nombreux lacs qui se trouve sur la ligne de 
Kaunas-Virbalis-Kônigsberg produisait notamment beaucoup 
de volailles. Dans cette contrée, on élève surtout les petites oies 
polonaises ; dans le nord de la Lituanie, par contre, on se livre 
de préférence à l’élevage des oies lituaniennes plus grosses. 

Il convient de remarquer qu’en Lituanie les petits proprié- 
taires s’occupent de l’élevage du bétail beaucoup plus que les 
propriétaires fonciers. Les paysans possèdent trois à quatre fois 
plus de bétail que ces derniers. Nous donnons, grâce aux 
tableaux suivants, des informations pius précises à cet égard. 





Têtes 

Chevaux 


de bétail en 1914. 

lîêtes à cornes Moutons et chèvres 


Porcs 


Kaunas 


346 


^99 


5 i 2 


349 


Vilnius 


3 i 4 


664 


446 


35 i 


(jardinas 


255 


565 


5 oi 


280 


Suvalkai 


102 


1 18 


128 


73 


Lituanie 1914 


I 018 


2 047 


I 557 


I o 55 


1913 


I 002 


2 070 


I 579 


1 932 


1912 


984 


I 959 


I 546 


1 o 3 i 


1907 


9 ' ' 


1 982 


1 532 


963 


Prusseor. 1913 


5 o 6 I 287 

Pour 1000 habitants il y a : 


35 o 


I 337 





Qieyaux | 


Bétes à 


cornes 


Moutons et chèvres 


Porcs 


1907 


1911 ! 


1907 


1911 


1907 


1911 


>907 


191 1 


Kaunas 


196 


189 


432 


334 


294 


263 


205 


217 


Vilnius 


143 


1 26 


324 


279 


210 


204 


106 


i 57 


(Jardinas 


1 13 


125 


283 


223 


271 


304 


1 26 


222 


Suvalkai 


167 


129 


210 

i 


172 


235 


2 1 r> 


1 18 

1 


ÏO4 


Prusse or. 


23 i 


237 


' 58 i 


589 


253 


187 


567 


5 g 3 


Royaume 


















de Pologne 


1 12 


88 

1 


. 217 


182 


127 


77 


06 


48 



i 






22 






Pour lOÜ ha de superficie : 



Chevaux 

1907 1911 


Bêtes a cornes 

1907 1911 


Moutons et chèvres 

1907 1911 


Porcs 

1907 1911 


Kaunas 8 

Vilnius f) 

Gardinas 5 

Suvalkai 9 


1 ^ 
6 

6 

7 


18 

14 

•4 

I 1 


i5 

i3 

i5 

!0 


!2 

9 

i3 

I 2 


I 1 

10 ; 
1 0 
12 


9 

/ 

6 

6 


10 

7 

1 1 

6 


Royaume 
de Pologne lo 


1 

10 


20 


18 


1 

( 

I 2 


j 

i 8 


i I 

6 

) i 


i 

i 



Têtes de bétail en 1000 

possédées par les propriétaires fonciers et les paysans; (comptées en mille) 





Chevaux 


Bêtes à 

Propi. 

fonciers 


1 

L cornes 1 
Paysans j 


Moutons 

Propr. 

fonciers 


et chèvres 
Paysans 


Porcs 

fonciers 


Gouv. 

Kaunas 


74 


23 I 


•97 


5o3 


114 


499 


64 


291') 


Vilnius 


79 


179 


287 


463 


128 


5i5 


99 


3i() 


Gardinas 


45 


i 5 q 


i 3 i 

1 


41 1 


114 


490 


34 


232 


Suvalkai 190 / i 3 


2i 


25 


io5 


23 


123 


1 9 


64 




LES JARDINS POTAGERS 

Il y en a suffisamment en Lituanie. A part le jardin, parfois 
petit, qui entoure chaque maison lituanienne et où Ton cultive 
les arbres fruitiers à côté de quelques carrés de légumes, beau- 
coup de personnes s’adonnent e.xclusivement à la culture des 
arbres fruitiers et des légumes. C’est surtout vrai pour des nom- 
breux propriétaires parcellaires des parties septentrionales du 
gouvernement de Kaunas. Les gros propriétaires fonciers pos- 
sèdent souvent des jardins fruitiers de 5 à lo ha et davantage, 
dans lesquels on cultive les espèces de fruits les plus fines. On 
les afferme souvent à des juifs, qui, par suite de leurs relations 
commerciales, en tirent un meilleur rendement que toute autre 



hM. 







personne. Il y a surtout des fruits dans la vallée du Nemunas 
qui est protégée des vents froids par une série de collines et où, 
par suite, les fruits mûrissent plus rapidement que dans les 
autres régions de Lituanie. Ce n’est pas seulement dans les 
villes de Libau, Riga et Dunabourg que vont les fruits de Litua- 
nie, mais aussi à Pétrograd qui est beaucoup plus éloigné. 

Dans les bonnes années, le gouvernement de Kaunas seul 
envoyait à ces villes 170000 quintaux de fruits. Il faut encore 
mentionner à côté des fruits les légumes qui étaient exportés 
en grande quantité de Lituanie, notamment les concombres et 
les oignons. C’étaient également les Juifs qui avaient affermé 
les plus grands terrains producteurs de légumes. Ils ravitail- 
laient ainsi non seulement les marchés lituaniens, mais encore 
ils faisaient avec les fruits confits et les concombres un com- 
merce important de colportage dans les villes frontières de la 
Prusse. La culture des fruits et des légumes s’accrut ces der- 
niers temps davantage par suite de la construction d un réseau 
de voies ferrées. Elle a beaucoup souffert de la guerre, surtout 
parce que beaucoup de jardins ont été détruits, mais l’avenir 
pour cette branche n’est pas mauvais, car le climat, la qualité 
favorable du terrain ainsi que les dispositions personnelles et le 
plaisir que trouvent les Lituaniens à la culture des fruits et des 
jardins n’ont pas disparu de Lituanie. 



LES FORÊTS 

Les forêts forment en Lituanie une branche extrêmement 
importante. Elles ont une importance relativement plus grande 
que dans les autres pays car le bois y est le principal article 
d’exportation. Plusieurs centaines de millions de mètres cubes 
de bois partent de Lituanie dans le monde, mais précisément 
pour cela les forêts ont beaucoup souffert et il ne faut pas, à 
l’heure actuelle, exagérer à la légère sur ce sujet. 11 y a long- 
temps, la Lituanie était un pays totalement recouvert de forêts; 
au XVI IP siècle encore les chroniques de Samogitie la repré- 
sentent comme une région « impénétrable à cause de ses 
forêts ». 

Mais le déboisement continu, qui n’a pas toujours été régu 




- 24 — 






I 



I 



lièrement exécuté, a changé ce pays et aujourd’hui la richesse 
forestière de la Lituanie par rapport à la superficie totale n’est 
pas plus élevée qu’en Prusse orientale, par exemple, car 
dans les deux pays, un quart environ de cette superficie est 
boisé. Le gouvernement le plus riche en forêts était celui de 
Vilnius où, d’après les statistiques de 1887, les forêts couvrent 
28 */o du sol ; celui de Gardinas venait ensuite avec 23,7 ®/o, 
puis celui de Kaunas avec 23 ®/o et enfin celui de Suvalkai avec 
22,870. Les statistiques de 1910 montrent que les forêts sont 
partout en décroissance considérable. 11 existe pourtant entre la 
Lituanie et la Prusse orientale une sensible différence au point 
de vue de la répartition de la propriété forestière. En Lituanie, 
on trouve surtout les forêts domaniales, tandis qu’en Prusse 
orientale les forêts sont partagées entre plusieurs propriétaires. 
Les deux tiers de toutes les forêts lituaniennes appartiennent 
aux propriétaires fonciers, un tiers seulement est la propriété 
de l’Etat. Les communes et les paysans ne participent presque 
pas à la propriété des forêts. 

Cette remarque est importante, car les forêts appartenant 
à l’Etat ou aux communes sont, en général, évidemment mieux 
administrées que les forêts privées. Aussi a-t-on déboisé à la 
légère en Lituanie tandis que, d’autre part, on négligeait trop 
le reboisement. On agissait d’une façon particulièrement incon- 
sidérée aux abords des rivières où la facilité de transport pous- 
saità un déboisement illimité. La guerre, avec son énorme con- 
sommation de bois a aussi contribué à l’abatage de ces forêts sur 
des espaces considérables. Malgré tout, il y a encore en Lituanie 
des forêts d’une grande valeur, notamment la forêt du prince 
Üginski sur sa propriété de Retava qui couvre .plus de 20000 
hectares. Les grandes forêts dont on parle souvent et principa- 
lement l’inestimable forêt primitive de Bialovies, ainsi que les 
forêts d’Augustavas, se trouvent déjà à la bordure extérieure de 
la Lituanie. Les cônifères dominent. Le pin est l’arbre principal 
des terres lourdes ; celui des terres légères, à l’est, est le sapin. 
11 y a également des forêts de chênes dans le gouvernement de 
Vilnius. On trouve notamment de pures forêts de bouleaux 
dans les districts de Sauliai et de Telsiai ; d’ailleurs, on 
trouve la plupart du temps un mélange des différentes espèces 
d’arbres. Sous la domination russe, une grande partie du bois 



J 



— 25 — 




abattu était directement utilisée dans le pays, car les construc- 
tions sont généralement en bois et en outre le bois est l'instru- 
ment de chauffage le plus répandu. 

L’exportation des bois est encore et surtout dirigée vers 
r. 411 emagne. En première ligne, il faut parler des transports de 
bois par le Nemunas, qui atteignent annuellement une valeur 
de 20 à 3 o millions. En 1913, l’exportation totale de bois litua- 
nien s’éleva à 2212 323 mètres cubes; elle comprenait surtout 
du bois destiné à faire de la cellulose et des travées. Depuis le 
traité de commerce de 1914, les rondins exempts de droits 
jouaient aussi un rôle considérable. 

Durant les dernières années qui ont précédé la guerre, on 
expédiait beaucoup de bois vers Riga et Windau, par la Duna 
et par la Windau, où on le travaillait et d’où on l’expédiait en 
Angleterre. 



Mais on doit considérer comme médiocre le revenu des 
forêts avant la guerre. Les nombreuses servitudes, tels les 
droits de gruerie, ont également contribué à la diminution du 
rapport des forêts. Le revenu brut des forêts de l’Etat dépassait 
rarement, jusqu’en 1914, de 9 à 10 marks par hectare et les 
profits s’arrêtaient en moyenne à 7,5o*9 marks. Dans le gouver- 
nement de Kaunas, le revenu brut des forêts de l’Etat en 1910 
s’élevait à 3 -q millions de roubles (le revenu net à 600000 rou- 
bles), dans le gouvernement de Vilnius à i million Yj de rou- 
bles (le revenu net i million ^/t), dans le gouvernement de 
Gardinas (sans les forêts apanagées) à 2 millions Y* de roubles 
(revenu net 2 millions). Dans le gouvernement de Suvalkai, les 
revenus des forêts de l’Etat étaient relativement les plus élevés. 
Ils atteignaient, en 1910, i million Y« de roubles (revenu net 
I million Y*)- aurait pu obtenir un meilleur rendement 
grâce à une administration plus ordonnée. D'année en année, 
les revenus ont bien augmenté, mais, c’est surtout à la suite du 
prix du bois sans cesse croissant. 

Le commerce de bois qui était très productif se trouvait 
presque exclusivement entre les mains des Juifs, tandis que les 
forestiers et les bateliers étaient surtout lituaniens et blancs- 
russiens. 

Le tableau suivant donne à ce sujet de plus amples 
détails : 




2 () — 



Les forets en Lituanie en 1910 





territoires 
boisés pnr 


Rapport avec 
la sup. tôt. 


Pourcentage des dillérenies propriétés 
forestières 




1000 ha. 


«0 


Couronnes 


Domaines 


l’aysans 


Autres 


kaunas 


62 I 


i 5 


25,3 


70,9 


OjO 


3,8 


\ ilnius 


1007 


24 


28,2 


69,8 


I.<) 


0,1 


üardinas 


H22 


21,3 


52 , 5 > 


44? y 


1,2 


iî4 


Suvalkai 


201 


16,2 


80,5 


i 5,8 


<L7 


2,0 



Situation sociale et économique du paysan. 

Cette question ainsi que la question agraire exigent la con- 
naissance primordiale de la répartition des propriétés. Les sta- 
tistiques russes ne fournissent à ce sujet que des données longues 
et imprécises. Tandis qu’en général on ne fait de différence 
qu’entre les propriétés privées et les propriétés de l’Etat, la statis- 
tique russe mentionne une troisième catégorie et elle comprend 
les terres attribuées (Nadjel) aux paysans sur les grands domai- 
nes par 1 ukase de i86i, lors de l’abolition du servage. Le genre 
particulier de division et l’élaboration statistique des perceptions 
qui en résulte, rendent très difficile la comparaison avec les autres 
pays agricoles européens. De plus, il n’est pas toujours possible 
de comparer entre elles les diverses provinces lituaniennes ; c’est 
ainsi, par exemple, que la division des différents groupes de 
proprietaires, opérée dans le gouvernement, de Suvalkai, a été 
pratiquée d’après d’autres points de vue dans les trois autres 
gouvernements lituaniens. Il faut donc vaincre ces difficultés 
pour obtenir des données qui, plus simples et plus claires, puis- 
sent également se comparer entre elles. 

La propriété privée dans les gouvernements de Kaunas, Vil- 
nius et Gardinas se compose d’une part de ce que l’on désigne 
au sens restreint de cette expression, et de l’autre des terres 
attribuées aux paysans ainsi que des terres que possèdent les 
églises, les monastères, les villes et les associations publiques. 
Les derniers renseignements concernant ces sortes de pro- 
priétaires datent de iyo5. Ils sont à l’heure actuelle d’autant 
plus inexacts que depuis cette époque on a partagé entre les 
paysans de Lituanie une série de domaines. 

* Sous ce nombre il a 15,4 o 'j, de forêts .ipAiiagées en particulier la forêt de iîialtivics. 





J 




Pourcentage de la surface totale occupée en 1905 par les 

catégories de propriétaires 


diverses 


« propriété privée » 


terres attribuées aux 
paysans (Nadjel) 


autres propriétaires 


Couronne 


kaunas 48,3 


45,0 


0,9 


5.8 


Vilnius 48,2 


40,3 


0,9 


10,6 


Gardinas 36,7 


46,3 


1,5 


i5,i 


La « propriété privée 


» au sens restreint est person 


nelle et 



illimitée; elle est en grande partie détenue (76 à 86 ®/o) par les 
grands propriétaires nobles. Au cours des ans, les paysans en 
ont acquis environ 10 ‘'/o tandis que le reste appartient à des 
propriétaires de classes différentes (commerçants, bourgeois 
privilégiés, etc.). Le Nadjel se trouve au contraire totalement 
entre les mains des paysans. L’examen de données précises peut 
indiquer combien de terres appartiennent en tout aux paysans, 
combien aux grands propriétaires fonciers, à la couronne et aux 
autres propriétaires. 

Grâce à cette distinction, on peut effectuer une comparaison 
avec le gouvernement de Suvalkai. 

Le tableau suivant donnera à ce sujet les éclaircissements 
nécessaires : 



Répartition de la propriété foncière en 1905 





Sup erficie 
totale en 
looodesjat 


paysans en 
1 looodesjat. 


^ "0 


Noblesse en 
1000 desjat. 


0‘n 

r 


2 0 . 
c 0 *-* 

: 0 0 « 

U M 

0 = -2 1 

U « ! 

( ' 


'*'0 


Autres 

®'o 


Kaunas . . 


3.577 


00 1 
0 ' 
0 


5 o ,5 ' 


1 1,451 


40,6 


209 


5,8 


3,. 


Vilnius . . . 


3,178 


1,463 


i 46,' 


* 1,245 


3 q >2 


338 


10,6 


4 »' 


iiardinas . . . 


3,278 


1,761 


53,7 


: 79 ' : 


' 


5 o 8 


i 5,5 


6,4 


Suvalkai . . . 


1,1 3 o 1 


Ô16 


55,6 


25 o ; 


22,0 1 


, 2 o 5 


18,2 


4 i 2 


Lituanie . . . 


1 1 1 , 1 65 j 


5,640 


5 o, I 


3,737 


33,4 1 


1260 


' 'L 4 





Il en résulte que les paysans possédaient en Lituanie la moi- 
tié environ des terres, la noblesse et notamment les grands 
propriétaires fonciers, le tiers, la couronne un peu plus d’un 
dizième et les autres propriétaires 5 %. Les propriétés de la no- 
blesse sont les plus considérables dans les gouvernements de 
kaunas et de Vilnius où elles représentent -jb de la superficie 




— 28 — 



È 



r 

I 

r 



t 



totale contre un peu plus de Ys dans les deux autres gouverne- 
ments. Les propriétés paysannes occupent environ la moitié de 
la superficie totale dans tous les gouvernements. Si les grands 
domaines sont moins considérables dans les gouvernements de 
Gardinas et de Suvalkai, les propriétés de l’Etat y sont d’autant 
plus fortes. 

11 faut regarder comme très grandes en Lituanie, et notam- 
ment dans les gouvernements de Kaunas et de Vilnius, les pro- 
priétés de la noblesse qu’on ne sépare pas des grands domaines 
fonciers ; mais il est impossible de les qualifier d’extraordinaire- 
ment considérables car il existe une situation analogue en Rou- 
manie, dans la Prusse orientale et ailleurs. Les propriétés de 
l'Etat sont par contre relativement peu élevées. 



LES PROPRIÉTÉS DOxMANlALES 




Il est encore plus difficile en Lituanie que dans les autres 
pays de dire ce que l’on doit considérer comme propriété doma- 
niale. 

La différence entre la propriété paysanne et la propriété 
domaniale est généralement constituée par le fait que le pro- 
priétaire ne travaille plus avec ses ouvriers, qu’il ne met pas lui- 
même la main à l’ouvrage, tandis qu’il intervient par son tra- 
vail intellectuel dans l’organisation et dans la direction de l’en- 
treprise. On y joint en général une formation intellectuelle plus 
complète et un état d’aisance plus accentué. En Prusse, la pro- 
priété d’environ loo ha. réalise ces conditions ; aussi, cette 
étendue sert-elle de norme pour séparer la grande exploitation 
de la petite. Mais, même en Prusse, ce n’est pas toujours exact 
et ce l’est encore moins pour les anciens pays russes où la cul- 
ture intensive ainsi que les rendements sont beaucoup plus 
faibles qu’en Prusse Orientale. Le procédé le plus sûr est de ne 
considérer comme propriétés domaniales (grandes propriétés) 
que les exploitations s’étendant sur plus de 200 desjatines. 

Les statistiques russes donnent, en général, comme propriété 
privée, les propriétés domaniales qui sont restées aux grands 
propriétaires après la cession de terrain qu’ils effectuèrent au 
profit du paysan libéré du servage. Mais ce n’est plus exact au- 
jourd’hui et cette désignation est par conséquent trompeuse. 




— 2Q — 



Comme nous l’avons dit plus haut, au cours des différentes 
années, V» ou Y* de cette « propriété privée » est passé entre 
d’autres mains, surtout entre celles des paysans, puis des com- 
merçants, de la bourgeoisie rurale, des ecclésiastiques et d’au- 
tres. Ces derniers sont beaucoup plus nombreux que les grands 
propriétaires fonciers et même que la noblesse terrienne quoi- 
qu’ils possèdent beaucoup moins de terres. 

Si l’on considère, tout d’abord, les exploitations dépassant 
200 desjatines (218 ha.), comme propriétés domaniales, on trouve 
qu’il y en avait 1447 en igoS dans le gouvernement de Kaunas, 
1256 dans celui de Vilnius, 109g dans celui de Gardinas; dans 
le gouvernement de Suvalkai qui compte par arpent polonais, on 
trouve 283 propriétés ayant plus de 3 oo arpents (plus de 168 ha.). 
Remarquons, à titre de comparaison, qu’en Prusse Orientale, 
région qui est environ aussi grande que les trois premiers gou- 
vernements, on dénombra en 1907, 1664 exploitations dépassant 
200 ha., c’est-à-dire un peu plus que dans chacun des trois 
gouvernements lituaniens. Mais les grandes propriétés sont plus 
abondamment pourvues de terres en Lituanie qu’en Prusse 
orientale. Les 1447 propriétés dépassant 200 desjatines du gouver- 
nement de Kaunas couvrent plus d’un tiers de la superficie totale 
( 36,3 Y») ; celles du gouvernement de Vilnius en couvrent tout 
autant; seules celles des gouvernements de Gardinas et de Su- 
valkai qui n’en représentent que le quart (26,9 Y» * 23 Y») sont 
moins bien pourvues, tandis que les exploitations dépassant 
200 ha. couvrent en Prusse Orientale 28,2 Y» de la superficie 
totale. La Lituanie est surtout riche en latifundia dépassant 
1000 desjatines. Alors que la Prusse Orientale n’en possédait que 
69, il y en avait 264 dans le gouvernement de Kaunas, 256 dans 
celui de Vilnius (occupant Y» de la superficie totale) et 194 dans 
celui de Gardinas (occupant Y« de la superficie totale). Dans le 
gouvernement de Suvalkai où l’on emploie d’autres mesures, le 
nombre des grandes exploitations dépassant 3 ooo arpents (plus 
de 1680 ha.) était de 27 et elles occupaient en tout 9 Yo de la 
superficie totale. Suivant les données du Comité de statistique 
de Varsovie, le nombre de toutes les grandes propriétés indé- 
pendantes du gouvernement de Suvalkai était de 427 couvrant 
172.000 hectares. 

Le tableau suivant permettra de jeter un coup d’œil sur le 
nombre et l’importance des grandes propriétés dépassant 200 




— 3o - - 



r 



desjaiines, classées par étendue et on } verra leur rapport avec 
la superficie totale : 



Nombre des grandes propriétés: 



200 à )00 à 

500 des. looü des. 

(218 à 545 ha.) (545 à 1090 ha.) 


1000 à 
5000 des. 
(1090 à 5450 ha.) 


dépassant 
5000 des. 
(dépassant 5450 


total 

ha.) 


Kaunas 


855 


338 




224 


3o 


'447 


Vilnius 


703 


297 




228 ■ 


28 


1256 


(jardinas 


610 


295 




173 


2 1 


1099 






Superficie 


en 


1000 ha. 






Kaunas 


290,8 


258,8 




486,9 


376,4 


1422,9 


Vilnius 


240.7 


22 1 ,8 




478,7 


336,0 


1277,2 


(jardinas 


2 1 3,6 


217,7 




370.2 


161,3 


962,8 




Pourcentage par rapport 


à la superficie totale. 




Kaunas 


7.4 


<>.7 




12,5 


9.6 


36,3 


Vilnius 


6,9 


6,4 




i3,8 


9.7 


36,9 


Gardinas 


5,9 


4,1 




10.3 


4.5 


29.9 




Dans le 


gouvernement de Suvalkai, 


, il y avait : 





ifiH îrandes propriétés de 3oo-iooo arpents (i68-56o ha.) rouvrant 54,749 ha. 

H8 » i> » looo-Sooo » (56ü-i68o » ) » 77,829 » 

27 » I) dépassant 3ooo » (plus de 1680 » ) » 83,696 » 

Les grandes propriétés sont principalement entre les mains 
de la noblesse. Cependant, elle ne possède pas exclusivement les 
plus grandes propriétés, car elle possède au contraire beaucoup 
de petits terrains. C’est ainsi qu’il y avait en 1905, dans le gou- 
vernement de Kaunas, 5224 propriétés dont les propriétaires 
étaient nobles tandis que, comme on l’a vu plus haut, ce gou- 
vernement n’a que 1447 grandes propriétés dépassant 200 desja- 
tines. La grande majorité des nobles (environ les 7^) a donc des 
propriétés inférieures à 200 desjatines. Il en est de même dans 
le gouvernement de Vilnius où il y avait 45o3 propriétés nobi- 
laires et dans celui de Gardinas où il y en avait 3017. Dans le 
gouvernement de Suvalkai, la petite noblesse possède 3746 exploi- 
tations couvrant 22 267 ha. L’étendue moyenne de chaque pro- 
priété n’était donc que de 6 ha. Cette petite noblesse conduit 
elle-même la charrue et se distingue peu des paysans. 






I 



— 3i — 

11 convient de remarquer que les grands propriétaires fonciers 
lituaniens se considèrent, en général, comme Polonais et qu’ils 
sont également en partie Polonais. 

11 n’existe à ce sujet de données statistiques que pour le gou- 
v'ernement de Kaunas. I! y av'ait là en 1909 parmi les proprié- 
taires fonciers nobles 60,7 <*/o de « Polonais», contre 3 1,2 «'0 de 
de Lituaniens, 5,7 Vo de Russes et 2,3 «/o d’Allemands. En gé- 
néral, les très grandes propriétés sont précisément entre les 
mains des « Polonais » et des Russes, tandis que les nobles 
lituaniens sont principalement de plus petits propriétaires fon- 
ciers. Dans le gouvernement de Kaunas, les Polonais détenaient 
60,2 0/0 de la superficie totale occupée par les propriétés fonciè- 
res nobiliaires, les Russes 16, 3 "/o et les Lituaniens (qui for- 
maient le 3i,2 ®/o de la noblesse) n’en détenaient que 16 7o. Le 
morcellement de la grande propriété foncière qui est en Lituanie 
un des plus importants devoirs du nouvel Etat, fera en même 
temps table rase de tous les éléments étrangers au pays, et hos- 
tiles à I Etat lituanien. Les Russes ont acquis en Lituanie, sur- 
tout à la suite des confiscations qui furent la conséquence du 
malheureux soulèvement polono-lituanien de i863, une série de 
grandes propriétés qui leur furent généralement attribuées à titre 
de cadeau. Les magnats polonais qui sont pour la plupart d’ori- 
gine lituanienne, mais qui, au cours des siècles, se sont forte- 
ment polonisés au point d’être hostiles à l’idée d’un Etat litua- 
nien et de désirer l’annexion ou tout au moins l’union de la 
Lituanie à la Pologne, n’habitent généralement pas le pays, à 
l’instar des grands propriétaires russes, et, comme eux, ils "n'ad- 
ministrent pas en personne leurs possessions. Si on les vend ils 
ne perdront par conséquent pas leur «home». 

Lorsqu’on veut préciser la part de terres disponibles en vue 
d une colonisation éventuelle, il ne faut pas oublier que toutes 
les terres appartenant aux grands propriétaires sont loin de 
pouvoir être prises, dans ce but, en considération. Sans se 
demander s’il sera utile de supprimer radicalement toute la 
grande propriété foncière, il faut se rappeler que les grands do- 
maines possèdent beaucoup de forêts et de terrains incultes. 
Suivant la statistique de 1887 — aujourd’hui certainement 
vieille, mais il n’en existe malheureusement pas de plus récente 
— les forêts occupaient le tiers de la grande propriété fon cière, 
tandis que les terres labourables n’en occupaient qu’un autre 




— 32 






7 



•.<r 



1 




tiers. Le reste comprenait des prairies et du terrain inutilisa- 
ble. 11 n’y a que dans le gouvernement de Suvalkai où la propor- 
tion de terres labourables est plus élevée tandis que la propor- 
tion des forêts est considérablement plus faible. Pour ce gouver- 
nement, les données ne datent que de 1909. 



Pour 100 ha. de grande propriété il y avait en 1887 : 





Terres 


Prairies et 


Autres terrains 


Forets 


Terres 




labourables 


pâturages 


utilisables 




infertiles 


Kaunas 


27,5 


25,0 


2., 3 


34,4 


10,8 


] Vilnius 


32,7 


11,7 


1,5 


3 o ,5 


14,6 


' 9 ^ 9 1 Gardinas 


33,6 


16, 1 


3,7 


3o,7 


i 5,9 


I Suvalkai 


47,' 


19,5 


— 


25,2 


8,. 



En faisant exception des parties boisées et infertiles, des ma- 
rais et des chemins, il devrait rester dans le gouvernement de 
Kaunas environ 800 000 desjatines de terres pouvant servir à 
l’agriculture sur les grandes propriétés dépassant 200 desjatines ; 
dans le gouvernement de Vilnius 600 000, dans le gouverne- 
ment de Gardinas 5 oo 000, dans celui de Suvalkai environ 
100000. Cela ferait en tout environ 2 millions de desjatines. Un 
partage radical des grandes propriétés — auquel il ne faut pour- 
tant pas songer pour le moment, et qui, sous cette forme, ne 
serait guère désirable au point de vue économique — on pour- 
rait donc créer en Lituanie 40000 propriétés paysannes ayant 
chacune une superficie de 5 o desjatines, et ce chiffre serait 
encore doublé si leur étendue était en moyenne de 25 desjatines. 
11 est hors de doute de penser que le gouvernement lituanien ne 
pourra donner des terres de colonisation qu’aux citoyens litua- 
niens parmi lesquels beaucoup sont sansterres ou en ont trop peu, 
et parmi lesquels aussi beaucoup manquant de ressources dans 
leur propre pays, se sont expatriés en particulier aux Etats-Unis. 

Le gouvernement russe a, de son côté, durant ces dernières 
années également, poussé à la colonisation paysanne. La « Ban- 
que des paysans» s’était chargée de cette tâche. Elle avait été 
fondée en 1882 dans le but de faciliter aux paysans, par des 
prêts, l’achat de terres; elle avait aussi depuis igo 5 , le droit 
d’acquérir pour son propre compte et sans limitation des terres 
destinés à la colonisation paysanne. 



k 



-* i 



T 



— 33 — 

La superficie des terrains qu’elle acheta ainsi s’éleva de i 883 
à 1911 en tout à ; 

60,700 desjatines dans le gouvernement de Launas 

104,964 » U » » » Vilnius 

192,793 )) » .) » » Gardinas 

1,674 ’* *' >» » Suvalkai 

Durant les dernières années qui ont précédé la guerre la 
«Banque des paysans» dirigea principalement son activité sur 
le gouvernement de Kaunas où elle acheta une série de grandes 
propriétés dont les propriétaires étaient pour la plupart endettés. 
Lorsque la guerre éclata, la «Banque des paysans» possédait 
encore dans ce gouvernement en tout 70 grandes propriétés 
couvrant une superficie de 3 o 000 desjatines, destinées à être par- 
tagées. Mais ces partages n’étaient pas toujours effectués au profit 
de la population indigène ; on amenait au contraire souvent des 
Russes de l’intérieur de la Russie dans le but non dissimulé de 
préparer la russification de la Lituanie. Cette activité de la « Ban- 
que des paysans » fut soumise à une très vive critique de la part 
des députés lituaniens à la Douma. 

Les lourdes dettes des propriétaires, des nobles en particu- 
lier, facilitaient considérablement l’achat de grandes propriétés 
. destinées au partage et à la colonisation. Quoique les forêts 
produisent les revenus nécessaires aux dépenses courantes — 
grâce souvent â un déboisement excessif — leurs dettes hypo- 
thécaires étaient très élevées et elles atteignaient les limites pré- 
vues par la loi. 

11 existait deux banques d’Etat de crédit foncier, la « Banque 
des paysans » dont nous venons de parler et la « Banque de la 
noblesse», ainsi qu’une .série de banque privées et de sociétés 
de crédit. Des données plus précises concernant le montant et 
l’étendue du crédit foncier nous sont fournies par la « Banque 
de la noblesse» qui, fondée en 1886 prêtait sur les biens des 
nobles jusqu’au 60 “/o et même exceptionnellement jusqu’à 75 ° o 
de leur valeur fiscale. Les propriétés sur lesquelles elle avança 
de 1 argent étaient en 1914 nombre de 3og dans le gouv'erne- 
ment de Kaunas, 253 dans celui de Gardinas. La superficie cou- 
verte par les prêts hypothécaires atteignait environ Vio dans les 
gouvernements de Vilnius et de Kaunas ; dans celui de Gardinas 
elle atteignait V5 de la superficie totale de toutes les propriétés 

3 



W 



- 34 - 

nobiliaires. La «Banque de la noblesse» prêtait, en première 
ligne, sur les biens qui appartenaient à l’aristocratie, tandis 
qu elle s’occupait peu des biens dont les propriétaires n’étaient pas 
nobles. Les dettes s’élevaient dans les 3 gouvernements en question 
à 58 et même 6o 'Vo de la valeur fiscale. La « Banque de la 
noblesse » n’exerçait pas son activité dans le gouvernement de 
Suvalkai qui faisait partie du « territoire de la Vistule ». C’était 
la «Banque foncière de Varsovie» qui se chargeait des opéra- 
tions de crédit foncier. Le tableau suivant donne de plus amples 
détails sur les dettes des grandes propriétés en Lituanie. 

Propriétés auxquelles la « Banque de la noblesse» et les ban- 
ques privées de Suvalkai avaient fait des prêts en lyiq: 









Pourcentage 


Valeur fiscale 


montant en 




Valeur riscale en 


Totalité des 


des dettes par 


en mks 


mks de la 




milliers de marks 


dettes 


rapport à la va- 


par I ha. 


dette suppor- 








leur totale 




téc par I ha. 


Kaunas 


23,5 


i5,y 


00 


146 


85 


Vilnius 


i5,y 


y, 3 


58,8 


* 19 


70 


Gardinas 


26,2 


i 5,7 


() 0 , I 


i 52 


92 


Suvalkai(l!ll2) 44 


2 I 


48 


270 


i3o 



LA PROPRIÉTÉ PAYSANNE 

Comme nous l’avons vu, la moitié environ du sol appartient 
au.x paysans. Les relevés statistiques de iyo5 nous montrent que 
86 à yo O IJ du terrain détenu par les paysans provenaient des 
terres qui leur avaient été attribuées lors de leur libération du 
servage, io'V„ environ (6,5 o'o seulement dans le gouvernement 
de Gardinasj étaient la propriété personnelle des paysans, 
acquise par eux sur les grands propriétaires fonciers, tandis 
que les biens-tonds des associations et sociétés paysannes n’oc- 
cupaient que I ®/o, contre 7,3 1 ü est vrai, dans le gouver- 
nement de Gardinas. La répartition de la propriété paysanne 
était la suivante, en dessiatines : 

Propriété paysanne en desjatines. 



Gouverne- 

ments 


Terres attribuées aux 
paysans lors 
de leur libération 


Propriété 

personnelle 


Unions 

paysannes 


Associations 

paysannes 


Divers 


Total 


Kaunas 


I 610 379 


186 633 


I 405 


I 765 


— 


ï 800 182 


Vilnius 


1 279 677 


Ï70 947 


557 


12 9(KJ 


— 


I 463 090 


Gardinas 


1 517 164 


114 3 i 3 


ï 5 126 


1 13 721 


254 


1 760 578 


Suvalkai 


ImS 2(K) 


1 1 700 


— 


— 




614 900 



35 



Sur les terres attribuées aux paysans lors de leur libération, 
on comptait ; 

Dans le gouvernement de Kaunas i lo 400 fermes. 

» » Vilnius <44 420 » 

» » Gardinas yi 6y2 » 

» » Suvalkai 5y 35 1 » 

355 863 fermes. 



en tout donc 



Le nombre des fermes situées sur des terres achetées aux 
gros propriétaires était, en iyo5, de 5617 dans le gouvernement 
de Kaunas, de 4835 dans celui de Vilnius, de 7862 dans celui 
de Gardinas et de 1000 exactement dans celui de Suvalkai. Le 
nombre total des fermes était donc de 875 000. 

L’étendue moyenne des propriétés paysannes sur les «terres 
attribuées» est de i5,y ha. dans le gouvernement de Kaunas; 
de 14,2 ha., dans celui de Vilnius; de 18,0 ha. dans celui de 
Gardinas et de ii,3 dans celui de Suvalki ; celles qui provien- 
nent des acquisitions faites par les grands propriétaires fonciers 
sont en général plus grandes (Kaunas 36 ha., Vilnius 38,6, 
Gardinas i5,8 ha., Suvalkai 5). Le paysan lituanien semble donc 
tout à fait bien pourvu de terres ; il est mieux pourvu que les 
paysans de la Russie centrale et que ceux des provinces agri- 
coles de la Prusse Orientale. Le tableau indiquant la répartition 
des propriétés paysannes suivant leur grandeur, donne la même 
impression favorable. Les exploitations dépassant 10 desjatines 
(il ha.) sont de beaucoup les plus nombreuses. Elles occupent 
dans le gouvernement de Kaunas et de Gardinas plus de 80 ® „ 
de toutes les exploitations paysannes et plus de yo 7^ des terres 
appartenant aux paysans ; dans le gouvernement de Vilnius 
elles occupent respectivement 65 et 82 7o- C’est dans le gouver- 
nement de Suvalkai que cette proportion est la plus faible. Les 
petites exploitations de parcelles sont, suivant cette statistique, 
très peu nombreuses dans les trois premiers gouvernements : 

Pourcentage des exploitations paysannes possédant des terres 

f(en desjatines). 



(jOüverne- 

ments 


Au-dessous 
de I desjatine 


7'î 

desjatines 


desjatines 


.57 

desjatines 


7-10 

desjatines 


Dépassant 
10 desjatines 


Kaunas 


— 


3,1 


1,3 


5,2 


10, 1 


80,3 


Vilnius 


0,2 


0,4 


2,4 


i3,8 


•7,7 


65,5 


Gardinas 


2, y 


0,8 


o,y 


G9 




85,1 



r 

— 5 () 



Pourcentage des terres appartenant aux propriétaires paysans 
suivant la précédente répartition par grandenr ; 



Gouverne- Au-dessous 




3-5 


5-7 


7-10 


Dépassant 


ments de i desjatine 


desjatines 


desjatines 


desjatines 


desjatines 


10 dejsatines 


Kaunas 0,0 


0,5 


0,3 


2,2 


6,2 


90,8 


Vilnius 0,0 


0,1 


0,7 


6,1 


10,7 


52,4 


Gardinas 0,1 


0,1 


0,2 


0.7 


4,5 


94.4 


Dans le gouvernement de Suvalkai la superficie de 


100 exploi- 



tâtions paysannes était la suivante: 



-Moins de 1 ’/t 


desjatines 


(Moin 


s de 1,64 1 


ha.) 


i 5 , 1 


» 


I V^"7 ’/* 


» 


( 


» 


1,64-8,55 


» ) 


40,9 


» 


1 

C 


v> 


( 


» 


8 , 55 - 1 1 


» ) 


10,2 


» 


io-i 5 


» 


( 


» 


1 1-16 


» ) 


12,6 


» 


i 5 - 2 o 


» 


( 


» 


16-22 


» ) 


9.1 


» 


20-25 


» 


( 


» 


22-27 


» ) 


5,5 


Dépassant 25 


» 


(dépassant 27 


» ) 


6,6 



Dépassant lo desjatines en tout (dépassant 1 1 ha.) 33,8 



Mais la réalité offre un tableau un peu différent que celui que 
nous présente cette statistique vieille de treize ans. Le nombre 
des propriétés paysannes de moyenne et de grande étendue n’est 
pas aussi élevé qu’elle prétend dans les gouvernements de Kau- 
nas, Vilnius et Gardinas ; bien plus, l’exploitation de parcelles 
de terrain est assez importante dans ces gouvernements. Beau- 
coup de paysans supportent avec peine le manque de terres, et 
leur condition est très précaire; les plus nombreux sont ceux 
qui ne possèdent rien. D’autre part, les paysans du gouverne- 
ment de Suvalkai sont plus favorises que ceux des trois autres 
gouvernements quoique, suivant la statistique russe, le paysan 
y possède généralement moins de terres que dans ces derniers 
gouvernements. On doit, par conséquent, se montrer très scep- 
tique en ce qui concerne les affirmations de cette statistique 
touchant les trois premiers gouvernements. Nous ne connais- 
sons pas d’après quelles considérations elle a été établie. 11 
semble, cependant, qu’elle n’ait mentionné que les véritables 
propriétés paysannes, oubliant par contre les petites parcelles 
qui ne sont habituellement pas indiquées sur le cadastre, qui 
sont souvent affermées, ou qui, en cas de succession, sont attri- 
buées sans aucune règle juridique. D'autres statistiques ne 




I 

i 

1 



— 37 — 



paraissent que confirmer cette constatation. C'est ainsi qu’une, 
statistique présentée à la Douma par un député lituanien donne 
les détails suivants sur la répartition de la propriété paysanne 
dans le gouvernement de Kaunas : 

Terrain possédé par loo exploitations paysannes dans ce 
gouvernement : 

Plus de 20 desjatines : 22,2. 

» 10 à 20 » : 24,5. 

» 3 à 10 » : 3o,6. 

Moins de 3 » : 22,7. 

Un journal lituanien, le «Darbo Balsas», n° ifi (1898), 
indique de la façon suivante, la répartition de la propriété 
paysanne en Lituanie, pour 1887 : 

17 0/0 des paysans possédaient 3 desjatines ; 

56 ®/o » » de 3 à 6 desjatines ; 

25 ®/o » » plus de 6 desjatines. 

Ces données paraissent plus conformes à la vérité que celles 
précédemment citées et dont on se sert généralement. Elles cor- 
respondent également mieux à la répartition de la propriété dans 
les pays voisins. C’est ainsi, par exemple, qu’en Prusse Orien- 
tale, sur 100 exploitations, en 1907 : 

26 possédaient plus de 20 ha. ; 



38 


» 


de 5 à 20 ha ; 


23,3 


» 


de 2 à 5 ha. ; 


12,2 


» 


moins de 2 ha. 



ce qui correspond à la répartition que nous venons d’indiquer 
pour le gouvernement de Kaunas. Le gouvernement de Suval- 
kai, en comparaison, possède moins d’exploitations par parcelles 
mais il possède plus d’exploitations paysannes de moyenne et 
de grande étendue. En effet, en 1893, la totalité des propriétaires 
occupaient dans ce gouvernement les étendues suivantes : 

10868 propr., c’est-à-dire 20% possédaient 10 arpents (5,6 ha.). 

26898 » » 49,7% de 10 à 3o arpents (5,6 à 16,8 ha.). 

i5 900 ■» » 29,3 % » de 3o à 100 » (16,8 à 56 ha.). 

5o6 » » 1% » plus de 100 » (plus de 56 ha.). 

Les propriétés sont bien mieux réparties en Lithuanie, en par- 
ticulier dans le gouvernement de Suvalkai, qu’en Pologne. On 





- 3S 



trouve surtout dans ce dernier pays des exploitations parcellaires, 
et cela ne suffit pas à nourrir le paysan, qui est obligé de se 
procurer un salaire auxiliaire en se rendant généralement en 
qualité de «travailleur saisonnier» sur les grands domaines de 
la Prusse. 

La vie des paysans lituaniens n’est cependant pas toujours 
agréable. .Moins que les grands propriétaires fonciers, ils souf- 
fraient tout de même de la situation défavorable, de l’absence 
ou de l’éloignement du marché destiné à écouler leurs produits 
et de la concurrence que leur faisaient les fertiles terres noires 
de Russie. Aussi, les procédés de culture intensive et, d’une 
façon générale, l’amélioration apportée à l’agriculture restèrent- 
ils médiocres, bien que la Lituanie fût, à ce point de vue, au- 
dessus de la plupart des régions de nationalité russe. 

Aussi, la force de résistance économique qu’a montrée le 
paysan lituanien devant toutes les crises et toutes les oppositions 
économiques et politiques est-elle d’autant plus étonnante. Les 
propriétés paysannes ne portent aucune trace de dépérissement, 
comme c’est le cas pour les grandes propriétés. Le paysan ne 
s’est pas contenté de garder solidement le terrain qu’on lui avait 
attribué; il en a encore acheté au grand propriétaire obéré de 
dettes. Lui-même n’en a pas contracté et il s’est montré beau- 
coup plus résistant que le colon russe, obligé de retourner après 
quelques années en Russie, abandonnant des terres qu’il gérait 
mal. 

Le paysan voyait, en outre, l’exploitation de ses propriétés 
et le développement de l'agriculture entravés par le morcelle- 
ment des terres en longues bandes qui appartenaient à diffé- 
rentes personnes. 11 perdait beaucoup de temps à se rendre d’un 
champ à l’autre. Il dépendait souvent de l’indolence ou l’igno- 
rance de son voisin pour l’ensemencement de cette bande de 
terrain, car, comme il n’y avait pas de chemins ruraux, il devait 
souvent passer sur la portion qui appartenait à un autre. Sous 
peine de perdre le fruit de son travail, il devait attendre pour 
ensemencer que le voisin eût fini ; de même, il devait se régler 
sur son voisin pour pouvoir emporter sa moisson. En automne 
il ne pouvait pas faire passer la charrue en temps convenable, 
car les terres étaient réservées au pacage du troupeau communal. 
Les difficultés s’accumulaient. 

.\près la révolution de lyoS, le gouvernement russe remédia 



•.'♦il- 



- 3(, - 

énergiquement à ce déplorable état de choses. Il mit fin au 
morcellement et réunit les parcelles séparées, de façon à donner 
au paysan un terrain qui lui permette de vivre. Le paysan trans- 
porta alors son habitation et ses bâtiments.d'exploitation sur son 
nouveau domaine. Ces fermes isolées, que Ton appelle habituelle- 
ment « viensidija» en lituanien, jouissaient d^u ne grande aisance et 
la Lituanie fut, à part quelques contrées du sud de la Russie, le 
pays où cette réforme fit les plus grands progrès. Dans le gou- 
vernement de Kaunas, l’opération s'effectua très rapidement. 
Dans l’espace de cinq ans (de 1907 à 1912) on procéda à la 
séparation de la cinquième partie environ de toutes les terres 
existantes dans ce gouvernement ; dans le gouvernement de 
Vilnius, on ne sépara qu’un huitième et dans celui de Gardinas 
un onzième. Dans le gouvernement de Suvalkai, eette libération 
du sol n'était plus nécessaire, car elle avait eu lieu quelques 
années auparavant, grâce à la population elle-même. Ce résultat 
remarquable dépassant celui qui avait été atteint dans toutes les 
autres contrées de la Russie, est surtout dû à la compréhension 
que possédait la population lituanienne des avantages et de l’im- 
portance de cette mesure. Les employés russes furent, tout de 
même, abondamment pourvus d'ordres et de gratifications par 
Pétersbourg pour leur «activité zélée et fructueuse ». 

Le regroupement coopéra beaucoup à Tamélioration des 
cercles agricoles. Beaucoup d’eftorts privés s’y ajoutèrent pour 
faire progresser l’agriculture. On doit particulièrement mention- 
ner ici les associations agricoles et, avant tout, celle qui avait 
été fondée en 1917 à Mariampolis sous le nom de «Zagré» ; il 
faut encore mentionner la fondation de banques agraires, la 
diffusion des manuels d’agriculture, les conférences techniques, 
toutes choses que le gouvernement russe voyait avec défiance 
et qu’il s’efforçait même, la plupart du temps, d’entraver. 

La répartition des différentes cultures était assez différente 
chez le paysan et chez le grand propriétaire foncier. Tandis que 
chez ces derniers les terres labourées n’occupaient qu’un tiers 
environ de toute la propriété, le paysan, au contraire, y consa- 
crait les deux tiers. La surface agricole ainsi utilisée représen- 
tait, en général, les neuf dizièmes de la propriété. L’absence de 
forêts est frappante et c’est là un fait qui se trouve en opposi- 
tton avec ce qui se passe chez les grands propriétaires. Il ne 
faut pas s’expliquer cette constatation par le fait que le paysan 



mi 



- 40 - 

aurait déboisé la forêt qui lui appartenait, mais bien parce qu’il 
n’en a jamais possédé. Lors de la libération du servage, les 
grands propriétaires fonciers gardèrent pour eux toutes les 
forêts. Par contre, le paysan possédait quelques droits de 
pacage et d’affouage. Mais cette situation ne servit qu’à accroître 
encore l’opposition, déjà très forte, entre les grands proprié- 
taires fonciers et les paysans. Le tableau suivant, qui est assu- 
rément assez vieux puisqu’il date de l’année 1887, donne des 
détails plus précis sur la répartition des différentes sortes de 
culture. 

Répartition des ditférentes sortes de culture 
sur les propriétés paysannes 1887 ("/o). 





Champs 


Prairies 
et pâturages 


Antres terrains 
utilisables 


Forêts 


Terrains 

ioenhes 


Kaunas 


5 i ,7 


35,3 


5,4 


2,7 


4dJ 


Vilnius 


60,3 


24,0 


5,0 


1,(3 




Gard inas 


58,1 


26,2 


5,t 


D7 


8,9 


Suvalkai 


OC 

LC 


23,0 


— 


2,1 


( 3,2 



III. L’Industrik. 

En Lituanie, l’industrie est naturellement beaucoup moins 
développée que l’agriculture, qui est le type dominant du pays. 
Suivant les dernières statistiques professionnelles, qui datent 
assurément de 1887, mais qui sont encore exactes aujourd’hui, 
il y avait dans chaque gouvernement qu’environ 10 0 de la 
population qui soit occupée à l’industrie. 

C'est là le minimum de ce que peut posséder un pays 
moderne comme population industrielle. Il ne faut pas com- 
prendre, dans cette expression de population industrielle, les 
ouvriers des fabriques et les propriétaires des fabriques, mais il 
faut y voir, dans la grande majorité, des artisans qui travail- 
lent pour la population s’occupant d’agriculture et qui tirent 
d’elle leur subsistance ; cette population ne forme donc que le 
complément strictement nécessaire à la population agricole. Les 
ouvriers d’industrie, pris comme tels, ne forment en Lituanie 
qu’environ Y2 % de toute la population, contre 2 ’/« Y» 
Pologne, et bien davantage dans les autres Etats. Ce fait s’ex- 
plique parce que la Lituanie manque des conditions nécessaires 



I 



- ^ T- 



— 41 — 

à un développement industriel. La Lituanie était une partie de 
la Russie, pays dont l’industrie était encore à ses débuts. La 
Lituanie participa à tous les retards de la Russie et le dévelop- 
pement de l’industrie y resta d’autant plus facilement à ses 
débuts que la Lituanie manquait des produits miniers les plus 
importants tels que le fer et le charbon. De môme que le marché 
russe était en général accaparé tout d’abord par les produits 
étrangers, c’était encore le cas en Lituanie. Lorsque les produits 
des pays étrangers industriellement très développés tels que 
l’Allemagne, la Suède et la Belgique ne suffisaient pas aux 
besoins de la Lituanie, qui d’ailleurs n’étaient pas très grands, 
l’industrie polonaise y pourvoyait. Les deux grands centres 
commerciaux de Varsovie et de Riga se trouvaient aux portes 
de la Lituanie, et ils envoyaient leurs produits, rivalisant entre 
eux, sur le marché lituanien. 

Dans ces conditions, il était donc impossible qu'une indus- 
trie considérable pût se développer en Lituanie. Si elle existait, 
c’était pour transformer avant tout les produits agricoles du 
pays ; elle n’était donc qu’une industrie agricole accessoire. 11 
ne faut cependant pas dire que la Lithuanie manque complète- 
ment de tous les produits minéraux. Il y a des gisements de 
chaux et de phosphates ; ce dernier est, à vrai dire, d’une qualité 
moyenne. 11 y a encore des gisements de gypse, à Birziai et à 
Joniskelis. En outre, il existe des gisements d’argile, importants 
et très abondants, qui peuvent servir à la fabrication de tuiles, 
de tuyaux de drainage et de poteries. On trouve aussi de très 
beaux gisements de pyrite et de tourbe, qui peuvent former les 
bases de multiples transformations industrielles et qui, en 
attendant, peuvent servir de combustible. On peut encore 
emplover la tourbe comme paille. L’industrie du verre trouve 
également en certains endroits des conditions de développement 
favorables L 

La houille blanche qu’on n’utilise pas encore pourrait aussi 
servir à la création d’installations industrielles. Les rivières et 
les fleuves ayant la plupart du temps une forte pente, on pour- 
rait, avec relativement peu de frais, produire de l énergie élec- 
trique qui serait dirigée, de là, sur tout le pays. Des millions de 
projets sur cette question dorment encore. 

» (^f. K. von Riïmker, Bcvôlkeriiii"S-und Siedelungsfragen im Lande Ob. Osi. Berlin, 
1918. p. 21 . 




f Une utilisation plus rationnelle des produits du pays, en 



particulier du bois, du lin, de la laine, produits dont la trans- 
formation s’effectuait la plupart du temps à l’étranger, pourrait 
également procurer l’aisance et le pain quotidien à des milliers 
de personnes. 

Il est difficile de donner le nombre des installations indus- 
trielles en Lituanie, tout d’abord parce que les frontières de ce 
pays ne sont pas encore précises, et ensuite parce qu'il est très 
délicat de définir l’idée d’installation industrielle. Le dernier 
recensement russe sur cette matière date de 1908 ; il e.xiste 
cependant encore des données provenant d’années postérieures, 
et notamment de Tannée 1912. Ces données s’appliquent prin- 
cipalement aux industries destinées à la transformation et à 
l’amélioration des étoffes, placées sous le contrôle de l’inspec- 
tion des fabriques. Il en résulte que le nombre des fabriques 
s’élevait, en 1912, à 261 dans le gouvernement de Kaunas, 
395 dans le gouvernement de Vilnius, fiofi dans celui de 
Gardinas et 104 dans celui de Suvalkai. Le plus grand 
nombre de fabriques (presque autant que les trois autres gou- 
vernements réunis) se trouvaient, par conséquent, dans le gou- 
vernement de Gardinas. Le nombre des ouvriers et la valeur de 
la production étaient même dans ce gouvernement plus élevés 
que dans les trois autres ensemble. C’est surtout la ville de 
Balstoge (Bialostock) qui jouit d’un grand développement indus- 
triel. La plupart des industries (en 1908 il y en avait 191, occu- 
pant 7 i5o ouvriers) du gouvernement de Gardinas s’occupaient 
de la transformation de la laine, 27 fabriquaient de Touate, 
57 filaient la laine, qS la tissaient, 53 la filaient et la teignaient, 
25 fabriquaient de la toile et des couvertures, 2 fabriquaient des 
tissus de laine. 

Les industries alimentaires étaient encore plus nombreuses 
( 235 ) et, parmi elles, il faut citer les distilleries. Elles transfor- 
ment, en tout, 5 o 000 quintaux de céréales et 1 million de quin- 
taux de pommes de terre; elles en retirent de 25 o à 370000 hl. 
d'alcool à 40 degrés. Le nombre des brasseries est également 
plus élevé dans le gouvernement de (jardinas que dans les trois 
autres provinces lituaniennes; en 1908 elles étaient au nombre 
de 54; en 1912 elles étaient au nombre de 33 contre la moitié 
environ dans chacun des trois autres gouvernements, mais 



I 




elles sont beaucoup plus petites et produisent beaucoup moins 
que dans les trois premières provinces. Le nombre des mou- 
lins est très grand. En 1908 il y en avait 2 o 58 , occupant 
2915 ouvriers contre 5 oo environ seulement dans les gouver- 
nements également étendus de Kaunas et de Vilnius. Mais 
il n’existait que 3 q installations comparables à des fabriques, 
par conséquent à peine davantage que dans le gouverne- 
ment de Kaunas, où Ton comptait 33 moulins à vapeur. Comme 
autres industries, on trouve encore 70 tanneries dans le gouver- 
nement de Gardinas contre 20 seulement dans celui de Kaunas 
et 37 dans celui de Vilnius. Le gouvernement de Kaunas ne 
présente, à part un nombre relativement restreint de distilleries, 
de brasseries, de moulins, de tanneries et de scieries aucune 
autre industrie considérable. Les fonderies de Kaunas, ainsi que 
la fabrique Schmidt, de cette ville, qui occupait en tout ^ 

1000 ouvriers, avaient une étendue considérable. 

Dans le gouvernement de Vilnius, l’industrie était encore ‘ 

plus importante que dans celui de Kaunas, mais sans atteindre 
cependant celle du gouvernement de Gardinas. En plus des ^ 

industries accessoires agricoles, il possède encore 10 fabriques j 

de papier et de carton occupant 5 g i ouvriers, 4 verreries en i 

(jccupant I2o3, une fabrique de tulle en occupant 418 et une ! 

fabrique de chocolat en occupant 5 oo. Dans le gouvernement 
de Suvalkai, l’industrie ne joue aucun rôle. ' 

Comme force motrice, on employait surtout la vapeur, ainsi 
que, parfois, Teau et le naphte, tandis qu’on ne se servait, pour 
ainsi dire, pas de l’électricité. Les propriétaires de ces industries 
étaient généralement des juifs. Les Allemands, les Polonais et : 

les Lettons en possédaient également une partie, tandis que les { 

Lituaniens ne participaient guère aux entreprises industrielles. ] 

Ils possédaient entre autres la fabrique de machines Vilija, de ; 

Vilnius, la fabrique de ciment de Valkininkai, la fabrique de . 

carton de l’ingénieur Sirutavicius et quelques autres encore. 

La guerre a mis fin à presque toutes ces industries ; on a dû 
en évacuer la plupart pour les transporter dans l’intérieur de 
la Russie. D’autres ont été intentionnellement détruites, d’autres j 

ont disparu. Ici aussi, une nouvelle vie pourra refleurir sur les ’ 

ruines. Les tableaux suivants donnent de plus abondants ren- 
seignements de ce qui existait. ' 







Entreprises industrielles en 1912. 

(Source : Handhtich der fH>Ui, Statistik.') 



Kaunas 

Vilnius 

Gardinas 

Suvalkai 


Nombre 
des entreprises 
industrielles 

261 

3 q 5 

606 

104 


Nombre 
des ouvriers 

7096 
6 966 
i 5 229 

757 


Produit 

en 

1000 roubles 

fl 024 
9 928 

17733 

483 


Nombre 

des 

moteurs 

117 
1 27 
195 
21 


Chevaux* 

vapeur 

hiqi 

3344 

5725 

735 


Litauen 


i 366 




30048 


34 168 


460 


1 5 995 




Industries accessoires agricoles. 






Distilleries 


Brasseries 


Moulins 




1910-191 1 




1910 




1908 




Usines Ouvriers 


Usines 


Ouvriers 


Usines 


Ouvriers 


KLaunas 


17 


•47 


18 


2Ô7 


590 


715 


V’ilnius 


lOI 


680 


14 


389 


472 


io 65 


Gardinas 


104 


761 


33 


244 


2 o 58 


2915 


Suvalkai 


22 


69 


16 


i 55 


154 


239 


Litauen 


244 


1657 


81 


io 55 


3274 


3934 



Industries se trouvant soumises à rinspection des fabriques 
en 1912 d’après leur importance et le nombre de leurs ouvriers. 

Répartition 





Hn 

Industries 


tout 

Ouvriers 


de leurs ouvriers 
Moins II 

de 10 à 50 à 


suivant le nombre 
$1 lOI 

100 à 200 à 


qu’elles 

201 

500 à 


occup 

SOI 

1000 


aient : 
Plus 
de 1000 


Kaunas 


I4H 


6 202 


73 


37 


9 


4 


3 


1 


1 


Vilnius 


237 


1 1 933 


32 


144 


37 


16 


5 


3 


— 


Gardinas 


533 


16 546 


206 


270 


35 


i5 


4 


2 


I 


Suvalkai 


91 


3 ii8 


4> 


37 


7 


— 


6 


— 


— 


Uiauen 


i(X)9 


37 799 


352 


5o8 


88 


35 


18 


() 


2 



Comme nous avons pu le constater par ce qui précède, la 
situation industrielle de la Lituanie s’est fort peu développée 
jusqu’à nos jours. 11 est vrai que certaines branches indus- 
trielles ne pourront pas avoir un avenir très grand dans ce pays. 
Le manque de fer, de charbon et de minerai en général ne 
permettra jamais à la Lituanie de devenir un pays où les indus- 








- 45 - 

tries métallurgiques fleuriront. L’agriculture, l’élevage du bétail 
et la sylviculture sont les vraies richesses de la Lituanie et 
seront la base du développement des industries agricoles de 
ce pays (distilleries, brasseries, meuneries); le commerce des 
cuirs (tanneries), l’industrie textile et du bois prendront néces- 
sairement un très grand essor. Nous verrons plus loin que ces 
différentes industries dérivées de l’agriculture ont pris, en fait 
déjà, une assez grande extension. Avant d’entrer dans les détails, 
nous vous donnerons un aperçu sur les transactions des villes 
et des industries de la Lituanie. 



TABLE N° 23 

Développement des voies ferrées et des routes- 



Gouverne- 

ments 


Année 1911 
longueur voies 
ferrées 
au kilomètre 


I km. voies ferrées ; 
par ! 


Année 1910-11 
Long, routes, 
chaussées, che- 
mins 


I km. routes par 

i 


Routes 

stratégiques 


Tl 

S 


habitants 


km- 

surface 


habitants 


Suwaiki . . 


1 

238 


5I.I 


2 723 


847 


14.3 


7652 


7909 


Wilna. . . . 


1 158 


36,3 


I 690 


381 


I 10,2 


5 138 


26 300 


Kowno. . . 


578 


69,7 


3 109 


398 


101,2 1 


4515 


6851 


Grodno. . . 


I 401 


27,6 


I 410 


I 597 


24,2 


I 237 


23650 


l'nissc Orienlalc 


— 


13.6 


725 


i 

1 


4,1 


221 


— 



TABLE N« 24 

Comparaison entre le développement des voies ferrées 

et des routes. 







11 y a I kilomètre 




Années 


voies ferrées 


routes carrossables 




par km^ 


par 

1 habitant 


par km- 


par 

habitant 


Lituanie et Russie Blanche . 


191 1 


48,1 j 


2 010 


73,5 


3070 


Pologne 


191 1 


36,3 


3 678 


14,0 


I 425 


Prusse Orientale 


1912 


13.6 


' 725 

1 1 

1 


4.1 


221 



■| 

I 

i 



'i 

\ 






i 

I 

i 



i 




J 

i 



1 

■t 



i 

j 

i 

i 




Nous remarquons par les tables 23 et 24 combien peu 
développés sont encore les routes et les chemins de fer. Sur la 
même surface kilométrique, la Prusse Orientale possède trois 





fois plus de chemins de fer et à peu près quinze fois plus de 
routes carrossables. 



Outre le manque de routes, la canalisation des voies d’eau 
fait complètement défaut. Par des canaux on pourrait relier le 
Niemen et Duna du Nord avec les fleuves qui vont se jeter à 
la mer Noire. Le développement des voies fluviales, conduisant 
à deux mers, passant par l’Europe Centrale donnerait un grand 
essor au commerce et aux relations des pays limitrophes trop 
éloignés des mers. Les canaux auraient une importance primor- 
diale pour la Lituanie et la Ruthénie, vu leur caractère agricole 
et le manque de charbon ; et serait aussi d’une grande utilité 
oour le développement de l’industrie. 

TABLE N» 25 
Les habitants de.s villes. 

Pourcentage des citadins comparé à la population totale 

Gouvernement 



Vilna 9.3 Pologne 22,8 

Kowno 12,7 Russie.^ 13.0 

Lettonie 24,0 Allemagne 54, o 



TABLE N° 26 

Recensement de la population, son classement suivant les professions 

et par looo habitants. 



l 

Année 1H97 

t 

Gouvernement j 


AdiDiniUration. 
Justice, Pulice Em- 
plois officiels. Pro- 
fessions libérales, 
flergé 


L’armée 


Occupation 

privée, 

journaliers, 

domestiques 


Capitalistes 
vivant de reve- 
nus privés 
ou publics 


Agriculture 

Sylviculture 

Pêcherie 

Chasse 


Métiers 

Industrie 


Transactions 


Commerce 


Suwalki . . 


1 26 


' 33 


62 


27 


723 


i 

1 

70 


1 1 


36 


Wilna . . . 


21 


14 


52 


21 


734 


88 1 


i 


42 


Kowno . . 


20 

1 


*9 


> 68 


26 


686 


98 


: 96 

1 


51 


Grodno . . 


i 


i 


' 43 

1 


18 


690 


113 


i 


49 



Année 1907 

1 


Adminis- 

tration 

Carrières 

libérales 


Domesticité! 
Ouvriers | 
journaliers | 


1 

Agricul- 

ture 

1 


Métiers 


Commerce 


Prusse Orientale . . . 

9 


77 


20 


612 


200 


91 




Suwalki 

Wilna 



Kowno 

Grodno 



TABLE No 28 



Nombre des entreprises, des ouvriers; valeur de la production 
pour 1000 couronnes d’après la classification des industries. 



Totaux des chiffres 



Coton 



Gouverne 

ment 



Autres plantes 
textiles 



Métallurgie (s. ind 
ferroviaire) 



Produits 

minéraux 



Lin Chanvre 



Gouverne' 

ment 



Suwalki 
Wilna . 
Kowno 
Grodno 



Industrie chi 
miquc 



Elevage du bétail 



Produits ligneux 



Gouverne 

ment 



Suwalki 

Wilna. 

Kowno 

Grodno 



Produits alimentaires 
(sans alcool) 



Dépôts d’Etat 
d’alcool 



Autres fabriques 



Ciouverne 

ment 



Suwalki 
Wilna , 
Kowno. 
Grodno 



Suwalki . 


1 

98 


1 I 

I 366 


7368 












_ 


Wilna. . 


2S7 j 


9586 


48 I ÏO 


2 70 


825 


3 


108 


569 — 


— — 


Kowno . 


2*5 


6 008 


35 III 


1 


— 


4 


i 7 | 


18 — 


— — 


Grodno . 


592 


14 479 


59 357 


I 25 


91 

1 


191 


7 150 


22021 4 


487 2925 





TABLE 29 



Répartition des entreprises selon le nombre des ouvriers. 

Par la table n<> 29 nous comprenons par a) It noffibre des entreprises^ et 
par b) le nombre des ouvriers. 



Année ' 
1912 

Gouverne- 
ment • 


moins de 
dix ouvriers 


II à 12 
ouvriers 


21 à 30 
ouvriers 


51 à so 
ouvriers 


51a 100 
ouvriers 


loi à 200 
ouvriers 


A 


li 


A 


B 


A 


B 


A 


B 


A 


1 

B 1 

1 


A 


B 


Suwalki . 


41 


1 

1 

21 I 


19 


288 


8 


197 


10 


364 


7 


499 




— 


Wilna. . 


52 


235 


64 


1024 


3 b 


894 


44 


1781 


37 


2631 


16 


2141 


Kowno . 


73 


460 


40 


580 


9 


233 


8 


315 


9 


653 


4 


662 


Grodno. 


206 


1264 


133 


2005 


82 


2060 


55 


2165 


35 


2548 


ï 5 


2315 



Année 

1912 


201 à 400 
ouvriers 


401 à 500 
ouvriers 


501 à 1000 
ouvriers 


Au-dessus de 
1000 ouvriers 


En général 


(iouverne- 

ment 


A 


B 


A 


B 


A 




B 


B 


H 


B 


Suwalki . 


B 


1559 


■ 


— 


— 


— 


— 


— 


91 


3118 


Wilna . . 


H 


995 


1 


475 


3 


1757 


— 


— 


237 


11933 


f 

Kowno . 




570 


l 


500 


I 


99 ' 


I 


1238 


148 


6201 


1 Grodno . 


B 


1098 


— 


— 


2 


1894 


I 


1197 


533 


16546 



Par ces tableaux nous renforçons nos observations sur l’in- 
dustrie alimentaire, l’élevage du bétail et l’industrie du bois qui 
ont un développement général dans tout le pays. L existence 
des industries métallurgiques et minéralogiques doivent se 
comprendre par la transformation des minéraux et métaux qui 
^ sont d’une nécessité absolue pour le pays. Nous remarquons 

I en outre qu’en Lituanie les usines n’occupent guère plus de 

cent ouvriers. Les dates de la statistique des tables N“ 28 et 29 
sont trop en dessous de la moyenne pour tirer des conclusions 
plus justes sur les diverses tendances industrielles lituaniennes. 
Comme preuve de ce développement industriel lituanien, nous 
¥ vous citons un article tiré d’un journal lituanien dont nous 

avons déjà parlé plus haut et qui traite les différents sv sternes 
■j industriels: «La Lituanie n’est pas seulement un pays agricole. 

Pour ne pas parler exclusivement de Riga et de Libau, mais 
encore de certaines villes comme Rowno, Szawli sont des centres 
où le pavsan qui n’a pas ou presque pas de terres cherche un 






“ 40 — 

emploi plus rémunérateur. Il se forme entre Lituaniens des col- 
lectivités à caractère industriel et commercial (Wiltjd). Des in- 
dustries privées se développent aussi très bien («Biruta», fabrique 
de bonbons, de ciment, etc.). Parallèlement et par le partage 
des biens ruraux en colonies et par l’importation de nouvelles 
formes agricoles (intensité et diversité des formes culturales, 
l’industrie laitière) servent au développement de l’industrie en 
général et sont la preuve de grands changements en Lituanie. 
Ce sont les premiers symptômes du capitalisme dans la vie 
économique du pays, et nous disons qu'à ce point de vue nous 
avons réalisé en 1912 un progrès immense. » 

Lietupos Ukininkas, N° 3 , 19 1 3 . 

Comme nous l’avons vu plus haut certaines branches indus- 
trielles, comme l’industrie textile, l’élevage du bétail, l’industrie 
du bois, etc., auront certainement un développement très grand 
d’autant plus qu’elles trouveront dans le pays même les matières 
premières d’excellentes qualités et la maind’œuvre nécessaire 
qui, jusqu’à présent, émigrait en Amérique ; il y a plusieurs 
raisons pour lesquelles le développement de ce genre d’industrie 
a été retardé. 

En premier lieu, nous pouvons dire que ce fut le manque 
de capitaux nécessaires. Les différentes conditions locales de la 
vie économique que nous avons prises en considération jusqu’à 
maintenant n’ont pas permis une augmentation rationnelle de 
la richesse du pays et par le fait que l’épargne populaire a été 
jusqu’à nos jours à peu près nulle. Comme exemple, nous vous 
donnons la table N° 3 o pour constater que l’épargne en Lituanie 
russe était de beaucoup moins importante qu’en Prusse 
Orientale. 



TABLE N» 30 
Epargne par habitant. 



Gouvernement Wilna .... 


Année 1910 


63,3 couronnes 


> Kowno .... 


» > 


46,8 . 


» Grodno .... 


» » 


47.8 


Pologne 


> » 


58.7 


Kônigsberg 


> 1912 


159,26 


Gümbinnén 


» » 


99.78 



•» 












— 5 o — 



I 



r 







Il est à remarquer que les tables 2S et 26 sont incom- 
plètes. On peut cependant tirer la conclusion que le pourcen- 
tage des citadins en Lituanie est cinq fois plus petit qu en 
Allemagne. Le nombre des personnes qui s’occupent de métiers 
et de commerce est de beaucoup moins important qu’en 
Prusse Orientale. Nous ajoutons encore que les Juifs forment 
le II ®/o de la population totale, dans les grandes villes la 
moitié et dépassent même cette nor.me dans les petits centres. 
Ils forment en outre le 60 ”'o des gens de métiers et pren- 
nent une énorme proportion dans les affaires commerciales. 
On peut aisément se rendre compte combien unilatérale s’est 
formée l’industrie et le commerce de la Lituanie. L’industrie 
domestique ne joue qu’un rôle infime chez les paysans, car 
elle ne sert qu’à augmenter un peu le revenu de la maison ou 
même à en satisfaire les besoins immédiats. C’est pour cela 
que l’industrie textile se limite à la consommation familiale ; 
par contre, celle du drap et du chanvre prendront dans la suite 
un essor très grand, étant donné que le pays fournit une 
excellente qualité de matières premières. La table N" 27 nous 
donne le nombre des exploitations et celui des ouvriers dans 
les grandes entreprises agricoles formant la propriété de gen- 
tilshommes campagnards. 

En même temps se fait sentir un manque de crédits spéciaux 
pour l’industrie, de capitaux formés par voie de l’épargne, et 
enfin de gens compétents et de spécialistes qui puissent dans le 
pays prendre en mains le développement des industries indigènes. 
Par défaut d’une organisation propre au pays, le Gouvernement 
Central poursuivant égoïstement sa politique de russification 
n’a pas eu la moindre intention de protéger le développement 

de l’industrie. 

De l’état où se trouvait l'agriculture et l’industrie, nous 
pouvions déjà donner en général le caractère et la direction du 
commerce lituanien. Comme la grande masse du peuple litua- 
nien s’occupe d’agriculture qui forme avec les forêts la base de 
la richesse du pays, il ressort avec évidence que les produits 
de l’industrie laitière et forestière formeront une masse expor- 
table très conséquente. De moindre importance sera 1 exportation 
des produits dont la matière première aura été importée et 
qui une fois travaillée ou façonnée pourra être réexportée, car 





5 - 



1 

— 5 i — 

l’industrie de finissage est en général très peu développée dans 
le pavs en outre la plus grande partie de ces produits ; 
serviront à satisfaire les besoins de la population. 

Sera importé ce cjui est absolument indispensable au de\e- 
loppement et au fonctionnement des industries indigènes, 
comme les machines, le charbon, etc. Comme importation il 
y aura aussi une grande quantité de marchandises coloniales 
et d’objets de luxe, qui sont nécessaires au pays et qui ne 
peuvent pas être produits par Fagriculture ou par 1 industrie 

indigène. 

L’exportation des marchandises agricoles et forestières pro- 
duites par le pays est dépendante des richesses naturelles ; 
cette production n’est pas exploitée comme elle le devrait, nous 
pouvons donc compter par Textension d une culture économique 
sur une plus grande exportation de ces mêmes produits. L’ex- 
portation d’articles façonnés dans le pays et dont la matière 
première a été importée se développera nécessairement avec les 
capitaux et la main-d’oeuvre. Au contraire, 1 importation des 
produits qui seront absolument nécessaires au développement 
industriel prendra encore de Textension par la culture maté- 
rielle. On ne peut cependant pas présumer un pareil résultat 
de l’importation des articles de luxe et des marchandises co- 
loniales, car parallèlement à l’accroissement de l’industrie, une 
partie de ces marchandises seront fabriquées par le pays même. 

Dans le présent comme le rendement agricole lituanien a 
été porté à son minimum par la concurrence artificielle du 
Gouvernement russe, par le manque d’appui de ce même 
Gouvernement et aussi par les frottements continus entre la 
Russie et l’Allemagne, il est compréhensible que l’épargne et la 
puissance d’achat des Lituaniens pour le développement de 
l’industrie et du commerce a été réduite à un minimum. Par 
un revirement de la politique du change de ces deux puissances 
et par la séparation de la Lituanie en un Etat indépendant, 
cette dernière pourra faire progresser très rapidement dans les 
différentes directions son commerce et son industrie. 

Le commerce en Lituanie a ses attaches historiques dans 
l’immigration des Juifs dans ce pays. Ces derniers très habiles 
à entasser des épargnes ont forme par de petites actions des 
capitaux collectifs. 




— 52 — 




L inclinaison naturelle des Juifs pour le commerce ne resta 
jamais inactive et les poussa à choisir presque exclusivement 
cette position. Cest pourquoi les Juifs, après avoir pris une 
situation prépondérante dans le commerce lituanien depuis 
plusieurs siècles déjà, ont aujourd’hui même la haute main dans 
cette branche. Il lui reste encore une énorme quantité d’en- 
treprises de tous genres. Le Juif, profiteur d.e renom, se fait 
l’intermédiaire dans la vente des produits d’exploitation ; il 
achète par contrat et paie par avance la marchandise. Il offre 
en outre, à la population une quantité très grande de marchan- 
dises importées. 

Pendant que les Juifs composent la plus grande partie des 
habitants, la moitié dans les grandes villes et la majorité dans 
les centres de moindre importance et qu’ils occupent, comme 
nous venons de le voir, la majeure partie des métiers, ils 
possèdent par ce fait, la plupart des ateliers et magasins. 
Malgré sa forte solidarité nationale, le Juif a cependant une 
certaine dose d’individualisme, qui ne lui permet pas de se 
grouper en société et de travailler sous une direction hiérarchi- 
que. C’est pourquoi le commerce lituanien spécialement conduit 
par les Juifs ne possède, à part quelques exceptions, que des 
entreprises moyennes et petites. 

Comme nous ne possédons pas des dates statistiques bien 
exactes sur le courant commercial et industriel, nous nous 
voyons forcés de nous en rapporter à des tendances générales 
et donnons comme exemple seulement dans la table n°3i le 
nombre des entreprises du Gouvernement de Suwalki, le plus 
petit des Gouvernements lituaniens. 



TABLE N« 31 





Grandes 


Moyennes 




Petites 


En généra) 


Année 1911 


0 

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3 


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Gouv. de 
Suwalki 


1 

5 


9 

1 


14 


193 


4318 


45*1 


43 * 


1561 


.1992 


629 


en 

oc 

oc 

00 


6517 



Le paysan lituanien était forcé d’acheter les articles d’im- 
portation et de vendre ses marchandises d’exportation par l’en- 



I 

I 



^ 



- 53 - 




1 



'tremise du Juif, intermédiaire d’autant plus gênant qu’il se paie 
fort cher. A l’heure qu’il est, le paysan cherche à baisser 
systématiquement à un minimum le rendement de ses champs. 
L’entremise est gênante, parce qu’elle n’est pas d’une nécessité 
absolue, mais le résultat de la masse des trafiquants. Elle crée, 
par le fait même, un système malsain de crédits. 

C’est pour ces raisons que se développent parmi la population 
lituanienne, ces derniers temps surtout, des tendances toujours 
plus prononcées dans le sens et dans le but de créer des sociétés 
coopératives. En 1880 on fonda des caisses d’épargne et de prêts. 
En 1910 la situation des sociétés de crédits et de prêts était la 
suivante. 



TABLE N» 32 



Gouverne- 

ment 



Suwalki . 


j 







— 


1 


14 


3219 


972,3 


1 1 

1162,5 


898.4 


Wilna . . 


4 


449 


23,5 


23.5 


22,0 


43 


13554 


2649.9 


6438,6 


1675.6 


Kowno . 


— 


— 


— 


— 


— 


49 i 


24829 


9208,7 


8655.9 


7137.1 


Grodno . 


6 


*455 


97.9 


*05,3 


84,0 


34 


18235 


4010,6 


5772,7 , 


2618,8 



Sociétés de crédit 



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Prêts 



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Sociétés de prêts et d*épargne 



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Prêts 



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9 



En 1910 on commença à créer des sociétés de consommation. 
Dix ans plus tard on en comptait plus de 120, ayant plus de 
dix mille sociétaires et un fond de roulement de quelques 
millions. En réalité ces sociétés étant des nouveautés dans leurs 
genres ne fonctionnèrent pas d’une manière satisfaisante, car 
on n’a pas dans le pays un nombre suffisant de spécialistes 
organisateurs. Les intérêts de la population à ce point de vue 
sont encore très minimes. Dans le développement de cet esprit 
coopératif agit encore une circonstance particulière., c’est que ce 
mouvement n’était pas vu d’un très bon œil du Gouvernement 
'russe comme d’ailleurs tout ce qui accusait la conscience du 
pays en soi-même et son initiative. Le projet longuement caressé 
de réunir les sociétés de consommation, n’a pas pu recevoir 
l’assentiment du Gouvernement russe. Une réunion similaire 






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des coopératives aurait eu un développement rapide et régulier, 
car cette fédération aurait pu tout d’abord concentrer l’achat des 
marchandises, avoir une grande influence dans 1 organisation 
des produits indigènes et régulariser virtuellement le crédit 
commercial. Pour le moment, elles emploient 1 intermediaire 
commercial des grandes entreprises, car elles ne sont pas encore 
capables d’organiser la vente des produits indigènes et ne 
jouissent pas d’une confiance illimitée dans les affaires exigeant 

un long crédit. 

Le crédit commercial est très peu développé par rapport au 
crédit foncier; ce dernier ne puise pas seulement ses ressources 
dans les banques des nobles, des paysans, des gens privés, mais 
encore dans les sociétés du crédit mutuel. Ce sont spécialement 
les banques des centres éloignés comme Vilna, K.o\vno, Libau, 
Riga, qui possèdent ce genre de banque. 11 y a peu de temps 
seulement que des succursales ont été fondées dans les villes de 
districts comme Szawle et Poniemiz, quoique ces centres ont 
depuis longtemps déjà une population de plus de 20 mille âmes. 

Actuellement des gens expérimentés de la Lituanie nouvelle 
ont pris la direction du développement nécessaire au crédit 
commercial et s’appliquent à organiser des sociétés à crédit 
mutuel qui serviront aussi bien le crédit foncier que celui de 
l’industrie et du commerce, ün tel caractère possèdent les 
sociétés lituaniennes de crédit mutuel à Vilna et à Kowno. 
i Jetant un regard en arrière sur les analyses de la vie écono- 

* mique en Lituanie, nous pouvons dire, en abrégé, ce qui suit et 

tirer la conclusion que : 

I" La vie économique lituanienne se développe très favorable- 
ment à cause de l’excellentee situation géographique du pays 
et malgré les conditions économiques désavantageuses provo- 
quées par les relations épineuses de nos puissants voisins. Pour 
' cette raison, le peuple de Lituanie est à même de recevoir la 

brillante éducation des sociétés économiques, et est obligée 
aujourd’hui encore de conserver contre son gré une économie 

j intensive. 

2® La base de la richesse du pays lituanien est l’agriculture 
qui est intimement liée avec l’industrie laitière, 1 élevage du 
bétail et la sylviculture. C’est pour cela que 1 agriculture joue un 
rôle prédominant dans le pays pendant que l’mdustne et le 






— 55 - 



commerce se rangent en second rang. Dans les deux principaux 
groupes agraires, nous avons les grands et petits propriétaires. 
Ce sont ces derniers qui ont une force plus grande parce que 
leurs intérêts vitaux sont plus intimément liés à la vie et aux 
intérêts du pays. La vie paysanne souffre de la situation des 
conditions agricoles anormales, mais plus encore de la politique 
des peuples voisins qui font reposer leur droit sur la force. 
C’est pourquoi la gent paysanne, abstraction faite de tout ce 
que nous venons d’entendre, combat avec la dernière énergie 
pour les droits de Lituanie, car c’est justement la non jouis- 
sance de ces droits qui le prive de son pain et du droit sacré 
qu’il a à la vie. 

S" Un revirement de la situation économique actuelle chan- 
gera rapidement la production du pays et aura comme consé- 
quence directe la plus-value des petites propriétés. Du même 
coup l’exportation des produits du sol et de l’industrie prendront 
un essor grandiose dans les pays à grands développements 
industriels. L’importation des matières premières ne fera 
qu’augmenter par la demande toujours plus croissante des 
industries et par suite de la pauvreté du pays en mines. L’im- 
portation d’objets de luxe et des marchandises coloniales auront 
un développement de moindre importance étant donné que 
l’industrie indigène a pour l’avenir des perspectives très sérieuses. 
f.a Lituanie restera donc un pays où les importations n’excéde- 
ront pas les exportations, en tant que toutefois les relations 
économiques avec les pays industriels soient sauvegardés. La 
régularisation des conditions agraires et le développement de 
l’industrie empêchera l’émigration vers l’Amérique. 

4“ L’élément juif joue un rôle prépondérant dans le com- 
merce lituanien, ici encore il se caractérise en général par la 
grande quantité de petites entreprises qui ne sont pas faites pour 
les besoins économiques du pays, mais qui s'adaptent bien à la 
foule des candidats pour la profession commerciale. Le change 
dans ce genre de commerce n’est même pas rattaché à un accord 
de crédit. Cette forme anormale demande un changement qui 
se présentera sous la forme coopérative de consommation. Le 
mouvement coopératif a des assises profondes en Lituanie, car 
ce pays de petits propriétaires ruraux est encore isolé écono- 
miquement, politiquement à cause de sa nationalité. La Litua- 







— 56 — 

nie a pour Tavenir beaucoup d’heureuses perspectives et devien- 
dra un pays groupé en coopératives. 

5” Nous ajoutons, pour terminer, que la Lituanie se détache 
par un tout géographique très spécial, ayant une forme unique 
de culture technique, qu’elle est consciente en outre de ses aspi- 
rations économiques coopératives et de ses devoirs politiques. Par 
l’état forcé de légitime défense, elle demande, pour elle seule, 
le droit de diriger sa vie économique, car de cela ne dépend 
pas seulement son bien-être, mais le bonheur de son exis- 
tence. 



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